Investir dans l’immobilier au Groenland quand on est expatrié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer ou placer une partie de son patrimoine immobilier au Groenland n’a rien d’un investissement « classique ». On parle du plus grand îlot du monde, d’un marché frontalier arctique encore jeune, très peu liquide, sans routes entre les villes, où la terre n’appartient à personne… et où les règles pour les étrangers se sont durcies depuis 2025. Pour un expatrié, cela peut être une opportunité de niche, mais aussi un champ miné si l’on ne maîtrise pas les codes locaux.

Bon à savoir :

Ce guide détaille la réalité de l’investissement immobilier au Groenland pour les non-résidents, en abordant les aspects économiques, juridiques, fiscaux et pratiques de chaque étape du processus.

Comprendre le contexte économique et immobilier

Le point de départ, avant même d’aborder les lois foncières, consiste à comprendre la toile de fond économique. Le Groenland, avec environ 56 700 habitants, affiche un PIB d’environ 3,1 milliards de dollars et un revenu moyen proche de 33 000 dollars par personne. L’économie repose largement sur la pêche, qui représente plus de 90 % des exportations, complétée par une forte subvention danoise équivalente à un quart du PIB.

Cette combinaison d’économie concentrée sur quelques secteurs, de subventions massives et de population réduite se reflète directement dans le marché immobilier : il est étroit, peu liquide, et fortement influencé par les décisions politiques.

Attention :

Les villes et villages du Groenland sont isolés, sans liaison routière, et concentrés sur la côte. L’immobilier est caractérisé par une offre rare, une logistique coûteuse et une gestion à distance difficile.

La demande, elle, est tirée par plusieurs facteurs convergents. D’abord une pénurie chronique de logements, surtout dans les centres urbains, avec des listes d’attente interminables pour les logements publics. Ensuite une montée en puissance du tourisme – croissance annuelle proche de 20 % avant la pandémie, soutenue par les croisières et les nouvelles infrastructures aéroportuaires à Nuuk et Ilulissat. Enfin des investissements dans la construction, les ressources minières et les nouvelles entreprises attirées par l’ouverture progressive de l’Arctique.

4

L’appréciation immobilière annuelle maximale observée, atteinte lors du boom touristique entre 2015 et 2019.

Dans ce contexte, l’investissement immobilier se situe à la croisée de trois logiques : sécuriser un actif dans un marché de niche, profiter d’une pénurie structurelle de logements et s’adosser à la dynamique touristique, tout en acceptant la lenteur, la faible liquidité et un cadre réglementaire très protecteur.

Propriété des terres : un système unique à assimiler

Le Groenland rompt avec le modèle classique du « titre foncier » au sens occidental. Ici, aucune terre n’est privatisée : tout le foncier est détenu collectivement et géré par les municipalités, sous le cadre de l’autonomie instaurée en 1979. En pratique, un investisseur peut posséder un bâtiment, mais jamais le terrain situé en dessous.

Astuce :

Pour utiliser un emplacement, il est nécessaire d’obtenir un « lotissement » ou droit d’usage de site, délivré par la commune. Ce droit précise l’usage autorisé (résidentiel, commercial, etc.) et est généralement accordé pour une durée indéfinie. Lors de la vente d’un immeuble, ce droit d’usage peut être transféré à l’acquéreur, mais il ne peut jamais être détaché du bâtiment ni faire l’objet d’une hypothèque séparée. Ainsi, on achète la structure du bâtiment et on obtient le droit d’usage du sol, sans en devenir propriétaire.

Cette architecture juridique est cruciale pour un expatrié : elle complique les montages de financement classiques et modifie la façon de penser la valeur d’un bien. Une affaire récente liée à l’extension de l’aéroport de Nuuk illustre toutefois que les bâtiments ont une valeur économique autonome, puisque l’expropriation d’une entreprise a donné lieu à une indemnisation basée sur les loyers perdus, indépendamment de la terre.

Exemple :

Toute modification, même mineure, d’un bien ou de son usage (comme la construction d’un carport, la transformation d’un logement en gîte touristique, l’ajout d’une extension ou l’installation d’une nouvelle conduite d’eau) doit être formellement approuvée par les autorités locales. Ces démarches sont centralisées par les communes, qui utilisent de plus en plus des outils numériques comme le portail cartographique et de zonage NunaGIS pour les gérer.

Pour un expatrié investisseur, cela impose une discipline rigoureuse : intégrer ces délais dans le calendrier de projet, monter un dossier solide à chaque intervention, collaborer avec des professionnels groenlandais qui maîtrisent les subtilités locales.

Nouveau cadre 2025–2026 : un tour de vis sur l’accès des étrangers

Si le régime foncier était déjà particulier, le véritable choc pour les investisseurs étrangers est venu d’un durcissement législatif récent. Sous l’effet d’un intérêt croissant de puissances étrangères pour le Groenland – y compris les États‑Unis, à la suite de déclarations spectaculaires sur l’idée d’« acheter » l’île –, le gouvernement a décidé de verrouiller davantage l’accès aux biens immobiliers.

Dès le début de 2025, de nouvelles règles ont limité l’achat de biens et l’obtention de droits d’usage aux :

citoyens danois,

personnes ayant résidé de façon permanente au Groenland au moins deux ans en y payant leurs impôts.

Exemption spéciale pour les ressortissants étrangers

Système d’examen au cas par cas pour les acquisitions immobilières par des personnes et sociétés non-groenlandaises, basé sur des critères spécifiques.

Critères d’évaluation

Examen basé sur les liens du demandeur avec le pays (présence locale, partenariats, durée de séjour) et l’impact de l’investissement sur le marché du logement.

Entreprises déjà établies

Les sociétés étrangères ayant une implantation existante au Groenland restent généralement autorisées à acquérir des biens immobiliers.

Impact sur le marché

L’analyse porte sur le risque de spéculation, la contribution à l’offre de logements et les effets potentiels sur les prix locaux.

En novembre 2025, le Parlement groenlandais (Inatsisartut) a franchi une étape supplémentaire avec une loi entrée en vigueur le 1er janvier 2026, resserrant encore plus les conditions. Désormais, l’accès libre à la propriété de bâtiments ou aux droits d’usage est réservé aux citoyens ou résidents permanents :

du Groenland,

du Danemark,

– ou des Îles Féroé.

Les étrangers hors de ces catégories doivent, pour être éligibles, prouver une résidence permanente au Groenland avec paiement d’impôts sur une période d’au moins deux années consécutives avant l’acquisition. Le texte, adopté par 21 voix contre 6 abstentions, assume son objectif : freiner les investissements spéculatifs, éviter une captation du marché par les multinationales et garantir l’accès au logement pour les résidents.

Règlementation groenlandaise sur l’acquisition immobilière

En parallèle, un projet de loi sur le filtrage des investissements étrangers renforce encore cette logique de protection. L’État se doterait du pouvoir de bloquer ou annuler des prises de participation dépassant 25 % dans des sociétés groenlandaises, ou touchant à des secteurs jugés sensibles (défense, technologies critiques, infrastructures, matières premières, sociétés publiques, hydroélectricité).

Pour un expatrié, ces réformes transforment profondément le paysage : il n’est plus possible d’envisager un achat « opportuniste » sans ancrage local. Seules les démarches structurées, alignées sur les priorités de développement du territoire et reposant sur une présence ou des partenariats sur place, ont une chance raisonnable d’aboutir.

Processus d’acquisition pour un expatrié : un parcours balisé

Malgré ce tour de vis, investir reste envisageable pour un expatrié déterminé, à condition de suivre un parcours très encadré. Dans les faits, beaucoup d’investisseurs étrangers passent par des sociétés locales existantes, des coentreprises ou une installation personnelle préalable au Groenland.

Le processus comporte plusieurs étapes clés.

La première consiste à clarifier le statut de l’investisseur. S’il n’est ni citoyen danois, ni résident groenlandais de longue durée, il devra déposer une demande d’exemption. Cette demande nécessite un dossier conséquent : passeport, justificatif d’adresse, preuves de fonds et relevés bancaires, description du projet, business plan lorsqu’il s’agit d’un investissement touristique ou commercial, rapports d’expertise sur le bâtiment visé, copie des documents de lotissement. Pour une personne morale, s’ajoutent les statuts et l’enregistrement de la société, voire la preuve d’activités déjà exercées au Groenland.

Le délai de traitement oscille entre deux et quatre mois. La probabilité de succès est plus élevée pour des projets perçus comme créateurs de valeur locale – hôtels, hébergements touristiques, solutions de logements face à la pénurie – que pour l’achat d’une résidence secondaire purement privée.

Parallèlement, l’investisseur doit identifier un bien. Les annonces en ligne restent rares : l’essentiel du marché passe encore par des agences locales, comme The Madden Group ou Immobilium, et par les réseaux personnels. À Nuuk, les quartiers en développement comme Qinngorput ou Nuussuaq concentrent une partie de l’offre moderne. Dans les autres villes, les opportunités résident surtout dans les projets touristiques à Ilulissat ou dans l’habitation à Sisimiut et Qaqortoq.

Bon à savoir :

Après avoir repéré un bien, une phase cruciale de négociation et de vérification s’impose. Il est nécessaire d’obtenir et d’analyser tous les documents juridiques et techniques : droit d’usage du terrain, permis de construire, autorisations, diagnostics et conformités environnementales. Une visite sur place est fortement recommandée, idéalement durant l’été (juin à août), pour permettre une inspection optimale de la toiture, des façades, des fondations et des accès grâce aux conditions climatiques favorables.

Le recours à un avocat groenlandais est plus qu’un conseil, c’est une nécessité. Il assurera la conformité légale, suivra la procédure auprès de la municipalité pour le transfert du lotissement, rédigera ou vérifiera le compromis de vente et préparera l’acte définitif. Dans certains cas, une procuration peut lui permettre de signer pour le compte de l’investisseur étranger.

Une fois l’exemption obtenue et la vente approuvée par la municipalité, viennent la signature de l’acte, le paiement (généralement en pleine propriété sans recours au crédit local) et l’enregistrement auprès des autorités. L’ensemble du processus, entre la première offre et la finalisation, prend en général 3 à 6 mois, mais peut s’étendre à 6‑12 mois pour les dossiers complexes ou les projets commerciaux.

Les coûts de transaction se situent habituellement entre 3 et 8 % du prix d’achat, combinant honoraires d’avocat (1‑2 %), frais de demande d’exemption (500 à 1 000 dollars), inspections (1 500 à 3 000 dollars), enregistrement, transfert de lotissement, éventuelle création de société (2 000 à 4 000 dollars), et frais de change (0,5 à 3 %).

Où investir : panorama des villes et des prix

Malgré sa taille géographique, le Groenland ne propose qu’un nombre limité de marchés immobiliers réellement investissables pour un expatrié. Les quatre pôles principaux concentrent l’essentiel des flux : la capitale Nuuk, le hub touristique Ilulissat, la ville industrielle et éducative de Sisimiut, et la ville méridionale de Qaqortoq.

Le tableau suivant permet de visualiser les ordres de grandeur des prix au mètre carré et des tickets d’entrée typiques (en dollars US).

Ville / ZoneType de bienPrix indicatif au m² (USD)Investissement total typique (USD)
NuukAppartement moderne3 500 – 5 000300 000 – 500 000
NuukAppartement plus ancien2 800 – 3 500200 000 – 350 000
NuukMaison individuelle3 200 – 4 500350 000 – 600 000
IlulissatRésidentiel2 800 – 4 000250 000 – 450 000
IlulissatTouristique (hôtel, lodge)3 000 – 4 200300 000 – 800 000
SisimiutRésidentiel2 500 – 3 500200 000 – 400 000
SisimiutCommercial2 200 – 3 000250 000 – 500 000
QaqortoqRésidentiel2 000 – 3 000180 000 – 350 000
Villes plus petitesRésidentiel1 500 – 2 500100 000 – 250 000
Implantations isoléesRésidentiel / Touristique1 000 – 2 00080 000 – 200 000

À côté de ces références en dollars, les données en couronnes danoises illustrent l’échelle nationale : un logement moyen se situe souvent entre 2 et 4 millions de DKK (environ 300 000 à 600 000 dollars). Certains relevés indiquent par exemple des prix d’environ 2 millions de DKK à Nuuk, 1,5 million à Kangerlussuaq ou Sisimiut, 3 millions à Ilulissat, 1 million à Tasiilaq.

7600

Le loyer mensuel moyen pour un appartement une chambre au centre de Nuuk est d’environ 7 600 DKK, reflétant un marché immobilier tendu.

Dans l’ensemble du pays, des estimations montrent que les loyers mensuels moyens se situent vers 5 500 DKK pour un appartement une chambre au centre, et autour de 10 000 DKK pour un trois chambres au centre.

Rendements potentiels : entre loyers et appréciation

Sur le plan des rendements, le Groenland n’est pas un eldorado de cash‑flow, mais peut offrir des combinaisons intéressantes entre loyers, revalorisation et diversification.

Les estimations de rendement locatif brut selon les segments se situent dans les fourchettes suivantes :

SegmentRendement locatif brut estimé
Résidentiel à Nuuk4 – 6 %
Résidentiel dans les autres villes principales5 – 7 %
Immobilier touristique saisonnier6 – 9 %
Immobilier commercial5 – 8 %
Industriel / logistique7 – 10 %
Biens isolés3 – 10 % (très variable)

Dans la capitale, certaines données de coût de la vie suggèrent même des rendements bruts proches de 9 à 10 % sur des petites surfaces au centre, mais ces chiffres théoriques doivent être nuancés par le coût élevé de la gestion, de l’entretien et les périodes de vacance.

Côté valorisation, les projections à cinq ans tablent sur une appréciation annuelle moyenne de :

2 à 4 % à Nuuk,

3 à 5 % à Ilulissat,

2 à 3 % à Sisimiut,

1 à 3 % dans les autres villes,

0 à 2 % dans les zones isolées,

3 à 6 % pour des biens axés sur le tourisme.

Exemple :

Un appartement de 300 000 $ à Nuuk, loué 1 500 $ par mois, génère un cash-flow net d’environ 250 $ après déduction des charges (assurances, gestion, entretien, énergie) et d’une fiscalité dépassant 40 % sur les loyers. Ceci représente un rendement de 1 % sur capitaux propres. Avec une hypothèse de plus-value de 3 % par an, le rendement global atteindrait environ 4 % annuel.

Autrement dit, le Groenland se prête davantage à une stratégie de long terme à rendement modéré, qu’à une quête de cash‑flow immédiat. L’essentiel de la performance se joue sur la robustesse de la demande, la rareté chronique des logements, l’évolution de la valeur des bâtiments dans les centres clefs et la capacité à limiter les coûts liés à l’environnement arctique.

Financement, banque et fiscalité : un triptyque exigeant

Le volet financier est probablement l’un des plus restrictifs pour les expatriés. Les banques groenlandaises – à commencer par la banque de référence, GrønlandsBANKEN – se montrent très prudentes. Le crédit immobilier est en pratique réservé aux résidents ou aux entreprises déjà ancrées localement. Les taux moyens des prêts à taux fixe sur 20 ans tournent autour de 5,5 à 5,7 %, avec des fourchettes de 3,4 à plus de 7 %.

40000

Capital minimum requis pour créer une société de type ApS au Groenland.

La gestion bancaire n’est pas triviale. Ouvrir un compte au Groenland exige souvent une présence physique, des justificatifs étendus et parfois une adresse locale. À défaut, certains investisseurs passent par le compte de client de leur avocat ou par une structure locale. Les flux étant libellés en couronnes danoises (DKK), indexées sur l’euro, il est pertinent d’optimiser le change via des prestataires spécialisés (Wise, OFX, Moneycorp…) plutôt que par les banques traditionnelles, pour réduire les 0,5 à 3 % de coûts de change courants.

Bon à savoir :

Il n’existe pas d’impôt foncier sur la résidence privée. En revanche, les revenus locatifs sont imposés à un taux global entre 42 et 44 % selon la commune. Les plus-values à la revente sont généralement taxées à des taux similaires, avec des exceptions possibles pour certaines résidences principales.

Pour les investisseurs qui détiennent via une société groenlandaise, l’impôt sur les bénéfices tourne autour de 25 à 30 % selon le régime, avec des règles spécifiques sur la déductibilité des charges et des amortissements. Il n’y a pas de TVA, mais divers droits sur certains produits.

Les expatriés ressortissants des États‑Unis ou du Canada doivent en outre respecter les obligations de déclaration de revenus mondiaux et les formulaires de type FBAR, Form 8938 pour les Américains, T1135 et T776 pour les Canadiens, tout en bénéficiant de conventions fiscales avec le Danemark qui évitent la double imposition. Le recours à un fiscaliste connaissant le couple Groenland / pays d’origine est ici indispensable.

Coûts d’exploitation et « prime arctique »

L’un des pièges classiques pour un investisseur étranger est de sous‑estimer les coûts opérationnels dans un environnement polaire. Le Groenland impose une véritable « prime arctique » sur l’entretien, l’énergie, la rénovation et la logistique.

Les dépenses initiales dépassent souvent de 10 à 20 % le prix d’achat. Une enveloppe typique pour la mise aux normes et l’équipement d’un bien inclut :

Coûts d’Adaptation et d’Équipement d’un Bâtiment en Milieu Extrême

Investissements complémentaires nécessaires pour rendre un bâtiment opérationnel et confortable dans des conditions climatiques rigoureuses, comme en Antarctique.

Winterisation

Travaux d’adaptation au froid extrême et au vent, avec un coût estimé entre 5 000 et 15 000 dollars.

Mobilier & Équipement

Aménagement intérieur du bâtiment, représentant un investissement de 10 000 à 30 000 dollars.

Améliorations Performance

Optimisations énergétiques et de confort, pouvant coûter 10 à 20% du prix d’achat du bâtiment.

Systèmes de Secours

Groupes électrogènes et chauffage d’appoint, pour un budget de 3 000 à 8 000 dollars.

Surveillance à Distance

Installation de caméras et capteurs, coûtant entre 1 500 et 4 000 dollars.

À cela s’ajoutent les charges annuelles :

Poste de dépenseOrdre de grandeur annuel (USD)
Énergie et services (eau, électricité, chauffage)3 000 – 6 000
Assurance1 000 – 2 500
Gestion locative (10–15 % des loyers)Variable
Réserve entretien (2–3 % de la valeur)En fonction de la valeur du bien
Préparation saisonnière (hiver, sécurité)800 – 1 500
Comptabilité et déclarations fiscales1 000 – 2 500

La rareté des artisans, la difficulté d’acheminer des matériaux, les contraintes de la glace et du dégel du permafrost font exploser les devis comparés à une ville européenne ou nord‑américaine. Lors de la diligence technique préalable à l’acquisition, il est indispensable de vérifier l’état de l’isolation, le type de fondations et leur comportement sur sol gelé, la fiabilité des réseaux d’eau et d’égouts, et l’accessibilité en hiver. Un inspection par un spécialiste de l’architecture arctique est fortement recommandée.

Gestion, location et sortie : la contrainte de la petite taille du marché

Pour un expatrié qui n’habite pas au Groenland, la gestion de son bien à distance devient un enjeu central. La taille réduite du marché signifie qu’il n’existe qu’un nombre limité d’administrateurs de biens professionnels, et les offres de gestion ne sont pas toujours standardisées. Les services complets (mise en location, encaissement des loyers, suivi des réparations, interlocuteur unique) coûtent généralement entre 10 et 15 % des loyers mensuels. Certains propriétaires optent pour un gardien local payé un forfait mensuel (200 à 500 dollars) pour surveiller le bien, accueillir les locataires et coordonner les interventions.

Attention :

La forte demande en location à long terme, notamment dans les grandes villes comme Nuuk, coexiste avec un cadre réglementaire strict visant à limiter la location saisonnière non encadrée. Les projets touristiques doivent démontrer leur intégration dans un développement structuré pour éviter d’accentuer les tensions sur le marché du logement.

Du côté de la sortie, la faible liquidité du marché est un élément à anticiper dès l’achat. Revendre un bien au Groenland prend fréquemment entre 6 et 12 mois, faute d’un large vivier d’acheteurs. La stratégie de « flip » rapide est donc peu réaliste. Mieux vaut construire un plan sur plusieurs scénarios :

Stratégies de sortie pour un investissement immobilier

Plusieurs options s’offrent aux investisseurs pour céder leur bien ou adapter leur projet en fonction de l’évolution du marché et des objectifs.

Vente directe du bâtiment

Céder le bien immobilier à un autre investisseur résident ou à une entreprise locale.

Cession de la société holding

Vendre la société qui détient le bien, lorsque l’investissement est logé dans une structure dédiée.

Transformation du projet

Convertir un projet touristique en produit locatif de longue durée si le marché ou la réglementation évoluent.

Partenariat local

S’associer avec un acteur local pour mutualiser les risques et faciliter la revente ultérieure.

Pendant la période de détention, cultiver un réseau d’acheteurs potentiels – institutions publiques, entreprises, opérateurs touristiques – peut faire gagner un temps précieux au moment de la cession.

Risques spécifiques : de la politique à la glace

Investir au Groenland revient à accepter une série de risques qui vont au‑delà du simple aléa de marché.

Le premier tient aux restrictions sur la propriété étrangère. Les lois adoptées jusqu’en 2026 montrent une orientation claire : priorité aux résidents, méfiance envers la spéculation, filtrage accru des capitaux extérieurs, surtout dans les secteurs stratégiques. Un investisseur doit donc garder à l’esprit que les règles peuvent encore évoluer, et que des projets mal perçus politiquement risquent de se heurter à un refus pur et simple.

Attention :

La vente d’un bien peut être un processus très long, notamment dans les zones isolées, en raison de la combinaison d’un faible nombre d’acheteurs, de prix élevés et d’un système légal atypique qui entravent les échanges.

Le troisième est monétaire et financier. Les transactions en couronnes danoises exposent à la volatilité de change, même si la parité avec l’euro réduit certains risques. L’absence de crédit local accessible aux étrangers transforme presque chaque acquisition en opération 100 % cash, ce qui augmente la sensibilité aux variations de prix.

Bon à savoir :

Le milieu arctique impose des conditions extrêmes : froid prolongé, nuit polaire, dégel du permafrost, corrosion et mouvements du sol. Ces facteurs sollicitent fortement les bâtiments, entraînant des coûts de maintenance élevés et des risques de dégâts soudains. Le changement climatique amplifie ces tensions en accélérant l’érosion côtière, en modifiant les régimes de précipitations et en fragilisant les infrastructures.

Enfin, s’ajoutent des dimensions culturelles et environnementales. Le Groenland est majoritairement inuit, et les débats sur l’avenir politique, le rôle des industries extractives, le tourisme, sont très sensibles. Un investissement perçu comme irrespectueux de la culture locale ou menaçant pour les écosystèmes peut se heurter à une opposition sociale et à un encadrement réglementaire plus strict, notamment via les lois de protection de l’environnement.

Stratégies pour expatriés : comment aborder le marché

Face à ces contraintes, un expatrié décidé à investir peut adopter plusieurs stratégies pour maximiser ses chances de succès tout en limitant le risque.

Une première approche consiste à se focaliser sur les grandes villes, surtout Nuuk et Ilulissat. Ces marchés offrent la meilleure combinaison de demande soutenue, infrastructures en amélioration (nouveaux aéroports) et perspective d’appréciation modérée mais régulière. À Nuuk, l’orientation peut être la location longue durée pour actifs, fonctionnaires ou employés d’entreprises. À Ilulissat, l’immobilier touristique adossé au site inscrit à l’UNESCO présente un potentiel saisonnier attractif, à condition d’être très bien géré.

Astuce :

Une stratégie efficace consiste à former une coentreprise avec un partenaire groenlandais, tel qu’un entrepreneur, un opérateur hôtelier, une société de construction ou de gestion. Ce partenariat renforce l’ancrage local requis pour les demandes d’exemption, facilite les relations avec les communes et offre un accès privilégié à des opportunités « off-market ».

Une troisième option consiste à s’installer soi‑même au Groenland pour une durée significative, via un emploi ou la création d’entreprise, afin d’obtenir la résidence fiscale et remplir les critères des deux années consécutives. Cela implique de s’inscrire dans l’économie locale par un visa de travail, un visa d’établissement commercial ou une réunification familiale, mais ouvre ensuite la voie à une propriété beaucoup plus aisée.

Astuce :

La réussite d’un investissement immobilier en zone arctique repose sur une préparation minutieuse. Il est essentiel de collecter un maximum d’informations sur le marché ciblé, de constituer un réseau de professionnels (avocats, agents, gestionnaires, fiscalistes), de prévoir un budget large pour la prime arctique, de planifier un horizon de détention à long terme, de se tenir informé de chaque évolution réglementaire et d’intégrer les enjeux de durabilité. Privilégier les projets immobiliers « verts » et sobres en énergie, qui respectent les écosystèmes fragiles, permet de répondre aux attentes actuelles et futures des autorités comme des habitants.

Conclusion : un marché de niche pour investisseurs patients

Pour un expatrié, l’immobilier au Groenland n’est ni un raccourci vers un visa, ni un placement spéculatif taillé pour des allers‑retours rapides. Il s’agit d’un marché de niche, complexe, très encadré, où le bâtiment s’achète sans la terre, où le droit d’usage passe par les communes et où la porte est désormais à demi fermée aux étrangers sans racines locales.

Bon à savoir :

Pour réussir un investissement au Groenland, il est essentiel de s’associer à des partenaires locaux solides et d’aligner les projets sur les besoins réels du pays, tels que les logements urbains, les infrastructures touristiques responsables ou les services indispensables. Les rendements ne sont pas spectaculaires, mais la combinaison de loyers soutenus par une pénurie chronique de logements, d’une valorisation modérée et d’une diversification géographique rare peut s’intégrer dans une stratégie patrimoniale globale.

Le Groenland évolue au rythme de la fonte de ses glaces, des débats sur son autonomie et des appétits géopolitiques qu’il suscite. Investir dans sa pierre, pour un expatrié, suppose donc bien plus qu’une analyse financière : c’est un choix qui engage sur le long terme, au croisement du droit, du climat et de la culture.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel au Groenland afin de profiter d’un marché de niche, adossé à la couronne danoise, et de perspectives liées au développement économique local. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs zones (Nuuk, Sisimiut, Ilulissat), la stratégie retenue a consisté à cibler un petit immeuble résidentiel ou une maison multifamiliale dans une ville en croissance comme Nuuk, combinant revenus locatifs stables auprès de fonctionnaires, expatriés et travailleurs du secteur minier et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux d’isolation adaptés au climat) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent, avocat, expert fiscal danois/ groenlandais), choix de la structure d’investissement (propriété directe ou société locale) et intégration de cet actif dans une stratégie patrimoniale globale.

Vous souhaitez vous expatrier à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.

Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.

RETROUVEZ-MOI RÉGULIÈREMENT DANS LA PRESSE

Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.

A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

Retrouvez-moi sur les réseaux sociaux :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • YouTube