S’installer au Groenland ne consiste pas seulement à apprivoiser le froid, la nuit polaire et les distances. Pour un expatrié, le choc vient aussi d’un système fiscal très particulier : pas de TVA, pas d’impôt sur la fortune, pas de « vraie » taxe foncière… mais un impôt sur le revenu élevé, simple et largement prélevé à la source.
La fiscalité groenlandaise pour les expatriés comprend un impôt sur le revenu spécifique. Concernant l’immobilier, il n’existe pas de taxe foncière classique, mais des règles particulières s’appliquent aux étrangers pour l’achat et l’utilisation d’un bien sur place.
Un système fiscal autonome, simple… et à taux élevé
Le Groenland est un pays autonome au sein du Royaume de Danemark. Depuis l’instauration du Home Rule en 1979 puis de l’Acte d’autonomie renforcée de 2009, il dispose de son propre système fiscal, distinct de celui du Danemark. La législation de référence en matière d’impôt sur le revenu est notamment la loi de l’Inatsisartut n° 12 du 2 novembre 2006, complétée par la loi n° 11 sur l’administration fiscale.
Contrairement à beaucoup de pays européens, le Groenland a choisi un modèle d’imposition en apparence très simple : un taux quasiment « plat », relativement élevé, appliqué sur une base nette après déductions.
Modèle fiscal groenlandais
Un impôt à la source
Le principe de base est celui de la taxation à la source. L’employeur retient directement un « A‑tax » sur le salaire de l’employé, en s’appuyant sur une carte d’impôt (skattekort) fournie par l’Agence fiscale groenlandaise (Skattestyrelsen). Sans carte d’impôt, l’employeur doit prélever 45 % du salaire brut, ce qui incite les nouveaux arrivants à régulariser très vite leur situation.
Parallèlement, certains revenus (honoraires, dividendes, certains intérêts, B‑revenus) sont soumis à un B‑tax, payé par l’individu par acomptes mensuels.
Un impôt composé de trois couches
La structure de l’impôt sur le revenu repose sur trois niveaux :
| Composante de l’impôt | Taux indicatif | Commentaire |
|---|---|---|
| Impôt national | ≈ 10 % | Prélevé au niveau de l’État groenlandais |
| Impôt municipal | ≈ 26–28 % | Fixé par chaque commune |
| Impôt intercommunal | 6 % | Taux uniforme entre communes |
Selon la commune, le taux global sur le revenu d’activité tourne autour de 42 à 44 %. Pour certaines zones en dehors des communes (bases ou stations isolées), un taux total réduit de 36 % s’applique.
Des taux qui varient selon la commune
L’impôt étant en partie communal, le taux effectif dépend du lieu de résidence fiscale. La commune compétente est en principe celle où vous résidiez ou séjourniez au 1er septembre de l’année précédant l’année d’imposition.
Année de revenu pour laquelle les taux globaux sont annoncés par commune à titre indicatif.
| Zone / Commune | Taux total d’impôt sur le revenu |
|---|---|
| Kommune Kujalleq | 43 % |
| Kommuneqarfik Sermersooq (Nuuk…) | 42 % |
| Qeqqata Kommunia | 42 % |
| Kommune Qeqertalik | 42 % |
| Avannaata Kommunia | 44 % |
| Zones hors communes (Danmarkshavn…) | 36 % |
Ces taux peuvent être révisés chaque année par l’Inatsisartut.
Pleine ou limitée : comprendre sa résidence fiscale au Groenland
Pour un expatrié, la question clé est de savoir s’il est soumis à pleine ou à limitée obligation fiscale. Toute la mécanique des taux, des déductions et des déclarations repose sur cette distinction.
Pleine obligation fiscale : la règle dès 6 mois de séjour
Un individu devient pleinement imposable au Groenland s’il :
– s’y établit avec un domicile (acquisition ou location d’un logement pour y vivre), ou
– y demeure au moins six mois consécutifs, en ne s’absentant que brièvement (vacances, courts voyages).
Dans ce cas, il est imposé sur son revenu mondial (principe de l’impôt sur le revenu mondial), à une exception importante : les revenus et charges liés à des immeubles situés hors du Groenland sont exclus de la base taxable.
Le point de départ de la pleine obligation fiscale est, en pratique, la date d’arrivée effective au Groenland, ou le début de la période de présence effective si l’on a déjà acquis un logement mais qu’on ne l’occupe pas encore.
Obligation fiscale limitée : revenus groenlandais seulement
Un expatrié qui ne remplit pas ces conditions (séjour plus court, missions ponctuelles, absence de domicile local) est en principe seulement imposable à raison de ses revenus de source groenlandaise, au titre d’une obligation fiscale limitée.
Les revenus typiquement concernés par la déclaration fiscale sont les salaires, les pensions de retraite, les revenus fonciers, les bénéfices industriels et commerciaux (BIC), les bénéfices non commerciaux (BNC), les bénéfices agricoles (BA), ainsi que les revenus de capitaux mobiliers (dividendes, intérêts).
– salaires pour un travail exécuté sur le territoire groenlandais ;
– bénéfices d’entreprise disposant d’un établissement stable au Groenland ;
– revenus issus d’une profession indépendante exercée depuis une base fixe ou au-delà d’une certaine durée de séjour ;
– revenus de biens immobiliers situés au Groenland, y compris les plus-values de cession ;
– dividendes provenant de sociétés groenlandaises ;
– redevances (royalties) de source groenlandaise ;
– certains revenus de dirigeants, artistes, sportifs, pensions ou bourses d’étude groenlandaises.
Pour ces contribuables à obligation limitée, un petit abattement standard s’applique : le moindre de 10 % du revenu imposable groenlandais et 1 000 DKK par an.
Les règles de « courte durée » et les conventions de double imposition
Le Groenland dispose de conventions fiscales bilatérales limitées en nombre, principalement avec :
– le Danemark ;
– les Îles Féroé ;
– l’Islande ;
– la Norvège.
Ces accords jouent sur la répartition du droit d’imposer les revenus de travail.
En l’absence de convention (cas d’un pays tiers) :
Un salarié d’une entreprise étrangère sans établissement stable au Groenland n’est pas imposable sur ses revenus pour des missions de moins de 14 jours consécutifs, à condition qu’il ne s’agisse pas de main-d’œuvre prêtée. Au-delà de cette durée, un impôt est dû.
Avec convention (Danemark, Féroé, Islande, Norvège) :
– si la présence dans le pays ne dépasse pas 183 jours sur 12 mois, et en l’absence de location de main‑d’œuvre, l’impôt peut rester entièrement à la charge de l’État d’envoi ;
– si le seuil de 183 jours est dépassé, l’individu devient en principe pleinement imposable au Groenland dès le premier jour de présence.
Des règles particulières existent aussi pour : les comportements en milieu public, les interactions sociales, et les normes culturelles.
– les salariés danois détachés par l’administration publique : pas d’impôt groenlandais si le séjour est inférieur à 60 jours ; taxation locale rétroactive dès le premier jour si le seuil est dépassé ;
– les salariés mis à disposition d’entités groenlandaises par des agences de travail temporaires étrangères : imposition dès le premier jour au Groenland, car l’employeur local est considéré comme l’employeur « réel ».
Impôt sur le revenu : que paie concrètement un expatrié ?
Une fois la situation de résidence clarifiée, il reste à déterminer quelles catégories de revenus sont imposables et quelles dépenses peuvent être déduites.
Les revenus imposables
Pour un expatrié pleinement imposable, la base d’imposition comprend l’ensemble des revenus actifs et passifs, sauf ceux provenant de biens immobiliers hors du Groenland. On y trouve notamment :
– les salaires et traitements ;
– les avantages en nature (logement gratuit ou subventionné, repas, véhicule de fonction, téléphone, internet…) ;
– les revenus d’activité indépendante ou de sociétés de personnes ;
– les pensions publiques ou de fonctionnaires et pensions privées déductibles à l’origine ;
– les intérêts versés par des institutions financières danoises, groenlandaises ou étrangères ;
– les dividendes de sociétés danoises ou étrangères.
Certaines allocations liées au travail sont imposables si elles dépassent les barèmes des indemnités journalières applicables aux fonctionnaires ou si elles ne correspondent pas à des dépenses réellement encourues pour le compte de l’employeur (indemnités de voyage, par exemple).
Pour un expatrié à obligation limitée au Groenland, seuls les revenus expressément listés comme de source groenlandaise sont imposables. Cela inclut notamment les rémunérations perçues pour un travail exercé sur place, les revenus fonciers provenant d’un immeuble situé localement, ou les dividendes distribués par des sociétés groenlandaises.
Les revenus exonérés
Le régime prévoit aussi une liste de revenus totalement exonérés, parmi lesquels :
– le produit de la vente de biens personnels (effets privés) ;
– les successions (héritage), dans la plupart des cas ;
– la valeur du logement que l’on occupe dans son propre bien ;
– certains avantages liés à la consommation personnelle de gibier ou de poisson chassés par soi‑même ;
– les indemnités journalières, frais de déplacement ou de réinstallation, voyages gratuits accordés dans le cadre des règles applicables aux fonctionnaires ;
– certaines primes (anniversaires, départs) ou gains de loteries et paris lorsque l’impôt a déjà été acquitté au Groenland ou au Danemark.
Un plafond spécifique d’exonération pour les B‑revenus (petits revenus divers) est fixé chaque année par l’Inatsisartut. Pour 2025, il est de 5 000 DKK pour les personnes pleinement imposables.
Déductions et abattements : quelles marges de manœuvre pour réduire la facture ?
La fiscalité groenlandaise, bien que « plate » dans ses taux, repose sur un système de déductions assez structuré. Pour 2025, les principaux montants sont les suivants :
| Type de déduction (2025) | Montant annuel |
|---|---|
| Abattement personnel | 60 000 DKK |
| Déduction standard | 10 000 DKK |
| Revenu B exonéré | 5 000 DKK |
| Déduction pour emploi (max.) | 15 750 DKK |
Ces montants sont proratisés selon le nombre de jours de résidence fiscale dans l’année.
Dépenses professionnelles et autres charges
En régime de pleine obligation, le contribuable peut déduire : les charges fiscales et les dépenses professionnelles engagées dans l’exercice de son activité.
Principales catégories de dépenses et charges déductibles du revenu imposable pour les entreprises et indépendants.
Les dépenses engagées pour acquérir et conserver les revenus, notamment dans le cadre d’une activité indépendante.
Les amortissements fiscaux déductibles sur certains actifs conformément à la réglementation.
Les intérêts d’emprunts et les frais de commission liés à l’activité.
Les primes versées à des régimes de pension agréés au Groenland.
Les pertes fiscales reportées provenant des cinq années d’imposition précédentes.
Des règles spécifiques s’appliquent l’année du déménagement au Groenland pour les intérêts, ainsi que pour les pertes liées à certaines participations dans des structures danoises.
En revanche, ne sont pas déductibles :
– les dépenses de caractère privé (logement, nourriture, double résidence, etc.) ;
– les cotisations d’assurance‑chômage ou de préretraite ;
– les versements à des régimes de retraite étrangers (y compris danois ou féroïens).
Les expatriés peuvent néanmoins choisir de ne pas détailler leurs frais réels et d’opter pour une déduction standard, dont le montant est fixé chaque année par le Parlement. On ne peut pas cumuler frais réels et forfait.
Déduction pour emploi
Pour encourager le travail, un mécanisme de « déduction pour emploi » est prévu. Pour 2025, il permet aux personnes pleinement imposables de déduire 17,5 % de leur revenu d’activité (A‑ et B‑revenu, dividendes et cotisations retraite déductibles), au‑delà des abattements personnel et standard, dans la limite de 15 750 DKK par an.
Seuil de revenu d’emploi en DKK au-delà duquel la déduction fiscale diminue de 6,3 % sur la part excédentaire.
Les contribuables à obligation limitée ont, eux, droit à un abattement standard modeste : le moindre de 10 % de leur revenu imposable groenlandais et 1 000 DKK.
Spécificité retraite : déduire oui, mais seulement au Groenland
L’un des pièges classiques pour les expatriés concerne les retraites. Les cotisations ne sont déductibles que si elles sont versées à un régime de pension établi au Groenland. Les contributions versées à des régimes étrangers (y compris danois) ne donnent pas droit à déduction fiscale, mais les prestations versées ultérieurement par ces régimes étrangers sont en principe exonérées au Groenland.
Par ailleurs, il existe une obligation légale de cotiser à une pension pour toute personne :
– pleinement imposable au Groenland ;
– âgée d’au moins 18 ans ;
– dont le revenu annuel dépasse 125 000 DKK.
Le taux de cotisation obligatoire est passé à 11 % en 2025 (10 % en 2024), calculé sur la base des revenus soumis à A‑tax.
Le régime gros salaire à 35 % : un outil clé pour les expatriés du secteur minier et des grands chantiers
Pour attirer une main‑d’œuvre spécialisée dans des secteurs stratégiques (exploration minière, grands travaux, construction d’aéroports), le Groenland a mis en place un régime fiscal dérogatoire très prisé des expatriés : le « gross taxation scheme » à 35 %.
Qui peut bénéficier du régime à 35 % ?
Ce régime s’applique aux personnes employées dans :
– les activités d’exploration et d’exploitation de ressources minérales, pétrolières ou gazières ;
– certains grands chantiers de construction situés en dehors des villes et villages existants ;
– les projets de construction d’aéroports menés pour le compte du gouvernement groenlandais.
Pour en bénéficier, il faut notamment :
– ne pas avoir été imposable dans une commune groenlandaise au cours des six mois précédant le début de l’emploi ;
– être employé spécifiquement sur les projets visés (et ne pas cumuler avec d’autres emplois ordinaires au Groenland).
Les salariés travaillant sur l’exploitation de glace et d’eau à des fins d’exportation sont explicitement exclus de ce régime.
Comment fonctionne la taxation brute ?
Sous ce régime, l’impôt est prélevé à un taux unique de 35 % sur le revenu brut (salaires et avantages en nature tels que logement et nourriture), sans aucune déduction possible. Seuls certains versements de l’employeur à des régimes de retraite peuvent être exclus de l’assiette.
Le taux de 35 % appliqué à ces revenus est définitif. Les bénéficiaires du régime sont ainsi dispensés de l’obligation de déposer une déclaration d’impôt pour cette partie de leurs revenus, ce qui simplifie leurs démarches administratives.
Des règles particulières de paiement s’appliquent pour les entreprises opérant sous ce régime, notamment en cas de versement direct à la Banque du Groenland, avec des références spécifiques (IBAN GL0964710001002616, BIC GRENGLGX).
Pour les expatriés, ce régime peut se révéler intéressant lorsque la combinaison de taux standard (jusqu’à 44 %) et de déductions ne permettrait pas de descendre significativement en dessous de 35 %, surtout si les frais réels ou charges familiales sont limités.
Procédure administrative : cartes d’impôt, déclaration et avis de « Slutskat »
Même dans un système dit « simple », les démarches pratiques restent nombreuses pour un expatrié.
Enregistrement préalable et carte d’impôt
Toute personne qui vient s’installer au Groenland doit se faire enregistrer auprès de l’Agence fiscale. Une « advance tax registration » permet de déterminer à l’avance le taux de prélèvement et les déductions applicables.
Les nouveaux arrivants peuvent être enregistrés comme pleinement imposables avant d’avoir atteint les six mois de présence, s’ils peuvent justifier d’un contrat de travail d’une durée supérieure à six mois. C’est un point crucial pour éviter une retenue confiscatoire de 45 %.
À l’issue de cet enregistrement, l’Agence fiscale émet :
– une carte d’impôt principale (A‑tax card) destinée à l’employeur principal, mentionnant les déductions et le taux à appliquer ;
– une carte secondaire (bikort), sans déduction, pour les éventuels autres employeurs.
Coordination avec le Danemark pour les personnes venant du Royaume
Un expatrié qui arrive du Danemark doit, en plus, demander à être exonéré du prélèvement d’impôt danois à la source. Il doit remplir le formulaire 01.005 « Ansøgning om fritagelse for dansk skattetræk », disponible sur le site de l’administration fiscale danoise (skat.dk).
Si l’employeur est déjà enregistré au Groenland, l’enregistrement préalable au Danemark n’est pas nécessaire. Cependant, une coordination entre les deux systèmes fiscaux reste essentielle pour éviter qu’un salarié ne subisse une double retenue d’impôt.
Déclaration annuelle et régularisation
Même si l’impôt est largement retenu à la source, la plupart des contribuables (sauf certains expatriés sous régime spécial à 35 % ou bénéficiaires exclusifs de retenues à la source définitives) doivent déposer une déclaration de revenus.
– Date limite de dépôt : 1er mai de l’année suivant l’année d’imposition. En cas de retard, une pénalité de 200 DKK par jour s’applique, plafonnée à 2 000 DKK.
– Mode de dépôt : en ligne, via le portail de l’Agence fiscale (www.aka.gl ou www.sullissivik.gl) avec identifiant numérique (MitID).
Après le traitement de votre déclaration, l’Agence des impôts suédoise émet un avis de taxation finale, appelé ‘Slutskat’. Cet avis, généralement disponible vers la fin du mois d’août, présente le calcul définitif de l’impôt dû et le compare aux montants déjà prélevés à la source pendant l’année.
Si l’impôt définitif est supérieur aux retenues :
– la différence doit être payée en trois acomptes, aux dates indicatives du 20 septembre, 20 octobre et 20 novembre ;
– un supplément de 8 % est appliqué sur l’arriéré.
Si l’impôt définitif est inférieur aux retenues :
– le trop‑perçu est remboursé avant le 1er septembre ;
– le contribuable perçoit un intérêt de 2 % sur le crédit.
Contrôle fiscal et délais de prescription
En cas de contrôle, l’Agence adresse une lettre d’intention exposant les faits et la rectification envisagée. Elle dispose en général jusqu’au 31 octobre de la cinquième année suivant l’année d’imposition pour modifier un avis de taxation, sauf éléments nouveaux importants non imputables au contribuable ou à l’administration.
Le contribuable bénéficie du même délai de cinq ans pour demander lui‑même la révision d’une ancienne année.
Propriété immobilière au Groenland : aucune taxe foncière classique, mais des règles très spécifiques pour les étrangers
Pour un expatrié, le sujet de la « taxe foncière » au Groenland est trompeur. Il n’existe pas d’impôt récurrent sur la propriété immobilière privée comparable à la taxe foncière française ou aux council tax anglo‑saxons. Mais cela ne signifie pas que détenir ou utiliser un bien immobilier soit neutre fiscalement, ni juridiquement.
Pas de propriété foncière privée : tout est dans le droit d’usage
En droit groenlandais, inspiré du droit civil danois mais largement adapté, la règle est radicale : la terre appartient à l’État ou aux municipalités. Il n’y a pas de propriété foncière privée au sens classique.
En revanche, les particuliers et entreprises peuvent obtenir :
– des droits d’usage exclusifs sur une parcelle, appelés allotissements ou droits de jouissance ;
– des concessions temporaires ou à long terme, notamment pour des activités commerciales ou industrielles.
Les bâtiments, eux, peuvent être possédés et faire l’objet de compensations ou d’indemnisations (expropriation, par exemple, comme on l’a vu lors de l’extension de l’aéroport de Nuuk).
Aucune « taxe foncière » récurrente… mais plusieurs impositions ponctuelles
D’un point de vue strictement fiscal :
– il n’y a pas de taxe foncière classique sur les biens immobiliers à usage privé ;
– il n’y a pas d’impôt sur la fortune.
En revanche, certaines opérations liées à l’immobilier peuvent déclencher des impôts ou droits.
– Plus-value immobilière : la plus-value réalisée lors de la cession d’un droit d’usage ou d’un bâtiment situé au Groenland constitue un revenu imposable (en obligation limitée ou pleine), au taux global de l’impôt sur le revenu (≈ 42–44 %).
– Stamp tax (droit d’enregistrement) : une taxe de 1,5 % du prix de transfert est due lors de la signature d’un acte de transfert d’immeuble ou de la constitution d’une hypothèque immobilière ; la même taxe est appliquée au transfert de navires, y compris sous forme de cession de parts de sociétés propriétaires.
Certaines sources mentionnent que des taxes municipales peuvent exister en lien avec les immeubles (services, valorisation…), mais il ne s’agit pas d’une taxe foncière structurelle et annuelle au sens habituel.
Pour un expatrié qui investit, cela signifie qu’il n’aura pas de facture annuelle type « taxe foncière », mais devra prévoir :
– un impact fiscal sur ses revenus de location (imposition comme revenu de source groenlandaise) ;
– une imposition sur la plus‑value éventuelle lors de la revente ;
– un droit de timbre de 1,5 % lors de l’acquisition, de la vente ou de la mise en garantie de l’immeuble ou du droit d’usage.
Un marché immobilier très contrôlé, surtout pour les étrangers
Au‑delà des questions fiscales, la capacité d’un expatrié à devenir propriétaire d’un bâtiment ou détenteur d’un droit d’usage est fortement encadrée. Une loi polémique, adoptée par l’Inatsisartut en novembre 2025 (entrée en vigueur le 1er janvier 2026), a durci les règles pour les acquisitions par des étrangers.
Les grands principes sont les suivants :
– Libre acquisition pour les citoyens et résidents : Les citoyens ou résidents permanents du Groenland, du Danemark et des Îles Féroé peuvent acheter librement des biens et des droits d’usage.
Un étranger non danois ne peut acquérir un bien ou un droit foncier au Groenland qu’à deux conditions strictes : avoir résidé de façon permanente sur le territoire pendant au moins deux années consécutives, et avoir été pleinement imposable et avoir payé ses impôts au Groenland durant cette même période.
– Exemptions et cas particuliers :
– les établissements financiers basés au Groenland, au Danemark ou aux Féroé sont exemptés de ces restrictions ;
– les transferts par héritage, partage de communauté de biens ou donations intrafamiliales échappent aux nouvelles limitations ;
– les détenteurs étrangers existants au moment de l’entrée en vigueur de la loi conservent leurs droits ;
– dans certains cas, un étranger peut demander une dérogation, accordée ou non par le gouvernement (Naalakkersuisut) en fonction de ses liens avec le pays, des risques de spéculation et des intérêts économiques et géopolitiques.
Pour un expatrié attiré par les glaciers et le calme groenlandais, cette loi signifie qu’acheter un logement en son nom, même pour y habiter, suppose souvent plusieurs années de présence fiscale locale ou l’obtention d’un feu vert politique explicite.
Autres impôts et charges à connaître
Même si l’impôt sur le revenu tient le premier rôle, un expatrié doit intégrer un certain nombre d’autres prélèvements.
TVA, droits de douane et accises
Le Groenland se trouve en dehors du système de TVA européen. Il n’applique aucune TVA, ni sur les biens, ni sur les services. En contrepartie, il recourt largement à des accises et droits d’importation ciblés :
– importations de véhicules (voitures, motoneiges, scooters) ;
– alcool, tabac, sucre, chocolats, sodas, café, thé, certains produits alimentaires ;
– produits pétroliers (chauffage, électricité, carburants) ;
– taxes spécifiques sur certaines pêches, activités de loterie et de jeux, véhicules motorisés, etc.
Pour un expatrié, le coût de la vie est élevé, notamment sur les produits importés, et ce même en l’absence de Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA).
Les cotisations de sécurité sociale au Groenland fonctionnent selon un schéma allégé :
– les salariés ne paient pas directement de cotisations sociales groenlandaises ;
– les employeurs supportent une contribution au marché du travail (AMA) :
– 1,1 % de la masse salariale en 2024 ;
– 2,1 % pour l’année de revenu 2025, calculé sur le salaire brut, avantages en nature compris.
En parallèle, le système danois d’ATP (pension de base) continue de s’appliquer à la plupart des employeurs danois, groenlandais et féroïens. Les salariés étrangers en poste au Groenland pour moins de six mois peuvent cependant être exemptés de l’ATP.
Impôt sur successions et donations
En matière successorale, la ligne générale est que l’héritage n’est en principe pas imposable au Groenland. Un mécanisme particulier permet au conjoint survivant, lorsqu’il poursuit l’indivision de la succession, de reprendre la position fiscale du défunt, mais cette règle concerne surtout des situations techniques.
Taux d’imposition global pouvant être appliqué aux donations lorsqu’elles sont considérées comme un revenu ordinaire.
Certaines sources indiquent par ailleurs que les taux de droits de succession alignés sur ceux du Danemark peuvent servir de référence : 15 % pour les héritiers proches, jusqu’à 36 % pour d’autres bénéficiaires, mais ces éléments relèvent davantage de la coordination danoise que d’un impôt proprement groenlandais.
Double imposition : articulation avec le pays d’origine
Les expatriés doivent enfin considérer les risques de double imposition. Le Groenland applique le principe de l’imposition mondiale pour les résidents, mais reconnaît aussi les impôts payés à l’étranger.
Le Groenland a conclu des conventions de double imposition avec le Danemark, les Féroé, l’Islande et la Norvège pour répartir les droits d’imposition sur les salaires et pensions. En l’absence de convention, un mécanisme de crédit d’impôt étranger permet de déduire l’impôt déjà payé à l’étranger sur un revenu de l’impôt groenlandais dû sur ce même revenu, dans la limite du montant dû au Groenland.
Les expatriés américains, par exemple, restent tenus de déclarer leurs revenus mondiaux auprès de l’IRS, et peuvent en général imputer l’impôt payé au Groenland au moyen du Foreign Tax Credit. La coordination avec un fiscaliste connaissant à la fois le système américain et le système groenlandais est alors vivement recommandée.
En pratique : ce que doit retenir un expatrié qui s’installe au Groenland
Pour conclure, l’environnement fiscal groenlandais peut se résumer en quelques grands points clés pour un expatrié :
L’impôt sur le revenu, bien qu’élevé (42-44%), est simple et prélevé à la source. La distinction entre obligation fiscale limitée et pleine est cruciale et dépend de la durée de séjour (seuil de 6 mois) et du domicile. Il n’y a ni taxe foncière ni TVA, mais des accises élevées et une imposition des plus-values immobilières. Un régime de taxation brute à 35% existe pour certains secteurs. L’acquisition immobilière par des étrangers est très restrictive (droit d’usage, conditions de résidence, agrément). Le système de retraite impose des cotisations pour les résidents à plein temps dont les revenus dépassent un seuil, sans charges sociales directes sur les salaires.
Dans un environnement où les températures restent négatives la majeure partie de l’année et où les distances se comptent en heures de vol d’hélicoptère, la fiscalité groenlandaise offre une forme de stabilité : des règles plutôt claires, des taux connus à l’avance, et une administration accessible (Skattestyrelsen) qui publie ses textes sur la plateforme officielle Nalunaarutit et répond aux expatriés depuis ses bureaux de Nuuk, Ilulissat, Qaqortoq, Sisimiut, Maniitsoq et sa représentation de Copenhague.
Pour les expatriés au Groenland, il est crucial d’arbitrer entre le taux forfaitaire à 35 % et le taux global à 42‑44 % (atténué par des déductions), de bien intégrer les contraintes strictes sur la propriété immobilière, et de s’assurer dès l’arrivée que toutes les formalités fiscales sont en ordre pour un séjour serein.
Un retraité de 62 ans, disposant de plus d’un million d’euros d’actifs financiers bien structurés en Europe, souhaite transférer sa résidence fiscale au Groenland afin de réduire sa pression fiscale, diversifier ses investissements et conserver un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement global (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après étude de plusieurs destinations (pays nordiques, îles atlantiques, micro‑États européens), la stratégie retenue consiste à cibler le Groenland, territoire autonome au sein du Royaume du Danemark, combinant niveau d’imposition globalement modéré par rapport à la France, faible densité, environnement sécurisé, coût de vie parfois inférieur aux grandes métropoles européennes et accès facilité au marché danois/UE via Copenhague. La mission comprend : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions FR‑DK), obtention du permis de séjour, organisation de la résidence principale, couverture santé, transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocats, fiscalistes, intermédiaires immobiliers) et adaptation patrimoniale (intégration de projets immobiliers ou d’investissements liés à l’économie arctique), tout en maîtrisant les risques de double imposition et de contrôle fiscal français.
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