L’archipel de Trinité et Tobago est souvent présenté comme une économie d’abord portée par le gaz et le pétrole. Pourtant, derrière le poids écrasant de l’énergie – environ 40 % du PIB et 80 % des exportations – un autre moteur s’installe peu à peu : le tourisme. Et avec lui, c’est tout le marché immobilier qui est en train de changer, surtout à Tobago mais aussi dans certains pôles urbains et côtiers de Trinité.
Le tourisme représente près de 8,9 % de l’emploi à Trinité-et-Tobago.
Quand les touristes redessinent la carte de l’immobilier
Le premier mécanisme est simple : davantage de visiteurs, c’est davantage de lits à fournir. Cette demande se répercute sur l’ensemble du marché, des hôtels de luxe aux maisons d’hôtes et aux locations de courte durée.
À Trinité et Tobago, le marché des locations touristiques illustre bien ce phénomène. Sur la période novembre 2024 – octobre 2025, on dénombre environ 1 268 annonces actives de locations de courte durée dans le pays, quasi exclusivement pour une clientèle internationale. Ces logements génèrent en moyenne 150 nuitées réservées par an, avec un taux d’occupation médian autour de 41 %, un tarif journalier moyen d’environ 106 dollars US et un revenu annuel moyen qui tourne autour de 16 000 dollars.
Malgré une position modeste dans la région pour les revenus et l’occupation touristique, la location courte durée à Trinité et Tobago offre un rendement brut théorique d’environ 12,2% pour un appartement deux chambres, soit plus du double du rendement de la location longue durée (environ 5%).
Ce différentiel crée une incitation forte à réorienter une partie du parc vers le tourisme, surtout dans les zones prisées. Et c’est précisément là que les tensions apparaissent pour les habitants.
Des rendements touristiques qui distordent le marché résidentiel
Les chiffres de loyers et de prix à Trinité montrent déjà la difficulté pour de nombreux ménages à se loger, même indépendamment du tourisme. Un appartement d’une chambre au centre urbain se loue souvent autour de 3 800 TTD, un trois pièces peut facilement dépasser 7 000 à 10 500 TTD. Dans le même temps, le salaire net moyen tourne autour de 5 800 à 6 900 TTD. Le ratio prix/revenu dépasse 12, et les mensualités de crédit immobilier peuvent théoriquement absorber plus de 100 % du revenu moyen : pour une partie de la population, l’accession à la propriété reste de l’ordre du mirage.
La location touristique réduit l’offre de logements en location longue durée dans les quartiers attractifs (littoraux, zones patrimoniales, pôles de loisirs) et exerce une pression à la hausse sur les loyers. Ce phénomène, documenté internationalement (ex. : Islande, Espagne), montre qu’une forte demande touristique accroît la concurrence pour le logement, au détriment des résidents permanents.
À Trinité et Tobago, le phénomène reste pour l’instant moins violent que dans les grandes capitales européennes ou certains hotspots méditerranéens. Le taux d’occupation relativement faible des locations de courte durée, la dépendance globale de l’économie à l’énergie et une demande encore majoritairement locale sur l’immobilier jouent comme des amortisseurs. Mais ce coussin pourrait se réduire à mesure que le pays se positionne davantage comme destination de tourisme de loisirs, de nature, d’événementiel et de MICE (Meetings, Incentives, Conferences and Exhibitions).
Tobago : laboratoire touristique, marché immobilier en devenir
Si l’on veut comprendre l’impact du tourisme sur l’immobilier de l’archipel, il faut se concentrer sur Tobago. L’île est plus petite, plus balnéaire, plus dépendante du tourisme que Trinité. Elle est aussi au cœur des grandes stratégies publiques d’investissement.
Un cadre politique qui assume le virage touristique
La politique nationale du tourisme pour la période 2021-2030 fixe un cap explicite : faire du secteur un contributeur majeur à la croissance et à la résilience économiques d’ici 2030. Pour y parvenir, l’État revoit même la gouvernance du tourisme, en décentralisant une partie des décisions vers des « provinces touristiques régionales » : cinq pour Trinité, deux pour Tobago.
Sur l’île de Tobago, la division en régions Est et Ouest pour la planification touristique a conduit à l’identification de véritables « grappes » touristiques, notamment autour de Crown Point, Castara, Roxborough, Speyside et Buccoo. Cette organisation territoriale concentre les investissements en aménagement, en infrastructures et les incitations fiscales dans ces zones spécifiques, accélérant ainsi la valorisation des terrains et des biens immobiliers locaux.
Le gouvernement a par ailleurs créé des « Designated Development Areas » (zones de développement désignées) ciblées pour l’investissement touristique étranger, comme Arnos Vale, Buccoo/Golden Grove, Bacolet, Englishman’s Bay, Lowlands ou Mount Irvine. Dans ces périmètres, l’octroi de licences aux investisseurs étrangers est presque automatique, ce qui simplifie considérablement l’acquisition foncière pour des projets touristiques d’envergure.
Un pipeline de projets hôteliers et résidentiels qui reconfigure le littoral
L’ampleur et la nature des projets en cours ou en préparation à Tobago donnent la mesure du tournant touristique… et de ses répercussions immobilières.
Parmi les investissements annoncés ou déjà engagés, on retrouve :
| Projet | Localisation | Contenu immobilier | Positionnement |
|---|---|---|---|
| Marriott Rocky Point | Tobago | Environ 200 chambres, bungalows et villas | Resort balnéaire haut de gamme |
| Elephant Tree Resort & Villas | Roxborough, Tobago | 40 chambres d’hôtel + 126 résidences | Resort sous enseigne Hilton (Tapestry Collection) |
| Secrets & Dreams (Hyatt) | Kilwin Bay, Tobago | 200 + 300 chambres all-inclusive | Resorts proches de l’aéroport |
| Nouvel aérogare ANR Robinson | Tobago | Capacité 3 millions de passagers/an | Hub clé pour flux touristiques |
À ces projets s’ajoutent des initiatives d’infrastructures lourdes comme un nouveau terminal international à l’aéroport ANR Robinson (capacité portée à trois millions de passagers par an) ou un complexe de croisière et marina à Plymouth, avec activités commerciales et de loisirs.
Le développement de grands hôtels internationaux transforme le littoral et le marché immobilier. Ces établissements font augmenter les prix du foncier à proximité. Ils génèrent une demande croissante de logements pour le personnel, les sous-traitants et les services annexes (restauration, loisirs, transports). Cette dynamique attire les investisseurs privés, locaux et étrangers, qui cherchent à valoriser ces opportunités via la construction de villas, de résidences touristiques ou de petits hôtels de charme.
La multiplication des logements résidentiels liés à ces projets est déjà visible sur certains sites. Sur le projet de Lagon Doux, par exemple (côté Trinité mais au profil très « resort »), les autorités ont accordé des autorisations de lotissement portant sur environ 129 lots de maisons et maisons de ville en front de mer, en plus de la possibilité de construire deux hôtels de 300 chambres et 300 villas résidentielles. Même si ce site se trouve sur Trinité, il donne un aperçu du modèle qui s’exporte aussi à Tobago : un mix d’hôtellerie, de résidences de tourisme et d’immobilier résidentiel haut de gamme.
Une pression progressive sur le logement local
En parallèle du pipeline touristique, la Tobago House of Assembly (THA) met en œuvre un ambitieux programme de logements dans plusieurs localités (Castara, Blenheim, Courland, Mt Irvine, Friendship, Adventure). Les montants engagés, de l’ordre de dizaines de millions de TTD pour chaque développement, montrent que les autorités anticipent une hausse de la demande résidentielle, alimentée à la fois par la démographie locale et par l’activité économique générée par le tourisme.
Dans les destinations touristiques en montée en gamme, le marché immobilier se scinde en deux : des logements subventionnés pour les habitants locaux et des résidences haut de gamme pour les touristes aisés. Cette dynamique peut accentuer la ségrégation spatiale, repoussant les résidents permanents à l’intérieur des terres tandis que le littoral se « premiumise », ce qui crée des inégalités d’accès au foncier côtier.
Trinité : tourisme d’événements, waterfronts et gentrification potentielle
Contrairement à Tobago, Trinité n’est pas un paradis balnéaire typique. Sa vocation touristique se joue davantage sur le terrain de l’événementiel (Carnival, festivals), du sport, du business et du MICE. Mais ces formes de tourisme ont elles aussi une empreinte immobilière de plus en plus visible.
Carnival et tourisme événementiel : un choc de demande concentré
Le Carnival de Trinité et Tobago est emblématique : chaque année avant le Carême, des dizaines de milliers de visiteurs convergent vers Port of Spain et ses environs. Les données récentes montrent qu’en 2025, 34 194 visiteurs du Carnival ont dépensé au total près de 482,5 millions de TTD, avec une durée de séjour moyenne de 14 jours. Sur cette enveloppe, un peu moins de 15 millions de TTD ont été consacrés à l’hébergement et à la restauration – sans compter les dépenses indirectes qui irriguent les quartiers festifs, les zones de divertissement et les transports.
Pendant la période du Carnival, le marché locatif connaît une flambée temporaire des prix, surtout pour les appartements bien situés à Port of Spain, St James, Woodbrook, Maraval ou Cascade. De nombreux propriétaires privilégient la location de courte durée, laissant parfois des logements vacants ou sous-utilisés. Les secteurs proches des circuits de défilés, des lieux de fête et des axes de transport principaux voient également leur valeur augmenter.
Sur un marché déjà sous tension sur le segment des petites surfaces urbaines – où les appartements d’environ 1 000 sq.ft. se négocient souvent juste au-dessus de 1 million de TTD – l’opportunité de rentabiliser un bien en quelques semaines de festival pèse dans les choix d’investissement. Ce n’est pas un hasard si l’on observe un fort dynamisme dans les projets d’appartements et de townhouses dans l’Ouest de Trinité (Westmoorings, Diego Martin, Maraval) ou dans certains quartiers centraux comme Woodbrook et One Woodbrook Place.
Les grands projets de front de mer : vitrines touristiques et leviers de gentrification
Parallèlement au tourisme événementiel, Trinité mise sur des projets urbains d’envergure à forte tonalité touristique. Le plus emblématique est probablement le développement d’Invaders Bay, à Port of Spain : un front d’eau intégrant des hôtels cinq étoiles, un centre de convention de 25 000 places, un port de plaisance de 400 anneaux, mais aussi 300 appartements de standing et un centre financier international.
Projets de réaménagement côtier dans le sud, mêlant développement résidentiel, touristique et infrastructures de loisirs.
Marina, hôtels, amphithéâtre et environ 1 800 résidences, incluant la ‘Plaza San Carlos’ sur un terre-plein gagné sur la mer.
Intégration d’une ‘health city’ orientée vers le tourisme médical au sein du projet.
Transformation de l’ancienne prison de Carrera Island en un hôtel-boutique de luxe avec marina.
Ces programmes combinent systématiquement immobilier touristique (hôtels, resorts), immobilier de loisirs (commerces, entertainment, marinas) et immobilier résidentiel (appartements haut de gamme, résidences-services). Leur public cible est double : les touristes internationaux et régionaux, mais aussi une classe moyenne supérieure et une élite locale en quête de produits « lifestyle » sécurisés, connectés et valorisants.
Là encore, l’expérience internationale montre que ces waterfronts mixtes tendent à créer de nouveaux pôles de prix élevés, qui diffusent ensuite dans les quartiers adjacents. À mesure que les équipements montent en gamme, les loyers et les valeurs immobilières augmentent, poussant parfois à la reconversion d’immeubles de bureaux en résidences de standing, ou de logements modestes en appartements de luxe. Le risque de gentrification est bien réel, surtout dans des contextes urbains où l’offre de logements abordables est déjà limitée.
Une réglementation foncière qui filtre l’investissement étranger
La façon dont un pays encadre l’accès des non-résidents au foncier est déterminante pour mesurer l’impact du tourisme sur l’immobilier. À Trinité et Tobago, la règle de base est claire : les étrangers doivent obtenir une licence pour acheter un bien au-delà de seuils spécifiques, en particulier à Tobago.
Un cadre juridique protecteur mais coûteux
Le Foreign Investment Act impose, pour les personnes non ressortissantes de Trinité et Tobago ou d’un État membre de la CARICOM, une licence délivrée par le ministère des Finances. Sur Trinité, un étranger peut acheter sans licence jusqu’à 1 acre pour un usage résidentiel et 5 acres pour un usage commercial. Au-delà – et systématiquement dès le premier mètre carré à Tobago depuis 2007 – une licence est obligatoire.
Les coûts d’acquisition pour un investisseur étranger dépassent facilement 15 % du prix du bien, incluant la licence, les droits de timbre et les honoraires.
Ce filtre financier limite l’arrivée d’investisseurs purement spéculatifs, attirés par des rendements rapides. Il joue comme un frein aux bulles immobilières alimentées par le capital international, phénomène observé dans d’autres destinations caribéennes dotées de programmes très ouverts de citoyenneté par investissement ou d’avantages fiscaux agressifs. À Trinité et Tobago, pas de citizenship by investment, pas de passeport contre une villa, et aucun droit de résidence automatique accordé du seul fait de posséder une propriété.
Tobago : contrôle serré du foncier face à la pression touristique
À Tobago, le verrou est encore plus serré. Toute acquisition foncière par un étranger, quelle que soit la superficie, nécessite une licence. C’est une façon pour les autorités de garder la main sur l’évolution du littoral et d’éviter que la spéculation exogène ne chasse les habitants. Paradoxalement, dans les Designated Development Areas, ce même système devient un accélérateur : les licences y sont quasi automatiques pour les projets touristiques structurants.
Le système vise à protéger les communautés locales sur les îles fragiles, tout en ouvrant des zones aux investissements étrangers massifs, souvent liés à de grands groupes hôteliers. Cet équilibre a un double effet sur les prix : stabilisateur au niveau macroéconomique, mais potentiellement très inflationniste sur des micro-marchés ciblés, comme certains villages côtiers ou baies prisées.
Le boom discret des locations de courte durée
L’essor des plateformes de type Airbnb à Trinité et Tobago illustre un autre front où tourisme et immobilier se croisent. Si le nombre d’annonces reste modeste à l’échelle régionale, l’impact local peut être significatif, d’autant que la réglementation est aujourd’hui très souple.
Un marché encore peu régulé mais très international
Les données de marché montrent que près de 100 % de la clientèle des locations de courte durée dans le pays est internationale. Autrement dit, ce n’est pas une forme d’hébergement mobilisée par les résidents ou la diaspora locale pour de longs séjours, mais un outil directement lié au tourisme. Pourtant, quasiment aucune annonce ne dispose de licence ou d’agrément officiel : le taux de locations déclarées/licenciées frôle les 0 %.
Le manque d’encadrement de la location courte durée favorise les propriétaires à court terme en limitant les démarches administratives. Cependant, ce vide réglementaire expose le secteur à un risque de durcissement soudain des règles, comme observé dans plusieurs grandes villes, lorsque la pression sur le marché du logement devient un enjeu politique majeur.
Pour l’instant, le marché trinidadien de la location courte durée est classé avec une note d’« investabilité » modeste, notamment en raison de son faible taux d’occupation et de tarifs journaliers inférieurs à ceux des îles les plus touristiques du bassin caribéen. Mais la tendance à la hausse des revenus (+4,73 % sur un an) et l’amélioration continue des flux touristiques montrent que la rentabilité pourrait s’accroître rapidement si l’archipel gagne en attractivité.
Rendements et disponibilité du logement : la ligne de crête
D’un point de vue strictement financier, l’écart de rendement entre location courte et longue durée est spectaculaire, avec plus de 12 % de rendement brut théorique pour la première, contre 4 à 6 % pour la seconde. Les revenus restent toutefois plus volatils, fortement dépendants de la saisonnalité (Carnival, vacances scolaires, événements sportifs) et de la conjoncture internationale.
La fourchette de prix en TTD où le marché immobilier est le plus actif, correspondant au profil type du primo-accédant.
Pour ces ménages, la concurrence d’investisseurs attirés par les plateformes de location saisonnière peut être déterminante. Un appartement de 2 ou 3 chambres dans un quartier en devenir, avec une bonne connectivité et un minimum d’attraits touristiques, devient soudain un actif doublement rentable : il loge une famille aujourd’hui, mais pourrait être transformé demain en produit d’hébergement pour visiteurs, ou revendu avec une prime grâce à la valorisation touristique du quartier.
L’enjeu pour Trinité et Tobago n’est pas de freiner la montée du tourisme – le pays en a besoin pour se dégager de sa dépendance aux hydrocarbures et pour stabiliser ses recettes en devises –, mais de l’articuler à une politique du logement et de l’urbanisme qui évite les excès observés ailleurs.
Un potentiel de croissance encore considérable
Les chiffres montrent que le tourisme n’a pas encore atteint un point de saturation. Les arrivées internationales augmentent, avec une progression d’environ 12 % sur le premier semestre 2025 par rapport à l’année précédente, et les objectifs officiels restent ambitieux : 500 000 visiteurs visés pour Trinité à l’horizon 2026, puis un million à l’échelle nationale d’ici 2032. Tobago, de son côté, a vu ses arrivées repartir à la hausse, avec une progression de 52 % entre 2022 et 2024 et une reconnaissance croissante dans les classements internationaux de destinations « à visiter ».
Dans ce contexte, la demande d’hébergement devrait continuer à croître, ce qui soutiendra mécaniquement l’investissement immobilier : hôtels, résidences de tourisme, locations de courte durée, mais aussi logements pour les travailleurs du secteur et pour l’écosystème de services qui se greffe autour du tourisme (transport, restauration, événementiel, culture, sport…).
En parallèle, les signaux d’alerte ne manquent pas. L’accessibilité à la propriété pour les ménages moyens s’effrite. La pénurie de logements abordables est déjà manifeste, malgré les efforts publics (programmes d’habitat social, Housing and Village Improvement Programme doté de 100 millions de TTD, politiques de lotissement encadré). Le marché est polarisé entre, d’un côté, des produits « budget » souvent compacts (600-700 sq.ft.) autour de 500 000 à 1 million de TTD et, de l’autre, une offre croissante de biens de standing dépassant 3, 4 ou 5 millions de TTD, parfois dotés de piscines, vues mer, domotique, et services premium.
Avec la montée en puissance du tourisme, la modernisation des quartiers pour les visiteurs entraîne une hausse des valeurs foncières. Cela peut déplacer les populations moins aisées vers des périphéries moins bien desservies, réduisant leur accès aux services et à l’emploi. Cette dégradation de la qualité de vie peut provoquer une lassitude et l’émergence de mouvements anti-touristes, comme observé dans plusieurs destinations européennes.
Le gouvernement semble conscient de ces tensions potentielles. La politique touristique nationale insiste sur la nécessité de préserver les ressources foncières, de respecter les plans d’aménagement et de développer des formes de tourisme durable, y compris le tourisme communautaire, l’écotourisme ou l’agrotourisme. L’idée est de faire participer les communautés locales à la création d’offres touristiques – hébergement chez l’habitant, expériences culturelles, circuits naturels – plutôt que de les cantonner au rôle de main-d’œuvre bon marché.
Vers un modèle plus durable : tourisme, logement et territoire
À ce stade, Trinité et Tobago se trouve à un carrefour. Les grands projets structurants sont lancés, les politiques publiques sont relativement bien balisées, et le marché immobilier a déjà entamé une phase de transformation. La question est désormais de savoir si l’archipel peut transformer la croissance touristique en un levier de développement équilibré, sans sacrifier l’accès au logement ni la cohésion sociale.
Plusieurs pistes se dégagent de l’analyse des données et des orientations actuelles.
Planifier les zones touristiques pour maîtriser la spéculation
La mise en place de « Tourism Zones » et de provinces touristiques régionales constitue un outil essentiel. En fixant clairement où le développement touristique est encouragé et sous quelles conditions, l’État et les collectivités peuvent :
– concentrer les infrastructures lourdes (ports, aéroports, routes, assainissement) là où elles serviront à la fois les visiteurs et les résidents ;
– imposer des normes de densité, de hauteur, de mixité fonctionnelle qui limitent l’hyper-bétonisation des côtes ;
– négocier avec les promoteurs des contreparties en logements abordables, équipements publics ou protection d’espaces naturels.
Les sites déjà identifiés (criques de la côte nord de Trinité, plantations de cacao, péninsule de Chaguaramas, villages de Tobago) doivent servir de modèles. L’immobilier doit y être conçu non comme un simple produit financier, mais comme une composante intégrante d’un projet de développement territorial cohérent.
Encadrer la location de courte durée sans tuer la poule aux œufs d’or
Sur la location touristique, le statu quo réglementaire n’est pas tenable à long terme. Un encadrement minimal sera nécessaire pour :
– éviter l’« airbnbisation » de certains quartiers au détriment des habitants ;
– assurer le respect des normes de sécurité, de salubrité et de fiscalité ;
– protéger les hôtels et les hébergements formels d’une concurrence déloyale.
Pour autant, un durcissement brutal risquerait de décourager des dizaines de petits propriétaires, souvent locaux, qui trouvent là un complément de revenu important. La voie médiane pourrait passer par un système d’enregistrement obligatoire, une limitation du nombre de jours de location dans certaines zones tendues, et des incitations à hybrider les offres (par exemple, favoriser les séjours de moyenne durée pour télétravailleurs plutôt que la rotation ultra rapide de touristes de passage).
Articuler tourisme et politique du logement
Enfin, l’un des défis majeurs sera d’intégrer la question du logement dans la gouvernance du tourisme. Le marché montre déjà que les segments les plus demandés par les habitants (1 à 2 millions de TTD, logements familiaux de 2 à 3 chambres, localisation raisonnablement connectée aux pôles d’emploi) sont aussi ceux qui intéressent les investisseurs touristiques, car ils offrent un bon compromis entre prix d’achat, potentiel de valorisation et flexibilité d’usage.
Pour éviter la collision frontale entre ces deux demandes, plusieurs leviers existent :
– renforcer la production de logements abordables dans les zones bien desservies, y compris par des outils d’aménagement public ou de partenariats public-privé ;
– réserver certains dispositifs d’incitation (fiscales, foncières, financières) aux projets qui intègrent une part de logements accessibles aux ménages locaux ;
– exiger des grands projets touristiques des contributions directes à la construction ou à la rénovation de logements pour les salariés du secteur ;
– soutenir les initiatives de tourisme communautaire qui permettent aux habitants d’héberger des visiteurs sans être évincés de leur quartier.
Dans le contexte trinidadien, où l’État conserve encore une maîtrise importante de la planification et des sols, ces pistes ne relèvent pas de l’utopie. Elles demandent cependant une coordination étroite entre le ministère du Tourisme, le ministère du Logement, la Tobago House of Assembly, les autorités locales et les acteurs privés.
Conclusion : une fenêtre d’opportunité à ne pas manquer
Trinité et Tobago se trouve dans une situation singulière au sein de la Caraïbe. Là où beaucoup de voisins sont déjà dépendants à l’extrême du tourisme, l’archipel dispose encore d’une économie diversifiée, grâce à l’énergie, à la finance et à l’industrie. Cette position lui offre une marge de manœuvre rare pour dessiner un modèle de développement touristique qui ne se résume ni à la spéculation immobilière ni à la privatisation rampante du littoral.
Le tourisme est un moteur économique croissant, stimulant la construction, l’immobilier et attirant des investissements majeurs, notamment à Tobago et sur les côtes de Trinité. Cependant, il génère des tensions visibles : difficultés d’accès à la propriété pour les classes moyennes, risques de gentrification et concurrence accrue entre locations touristiques et résidentielles.
Tout l’enjeu des prochaines années sera de transformer cette dynamique en opportunité pour les habitants autant que pour les investisseurs. Si le pays réussit à articuler politiques de tourisme, d’urbanisme et de logement, il pourrait devenir un cas d’école dans la région : un archipel où le tourisme ne se contente pas de remplir les hôtels et les locations saisonnières, mais contribue à financer des villes plus habitables, des villages mieux équipés et un parc de logements plus équilibré.
À défaut, le risque est de suivre le chemin bien connu d’autres destinations ensoleillées : des plages saturées de resorts, des centres-villes composés majoritairement de locations de courte durée, et des habitants relégués à la périphérie, spectateurs un peu amers d’un spectacle touristique qui ne leur profite qu’à moitié. La bataille se jouera largement sur le terrain de l’immobilier. À Trinité et Tobago, elle ne fait que commencer.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel à Trinité‑et‑Tobago pour chercher du rendement locatif et une exposition au dollar trinidadien (TTD). Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs zones (Port of Spain, San Fernando, Tobago), la stratégie retenue a consisté à cibler une maison individuelle ou un petit immeuble dans un secteur touristique ou en croissance, combinant un rendement locatif brut cible de 8 à 10 % – plus le rendement est grand, plus le risque est important – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou société locale) et définition d’un plan de diversification dans le temps, en intégrant les spécificités juridiques et fiscales de Trinité‑et‑Tobago.
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