Le marché de la location saisonnière en Allemagne est en pleine mutation. Entre explosion des plateformes, durcissement des règles dans les grandes villes et montée en puissance de nouvelles destinations, le pays offre aujourd’hui un terrain de jeu riche mais exigeant pour les investisseurs comme pour les hôtes occasionnels. Loin d’être un simple eldorado Airbnb, la location de courte durée s’inscrit dans un contexte de pénurie chronique de logements, d’encadrement croissant des loyers et de fiscalité sophistiquée. Pourtant, pour qui accepte de se former et de cibler les bons segments, les opportunités restent nombreuses.
Un marché national dynamique mais très saisonnier
Sur l’ensemble du pays, les données montrent que la location saisonnière s’est franchement professionnalisée. Entre août 2023 et août 2024, l’Average Daily Rate (ADR) des locations de courte durée a oscillé entre 96 € et 105 €, avec un pic en octobre (105 €) et un creux en février et mars (96 €). Le RevPAR (revenu par logement disponible) a touché un minimum à 36 € en janvier 2024 et un maximum à 61 € en juillet 2024. De quoi situer le potentiel moyen du marché, en gardant en tête des disparités considérables selon les villes et les régions.
Le nombre d’annonces actives de location saisonnière a culminé à 237 452 en août 2024.
Cette saisonnalité est nette : hausse des prix et des taux d’occupation au printemps et en été, repli à l’automne et en hiver, avec une exception notable autour des marchés de Noël et des grandes fêtes urbaines. Pour un investisseur, cela implique de penser son modèle sur l’année complète : les bons mois doivent compenser les creux, et la stratégie tarifaire doit être réactive.
Un constat s’impose néanmoins : le volume d’annonces grimpe, le marché se remplit, mais la demande suit, soutenue par une économie solide, un réseau de transport performant et une forte culture du voyage intérieur chez les Allemands. Les données de fréquentation touristique confirment l’essor de ce segment, notamment en lien avec le télétravail et les séjours plus longs type “workation”.
Berlin : un géant très rentable mais ultra-réglementé
Berlin reste le phare du marché allemand de la location de courte durée. La capitale combine un afflux massif de touristes et de voyageurs d’affaires, une scène culturelle mondiale et un déficit structurel de logements.
Entre juin 2024 et mai 2025, une location saisonnière typique à Berlin est réservée 281 nuits par an, avec un taux d’occupation médian de 77 %. L’ADR s’établit autour de 117 €, pour un revenu annuel moyen de 30 688 €. Le revenu mensuel type dépasse ainsi 2 500 €, avec un marché décrit comme “fort mais non saturé”. On recense plus de 7 200 annonces actives, et même près de 15 000 si l’on inclut l’ensemble du parc mentionné dans certains relevés.
Pour mieux visualiser les performances des quartiers phares de la ville, on peut comparer quelques districts clés.
Berlin : comparaison de quartiers rentables
| Quartier | Revenu annuel moyen | Taux d’occupation | ADR moyen |
|---|---|---|---|
| Mitte | 40 422 € | 75 % | 146 € |
| Friedrichshain-Kreuzberg | 36 891 € | 80 % | 124 € |
| Pankow | 35 371 € | 81 % | 118 € |
Mitte domine en revenu brut annuel grâce à un ADR élevé (146 €) et une demande constante. Friedrichshain-Kreuzberg et Pankow compensent un ADR légèrement plus bas par des taux d’occupation encore supérieurs (80–81 %). Ces chiffres illustrent bien l’arbitrage typique dans la location saisonnière : viser un prix nuit élevé dans l’hypercentre ou privilégier des zones dynamiques légèrement excentrées mais très occupées.
La haute saison pour un hôte Airbnb à Berlin est le mois de mai, favorisé par le printemps, les festivals et les salons. La clientèle est majoritairement allemande, bien qu’internationale à 34,4 %.
Derrière ces résultats flatteurs se cache toutefois une réalité juridique beaucoup plus rude : Berlin applique à la fois un encadrement des loyers (Mietpreisbremse, valable en location classique) et une législation très stricte sur la “Zweckentfremdung” – l’interdiction de détourner un logement résidentiel en hébergement touristique sans autorisation. Depuis 2018, tout hébergeur doit enregistrer son logement auprès du Bezirksamt, obtenir un numéro d’enregistrement et, dans bien des cas, un permis spécifique pour de la location de courte durée. Les amendes peuvent théoriquement atteindre 500 000 €.
En pratique, une grande part des annonces immobilières n’est pas en règle, et la ville a renforcé les contrôles. Pour un investisseur, Berlin reste une opportunité à forte rentabilité, mais elle est réservée à ceux qui acceptent un niveau de complexité réglementaire élevé, ou qui se positionnent sur des modèles hybrides (résidences de services, séjours moyens, coliving, etc.).
Augsburg : un marché secondaire solide, plus accessible
À l’opposé du mastodonte berlinois, Augsburg illustre l’attrait des villes moyennes bien connectées, avec une demande touristique et professionnelle soutenue mais sans explosion spéculative.
Entre septembre 2024 et août 2025, une location saisonnière typique à Augsburg est réservée 248 nuits par an, pour un taux d’occupation médian de 68 %. L’ADR moyen atteint 82 €, et le revenu annuel moyen 19 156 €, soit environ 1 595 € par mois. Surtout, la progression annuelle du chiffre d’affaires est positive, à +11,42 % sur un an.
Le marché compte 134 annonces actives seulement : il est qualifié de “fort mais non saturé”. Les règles municipales en matière d’Airbnb sont jugées plutôt souples, ce qui contraste avec Berlin ou Munich.
Les données par “tiers de revenu” aident à se repérer :
| Tier de revenus (Augsburg) | Revenu mensuel moyen |
|---|---|
| Bas | 1 086 € |
| Moyen | 1 627 € |
| Élevé | 2 564 € |
Autrement dit, un bien bien positionné – en tier haut – peut largement dépasser les 2 500 € de revenus mensuels, avec un ADR encore relativement modéré, ce qui permet de rester compétitif.
Sur le plan géographique, deux zones sortent du lot. Il s’agit de régions spécifiques qui se démarquent par leurs caractéristiques particulières, nécessitant une attention ou une analyse distincte dans le contexte de l’article.
| Zone d’Augsburg | Revenu annuel | Taux d’occupation | ADR |
|---|---|---|---|
| Inner Central West | 25 744 € | 68 % | 102 € |
| Inner Central East | 16 853 € | 67 % | 67 € |
Inner Central West profite à la fois d’un bon taux d’occupation et d’un ADR élevé, ce qui en fait le cœur de cible pour un investissement saisonnier. Inner Central East montre qu’un positionnement tarifaire plus bas peut rester très rentable grâce à l’occupation.
Augsburg illustre bien le type de marché B allemand recherché par de nombreux investisseurs : demande solide, absence de surchauffe, réglementation plus clémente, part significative de clientèle internationale (environ 42 %) mais base domestique dominante, et présence croissante de gestionnaires professionnels.
Springe et Farchant : le potentiel des petites villes touristiques
Au-delà des grandes métropoles et des villes moyennes, le marché allemand de la location saisonnière recèle de nombreuses petites communes où la demande touristique ou de loisirs crée des niches très profitables. Springe, en Basse-Saxe, et Farchant, en Bavière, en offrent deux exemples instructifs.
Springe : un micro-marché contrasté mais peu régulé
À Springe, on recense 43 annonces actives de location de courte durée. Le cadre réglementaire est décrit comme peu contraignant, ce qui facilite l’entrée sur le marché.
La demande présente une structure très saisonnière, avec :
– un pic de revenus en septembre,
– un mois le plus faible en janvier,
– une pointe de demande en occupation en février,
– un creux d’occupation en juin.
Sur l’année, on distingue trois grandes phases :
| Saison | Revenu mensuel moyen | Taux d’occupation moyen | ADR moyen |
|---|---|---|---|
| Haute (mai, juillet, septembre) | 1 480 $ | 39,5 % | 130 $ |
| Inter-saison | 933 $ | 33,3 % | 132 $ |
| Basse (janvier–mars) | 746 $ | 44,1 % | 121 $ |
Particularité de Springe : le taux d’occupation peut rester relativement correct même en basse saison, mais à un ADR plus faible et avec un revenu global réduit. Lors du mois absolu de pic, un hébergeur peut atteindre 1 700 $ de revenus, un taux d’occupation de 48,8 % et un ADR de 135 $. À l’inverse, le pire mois peut tomber à 703 $ de revenus, 15,1 % d’occupation et un ADR d’environ 118 $.
La distribution des performances montre un marché peu homogène, ce qui signifie que les résultats varient considérablement d’un acteur ou d’un produit à l’autre. Cette hétérogénéité souligne l’importance d’une analyse fine et segmentée pour identifier les opportunités et les risques spécifiques, plutôt que de se fier à des moyennes générales qui pourraient masquer des écarts significatifs.
| Segment de performance | Revenu mensuel | Taux d’occupation | ADR |
|---|---|---|---|
| Top 10 % | ≥ 1 983 $ | ≥ 80 % | ≥ 221 $ |
| Top 25 % | ≥ 1 204 $ | ≥ 59 % | ≥ 105 $ |
| Médian | 700 $ | 28 % | 56 $ |
| Bas 25 % | 339 $ | 13 % | 46 $ |
On voit ici la différence entre un hébergeur optimisé et un autre : l’écart va de 339 $ à près de 2 000 $ par mois. Springe n’offre donc pas un rendement automatique, mais plutôt une opportunité pour des opérateurs aguerris capables de se placer dans les 25 % de tête grâce à un bon produit, un bon marketing et une tarification dynamique.
Le profil du parc explique aussi cette dispersion : environ 67,4 % des annonces sont des logements entiers, 32,6 % des chambres privées. Plus de la moitié (53,5 %) sont des appartements/condos, 41,9 % des maisons. Les capacités dominantes sont les logements 1 chambre, pour 2 personnes en moyenne, avec un séjour minimal de 2 nuits dans près de 40 % des cas. Les voyageurs sont majoritairement domestiques (79 %), souvent originaires de Berlin, jeunes (50 % nés après 2000) et connectés (le Wi-Fi est jugé indispensable).
Découvrez les caractéristiques clés du marché immobilier de Springe pour les investisseurs et propriétaires.
Le marché présente peu de concurrence et une réglementation légère, offrant des opportunités ciblées.
Il est essentiel de bien calibrer son offre immobilière pour répondre précisément à la demande locale.
La demande connaît un pic inhabituel, avec le mois de février affichant la plus forte occupation.
Farchant : petite commune alpine, gros tickets
Farchant, en Bavière, montre une tout autre échelle de revenu, même avec seulement 48 annonces actives. Là encore, la réglementation locale est qualifiée de faible, mais la demande et les prix sont soutenus par l’attrait des Alpes bavaroises.
Le classement des performances mensuelles se présente ainsi :
| Segment de performance | Revenu mensuel |
|---|---|
| Top 10 % | ≥ 4 607 $ |
| Top 25 % | ≥ 2 712 $ |
| Médian | 1 735 $ |
| Bas 25 % | 1 035 $ |
Pour un marché de cette taille, voir un top 10 % à plus de 4 600 $ mensuels est notable. La saison haute (mai, juin, février, combinant été et sports d’hiver) affiche :
– revenu mensuel moyen : 3 142 $,
– taux d’occupation moyen : 50,2 %,
– ADR moyen : 237 $.
La période de transition reste élevée (2 318 $ de revenu mensuel, 48,7 % d’occupation, ADR de 235 $), et la basse saison (janvier, novembre, décembre) conserve un ADR très élevé autour de 250 $ malgré un taux d’occupation plus bas (36,1 %).
Lors du mois absolu de pic, un hébergeur à Farchant peut atteindre 3 633 $ de revenus, 53,8 % d’occupation et un ADR de 273 $. Même le plus mauvais mois reste respectable : 1 497 $ de revenus, 33,1 % d’occupation, ADR à 210 $.
95,8 % des annonces de location saisonnière à la montagne sont des logements entiers.
Une particularité importante pour un investisseur : la durée minimale de séjour. À Farchant, le mode le plus répandu est… 30 nuits et plus, pour environ 32 % des annonces. C’est un indice très clair d’une orientation vers le séjour moyen/long terme meublé, à la frontière entre location saisonnière et location meublée de moyenne durée. Le délai moyen de réservation est élevé (64 jours), avec des réservations prises très en avance pour juin (117 jours), ce qui renforce la prévisibilité des revenus.
Parmi les zones attractives, le secteur d’Alpspitze se distingue par sa popularité pour les activités de montagne. Là aussi, quelques gestionnaires professionnels (Holidu, par exemple, avec 4 biens et plus de 130 000 $ de revenus bruts) montrent qu’une approche industrialisée de la location saisonnière peut très bien fonctionner dans une petite commune alpine.
Comprendre la fiscalité : un enjeu central pour tout hôte
L’un des points les plus souvent sous-estimés par les nouveaux hôtes, qu’il s’agisse d’une résidence secondaire mise sur Airbnb ou d’un portefeuille de biens dédiés, reste la fiscalité allemande. En Allemagne, les revenus tirés de la location sont classés dans la catégorie des “revenus de location et de crédit-bail” (Einkünfte aus Vermietung und Verpachtung), définis par le §21 de la loi sur l’impôt sur le revenu (EStG).
Ce poste couvre non seulement la location classique mais aussi les locations meublées de courte durée, les sous-locations via des plateformes comme Airbnb, les places de stationnement, certains droits fonciers, etc. Les charges payées par le locataire (eau, chauffage, électricité, internet, etc.) sont intégrées au revenu à déclarer. En revanche, les dépôts de garantie ne sont imposables que si le propriétaire les utilise réellement pour couvrir une dette ou un dommage.
Impôt sur le revenu : tranches et abattements
L’impôt sur le revenu en Allemagne est progressif, allant de 0 % à 45 %, avec :
– un abattement de base (Grundfreibetrag) de 11 784 € pour une personne seule, 23 568 € pour un couple marié déclarant conjointement (chiffres 2024),
– au-delà, un barème progressif à partir de 14 %, jusqu’à 42 %, puis 45 % pour les très hauts revenus,
– un supplément de solidarité (Solidaritätszuschlag) de 5,5 % appliqué sur l’impôt dû,
– et, le cas échéant, une église tax de 8–9 % pour les contribuables affiliés à une église reconnue.
Les revenus de location sont imposés comme des ‘revenus d’excédent’ (Überschusseinkünfte), c’est-à-dire sur le revenu net après déduction des dépenses justifiées (intérêts d’emprunt, charges, amortissements, travaux, frais de gestion). Une règle importante : si le loyer perçu est inférieur à 66% du loyer moyen local, la déductibilité intégrale des charges peut être remise en question.
Déductions possibles pour un bien en location saisonnière
Les charges déductibles sont nombreuses, à condition de pouvoir les relier au bien loué :
– charges courantes : chauffage, électricité, eau, internet, ordures, entretien des parties communes, impôts fonciers (Grundsteuer),
– frais de gestion, conciergerie, gardiennage, honoraires de gestion locative,
– entretien et réparations, y compris jardinage, petits travaux, remplacements de meubles,
– coûts de marketing : commissions des plateformes, publicité, flyers,
– amortissements (AfA) sur le bâtiment et le mobilier,
– frais d’acquisition : notaire, inscription au cadastre, parfois expertise,
– intérêts des prêts finançant l’achat, la rénovation ou la construction,
– primes d’assurance (responsabilité civile, multirisque, catastrophes naturelles),
– commissions d’agence, frais de déplacement liés à la gestion du bien,
– frais de conseil fiscal.
Les dépenses de main-d’œuvre personnelle du propriétaire ne sont pas déductibles.
Spécificités des locations de vacances : intention de profit
Pour que les charges liées à une résidence de vacances soient acceptées, le fisc exige la démonstration d’une intention réelle de réaliser un bénéfice. Si celle-ci fait défaut, l’activité peut être requalifiée en “hobby” (Liebhaberei) : dans ce cas, les revenus ne sont pas imposés, mais aucune charge ni perte ne peut être déduite, ce qui supprime tout intérêt fiscal.
Les résidences secondaires de loisirs sont soumises à des règles et réglementations plus strictes que les résidences principales.
– la solution la plus simple consiste à exclure toute utilisation privée du bien et à le confier intégralement à une agence,
– si l’on combine usage privé et location, il faut dans certains cas établir une prévision de résultat sur 30 ans, montrant que le bien générera un excédent,
– si le bien est loué moins de 75 % du temps de location usuel des résidences de vacances dans la région, cette prévision devient quasiment incontournable.
Le loyer lui-même joue un rôle : en dessous de 50 % du loyer de marché, seules des charges proportionnelles sont déductibles ; au-dessus de 66 %, la déduction intégrale est admise ; entre 50 % et 66 %, le fisc examine plus finement l’intention de profit.
Locations très temporaires et petits revenus
Pour les locations occasionnelles, notamment sous-location ou mise à disposition ponctuelle via Airbnb, une limite d’exonération spécifique de 520 € de revenus par an est prévue. En dessous, rien n’est imposé ; au-dessus, la totalité du revenu devient taxable.
Seuil de revenus additionnels mensuels en dessous duquel aucun impôt n’est dû pour les bénéficiaires du Härteausgleich.
Cette finesse du système montre bien qu’en Allemagne, louer sa résidence principale quelques semaines par an ou exploiter un portefeuille d’appartements saisonniers ne relèvent pas du même régime de vigilance, mais doivent tous deux être déclarés.
TVA et activité commerciale potentielle
Autre enjeu souvent négligé : la TVA. Les locations d’habitation à long terme sont en général exonérées de TVA. Mais la location de courte durée – typiquement, de résidences de vacances pour moins de six mois – est en principe soumise à TVA, au taux réduit de 7 %.
Deux paramètres déterminent l’obligation de collecter la TVA :
– le volume de chiffre d’affaires : un régime de petite entreprise dispense de TVA jusqu’à 25 000 € de chiffre d’affaires annuel (seuil actuel),
– la nature des services offerts : si le modèle commence à ressembler à un hôtel (changements fréquents, petit déjeuner, ménage quotidien), l’administration peut requalifier l’activité en commerciale, avec des conséquences lourdes (éventuelle taxe professionnelle, obligation de comptabilité commerciale, remise en cause des exonérations sur les plus-values à la revente, etc.).
Pour les hôtes dépassant les seuils, la TVA peut toutefois devenir un levier, car elle permet de déduire la TVA sur les investissements (travaux, ameublement, rénovations), sous réserve que les locataires soient eux-mêmes assujettis à TVA et utilisent les locaux pour des activités taxables.
Cadre légal : entre protection du logement et ouverture contrôlée
Au-delà de la fiscalité, tout investisseur ou propriétaire doit composer avec un environnement légal à trois niveaux : fédéral, régional (Länder) et municipal.
Encadrement des loyers et protection du parc résidentiel
La Mietpreisbremse – littéralement “frein à la hausse des loyers” – permet aux Länder de limiter le loyer des nouvelles locations à 10 % au-dessus du loyer de référence local dans les zones en tension. Elle ne s’applique pas aux locations de courte durée meublées à usage temporaire, mais pèse sur la rentabilité de la location classique, ce qui explique en partie l’attrait des modèles saisonniers ou de moyenne durée.
Parallèlement, la Zweckentfremdungsverbot (interdiction de détournement de l’usage du logement) adoptée dans plusieurs grandes villes (Berlin, Munich, Hambourg, Francfort, etc.) empêche de transformer à grande échelle un parc d’habitation en hébergements touristiques. Les communes peuvent exiger une autorisation de changement d’usage, imposer des limites de jours de location par an, des taxes de séjour, et jusqu’à des amendes de 500 000 € en cas d’infraction (cas de Munich ou Berlin).
À Berlin, la régulation distingue les logements principaux des résidences secondaires. Un logement principal peut être loué de façon répétée à des touristes, mais il doit obligatoirement être déclaré. En revanche, la location d’une résidence secondaire est strictement limitée à 90 jours par an, sans possibilité de dérogation spécifique. Cet exemple illustre la tendance générale à un durcissement progressif des règles, même si certaines dispositions transitoires ont pu temporairement protéger les usages existants.
Zonation et autorisations de construction
La BauNVO (ordonnance sur l’utilisation des sols) définit les types de zones (résidentielles pures, mixtes, commerciales, industrielles, etc.) et les usages autorisés. Les “Ferienwohnungen” (appartements de vacances loués à une clientèle de passage) sont considérés comme des entreprises commerciales non perturbatrices. Ils sont en principe admis en zones mixtes et en zones centrales urbaines, mais rarement en zone résidentielle pure, sauf exception.
Pour créer un appartement de vacances ou transformer un logement en location touristique structurée, une autorisation de construire (Baugenehmigung), ou au minimum de changement d’usage, est souvent nécessaire. Les communes peuvent ajouter des restrictions via leurs propres plans d’urbanisme, même si la BauNVO autoriserait en théorie ce type d’usage.
Enregistrement des hôtes et obligations documentaires
Toute location de logement impliquant un séjour significatif engage aussi le droit de la Meldepflicht (obligation de déclaration des résidents). Le propriétaire doit remettre au locataire une Wohnungsgeberbestätigung (attestation du bailleur) permettant au nouvel arrivant de s’enregistrer à la mairie ou au Bürgeramt. Sans cette inscription, impossible d’obtenir un numéro fiscal, d’ouvrir un compte bancaire ou de finaliser certaines démarches de séjour.
Cette obligation s’applique également à la location meublée temporaire, sauf pour certaines formes d’hébergement purement touristiques où aucune domiciliation n’est possible. Pour beaucoup d’expatriés, choisir un logement saisonnier permettant l’Anmeldung est une condition non négociable, et devient un argument commercial fort pour les hôtes.
Entre gestion patrimoniale et activité commerciale
Enfin, le droit allemand opère une distinction nette entre la simple gestion de patrimoine privé et l’activité commerciale. Posséder et louer plusieurs appartements n’implique pas automatiquement un statut commercial, tant que l’activité reste passive. En revanche, multiplier les services, gérer de nombreux biens en mode hôtelier, ou dégager des bénéfices importants (au-delà de 24 500 € par an pour une personne physique) peut conduire à une imposition à la taxe professionnelle et à des obligations de registre de commerce.
L’enjeu, pour un investisseur en location saisonnière, est donc de trouver un équilibre entre rentabilité et complexité administrative, en choisissant la structure (personne physique, société, recours à un gestionnaire professionnel) la plus adaptée à sa stratégie.
Opportunités d’investissement : où et comment se positionner ?
Dans un pays où la pénurie de logements se chiffre en centaines de milliers d’unités, et où le taux de vacance locative tourne autour de 2 %, la location saisonnière peut paraître politiquement “mal vue”. Pourtant, le marché reste officiellement reconnu, encadré et fiscalisé, avec un rôle bien réel dans l’accueil des touristes, des travailleurs en mission, des étudiants et des nouveaux arrivants.
Plusieurs axes d’opportunité se détachent.
Miser sur les villes secondaires plutôt que sur les hypercentres saturés
Berlin, Munich, Hambourg ou Cologne concentrent une forte demande, mais aussi les réglementations les plus strictes et des prix d’acquisition élevés. Les villes secondaires – Leipzig, Dresde, Nuremberg, Magdebourg, Braunschweig, ou encore des villes comme Augsburg – offrent souvent un compromis plus sain :
– prix au m² plus bas,
– réglementation moins tatillonne sur la location saisonnière,
– présence d’universités, d’industries ou d’institutions stables,
– marché touristique en croissance mais pas encore saturé.
Les données montrent que dans nombre de ces marchés, les rendements bruts de la location (toutes formes confondues) peuvent rivaliser, voire dépasser ceux des grandes métropoles, tout en réduisant la pression politique et médiatique.
Exploiter la frontière entre saisonnier et séjour moyen
Le cas de Farchant, avec ses séjours minimums de 30 nuits pour une part significative du parc, l’illustre bien : il existe en Allemagne une zone grise très porteuse entre la location de vacances classique (quelques nuits) et la location longue durée nue. Ce segment des séjours de 1 à 12 mois, meublés, est alimenté par :
– les consultants en mission,
– les étudiants en semestre,
– les familles en transition (travaux dans leur logement, séparation, sinistre),
– les expatriés qui s’installent progressivement.
Ce modèle, juridiquement considéré comme un usage résidentiel temporaire, échappe à une partie des contraintes des locations touristiques (Ferienwohnungen). Il permet de générer un loyer au m² nettement supérieur à celui d’une location nue traditionnelle. Des plateformes comme Wunderflats, Housing Anywhere ou Spotahome se sont spécialisées sur ce créneau.
Segmenter finement sa clientèle et son produit
Le succès de certains marchés comme Springe et Farchant montre qu’il ne suffit pas de “mettre un appartement sur Airbnb” pour réussir. Les hôtes performants :
Pour optimiser la location saisonnière, il est crucial d’adapter la capacité du logement à la clientèle visée (par exemple, 1 chambre pour couples itinérants, 2-3 chambres pour familles en montagne). Il faut ensuite cibler une clientèle claire, comme les jeunes urbains, les familles actives ou les digital nomads. L’équipement du bien doit correspondre à ces cibles (Wi-Fi rapide et bureau, cuisine complète, équipements sportifs ou de montagne). Enfin, la durée minimale de séjour doit être calibrée en fonction de la demande locale et du cadre légal en vigueur.
La montée en puissance des “micro-apartments”, du coliving et des résidences de services confirme cette logique de produit finement conçu plutôt que de simple logement standard.
S’appuyer sur des gestionnaires professionnels et la technologie
Dans les villes comme Berlin ou dans les zones touristiques très prisées, la gestion quotidienne d’un bien saisonnier peut vite devenir chronophage : check-in/out, ménage, communication avec les invités, gestion multi-plateformes, conformité réglementaire.
C’est là qu’interviennent des opérateurs professionnels – sociétés de gestion, conciergeries, plateformes intégrées – capables d’atteindre des taux d’occupation de 80–90 % sur certaines destinations, avec une automatisation poussée (verrous connectés, channel managers, logiciels tout-en-un comme Hostaway, etc.).
Cette professionnalisation a un coût (3–7 % des revenus locatifs en frais de gestion, voire plus pour des formules “clé en main”), mais elle permet d’optimiser le revenu brut, de diminuer les risques de vacance et de réduire les erreurs de conformité fiscale et réglementaire.
Conclusion : un marché d’opportunités pour investisseurs informés
Les opportunités de location saisonnière en Allemagne ne manquent pas, mais elles se déplacent progressivement vers des modèles plus sophistiqués et des marchés mieux ciblés. La combinaison suivante semble particulièrement prometteuse :
Les principaux piliers pour sélectionner un bien locatif performant et durable, adapté au marché actuel.
Bien de qualité, énergétiquement performant et idéalement meublé pour attirer une clientèle exigeante.
Situé dans des villes secondaires dynamiques ou des communes touristiques bien établies mais non saturées.
Orientation vers le séjour moyen à long terme meublé, en parfaite conformité avec le cadre réglementaire local.
Gestion professionnelle s’appuyant sur des outils numériques et une expertise solide en fiscalité immobilière.
Dans ce cadre, les chiffres d’occupation élevés observés à Berlin, Augsburg ou Farchant, les ADR en progression saisonnière à l’échelle nationale et la croissance structurelle de la demande touristique et professionnelle laissent augurer, pour les prochaines années, de rendements durables, à condition de naviguer avec rigueur entre les contraintes juridiques, fiscales et politiques qui caractérisent désormais le marché allemand de la location saisonnière.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Allemagne pour rechercher du rendement locatif et une exposition à l’euro dans une économie solide. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Berlin, Munich, Leipzig), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel ou un grand appartement dans une ville en croissance comme Leipzig ou un quartier dynamique de Berlin, combinant un rendement locatif brut cible de 4 à 5 % – « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, notaire, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via GmbH/SCI) et définition d’un plan de diversification dans le temps.
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