Longtemps discret, le marché des résidences secondaires en Allemagne est en train de sortir de l’ombre. Il profite à la fois de la solidité structurelle de l’immobilier allemand, de l’essor du télétravail, de la montée en gamme du tourisme intérieur et du besoin croissant de placer son épargne dans des actifs tangibles. Mais il se heurte aussi à un environnement réglementaire strict, à une pénurie chronique de logements et à une opinion publique de plus en plus sensible aux effets pervers des résidences de villégiature sur les marchés locaux.
La résidence secondaire est un investissement aux usages multiples : elle sert de maison de week-end, peut devenir un futur logement de retraite, génère des revenus via la location saisonnière et constitue un outil de transmission patrimoniale.
Un marché secondaire qui s’appuie sur un socle immobilier très solide
Pour comprendre le marché des résidences secondaires en Allemagne, il faut d’abord regarder le contexte global du logement. L’immobilier résidentiel allemand sort d’une phase de correction : après plus de dix ans de hausse quasi ininterrompue, les prix ont reculé d’environ 13 % entre le début 2022 et la mi‑2024. Ce repli a mis fin à un cycle nourri par les taux d’intérêt ultra bas, l’urbanisation et une forte demande d’investissement.
Le prix moyen des appartements existants au troisième trimestre 2025 a atteint 3 499 €/m² au niveau national, en hausse de 4,4 % sur un an.
Les prévisions pour les prochaines années dessinent un scénario de croissance modérée, sans emballement spéculatif : autour de 3,5 % en 2025, 3,2 % en 2026 et environ 2,8 % en 2027 selon une synthèse des projections de Reuters, LBBW et d’autres bureaux d’analyse. Même en 2027, les prix devraient rester légèrement en dessous de leur pic nominal de 2022 et nettement plus bas en termes réels, une fois l’inflation déduite.
Ce contexte est déterminant pour les résidences secondaires. Il signifie que les acheteurs de maisons de vacances ou de “Zweitwohnsitz” ne sont plus face à un marché surchauffé, mais à un environnement de valorisation lente, portée par des fondamentaux robustes : une offre structurellement insuffisante, une démographie urbaine dynamique et un statut de valeur refuge de la pierre allemande, notamment pour les investisseurs internationaux.
Pourquoi l’Allemagne attire les acheteurs de résidences secondaires
L’immobilier allemand cumule plusieurs caractéristiques qui en font un terrain naturel pour la résidence secondaire, qu’il s’agisse d’acheteurs allemands ou étrangers.
Le pays est considéré comme l’un des marchés les plus stables et les plus transparents d’Europe. Le cadre juridique est solide, les droits de propriété bien protégés et, fait notable, il n’existe aucune restriction de principe pour les acheteurs étrangers : qu’ils soient citoyens de l’UE ou ressortissants de pays tiers, les non‑résidents peuvent acquérir appartements, maisons, immeubles ou terrains dans les mêmes conditions qu’un Allemand. L’achat de biens immobiliers ne donne en revanche ni droit à un titre de séjour, ni accès facilité à la citoyenneté : propriété et immigration restent deux univers étanches.
Taux de propriétaires en Allemagne, bien inférieur à la moyenne européenne de plus de 65 %.
S’ajoutent des éléments fiscaux incitatifs pour une stratégie de long terme : la plus‑value est exonérée après dix ans de détention (ou après seulement trois ans si le bien a servi de résidence principale), ce qui favorise l’achat patrimonial de résidences secondaires pensées sur un horizon de plusieurs décennies.
Une demande nourrie par des usages multiples
Dans ce contexte, l’achat d’une résidence secondaire répond à plusieurs logiques qui se combinent souvent :
En Allemagne, la résidence secondaire peut servir de refuge pour les week‑ends et vacances, dans des régions prisées comme les Alpes bavaroises, les côtes de la mer du Nord et de la Baltique, ou autour des grands lacs du Sud. Elle peut aussi être envisagée comme un futur domicile de retraite, une tendance européenne où près d’un quart des propriétaires prévoient d’y vivre à la retraite. Elle constitue également un outil d’optimisation patrimoniale, par exemple en achetant un bien plus grand pour y habiter et louer l’ancien, ou en acquérant un bien locatif à transmettre aux enfants. Enfin, elle peut être un support d’investissement, notamment lorsqu’elle est partiellement louée en saisonnier, combinant ainsi usage personnel et rendement.
La frontière entre résidence secondaire “d’usage” et investissement pur est d’ailleurs ténue : pour être considérée comme résidence secondaire au sens bancaire ou fiscal dans de nombreux schémas, le bien doit en général être occupé par le propriétaire au moins deux semaines par an, ne pas être loué plus de la moitié de l’année et se situer à une certaine distance de la résidence principale. Au‑delà, il bascule souvent dans la catégorie “bien d’investissement” aux conditions de financement et de fiscalité parfois plus strictes.
Résidences secondaires et boom des locations de vacances
L’évolution du marché des locations de vacances donne une bonne mesure du dynamisme des résidences secondaires en Allemagne. Le segment des meublés touristiques est en plein essor, tiré par un mouvement de fond : la préférence croissante des voyageurs pour des hébergements uniques, intégrés dans leur environnement, plutôt que pour des hôtels standardisés.
En 2023, les locations de vacances en Allemagne ont généré environ 4,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Les projections tablent sur 5,5 milliards de dollars à l’horizon 2030, soit un taux de croissance annuel moyen de 3,6 %. L’Allemagne représente déjà près de 5 % du marché mondial des locations saisonnières, avec environ 310 500 biens annoncés sur les plateformes en 2019, ce qui la classe parmi les cinq principaux pays d’Europe en termes d’offre de meublés touristiques.
Le segment ‘Home’ génère près de la moitié des revenus du secteur, devant les appartements ou resorts. Le prix moyen d’une nuitée est d’environ 205 dollars et le taux de disponibilité annuel est de 60 %, indiquant une occupation significative même hors saison.
Les régions les plus recherchées pour ce type de résidences secondaires sont parfaitement identifiées : les îles de la mer du Nord (Sylt, Juist, Norderney), les stations de la Baltique (Rügen, Usedom), les lacs de Bavière (Tegernsee, Chiemsee, Starnberger See), le lac de Constance, les Alpes bavaroises, mais aussi certains centres urbains comme Berlin, Munich, Hambourg ou Cologne, où la location saisonnière coexiste avec le marché locatif classique.
Pour mesurer l’ampleur de la prime “vacances”, il suffit de regarder les prix au mètre carré dans ces hotspots.
Panorama chiffré de quelques marchés de résidences secondaires
Le tableau ci‑dessous synthétise quelques ordres de grandeur de prix dans les principales régions de villégiature, sur la base des données d’agences spécialisées dans les résidences de vacances :
| Région / lieu | Type de bien | Fourchette indicative de prix |
|---|---|---|
| Sylt (mer du Nord) | Appartements / maisons de vacances | 8 000 à 22 000 €/m² (jusqu’à 29 M€ pour des biens exceptionnels) |
| Juist (mer du Nord) | Appartements de vacances | 8 000 à 14 000 €/m² (maisons 1,8 à 3,5 M€) |
| Norderney (mer du Nord) | Appartements de vacances | cas observés jusqu’à 29 500 €/m² |
| Rügen (mer Baltique) | Appartements / maisons de vacances | 4 700 à 12 800 €/m², maisons 500 000 à 3 300 000 € |
| Usedom (mer Baltique) | Maisons de vacances | 4 000 à 10 000 €/m², maisons 400 000 à 3 000 000 € |
| Lac Tegernsee | Appartements de vacances | 18 000 à 23 000 €/m² |
| Lac de Constance | Appartements / maisons | 5 000 à 15 000 €/m² |
| Région de Munich (global) | Appartements existants (ville) | ~8 580 €/m² en moyenne (Q3 2025) |
On voit apparaître un double contraste. D’un côté, les prix dans les stations balnéaires et lacustres les plus huppées (Sylt, Tegernsee, Starnberger See) rivalisent avec ceux des quartiers centraux de Munich ou de Hambourg, avec des pointes largement au‑delà de 20 000 €/m². De l’autre, certains marchés dits “B‑cities” comme Leipzig, Nuremberg ou Magdebourg restent très abordables, avec des prix d’appartements autour de 3 000 à 3 500 €/m² et des rendements locatifs supérieurs à 4 %, ce qui en fait des terrains d’élection pour des résidences secondaires à fort potentiel de rendement.
Locatif saisonnier : un moteur de rentabilité… et de tensions
Dans les zones très touristiques, une maison de vacances bien située peut souvent rapporter davantage qu’une location à l’année. À Berlin, un appartement exploité en location de courte durée peut générer de 100 à 150 € par nuit, tandis que des chalets en station de ski bavaroise dépassent facilement 200 € la nuit en haute saison. Avec un bon taux d’occupation, la rentabilité nette, une fois déduits les frais de gestion, d’entretien et de financement, peut dépasser sensiblement celle d’un bail classique.
Nombre de logements neufs livrés au niveau national en 2024, soit une chute de plus de 14 % en un an.
Cette sous‑production chronique, conjuguée à la croissance de la population (plus de 3 % sur la dernière décennie) et à la concentration de la demande dans les grandes métropoles et leurs couronnes, entretient un déséquilibre profond entre offre et demande. Dans ce contexte, chaque appartement détourné du marché résidentiel au profit de la location touristique devient politiquement sensible. De nombreuses communes réagissent en encadrant très strictement les locations de courte durée et en taxant les résidences secondaires.
Télétravail, nouvel accélérateur du marché des résidences secondaires
La montée du télétravail joue un rôle déterminant dans la recomposition du marché. En 2019, à peine 12,9 % des personnes occupées en Allemagne travaillaient au moins partiellement depuis chez elles ; elles étaient 23,5 % en 2023, soit quasiment le double. Chez les professions très qualifiées et les cadres, près d’un actif sur deux pratique désormais le travail à domicile au moins une partie de la semaine.
Même si de nombreux dirigeants privilégient le retour au bureau, la tendance dominante est l’adoption de modèles hybrides. Des grandes entreprises comme SAP ou Volkswagen exigent désormais quelques jours de présence physique par semaine tout en autorisant plusieurs jours de télétravail. Les enquêtes indiquent que les salariés accordent une grande valeur à cette flexibilité, l’assimilant, en termes de satisfaction, à une augmentation de salaire.
Cette évolution a des effets très concrets sur le marché des résidences secondaires :
Le télétravail modifie les comportements résidentiels en élargissant les zones géographiques acceptables autour des grands pôles d’emploi, permettant aux actifs de s’installer plus loin dans des maisons avec bureau et jardin. Il valorise les biens offrant qualité de vie, connexion internet fiable, calme et surfaces suffisantes pour le travail. Enfin, il désaisonnalise l’usage des résidences secondaires, avec des séjours prolongés pour travailler à distance, notamment le lundi ou le vendredi.
Le parallèle avec d’autres pays européens est instructif : en Espagne, au Portugal ou en Italie, la montée du télétravail a alimenté une vague d’achats de résidences secondaires par des travailleurs mobiles en quête de climat doux et de coût de la vie plus bas. En Allemagne, le mouvement est plus intérieur : la préférence pour les vacances domestiques s’est renforcée, et les ménages aisés concentrent leurs achats dans les régions côtières, de montagne ou de lacs, ou dans les arrière‑pays moins densément bâtis mais attractifs.
Un environnement réglementaire complexe pour les résidences secondaires
Si l’accès à la propriété est juridiquement simple, le quotidien d’un propriétaire de résidence secondaire est encadré par un ensemble de règles qu’il est risqué d’ignorer.
Taxes d’acquisition et coûts de transaction
L’achat d’un bien en Allemagne entraîne des frais non négligeables, qui pèsent fortement sur le calcul de rentabilité d’une résidence secondaire :
| Poste de coût | Ordre de grandeur typique |
|---|---|
| Taxe de mutation (Grunderwerbsteuer) | 3,5 à 6,5 % du prix selon le Land |
| Notaire + inscription au Grundbuch | 1,5 à 2,0 % |
| Commission d’agent immobilier | 3 à 7 % (souvent partagée) |
| Autres (expertise, traductions, etc.) | ~0,5 à 1 % |
| Total frais annexes | Environ 8 à 12 % du prix d’achat |
À Berlin, la taxe de mutation atteint 6 %, contre 3,5 % en Bavière par exemple. Sur une maison de vacances à 800 000 €, on peut ainsi débourser entre 40 000 et 75 000 € de frais annexes, ce qui impose de viser un horizon de détention long pour amortir ces coûts.
La plupart des banques exigent en outre un apport personnel conséquent. Pour un premier achat, il est courant de devoir avancer 20 à 30 % du prix, auxquels s’ajoutent les 8 à 12 % de frais non finançables. Pour une deuxième acquisition, les établissements deviennent plus prudents : ils plafonnent souvent les mensualités à 35‑40 % du revenu mensuel et exigent un historique de revenus stable. Les non‑résidents ou les ressortissants hors UE doivent généralement fournir un apport de 30 à 40 %, voire davantage.
Taux moyen observé pour les crédits immobiliers fixes à 10 ans en août 2025.
Taxe sur les résidences secondaires (Zweitwohnungsteuer)
Une particularité allemande à ne surtout pas négliger est la Zweitwohnungsteuer, une taxe municipale sur les résidences secondaires. De nombreuses villes et stations touristiques la prélèvent sur toute personne disposant d’un logement supplémentaire, même à titre partiel ou saisonnier, dès lors qu’il est utilisé à des fins privées.
Le mode de calcul varie selon les communes, mais repose le plus souvent sur le loyer annuel théorique (ou un loyer de référence) auquel s’applique un taux compris généralement entre 7 et 20 %. Quelques ordres de grandeur :
| Ville / région | Taux de Zweitwohnungsteuer indiqué |
|---|---|
| Munich | 18 % |
| Berlin | 15 à 20 % (taux multiplié par 3 en 2019) |
| Hambourg | 8 % |
| Sylt | 6 % |
| Jena | 0 % (exonération) |
Cette taxe s’ajoute à la fiscalité ordinaire (impôt sur le revenu, taxe foncière) et doit faire l’objet d’une déclaration spécifique chaque année. Des exemptions existent, notamment pour les personnes mariées qui conservent leur domicile principal familial et occupent la seconde résidence pour des raisons professionnelles (double foyer), ou pour les étudiants à faible revenu dans certaines régions. En revanche, un propriétaire qui garde un pied‑à‑terre à Berlin pour ses week‑ends doit s’attendre à recevoir une facture annuelle.
Ne pas déclarer son statut de résidence secondaire ou omettre de s’enregistrer auprès du bureau des habitants (Einwohnermeldeamt) constitue une infraction administrative passible d’amende. Un non‑paiement prolongé peut également être qualifié de fraude fiscale.
Régulation stricte des locations de courte durée
Dans les grandes villes et les hotspots touristiques, l’encadrement des locations de vacances est devenu très serré. Les communes imposent généralement :
– une obligation d’enregistrement comme meublé de tourisme ;
– des limites de durée de location (par exemple un nombre maximum de jours par an sans permis spécifique, ou une obligation de louer seulement une partie du logement) ;
– le respect d’objectifs de mixité sociale ou de quotas de logements touristiques par quartier ;
– le paiement de taxes de séjour et, dans certains cas, des règles anti‑vacance pour éviter que des logements restent vides.
Berlin, par exemple, limite fortement la transformation d’appartements locatifs en meublés de tourisme dans les quartiers en tension. Munich applique une politique comparable, avec des autorisations d’usage temporaire strictement encadrées au‑delà de quelques semaines de location par an.
Pour un propriétaire de résidence secondaire, ces règles conditionnent la stratégie de monétisation du bien : un usage quasi exclusivement personnel sera peu concerné, mais un modèle fortement orienté vers Airbnb suppose une veille réglementaire constante et, souvent, le recours à des gestionnaires professionnels pour rester en conformité.
Où et comment acheter une résidence secondaire : la géographie des opportunités
Derrière l’image des îles et des lacs de carte postale se cache une géographie beaucoup plus nuancée, structurée autour de deux grands axes : les destinations de prestige, où le prix d’entrée est très élevé mais la valeur patrimoniale extrêmement solide, et les villes de rang B/C ou les arrière‑pays en croissance, où la combinaison prix / rendement reste attractive.
Les grands pôles urbains : usage hybride et valorisation soutenue
Les “Big 8” – Berlin, Hambourg, Munich, Cologne, Francfort, Düsseldorf, Stuttgart, Leipzig – concentrent une bonne part de l’intérêt international. Pour une résidence secondaire urbaine qui combine plaisir d’usage et perspective de location (classique ou saisonnière selon les règles locales), ces métropoles offrent un couple liquidité / sécurité difficile à égaler.
Les données de prix sur les appartements au troisième trimestre 2025 illustrent l’ampleur des écarts entre ces villes :
| Ville | Appartements existants (€/m²) | Variation annuelle | Neuf (€/m²) | Variation annuelle |
|---|---|---|---|---|
| Berlin | 5 533 | +3,3 % | 8 352 | +2,7 % |
| Hambourg | 5 743 | +2,4 % | 8 859 | +7,0 % |
| Munich | 8 580 | +4,6 % | 11 514 | ‑0,7 % |
| Cologne | 4 961 | +6,8 % | 7 116 | +3,4 % |
| Francfort | 6 079 | +2,1 % | 8 170 | ‑3,9 % |
| Stuttgart | 4 565 | +1,5 % | 8 243 | ‑4,1 % |
| Düsseldorf | 4 833 | +7,8 % | 7 518 | 0,0 % |
| Leipzig | 3 033 | +2,7 % | 5 200 | 0,0 % |
Munich reste de loin le marché le plus cher, tandis que Leipzig apparaît comme l’une des options les plus abordables, y compris pour un projet de résidence secondaire locative. Les loyers de marché suivent la même hiérarchie : Munich affiche un loyer médian d’environ 24,1 €/m², Berlin 19,5 €/m² et Leipzig à peine plus de 11 €/m².
Dans les grandes villes, une résidence secondaire peut servir de pied-à-terre pour les déplacements professionnels. Elle peut potentiellement être classée en double foyer fiscal si elle est proche du lieu de travail. Elle peut aussi être un appartement d’agrément, valorisé ultérieurement en logement étudiant ou en résidence principale pour un enfant. Les rendements locatifs bruts y sont généralement de 3 à 4 %, avec des pics dépassant 4 % dans des villes comme Stuttgart, Leipzig ou Berlin.
B‑cities et arrière‑pays : résidences secondaires “intelligentes”
La cartographie des opportunités ne se limite pas aux grandes métropoles. De nombreuses villes de taille moyenne – Leipzig, Dresde, Nuremberg, Magdebourg, Jena, Potsdam, Erfurt, Regensburg, Freiburg – conjuguent croissance démographique, prix encore raisonnables et demande locative en hausse. Elles sont souvent citées par les études de marché comme des “Growth Cities” où l’on peut acheter une résidence secondaire qui n’est pas seulement un lieu de villégiature, mais aussi un actif générateur de revenus récurrents, dans un environnement urbain dynamique.
La ville de Leipzig a connu une croissance démographique de plus de 10 % entre 2014 et 2021. Le prix moyen de l’immobilier ancien y est d’environ 3 000 €/m², avec des rendements bruts pouvant dépasser 4 %. Un investisseur peut y acquérir un appartement spacieux pour le prix d’un studio à Munich, et opter pour une utilisation mixte : l’occuper une partie de l’année et le louer le reste du temps à des étudiants ou jeunes actifs.
Dans le Sud, des villes comme Freiburg ou Regensburg, proches des montagnes et des sites naturels, combinent forte qualité de vie et positionnement vert très affirmé. Freiburg, en particulier, s’est imposée comme laboratoire de l’urbanisme durable, avec des quartiers entiers de maisons à énergie positive et un objectif de 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2035. Une résidence secondaire y prend la forme d’un logement ultra performant sur le plan énergétique, à même de séduire à la fois un usage familial et une clientèle locative exigeante.
Financer sa résidence secondaire : équité, cash‑out et prêts dédiés
Pour un ménage déjà propriétaire de sa résidence principale, la clé d’un deuxième achat réside souvent dans la valorisation du patrimoine existant. Le système bancaire allemand est structuré autour d’une logique prudente mais flexible : les banques acceptent fréquemment de prêter jusqu’à 80 % de la valeur d’un bien, en première ou en seconde hypothèque, si la situation financière globale reste solide.
Deux grands schémas se dégagent pour financer une résidence secondaire :
Deux stratégies permettent de financer une résidence secondaire en utilisant la valeur nette de son bien principal. Le cash-out refinance consiste à renégocier un prêt existant pour augmenter le capital emprunté et dégager des liquidités. Par exemple, sur une maison valant 600 000 € avec 250 000 € de capital restant dû, et avec un ratio prêt/valeur de 80 %, le propriétaire peut obtenir jusqu’à 230 000 € de trésorerie supplémentaire tout en refinançant son crédit. Alternativement, la mise en garantie d’un bien intégralement payé, comme une maison de 300 000 € sans dette, peut servir de collatéral. À hauteur de 80 % de sa valeur, soit 240 000 €, cela permet d’obtenir de meilleures conditions pour le nouveau prêt (taux d’intérêt plus bas, mensualités réduites) destiné à l’acquisition de la résidence secondaire.
Ces montages se combinent parfois avec des prêts à taux préférentiels de la KfW (banque publique de développement), principalement orientés vers la résidence principale et l’efficacité énergétique, mais qui peuvent indirectement libérer de la capacité de financement pour un second achat.
Les acheteurs étrangers peuvent également se financer auprès des banques allemandes, mais avec des exigences de fonds propres plus lourdes, surtout s’ils ne sont pas résidents fiscaux ou salariés en Allemagne. Pour un non‑résident, le financement dépasse rarement 60 % de la valeur du bien, le reste devant provenir de capitaux propres.
Fiscalité des résidences secondaires : entre optimisation et contraintes
Sur le plan fiscal, la résidence secondaire occupe une position intermédiaire entre résidence principale et bien d’investissement.
Double foyer professionnel : un cas particulier favorable
Lorsqu’un contribuable maintient un logement près de son lieu de travail auquel il ne pourrait raisonnablement se rendre quotidiennement depuis sa résidence principale, il peut bénéficier du régime de la “double Haushaltsführung” (double foyer). Sous certaines conditions – notamment le fait que le domicile principal reste le centre de vie (famille, amis, participation financière aux charges) – il peut déduire de ses revenus imposables :
Découvrez les différentes aides financières disponibles pour faciliter votre déménagement suite à une mutation professionnelle.
Prise en charge du loyer et des charges de la résidence près du lieu de travail, dans la limite de 1 000 € par mois.
Prise en charge d’un aller-retour hebdomadaire vers le domicile principal, remboursé au forfait de 0,30 € par kilomètre.
Prise en charge des frais de déménagement et de certains frais d’installation liés à votre nouvelle résidence.
Versement d’une indemnité forfaitaire pour les repas pendant les trois premiers mois suivant votre installation.
Dans ce cas, la taxe sur les résidences secondaires peut elle‑même être comptabilisée en frais professionnels déductibles. Pour un acheteur qui envisage la résidence secondaire comme logement proche du travail plutôt que comme maison de vacances pure, l’intérêt fiscal est loin d’être négligeable.
Revenus locatifs et plus‑values
Lorsque la résidence secondaire est louée – de façon saisonnière ou longue durée – les revenus sont imposés au barème progressif de l’impôt sur le revenu (14 à 45 % environ, plus surtaxe de solidarité). En contrepartie, un ensemble large de charges est déductible :
Les principaux coûts à anticiper pour un investissement locatif comprennent les intérêts d’emprunt, les frais de gestion et d’agence, les travaux de réparation et d’entretien, l’amortissement du bâti (généralement 2 % par an pour l’existant, parfois plus pour certaines constructions récentes) et les taxes locales comme la taxe foncière et la taxe de résidence secondaire.
Pour les non‑résidents qui détiennent une résidence secondaire en Allemagne et la louent, l’obligation de déclaration fiscale est la même. La plupart des conventions de non‑double imposition accordent à l’Allemagne le droit premier d’imposer les revenus immobiliers localisés sur son sol.
En cas de revente, la plus‑value est imposable si la durée de détention est inférieure à dix ans, sauf si le bien a été occupé comme résidence principale pendant au moins deux années. Au‑delà de dix ans, la vente est exonérée de tout impôt sur la plus‑value, ce qui incite à conserver sa résidence secondaire sur le long terme, même lorsqu’elle est devenue principalement un actif locatif.
La montée en puissance du marché des résidences secondaires ne se joue pas seulement sur le terrain des chiffres : elle se heurte aussi à des considérations environnementales et sociales de plus en plus centrales.
Montant maximum du prêt KfW par logement pour la rénovation énergétique en Allemagne, assorti de subventions partielles.
Dans le segment des maisons de vacances, cette exigence de durabilité se traduit par l’émergence de niches très spécifiques : cabanes en bois certifié, maisons à énergie positive, écolodges intégrés au paysage. De nombreuses offres de résidences secondaires labellisées durables misent sur des matériaux écologiques, une quasi‑autonomie énergétique et une intégration forte au tissu local (approvisionnement en produits régionaux, circuits courts, mobilité douce).
En Allemagne, notamment dans les stations balnéaires de la mer du Nord, de la Baltique et sur certains lacs bavarois, la flambée des prix due aux résidences secondaires met sous pression la population locale et génère du ressentiment. Pour limiter ces effets négatifs, des outils comme des réglementations contre la vacance volontaire, des limitations des jours de location touristique et une taxe sur les secondes résidences sont mis en œuvre.
Cette évolution renforce une tendance déjà observée par les grandes agences spécialisées : une partie croissante des acheteurs de résidences secondaires en Allemagne cherchent désormais des lieux plus calmes, en retrait des stations les plus saturées. Sur la côte baltique, par exemple, l’intérêt se déplace vers l’arrière‑pays, où les prix sont plus bas, la pression touristique moindre et la résistance politique à la construction de nouveaux logements de vacances un peu moins forte.
Vers un marché de résidences secondaires plus professionnel et plus sélectif
Au fil des années, le marché allemand des résidences secondaires se professionnalise. La croissance du segment des locations de vacances attire des gestionnaires spécialisés, des plateformes de services et des investisseurs privés ou institutionnels plus structurés. Des family offices et des investisseurs internationaux complètent leurs portefeuilles résidentiels classiques par des actifs de villégiature dans les zones les plus demandées, profitant d’un marché encore loin de la saturation observée dans certains pays méditerranéens.
C’est le pourcentage des revenus locatifs que coûte la gestion complète d’une résidence secondaire par une agence spécialisée.
Mais ce mouvement s’accompagne d’une sélection plus forte. La combinaison d’une construction neuve en berne, de normes énergétiques plus strictes, de politiques municipales restrictives sur les résidences secondaires et de l’alourdissement des coûts de transaction impose une approche plus analytique qu’auparavant. Les candidats à l’achat ne peuvent plus simplement compter sur une hausse quasi automatique des prix : ils doivent intégrer les spécificités locales (taxes, règles de location, acceptabilité sociale), le profil énergétique du bien, sa position dans la hiérarchie urbaine (A‑city sécurisée ou B‑city à rendement plus élevé) et, bien sûr, leurs propres contraintes de financement.
Malgré un contexte changeant, l’Allemagne conserve des atouts majeurs : un cadre juridique prévisible, une économie robuste, une forte attractivité touristique et un marché locatif profond (plus de la moitié des ménages sont locataires). Pour les investisseurs prêts à penser à long terme, à composer avec une fiscalité parfois complexe et à respecter les règles locales, de nombreuses opportunités existent : appartements de week-end à Leipzig, maisons passives en Forêt-Noire, chalets au bord des lacs bavarois ou pieds-à-terre à usage mixte (travail/loisirs) à Berlin.
L’heure n’est plus à la spéculation rapide, mais à la construction patiente d’un patrimoine de villégiature aligné avec les grandes transitions démographiques et environnementales qui façonnent l’immobilier allemand.
Cas pratique : un investisseur français qui diversifie en Allemagne
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Allemagne pour chercher du rendement locatif et une exposition à une économie solide de la zone euro. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Berlin, Leipzig, Hambourg), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel de taille modeste ou un appartement de standing dans un quartier en croissance, combinant un rendement locatif brut cible de 5 à 6 % – en gardant en tête que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, notaire, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via GmbH) et définition d’un plan de diversification dans le temps.
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