Le marché des propriétés de luxe en Allemagne : Berlin et Munich

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le marché des propriétés de luxe en Allemagne est entré dans une nouvelle phase : moins euphorique qu’au début des années 2020, mais plus lisible, plus sélectif et, surtout, solidement ancré dans des fondamentaux économiques et démographiques très favorables. Dans ce paysage, deux métropoles dominent clairement le segment haut de gamme résidentiel : Berlin, capitale créative et technologique, et Munich, bastion bavarois des grandes fortunes et des sièges de multinationales.

Bon à savoir :

Le marché immobilier français repose sur des piliers structurels : une offre de logements historiquement rare, une stabilité politique et un État de droit solide, ce qui en fait une destination attractive pour les capitaux internationaux. Pour investisseurs et acheteurs, il est essentiel de comprendre ces mécanismes, notamment dans le contexte actuel de hausse des taux d’intérêt, de réglementations énergétiques plus strictes et de tensions persistantes sur le marché du neuf.

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Un marché national solide, mais entré dans son « nouveau normal »

Le marché résidentiel allemand a connu un cycle très net : longue phase de hausse depuis 2010, correction marquée en 2022‑2023, puis reprise modérée depuis 2024‑2025. L’indice de prix des logements publié par Destatis fait apparaître une baisse nominale d’environ 3,9 % en 2022 et 7,1 % en 2023, avant un retour à une progression de l’ordre de 2 à 3 % par an en 2024‑2025. En termes réels (corrigés de l’inflation), la correction a été bien plus forte, mais sans effondrement, notamment grâce à des fondamentaux nettement plus sains que dans de nombreux pays européens.

Les dernières données disponibles montrent une reprise maîtrisée : au deuxième trimestre 2025, Destatis observe une hausse annuelle d’environ 3 % des prix, la base de données VALUE Marktdatenbank indiquant une progression de 4,4 % pour les appartements existants et de 4,1 % pour les programmes neufs. Les prévisions pour 2026‑2027 se situent dans une fourchette de croissance nominale de 2 à 4 % par an, ce qui laisse penser que les excès spéculatifs sont derrière nous, sans remettre en cause la tendance de fond à l’appréciation.

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Prix moyen au mètre carré d’un appartement neuf en Allemagne en 2025, contre 3 499 €/m² pour l’ancien.

Des taux plus hauts mais stabilisés

Le changement le plus brutal de ces dernières années est venu des taux d’intérêt. Après une décennie de crédit quasi gratuit (1‑1,5 % sur 10 ans), la remontée des taux directeurs de la BCE a propulsé les taux hypothécaires allemands vers 4‑5 % en 2023‑2024, ce qui a instantanément refroidi la demande et déclenché la correction de prix.

Attention :

Depuis mi‑2025, les taux fixes à 10 ans se situent autour de 3,6‑3,8 % et devraient atteindre 3‑3,5 % en 2026. Ce niveau, bien qu’élevé, a soutenu les prix et a un impact limité sur les acheteurs de luxe, souvent financés en fonds propres.

Une pénurie de logements qui soutient durablement les prix

La clé du marché allemand, et donc du haut de gamme, se trouve du côté de l’offre. Le pays fait face à une pénurie structurelle de logements qui ne cesse de s’aggraver. Les besoins sont évalués à environ 320 000 logements par an jusqu’en 2030, mais seulement 251 937 logements ont été achevés en 2024, soit une chute de plus de 14 % sur un an. Les permis de construire se sont effondrés à 215 920 en 2024, leur plus bas niveau depuis 2010, et les projections de l’institut Ifo annoncent encore 205 000 mises en service en 2025 puis 185 000 en 2026.

Exemple :

Dans les principales villes allemandes (A-cities) comme Berlin, Munich ou Francfort, l’écart persistant entre les besoins en logements et les nouvelles constructions génère une forte tension sur les prix. Ce phénomène est particulièrement marqué dans le segment de luxe, où l’offre de produits neufs ou très haut de gamme se raréfie. Cette situation est aggravée par une hausse des coûts de construction de 64 % depuis 2010, limitant davantage les nouvelles réalisations dans ce secteur.

Un pays de locataires, au bénéfice des propriétaires

Autre particularité allemande : plus de la moitié des ménages sont locataires. La part des foyers locataires est passée de 47,5 % en 2014 à plus de 52 % en 2024, un record européen. Dans un contexte de pénurie, cette structure du marché renforce la position des bailleurs, qui bénéficient à la fois d’un flux de demande permanent (étudiants, jeunes actifs, expatriés, migrants) et d’une très faible vacance. Dans les grandes métropoles, les taux de logements vides tombent fréquemment sous les 1 %, ce qui est extrêmement favorable aux investisseurs long terme.

Pour les immeubles et appartements de luxe, cette réalité se traduit par une excellente sécurité locative et une forte capacité à sélectionner les locataires, même si les rendements bruts restent relativement modestes par rapport à d’autres pays (en moyenne 3,5 % à l’échelle du pays, avec des pointes à plus de 4 % dans certaines villes).

Berlin : capitale créative, deuxième marché européen et eldorado de la montée en gamme

Berlin occupe une position singulière dans le paysage européen. Longtemps considérée comme « bon marché » par rapport aux autres capitales, la ville a connu une rattrapage spectaculaire : le prix médian au mètre carré est passé d’environ 1 430 € en 2010 à plus de 5 000 € en 2022, soit une hausse de plus de 250 % en une douzaine d’années. Sur les seules cinq années précédant 2022, la hausse a atteint environ 62 %.

Aujourd’hui, la capitale apparaît comme l’un des marchés les plus dynamiques d’Europe pour l’investissement résidentiel, y compris dans le haut de gamme.

Un marché profond et très international

En termes de perspectives, Berlin est désormais le deuxième marché immobilier d’Europe derrière Londres. Un rapport PWC consacré aux tendances immobilières classe la ville dans le top 5 des métropoles européennes en matière de qualité d’investissement, ce qui illustre l’intérêt des grands fonds internationaux.

Le volume d’investissement immobilier y atteint environ 10 milliards d’euros par an, dont une part significative dans le résidentiel. En 2024, les ventes d’immeubles d’habitation ont représenté 4,15 milliards d’euros, et le segment des appartements et copropriétés a vu son volume progresser de 19 % sur un an. Au total, près de 14,9 milliards d’euros de transactions immobilières ont été enregistrés, en hausse de 20 %.

Les investisseurs étrangers sont très présents : dans l’ensemble de l’Allemagne, ils ont représenté 12,4 % des transactions en 2023, et la capitale attire particulièrement les fonds américains, britanniques, français, asiatiques ou moyen‑orientaux, séduits par une combinaison rare : prix encore inférieurs à ceux de Londres ou Paris, marché locatif profond, réglementation claire et liquidité élevée.

Des prix encore compétitifs à l’échelle européenne

Les données les plus récentes indiquent, pour Berlin, un prix moyen autour de 5 200 à 5 450 €/m² tous segments confondus, avec un prix moyen pour un appartement ancien à 5 140 €/m² au premier trimestre 2025 et une hausse annuelle de 3,2 %. Un appartement type de 70 m² se vend ainsi autour de 373 000 €.

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Le prix du mètre carré pour les logements neufs dépasse 12 990 € dans les secteurs les plus prisés de Mitte à Berlin.

Pour le très haut de gamme, les programmes neufs en centre‑ville affichent des tarifs qui placent Berlin au rang des capitales de luxe, tout en restant significativement moins chère que Londres ou Zurich. Les fourchettes suivantes sont observées pour les quartiers centraux en 2024 :

Type de bien (Berlin centre)Fourchette de prix (€ / m²)
Immeuble ancien vacant – standard4 500 – 8 000
Immeuble ancien vacant – haut de gamme7 000 – 10 000
Neuf sur plan – standard7 500 – 10 000
Neuf sur plan – haut de gamme9 500 – 12 000
Appartement ancien occupé (loué)2 300 – 5 000

Les appartements loués (« tenanted ») se vendent avec une décote pouvant atteindre 40 à 50 % par rapport à un bien libre, en raison de la rigidité des règles de résiliation et de plafonnement des loyers. Pour un investisseur patient, ces décotes ouvrent des perspectives de plus‑value à long terme, notamment en cas de libération future du bien.

Un déficit massif d’offres et une démographie explosive

Berlin illustre à l’extrême la pénurie de logements qui frappe l’Allemagne : le taux de vacance y est tombé à 0,9 % en 2022, contre une moyenne nationale autour de 2,8 %. Les experts estiment que la ville manque d’au moins 106 000 appartements, un déficit qui s’est creusé avec l’explosion démographique.

La capitale gagne plus de 50 000 habitants par an, et sa population a augmenté de 9 % récemment, pour dépasser 3,7 millions de résidents. Selon le BBSR, Berlin devrait avoir besoin de 23 000 nouveaux logements par an jusqu’en 2030, mais à peine 16 000 appartements ont été livrés en 2023, soit bien moins que les objectifs.

Bon à savoir :

Le marché immobilier, y compris le segment du luxe, subit une forte tension qui se répercute sur les prix et les loyers. Sur les cinq dernières années, les prix ont augmenté d’environ 7 % par an, avec une étude mentionnant une hausse de près de 50 % sur une période récente de cinq ans. Malgré une correction observée en 2022-2023, la tendance de fond reste clairement à la hausse sur le long terme.

Rendements locatifs et dynamique des loyers

Sur le plan locatif, Berlin combine loyers en forte progression et rendement intéressant pour un grand marché européen. Les nouveaux baux se signent désormais autour de 15,6‑16 €/m² par mois en moyenne, et jusqu’à 19,5 €/m² pour les demandes les plus récentes, avec des hausses annuelles qui ont atteint 11 % en 2025.

Les loyers moyens observés par type de logement sont de l’ordre de 1 220 € par mois pour un appartement d’une chambre (50 m²), et 1 400 à 1 700 € pour un trois pièces standard. Dans les segments haut de gamme, les loyers peuvent grimper de 15,79 à 29,41 €/m² et plus, en particulier dans les quartiers centraux rénovés ou les programmes neufs avec services.

Le rendement brut des investissements résidentiels oscille autour de 4,2 % en moyenne, avec des petites surfaces en centre‑ville atteignant 4,5‑5 %. En 2022, le rendement moyen observé était de 3,33 %, mais la progression récente des loyers, plus rapide que celle des prix, a légèrement amélioré les ratios.

Pour un investisseur, la combinaison prix encore compétitifs, rendements décents pour une capitale européenne et forte croissance démographique fait de Berlin une place de choix, malgré un encadrement des loyers (« Mietpreisbremse ») appliqué avec une particulière rigueur.

Un marché du luxe très segmenté par quartiers

L’attrait de Berlin pour le haut de gamme repose aussi sur une mosaïque de quartiers aux profils bien différenciés. Les districts historiques de l’Ouest comme Charlottenburg‑Wilmersdorf (environ 6 493 €/m² en moyenne) ou Steglitz‑Zehlendorf (5 268 €/m²) cohabitent avec les anciens quartiers de l’Est devenus très tendance comme Friedrichshain‑Kreuzberg (6 744 €/m²) ou Pankow, qui englobe Prenzlauer Berg (6 469 €/m²).

Les prix moyens par district début 2024 donnent un aperçu de cette hiérarchie :

District de BerlinPrix moyen €/m² (début 2024)
Friedrichshain‑Kreuzberg6 744
Mitte6 679
Charlottenburg‑Wilmersdorf6 493
Pankow6 469
Steglitz‑Zehlendorf5 268
Schöneberg‑Tempelhof5 175
Treptow‑Köpenick5 038
Lichtenberg5 000
Neukölln4 978
Marzahn‑Hellersdorf4 650
Reinickendorf4 367
Spandau4 118

Pour les propriétés de luxe, ce sont surtout Mitte, Charlottenburg, Tiergarten, Schöneberg, Prenzlauer Berg, Dahlem et Grunewald qui concentrent les adresses les plus recherchées : appartements bourgeois dans des immeubles de caractère, lofts dans d’anciens bâtiments industriels réhabilités, penthouses contemporains, villas de style dans les quartiers verts de l’ouest.

Un neuf sous tension et des opportunités pour le très haut de gamme

Le segment des programmes neufs haut de gamme à Berlin souffre particulièrement de la conjoncture : explosion des coûts de construction, taux d’intérêt plus élevés et réglementation complexe. Le nombre de contrats notariés pour des appartements neufs s’est effondré : seulement 750 ventes de ce type ont été enregistrées au premier semestre 2025, contre 3 606 en 2021 et 7 400 en 2016.

Cette offre restreinte, alors que la demande reste solide, crée un environnement favorable aux projets de prestige réellement bien situés et techniquement aboutis. Dans les quartiers centraux, les programmes sur plan se vendent entre 7 500 et 12 000 €/m² selon le standing, avec des réalisations emblématiques comme Am Tacheles en plein Mitte, où les prix peuvent dépasser 13 000‑20 000 €/m² pour certaines unités, ou encore les résidences de Potsdamer Platz, qui combinent vue, services et emplacement stratégique.

Pour les investisseurs haut de gamme, Berlin permet aujourd’hui, avec un budget de 500 000 € par exemple, d’acquérir soit un appartement neuf dans un quartier en pleine montée en gamme (Neukölln, Wedding, Moabit, Friedrichshain), soit un petit immeuble de rapport ou un lot dans un immeuble ancien de bonne qualité. Dans les segmentes très supérieurs (au‑delà de 2 à 3 millions d’euros), les villas de Grunewald ou Dahlem et les grands attiques des quartiers d’affaires attirent une clientèle internationale en quête de pied‑à‑terre de prestige dans une capitale culturelle.

Munich : le marché premium par excellence

Si Berlin séduit par son potentiel de rattrapage et son effervescence créative, Munich incarne le marché premium déjà mature. C’est la ville la plus chère d’Allemagne pour l’achat d’appartements et l’un des marchés les plus onéreux d’Europe continentale.

Des prix record, tirés par une économie très solide

Les chiffres parlent d’eux‑mêmes : les appartements existants à Munich se vendent en moyenne autour de 8 100‑8 476 €/m², et l’ancien pic de 2022 atteignait 9 500 €/m² en moyenne pour les copropriétés. Les programmes neufs, eux, se situent dans une fourchette de 10 050 à 11 454 €/m² selon les sources, avec une moyenne d’environ 11 454 €/m² à l’automne 2025. Le neuf coûte donc 30 à 40 % de plus que l’existant.

Le segment de luxe, lui, s’envole très au‑delà : dans les quartiers les plus prisés, les appartements de standing se négocient couramment entre 12 000 et plus de 15 000 €/m², les penthouses atteignant parfois 13 000 à plus de 15 000 €/m², soit une prime de 70 à 100 % par rapport aux appartements existants standard. Sur ces gammes de prix, Munich se retrouve à proximité de villes comme Vienne ou certaines zones de Zurich, tout en restant un cran en‑dessous des pics zurichois à 15 000‑20 000 €/m².

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Le prix moyen du mètre carré à Munich en 2025, soit environ 15 à 20 % plus cher qu’à Francfort et 35 à 40 % plus cher qu’à Berlin.

Une géographie de la rareté

Munich est une ville compacte, très contrainte en foncier, ce qui renforce la pression sur les quartiers centraux. Les prix varient fortement selon la localisation :

Zone de MunichFourchette de prix €/m² (appartements)
Hypercentre (Altstadt, centre immédiat)11 000 – 11 400
Quartiers premium (Altstadt‑Lehel, Maxvorstadt, Schwabing, Glockenbachviertel)10 000 – 13 000
Périphérie de qualité7 000 – 8 300
Quartiers périphériques plus abordables (Trudering, Aubing, Pasing)6 500 – 8 000

Quelques exemples concrets illustrent ce niveau de prix : un appartement de 55 m² et deux pièces à Schwabing se vend autour de 525 000 €, soit près de 9 550 €/m² ; un 140 m² de 3,5 pièces dans le même quartier atteint 1 765 000 €. À Maxvorstadt, un 75 m² de 2,5 pièces est proposé à 825 000 €, soit 11 000 €/m². Même des secteurs plus « abordables » comme Trudering restent très chers à l’échelle nationale : 95 m² de 3 pièces y coûtent environ 665 000 €.

Des loyers au sommet, mais des rendements comprimés

Munich détient également le record des loyers en Allemagne. Le loyer moyen s’y élève à près de 16 €/m² en 2025 pour l’ensemble du parc, mais les données segmentées pour le haut de gamme montrent des loyers de contrat neuf entre 22 et 25 €/m² et davantage dans les emplacements prime. Un appartement d’une chambre de 50 m² au centre se loue autour de 1 436 € par mois, tandis qu’un trois pièces situé dans un quartier très recherché dépasse facilement les 2 000 €.

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C’est le taux de rendement brut moyen pour l’ensemble de la ville, les rendements restant globalement faibles.

Cette compression des rendements reflète le statut de Munich comme marché de préservation de capital : nombre d’acheteurs, notamment internationaux, acceptent une rentabilité courante modeste en échange de la sécurité, de la liquidité et de la perspective d’appréciation à long terme. La croissance des prix sur les dix dernières années, particulièrement entre 2012 et 2022, a été spectaculaire, même si la phase de surchauffe semble terminée. Les prévisions à court terme évoquent encore une hausse de 2‑4 % sur 12 mois, et de 15‑25 % au cumul sur cinq ans.

Un moteur économique qui justifie la prime

La raison majeure de cette surcote réside dans la qualité exceptionnelle des fondamentaux économiques de Munich. La ville concentre des secteurs à très haute valeur ajoutée – technologies, ingénierie, finance, automobile – et offre les salaires moyens les plus élevés du pays. Elle abrite des sièges de grands groupes, des instituts de recherche, des business schools de rang mondial et attire une population continue de cadres, d’ingénieurs, de chercheurs et d’expatriés.

Bon à savoir :

La population de Munich devrait encore augmenter d’environ 5 % d’ici 2035, renforçant la densité de cette ville déjà très peuplée. Son attractivité exceptionnelle repose sur une combinaison rare : une situation de plein-emploi, des revenus élevés, une riche offre culturelle, une nature proche (Alpes et lacs bavarois) et des infrastructures de premier plan, dont l’aéroport MUC, un hub majeur en Europe. Ces atouts en font une destination privilégiée pour les acheteurs aisés internationaux, notamment en provenance du Moyen-Orient, de Suisse, des États-Unis et d’Asie.

Dans ce contexte, les quartiers d’ultra‑luxe comme Altbogenhausen, Schwabing ou les environs cossus de Grünwald, au sud de la ville, accueillent villas d’architecte, résidences protégées, grands appartements avec terrasses et penthouses dominants la skyline munichoise. Les prix y dépassent largement les moyennes évoquées, avec des adresses qui rivalisent avec les plus beaux quartiers de Vienne ou Genève.

Un marché haut de gamme sélectif mais toujours demandé

La correction de 2022‑2023 a touché Munich, mais beaucoup moins violemment que d’autres régions : le marché a surtout marqué une pause après dix ans d’ascension quasi ininterrompue. Depuis 2025, il semble entrédans une phase de stabilisation avec un léger rebond des prix. Les volumes de transactions ont reculé dans le luxe (‑14 % de transactions haut de gamme en 2025), mais la demande solvable reste très supérieure à l’offre, en particulier dans les segments familiaux de grande surface et les biens neufs répondant aux nouveaux standards environnementaux.

Pour un investisseur international, Munich est surtout perçu comme un coffre‑fort : on y achète un bien haut de gamme moins pour le rendement que pour y parquer une partie de son patrimoine dans une ville sûre, aisée, bien gérée, avec un marché ultra‑profond et une image internationale irréprochable.

Comparaison Berlin – Munich : deux visages du luxe allemand

Comparer Berlin et Munich, c’est en réalité opposer deux philosophies d’investissement dans le luxe résidentiel allemand : la capitale d’une part, marché en forte croissance avec un profil plus opportuniste, et la métropole bavaroise de l’autre, plus chère mais extrêmement sécurisée.

Données clés comparées

On peut synthétiser les grands ordres de grandeur pour les deux villes :

Indicateur (2025)BerlinMunich
Prix moyen appart. existant (€/m²)≈ 5 451≈ 8 476
Prix moyen appart. neuf (€/m²)≈ 8 300 – 8 390≈ 11 454
Fourchette luxe (quartiers prime)8 500 – 12 000 €/m² (neuf haut de gamme, centre)12 000 – >15 000 €/m² (luxe, penthouses)
Rendement brut moyen≈ 3,5 – 4,2 %≈ 2,7 – 3,4 %
Croissance annuelle moyenne (5 ans)≈ 7 %≈ 3,7 %
Taxe d’acquisition (Grunderwerbsteuer)6,0 %3,5 %
Vacance locative≈ 0,9 %< 1 %
Profil démographique+9 % de population récente, forte immigration, hub start‑upCroissance modérée, haut niveau de vie, salaires record

En termes de stratégie, Berlin convient bien à ceux qui cherchent une combinaison rendement + potentiel d’appréciation, en acceptant un environnement réglementaire plus interventionniste (encadrement des loyers, débats politiques sur le logement, reconversions d’immeubles). Munich est davantage le terrain de jeu des investisseurs patrimoniaux : ticket d’entrée très élevé, rendement comprimé, mais sécurité et prestige maximum.

Coûts, fiscalité et financement : l’envers du décor du luxe

Entrer sur le marché allemand des propriétés de luxe, à Berlin comme à Munich, ne se résume pas au prix affiché au mètre carré. Les coûts d’acquisition, la fiscalité et les modalités de financement jouent un rôle clé dans la rentabilité réelle d’un investissement.

Coûts d’acquisition : une marche d’escalier de 10 à 12 %

En Allemagne, l’achat d’un bien immobilier s’accompagne quasi systématiquement de 10 à 12 % de frais supplémentaires, qui ne sont généralement pas finançables par la banque et doivent donc être apportés en fonds propres. Ils se composent principalement de :

– La taxe de mutation (Grunderwerbsteuer), différente selon les Länder : 6 % à Berlin, 3,5 % en Bavière (Munich), 5,5 % à Hambourg, 5‑6,5 % dans la plupart des autres régions.

– Les frais de notaire et d’inscription au registre foncier (Grundbuch), de l’ordre de 1,5 à 2 % du prix.

– La commission d’agent immobilier (Maklerprovision), souvent comprise entre 3,5 et 7 % du prix, la loi imposant dans la majorité des cas un partage par moitié entre acheteur et vendeur.

À Berlin, un calcul type donne des frais totaux d’environ 11,57 % du prix : 6 % de taxe d’acquisition, 2 % de notaire et de registre, et 3,57 % de commission d’agent. À Munich, la facture est un peu plus légère grâce à la taxe d’acquisition plus basse, avec un total d’environ 7 à 10 %.

150000 à 180000

Pour un appartement de luxe acheté 1,5 million d’euros, ce sont les coûts annexes couramment à prévoir, en plus de l’apport.

Financement : exigences élevées pour les non‑résidents

Les banques allemandes restent prudentes. Le schéma classique pour un résident consiste à financer au maximum 80 % du prix du bien, avec un apport minimum de 20 % hors frais. Pour un investisseur étranger, les exigences montent souvent à 25‑30 % d’apport, voire davantage si les revenus sont perçus hors UE.

Les taux hypothécaires, comme évoqué, gravitent aujourd’hui entre 3,6 et 3,8 % pour des prêts à taux fixe sur 10 ans, avec des variations selon la durée (5‑20 ans) et le profil de risque. La plupart des prêts sont à taux fixe, ce qui offre une bonne visibilité sur les charges. Certains établissements ont d’ailleurs mis en place des produits spécifiques « expat mortgages », avec parfois seulement 10 % d’apport pour les titulaires de permis de résidence longue durée.

Pour un achat de luxe, il n’est pas rare que les banques plafonnent le ratio prêt‑valeur (LTV) entre 50 et 60 %, en particulier pour les logements de très haut de gamme dont la liquidité, bien que bonne, dépend d’une clientèle restreinte.

Fiscalité courante et plus‑values : un paradis des long‑termistes

La fiscalité de la détention est relativement modérée en Allemagne : la taxe foncière annuelle (Grundsteuer) s’élève en général à 200‑700 € par an pour un appartement standard, plus pour une villa de luxe, avec des taux très variables selon les communes et les modalités de réforme en cours.

Astuce :

Le système fiscal allemand offre un avantage majeur pour les investisseurs patrimoniaux : la vente d’un bien immobilier détenu en tant qu’investissement depuis plus de 10 ans est entièrement exonérée d’impôt sur les plus-values. Pour une résidence principale, cette période est réduite à seulement trois ans d’occupation (incluant l’année de la vente et les deux années précédentes) pour bénéficier de la même franchise fiscale.

En revanche, vendre avant ces seuils expose à une taxation forfaitaire de 25 % sur la plus‑value (Abgeltungssteuer), à laquelle s’ajoute une contribution de solidarité de 5,5 % sur l’impôt dû, et éventuellement la taxe d’Église pour les contribuables affiliés.

Les revenus locatifs sont imposés au barème progressif de l’impôt sur le revenu (jusqu’à 45 % pour les plus hauts revenus), mais de nombreuses charges sont déductibles : intérêts d’emprunt, travaux, frais de gestion, assurance, amortissements, etc. Pour un investisseur international, les conventions de non‑double imposition permettent généralement d’éviter d’être taxé deux fois sur les mêmes revenus.

Tendances de fond : durcissement environnemental et montée du « luxe vert »

Au‑delà des chiffres, un mouvement profond est en train de redessiner le visage du luxe immobilier en Allemagne : l’intégration massive des contraintes environnementales, accompagnée d’un changement de mentalité des acheteurs fortunés, de plus en plus sensibles aux questions de durabilité, de bien‑être et de technologie.

Normes énergétiques : le nouvel arbitre des valeurs

L’Allemagne a transposé la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, avec un objectif clair : amener la quasi‑totalité du parc résidentiel au minimum à la classe D du certificat énergétique (EPC) d’ici 2033. Cela représente un chantier colossal, dans un pays où une part importante du parc – notamment les immeubles construits avant 1990, très nombreux à Berlin et dans la Ruhr – est aujourd’hui classée en dessous de D.

500-1000

Le coût de mise aux normes énergétiques d’un immeuble ancien est souvent évalué entre 500 et 1 000 € par mètre carré.

Des acteurs majeurs comme Vonovia, premier bailleur du pays avec plus de 560 000 logements, ou LEG Immobilien, ont déjà lancé des programmes de rénovation massifs, financés notamment par des green bonds et des fonds dédiés aux actifs à haute performance énergétique. Ces initiatives montrent que, dans la décennie à venir, la valeur d’un bien de luxe dépendra autant de sa signature architecturale que de son profil CO₂ et de son efficacité énergétique.

Le luxe se fait « smart » et autonome

Parallèlement, l’Allemagne est l’un des marchés les plus avancés d’Europe en matière de smart home. En 2024, le marché des maisons connectées y était valorisé autour de 6,58 milliards d’euros, avec une projection à 9,66 milliards d’ici 2029, soit un taux de croissance annuel de 6,4 %. Près de 46 % des ménages avaient déjà adopté au moins une solution de smart home en 2023, et environ 80 % des Allemands se disent ouverts à l’utilisation d’outils domotiques pilotés par l’IA, en particulier pour la gestion du chauffage et la maintenance prédictive.

Attention :

Dans le segment de luxe, les technologies ne sont plus considérées comme un avantage supplémentaire mais comme une exigence fondamentale. Les propriétés haut de gamme les intègrent désormais systématiquement.

– Des systèmes de gestion énergétique intelligents, capables de réduire la consommation jusqu’à 70 % grâce à l’automatisation (capteurs de présence, programmation fine, optimisation des consommations).

– Des matériaux durables (bois certifiés, acier recyclé, peintures à faible émission de COV) et des dispositifs de confort climatique passif (isolation très performante, orientation solaire, toitures végétalisées, vitrages intelligents).

– Des installations d’énergie renouvelable (panneaux solaires, parfois géothermie, récupération des eaux de pluie) et d’irrigation pilotée.

– Des infrastructures de recharge pour véhicules électriques, devenues presque indispensables dans les parkings privés de résidences haut de gamme à Berlin et Munich.

Les acheteurs fortunés – en particulier une nouvelle génération de HNWI et de milléniaux aisés – placent ces éléments au cœur de leur définition du luxe. Les enquêtes internationales montrent que 75 % des ultra‑riches souhaitent réduire leur empreinte carbone en privilégiant des résidences écoresponsables. En Allemagne, où environ un tiers des émissions de CO₂ provient des ménages, cette appétence rencontre un cadre réglementaire incitatif et des subventions publiques substantielles via la KfW.

Investisseurs internationaux : pourquoi l’Allemagne, et en particulier Berlin et Munich, restent incontournables

Malgré la remontée des taux et la complexification des normes, l’Allemagne demeure l’un des refuges préférés des capitaux internationaux. Son marché se distingue par :

Une transparence élevée et un cadre juridique très protecteur.

Aucune restriction générale à l’achat pour les étrangers, qu’ils soient ou non résidents.

– Une économie toujours classée parmi les plus robustes du monde, même si la croissance est actuellement molle.

– Une dette publique jugée soutenable et une notation souveraine AAA confirmée par les principales agences.

– Une forte diversification géographique : au‑delà de Berlin et Munich, des villes comme Francfort, Hambourg, Düsseldorf, Cologne, Stuttgart ou Leipzig offrent d’autres profils d’investissement, avec parfois des rendements supérieurs.

Astuce :

Pour les acheteurs privés, l’immobilier allemand offre une grande flexibilité grâce à l’absence de plafond de détention ou de quotas, la liberté de transfert de fonds et la possibilité de structurer l’investissement via des sociétés (comme une GmbH, une GmbH & Co. KG, ou des véhicules luxembourgeois ou néerlandais). Il est toutefois essentiel de bien maîtriser la fiscalité, qui peut être assez complexe.

Les grands fonds, eux, apprécient la capacité du pays à absorber des volumes importants : le marché de l’investissement résidentiel a totalisé 42,5 milliards d’euros en 2024, dont 63 % de l’ensemble du volume transactionnel immobilier, avec environ 18 milliards d’euros par an en moyenne injectés depuis dix ans dans le multifamily.

Berlin et Munich, dans ce contexte, se situent aux deux extrémités du spectre : ville « value‑add » pour la première, avec encore du potentiel de hausse et une réglementation exigeante, et ville « core » par excellence pour la seconde, où l’on vise un rendement modéré mais extrêmement défensif.

Conclusion : un luxe allemand plus sélectif, mais durablement porteur

Le marché des propriétés de luxe en Allemagne, et tout particulièrement à Berlin et Munich, est entré dans une ère de maturité. La période où il suffisait d’acheter « n’importe où, à n’importe quel prix » pour réaliser une plus‑value rapide est révolue. Les investisseurs, comme les acheteurs occupant, doivent désormais composer avec :

Facteurs d’évolution du marché immobilier

Principaux éléments influençant la dynamique et les coûts du secteur de l’immobilier résidentiel.

Coût du crédit

Des taux d’intérêt plus élevés renchérissent significativement le coût du levier financier pour les acquéreurs.

Régulation énergétique

La réglementation impose des investissements lourds pour améliorer la performance énergétique des bâtiments.

Contraintes sur le neuf

L’offre neuve est limitée par la flambée des coûts de construction et la baisse des permis de construire délivrés.

Contexte politique

Un environnement politique particulièrement attentif aux enjeux de logement et de pouvoir d’achat des ménages.

Mais ces contraintes ne remettent pas en cause la force des moteurs sous-jacents : déficit structurel de logements, attractivité démographique des grandes métropoles, stabilité institutionnelle, statut de valeur refuge de l’immobilier allemand et montée d’une clientèle internationale en quête de sécurité à long terme.

Bon à savoir :

Berlin s’affirme comme un marché du luxe prometteur, avec des prix encore inférieurs aux grandes capitales, une croissance portée par une population jeune et internationale, et une offre de biens de plus en plus haut de gamme. Munich reste quant à elle le symbole du luxe établi, avec des prix élevés mais un marché particulièrement sûr, soutenu par une économie florissante et une demande solide.

Pour qui sait choisir son quartier, son type de bien et sa stratégie de détention, le marché des propriétés de luxe en Allemagne continue d’offrir ce que peu d’actifs parviennent à combiner : prestige, stabilité, perspectives d’appréciation et, désormais, une intégration croissante des exigences environnementales qui renforceront, à terme, la valeur des meilleurs actifs.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Allemagne pour rechercher du rendement locatif et une exposition à l’euro dans un marché dynamique. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Berlin, Leipzig, Hambourg), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel ou un grand appartement dans un quartier en croissance, par exemple à Leipzig ou dans certains arrondissements de Berlin, combinant rendement locatif brut cible de 5 à 6 % – plus le rendement est élevé, plus le risque est important – et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, Steuerberater), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via société civile allemande) et définition d’un plan de diversification patrimoniale dans le temps.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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