Les lois et régulations immobilières à connaître en Allemagne

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Acheter, construire, louer ou simplement posséder un bien en Allemagne implique de naviguer dans un maquis de lois, de codes et de procédures. Le pays combine un droit civil détaillé, une forte protection des locataires, une régulation serrée de l’énergie et une fiscalité dense. Pour un investisseur, un propriétaire occupant, un bailleur ou même un simple acquéreur, comprendre les grands blocs de ce cadre juridique est indispensable pour éviter les mauvaises surprises.

Bon à savoir :

Cet article détaille les principales règles du secteur de la construction, en s’appuyant sur les textes de loi en vigueur, les pratiques et interprétations des tribunaux, ainsi que sur des données récentes du marché.

Le socle juridique des opérations immobilières

Le droit immobilier allemand ne repose pas sur un texte unique mais sur un ensemble de lois qui se complètent. Le cœur du système reste toutefois le Bürgerliches Gesetzbuch (BGB), le Code civil allemand.

Bon à savoir :

Le Code civil allemand (BGB) régit la vente immobilière, imposant au vendeur de transférer un bien sans vices et à l’acheteur de payer le prix. Depuis 2018, il définit également précisément plusieurs contrats de construction : contrat d’entreprise de construction, contrat avec consommateur, contrat d’architecte/ingénieur et contrat de promoteur.

Pour les marchés de travaux, une particularité allemande est la place prise par la VOB/B (Vergabe- und Vertragsordnung für Bauleistungen, partie B). Il ne s’agit pas d’une loi mais d’un ensemble de conditions générales standard, élaborées par le comité allemand des marchés de construction, et obligatoirement utilisé par les pouvoirs publics pour leurs contrats. Dans la pratique, la VOB/B sert de modèle pour de nombreux contrats privés, même si elle ne s’applique que si les parties y consentent expressément.

En parallèle, d’autres textes encadrent des aspects spécifiques :

le Baugesetzbuch (BauGB, Code fédéral de la construction) pour l’urbanisme et le zonage,

– les Bauordnungen des Länder (règlements de construction des États fédérés) pour les permis de construire et la sécurité,

– le Gebäude-Energie-Gesetz (GEG, loi sur l’énergie dans les bâtiments) pour la performance énergétique,

– la Baustellenverordnung (ordonnance sur la sécurité des chantiers),

– le Bauproduktengesetz pour les produits de construction,

– le Bundes-Immissionsschutzgesetz pour les installations générant des émissions polluantes.

Cette superposition de normes fédérales, régionales et locales est une constante en Allemagne : la Fédération définit les cadres, les Länder déclinent en droit de la construction et d’urbanisme, les communes complètent par leurs plans locaux.

Achat d’un bien : notaire, Grundbuch et sécurité juridique

Toute acquisition immobilière en Allemagne passe par le notaire et par le registre foncier (Grundbuch). C’est une exigence de forme mais aussi un système de sécurité particulièrement robuste.

Le contrat de vente et la formalité notariale

Le Code civil exige, à la section 311b (1), que tout contrat qui oblige à transférer la propriété d’un bien immobilier soit passé par acte notarié. Sans cette formalité, le contrat est nul (section 125 BGB). La nullité peut néanmoins être « guérie » si, malgré l’absence de forme, la propriété a effectivement été transférée et inscrite au Grundbuch, mais cette situation reste l’exception et ne doit jamais être recherchée.

Concrètement, le processus standard ressemble à ceci : les parties négocient les points essentiels (identité, prix, objet de la vente), le notaire rédige un projet de contrat, puis les parties se présentent à l’étude pour une lecture intégrale de l’acte, des explications et la signature. Pour les contrats entre un professionnel et un consommateur, la loi impose un délai de réflexion d’environ deux semaines entre la remise du projet et la signature, afin d’éviter les engagements précipités.

Bon à savoir :

Le contrat doit inclure : l’identification précise du bien (référence foncière et plan cadastral), le prix et ses modalités de paiement, la date de transfert de jouissance, la répartition des charges, et mentionner toute servitude, hypothèque ou droit d’usage. Il doit aussi préciser les clauses sur les vices et garanties. Pour les immeubles anciens, les vendeurs excluent souvent la garantie des vices, mais cette exclusion ne s’applique pas en cas de fraude ou pour les qualités expressément garanties.

Le rôle du Grundbuch et la protection de l’acquéreur

Il n’existe pas de cadastre national unique en Allemagne, mais un réseau de registres fonciers tenus auprès des tribunaux locaux (Amtsgerichte). Chaque parcelle, maison ou appartement dispose de sa propre feuille (Grundbuchblatt), qui indique dans une section l’identité du ou des propriétaires, dans une autre les servitudes et restrictions, et dans une troisième les droits réels de garantie (hypothèques, charges foncières).

Attention :

Le principe de la foi publique du registre foncier (öffentlicher Glaube) garantit que l’acquéreur peut se fier aux inscriptions. Pour sécuriser la transaction entre la signature et l’inscription définitive, le notaire fait inscrire une priorité d’inscription (Auflassungsvormerkung) en faveur de l’acheteur, empêchant ainsi le vendeur de revendre ou de grever le bien à un tiers en priorité.

Le transfert de propriété n’intervient juridiquement qu’avec la combinaison de deux éléments : l’accord de transfert (Auflassung), donné devant notaire, et l’inscription du nouveau propriétaire au Grundbuch. Entre la signature et cette inscription, le notaire orchestre le paiement sécurisé, le remboursement et la radiation des anciennes hypothèques, la délivrance des autorisations nécessaires (certificat fiscal, renonciation à un droit de préemption public, etc.).

Coûts de notaire, registre et fiscalité d’acquisition

Les frais de notaire et de registre sont strictement encadrés par la loi sur les frais de justice et de notaire (GNotKG). Ils ne sont pas négociables et représentent en pratique entre 1,5 % et 2 % du prix d’achat. À ces frais s’ajoute l’impôt de mutation immobilière (Grunderwerbsteuer), prélevé par chaque Land à un taux allant de 3,5 % à 6,5 % du prix.

Le tableau suivant donne un aperçu des taux de Grunderwerbsteuer par Land :

LandTaux de Grunderwerbsteuer
Bavière3,5 %
Bade-Wurtemberg5,0 %
Brême5,0 %
Basse-Saxe5,0 %
Rhénanie-Palatinat5,0 %
Saxe-Anhalt5,0 %
Thuringe5,0 %
Hambourg5,5 %
Saxe5,5 %
Berlin6,0 %
Hesse6,0 %
Mecklembourg-Poméranie6,0 %
Brandebourg6,5 %
Rhénanie-du-Nord-Westphalie6,5 %
Sarre6,5 %
Schleswig-Holstein6,5 %

En pratique, le cumul notaire + registre + impôt de mutation représente souvent entre 5 % et 8 % du prix du bien, auxquels il faut ajouter, le cas échéant, les honoraires d’agent immobilier.

Commission d’agent immobilier : la réforme de 2020

La répartition de la commission des agents immobiliers a longtemps été une zone grise, fortement marquée par les usages locaux. Depuis le 23 décembre 2020, une loi spécifique (sections 656a à 656d BGB) harmonise les règles pour la vente de logements et de maisons unifamiliales lorsque l’acheteur est un consommateur.

7.14

Taux de commission totale très répandu, incluant la TVA, sur le prix d’une vente immobilière.

Le tableau ci-dessous illustre quelques taux courants après partage 50/50 :

Région / Land (exemples)Taux total commissionPart vendeurPart acheteur
Baden-Württemberg, Bavière, Berlin, NRW, etc.7,14 %3,57 %3,57 %
Brême, Hesse5,95 %2,98 %2,98 %
Hambourg6,25 %≈3,07 %≈3,18 %
Mecklembourg-Poméranie5,95 %≈2,87 %≈3,08 %

Cette réforme poursuit un double objectif : alléger les coûts annexes pour les acheteurs et rendre la facturation des services de courtage plus transparente. Des études sur plusieurs centaines de milliers d’annonces montrent toutefois que certains professionnels ont profité de la nouvelle règle pour augmenter le taux global et conserver des revenus similaires, d’où l’importance, pour les vendeurs, de négocier activement la commission – ce que seule une faible minorité fait réellement.

Permis de construire, planification urbaine et « turbo construction »

Toute opération de construction ou de transformation significative d’un bâtiment en Allemagne se heurte rapidement au couple BauGB (Code fédéral de la construction) – Bauordnung (règlement de construction du Land). L’élévation, la modification, le changement d’usage ou la démolition d’un bâtiment nécessitent en principe un permis de construire délivré par l’autorité de surveillance des constructions (Bauaufsichtsbehörde).

Astuce :

Le permis de construire atteste de la conformité du projet aux règles de droit public (urbanisme, distances, incendie, environnement, monuments, etc.). Même pour un projet dispensé de permis (ex. : petite construction ou garage limité), le maître d’ouvrage reste responsable du respect de toute la réglementation. En cas d’infraction, l’administration peut ordonner la démolition.

La planification suit une hiérarchie bien structurée : l’État fédéral définit des « Leitbilder » (concepts directeurs), les Länder établissent des plans d’aménagement du territoire (Raumordnungspläne) qui s’imposent aux niveaux inférieurs, les régions les déclinent, et les communes élaborent un plan d’utilisation des sols pour l’ensemble de leur territoire (Flächennutzungsplan) ainsi que des plans de détail (Bebauungspläne) pour des secteurs précis. Ces derniers fixent par exemple la hauteur, la densité, les types d’usage autorisés, et servent de référence pour l’instruction des permis.

Bon à savoir :

Pour accélérer la création de logements, notamment abordables, la loi de mobilisation du foncier de 2021 permet, dans les zones tendues, d’imposer des obligations de construire ou de réserver des secteurs au logement social. Elle autorise aussi, en cas de besoin urgent, les autorités à ordonner directement à un propriétaire de bâtir (Baugebot).

En 2025, le gouvernement fédéral est allé plus loin en adoptant un projet de loi surnommé « construction turbo », visant à expérimenter des dérogations larges au droit de la planification pour les projets de logement. L’idée est de permettre, avec l’accord de la commune, de s’écarter du Code de la construction et des règlements associés pour faciliter les projets résidentiels, les transformations ou les changements d’usage. Cette clause expérimentale devrait s’appliquer jusqu’à environ 2030, avec une évaluation prévue un an avant l’échéance. Le gouvernement anticipe plusieurs dizaines de milliers de demandes par an au titre de ce dispositif.

Performance énergétique, climat et obligations sur les bâtiments

Le secteur du bâtiment est au cœur de la politique climatique allemande. Le Gebäude-Energie-Gesetz (GEG), entré en vigueur en 2020, a fusionné plusieurs textes antérieurs et fixé un cadre unique pour les exigences énergétiques des constructions neuves et existantes, ainsi que pour l’intégration des énergies renouvelables.

Le GEG impose des exigences de qualité énergétique, des plafonds de consommation d’énergie primaire, des standards d’isolation, et rend obligatoire la délivrance de certificats de performance énergétique (Energieausweis) lors des ventes et locations. Pour les bâtiments neufs, il impose un standard de « bâtiment à consommation quasi nulle », avec une consommation d’énergie primaire annuelle inférieure à un pourcentage de celle d’un bâtiment de référence.

Exemple :

Depuis 2023, le niveau de référence pour les nouvelles constructions est l’équivalent du standard « EH55 », signifiant qu’elles doivent consommer au maximum 55 % de l’énergie d’un bâtiment type. Le gouvernement avait initialement projeté de durcir cette norme en imposant un standard « EH40 » (40 %) dès 2025, mais y a renoncé pour la législature en cours en raison des coûts supplémentaires que cela aurait engendrés pour la filière du bâtiment.

Parallèlement, une réforme très débattue du GEG, souvent surnommée « loi sur le chauffage », impose une montée en puissance rapide des énergies renouvelables pour le chauffage : toute nouvelle installation de chauffage doit fonctionner à au moins 65 % à partir de sources renouvelables, avec une application graduelle selon le type de bâtiment et la zone. L’objectif de long terme est que tous les bâtiments soient chauffés exclusivement aux énergies renouvelables d’ici 2045, ce qui implique la sortie progressive des chaudières fioul et gaz anciennes (remplacement obligatoire au-delà de 30 ans, sauf exceptions).

70

Pourcentage maximal d’aides fédérales pour remplacer une chaudière fossile par un système renouvelable à partir de 2024.

Cette pression réglementaire touche aussi le parc existant : obligations d’isoler certains planchers de combles non chauffés, d’atteindre des niveaux d’efficacité énergétique très poussés et de couvrir 100 % de leur électricité par des renouvelables d’ici 2027.

Contrats de construction, garanties et assurances

Pour qui fait construire en Allemagne, le cadre contractuel et assurantiel est tout aussi important que le permis de construire ou la performance énergétique. Le BGB, dans ses sections 631 à 650v, régit les contrats d’entreprise et de prestation de services, y compris les contrats de construction. Depuis 2018, des dispositions spécifiques encadrent les relations avec les consommateurs dans les contrats de construction, ainsi que les missions d’architectes et d’ingénieurs.

Un élément clé pour l’entrepreneur est le droit à une garantie de paiement et à une sûreté réelle : la section 650e BGB lui permet, si le maître d’ouvrage est propriétaire du terrain, d’exiger l’inscription d’une hypothèque de construction au registre foncier pour sécuriser sa créance. Il peut également réclamer une garantie bancaire couvrant le montant restant dû, majoré d’environ 10 % pour les créances accessoires. À défaut de fourniture de garantie dans un délai raisonnable, l’entrepreneur peut suspendre les travaux.

Bon à savoir :

L’application de la VOB/B implique généralement une garantie de bonne exécution et une garantie de paiement, chacune d’environ 10 % du montant brut du contrat. Le donneur d’ordre peut retenir jusqu’à 10 % des acomptes (souvent réduits à 5 % au décompte final). Attention : la jurisprudence limite strictement ces clauses dans les conditions générales, interdisant notamment les garanties « à première demande » jugées trop déséquilibrées.

Les délais contractuels doivent être clairement qualifiés de « délais convenus » pour être pleinement opposables ; le non-respect fautif de ces délais peut justifier des dommages-intérêts et, si cela a été prévu, des pénalités. La réception des travaux (« Abnahme ») joue un rôle central : c’est elle qui déclenche le transfert des risques, le point de départ des garanties et, souvent, la dernière échéance de paiement. Si le maître d’ouvrage, dûment mis en demeure, ne se prononce pas dans un délai raisonnable sur une réception proposée après l’achèvement, la loi peut prévoir une « réception tacite ».

Bon à savoir :

En Allemagne, les architectes sont souvent légalement tenus par les Länder de souscrire une assurance responsabilité professionnelle. Pour les entreprises de construction, bien que non obligatoire, il est courant, surtout sur les grands chantiers, de souscrire des assurances comme la responsabilité civile, l’assurance tous risques chantier ou une police dommages-ouvrage spécifique au projet.

Les délais de prescription des recours sont également encadrés : pour les ouvrages et leurs prestations de planification, le BGB prévoit en général un délai de cinq ans à compter de la réception (deux ans pour des biens mobiliers), sauf convention différente. Sous VOB/B, on trouve fréquemment des durées contractuelles de un à quatre ans, parfois plus longues en maintenance, sous réserve que la durée ne soit ni illimitée ni manifestement excessive, auquel cas elle serait inopposable.

Fiscalité immobilière : achats, revenus locatifs et plus-values

L’environnement fiscal fait partie intégrante du droit immobilier en Allemagne. À l’achat, nous avons déjà évoqué la Grunderwerbsteuer et les frais de notaire/registre. Pendant la détention, la propriété est soumise à la Grundsteuer, l’impôt foncier annuel levé par les communes, et à l’impôt sur le revenu en cas de location. À la revente, des règles spécifiques déterminent la taxation des plus-values.

Impôt foncier et réforme de la Grundsteuer

La Grundsteuer frappe toutes les propriétés bâties et non bâties. Une grande réforme, entrée en vigueur en 2025, a modernisé un système fondé jusque-là sur des valeurs cadastrales obsolètes (datant de 1935 à l’Est, 1964 à l’Ouest). Dorénavant, la base imposable prend en compte le type de bien, la surface, l’emplacement, l’âge et d’autres paramètres, selon un modèle fédéral ou des modèles propres à certains Länder qui ont exercé une clause d’ouverture.

Le montant final résulte d’une formule en trois étapes : valeur de base × taux fédéral de base × coefficient municipal (Hebesatz). Ce dernier varie sensiblement d’une ville à l’autre et explique les écarts de facture entre, par exemple, un appartement dans une petite ville et une maison individuelle dans un quartier prisé de Berlin.

Revenus locatifs et taxation des plus-values

Les revenus de location sont imposables à l’impôt sur le revenu, avec des barèmes progressifs pouvant atteindre 45 %, plus la contribution de solidarité. Toutefois, l’investisseur peut déduire de nombreux frais : intérêts d’emprunt, charges de copropriété, travaux d’entretien et de réparation, frais de gestion et d’assurance, amortissement du bâti (généralement 2 % par an, voire 3 % pour certains biens récents, avec des régimes majorés pour l’habitat social ou les immeubles classés).

Bon à savoir :

La vente d’un bien détenu en patrimoine privé est soumise à la ‘Spekulationssteuer’ si elle intervient dans les 10 ans suivant son acquisition. La plus-value est alors intégrée au revenu imposable et taxée selon le barème. L’imposition est évitée si le bien a servi de résidence principale l’année de la vente et les deux années précédentes. Après 10 ans de détention, la plus-value est exonérée.

Cette frontière des dix ans joue un rôle majeur dans les stratégies patrimoniales : de nombreux investisseurs s’organisent pour revendre après ce délai afin de neutraliser l’impôt sur la plus-value. En revanche, si l’activité est considérée comme commerciale (par exemple plus de trois ventes en cinq ans), l’ensemble des opérations peut être requalifié en activité de marchand de biens, avec à la clé impôt sur le revenu professionnel, taxe professionnelle (Gewerbesteuer) et, le plus souvent, TVA.

Héritage, donations et transmission de patrimoine

En cas de succession ou de donation, c’est l’Erbschaft- und Schenkungsteuer qui s’applique. L’impôt frappe la part reçue par chaque bénéficiaire, selon un barème progressif et des abattements liés au degré de parenté. Par exemple, un enfant bénéficie d’un abattement de 400 000 €, un conjoint de 500 000 €, un petit-enfant de 200 000 €, les parents et grands-parents de 100 000 €, tandis que les plus éloignés (frères, neveux, amis) n’ont qu’un abattement de 20 000 €. L’immobilier situé en Allemagne est toujours imposable en Allemagne dans ce contexte, même si le bénéficiaire réside à l’étranger, sauf jeu de conventions bilatérales.

Bon à savoir :

Certains biens sont exonérés de droits de succession sous conditions. C’est le cas de la résidence principale du conjoint survivant ou des enfants, dans certaines limites de surface et à condition de la conserver pendant dix ans. Les entreprises, exploitations agricoles et forestières bénéficient également de régimes d’exonération avancés, sous réserve de respecter des engagements de conservation et d’emploi.

Droit des locataires et encadrement des loyers

L’Allemagne est souvent décrite comme un « pays de locataires », avec plus de la moitié de la population logée dans le parc locatif. Cette réalité se traduit dans un droit locatif extrêmement protecteur, très détaillé dans le BGB.

Un bail d’habitation est en principe à durée indéterminée, résiliable par le locataire avec un préavis de trois mois. Le bailleur, lui, ne peut donner congé que pour des motifs légitimes – par exemple pour usage personnel (Eigenbedarf) ou inexécution grave du contrat – et avec un préavis qui s’allonge avec l’ancienneté du locataire (trois, six ou neuf mois). L’expulsion est strictement encadrée et suppose une décision de justice.

Bon à savoir :

Le loyer de base ne peut être augmenté qu’en respectant le loyer moyen local (Mietspiegel) et un plafond cumulé de 20% sur trois ans (15% dans les marchés tendus). Lors d’une relocation dans une zone en marché tendu, la Mietpreisbremse limite le loyer demandé à 10% au-dessus du loyer de référence local, sauf pour les bâtiments neufs ou après rénovations lourdes.

Les travaux de modernisation énergétique ou de confort donnent droit, sous conditions, à une majoration de loyer, mais là encore largement encadrée : seul un pourcentage limité des coûts est répercutable, avec un plafond de hausse par mètre carré et la possibilité, pour le locataire, de faire valoir un cas de hardship si la charge devient insupportable au regard de ses revenus.

Bon à savoir :

Le dépôt de garantie est plafonné à trois mois de loyer hors charges. Il doit être placé sur un compte séparé et productif d’intérêts au profit du locataire. À la fin du bail, le propriétaire dispose d’un délai raisonnable, généralement de quelques mois, pour régulariser les charges et restituer le solde au locataire.

Enfin, certaines règles nationales récentes, comme le partage des coûts liés à la taxe carbone sur le chauffage en fonction de la performance énergétique du bâtiment, renforcent l’incitation pour les bailleurs à améliorer leur parc, sous peine de supporter l’essentiel de ces coûts sur les logements mal isolés.

Marché de la construction : permis en chute, besoin en hausse

Au-delà des textes, les chiffres de la Statistique fédérale éclairent la dynamique du marché. Entre 2020 et 2024, on observe une nette baisse du nombre de permis de construire délivrés, tant en nombre de bâtiments qu’en logements autorisés. Les surfaces de plancher et les coûts de construction estimés suivent la même tendance.

Le tableau suivant récapitule quelques indicateurs clés :

AnnéeBâtiments autorisésLogements autorisésSurface habitable (m²)Coûts de construction estimés (M€)
2020232 208368 58937 058 000120 597
2021248 688380 73638 780 000130 338
2022217 586354 16235 625 000134 990
2023163 906259 63924 589 000112 992
2024145 010215 28920 080 000104 060

Cette contraction, liée à la hausse des coûts, au durcissement des normes énergétiques et au climat économique, s’inscrit en faux par rapport aux besoins estimés, notamment en logements abordables. Les prévisions à court terme sur les permis pour logements neufs montrent un léger redressement mais restent en dessous des pics atteints fin 2019. C’est ce décalage structurel qui justifie les initiatives comme la « construction turbo », les assouplissements du droit de la construction et le renforcement des subventions à l’habitat.

Attention :

Pour l’investisseur immobilier, l’environnement est caractérisé par un double mouvement : un cadre réglementaire dense et exigeant, parfois instable, et un déficit chronique de logements dans de nombreuses agglomérations, qui soutient la demande locative et, à moyen terme, les valeurs patrimoniales.

Conclusion : un cadre contraignant mais prévisible

Le droit immobilier allemand se caractérise par son formalisme, sa technicité et une forte orientation vers la protection de l’intérêt général (locataires, environnement, urbanisme). Contrats notariés obligatoires, registre foncier à la foi publique, codification fine des contrats de construction, encadrement des loyers, normes énergétiques ambitieuses, fiscalité très structurée : tous ces éléments imposent une préparation minutieuse.

Astuce :

Le formalisme du marché immobilier allemand offre une grande sécurité juridique. Pour maîtriser les risques, un acquéreur doit être correctement conseillé, un bailleur doit anticiper les évolutions énergétiques, un constructeur doit s’appuyer sur des standards contractuels éprouvés et disposer d’une bonne couverture d’assurance. La clé, pour tout acteur (particulier ou professionnel, allemand ou étranger), est de considérer toute opération immobilière non comme un simple acte administratif, mais comme un processus juridique complet. Chaque étape (planification, financement, contrat, permis, exécution, fiscalité) est régie par un ensemble précis de lois et de régulations qu’il est impératif de connaître et de respecter.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Allemagne pour rechercher du rendement locatif et une exposition à l’euro dans une économie robuste. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Berlin, Hambourg, région de la Ruhr), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel ou un grand appartement dans une ville en croissance comme Berlin ou Leipzig, combinant un rendement locatif brut cible de 5 à 6 % – plus le rendement est élevé, plus le risque est important – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, Notar, fiscaliste), choix de la structure (détention directe ou via société allemande) et définition d’un plan de diversification dans le temps, afin d’intégrer cet actif dans une stratégie patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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