Le marché immobilier allemand traverse une phase charnière, entre correction des prix, flambée des coûts de construction, durcissement des financements… et une pression croissante liée au tourisme. Sur les côtes de la mer du Nord et de la mer Baltique comme dans les grandes métropoles, l’afflux de visiteurs, la montée en puissance des locations de courte durée et l’attrait pour les résidences secondaires redessinent la carte des prix, des usages et des tensions sociales. Loin d’être un phénomène marginal, le tourisme est devenu un déterminant majeur des valeurs immobilières, du financement des projets et des politiques de régulation.
Un marché immobilier sous tension, dopé mais aussi fragilisé par le tourisme
L’immobilier allemand sort tout juste d’une décennie de hausse spectaculaire. Entre 2011 et 2019, les prix ont progressé de plus de 50 % au niveau national, puis encore de 8,7 % en 2020 et 12,6 % en 2021, y compris pendant la pandémie. Une correction s’est enclenchée à partir de 2022 : recul de 3,6 % en 2022 puis de 7,5 % en 2023, avec une chute de 9,9 % en moyenne sur l’année 2023, la plus forte depuis le début des statistiques en 2000. Mais cette décrue ne signifie pas un reflux structurel : la demande reste supérieure à l’offre, surtout dans les zones tendues et touristiques.
Recul du volume de développement de projets immobiliers dans les sept grandes agglomérations allemandes en 2023.
Dans ce cadre déjà contraint, le tourisme joue un double rôle. Il alimente une demande extrêmement solide pour les logements saisonniers, les résidences secondaires, les locations de courte et moyenne durée, ce qui soutient les prix, en particulier dans les régions balnéaires et les grandes villes attractives. Mais il réduit aussi le stock de logements à l’année et accroît les tensions sociales, obligeant l’État fédéral et les Länder à multiplier les dispositifs de contrôle, de taxation et de soutien au logement abordable.
Les littoraux de la mer du Nord et de la Baltique : laboratoire de la « coolcation »
Les côtes allemandes de la mer du Nord et de la mer Baltique cumulent plusieurs facteurs explosifs pour l’immobilier : paysages prisés, tourisme de masse, tendance à la « coolcation » (recherche de climats plus frais) et intérêt soutenu des investisseurs pour les résidences secondaires. Les campagnes de rénovation de ports, de promenades et de marinas ont renforcé cette attractivité, transformant d’anciens villages de pêcheurs en stations haut de gamme.
Mer du Nord : envolée des prix, puis correction et stabilisation
Sur la côte de la mer du Nord, les données de VON POLL IMMOBILIEN montrent que les marchés ont connu une escalade de prix suivie d’une correction à partir de mi‑2022, en lien avec la guerre en Ukraine, l’inflation et les hausses de taux. Depuis le premier trimestre 2024, la situation semble se stabiliser : les baisses ralentissent, certains segments repartent légèrement à la hausse.
Les îles frisonnes du Nord restent la zone la plus chère, mais aussi l’une des plus volatiles.
| Zone (mer du Nord, Q1 2024) | Prix moyen au m² | Évolution annuelle | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Îles frisonnes du Nord | 11 704 € | −9 % | Segment le plus cher et plus forte baisse annuelle |
| Île de Sylt | 14 424 € | −6 % | Sur-offre relative après deux décennies de construction |
| Îles frisonnes de l’Est | 8 833 € | +2,4 % | Reprise notable et +5 % en trois mois |
Sylt illustre parfaitement les contradictions du modèle touristique : après des décennies de construction soutenue, les coûts de construction et les taux freinent les nouveaux projets. Le marché se « régule vers le bas », comme le souligne un responsable local de VON POLL IMMOBILIEN, avec davantage d’offres et des acheteurs plus sélectifs. Mais même en correction, Sylt reste l’un des marchés insulaires les plus chers d’Europe, porté par une clientèle fortunée à la recherche de résidences de vacances.
Sur le continent, la situation est plus contrastée :
| District (côte mer du Nord) | Prix moyen au m² | Évolution annuelle | Profil touristique et immobilier |
|---|---|---|---|
| Nordfriesland (continent) | ~2 340 € | +8,9 % | Bénéficie de la proximité des îles et du tourisme côtier |
| Wittmund (continent) | 2 203 € | +7,4 % | Accès aux îles frisonnes de l’Est, demande soutenue |
| Friesland (continent) | 2 095 € | −5,9 % | Phase de correction après hausse antérieure |
| Aurich (continent) | 2 069 € | −6,5 % | Ajustement des prix |
| Cuxhaven | 2 000 € | −7,2 % | Station balnéaire en phase de normalisation |
| Dithmarschen | 1 958 € | −7,6 % | Segment plus abordable mais sensible à la conjoncture |
| Wilhelmshaven | 1 926 € | −6,6 % | Ville portuaire mixte (industrie/tourisme) |
| Emden | 1 913 € | −3,1 % | Baisse modérée |
| Bremerhaven | 1 910 € | −1,8 % | Reprise à court terme (+1,8 % trimestriel) |
| Wesermarsch | ~1 872 € | −6,6 % | Zone la plus abordable de la côte nord |
Les prix de ces territoires restent nettement inférieurs à ceux des îles, mais le moteur touristique est bien présent : proximité des plages, des ferries pour les îles, activités nautiques, randonnées. Les acheteurs combinent souvent usage personnel en haute saison et location touristique le reste du temps, ce qui renforce les rendements et justifie la hausse des prix dans les zones les plus exposées au tourisme.
Mer Baltique : entre flambée locale et corrections spectaculaires
Sur la côte de la mer Baltique, le tourisme est, en valeur économique, la première industrie maritime. Les chiffres de fréquentation en témoignent : des millions de nuitées concentrées dans les Länder côtiers, une montée continue des séjours, des événements de masse comme la Kieler Woche ou les championnats de kitesurf qui dopent les arrivées estivales.
Cette demande se reflète très directement dans l’immobilier.
| Zone (mer Baltique, Q1 2024) | Prix moyen au m² | Évolution annuelle | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Rostock (ville) | ~3 864 € | n.c. | Pôle urbain et portuaire majeur |
| Péninsule Fischland-Darß-Zingst | 3 835 € | +7,2 % | Plus forte hausse annuelle, station haut de gamme |
| Usedom | 3 813 € | −9,3 % | Plus forte baisse annuelle, mais stabilisation (+0,4 % court terme) |
| Île de Rügen | 3 629 € | +1,3 % | Marché solide, flux constant de constructions de résidences de vacances |
| Île de Fehmarn | 3 540 € | −4,7 % | Correction après phase d’euphorie |
| Ostholstein (continent) | 3 387 € | n.c. | Impact direct des investissements balnéaires |
| Lübeck | 3 216 € | n.c. | Ville historique et portuaire, tourisme urbain et côtier |
| District de Plön | 3 213 € | −0,5 % | Reprise à court terme (+3,3 %) |
| Kiel (ville) | 3 111 € | n.c. (+2,4 % T/T) | Bénéficie de grands événements nautiques |
| Vorpommern-Rügen (continent) | 2 683 € | +3,8 % | Hausse grâce au rayonnement de Rügen |
| District Rendsburg-Eckernförde | 2 698 € | n.c. | Côte très fréquentée de week-end |
| Flensburg | 2 885 € | n.c. | Ville frontalière et maritime |
| District de Rostock | 2 336 € | −6,6 % | Repli en arrière-pays |
| Nordwestmecklenburg | 2 468 € | −2,2 % | Baisse modérée |
| Schleswig-Flensburg | 2 494 € | −2,8 % | Baisse modérée |
| Vorpommern-Greifswald (continent) | 1 739 € | −8,1 % | Zone la plus abordable, mais +6 % court terme |
La dynamique est nette : les secteurs les plus touristiques, bénéficiant de vues mer, de fronts de mer réaménagés ou de marinas, affichent des niveaux de prix supérieurs à la moyenne nationale et une meilleure résistance aux chocs. La péninsule de Fischland-Darß-Zingst est emblématique : plus forte hausse annuelle de la côte Baltique, portée par un tourisme intensif et une offre importante de résidences secondaires.
Les exemples de Großenbrode, Grömitz ou Heiligenhafen illustrent l’effet d’entraînement des investissements touristiques : nouvelles promenades de plage à plusieurs millions d’euros, ports de plaisance, maisons de vacances coiffées de toits de chaume. À Rügen, la construction de nouveaux appartements de vacances est continue. Dans ces lieux, la demande des particuliers et des investisseurs pour les biens « vue mer » ou en première ligne reste élevée, et leurs valeurs sont perçues comme particulièrement stables.
Tourisme, locations de courte durée et raréfaction du logement
L’essor des plateformes comme Airbnb et la multiplication des résidences secondaires ont profondément modifié les équilibres locatifs dans de nombreux territoires allemands. Avec plus de 214 000 annonces actives sur Airbnb dans le pays, dont seulement une minorité affiche un numéro de licence, la location touristique pèse désormais lourd sur le parc résidentiel.
Berlin compte près de 38 000 lits disponibles sur Airbnb, représentant environ 27 % de la capacité totale d’hébergement de la ville.
Cette intensité se retrouve, à des degrés divers, dans d’autres métropoles : Munich, Cologne, Hambourg, Francfort. Dans ces villes, les parts d’Airbnb dans le marché de l’hébergement étaient estimées à 20 % pour Munich, 16 % pour Cologne et 15 % pour Hambourg. L’impact sur le marché résidentiel n’est pas qu’un débat théorique : la transformation d’appartements destinés à la location classique en logements temporaires réduit le stock disponible et alimente la hausse des loyers.
Étude de cas : Garmisch‑Partenkirchen, quand le tourisme chasse les habitants
Une recherche menée à Garmisch‑Partenkirchen, station bavaroise très touristique d’environ 18 000 habitants, met en lumière les effets concrets de cette dérive. On y dénombrait récemment environ 900 appartements et maisons de vacances, soit plus de 4 800 lits, en augmentation d’environ 25 % en un an seulement (soit 1 100 lits supplémentaires). Entre 2014 et 2020, les prix du foncier constructible y ont quasiment doublé et les loyers ont augmenté de 37 %, beaucoup plus vite que les salaires.
Dans une région aux revenus moyens inférieurs à la moyenne nationale, l’accession à la propriété est réservée aux ménages déjà propriétaires et aux acheteurs extérieurs fortunés. Cette situation est due à la conversion massive de logements en meublés de tourisme, motivée par des rendements locatifs bien supérieurs à la location traditionnelle, des taux d’intérêt historiquement bas et des avantages fiscaux attractifs.
Les chercheurs alertent sur un risque d’éviction de la population active locale, contrainte de s’éloigner ou de renoncer à vivre sur place. Des problématiques similaires sont observées dans d’autres destinations très prisées comme Berchtesgaden ou Sylt : tension extrême sur les loyers, raréfaction de l’offre pour les habitants permanents, montée des résidences secondaires inoccupées hors saison.
Les grandes villes : quand tourisme, gentrification et réglementation s’entrechoquent
Les frictions les plus visibles entre tourisme et marché immobilier se trouvent dans les grandes villes, où le tourisme s’ajoute à une pénurie structurelle de logements. Plus de la moitié des communes allemandes sont officiellement classées en « marché du logement tendu » par l’institut fédéral BBSR, et les métropoles touristiques en font presque toutes partie : Berlin, Munich, Hambourg, Francfort, Stuttgart, Cologne, mais aussi Leipzig ou Dresde.
Berlin, capitale du tourisme… et des conflits sur le logement
Berlin cumule tous les symptômes. Les loyers y ont plus que doublé en dix ans (+107 %), atteignant en moyenne autour de 18 à 19 € le m² pour les nouveaux baux dans les quartiers centraux. Le stock de logements disponibles à la location se contracte, tandis que la demande explose, portée à la fois par l’immigration, les étudiants, les travailleurs qualifiés et les touristes.
Chute de l’offre de logements à la location traditionnelle à Berlin suite au plafonnement général des loyers en 2020
Sur le volet touristique, la ville a instauré une législation spécifique de « prohibition de la mésutilisation » (Zweckentfremdungsverbotsgesetz). Louer une résidence secondaire à court terme est soumis à un permis et limité à 90 jours par an ; la location d’un logement entier comme résidence principale nécessite aussi une autorisation. Les annonces doivent afficher un numéro d’enregistrement, et les plateformes sont tenues de communiquer leurs données. Les amendes peuvent atteindre 500 000 € pour les contrevenants. Dans la pratique, l’application a été progressive et parfois chaotique, mais les autorités affirment que plusieurs milliers de logements ont été ainsi « récupérés » pour le marché à long terme.
La régulation des locations meublées ne concerne pas uniquement les touristes. Un segment important, constitué de locations de moyenne durée occupées par des professionnels (consultants, chercheurs, diplomates, employés de l’IT), exerce également une pression sur le marché immobilier. Ce type de location mobilise en effet des appartements entiers, les retirant ainsi du marché locatif classique et résidentiel.
Leipzig et la nouvelle vague de « tourisme créatif »
Leipzig illustre une autre facette du lien entre tourisme et immobilier : celle des villes « montantes » à forte image culturelle. Longtemps marquée par la désindustrialisation et un habitat vacant massif après la chute du Mur (jusqu’à 20 % de logements vides en 2000), la ville connaît depuis les années 2000 une phase de réurbanisation rapide, avec une croissance démographique soutenue (plus de 600 000 habitants en 2019, contre 437 000 à la fin des années 1990).
Leipzig est largement promu comme le « nouveau Berlin », destination pour artistes, touristes curieux et nomades numériques. Des quartiers comme Plagwitz, ancien pôle industriel déserté, ont été reconvertis en espaces d’ateliers, de galeries, de logements et de parcs. Un vaste ancien complexe de coton, transformé dans les années 1990 en site culturel, est devenu emblématique de cette gentrification se voulant « durable ».
La municipalité et les médias
Dans des secteurs comme Neustadt‑Neuschönefeld ou Volkmarsdorf, la population a augmenté de 45 % et 71 % respectivement entre 2010 et 2019, avec une forte proportion d’étudiants et de personnes d’origine étrangère. L’offre commerciale s’est diversifiée, les locaux vacants ont été réduits de moitié sur des axes comme l’Eisenbahnstraße, où le nombre de commerces a bondi de 68 %. Dans le même temps, les loyers y ont progressé d’environ 59 % entre 2012 et 2019.
Le tourisme joue ici un rôle plus diffus que sur les côtes : il s’agit moins de résidences secondaires de vacances que de séjours prolongés, de logements temporaires pour créatifs, chercheurs invités, étudiants en programme international. Mais l’effet sur les prix et la structure sociale des quartiers est réel, au point d’avoir suscité des occupations militantes de bâtiments vacants et des mobilisations contre la raréfaction du logement abordable.
Les hôtels : entre crise, reconversion et nouvelles stratégies touristiques
Le secteur hôtelier allemand, très lié à la dynamique touristique, a subi une double secousse : la pandémie de COVID‑19, qui a détruit une partie de la demande de nuitées, puis la hausse des coûts et des taux, qui a freiné l’investissement. Depuis 2020, le nombre de projets hôteliers en construction ou en planification est en baisse continue. Fin 2022, près d’un projet sur quatre était en retard.
Nombre de millions de nuitées enregistrées jusqu’en novembre, soit une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente.
Sur le plan immobilier, l’investissement hôtelier reste en retrait : 1,47 milliard d’euros en 2023, le plus faible volume depuis 2012, bien que le quatrième trimestre ait été le plus actif depuis début 2020. Les investisseurs privilégient les actifs existants avec baux longs et potentiel de création de valeur. Une tendance forte se dessine : la transformation d’hôtels classiques en projets mixtes mêlant logements, commerces et restauration, souvent autour de halles gourmandes ou de lieux de vie, afin d’amortir la dépendance à une seule source de revenus touristiques.
De nombreux nouveaux projets se concentrent désormais dans des villes moyennes et des régions touristiques secondaires, plutôt que dans les grandes métropoles. Cette tendance s’explique par une demande plus résiliente pour les loisirs (tourisme balnéaire, de nature et de bien-être) comparée au tourisme d’affaires pur.
Les réponses politiques : entre soutien au tourisme et protection du logement
Face à ces tensions, l’Allemagne expérimente une panoplie d’instruments mêlant fiscalité, droit du logement et régulation touristique. Le défi consiste à capter les bénéfices économiques du tourisme sans sacrifier l’accessibilité du logement ni la cohésion sociale des quartiers.
Encadrement des loyers et limitation des conversions
Outre la Mietpreisbremse, les autorités multiplient les mesures pour limiter la transformation de logements locatifs en copropriétés revendues à des investisseurs ou en meublés de tourisme. La nouvelle coalition fédérale évoque la prolongation jusqu’à 2030 de l’interdiction de convertir trop facilement des immeubles locatifs en appartements en propriété dans les zones en crise. Certains districts de Berlin, comme Neukölln ou Friedrichshain‑Kreuzberg, vont plus loin en restreignant drastiquement les locations meublées de courte durée dans les secteurs protégés (Milieuschutzgebiete), qui couvrent environ un tiers de la population de la ville.
Depuis 2023, Berlin a mis en place un système de vérification numérique des annonces de locations de courte durée, obligeant celles-ci à afficher un numéro d’enregistrement. Les plateformes doivent partager ces données avec les autorités. Les contrevenants s’exposent à des amendes très élevées et à la confiscation des revenus issus d’activités illégales.
Taxation du tourisme : les « taxes de séjour » comme levier
En parallèle, de nombreuses villes touristiques allemandes ont instauré des taxes de séjour (Bettensteuern), prélevées sur chaque nuitée payée par le visiteur. La Cour constitutionnelle fédérale a validé ce dispositif, en confirmant que la collecte par les hôteliers et autres hébergeurs était compatible avec la Loi fondamentale.
Ces taxes peuvent prendre la forme d’un pourcentage du prix de la nuit ou d’un forfait par personne :
| Ville | Type et niveau de taxe de séjour (indicatif) | Usage principal des recettes |
|---|---|---|
| Berlin | Environ 7,5 % du prix de la chambre | Financement d’infrastructures et d’offres culturelles |
| Cologne | Environ 5 % du prix de l’hébergement | Services touristiques et ville |
| Francfort | Forfait autour de 2 € par personne et par nuit | Tourisme et aménagement urbain |
| Hambourg | Barème progressif (0,60 à >5 € la nuit) | Entretien urbain et promotion touristique |
| Leipzig | Environ 5 % du prix de la chambre | Promotion et services touristiques |
| Dresde | Environ 6 % du prix de la chambre | Culture et infrastructures |
Si ces taxes renchérissent marginalement le coût du séjour, elles ne freinent pas fondamentalement la demande, mais représentent un outil de compensation : une partie des bénéfices du tourisme est réinjectée dans la ville, y compris dans l’entretien des espaces publics et, potentiellement, dans des programmes de logement.
Réguler sans tuer l’attractivité : un équilibre précaire
L’expérience d’autres pays, reprise dans les analyses utilisées pour les politiques allemandes, montre que le durcissement des règles (plafonds de nuits louées, enregistrements obligatoires, quotas) peut freiner la prolifération des locations touristiques sans annihiler l’activité. Amsterdam, Reykjavik ou Barcelone ont ainsi limité les nuits autorisées, mis en place des registres nationaux ou annoncé à terme la suppression des appartements touristiques.
En Allemagne, la régulation du logement touristique varie considérablement d’une ville à l’autre. Par exemple, Berlin, Munich et Hambourg exigent un permis au-delà d’un certain nombre de jours de location. Cologne autorise jusqu’à 90 jours de location sans autorisation, tandis que des villes comme Leipzig ou Potsdam se contentent souvent d’une simple déclaration. Cette diversité de règles permet d’adapter la régulation à la pression touristique locale, mais elle complique également la tâche des investisseurs et des petits propriétaires qui doivent naviguer entre différents cadres légaux.
Environnement et durabilité : la qualité du littoral comme actif immobilier
Le tourisme côtier allemand dépend étroitement de l’état de l’environnement marin. La mer Baltique, en particulier, est très vulnérable à l’eutrophisation, aux proliférations d’algues, à l’érosion du littoral et aux déchets marins. Ces phénomènes affectent directement l’expérience des vacanciers : plages fermées, qualité de baignade dégradée, recul du trait de côte. Des études menées à l’échelle de la région de la Baltique chiffrent les pertes potentielles pour l’industrie touristique à plusieurs milliards si la situation environnementale se détériore.
La dégradation du littoral, comme une plage impropre à la baignade ou menacée par l’érosion, peut réduire la demande touristique et affecter la valeur immobilière à long terme, surtout face à la concurrence d’autres destinations. À l’inverse, une station située dans une aire marine protégée bien gérée peut valoriser son environnement préservé, assurant une meilleure pérennité aux investissements dans l’immobilier de loisir.
L’objectif international de protéger 30 % des zones marines d’ici 2030, auquel l’Allemagne souscrit, contribue donc indirectement à la sécurité de l’investissement immobilier côtier, à condition que ces protections soient effectives et compatibles avec un tourisme durable.
Un marché qui se stabilise, mais où le tourisme restera un moteur clé
Après la phase de surchauffe et la correction de 2022‑2023, le marché immobilier allemand semble entré dans une phase plus équilibrée. Les prévisions agrégées pour 2026 tablent sur une croissance modérée des prix, de l’ordre de 1 à 4 % selon les scénarios, avec une demande soutenue par une immigration nette positive, un déficit structurel de construction (80 000 à 100 000 logements manquants par an) et des taux hypothécaires revenus autour de 3 à 3,5 %.
Dans ce contexte, le tourisme continuera de jouer un rôle déterminant, mais différencié selon les territoires :
Sur les côtes de la mer du Nord et de la Baltique, le tourisme maintient des prix élevés dans les secteurs premium pour les résidences secondaires et locations saisonnières, avec des hausses désormais plus sélectives, dépendant de l’environnement et de la capacité à étaler la saisonnalité. Dans les grandes métropoles, il transforme les centres-villes en espaces hybrides, mêlant habitants, touristes, nomades numériques et travailleurs temporaires, ce qui soulève des défis de régulation des locations meublées et de protection du logement abordable. Dans des villes ‘émergentes’ comme Leipzig, Dresde ou certaines villes universitaires, l’image culturelle et touristique booste l’attractivité résidentielle, mais avec le risque de reproduire à terme les tensions immobilières observées à Berlin.
Pour les investisseurs, la clé sera de lire finement cette géographie : distinguer les marchés purement « vacances » exposés aux aléas climatiques et aux modes, des villes à double moteur (tourisme + économie locale solide) où la demande à l’année reste robuste, tout en intégrant le durcissement probable des réglementations sur les locations de courte durée dans les zones tendues.
Les pouvoirs publics allemands doivent concilier trois objectifs souvent contradictoires : soutenir l’industrie touristique (vitale pour l’économie), préserver un parc de logements abordable pour les résidents, et protéger les espaces littoraux et urbains sous pression. Des mesures unidimensionnelles (subventions ou plafonnements mal calibrés) peuvent avoir l’effet inverse, en augmentant les prix ou réduisant l’offre. Le tourisme est un facteur structurant du marché immobilier, nécessitant des régulations fines et adaptées à l’attractivité du pays.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Allemagne afin de rechercher du rendement locatif et une exposition à l’euro dans un marché solide. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Berlin, Munich, Leipzig), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble de rapport ou un grand appartement dans une ville en croissance comme Leipzig ou un quartier dynamique de Berlin, combinant rendement locatif brut cible autour de 5–6 % – en gardant en tête que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via GmbH) et définition d’un plan de diversification dans le temps, en intégrant les spécificités juridiques et fiscales allemandes.
Vous recherchez de l'immobilier rentable : contactez-nous pour des offres sur mesure.
Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.
Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.