S’installer ou passer plusieurs mois en Tunisie séduit de plus en plus d’étudiants, de retraités et d’expatriés. Le coût de la vie y est nettement inférieur à celui de la plupart des pays européens ou nord‑américains, et le marché locatif reste, dans l’ensemble, abordable. Mais trouver le bon logement en Tunisie suppose de bien comprendre les prix, les quartiers, les types de baux, les formalités administratives… et les arnaques les plus courantes.
Cet article fournit un panorama complet et actualisé, basé sur des données récentes et des retours d’expérience, pour vous accompagner dans toutes les étapes de la location : recherche, comparaison, négociation et sécurisation du contrat, que la durée soit de quelques mois ou de plusieurs années.
Comprendre le marché locatif en Tunisie
Le premier réflexe avant de chercher un appartement ou une maison est d’avoir une idée réaliste des prix et du contexte. La Tunisie affiche un coût de la vie global environ 60 % plus bas que la France et près de 70 % inférieur à celui des États‑Unis si l’on inclut le loyer. Le pays se situe au bas du classement mondial en termes de coût de la vie, tout en offrant un niveau de qualité de vie correct pour la région.
Les dépenses mensuelles moyennes pour une famille de quatre personnes, logement compris, s’élèvent à environ 1 200 dollars.
Niveaux de loyers : villes, centre et périphérie
Les écarts de prix entre centre‑ville, quartiers périphériques et villes secondaires sont importants. Les données compilées sur l’ensemble du pays montrent des fourchettes assez stables.
Voici un aperçu des loyers moyens mensuels en Tunisie pour des logements vides classiques.
| Type de logement | Situation | Loyer moyen (TND/mois) | Fourchette courante (TND) |
|---|---|---|---|
| Appartement 1 chambre | Centre‑ville | ~685 | 400 – 1 000 |
| Appartement 1 chambre | Hors centre | ~446 – 470 | 300 – 800 |
| Appartement 3 chambres | Centre‑ville | ~1 120 – 1 187 | 700 – 1 800 |
| Appartement 3 chambres | Hors centre | ~770 – 800 | 500 – 1 300 |
En se focalisant sur Tunis, les loyers montent un cran au‑dessus, sans devenir inaccessibles.
| Type de logement | Situation | Loyer moyen (TND/mois) | Fourchette courante (TND) |
|---|---|---|---|
| 1 chambre | Centre‑ville | ~836 | 650 – 1 000 |
| 1 chambre | Hors centre | ~523 | 400 – 800 |
| 3 chambres | Centre‑ville | ~1 427 | 1 200 – 2 000 |
| 3 chambres | Hors centre | ~888 | 700 – 1 200 |
Pour un expatrié, on observe souvent des loyers légèrement supérieurs, notamment pour les biens meublés et récents. Un studio de 45 m² dans un quartier “normal” tourne autour de 500 à 550 TND par mois, tandis qu’un appartement meublé de 85 m² peut dépasser 1 000 TND selon la zone.
Exemples concrets par ville et type de bien
Les grandes agglomérations côtières et touristiques restent abordables, surtout dès que l’on s’éloigne des quartiers les plus prisés.
| Ville / Zone | Studio (TND/mois) | 2 pièces (TND/mois) | Remarques principales |
|---|---|---|---|
| Tunis (centre) | 300 – 500 | 600 – 1 200 | Capitale, quartiers variés, forte demande |
| Tunis (périphérie) | dès 500 € pour expat (1 ch.) ≈ 500–700 TND | Suburbs plus abordables, bonnes liaisons | |
| Sousse (centre) | 250 – 450 | 500 – 900 | Ville côtière, tourisme et services |
| Hammamet / Djerba | 250 – 450 | 500 – 900 | Stations balnéaires, saisonnalité marquée |
| Villes moyennes (Sfax, Bizerte, Kairouan) | 200 – 350 | 400 – 700 | Coût plus bas, marché moins tendu |
Dans les quartiers les plus chers de Tunis, comme les Berges du Lac, La Marsa ou Gammarth, un appartement “haut standing” se loue couramment entre 1 500 et 3 000 TND. Une villa avec jardin ou piscine dans ces zones peut dépasser 4 000 TND, soit environ 1 300 dollars, et atteindre 3 000 dollars pour des biens très luxueux.
Charges et utilities : ne pas les sous‑estimer
L’erreur fréquente des nouveaux arrivants est de ne regarder que le montant du loyer. En Tunisie, les charges restent raisonnables, mais il faut les intégrer dès le départ dans son budget.
Coût mensuel moyen des charges (eau, électricité, chauffage, déchets, internet) pour un appartement de 85 m² occupé par deux personnes en Tunisie.
| Poste | Coût moyen mensuel national (TND) | Commentaires |
|---|---|---|
| Électricité + eau + chauffage/clim | ~160 | 100 – 250 TND selon taille et usage |
| Internet haut débit (≥ 60 Mbps) | ~59 – 65 | Forfaits illimités |
| Forfait mobile (10 Go + appels) | ~30 | 25 – 40 TND courants |
| Charges supplémentaires (copropriété, gardiennage, etc.) | Variable | Souvent incluses ou négociables dans le bail |
Pour un expatrié, les estimations autour de 150 à 250 TND de charges mensuelles supplémentaires sont fréquemment citées, selon la taille du logement et l’usage de la climatisation.
Où chercher : plateformes, agences et réseaux locaux
Les moyens de trouver un logement en Tunisie se sont diversifiés. Les plateformes spécialisées se combinent aux annonces classiques et au bouche‑à‑oreille.
Plateformes en ligne locales et internationales
Plusieurs sites et applications se sont imposés pour la recherche d’appartements, de maisons ou de villas en Tunisie. L’un des plus visibles est Mubawab, souvent présenté comme le premier portail immobilier du pays. Il recense plus de 50 000 annonces, émanant à la fois de particuliers et de professionnels, avec tous types de biens : appartements, maisons, villas, riads, bureaux, commerces.
L’application Mubawab, disponible sur mobile, permet de filtrer les résultats par prix, surface, région, date ou catégorie de bien, de sauvegarder ses recherches et de recevoir des alertes en cas de nouveaux biens ou de baisse de prix. On peut contacter directement les annonceurs par téléphone ou email. L’outil a reçu des avis contrastés : certains utilisateurs le jugent pratique, d’autres critiquent une interface peu intuitive ou la présence de filigranes sur les photos. Cela reste néanmoins une source de base très utilisée pour se faire une idée du marché.
Pour les séjours courts et les locations saisonnières, les plateformes internationales comme Airbnb, Booking.com et Expedia sont des acteurs majeurs. Par exemple, Booking.com propose des dizaines de milliers d’avis clients vérifiés, offrant ainsi une indication fiable sur la qualité des hébergements à la nuitée ou à la semaine.
Pour les locations plus longues, de nombreux expatriés commencent par un logement temporaire via Airbnb ou Booking.com, le temps de visiter sur place des biens à louer sur des durées de six mois ou plus.
D’autres sites ou services complémentaires existent, comme YourRentals pour les locations de vacances ou des plateformes tunisiennes spécialisées dans les colocations étudiantes et les chambres, qui ciblent notamment les grandes villes universitaires.
Agences immobilières : sécurité et coût
Passer par une agence immobilière reste courant, surtout lorsqu’on ne connaît pas bien la ville ou que l’on ne parle pas couramment le français ou l’arabe. Les agences locales ou les franchises internationales (comme RE/MAX) proposent des visites, s’occupent du contrat et, souvent, de la relation avec le propriétaire.
Les honoraires pour une mise en relation sont généralement d’environ 5% du loyer annuel, ce qui équivaut souvent à un mois de loyer. Ce coût peut être partagé ou non entre le propriétaire et le locataire selon l’accord. Certaines agences proposent un forfait combinant la gestion (encaissement des loyers, suivi des réparations) et la transaction, une option rassurante pour les expatriés éloignés des codes locaux.
Que l’on passe ou non par une agence, il est conseillé de vérifier que l’intermédiaire est dûment déclaré et qu’il dispose d’une adresse, de références et d’un numéro de téléphone professionnel.
Le rôle décisif du bouche‑à‑oreille
En Tunisie, comme dans de nombreux pays, beaucoup de bonnes affaires ne passent jamais en ligne. Pour un séjour de longue durée, il est fortement recommandé de mobiliser ses réseaux : collègues, amis, groupes d’expatriés sur les réseaux sociaux, associations locales. Les groupes Facebook d’expats ou de location (“Rentals Tunis”, “Expats in Tunisia” par exemple) regorgent d’annonces et surtout de retours d’expérience sur les propriétaires, les quartiers ou les pièges à éviter.
Les employeurs, les écoles internationales ou les universités jouent également un rôle clé pour orienter vers des quartiers adaptés et des contacts de confiance.
Choisir son quartier : entre centre, banlieue et littoral
Le choix du quartier reste l’élément le plus structurant dans la recherche de logement : il conditionne autant le prix que le confort au quotidien, l’accès aux transports, aux écoles ou encore à la vie sociale.
Tunis : une mosaïque de quartiers
La capitale concentre une grande partie de la demande locative et propose des ambiances très différentes selon les zones.
Le centre‑ville de Tunis offre un mélange de commodités modernes, de commerces, de bureaux et d’architecture traditionnelle. Les loyers y sont plus élevés que dans le reste du pays, mais la proximité des transports en commun et des services compense souvent ce surcoût pour ceux qui travaillent au centre.
Les quartiers du nord de Tunis, tels que La Marsa, Carthage, Gammarth, Sidi Bou Saïd et La Goulette, sont très attractifs pour les expatriés. La Marsa est appréciée pour ses plages, ses cafés et son ambiance détendue. Carthage, riche en histoire et en vestiges archéologiques, offre un cadre culturel et résidentiel haut de gamme. Ces zones, bien desservies et proches des écoles internationales, sont des choix privilégiés pour les familles étrangères s’installant dans la capitale.
Les quartiers plus récents comme Ennasr, El Menzah, El Aouina, ou les Berges du Lac combinent immeubles modernes, résidences sécurisées, centres commerciaux et entreprises. Les Berges du Lac, notamment, concentrent ambassades, sièges de grandes entreprises et immeubles de standing. Les loyers y sont élevés, mais restent compétitifs pour des cadres expatriés habitués aux prix d’autres capitales.
Les banlieues plus lointaines et les quartiers sud, moins chers, peuvent constituer une bonne option pour réduire la facture, à condition de bien évaluer la qualité des transports publics, la sécurité et la disponibilité des services du quotidien.
Villes côtières : entre tourisme et vie à l’année
Des villes comme Sousse, Hammamet, Monastir ou Djerba sont d’abord connues comme destinations balnéaires. Elles proposent cependant un large éventail de locations à l’année, à des prix souvent plus bas que dans la capitale, surtout en dehors des zones les plus touristiques.
À Sousse, les quartiers de Port El Kantaoui et Sousse Medina allient vie balnéaire, infrastructures touristiques et services. À Hammamet, la zone nord propose des résidences neuves, parfois avec piscine, adaptées aux retraités ou télétravailleurs recherchant un cadre balnéaire à coût modéré.
Djerba séduit par son ambiance insulaire et son rythme plus lent que sur le continent, avec des maisons traditionnelles et des villas à des prix d’achat et de location inférieurs à ceux de Tunis.
Villes de l’intérieur : budget serré et authenticité
Les villes comme Sfax, Bizerte, Kairouan ou le sud (Tataouine, par exemple) proposent des loyers nettement plus bas. Pour un budget limité ou un projet de long séjour, elles peuvent être intéressantes, à condition d’accepter une offre de loisirs moins développée et de bien s’informer sur les quartiers les plus pratiques.
Meublé ou vide : quel type de location choisir ?
Face à une annonce, la première question pratique est souvent la suivante : meublé ou non meublé ? En Tunisie, comme ailleurs, chaque formule présente des avantages et des limites, qu’il faut évaluer en fonction de la durée de séjour, du budget initial et du mode de vie.
Atouts et coûts des logements meublés
Un logement meublé est, par définition, prêt à l’emploi : lit, table, chaises, rangements, cuisine équipée, parfois télévision, machine à laver, voire vaisselle. Pour un étudiant, un stagiaire, un professionnel en mission ou un expatrié en phase de découverte, la solution est extrêmement pratique.
L’écart de loyer peut atteindre 50 % pour un appartement meublé en location de courte durée par rapport à un bien similaire non meublé.
L’avantage pour le locataire est de limiter fortement son investissement de départ : pas besoin d’acheter des meubles, ni de payer un déménagement lourd. Pour un séjour de quelques mois ou un ou deux ans, cela évite d’immobiliser plusieurs milliers de dinars dans du mobilier difficilement revendable à la sortie.
Avantages du non meublé pour un projet à long terme
Un logement vide ou très peu équipé implique un effort initial important : ameublement complet, installation d’électroménager, temps consacré à équiper chaque pièce. En contrepartie, le loyer affiché est sensiblement plus bas et la caution, généralement d’un mois de loyer dans la pratique, reste plus légère.
Pour un séjour de plusieurs années, opter pour un logement non meublé permet de personnaliser son intérieur et de choisir la qualité de ses meubles, en amortissant cet investissement sur la durée. Ce type de location attire principalement des familles ou des résidents à long terme, ce qui réduit le turnover et profite également aux propriétaires.
Le marché tunisien propose les deux formats, mais les meublés sont particulièrement fréquents dans les zones touristiques et les quartiers prisés des expatriés, tandis que les non meublés dominent dans les quartiers résidentiels “classiques”.
Comprendre le contrat de location tunisien
La loi tunisienne encadre les baux d’habitation, mais elle laisse une grande marge de négociation entre propriétaire et locataire. Il n’existe pas de contrat type universel et les pratiques peuvent varier, ce qui impose au locataire d’être vigilant avant de signer.
Durée du bail, renouvellement et préavis
En pratique, la grande majorité des baux résidentiels sont conclus pour un an renouvelable. Il est cependant possible de négocier des durées plus longues, notamment pour des familles ou des entreprises.
Le préavis standard, pour mettre fin au bail, est de trois mois, que ce soit pour le propriétaire ou pour le locataire. Cette durée peut être aménagée par accord écrit, mais il est déconseillé de signer un contrat avec un préavis plus court sans connaître précisément les conséquences juridiques.
Si vous donnez congé avant la fin de la première année de location et qu’aucune clause de résiliation anticipée n’est prévue dans le bail, vous pouvez être tenu de payer le loyer jusqu’à ce qu’un nouveau locataire soit trouvé. Il est donc crucial de bien anticiper et d’être certain de la durée minimale de votre engagement.
Montant du loyer, paiement et dépôt de garantie
Le montant du loyer est librement fixé entre les parties. En l’absence de mention explicite dans le contrat, les tribunaux considèrent généralement que le loyer correspond aux prix pratiqués dans le quartier, ce qui laisse une zone grise en cas de litige. Il est donc primordial que le montant, la périodicité (mensuelle, trimestrielle, annuelle) et les modalités de révision soient écrits noir sur blanc.
La caution (ou dépôt de garantie) est encadrée : elle ne peut dépasser deux mois de loyer, meublé ou non, et doit être restituée à la fin du bail, après déduction éventuelle de réparations pour dégradations anormales ou de loyers impayés. Le locataire a tout intérêt à obtenir un reçu écrit de ce dépôt et à vérifier à l’entrée l’état du logement pour éviter les litiges.
Dans certaines villes touristiques ou avec des locataires étrangers, il est courant de payer plusieurs mois de loyer d’avance. Cette avance peut être utilisée pour négocier une réduction du loyer mensuel, à condition qu’elle soit clairement inscrite dans le contrat de location et qu’elle ne dépasse pas le plafond légal de la caution.
L’importance de l’état des lieux et des photos
Avant de signer ou, à défaut, avant d’entrer dans les lieux, il est fortement conseillé de réaliser un inventaire détaillé de l’état du logement, pièce par pièce. Idéalement, ce document est joint au bail, paraphé par les deux parties, avec une liste des meubles s’il s’agit d’un logement meublé.
Prendre des photos datées – murs, sols, plafonds, sanitaires, cuisine, appareils, façades – et les conserver constitue une protection essentielle pour récupérer sa caution. En cas de refus du propriétaire d’établir un état des lieux, le locataire peut rédiger un document unilatéral, y joindre des photos et l’envoyer par un moyen traçable (par exemple en recommandé local) afin de disposer d’une preuve en cas de conflit.
Signature, langue et enregistrement du bail
Beaucoup de contrats sont rédigés en français ou en arabe. Il est déconseillé de signer un document dont on ne maîtrise pas la langue. Le locataire peut demander une traduction assermentée en anglais ou se faire accompagner d’une personne de confiance bilingue capable d’expliquer chaque clause.
Sur le plan administratif, la location “officielle” en Tunisie implique plusieurs étapes :
– rédaction de trois originaux du contrat de bail ;
– réalisation de cinq copies certifiées conformes ;
– légalisation des signatures du propriétaire et du locataire auprès de la municipalité compétente ;
– dépôt de deux originaux et des copies à la Recette des Finances (le fisc) pour enregistrement.
Des frais d’enregistrement sont perçus, calculés en fonction du loyer annuel. Pour certains usages économiques (locaux commerciaux, bureaux), un droit de 1 % du loyer annuel est appliqué, avec un minimum pour les baux commerciaux. Pour les logements, les montants restent modestes, mais l’enregistrement donne au contrat une force probante et permet de faire valoir ses droits devant la justice en cas de litige.
Le locataire doit conserver soigneusement tous les reçus de loyer et les justificatifs de paiement. L’administration peut les demander, notamment au moment de la sortie du territoire après un long séjour.
Installer les compteurs et gérer les charges
Une fois le contrat signé, une étape souvent négligée est la mise en service des compteurs : électricité, eau, gaz et internet. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces services ne basculent pas automatiquement au nom du nouveau locataire.
La première chose à faire est de vérifier le bail pour savoir quelles charges sont incluses dans le loyer. Dans certains meublés de courte durée, l’eau, l’électricité et internet sont compris. Dans la plupart des locations longues, ces services sont à la charge du locataire, soit via des abonnements à son nom, soit via des remboursements au propriétaire.
Pour connaître les opérateurs disponibles et ouvrir vos contrats d’électricité/gaz, contactez le propriétaire ou l’agence environ deux semaines avant l’emménagement. Préparez l’adresse exacte, la date souhaitée de mise en service et une pièce d’identité. Des frais d’ouverture ou un dépôt de garantie peuvent être demandés par le fournisseur.
Le jour de l’entrée dans les lieux, il est indispensable de relever les index des compteurs (eau, électricité, gaz) et de conserver ces relevés, pour éviter d’être facturé pour la consommation du précédent occupant. En cas de différence entre les consommations facturées et la réalité constatée, ces documents serviront de base à une réclamation.
Pour internet, un rendez‑vous d’installation peut être nécessaire, surtout si le logement n’est pas déjà fibré. Là encore, anticiper permet d’éviter de passer les premières semaines sans connexion.
Négocier son loyer : marge de manœuvre et stratégie
En Tunisie, la négociation fait partie intégrante de la culture des affaires, y compris dans l’immobilier. Les loyers annoncés, notamment par les particuliers, laissent souvent une marge.
La première étape est de se renseigner sur les prix pratiqués dans le quartier visé, à surface et état comparables : annonces en ligne, avis locaux, discussions avec des voisins ou des commerçants sont précieux. Si le loyer demandé dépasse nettement le marché, il est plus facile d’argumenter.
S’engager sur une durée de location plus longue (12 à 24 mois) ou proposer de payer plusieurs mois de loyer à l’avance peut inciter un propriétaire à accepter une baisse du loyer mensuel. Cette stratégie est particulièrement efficace en province ou en dehors des pics saisonniers sur le littoral. Cependant, dans des zones très demandées comme Tunis, La Marsa ou les Berges du Lac, où l’offre de biens de qualité est limitée, la marge de négociation peut être plus restreinte.
La négociation ne doit pas se limiter au montant du loyer : il est possible de discuter de la prise en charge de certains travaux, de l’inclusion d’internet dans le prix, de la fourniture ou non de certains équipements (climatisation supplémentaire, électroménager). L’essentiel est de formaliser tout accord par écrit dans le contrat ou un avenant.
Arnaques et précautions : comment se protéger
Comme ailleurs, la montée des plateformes en ligne a fait exploser le nombre de tentatives d’arnaques à la location. Les étudiants, les jeunes actifs et les étrangers sont particulièrement ciblés, avec un modus operandi désormais bien rodé.
Signes d’alerte courants
Les escrocs publient des annonces très attractives, souvent à des prix anormalement bas pour le quartier et le type de bien. Les photos sont parfois volées sur de vrais sites d’agences. Lorsqu’on les contacte, ils expliquent être à l’étranger ou impossibles à rencontrer physiquement et refusent toute visite, ou seulement une pseudo‑visite avec un “ami” qui connaît mal les lieux.
Ils mettent la pression, prétendant qu’il y a déjà plusieurs candidats très intéressés, et réclament un virement rapide de la caution et du premier mois de loyer, parfois même des “frais de dossier” supplémentaires, avant toute signature de bail. Les moyens de paiement exigés sont très souvent des moyens peu traçables : mandats internationaux, cartes prépayées, cash, voire cryptomonnaies.
Une variante courante consiste à envoyer au propriétaire un chèque d’un montant supérieur au dû, puis à demander le remboursement de la différence. Lorsque le chèque est finalement identifié comme frauduleux, la somme remboursée est irrémédiablement perdue.
Vérifications indispensables avant de payer
Pour réduire les risques, certaines mesures simples sont recommandées.
Il est essentiel de visiter le logement, ou à défaut de réaliser une visite vidéo en direct, avant tout engagement financier. Si l’on se trouve à l’étranger, demander à un proche ou à un collègue sur place de se déplacer à sa place reste le meilleur garde‑fou.
Demander à voir un document prouvant que la personne est bien propriétaire ou gestionnaire du bien (titre de propriété, avis de taxe foncière, mandat d’agence) est une étape clé. Il est possible de vérifier l’existence de l’agence sur internet, de consulter des avis et de s’assurer qu’elle possède une adresse physique. Si le canal de communication principal est une messagerie instantanée avec un profil récent, sans photo ou basé à l’étranger, la prudence s’impose.
Il est crucial de refuser tout paiement en espèces sans reçu ou via des circuits non traçables. Privilégiez les virements bancaires, les chèques ou les paiements via des plateformes sécurisées, qui offrent bien plus de recours en cas de litige. Chaque somme versée (caution, loyer, frais d’agence) doit impérativement faire l’objet d’un reçu écrit, mentionnant clairement le motif du paiement et la période concernée.
Enfin, il ne faut jamais partager de documents très sensibles (copies de passeport intégrales, relevés bancaires, etc.) trop tôt dans le processus. Si l’on doit transmettre des pièces justificatives, il est possible de masquer certaines informations et d’ajouter un filigrane qui mentionne l’usage (par exemple “Dossier de location – date”).
En cas de doute ou de litige
Si l’on suspecte une arnaque, il est préférable de cesser immédiatement les échanges et de signaler l’annonce frauduleuse à la plateforme qui l’héberge. En cas de paiement déjà effectué, contacter au plus vite sa banque peut permettre, dans certains cas, de bloquer ou de rappeler le virement.
Porter plainte auprès de la police locale, voire solliciter des associations de consommateurs ou des collectifs de locataires, peut aider à documenter les pratiques abusives et, parfois, à récupérer une partie des sommes perdues.
Droits et devoirs du locataire et du propriétaire
La législation tunisienne en matière de location cherche un équilibre entre sécurité du propriétaire et protection du locataire. Elle repose principalement sur le Code des obligations et des contrats, complété par des lois spécifiques pour certains cas.
Le locataire a droit à un logement décent, salubre et sécurisé et peut exiger du propriétaire les réparations importantes nécessaires. Le propriétaire doit respecter sa vie privée : il ne peut entrer sans préavis, sauf urgence, et doit généralement accorder un délai d’au moins 24 heures avant sa visite.
En contrepartie, le locataire doit payer son loyer aux dates convenues, utiliser le logement selon la destination prévue (habitation, non commerce, etc.) et assurer l’entretien courant. En cas de manquements répétés ou de dégradations majeures, le propriétaire peut engager une procédure d’expulsion.
Les démarches d’expulsion doivent respecter un formalisme précis : mise en demeure écrite, délai pour régulariser, éventuelle saisine du juge. Les tribunaux tunisiens sont souvent jugés un peu plus protecteurs des locataires que des propriétaires, ce qui incite ces derniers à privilégier le dialogue et la négociation en cas de difficultés de paiement plutôt qu’une procédure immédiate.
Et pour l’achat : éléments de contexte utiles au locataire de long terme
Même si l’objet de cet article demeure la location, il est utile, pour quelqu’un qui envisage de rester longtemps, de connaître brièvement le contexte de l’accession à la propriété.
Le marché de l’achat immobilier en Tunisie reste abordable, mais les prix sont en hausse, notamment à Tunis et Sousse. Dans la capitale, le prix au mètre carré d’un appartement se situe généralement entre 3 000 et plus de 5 000 TND, avec des pics allant jusqu’à 12 000 TND/m² pour des biens très luxueux à La Marsa, Carthage ou Gammarth. Dans les villes secondaires, les prix sont nettement plus bas.
Le crédit immobilier est cher, avec des taux élevés et un apport initial souvent requis d’environ 20%. Il est peu utilisé par les ménages. Des programmes publics d’aide existent pour les classes moyennes et certains salariés, mais ils restent ciblés.
Pour les étrangers, l’achat de logements est soumis à autorisation du gouverneur de la région et, pour les non‑résidents, à approbation de la Banque centrale. L’acquisition ne donne en aucun cas droit automatiquement à un titre de séjour ou à la citoyenneté.
Pour un expatrié qui n’est pas certain de sa durée de présence en Tunisie, la location longue durée reste donc, dans la majorité des cas, la solution la plus simple et la plus souple.
Conseils pratiques pour réussir son installation
Au‑delà des aspects purement juridiques et financiers, quelques réflexes simples augmentent considérablement les chances de trouver un logement adapté et de s’y sentir bien.
Prendre le temps de visiter plusieurs quartiers, à différents moments de la journée, permet de juger du bruit, du trafic, de l’éclairage nocturne, de la vie de voisinage et de la présence de commerces de proximité. Se renseigner sur la proximité des transports en commun, des écoles, des services médicaux et des lieux de loisirs est crucial, en particulier à Tunis où les embouteillages peuvent rendre certains trajets pénibles.
Pour un séjour de longue durée, apprendre quelques notions d’arabe dialectal et améliorer son français facilite considérablement toutes les démarches. Cela est utile pour les visites de biens, les négociations avec les propriétaires et pour bien comprendre les termes du contrat de location ou d’achat.
Enfin, garder à l’esprit que la location est la dépense la plus importante d’un budget d’expatrié : s’accorder du temps pour sélectionner son logement, vérifier la solidité juridique du bail, anticiper les charges et se prémunir contre les fraudes, c’est mettre toutes les chances de son côté pour profiter pleinement des atouts de la vie en Tunisie, sans mauvaises surprises.
Cas pratique : un investisseur français qui diversifie en Tunisie
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Tunisie pour chercher du rendement locatif et une exposition au dinar tunisien et au tourisme. Budget alloué : 400 000 à 600 000 €, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Tunis, Sousse, Hammamet), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une villa dans une zone touristique ou résidentielle prisée, combinant rendement locatif brut cible de 8 à 10 % – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 €. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, notaire, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété en direct ou via société tunisienne) et définition d’un plan de diversification patrimoniale dans le temps, en maîtrisant les risques juridiques, fiscaux et locatifs.
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