S’installer et travailler en Tunisie, c’est accepter un choc double : un coût de la vie très bas qui fait rêver, mais un marché de l’emploi local sous tension, avec un chômage élevé, une législation en profonde mutation et une forte concurrence de candidats tunisiens souvent très qualifiés. Pour un expatrié, le pays peut pourtant offrir de belles perspectives, à condition d’arriver bien informé, de viser les bons secteurs et de comprendre les règles du jeu, à la fois juridiques, culturelles et économiques.
Cet article explore les opportunités réelles offertes par le marché de l’emploi tunisien aux étrangers, en mettant l’accent sur les perspectives pour les personnes francophones.
La Tunisie est un pays méditerranéen, au croisement des influences arabes, berbères et européennes, où le français reste très présent, notamment dans l’enseignement supérieur, le business et l’administration. Ce bilinguisme relatif, ajouté à un coût de la vie parmi les plus faibles de la région, explique en partie l’attrait du pays pour les expatriés.
Mais derrière cette image séduisante, la réalité du marché du travail est plus contrastée. La Tunisie combine plusieurs traits qui impactent directement les perspectives d’embauche pour un étranger.
Un pays à la fois compétitif… et sous-performant
Une étude de la Banque mondiale souligne que les entreprises tunisiennes les plus performantes parviennent à dominer leur marché, à croître et à capter davantage de parts de marché que leurs concurrentes. Le pays se distingue ainsi par un environnement relativement concurrentiel, où la « sélection naturelle » des entreprises fonctionne plutôt bien.
Dans les indicateurs de compétitivité, la Tunisie se positionne d’ailleurs souvent au-dessus de certains de ses voisins :
| Indicateur de compétitivité (score) | Tunisie | Maroc |
|---|---|---|
| Compétitivité durable globale | 82 | 75 |
| Attractivité nationale | 80 | 77 |
| Compétitivité des prix | 94 | 69 |
| Gouvernance politico‑économique | 68 | 57 |
| Compétitivité macroéconomique | 65 | 49 |
| Compétitivité des produits | 77 | 73 |
Pour un investisseur ou un manager expatrié, ces données rappellent que la Tunisie n’est pas un marché marginal : c’est un pays où les coûts sont bas, la main‑d’œuvre formée, et où des entreprises modernes et exportatrices coexistent avec un tissu de PME parfois très fragiles.
Malgré une bonne sélection des entreprises, la productivité globale reste en deçà du potentiel en raison de faiblesses en efficacité technique. Cela révèle d’importantes marges de progression dans l’organisation, la technologie, la qualité et le management. Pour les expatriés porteurs de compétences pointues (ingénierie, IT, organisation industrielle, qualité, finance, management de projet), ces lacunes représentent précisément des opportunités professionnelles à saisir.
Un marché de l’emploi sous pression
La situation de l’emploi en Tunisie est marquée par un chômage structurel, aggravé après la révolution. Les jeunes sont les premiers touchés, avec des taux très élevés chez les 15‑24 ans, et les diplômés du supérieur paient le plus lourd tribut : les chiffres montrent que le chômage des diplômés a quasiment doublé en quelques années, pour dépasser largement les 30 %. Les femmes, notamment diplômées et vivant dans le Sud et l’Ouest du pays, sont encore plus exposées.
C’est le déficit annuel moyen d’emplois créés par rapport à la croissance de la demande sur le marché du travail.
Cette incapacité à créer suffisamment d’emplois a plusieurs conséquences directes pour un étranger :
– la concurrence locale est forte, y compris sur des postes qualifiés ;
– les autorités et l’administration du travail surveillent de près les embauches d’étrangers, pour éviter qu’ils ne soient perçus comme concurrençant les Tunisiens ;
– les politiques publiques encouragent fortement les dispositifs d’insertion des jeunes (contrats aidés, stages, programmes Karama, CIVP), ce qui influence la stratégie de recrutement des entreprises.
En parallèle, l’informel pèse très lourd dans l’économie, au point que certaines estimations évoquent une part proche de la moitié du PIB. Pour un expatrié, cela signifie qu’une partie des activités et des emplois échappe totalement au cadre légal… mais qu’il est fortement déconseillé d’y participer. Travailler sans contrat en Tunisie expose à des sanctions, tant pour l’employeur que pour le salarié, et prive surtout de protection sociale, de droits à la retraite et d’accès aux juridictions du travail.
Le cadre juridique de l’emploi : ce qu’un expatrié doit savoir
On ne travaille pas en Tunisie comme dans un pays de l’OCDE. Le Code du travail, adopté en 1966 et régulièrement amendé, encadre surtout le secteur privé (hors fonction publique). Il est complété par une forêt de conventions collectives par branche, qui fixent parfois des règles plus favorables que la loi.
Pour un expatrié, trois blocs de règles sont déterminants : le type de contrat de travail, le régime des permis de travail et de séjour, et le nouveau rapport de force en faveur du CDI instauré par la réforme récente.
Les principaux types de contrats de travail
Le droit tunisien offre une palette de contrats, dont certains sont très spécifiques à la politique d’emploi du pays.
Le CDI, désormais norme absolue
Le contrat à durée indéterminée (CDI) est considéré comme la forme normale et la plus protectrice de relation de travail. Il n’a pas de terme, peut être conclu à temps plein ou partiel, et s’accompagne en général d’une période d’essai. Jusqu’à récemment, certaines conventions collectives prévoyaient des périodes d’essai très longues (jusqu’à un an pour les cadres), mais une loi nouvelle (Loi n° 9‑2025) a plafonné la période d’essai en CDI à six mois, renouvelable une fois, avec un préavis minimum de 15 jours en cas de rupture pendant cette période.
La même loi a fait du CDI le contrat par défaut : tout contrat est présumé à durée indéterminée, sauf preuve contraire apportée par l’employeur. Pour un expatrié, cela renforce la sécurité juridique une fois en poste, mais peut rendre la négociation d’un contrat à durée déterminée plus délicate.
Le CDD, strictement encadré depuis la réforme
Le contrat à durée déterminée (CDD) est, en Tunisie, réservé à des cas précis : remplacement d’un salarié absent, surcroît temporaire d’activité, travail saisonnier. La réforme de 2025 a drastiquement réduit les possibilités d’y recourir, en imposant qu’il relève de ces exceptions strictement définies.
Plusieurs éléments clés à retenir
– tout CDD doit obligatoirement être écrit et remis aux deux parties ;
– un CDD ne peut pas excéder une certaine durée, au-delà de laquelle il se transforme automatiquement en CDI – la loi récente fait poser ce plafond à 6 mois dans de nombreux cas ;
– un salarié en CDD bénéficie des mêmes conditions que ses collègues en CDI à poste équivalent (salaire, avantages sociaux, formation) et dispose d’une priorité d’embauche sur les postes permanents pendant une période déterminée.
Pour un expatrié, le CDD peut être utilisé pour une mission précise ou un projet limité dans le temps, mais il n’est plus l’outil « flexible » qu’il est dans d’autres pays : la logique tunisienne pousse à la stabilisation.
Contrats aidés, stages et dispositifs spécifiques
La Tunisie a développé une série de contrats aidés pour lutter contre le chômage des jeunes diplômés. Même si ces dispositifs sont destinés en priorité aux Tunisiens, il est utile de les connaître, car ils structurent la stratégie de politique RH des entreprises :
– le contrat CIVP (Contrat d’Initiation à la Vie Professionnelle) : 12 mois renouvelables une fois, destiné aux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur en quête d’un premier emploi. Le bénéficiaire reçoit une allocation de l’État (200 TND) en complément d’une rémunération versée par l’entreprise ;
– le contrat Karama : réservé aux diplômés au chômage depuis au moins deux ans, pour une durée maximale de deux ans. Le Fonds National de l’Emploi prend en charge une partie du salaire (jusqu’à 400 TND) et des cotisations sociales de l’employeur ;
– le service civil et autres contrats aidés : également orientés vers l’insertion des jeunes Tunisiens, avec des primes publiques.
Pour un expatrié en Tunisie, les outils de contrats aidés pour les jeunes nationaux créent une réalité économique : pour de nombreux postes d’entrée ou de milieu de gamme, il est plus avantageux pour une entreprise de recruter un jeune Tunisien. Par conséquent, l’expatrié doit cibler des postes où sa valeur est incontestable : ceux nécessitant des compétences rares, des fonctions de management ou une forte valeur ajoutée internationale.
Permis de travail, visas et titres de séjour
Travailler légalement en Tunisie implique un double parcours : obtenir un visa long séjour (si nécessaire) puis un permis de travail et une carte de séjour.
Entrée sur le territoire : visas de court et long séjour
De nombreux ressortissants (Union européenne, États‑Unis, Canada, etc.) peuvent entrer en Tunisie sans visa pour un séjour de moins de 90 jours. Au‑delà, un visa de long séjour est requis, même pour les nationalités habituellement exemptées.
Les éléments structurants :
– passeport valable au moins 3 mois (voire 6, selon les consulats) ;
– visa de long séjour (dit « visa D ») à demander au consulat pour tout projet d’installation durable, d’emploi ou de création d’entreprise ;
– pièces classiques : formulaire, photos, justificatifs d’hébergement, lettre de l’employeur, preuve de ressources, paiement des frais.
Parallèlement, le gouvernement prépare un système de demande de visa en ligne (eVisa), mais celui‑ci n’est pas encore pleinement opérationnel.
Le permis de travail : un sésame lié à un employeur
Le permis de travail tunisien est étroitement lié au contrat et à l’entreprise. Ce n’est pas un titre « ouvert » permettant de changer facilement d’employeur.
Principes essentiels :
– il est l’objet d’une demande par l’employeur auprès du ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi ou de ses directions régionales ;
– l’entreprise doit démontrer l’absence de profil tunisien disponible dans la spécialité concernée, sauf cas particuliers (cadres dirigeants, certains secteurs, accords bilatéraux) ;
– la durée du permis suit généralement celle du contrat (un à deux ans, renouvelables) ;
– tout changement d’employeur ou de poste nécessite une nouvelle demande.
Catégories spécifiques d’étrangers bénéficiant de procédures ou de conditions particulières pour travailler en Tunisie.
Cadres de sociétés relevant de la loi investissement 2016‑71.
Personnels détachés par une maison mère étrangère vers une filiale ou une entité en Tunisie.
Époux ou épouses de ressortissants tunisiens.
Jeunes professionnels bénéficiant d’accords spécifiques (France, Suisse).
Employés d’organisations internationales opérant en Tunisie.
La carte de séjour : l’autre volet indispensable
Une fois sur place, le salarié étranger doit solliciter une carte de séjour auprès de la sûreté nationale ou du poste de police compétent. Cette carte est en général délivrée pour un à deux ans et doit être renouvelée en même temps que le permis de travail.
Au bout de cinq années de résidence régulière et ininterrompue, il est possible de demander un statut de résident permanent. À plus long terme, la naturalisation peut être envisagée, sous conditions (durée de résidence, intégration, casier judiciaire vierge, etc.).
Une réforme qui verrouille le recours abusif à la précarité
La Loi n° 9‑2025 a modifié en profondeur la physionomie du marché du travail formel. Outre le renforcement du CDI, elle interdit, par exemple, le prêt de main‑d’œuvre sur le « cœur de métier » d’une entreprise : un salarié affecté durablement à des activités centrales chez un client ne peut plus rester employé d’un prestataire, il doit être intégré chez le client, avec reprise de son ancienneté.
Les entreprises ont été sommées de se mettre en conformité dans un délai de trois mois, sous peine de lourdes amendes (jusqu’à 10 000 TND, avec possibilité de peines de prison en cas de récidive). Pour les travailleurs, y compris certains étrangers, la loi produit un effet rétroactif : des CDD irrégulièrement prolongés ou des détachements illégaux doivent être convertis en CDI.
Pour un expatrié, cette rigidification a deux effets ambivalents : elle sécurise la relation une fois le poste obtenu, mais elle peut rendre les employeurs plus frileux à recruter des étrangers, par crainte de ne pas pouvoir ajuster facilement leurs effectifs en cas de difficultés économiques.
Les secteurs qui recrutent vraiment des expatriés
Dans un pays où l’on compte des dizaines de milliers de diplômés en attente d’emploi, une question s’impose : sur quels métiers un étranger a‑t‑il réellement une valeur ajoutée suffisante pour justifier un recrutement souvent plus coûteux, plus lourd administrativement et politiquement sensible ?
Les analyses du marché tunisien convergent sur plusieurs pôles sectoriels.
Technologies de l’information, numérique et centres de services
Le secteur des TIC et du numérique fait partie des moteurs de l’économie tunisienne. Le pays a investi dans des technopoles, proposé des avantages fiscaux aux entreprises totalement exportatrices et encouragé les partenariats internationaux.
Les profils demandés incluent notamment :
– développeurs (web, mobile, IA), data analysts, data engineers ;
– spécialistes cybersécurité, administrateurs réseaux ;
– chefs de projet IT pour des projets offshores avec l’Europe ;
– experts en marketing digital, SEO, communication en ligne ;
– managers de centres de services (centres d’appels, BPO, support technique).
Pour un expatrié, les postes les plus pertinents se situent souvent à deux niveaux :
– le management de projets multinationaux (interface entre une maison mère européenne ou nord‑américaine et l’équipe tunisienne) ;
– l’expertise rare (architecte cloud, expert IA, responsable sécurité avec forte expérience internationale).
Les salaires locaux dans l’IT restent relativement bas comparés à l’Europe, mais les multinationales et certaines grandes entreprises offrent à des profils expatriés des rémunérations deux à quatre fois supérieures à celles de leurs collègues tunisiens, souvent complétées par un package (logement, assurance santé, éventuellement scolarité).
Contexte des rémunérations IT en Tunisie
Industrie manufacturière, automobile, aéronautique et énergie
La Tunisie dispose d’une solide base industrielle : mécanique, électrique, électronique, textile, agroalimentaire, pièces automobiles, début d’aéronautique. De nombreuses entreprises étrangères – notamment européennes – y ont implanté des usines ou des centres de production orientés export.
Les besoins se concentrent sur :
– ingénierie industrielle, méthodes, qualité (ISO, IATF, etc.) ;
– direction d’usine, responsables de production ou de maintenance ;
– ingénierie énergie et efficacité énergétique ;
– coordination de projets de transfert de technologie ou de montée en gamme.
Dans ce type de secteur, l’expatrié est rarement recruté pour de la pure opération, mais plutôt pour piloter un site, structurer une fonction qualité, déployer une méthode, assurer le lien avec un siège étranger ou introduire une nouvelle technologie.
Tourisme, hôtellerie, santé et services à forte dimension internationale
Le tourisme reste un pilier de l’économie tunisienne. L’hôtellerie de chaîne, le tourisme médical, le bien‑être et certaines formes de tourisme haut de gamme cherchent à attirer une clientèle internationale exigeante.
Les expatriés peuvent trouver leur place comme : consultants, professeurs, chercheurs, travailleurs humanitaires, entrepreneurs, ou encore salariés d’entreprises internationales.
– directeurs d’hôtel ou responsables d’exploitation dans des chaînes internationales ;
– spécialistes en marketing touristique, yield management, expérience client ;
– cadres médicaux ou paramédicaux dans des cliniques privées tournées vers une clientèle étrangère.
Le secteur de la santé privée, en particulier, attire une clientèle régionale (Libye, Afrique subsaharienne) et européenne pour certains actes. La présence de cadres médicaux ou administratifs étrangers y est moins fréquente qu’en Europe, mais elle existe, notamment sur des fonctions de management ou de coordination internationale.
Finance, assurance, fonctions support internationales
La finance tunisienne ne joue pas dans la même cour que les grands centres mondiaux, mais le secteur bancaire et assurantiel local, ainsi que les filiales de groupes étrangers, ont besoin de profils :
– directeurs financiers, responsables risques, contrôleurs de gestion à dimension internationale ;
– experts en conformité (compliance), conformité bancaire, risques opérationnels ;
– actuaires, spécialistes en assurance vie ou non‑vie dans des structures à capitaux étrangers.
Là encore, l’expatrié justifie sa place par une expérience internationale spécifique, une connaissance d’un marché étranger ou une capacité à dialoguer avec des régulateurs et actionnaires non tunisiens.
Salaires, coût de la vie et pouvoir d’achat : l’équation à maîtriser
Parler d’opportunités sans parler d’argent serait illusoire. La Tunisie est souvent présentée comme « 50 à 60 % moins chère » qu’un pays comme la France. Mais ce chiffre doit être mis en regard des salaires.
Un niveau de salaire local très bas
Les données récentes de l’Institut national de statistique et d’autres sources convergent vers des ordres de grandeur suivants :
| Indicateur salarial (approx.) | Montant en TND | Montant en € (ordre de grandeur) |
|---|---|---|
| SMIG (40 h) | ≈ 415–448 | 125–140 |
| SMIG (48 h) | ≈ 460–493 | 140–150 |
| Salaire moyen (source INS 2022) | ≈ 640–924 | 190–280 |
| Cadres (moyenne) | ≈ 1 700 | 500–550 |
| Ouvriers (moyenne) | ≈ 650 | 200 |
Les écarts sectoriels sont considérables. La finance et l’assurance culminent avec des salaires moyens autour de 2 600 TND, quand l’éducation peine à dépasser les 800 TND.
Pour un expatrié recruté sur un contrat « local pur », ces niveaux de salaire peuvent sembler dérisoires. En revanche, pour un contrat d’expatrié ou un poste de cadre supérieur, certaines entreprises proposent des niveaux beaucoup plus élevés, parfois plusieurs milliers de dinars, sans toutefois atteindre les standards occidentaux.
Les études de marché montrent par exemple des fourchettes de salaires mensuels (en TND) pour des postes typiques de cadres :
| Poste typique (profil cadre) | Fourchette salaire mensuel (TND) |
|---|---|
| Senior developer | 3 500 – 5 000 |
| Chef de projet IT | 4 500 – 7 000 |
| Directeur industriel / d’usine | 8 000 – 15 000 |
| Directeur financier | 7 000 – 12 000 |
| Ingénieur industriel | 3 000 – 5 500 |
| Analyste (finance / data) | 2 500 – 4 000 |
Sur ces postes, les expatriés sont souvent au plafond des fourchettes, voire au‑dessus lorsqu’un package complémentaire est négocié.
Un coût de la vie très bas… mais des nuances
Les indices de coût de la vie donnent une image claire : la Tunisie se situe très bas dans les classements internationaux. La capitale Tunis a même été classée, dans un classement de 2020, comme la ville la moins chère du monde pour les expatriés.
Quelques repères :
| Poste de dépense (approx.) | Fourchette mensuelle / prix indicatif |
|---|---|
| Loyer T2/T3 correct à Tunis (zones prisées) | 400–700 € |
| Loyer T2/T3 hors centre ou ville moyenne | 250–450 € |
| Budget nourriture (1 personne) | 150–250 € |
| Abonnement internet fixe | 5–17 € |
| Factures énergie/eau (85 m²) | 14–45 € |
| Transport en commun (abonnement) | 2,5–9 € |
| Consultation spécialiste en privé | 9–29 € |
| Assurance santé privée expat | 50–150 € / mois |
Pour un expatrié rémunéré à un niveau de cadre supérieur, le coût de la vie tunisien permet de vivre très confortablement, voire d’épargner. Pour un cadre moyen, le pouvoir d’achat reste intéressant, à condition de ne pas calquer son mode de vie sur celui d’une grande métropole européenne (scolarité internationale, consommation de biens importés, voyages fréquents).
En revanche, pour un étranger recruté au salaire moyen local, le niveau de vie sera modeste, surtout en tenant compte de dépenses difficiles à éviter pour un expatrié (assurance santé internationale, scolarité internationale pour les enfants, billets d’avion fréquents).
L’enjeu crucial de la négociation salariale
Les études sur la négociation de salaire montrent que seule une minorité de candidats ose réellement négocier, souvent par peur ou par méconnaissance des pratiques locales. En contexte d’expatriation, cette timidité peut coûter cher.
Avant d’accepter une offre en Tunisie, il est fortement conseillé de vérifier la légalité de l’entreprise et du poste proposé, de s’assurer de la conformité du contrat de travail avec le Code du travail tunisien, et de confirmer les conditions de séjour et de travail requises pour les étrangers.
– faire des recherches de marché sur les salaires pratiqués dans son secteur et sur son niveau de poste ;
– distinguer clairement salaire brut et net, et tenir compte des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu ;
– prendre en compte l’ensemble de la « compensation » : loyer pris en charge, voiture de fonction, primes, prise en charge des billets d’avion, des frais scolaires, assurance santé complémentaire, etc. ;
– discuter de la devise de paiement (dinar tunisien ou devise forte) et des protections possibles contre la volatilité du taux de change.
Pour un expatrié, il est particulièrement important de ne pas se focaliser uniquement sur le salaire de base, mais d’intégrer la question de la couverture sociale (santé, retraite, chômage) et de la préparation du retour éventuel.
Trouver un emploi en Tunisie : canaux, stratégies et réalités
Même avec un bon profil, la recherche d’emploi en Tunisie ne s’improvise pas. Il ne suffit pas de « débarquer à Tunis » en espérant que le marché fera le reste.
Les canaux formels : plateformes, agences, institutions
La Tunisie dispose d’un écosystème assez riche de plateformes et d’agences de recrutement.
Parmi les principaux sites d’offres :
– portails généralistes locaux (Tunisie Emploi, TuniJobs, Tanitjobs, Keejob, Indeed Tunisie, Jooble, Emploitunisie) ;
– portail public ANETI (Agence nationale pour l’emploi et le travail indépendant) ;
– plateformes plus spécialisées ou orientées cadres et profils techniques.
Certaines plateformes mettent en avant l’usage de l’IA pour trier les CV, la vérification des entreprises pour éviter les fausses offres, ou encore des bases CV consultables par des milliers de recruteurs.
À côté de ces sites, un tissu d’agences de recrutement, locales et internationales, est très actif :
– filiales tunisiennes de grands groupes RH (Adecco, Manpower, etc.) ;
– cabinets de chasse spécialisés dans les cadres et les experts ;
– agences orientées vers certains secteurs (IT, industrie, BPO).
Pour un expatrié, les canaux en ligne sont utiles pour identifier des tendances, des types de postes et des salaires indicatifs, et peuvent permettre un premier contact. Cependant, la clé pour accéder au marché du travail tunisien réside principalement dans le réseau personnel et professionnel.
Le poids décisif des réseaux et de la « recommandation »
Comme dans beaucoup de pays d’Afrique du Nord, le réseau personnel – ce que l’on désigne parfois par le terme « wasta » – joue un rôle très important. Les petites et moyennes entreprises, en particulier, recrutent volontiers par relation, recommandation de confiance ou réseau informel, avant même d’ouvrir une annonce publique.
Pour un expatrié, il est donc stratégique de : s’informer sur le pays d’accueil, comprendre la culture locale et créer un réseau social. Cela permet de faciliter l’adaptation, d’optimiser les opportunités professionnelles et de se sentir plus intégré.
– rejoindre les communautés d’expatriés déjà présentes : associations comme Tunis Accueil, UFE (Union des Français de l’Étranger), clubs professionnels, chambres de commerce bilatérales ;
– fréquenter les événements sectoriels : salons, conférences, meet‑ups dans les technopoles et espaces de coworking ;
– activer ses réseaux existants : anciens collègues déjà installés, partenaires locaux, réseaux LinkedIn ciblés.
Les institutions comme la Chambre de commerce tuniso-française, le Comité consulaire pour l’emploi et la formation professionnelle, et Business France servent d’interfaces. Elles fournissent des informations, facilitent des mises en relation et offrent des conseils pratiques.
Candidatures, CV et entretiens : adapter sa posture
Les recruteurs tunisiens sont habitués aux candidatures internationales, surtout dans les grandes entreprises et les filiales de groupes étrangers. Mais certains codes restent spécifiques :
– CV généralement concis (1 à 2 pages), avec mention claire des langues et diplômes, éventuellement photo ;
– lettre de motivation axée sur les résultats et la valeur ajoutée concrète ;
– importance particulière accordée à la maîtrise du français, et de plus en plus de l’anglais, surtout dans les structures tournées vers l’export.
Les entretiens peuvent être formels, surtout dans les grands groupes, mais la dimension humaine et relationnelle est cruciale : savoir expliquer pourquoi on choisit la Tunisie, comment on voit sa place dans une équipe majoritairement tunisienne, comment on envisage son intégration culturelle.
Sur les questions salariales, il est préférable de ne pas lancer le sujet trop tôt, mais de se préparer à argumenter avec des données de marché et une compréhension fine du coût de la vie local.
Le terme « expatrié » recouvre des réalités très différentes. D’un point de vue juridique, il faut distinguer au moins deux grandes situations :
– le salarié « détaché » (par exemple par une entreprise française), qui conserve son contrat d’origine et reste affilié à son système de protection sociale initial ;
– le salarié « expatrié » au sens strict, qui signe un contrat local en Tunisie et bascule sur le système social local (avec éventuellement des compléments privés).
Dans le cas de la Tunisie, beaucoup de recrutements se font directement sous contrat local, y compris pour des étrangers. D’où l’importance de clarifier :
Pour une expatriation en Tunisie, il est crucial de considérer trois aspects clés. La couverture santé repose sur la CNAM pour les salariés déclarés, mais elle est souvent complétée par une assurance privée pour accéder aux établissements de qualité. Les droits à retraite dépendent des cotisations versées localement et des éventuelles conventions bilatérales de sécurité sociale. Enfin, les conditions de retour peuvent inclure une réintégration dans l’entreprise d’origine pour les employés de groupes étrangers, avec une reconnaissance de l’expérience acquise en Tunisie dans un parcours professionnel international.
La question de l’assurance santé internationale est particulièrement sensible. Des rapports sur la qualité des soins placent la Tunisie dans une catégorie intermédiaire : un secteur privé de bon niveau mais coûteux, un public plus inégal. Beaucoup d’expatriés souscrivent une assurance dédiée, couvrant à la fois les soins en Tunisie et un éventuel rapatriement ou traitement dans un autre pays.
Intégration culturelle : un facteur clé de réussite professionnelle
Les études consacrées à l’expatriation montrent que plus de 20 % des missions échouent dans le monde pour des raisons principalement culturelles, non techniques. La Tunisie ne fait pas exception.
Un environnement culturel accessible… mais pas toujours si simple
Pour un francophone, s’intégrer en Tunisie est plus facile que dans de nombreux pays : la langue française y est largement pratiquée dans les milieux urbains et diplômés, ce qui lève un obstacle majeur à la communication au travail.
Des recherches qualitatives menées auprès de cadres expatriés en Tunisie montrent que plusieurs facteurs facilitent l’adaptation :
Plusieurs éléments sont essentiels pour faciliter l’intégration en Tunisie : une volonté active de communiquer avec les Tunisiens et de tisser des liens personnels, une ouverture d’esprit pour comprendre et accepter les comportements locaux, notamment concernant le rythme, la hiérarchie et la notion du temps. Une expérience à l’étranger, des études ou des voyages préparant au choc culturel sont un atout. La maîtrise partielle du français par de nombreux Tunisiens facilite les échanges. Enfin, une stabilité familiale et la création de réseaux sociaux locaux (amis, collègues, communauté expatriée) sont des piliers importants pour le bien-être.
À l’inverse, les freins identifiés incluent :
– la difficulté à accepter certains codes sociaux (rôle de la famille élargie, place de la religion dans la vie quotidienne, hiérarchie très marquée dans certaines entreprises) ;
– la barrière de la langue lorsqu’on ne parle ni arabe ni bien français ;
– une perception de désorganisation, de lenteur administrative, de décisions tardives ;
– parfois un sentiment d’isolement, surtout hors des grandes villes ou pour les conjoints qui ne travaillent pas.
La société tunisienne repose sur quelques valeurs fortes : la famille, la religion (majoritairement l’islam), le respect des aînés, la convivialité et l’hospitalité. Pour un expatrié, certains réflexes culturels facilitent beaucoup les choses :
Pour des échanges harmonieux, il est recommandé de saluer chaleureusement et de prendre le temps d’un échange informel avant d’aborder le sujet principal. Adoptez une tenue relativement sobre, particulièrement en dehors des quartiers très occidentalisés. Évitez de critiquer ouvertement la religion ou les sujets très sensibles, surtout en contexte professionnel. Comprenez également que les grandes décisions se discutent parfois en famille, au-delà du cercle strictement individuel.
La période de Ramadan, en particulier, modifie profondément les rythmes de vie : jeûne du lever au coucher du soleil, soirées très animées, horaires de travail aménagés. Pour un étranger, respecter cette période, adapter ses habitudes (éviter de manger ou boire ostensiblement en public en journée) et manifester de l’empathie contribuent à une bonne intégration dans l’équipe.
Opportunités pour les investisseurs et entrepreneurs expatriés
Si l’accès au salariat est encadré et souvent concurrentiel, la Tunisie ouvre en revanche des portes intéressantes aux expatriés désireux d’investir ou de créer une activité.
Un cadre relativement ouvert aux investissements étrangers
Les autorités tunisiennes ont renforcé les incitations à l’investissement étranger et à l’installation durable des Tunisiens de l’étranger. Plusieurs mesures sont particulièrement attractives :
Cadre juridique et fiscal facilitant les investissements et les projets économiques en Tunisie.
Possibilité d’acheter et de vendre des biens immobiliers, des droits de terrain et des fonds de commerce, au même titre que les résidents.
Liberté d’ouvrir des comptes bancaires en dinars, de conclure des crédits en monnaie locale et de disposer librement des revenus et biens situés en Tunisie.
Cadre douanier favorable : exonération de droits de douane et de TVA sur les machines, même d’occasion, nécessaires à un projet économique.
Droits de douane réduits (10 % des droits habituels) pour un véhicule destiné à une activité économique.
Avantages fiscaux accentués dans les secteurs prioritaires : technologie, énergies renouvelables, santé et industries médicales.
Pour les Tunisiens de retour définitif (retraités notamment), des dispositifs comme le régime FCR (franchise commerciale de retour) permettent d’importer un véhicule et des effets personnels sans droits ni taxes, sous certaines conditions de résidence à l’étranger.
Pour un expatrié non tunisien, ces mesures ne s’appliquent pas toutes, mais le cadre général de l’investissement, structuré par la loi de 2016 sur l’investissement, reste relativement welcoming, en particulier dans les secteurs exportateurs ou innovants.
Créer sa propre structure : opportunités et réalités
De nombreux témoignages indiquent qu’il est « relativement faisable » pour un étranger de monter sa propre entreprise en Tunisie, à condition d’avoir une bonne idée de business, de comprendre les règles locales et de s’entourer (avocat, expert‑comptable, conseil en implantation).
Les opportunités se concentrent sur :
– les services à valeur ajoutée à destination de l’étranger : BPO, développement IT, design, marketing digital francophone, accompagnement back‑office pour PME européennes ;
– des niches dans le tourisme (écotourisme, tourisme culturel haut de gamme, bien‑être) ;
– les services B2B pour les nombreuses entreprises étrangères déjà présentes (formation, sécurité, facility management, conseil, audit, recrutement spécialisé) ;
– la tech et les startups adossées à des marchés régionaux (Afrique, Moyen‑Orient).
Là encore, le combo « coût bas / compétences locales / francophonie » fait sens pour des structures pensées dès le départ comme tournées vers l’export.
Faut‑il tenter sa chance en Tunisie comme expatrié ?
La Tunisie n’est ni un eldorado ni un marché fermé. C’est un pays en tension, mais aussi en mutation, où des poches d’opportunités coexistent avec de fortes contraintes.
Pour un expatrié, les cas où la Tunisie fait particulièrement sens sont les suivants :
Plusieurs situations professionnelles justifient le recrutement d’un expatrié en Tunisie. Cela inclut la prise de poste à responsabilités (direction de filiale, management de site industriel, etc.) dans un groupe déjà présent. Le recrutement peut aussi viser un expert rare, localement introuvable, dans des domaines comme les technologies de pointe ou la finance. Pour les entrepreneurs, la Tunisie offre un cadre avantageux pour des projets à l’export, bénéficiant d’une main-d’œuvre qualifiée et de coûts compétitifs. Enfin, le pays attire les profils francophones recherchant une expérience de vie méditerranéenne accessible culturellement et financièrement.
À l’inverse, pour un jeune diplômé étranger sans expérience, espérer « trouver du travail sur place » dans un pays où des dizaines de milliers de jeunes tunisiens diplômés peinent à s’insérer relève davantage du pari risqué que de la stratégie.
La clé, en définitive, tient à trois éléments :
Pour réussir une mission à l’étranger, visez des postes où votre profil international apporte une valeur ajoutée distincte de celle d’un diplômé local. Négociez méticuleusement tous les aspects de votre contrat : statut, rémunération, protection sociale, en prenant en compte le coût de la vie réel et les frais spécifiques liés à l’expatriation. Enfin, investissez prioritairement dans votre intégration culturelle et linguistique, car l’échec des missions provient le plus souvent de facteurs humains plutôt que techniques.
Bien préparée, une expatriation en Tunisie peut être une étape riche, tant sur le plan professionnel que personnel, dans un pays qui, malgré ses fragilités, continue d’attirer entreprises, investisseurs et talents venus d’ailleurs.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tunisie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tunisie pour son régime favorable aux retraités étrangers (exonération partielle d’impôt sur les pensions transférées, fiscalité globale modérée), son coût de vie nettement plus bas qu’en France et sa proximité géographique et culturelle avec l’Hexagone. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence de longue durée avec location ou achat de résidence principale, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, fiscaliste, immigration, interlocuteurs francophones) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire) pour réduire la pression fiscale et préparer la transmission.
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