Gestion financière à l’international : comment organiser ses services bancaires pour expatriés en Tunisie

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer à l’étranger ne consiste pas seulement à trouver un logement et un nouvel emploi. Pour un expatrié, la vraie stabilité commence souvent… à la banque. En Tunisie, où tradition et modernité se côtoient, le paysage financier évolue vite, porté par la digitalisation, des réformes de change strictes et une offre de plus en plus ciblée pour les non‑résidents et résidents étrangers.

Bon à savoir :

Cet article fournit un guide pratique et chiffré sur les solutions bancaires en Tunisie, intégrant les aspects réglementaires, le risque de change, la fiscalité et les outils digitaux. Il vise à aider les expatriés (salariés détachés, entrepreneurs, travailleurs à distance ou retraités) à élaborer une stratégie financière cohérente et sans mauvaises surprises.

Comprendre le contexte bancaire et économique tunisien

La Tunisie appartient à la région MENA et est souvent décrite comme un pays en croissance, attractif pour les professionnels internationaux. Son économie a montré une certaine résilience ces dernières années, avec un rebond après la crise de 2020 et un tissu productif diversifié (tourisme, industrie, agriculture, services numériques et énergies renouvelables).

Sur le plan financier, plusieurs éléments structurants doivent être intégrés par un expatrié.

13.4

Le ratio de solvabilité global du secteur bancaire tunisien, qui dépasse le minimum réglementaire de 10 %.

Ensuite, la monnaie locale, le dinar tunisien (TND), est une devise sous contrôle de change, sujette à une dépréciation graduelle face à l’euro et au dollar, accentuée en période de tensions politiques ou de choc économique. Cette dynamique est ambivalente pour un expatrié : elle augmente, en TND, la contre‑valeur de revenus envoyés depuis l’étranger, mais elle expose aussi à des pertes potentielles lors des conversions si le timing est mal maîtrisé.

27.9

En 2024, le volume des transactions financières digitales en Tunisie a atteint près de 27,9 milliards de dinars.

Pour se repérer, il est utile de voir comment se présente, de manière schématique, le système bancaire tunisien.

Indicateur clé du secteur bancaire tunisienValeur indicative
Nombre total de banques≈ 30
Part des banques publiques dans les actifs≈ 36,6 %
Part des 3 plus grandes banques≈ 40 % des actifs
Ratio global de solvabilité (2021)13,4 %
Créances douteuses sur prêts (2021)13,1 %

Cette architecture, combinée aux règles de contrôle de change, structure très concrètement les solutions à la disposition des expatriés.

Choisir le bon type de compte : la clé d’une bonne stratégie

En Tunisie, le type de compte que vous ouvrez détermine ce que vous pourrez faire – ou non – avec votre argent. La logique n’est pas seulement bancaire : elle découle directement de la réglementation de change pilotée par la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

Les principaux comptes pour expatriés et non‑résidents

Pour un étranger ou un Tunisien résidant à l’étranger, plusieurs familles de comptes coexistent, chacune avec une utilité précise.

Le compte en devise convertible est l’instrument de base pour un expatrié qui souhaite conserver ses revenus dans une monnaie forte (euro, dollar, livre sterling, etc.). Réservé aux non‑résidents et aux expatriés, il sert à recevoir des virements internationaux, déposer des devises (billets ou chèques étrangers) et effectuer des transferts vers l’étranger. Il est libellé dans une seule devise et permet d’éviter le risque de change tant que l’on ne convertit pas en dinars.

Le compte en dinar convertible vise, lui, à loger des dinars dits “convertibles”. Il est conçu pour des non‑résidents ou expatriés qui convertissent des devises en TND pour réaliser des opérations locales (paiement de loyer, factures, dépenses courantes), tout en conservant la possibilité de re‑transférer, sous conditions, des fonds vers l’étranger.

Bon à savoir :

L’INR (Intérieur Non-Résident) est un compte courant en dinars obligatoire pour les étrangers séjournant moins de deux ans en Tunisie. Il sert à gérer les dépenses locales courantes (loyers, factures, salaires). Après deux ans de présence, la réglementation impose l’ouverture d’un compte courant ordinaire en dinars.

Le compte PPR (Personne Physique Résidente) est, lui, réservé aux personnes disposant d’une “résidence‑change” tunisienne, c’est‑à‑dire considérées comme résidentes aux yeux de la réglementation de change. Il est libellé en dinars convertibles ou en devises et encadre strictement les flux internationaux. Les crédits autorisés concernent essentiellement des revenus étrangers (pensions, loyers, dividendes, honoraires pour prestations réalisées à l’étranger, économies de diplomates, etc.), tandis que les débits libres se limitent aux paiements par carte internationale et retraits en dinars. Les transferts vers un compte personnel à l’étranger sont interdits, sauf en cas de départ définitif.

Pour une vision synthétique, il est utile de comparer ces comptes selon quelques critères concrets.

Type de comptePublic viséDevise du compteUsages principauxSpécificités majeures
Compte en devise convertibleNon‑résidents / expatriésEUR, USD, GBP, autres devises fortesRéception de virements, dépôt de devises, transferts sortantsPas de risque de change tant qu’il n’y a pas conversion
Compte en dinar convertibleNon‑résidents / expatriésDinar convertibleDépenses locales, conversion de devises, transferts sous conditionsDinars rattachés à une origine en devises
Compte INRÉtrangers séjournant < 2 ansDinar tunisienDépenses quotidiennes, salaires locauxObligatoire si séjour court ; basculement après 2 ans
Compte courant dinar ordinaireRésidents de longue duréeDinar tunisienCompte de vie quotidienne pour résidentsSoumis aux règles de résidents (change strict)
Compte PPRRésidents disposant de résidence‑changeDinar convertible ou deviseLoger revenus étrangers, certains paiements internationauxInterdiction de transfert libre vers un compte étranger

Cette distinction n’est pas théorique : ouvrir le “mauvais” type de compte peut bloquer la possibilité de sortir des fonds ultérieurement ou compliquer vos démarches immobilières, par exemple.

Qui peut ouvrir un compte PPR et dans quel but ?

Le compte PPR est souvent mal compris, alors qu’il joue un rôle central pour les profils hybrides : binationaux, retraités s’installant en Tunisie ou cadres étrangers qui finissent par y rester.

Attention :

Peuvent en bénéficier, sous conditions, les Tunisiens de retour au pays après une période de résidence à l’étranger, les Tunisiens vivant en Tunisie mais avec des avoirs financiers à l’international, les étrangers présents en Tunisie depuis plus de deux ans, ainsi que certains profils spécifiques comme les prestataires de services pour l’export, les diplomates ou les fonctionnaires affectés à l’étranger.

La BCT, via sa circulaire 2017‑04, encadre strictement les flux sur ces comptes pour assurer la traçabilité des fonds et éviter leur utilisation pour contourner les contrôles de change. Les opérations de crédit autorisées – sans demande préalable – couvrent les revenus clairement identifiables et déjà taxés à l’étranger (pensions, loyers, dividendes, héritages). En revanche, toute opération de débit au titre d’investissement ou de transfert de capital doit faire l’objet d’une autorisation spécifique.

Pour un expatrié qui envisage de faire de la Tunisie une base de vie durable tout en conservant des avoirs à l’étranger, ce compte représente un pivot, à condition d’accepter une marge de manœuvre plus limitée que dans d’autres juridictions.

Ouvrir et gérer un compte : conditions pratiques et pièges à éviter

Une fois le type de compte identifié, il reste la question très opérationnelle de l’ouverture : quels documents fournir, quels délais anticiper, et quels points vérifier pour ne pas bloquer des fonds par inadvertance ?

Documents requis et statut de résidence

La plupart des banques tunisiennes exigent un passeport en cours de validité et un justificatif de résidence en Tunisie (contrat de bail, facture d’électricité, attestation d’hébergement) pour ouvrir un compte courant en dinars ou un INR. Pour un compte en devises ou un compte PPR, des exigences supplémentaires apparaissent : une déclaration sur l’honneur attestant de l’absence d’autre compte similaire, et surtout, la preuve du statut de résidence‑change lorsque cela est nécessaire.

Concernant les comptes en devises, un élément souvent sous‑estimé est la déclaration d’origine des fonds. Si vous entrez en Tunisie avec des billets de banque en euro ou dollar dépassant l’équivalent de 20 000 dinars, la loi impose de les déclarer à la douane. Le document délivré à cette occasion sera ensuite demandé par la banque pour accepter le dépôt en devises sur un compte.

Bon à savoir :

Certaines banques proposent une ouverture de compte à distance via des formulaires en ligne. Cependant, une visite en agence est souvent nécessaire pour finaliser la procédure, notamment pour la vérification d’identité, la signature des documents et le choix des options de carte.

Gérer le risque de compte “dormant”

La législation tunisienne qualifie de “dormant” tout compte resté inactif pendant 15 ans. À l’issue de ce délai, si le titulaire ne réagit pas aux notifications adressées par la banque (courrier recommandé et publication au Journal Officiel), les avoirs sont transférés au Trésor public.

Ce risque est loin d’être anecdotique pour les expatriés qui ouvrent un compte le temps d’une mission, puis repartent en oubliant de le clore ou de mettre à jour leurs coordonnées. Dans une stratégie de carrière internationale où l’on peut revenir en Tunisie des années plus tard, perdre l’accès à des fonds, même modestes, est une mauvaise surprise aisément évitable. Il est donc crucial de maintenir une activité minimale (retraits, virements, mise à jour régulière d’adresse) ou, si l’on quitte durablement le pays, de solder les comptes en bonne et due forme.

Banques et services adaptés aux expatriés

Sur le terrain, toutes les banques ne se valent pas en matière d’accueil des étrangers et de services multilingues. Plusieurs grands acteurs ont développé des offres clairement identifiées pour les expatriés ou les Tunisiens résidant à l’étranger.

Services bancaires pour non-résidents en Tunisie

Présentation des principales banques tunisiennes et de leurs offres spécifiques pour les clients non-résidents, incluant comptes en devises, services en ligne et assistance dédiée.

BIAT

Met en avant ses comptes en devises, ses services d’e‑banking et une assistance dédiée aux clients non‑résidents.

Attijari Bank

Propose des comptes multi‑devises, une gestion 100 % en ligne et des plateformes comme “Attijari Real Time”.

UBCI (BNP Paribas)

Offre des packages pour expatriés, des comptes rémunérés et des virements SEPA, s’appuyant sur un réseau significatif.

STB, BH Bank & autres

STB, BH Bank, Arab Tunisian Bank, Amen Bank, Wifak Bank et Zitouna Bank proposent des services spécifiques : comptes en devises, conseil en change, gestion par procuration, cartes internationales.

Plateformes de banque à distance

Ces banques offrent également des plateformes de gestion à distance telles que STB Online, BTNET, ABC Digital, etc.

Un point de repère utile pour un expatrié est la présence de la banque dans ses villes de vie ou de travail. Le tableau ci‑dessous donne un aperçu de quelques réseaux notables.

BanquePortée du réseau (indicative)Services clés pour expatriés
BIATRéseau très étenduComptes devises, e‑banking, assistance expatriés
Attijari BankRéseau étenduComptes multi‑devises, gestion 100 % en ligne
UBCI (BNP Paribas)Réseau significatifPackages expatriés, comptes rémunérés, virements SEPA
STBLarge réseauComptes devises, gestion par procuration, banque en ligne
BH BankRéseau moyenComptes en devise convertible, conseil en change
Arab Tunisian BankRéseau moyenComptes pour étrangers, solutions e‑banking
Bank ABC16 agences (14 à Tunis, 1 à Sousse, 1 à Sfax)Comptes non‑résidents, comptes en TND convertibles, cartes VISA haut de gamme

S’ajoutent à ces offres les services de Tunis International Bank, positionnée sur le private banking, ou encore d’acteurs néo‑bancaires comme OneSafe, qui combinent paiements internationaux, cartes d’entreprise et conversions instantanées crypto‑fiat pour un public très mobile.

Gérer les transferts internationaux et les frais bancaires

Pour un expatrié, la question pratique numéro un est souvent : combien va me coûter l’envoi de mon salaire ou de mes économies vers la Tunisie, et combien de temps cela va‑t‑il prendre ?

Coût des virements et délais de traitement

Les virements internationaux via les banques tunisiennes s’accompagnent d’un ensemble de frais : une commission fixe d’émission, une marge de change et parfois des frais de réception.

Les émissions de virements sont généralement facturées entre 10 et 30 euros par opération. À cela s’ajoute une commission de change comprise, en moyenne, entre 1 % et 3 % du montant converti, ainsi que des frais de réception dans une fourchette de 5 à 15 euros. Les délais de traitement s’échelonnent entre deux et cinq jours ouvrables, avec une tendance à des délais plus courts pour les flux en euros, notamment lorsqu’ils passent par l’espace SEPA.

Exemple :

Pour les transferts sortants en dinars tunisiens (TND) via SWIFT/IBAN, certaines banques appliquent des frais calculés en pourcentage avec des limites minimales et maximales. Par exemple, un établissement peut facturer 1,25 % du montant transféré, avec un minimum de 30 TND et un maximum de 200 TND, ce qui souligne l’importance de comparer les grilles tarifaires entre banques malgré la standardisation des procédures.

Pour un expatrié rémunéré en euros, il est souvent pertinent de privilégier les virements SEPA vers un compte en devises en Tunisie, puis de convertir en dinars selon ses besoins.

Rôle des opérateurs spécialisés (Wise, Western Union, MoneyGram…)

Les transferts vers la Tunisie ne passent pas forcément par les seules banques. De nombreux prestataires spécialisés – Wise, WorldRemit, Remitly, Xoom, Western Union, MoneyGram, Ria, Afriex – sont présents sur ce corridor. Ils combinent plateformes web, applications mobiles et réseaux d’agents pour proposer plusieurs modes de réception : retrait d’espèces, virement bancaire, parfois crédit sur portefeuille mobile.

En règle générale, ces opérateurs mettent en avant trois leviers : une tarification plus transparente, des taux de change plus rapprochés du taux médian du marché et des délais de transfert très courts pour les paiements par carte (souvent quelques minutes). En contrepartie, certains plafonnent les montants, modulant leur tarification selon le pays d’origine, le moyen de paiement et la vitesse choisie (mode express vs économique).

Astuce :

Dans une stratégie de gestion internationale, l’expatrié a intérêt à comparer non seulement les frais affichés, mais surtout le montant net de dinars réellement reçu en Tunisie, tous coûts inclus. Parfois, une commission fixe plus élevée est compensée par un meilleur taux de change.

Le dinar tunisien comme devise fermée : implications pratiques

Le TND est une monnaie sous contrôle de change. Concrètement, cela signifie qu’il est très difficile, voire impossible, de transférer des dinars vers l’étranger hors des canaux définis par la réglementation (comptes en dinar convertible, justificatifs d’investissement, autorisations de la BCT). Il est par ailleurs illégal d’exporter des quantités significatives de billets de dinars hors du territoire.

Pour un expatrié, cette réalité change la logique habituelle : il est risqué de convertir massivement ses économies en TND si l’on envisage de quitter la Tunisie dans un horizon incertain. D’où l’importance de s’appuyer sur des comptes en devises et en dinar convertible, permettant de garder une partie de son patrimoine dans des monnaies fortes, tout en finançant ses besoins locaux.

Maîtriser le risque de change : une priorité pour les revenus en devises

Vivre en Tunisie tout en percevant des revenus en euros ou en dollars confronte immédiatement l’expatrié au risque de change. La dépréciation graduelle du dinar joue à son avantage pour les dépenses locales, mais peut compliquer la valorisation de son patrimoine s’il envisage un retour ultérieur dans son pays d’origine.

Plusieurs facteurs pilotent la valeur du TND : le niveau d’inflation domestique, le stock de réserves en devises de la BCT, la situation politique, les chocs sur le tourisme et les exportations, ainsi que l’évolution des grandes devises internationales. Dans les périodes d’instabilité, la volatilité s’accentue, rendant les conversions plus aléatoires.

Astuce :

Pour optimiser les transferts d’argent, il est recommandé d’ouvrir un compte en euros ou en dollars dans une banque tunisienne pour différer la conversion. Programmez vos virements depuis l’étranger durant des périodes de stabilité ou de taux favorables, utilisez les services de fixation ou de négociation de taux si disponibles, et répartissez vos transferts sur plusieurs mois pour lisser le risque. Complétez ces actions avec des outils d’alerte ou de suivi des taux proposés par certaines banques ou applications.

L’abonnement à des bulletins économiques de la BCT, la consultation d’analyses de grandes banques locales et la veille sur les annonces politiques majeures (élections, accords financiers internationaux) permettent d’anticiper les phases de stress sur le dinar.

Cadre légal, change et fiscalité : ne pas sous‑estimer la complexité

La Tunisie se caractérise par un maillage serré de règles de change, de fiscalité et de droit civil qui interagissent fortement lorsque l’on détient des avoirs à l’étranger et en Tunisie. Pour un expatrié, comprendre l’articulation entre résidence fiscale, résidence administrative et résidence‑change est essentiel.

Résidence fiscale et résidence‑change : deux statuts distincts

La résidence fiscale, souvent définie par la durée de présence (au moins 183 jours par an), le centre d’intérêts économiques ou la perception de revenus (pensions, salaires) en Tunisie, détermine l’assujettissement à l’impôt sur le revenu tunisien. Les conventions de non‑double imposition signées par la Tunisie, par exemple avec la France, encadrent le partage des droits d’imposer.

Attention :

Le statut de résident-change, défini par le droit des changes (séjour >2 ans, lieu d’activité, structure des avoirs), impose la déclaration des biens financiers et immobiliers à l’étranger aux autorités tunisiennes. Les actifs acquis avant le changement de statut doivent être déclarés ; ceux acquis après doivent être rapatriés (sauf immobilier). Les revenus (loyers, dividendes, intérêts) sont aussi soumis à rapatriement.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent les comptes PPR, conçus pour loger ces revenues étrangers tout en gardant une traçabilité. Il est important de noter que les binationaux sont traités comme des Tunisiens pour l’application des règles de change, même s’ils ont un autre passeport.

Déclarations, sanctions et planification fiscale

Le non‑respect des obligations déclaratives (avoirs à l’étranger, transferts de fonds non justifiés) peut entraîner des sanctions administratives et pénales : amendes, redressements, voire saisies d’avoirs en cas de manquements graves. Par ailleurs, une mauvaise coordination entre les règles tunisiennes et celles du pays d’origine peut aboutir à des situations de double imposition évitables.

Bon à savoir :

Le système fiscal tunisien est complexe, avec un barème progressif d’impôt sur le revenu allant jusqu’à 40 %, une contribution sociale de solidarité, des régimes spécifiques pour les non-résidents et des retenues à la source. Le droit successoral, basé sur les principes de la loi musulmane, impose des réserves héréditaires qui peuvent contredire les montages patrimoniaux étrangers. De plus, les régimes matrimoniaux conclus à l’étranger peuvent être interprétés différemment par un juge tunisien.

Dans ce contexte, recourir à un conseil fiscal et patrimonial maîtrisant à la fois le droit tunisien et les conventions internationales n’est pas un luxe mais une assurance. Cela vaut autant pour l’ouverture d’un compte PPR que pour l’acquisition d’un bien immobilier ou la mise en place d’une stratégie de donation ou de transmission.

Digitalisation, cartes internationales et moyens de paiement

Au‑delà de la stricte question des comptes et du change, la vie quotidienne d’un expatrié en Tunisie passe de plus en plus par les services digitaux.

Les grandes banques tunisiennes proposent presque toutes des solutions d’e‑banking (MyBIAT, Attijari Real Time, STB Net, BTNET, ABC Digital, QNB Mobile Banking, etc.) permettant de consulter ses soldes, initier des virements, paramétrer des alertes ou simuler des crédits… depuis un smartphone ou un ordinateur. La plupart de ces plateformes existent en français, souvent aussi en anglais, parfois en arabe, ce qui facilite l’accès pour un public international.

Bon à savoir :

Les cartes VISA et MasterCard internationales (Classic à Infinite) permettent retraits et paiements à l’étranger et offrent des assurances voyage, bagages, santé. Les modèles haut de gamme (VISA Infinite, Platinum Business) incluent des services de conciergerie, adaptés aux cadres et entrepreneurs en mobilité fréquente.

Les frais annuels varient selon la gamme de carte : de quelques dizaines de dinars pour une carte classique individuelle à plus d’une centaine de dinars pour une carte Gold ou internationale haut de gamme. Dans une stratégie de gestion globale, le choix d’une carte doit être fait en regard de l’usage réel (voyages fréquents ou non, paiements en ligne, retraits fréquents à l’étranger) et des assurances déjà détenues par ailleurs.

Astuce :

Les portefeuilles électroniques et services de paiement mobile (comme D17 de la Poste tunisienne, les solutions monétiques ou les portefeuilles multi‑banques) offrent des alternatives pratiques pour les petits paiements quotidiens, les recharges téléphoniques et le règlement de factures. Pour un expatrié, ces outils sont particulièrement utiles pour gérer à distance certaines dépenses, comme recharger le compte mobile d’un membre de la famille ou payer un service local, sans avoir à effectuer un virement bancaire classique.

Intégrer la Tunisie dans sa stratégie patrimoniale internationale

Pour un expatrié qui ne fait que passer quelques mois, l’enjeu se situe essentiellement au niveau opérationnel : pouvoir ouvrir un compte, recevoir son salaire, payer ses dépenses, envoyer des fonds à sa famille. En revanche, pour ceux qui envisagent de rester plusieurs années, d’investir dans l’immobilier local ou d’y préparer une retraite, la dimension patrimoniale et interjuridictionnelle devient centrale.

Bon à savoir :

Les conseillers en gestion de patrimoine en Tunisie proposent des packages complets incluant : l’analyse de votre statut de résidence fiscale et de résidence-change, l’optimisation de l’utilisation des conventions fiscales bilatérales, la diversification de vos actifs (immobilier, OPCVM, assurance vie locale/internationale, contrats de prévoyance) et la structuration de participations dans des entreprises locales.

Les remises de la diaspora tunisienne illustrent le potentiel de cette logique : les transferts des Tunisiens à l’étranger représentent plus de 8 milliards de dinars par an, soit autour de 6,5 % du PIB, et sont en croissance de plus de 130 % sur la dernière décennie. Les autorités tunisiennes cherchent aujourd’hui à canaliser une part plus importante de ces flux vers des investissements productifs, via des incitations fiscales, l’accès à des financements en devises ou la création de fonds dédiés. Les expatriés d’autres nationalités, notamment européens, peuvent profiter d’un environnement où le crédit immobilier est largement disponible (près de 80 % des transactions sont financées par les banques) et où le coût de la vie reste très inférieur à celui des pays développés.

Astuce :

Pour assurer la cohérence entre la gestion patrimoniale et les réalités bancaires internationales, il est conseillé d’éviter la concentration de tous ses avoirs dans une seule juridiction. Privilégiez la traçabilité des flux en utilisant des comptes déclarés et des virements documentés. Il est également crucial de bien documenter l’origine des fonds pour chaque investissement et d’anticiper les questions de transmission, notamment en considérant la résidence des héritiers et le règlement des successions transfrontalières.

Coût de la vie et budget : articuler revenus, comptes et dépenses

Un élément souvent sous‑estimé par les nouveaux arrivants est l’ampleur de l’écart de coût de la vie entre la Tunisie et de nombreux pays d’origine. Globalement, le coût de la vie est environ 52 % inférieur à celui de la France, avec des loyers plus bas de près de 70 % et une alimentation moins chère de 56 %. Un expatrié seul peut vivre confortablement avec un budget compris entre 2 000 et 3 000 dinars par mois, soit entre 600 et 1 000 euros environ, en fonction du style de vie et de la ville (Tunis, Sousse, Djerba, etc.).

Bon à savoir :

Un salarié payé en euros peut constituer une épargne significative en transférant une partie de ses revenus sur un compte tunisien, à condition de bien maîtriser les frais de change et de transfert. De même, un retraité expatrié bénéficiant d’une pension européenne ou nord-américaine, partiellement convertie en dinars tunisiens (TND), jouit d’un pouvoir d’achat très confortable.

Articuler cette situation avec des comptes multi‑devises permet de calibrer précisément quelle part des revenus est convertie pour les dépenses courantes et quelle part reste en monnaie forte en vue d’un retour éventuel ou d’investissements ailleurs.

Bonnes pratiques pour une gestion sereine de ses finances en Tunisie

En croisant les contraintes réglementaires, les opportunités liées au coût de la vie et la montée en puissance du digital, plusieurs lignes directrices émergent pour un expatrié souhaitant optimiser sa gestion financière en Tunisie.

D’abord, il est judicieux de commencer par une cartographie personnelle : durée prévue du séjour, nature des revenus (salaire local, salaire versé à l’étranger, activités indépendantes, pensions), projets d’investissement (immobilier, entreprise, études des enfants), probabilité d’un retour dans le pays d’origine. Cette cartographie permet de choisir en connaissance de cause les types de comptes à ouvrir (INR, compte en devise, PPR le cas échéant).

Astuce :

Il est recommandé de ne pas dépendre d’une seule banque. Comparer les offres de plusieurs établissements tunisiens et d’opérateurs spécialisés permet de réduire les frais et de mieux gérer le calendrier de conversion. Pour les flux récurrents, des solutions comme les virements SEPA vers un compte en euros tunisien optimisent souvent le coût total.

Sur le plan légal, il est crucial de clarifier dès le départ son statut de résidence fiscale et de résidence‑change, notamment pour les binationaux. Une fois ce statut fixé, la règle d’or est la transparence : déclarer ses avoirs et ses revenus conformément aux régimes tunisiens et aux règles en vigueur dans le pays d’origine, en exploitant au mieux les conventions de non‑double imposition. Le coût d’un rendez‑vous annuel avec un fiscaliste ou un avocat spécialisé est très inférieur aux risques encourus en cas d’irrégularité.

Bon à savoir :

Pour une gestion financière optimale en Tunisie, il est essentiel d’utiliser les services de banque en ligne, d’activer les alertes de solde et de transactions, et d’avoir recours aux portefeuilles électroniques. Il faut également se tenir informé des évolutions réglementaires via les canaux de la BCT et des grandes banques. Ces outils digitaux représentent un avantage significatif dans un contexte où une large partie de la population est encore sous-bancarisée.

En combinant une bonne compréhension des différents types de comptes, une gestion active du risque de change, un respect scrupuleux des règles de change et une utilisation intelligente des services digitaux, il est possible de transformer la Tunisie en base solide d’une stratégie financière internationale, plutôt qu’en source de complexité. Pour un expatrié, la banque n’est pas seulement un passage obligé : c’est un instrument central de maîtrise de son parcours de vie à l’international.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tunisie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tunisie, profitant d’une fiscalité avantageuse sur les pensions étrangères (abattements importants sous conditions de rapatriement des revenus), de l’absence d’impôt sur la fortune, d’un coût de vie nettement inférieur à celui de la France (Tunis ~50 % moins cher que Paris) et d’une proximité géographique et culturelle avec la France. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence via un permis de séjour pour retraité, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, spécialiste immigration, accompagnement francophone) et intégration patrimoniale globale (analyse et éventuelle restructuration).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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