La géographie du pays en Tunisie est celle d’un petit territoire par la taille, mais étonnamment complexe par ses paysages, ses climats et ses usages du sol. À peine plus vaste que l’État du Wisconsin aux États‑Unis, le pays couvre 163 610 km², dont 155 360 km² de terres émergées. Entre mer Méditerranée au nord et à l’est, montagnes de l’Atlas à l’ouest et Sahara au sud, la Tunisie condense en quelques centaines de kilomètres des milieux qui, ailleurs, se déploient sur des continents entiers.
La géographie de la région explique plusieurs réalités clés : l’agriculture y est un secteur à la fois essentiel et fragile, les villes sont majoritairement concentrées sur le littoral, on observe une fragmentation et une concurrence pour les terres, et la gestion de l’eau constitue un enjeu vital.
Un pays-charnière entre Méditerranée, Atlas et Sahara
Tunisie signifie littéralement interface. Le pays s’inscrit au cœur du Maghreb, coincé entre l’Algérie (965 km de frontière à l’ouest et au sud‑ouest) et la Libye (459 km au sud‑est), ouvert sur la Méditerranée au nord et à l’est. Avec 1 148 km de côtes, il occupe le point de jonction entre le bassin occidental et le bassin oriental de la Méditerranée.
Le territoire tunisien a une forme triangulaire, avec sa base nord bordant la mer Méditerranée et sa pointe sud pénétrant dans le Sahara. Il abrite le point le plus septentrional du continent africain, le cap Angela (Ras ben Sakka), et marque le début des grands ergs sablonneux du désert, situés au sud des grands chotts.
La position du pays dans les hémisphères nord et est, autour de 34°N et 9°E, en fait une zone de contact entre les influences méditerranéennes tempérées et les masses d’air chaudes et sèches du désert.
Les grandes unités physiques : Nord, Centre, Est et Sud
Les géographes distinguent, pour simplifier, quatre grands ensembles physiques : le Nord, l’Est littoral, le Centre steppique et le Sud saharien. Une autre lecture découpe le pays en six sous‑régions naturelles homogènes (Nord‑Est, Nord‑Ouest, Centre‑Est, Centre‑Ouest, et deux grands ensembles méridionaux), mais l’idée reste la même : à mesure que l’on descend vers le sud, le relief s’abaisse, la végétation se raréfie et l’aridité s’impose.
Le Nord : prolongement de l’Atlas et plaines céréalières
Au nord‑ouest, le relief est l’héritier de l’Atlas. La « Dorsale tunisienne » – prolongement oriental de l’Atlas saharien – traverse le pays du sud‑ouest au nord‑est jusqu’à la péninsule du Cap Bon. On y trouve le point culminant du pays, le Jebel ech Chaambi (1 544 m), ainsi que d’autres sommets importants comme le Djebel Serj, le Djebel Zaghouan ou le Djebel Selloum.
Au nord de cette dorsale s’étend le Tell tunisien, une zone de collines et de plaines plus douces. La Kroumirie et les Mogods, dans l’angle nord‑ouest, culminent à plus de 1 000 m et reçoivent les pluies les plus abondantes du Maghreb, avec localement jusqu’à 1 500 mm par an. C’est aussi là que se concentrent une partie des forêts du pays.
Le fleuve Medjerda, seule rivière permanente de Tunisie, s’étend sur environ 450 kilomètres depuis sa source en Algérie jusqu’au golfe de Tunis.
Les steppes centrales : zone de transition fragile
Au sud de la Dorsale, le relief s’adoucit et se morcelle en plateaux et collines, que l’on désigne souvent sous le nom de « Hautes » et « Basses steppes ». Les altitudes oscillent entre 180 et 460 m. Cette bande centrale, du Centre‑Ouest (Gafsa, Sidi Bouzid, Kasserine) au Centre‑Est (Kairouan, Sfax, Mahdia), marque la transition entre le nord méditerranéen relativement arrosé et le sud pré‑saharien et saharien.
Là, le climat devient franchement semi‑aride : les pluies annuelles ne dépassent guère 250 à 380 mm, la variabilité interannuelle est forte et les sécheresses fréquentes. Les sols, souvent lourds et parfois salés dans les plaines alluviales, se prêtent à une agro‑pastoralité fragile, très dépendante des aléas climatiques.
L’Est littoral : Sahel et grandes plaines côtières
Le long de la côte orientale, du golfe de Tunis au golfe de Gabès, s’étire une large plaine littorale que l’on appelle le Sahel. Elle s’élargit à mesure que l’on descend vers le sud et se prolonge par la Jeffara, grande plaine côtière au sud de Gabès.
Cette région côtière, bénéficiant d’une pluviométrie modérée mais régulière, est réputée pour la culture de l’olivier en Tunisie. Les villes de Sousse, Monastir, Mahdia et Sfax y sont devenues des pôles urbains et industriels majeurs, profitant à la fois d’un arrière-pays agricole et d’une façade maritime favorable aux échanges.
Le Sud saharien : chotts, ergs et dhars
Au sud de Gafsa et des grands chotts commence le domaine saharien. Une série de dépressions salées – les chotts – forment une ligne est‑ouest marquant la limite nord du Sahara. Le plus vaste, le Chott el Djerid, couvre environ 7 000 km² et constitue le point le plus bas du pays (‑17 m). Ces bassins endoréiques sont remplis de croûtes salines, parfois inondées en hiver, desséchées et scintillantes en été.
Au-delà des chotts, le Grand Erg Oriental étend ses dunes vers l’Algérie et la Libye. Au sud‑est, le relief se relève avec les monts du Dahar, plateau tabulaire entaillé de canyons, prolongé vers la mer par la plaine de la Jeffara. Plus loin, l’espace se décline en ergs (dunes de sable), « dhars » (plateaux caillouteux) et couloirs de sable (draa), ponctués d’oasis comme Tozeur, Douz, Kébili ou Ksar Ghilane.
Un gradient climatique du nord humide au sud hyperaride
La géographie du pays en Tunisie est indissociable de ses contrastes climatiques. En parcourant quelques centaines de kilomètres du nord au sud, on passe d’un climat méditerranéen à un climat désertique.
La loi générale est simple : plus on descend vers le sud et plus on s’éloigne de la mer, plus il fait sec et chaud. Mais chaque région module ce schéma en fonction du relief, de l’exposition aux vents et de la proximité de la Méditerranée.
Un nord méditerranéen, humide et contrasté
Le nord, soumis à un climat méditerranéen à étés chauds (type Csa de Köppen), connaît des hivers doux et humides, des étés chauds et secs. Les températures estivales dépassent souvent 30 °C, mais la brise marine tempère la chaleur sur le littoral.
La pluviométrie en Tunisie est relativement élevée mais très variable selon le relief. La région de la Kroumirie et des Mogods est la plus arrosée d’Afrique du Nord, avec des précipitations annuelles pouvant dépasser 1 000 à 1 500 mm. Plus à l’est, le Cap Bon et le golfe de Tunis bénéficient encore de pluies suffisantes pour soutenir une agriculture diversifiée, incluant céréales, agrumes et maraîchage.
Un centre semi‑aride soumis aux à‑coups du ciel
Dans les steppes du centre, les précipitations chutent brutalement. Autour de Kairouan ou Sidi Bouzid, on avoisine 250 à 380 mm par an. Les pluies sont irrégulières, concentrées en automne et en hiver, avec de possibles averses orageuses violentes. Des années sèches complètes ne sont pas rares.
Ce déficit hydrique, couplé à une forte variabilité interannuelle, rend l’agriculture pluviale très risquée. Les rendements en céréales, par exemple, peuvent varier du simple au triple selon la pluviométrie de la campagne. Le vent, parfois violent, et les températures élevées accentuent le stress hydrique des cultures.
Un sud désertique dominé par le Sahara
Au sud d’une ligne Kasserine–Sfax, le climat bascule vers le désertique chaud (BWh). À Tozeur, les pluies annuelles peinent à dépasser 100 mm ; autour d’El Borma, à l’extrême sud‑est, on descend autour de 50 mm par an, certaines années étant pratiquement sans pluie.
Les températures estivales dépassent fréquemment 40 °C, avec des pointes au‑delà de 45 °C. Le sirocco – vent chaud et sec venu du Sahara – apporte parfois au nord même des bouffées de chaleur et de poussières qui font grimper le thermomètre au‑delà de 40 °C à Tunis ou Bizerte.
Dans ce contexte, seules les oasis, alimentées par des nappes souterraines profondes, permettent une agriculture localisée, principalement dans les palmeraies dattières.
Une forte diversité de sols et de milieux
La Tunisie ne se distingue pas seulement par ses contrastes climatiques, mais aussi par la diversité de ses sols. Selon la classification française, on y rencontre des podzols, des vertisols, des sols méditerranéens rouges, des sols calcimagnésiques (dominants), des sols bruns et isohumiques, des sols salés et hydromorphes, ainsi que des sols peu évolués.
Cette diversité résulte d’un jeu combiné entre bioclimate, géologie, relief et dynamique d’érosion. Elle se traduit sur le terrain par une véritable mosaïque de sols génétiquement différents, ce qui complique autant qu’enrichit l’usage agricole des terres.
L’organisation spatiale des sols suit souvent une logique de catena : sur un même versant, on passe de sols peu évolués en haut de pente à des sols colluviaux ou alluviaux plus épais en bas, en traversant parfois des zones érodées ou encroûtées. Chaque position topographique offre un potentiel agricole et un risque de dégradation distincts.
Trois grandes régions agricoles selon les sols
Les spécialistes de l’agronomie distinguent trois grands ensembles agricoles, structurés par la nature des sols et les modes d’exploitation.
Le Nord de la Tunisie présente une grande variété de sols liée à ses paysages. En Kroumirie-Mogods, on trouve des sols hydromorphes, bruns acides et calcimagnésiques sur les pentes. La haute vallée de la Medjerda possède des sols alluviaux profonds et fertiles, mais hydromorphes et exposés aux inondations. Le Nord-Est est caractérisé par des rendzines rouges et brunes sur les pentes, avec des sols salés dans les dépressions (garâas).
Dans le Centre, la vocation agro‑pastorale s’appuie sur des sols halomorphes lourds en plaine et, sur les glacis de la Haute Steppe, sur des sols squelettiques encroûtés peu favorables aux cultures intensives. La région de Gammouda/Meknassy abrite des sols profonds et légers qui ont été largement convertis à l’arboriculture (oliviers, amandiers, etc.).
Une diversité d’unités paysagères contrastées caractéristiques des régions pastorales et oasiennes du Sud de la Tunisie.
Collines légèrement érodées avec des sols anthropiques aménagés derrière les ‘jessours’, petits barrages traditionnels de montagne dans la chaîne des Matmatas.
Étendues de glacis encroûtés et de sierozems, des sols gris caractéristiques, que l’on trouve dans la plaine de la Jeffara.
Vastes dépressions (chotts) aux sols extrêmement salés, formant des paysages uniques et souvent inhospitaliers.
Immenses étendues de dunes sableuses profondes et mouvantes, modelées par le vent.
Plateaux arides et caillouteux, typiques des paysages désertiques de la région.
Des sols exposés à l’érosion et à la salinisation
La combinaison de pluies souvent brutales, de pentes raides, de roches tendres et de couvert végétal clairsemé favorise une intense érosion hydrique dans les zones de relief. Les vents puissants et répétés, en particulier dans les steppes et le Sahara, arrachent les particules fines et contribuent à la désertification.
À cela s’ajoute la salinisation des sols, particulièrement dans les basses plaines et autour des chotts, là où la nappe est peu profonde et chargée en sels. Les irrigations mal maîtrisées dans certaines oasis ou périmètres irrigués accentuent localement ce phénomène.
Un pays majoritairement agricole… mais sous contraintes
Sur les 155 360 km² de terres, l’agriculture occupe une place majeure. Les données les plus récentes indiquent qu’environ 62 à 62,4 % de la superficie terrestre est considérée comme terre agricole. En 2015, cela représentait environ 100 730 km², dont 2,9 millions d’hectares de terres arables.
Pourtant, près de 43 % des terres du pays sont jugées inadaptées à l’agriculture, et au final, environ la moitié seulement de la surface nationale contribue réellement à la production agricole. Le potentiel agricole est donc à la fois important et sévèrement limité par l’eau, la qualité des sols et les aléas climatiques.
Comment se répartissent les terres agricoles ?
Les terres cultivées se répartissent de façon très inégale entre les différentes cultures :
| Type de culture | Part de la SAU cultivée | Surface moyenne (ha) approximative |
|---|---|---|
| Céréales (blé, orge…) | 43 % | ~1,7 million |
| Cultures arboricoles (arbres) | 44 % | ~1,9 million |
| Forage (fourrages) | 7 % | |
| Légumes | 3 % | |
| Légumineuses | 2,5 % | |
| Autres cultures | 0,5 % |
Les cultures céréalières, principalement blé et orge, couvrent environ 1,7 million d’hectares, répartis à 47 % dans le Nord et 53 % dans les régions centrales et méridionales. La surface de céréales est relativement stable dans le Nord, mais très volatil dans le Centre et le Sud, où elle suit de près les variations de la pluviométrie.
Surface réservée à l’olivier sur les 1,9 million d’hectares de cultures arboricoles en Algérie.
Les fourrages, les légumes, les légumineuses et les autres cultures n’occupent ensemble qu’environ 17 % des terres cultivées.
Le rôle marginal mais crucial de l’irrigation
Malgré l’aridité générale, l’irrigation ne concerne qu’une faible fraction des terres. Entre 2001 et 2013, les superficies irriguées représentaient en moyenne 3,8 à 3,9 % de la surface agricole, avec un maximum autour de 4,1 % en 2009 et un minimum de 3,6 % en 2003. En 2013, les terres agricoles irriguées ne comptaient que pour environ 3,94 % de l’ensemble.
L’agriculture marocaine dépend à plus de 90% des pluies, avec une faible part de terres irrigables. Cette situation accroît la vulnérabilité face aux sécheresses, encourage le développement de cultures pérennes résistantes (olivier, amandier) et souligne l’importance stratégique d’une gestion rigoureuse des ressources en eau, dont le volume mobilisable annuellement est limité.
Une couverture forestière réduite mais stratégique
Les forêts et formations boisées couvrent un peu plus de 10 400 km², soit près de 6,7 % des terres au milieu des années 2010. Les estimations plus larges incluant le maquis et les formations arbustives parlent de 4,5 à 8 % du territoire selon les définitions retenues.
Si leur poids en surface semble modeste, ces écosystèmes jouent un rôle clé dans la protection des sols, la régulation hydrologique et la conservation de la biodiversité. Ils sont principalement concentrés dans le Nord humide (Kroumirie, Mogods), où les forêts de chênes, pins et cèdres résistent tant bien que mal aux pressions humaines (coupe de bois, surpâturage, incendies).
Des dynamiques récentes : l’essor de l’oléiculture pluviale
Une étude de l’occupation du sol dans une région semi‑aride (Rihana) entre 1980 et 2020 illustre bien l’évolution en cours. En exploitant les images Landsat dans Google Earth Engine, combinées à des indices de végétation (NDVI, MSAVI, EVI) et à un algorithme de classification de type Random Forest, les chercheurs ont mis en évidence plusieurs tendances lourdes.
Les parcours (steppes pastorales) ont perdu 58 % de leur surface entre 1980 et 2021.
En d’autres termes, les terres de parcours et les céréales pluviales cèdent progressivement la place aux vergers d’oliviers, souvent en sec, et à des périmètres irrigués plus intensifs. Ce basculement traduit une série de facteurs imbriqués : topographie, microclimat, hydrologie locale, stratégies paysannes, hausse de la demande en ressources naturelles, politiques agricoles, croissance démographique, coût des intrants et opportunités économiques liées, par exemple, à l’exportation de l’huile d’olive.
Une géographie foncière complexe et fragmentée
La géographie du pays en Tunisie ne se résume pas à des montagnes, des plaines et des déserts : elle s’inscrit aussi dans une mosaïque complexe de régimes fonciers, héritée de l’histoire et souvent difficile à clarifier sur le plan juridique.
Les grands types de propriétés : privé, collectif, étatique, habous
La majorité des terres arables – environ 90 %, soit quelque 47 000 km² – relèvent du domaine privé. Cette propriété privée se subdivise en plusieurs catégories : terres immatriculées au cadastre, terres régies par des actes notariés, terres assorties de certificats de possession, et terres privées sans preuve formelle de propriété.
Les terres collectives, ou « terres collectives/communales », appartiennent traditionnellement à des tribus ou communautés ethniques en indivision, surtout dans le Sud. Environ la moitié de ces espaces collectifs est réservée aux pâturages. Un décret de 1901 a posé les bases juridiques de la reconnaissance et de la délimitation de ces terres, et une loi de 1964 a entériné les droits de propriété des communautés utilisatrices. Depuis les années 1960, cependant, ces terres collectives auraient été presque divisées par deux à la faveur de processus de privatisation.
L’État tunisien gère environ 8 286 km² de terres publiques, dont près de 5 000 km² sont à vocation agricole.
Enjeux et blocages du cadastre
Le cadre légal de l’enregistrement foncier s’appuie sur le Code des droits réels de 1965 et un décret‑loi de 1964 instaurant l’immatriculation obligatoire. La Cour immobilière, le Département de la topographie et de la cartographie, et le Conservateur de la propriété foncière en sont les principaux acteurs.
En théorie, l’enregistrement obligatoire est déclenché par le ministère de la Justice et effectué sans frais pour les propriétaires. En pratique, les obstacles restent nombreux : coûts annexes, procédures jugées complexes et lentes, coordination institutionnelle insuffisante. De plus, on estime qu’environ 60 % des biens couverts par des actes notariés n’ont pas vu leurs documents mis à jour.
Un décalage entre la situation juridique et l’usage réel d’un terrain peut conduire à un « titre gelé », notamment en cas de multiplication des héritiers, de ventes informelles ou de subdivisions non enregistrées. Pour régulariser ces situations, une commission administrative a été créée en 1992. Depuis 2021, la compétence exclusive pour « dégeler » ces titres est attribuée à la Cour immobilière.
Fragmentation, spéculation et déclin agricole
La combinaison de successions répétées, de ventes partielles et d’absence de mise à jour des titres a progressivement fragmenté le parcellaire agricole. De nombreuses exploitations sont devenues trop petites pour être rentables, ce qui pousse certains propriétaires à abandonner les cultures ou à vendre au plus offrant.
Cette fragmentation, conjuguée à une urbanisation non maîtrisée, entraîne une perte nette de terres agricoles. Les cartes de protection des terres agricoles classent les sols en zones interdites à l’urbanisation, zones sauvegardées et autres catégories. Malgré ces outils, les autorités ont du mal à endiguer la spéculation et le grignotage des terres fertiles par les zones bâties.
L’article 140 du Code des droits réels offre pourtant la possibilité d’attribuer préférentiellement une exploitation agricole à un seul héritier, afin d’éviter un morcellement excessif. Une loi de 1959 permet aussi d’exproprier les terres privées jugées négligées ou insuffisamment exploitées. Mais l’application de ces instruments se heurte à des résistances sociales et à la faiblesse institutionnelle face aux intérêts spéculatifs.
Un aménagement du territoire sous pression
Face à ces tensions, l’aménagement du territoire et la planification urbaine deviennent des champs stratégiques. La Direction générale de l’aménagement du territoire, rattachée au ministère de l’Équipement, de l’Habitat et de l’Aménagement du territoire, pilote les études et les orientations à l’échelle nationale. Le Comité inter‑ministériel d’aménagement du territoire (CIAT) assure la coordination entre secteurs, tandis qu’un Observatoire de l’aménagement du territoire est en cours de mise en place.
Depuis 2018, la planification urbaine est décentralisée, donnant plus de pouvoir aux collectivités locales. Des agences spécialisées interviennent par secteur : l’Agence foncière de l’habitat pour le logement, l’Agence foncière touristique pour le tourisme et l’Agence foncière industrielle pour les zones industrielles. Parallèlement, l’Agence d’urbanisme du district de Tunis développe une base de données géographique pour mieux maîtriser l’extension de l’agglomération.
Malgré ce dispositif, l’expansion urbaine non contrôlée continue d’affecter les paysages côtiers, prisés par l’immobilier et le tourisme, ainsi que certaines zones sahariennes où se développent lotissements et infrastructures sans toujours tenir compte de la fragilité écologique.
Démographie, urbanisation et vulnérabilités physiques
Avec environ 12,4 millions d’habitants en 2022, dont 70 % vivant en milieu urbain, la Tunisie est un pays déjà largement urbanisé. Les principaux pôles de population se trouvent dans le Nord‑Est (Grand Tunis, Cap Bon, Bizerte) et sur le littoral centre‑est (Sousse, Monastir, Mahdia, Sfax). Le centre et le sud, particulièrement les zones steppiques et désertiques, restent beaucoup moins densément peuplés.
La répartition de la population et des activités économiques est fortement influencée par la géographie physique. Les régions côtières, bénéficiant de pluies abondantes, de plaines fertiles et d’un accès à la mer, concentrent l’essentiel des villes et de l’industrie. À l’inverse, les arrière-pays montagneux et steppiques, où les ressources sont plus rares et incertaines, subissent un exode rural persistant.
Les zones basses du littoral sont exposées aux risques de submersion marine et de remontée du niveau de la mer. En 2010, près de 2 165 km² de terres rurales se situaient sous l’altitude de 5 mètres, soit environ 1,4 % de la superficie nationale. À cette même altitude, les zones urbaines totalisaient environ 831 km², ce qui représente 0,54 % du territoire. Un peu moins de 1,5 % de la population rurale vivait alors dans ces zones très basses. Ces chiffres peuvent paraître limités, mais ils se concentrent sur des espaces littoraux denses et stratégiques (agriculture irriguée, infrastructures, tourisme).
Environnement, aires protégées et biodiversité
La Tunisie abrite cinq grands écorégions terrestres : forêts et maquis méditerranéens, steppes nord‑sahariennes, halophytes sahariens, boisements méditerranéens secs et steppes méditerranéennes. Cette diversité d’habitats, du chêne liège du Nord aux halophytes salés des chotts, offre refuge à une faune et une flore variées.
Des espèces emblématiques – gazelles, mouflons, bouquetins de Barbarie, macaques de Barbarie dans le Nord, fennecs, gerboises et varans dans le Sud – y subsistent, souvent en populations relictuelles. Les lacs et zones humides comme Ichkeul accueillent chaque année des dizaines de milliers d’oiseaux migrateurs.
Pourcentage de terres classées en aires protégées terrestres pour préserver le patrimoine naturel.
Les dégradations environnementales sont multiples : érosion des sols, désertification, salinisation, pollution des eaux, déforestation, surpâturage. Le changement climatique – avec une tendance au réchauffement et à la baisse des précipitations, surtout au Nord – accentue ces vulnérabilités, notamment en raccourcissant encore la période de végétation et en augmentant la fréquence des sécheresses.
Une économie agricole ouverte mais sous tension
L’agriculture représente environ 12 % du PIB et emploie près de 15 % de la population active. La croissance du secteur agricole tourne autour de 2 % par an, ce qui reste modeste au regard de la croissance démographique et des besoins alimentaires.
Le pays occupe une position paradoxale : largement agricole, il dépend fortement des importations pour nourrir sa population, tout en étant un exportateur majeur de certains produits méditerranéens.
Vue d’ensemble des principaux produits agricoles importés et exportés, avec les valeurs en millions de dollars.
Blé (885 M$), huiles végétales (448 M$), maïs (295 M$), orge (280 M$), soja (278 M$) et sucre (161 M$).
Huile d’olive (803 M$), dattes (243 M$), produits de la pêche (237 M$) et agrumes.
La Tunisie fournit à elle seule environ 16 % des volumes de dattes importées par les États‑Unis et 10 % de leur huile d’olive importée. Les États‑Unis importent ainsi pour environ 230 millions de dollars de produits agricoles tunisiens, principalement dattes et huile d’olive.
Les importations agricoles tunisiennes sont fortement concentrées sur quelques grandes catégories : céréales et produits céréaliers, oléagineux et huiles végétales, sucre et dérivés représentent environ 90 % du total. Cette structure rend le pays très sensible aux fluctuations des prix mondiaux et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Territoire, genre et accès à la terre
Derrière cette géographie foncière se cache une dimension sociale majeure : l’accès différencié à la terre selon le genre. La Constitution tunisienne consacre l’égalité entre les femmes et les hommes, y compris en matière de propriété. Le pays a ratifié sans réserve la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).
Pourtant, les chiffres témoignent d’un écart persistant. Selon le recensement agricole de 2004‑2005, les femmes ne détiennent qu’environ 6,4 % des terres agricoles. Parmi celles qui possèdent des droits fonciers, 23 % disposent d’une propriété individuelle, tandis que 47 % sont copropriétaires au sein de régimes coutumiers collectifs.
Pourcentage de femmes accédant à la terre principalement par héritage, contre 73 % pour les hommes, soulignant le poids des pratiques successorales.
La méconnaissance des droits relatifs au logement, à la terre et à la propriété freine encore l’autonomisation des femmes rurales. Des initiatives menées avec l’appui d’ONU‑Habitat et du Global Land Tool Network, comme la campagne nationale « Femmes et Terre », visent justement à combler ce déficit d’information et à promouvoir un accès plus équitable à la propriété foncière.
Vers quelle géographie pour demain ?
La géographie du pays en Tunisie résume en peu d’espace la plupart des défis qui traversent aujourd’hui les régions méditerranéennes et sahéliennes : pression démographique sur un territoire limité, contrastes climatiques accentués par le réchauffement global, tension sur l’eau et les sols, urbanisation rapide du littoral, mutation des systèmes agricoles, recomposition foncière et inégalités sociales.
Le pays dispose néanmoins d’atouts rares : une diversification étonnante de ses milieux naturels, un patrimoine agricole millénaire adapté aux contraintes de l’aridité (olivier, dattiers, systèmes oasiens, jessours de montagne), un secteur agro‑alimentaire structuré et des liens commerciaux étroits avec l’Europe et d’autres marchés.
L’avenir de cette géographie dépend de la capacité à concilier ses atouts avec une meilleure protection des ressources. Cela implique de freiner l’érosion des terres et la fragmentation du parcellaire, d’encadrer l’urbanisation, de sécuriser l’accès à la propriété (notamment pour les femmes et les jeunes), de moderniser l’irrigation sans épuiser les nappes phréatiques, de diversifier les cultures, de renforcer les aires protégées et d’intégrer systématiquement les risques climatiques dans les choix d’aménagement.
Dans un pays où près des deux tiers du territoire sont consacrés à l’agriculture, où la forêt couvre moins de 10 % des sols et où une bonne partie du sud n’est déjà plus qu’un désert ou un quasi‑désert, chaque hectare compte. La géographie de la Tunisie n’est pas seulement un décor : c’est le cadre exigeant dans lequel se joue, jour après jour, l’équilibre entre développement, sécurité alimentaire et préservation des milieux.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Tunisie pour rechercher du rendement locatif et une exposition au dinar tunisien. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs zones (Grand Tunis, Sahel, stations balnéaires comme Hammamet ou Sousse), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une villa dans un quartier résidentiel proche des zones touristiques, combinant un rendement locatif brut cible de 8 à 10 % – plus le rendement est grand, plus le risque est important – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection de la ville et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, conseiller fiscal maîtrisant la réglementation tuniso‑française), choix de la structure (propriété directe ou société locale) et définition d’un plan de diversification pluriannuel.
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