S’installer en Tunisie pour travailler, entreprendre ou télétravailler, c’est mettre un pied dans un écosystème beaucoup plus dense et structuré qu’il n’y paraît au premier regard. La scène d’affaires est à la fois méditerranéenne, arabe et francophone, avec une place centrale accordée aux relations personnelles, au respect de la hiérarchie et à l’hospitalité. Pour un expatrié, la qualité de l’intégration professionnelle dépend donc largement de sa capacité à tisser un réseau solide, local et international.
Le réseautage en Tunisie va au-delà de l’échange de cartes de visite. Il repose sur la compréhension des codes locaux, le choix des lieux et événements pertinents, la maîtrise des outils numériques comme LinkedIn, et surtout, sur la construction d’une relation de confiance sur le long terme. Ce guide offre une feuille de route pratique, adaptée au contexte local et enrichie par les témoignages d’expatriés.
Comprendre la culture d’affaires tunisienne avant de réseauter
La première erreur d’un expatrié en Tunisie serait d’appliquer les mêmes réflexes qu’en Europe du Nord ou en Amérique du Nord. Le pays a son propre rythme, ses propres priorités et une manière très relationnelle de faire des affaires.
Dans les entreprises tunisiennes, la culture est plus formelle et hiérarchisée que dans beaucoup de pays occidentaux. Les décisions se prennent généralement « par le haut », et les idées remontent rarement sans le soutien explicite des managers. La hiérarchie n’est pas qu’organigramme : c’est un code de respect. Celui qui veut influencer ou convaincre doit donc identifier rapidement qui décide réellement, et montrer les égards appropriés, notamment via l’usage des titres (Docteur, Ingénieur, Directeur, etc.).
La relation personnelle précède la relation contractuelle. On ne signe pas un contrat important avec quelqu’un que l’on connaît à peine. Les premiers rendez-vous servent à « prendre la température », parler de la famille, de son parcours, de son expérience, avant d’entrer dans le dur du dossier. Arriver avec un discours trop direct, ou en coupant court au small talk, risque de passer pour de la froideur, voire de la méfiance.
Expert en négociation
Le temps est également perçu différemment. Les agendas servent souvent de base de discussion plutôt que de plan rigide. Les réunions peuvent commencer en retard, se prolonger, être interrompues par des appels ou des visiteurs, sans que cela choque. Pour un expatrié, l’important est d’être ponctuel soi-même, de rester patient, et de comprendre que la priorité est donnée à la qualité de la relation plutôt qu’à l’optimisation minute par minute.
La place décisive du « piston » dans les carrières
Un mot revient souvent quand on parle d’opportunités en Tunisie : le « piston ». Derrière ce terme parfois connoté, il y a une réalité très simple : l’accès à un poste, à un marché, à une information clé passe très souvent par l’intermédiaire d’une personne qui vous recommande. Ce n’est pas forcément du favoritisme illégal, c’est surtout la traduction d’une culture où l’on travaille d’abord avec des gens dont on connaît la réputation.
Pour un expatrié, même sans réseau initial, il est possible de bâtir un cercle de confiance en quelques mois. Cette démarche ouvre ensuite de nombreuses portes. Les clés du succès sont d’investir activement dans les relations, de faire preuve de fiabilité, de respect et de disponibilité. Il est également essentiel de comprendre et d’accepter que l’échange de services, au sens large, fait partie intégrante du processus.
Communication : indirecte, chaleureuse, très contextuelle
En Tunisie, on évite la confrontation frontale. Dire non clairement peut être perçu comme brutal, et beaucoup de refus passent donc par des formulations vagues ou des reports successifs. Un « oui » n’est pas toujours un engagement ferme, mais parfois une façon polie de garder la porte entrouverte. Le non-verbal prend alors une importance considérable : ton de la voix, hésitations, sourires, silences.
L’expatrié qui veut lire correctement ces signaux doit s’habituer à observer autant qu’à écouter. Une remarque évasive, un changement de sujet ou un report répété sont souvent plus significatifs qu’une phrase explicite. L’objectif est de préserver l’« honneur » de tous et d’éviter que quelqu’un « perde la face » en public. Cela implique aussi d’éviter à tout prix la critique directe devant les autres.
Choisir les bons terrains de jeu pour réseauter en Tunisie
Pour développer un réseau solide, il faut être au bon endroit au bon moment. La Tunisie dispose d’un éventail étonnamment riche d’événements, d’associations, de lieux physiques et de communautés en ligne qui facilitent les rencontres.
Villes et quartiers où il se passe vraiment quelque chose
Tunis concentre l’essentiel de la vie économique et institutionnelle. Les quartiers de La Marsa, Gammarth, Lac 1, Lac 2 et Sidi Bou Said sont les épicentres de la vie expatriée, avec une forte présence de cadres étrangers, de diplomates, de dirigeants d’ONG et de professionnels de la tech et du conseil. On y trouve des cafés et restaurants où les rendez-vous professionnels informels sont quotidiens, mais aussi des coworking spaces comme Cogite ou Urban Café, devenus de véritables hubs de la scène entrepreneuriale.
Sur la côte, Sousse et Hammamet attirent davantage de retraités, de travailleurs du tourisme et de digital nomads. Les marinas, beach clubs tels que Yasmine Hammamet Marina, ainsi que les centres de conférences et les espaces de coworking comme Rockets Business Center ou Hive12, sont des lieux de rencontres privilégiés.
L’île de Djerba, plus calme, voit se développer une communauté d’expatriés à Houmt Souk et Midoun. Pour un consultant indépendant, un freelance ou un entrepreneur dans le tourisme, s’y installer tout en maintenant un réseau actif à Tunis via des déplacements réguliers ou des rencontres en ligne peut constituer une stratégie intéressante.
Voici un aperçu synthétique des principaux pôles utiles pour réseauter :
| Zone | Profil dominant d’expatriés | Lieux clés pour réseauter |
|---|---|---|
| Tunis (La Marsa, Gammarth, Lac 1, Lac 2, Sidi Bou Said) | Cadres, diplomates, entrepreneurs, ONG, tech | Cogite, Urban Café, cafés de la Marsa, écoles internationales |
| Sousse, Hammamet | Retraités, digital nomads, tourisme | Coworkings (Rockets, Hive12), marinas, clubs de plage |
| Djerba (Houmt Souk, Midoun) | Retraités, indépendants, tourismes alternatifs | Cafés, espaces culturels, réseaux informels locaux |
Les grands événements à ne pas manquer
La Tunisie compte un calendrier dense de forums économiques, salons sectoriels et conférences, qui sont autant d’occasions de croiser décideurs, investisseurs, hauts fonctionnaires, fournisseurs et clients potentiels. Pour un expatrié, ces événements sont des accélérateurs de réseau, à condition de venir préparé (carte de visite, pitch clair, profil LinkedIn à jour).
Quelques rendez-vous structurants :
| Événement / Salon | Thématique principale | Intérêt réseau pour un expatrié |
|---|---|---|
| Tunisia Investment Forum (TIF) | Investissement, climat des affaires | Rencontrer investisseurs, autorités (FIPA, TIA, APII…) |
| FITA – Financing Investment & Trade in Africa | Commerce et financement en Afrique | Contacts avec réseaux africains, banques, exportateurs |
| Salon de l’Entrepreneuriat | Création d’entreprise, accompagnement | Écosystème startups, incubateurs, mentors |
| MEDIBAT (Sfax) | Bâtiment, matériaux de construction | Industriels, importateurs, bureaux d’études |
| HR Expo | Ressources humaines | DRH, chasseurs de têtes, cabinets RH |
| BIGTECH | Tech et business en Afrique | Startups, investisseurs, grandes tech |
| SENA | Sécurité, technologies de sécurité | Acteurs industrie sécuritaire, intégrateurs systèmes |
| SIAMAP | Agriculture, agro-machinisme, pêche | Agribusiness, coopératives, équipementiers |
| SMA MEDFOOD (Sfax) | Agroalimentaire | Distributeurs, producteurs, chaînes de restauration |
| FORUMESURE (Hammamet) | Métrologie, qualité | Industriels, laboratoires, organismes de certification |
Pour identifier les prochaines éditions et dates, des plateformes comme Eventseye, Tuniscope, Le Petit Journal Tunis, Team France Export ou encore Expat.com sont très utiles. Une approche efficace consiste à sélectionner 3 à 5 rendez-vous majeurs par an, alignés avec son secteur, et à s’y rendre systématiquement.
Associations et clubs : les « sas » d’intégration pour expatriés
Au-delà des rendez-vous ponctuels, les associations sont des structures idéales pour construire un réseau dans la durée. Certaines sont très orientées business, d’autres davantage sociales ou communautaires, mais toutes facilitent l’accès à des contacts fiables.
Découvrez quelques organisations et services essentiels pour accompagner les francophones à l’étranger dans leurs démarches et leur vie quotidienne.
Le réseau des ambassades et consulats offre protection, assistance consulaire et services administratifs (passeports, cartes nationales d’identité, etc.).
Organisme de sécurité sociale pour les expatriés, permettant de maintenir une couverture sociale et une retraite en France.
Réseau culturel mondial proposant des cours de français, des événements culturels et un lieu de rencontre pour la communauté francophone.
Réseau soutenant les entreprises et les professionnels français à l’international via du networking et de l’accompagnement.
De nombreuses associations locales offrent entraide, conseils pratiques et activités sociales pour faciliter l’intégration.
Sites d’information, forums et réseaux sociaux spécialisés pour partager des expériences et trouver des ressources adaptées.
| Association / Club | Public cible principal | Apports concrets pour le réseau |
|---|---|---|
| Tunis Accueil | Expatriés francophones | Infos pratiques, événements sociaux, entraide |
| UFE Tunisie | Français à l’étranger | Réseautage, soutien administratif, rencontres |
| Français du Monde-ADFE | Communauté française | Activités culturelles, plaidoyer, réseau |
| ANATE | Diaspora franco-tunisienne | Projets économiques, partenariats d’affaires |
| Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie | Entreprises francophones / tuniso-françaises | Clubs business, missions, mises en relation |
| TIWC (Tunisia International Women’s Club) | Femmes expatriées | Réseau social, événements caritatifs et culturels |
| AmCham Tunisia | Communauté d’affaires tuniso-américaine | Business networking, lobbying, événements sectoriels |
La démarche recommandée consiste à choisir 1 ou 2 de ces structures en fonction de son profil (salarié, entrepreneur, conjoint suiveur, etc.), à adhérer, puis à se rendre régulièrement aux afterworks, ateliers, conférences et sorties organisées. Ce sont souvent ces rencontres répétées, dans des cadres plus détendus, qui débouchent sur de vraies opportunités.
Diaspora tunisienne : une passerelle vers d’autres marchés
Un autre levier sous-exploité par de nombreux expatriés est le lien avec les associations de la diaspora tunisienne. Ces réseaux connectent la Tunisie à la France, la Suisse, le Canada, l’Allemagne, les États-Unis, etc., en favorisant projets économiques, coopérations académiques ou collaborations culturelles.
Parmi ces réseaux structurés, on retrouve par exemple :
| Réseau diaspora | Pays / région d’ancrage principal | Rôle pour l’expatrié en Tunisie |
|---|---|---|
| ATUGE | Tunisie, France, Royaume-Uni | Communauté de hauts profils, projets entrepreneuriaux |
| TAYP | Tunisie – États-Unis | Connexions US, missions économiques, mentoring |
| Swiss Tunisian Network | Suisse | Projets socio-économiques, culturels, éducatifs |
| TAG | Allemagne | Coopérations universitaires, technologiques |
| TTU | Réseau global | Identification et mentorat de talents tunisiens |
| RTCA | Canada | Passerelles d’affaires tuniso-canadiennes |
Pour un expatrié européen ou nord-américain installé en Tunisie, intégrer ces réseaux (comme partenaire, mentor, intervenant, ou simple membre) permet d’élargir sa sphère d’influence, de trouver des co-investisseurs ou de préparer de futures mobilités régionales.
Exploiter pleinement LinkedIn et le digital pour se connecter au marché tunisien
Si les rencontres en face à face restent centrales en Tunisie, elles se préparent et se prolongent de plus en plus en ligne, surtout sur LinkedIn. Le réseau est largement utilisé par les entreprises locales et internationales pour recruter, communiquer sur leurs projets et suivre l’actualité sectorielle.
Construire un profil LinkedIn crédible aux yeux des recruteurs tunisiens
Dans un contexte où la réputation compte autant que le CV, le profil LinkedIn devient l’équivalent d’une carte de visite détaillée. Pour maximiser son impact en Tunisie, plusieurs éléments doivent être soignés :
Pour un chef de projet IT ciblant la Tunisie et l’Afrique du Nord, un profil efficace comprend : une photo professionnelle et sobre ; un titre spécifique comme ‘Chef de projet IT – intégration ERP pour l’industrie en Tunisie et en Afrique du Nord’ ; un résumé concret dans la section ‘À propos’ détaillant le parcours, les compétences clés et les objectifs dans le contexte local ; des expériences avec des réalisations chiffrées (croissance, économies, délais) et des mots-clés en français, anglais et arabe sectoriel ; ainsi que des recommandations de collègues ou clients de la région MENA validant les compétences interculturelles.
Un profil complet, cohérent et régulièrement mis à jour augmente significativement les chances d’apparaître dans les recherches des recruteurs et de voir ses invitations acceptées.
Rejoindre les bons groupes et communautés en ligne
LinkedIn regorge de groupes tunisiens ou régionaux où les professionnels échangent offres, conseils et tendances. Pour un expatrié, c’est un espace privilégié pour observer d’abord, interagir ensuite.
Quelques exemples utiles dans la tech et le business :
| Groupe LinkedIn / Communauté | Thématique principale | Intérêt réseau |
|---|---|---|
| Tunisian Developers Community | Développeurs, IT | Écosystème tech, meetups, offres |
| Tunisia Tech | Tech, innovation | Veille sectorielle, connexions CIO/CTO |
| AI Tunisia | Intelligence artificielle | Experts IA, hackathons, projets R&D |
| Entrepreneurs Tunisie | Entrepreneur·es et porteurs de projet | Partage d’expériences, partenaires |
| Marketing Digital Tunisie | Marketing, communication | Agences, freelances, cas pratiques |
L’idée n’est pas de se contenter d’adhérer, mais de commenter intelligemment, de partager des ressources utiles, de poser des questions précises. Au fil du temps, certains noms reviennent, et il devient naturel de proposer un échange en visio ou un café.
Des groupes Facebook comme « Expats in Tunisia », « Tunisia Digital Nomads » ou « Foreigners Living in Tunisia » offrent des conseils pratiques (logement, santé, école), des avis sur les employeurs et des annonces d’événements informels, facilitant ainsi l’intégration et le réseautage.
Utiliser LinkedIn comme tremplin vers des rencontres réelles
L’un des usages les plus efficaces de LinkedIn en Tunisie consiste à l’utiliser pour préparer de futures rencontres physiques. Par exemple :
– Identifier les intervenants d’un salon (Tunisia Investment Forum, BIGTECH, SIAMAP…) et les ajouter sur LinkedIn quelques semaines avant, avec un message personnalisé : mention du sujet de leur intervention, de votre intérêt spécifique, et proposition de les saluer sur place.
– Rechercher par filtre « Lieu : Tunis » ou « Sfax, Sousse », puis affiner par secteur (IT, industrie, finance, etc.) pour lister les DRH, directeurs commerciaux, fondateurs, et leur envoyer une invitation contextualisée.
– Après une première rencontre (dans un coworking, un afterwork, un déjeuner d’affaires), envoyer dans les 24 heures un message de suivi pour prolonger la conversation et consolider le lien.
Certaines personnes appliquent une discipline quotidienne simple (par exemple, commenter cinq publications pertinentes et envoyer cinq invitations personnalisées chaque jour) qui, sur quelques mois, produit un maillage relationnel étonnamment dense.
Bâtir des relations de confiance dans la durée
En Tunisie, le networking est un marathon plus qu’un sprint. Ce qui compte n’est pas seulement le nombre de cartes de visite accumulées, mais la qualité et la fréquence des interactions avec un noyau réduit de contacts clés.
L’art du café et du déjeuner comme prolongement des affaires
Les cafés et restaurants jouent un rôle central dans la vie professionnelle tunisienne. De nombreux échanges importants, négociations, arbitrages se déroulent autour d’un café ou d’un déjeuner, parfois bien plus qu’en salle de réunion. Accepter les invitations, rendre l’invitation à son tour, et ne pas se focaliser uniquement sur le travail pendant ces moments est essentiel.
Refuser systématiquement le café, le thé ou une invitation à déjeuner peut être interprété comme un désintérêt pour la personne, pas seulement pour l’affaire. Prendre ce temps informel est un investissement rentable pour construire une relation de confiance, même pour un expatrié très occupé.
Entretenir son réseau une fois la relation créée
Beaucoup d’expatriés font l’effort initial de participer à des événements et de rencontrer du monde, puis laissent les liens se distendre faute de suivi. En Tunisie, entretenir la relation est crucial et peut passer par quelques gestes simples :
Pour renforcer sa crédibilité et ses relations professionnelles en Tunisie, il est conseillé d’envoyer des messages personnalisés lors des fêtes religieuses (Aïd al-Fitr, Aïd al-Adha) et des fêtes nationales (Fête de l’Indépendance, Révolution et de la Jeunesse). Il est également utile de partager des informations pertinentes (nouvelles réglementations, opportunités de salons, appels à projets). Proposer régulièrement des échanges informels, en présentiel ou en visio, pour ‘prendre des nouvelles’ est apprécié. Enfin, mettre en relation deux contacts tunisiens ou tuniso-étrangers lorsqu’un intérêt commun est évident est une pratique valorisée, car rendre service renforce considérablement la crédibilité d’un expatrié dans un écosystème marqué par une forte culture de l’entraide.
Gérer les codes hiérarchiques sans se renier
Pour un expatrié habitué à des environnements plus horizontaux, la distance hiérarchique tunisienne peut déranger. Pourtant, la respecter ne signifie pas renoncer à son style de management ou de collaboration. Il s’agit plutôt d’adapter les formes.
Dans une réunion, on s’adresse en priorité au plus senior, on évite de contredire un supérieur hiérarchique d’un partenaire devant son équipe, et l’on réserve les points de désaccord pour des échanges plus discrets. De même, lorsqu’on veut faire progresser un projet, identifier le « sponsor » interne capable de valider et de protéger l’initiative est souvent plus efficace que de tenter de convaincre toute l’organisation d’un coup.
Surmonter la barrière linguistique pour mieux réseauter
Un atout décisif pour un expatrié en Tunisie est la capacité à naviguer entre français, arabe et, de plus en plus, anglais. La maîtrise du français ouvre déjà énormément de portes, notamment dans l’administration, la banque, les grandes entreprises et le consulting. Mais quelques notions d’arabe – même limitées au dialecte tunisien (Derja) – produisent un effet immédiat sur la qualité des interactions.
Apprendre et utiliser des expressions de base en arabe dialectal marocain, comme « Sbah el-khir » (bonjour), « Choukran » (merci), « ʿAyshek » (s’il vous plaît) ou « Chnou ahwalk ? » (comment ça va ?), est très apprécié et démontre une volonté d’intégration. Bien que cela ne suffise pas pour mener des négociations complexes, cela crée un climat de sympathie qui facilite grandement les échanges ultérieurs, qui pourront se poursuivre en français ou en anglais.
Des instituts comme l’Institut Bourguiba, des écoles privées ou des plateformes en ligne (Memrise, Duolingo pour l’arabe standard, Tandem ou HelloTalk pour les échanges) permettent de progresser à son rythme. Participer à des ateliers de conversation, des rencontres linguistiques dans des cafés ou des centres culturels (Institut français, Goethe-Institut) est aussi une excellente manière de mixer apprentissage de la langue et élargissement du réseau.
Intégrer les écosystèmes sectoriels : tech, industrie, agribusiness…
En Tunisie, certains secteurs se détachent particulièrement par leur dynamisme et la densité de leurs réseaux : technologies de l’information, industries mécaniques et électroniques, agriculture et agroalimentaire, bâtiment, énergie, tourisme. S’insérer dans ces écosystèmes implique de fréquenter les lieux, les structures d’appui et les événements spécialisés.
La scène startup et tech : un laboratoire idéal pour expatriés
Pour les professionnels du numérique, la Tunisie est un terrain de jeu intéressant, soutenu par un cadre favorable (Startup Act, fonds d’investissement dédiés, incubateurs, accélérateurs).
Des acteurs comme Flat6Labs Tunis, GOMYCODE, Cogite ou encore des communautés de développeurs (GDG Carthage, AI Hack Tunisia, Tunihack) structurent un réseau dense d’événements : hackathons, demo days, meetups techniques, conférences comme Tunisia Digital Summit ou BIGTECH. Pour un développeur, un product manager, un spécialiste data ou un investisseur, être présent sur ces scènes permet de :
– Repérer des talents à recruter ou des cofondateurs potentiels.
– Comprendre les tendances locales (fintech, agritech, edtech, etc.).
– Entrer en relation avec des décideurs publics impliqués dans la transformation numérique.
Un étranger qui apporte une expertise pointue (cybersécurité, IA, UX, gestion de projets agiles, internationalisation) et se montre disponible pour intervenir ponctuellement (atelier, mentoring, jury de pitch) peut très rapidement devenir une figure identifiée dans cet écosystème.
Réseauter dans l’industrie, le bâtiment et l’agroalimentaire
Pour les profils orientés industrie, ingénierie ou agribusiness, la logique est similaire, mais avec d’autres plateformes de visibilité : MEDIBAT, SIAMAP, SMA MEDFOOD, FORUMESURE, CLIMEXPO, PLASTIC EXPO, PACK PRINT TUNISIA, etc. Ces salons, souvent organisés à Tunis, Hammamet ou Sfax, réunissent industriels locaux, investisseurs étrangers, organismes publics techniques et chambres de commerce.
Se rapprocher d’organismes comme la FIPA (Agence de promotion de l’investissement extérieur), l’APII (Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation), le CETIME (centre technique des industries mécaniques et électriques) ou les chambres de commerce (comme celle de Tunis) permet de comprendre les dispositifs d’incitation, d’identifier des projets en recherche de partenaires et d’obtenir des introductions ciblées.
Gérer le temps, les fêtes et les saisons : le calendrier réel du networking
L’agenda d’un expatrié qui veut réseauter efficacement en Tunisie doit tenir compte de plusieurs réalités locales.
De nombreuses entreprises ralentissent leur activité en juillet-août en raison de la chaleur et des vacances. De même, le mois de Ramadan, dont les dates varient chaque année, modifie profondément le rythme de travail avec des journées raccourcies et une disponibilité réduite en journée. Il est conseillé d’éviter les gros lancements ou les négociations sensibles pendant ces périodes. Privilégiez plutôt le renforcement des relations, par exemple en participant à des iftars (ruptures du jeûne) avec vos partenaires.
Les jours fériés nationaux (Nouvel An, Révolution et Jeunesse, Fête de l’Indépendance, Fête du Travail, Fête de la République, Journée de la Femme, Journée de l’Évacuation, etc.) donnent autant d’occasions d’adresser un message de courtoisie à son réseau. C’est une manière simple, mais très efficace de rester présent à l’esprit de ses contacts.
Cas pratiques d’expatriés : ce qui fonctionne vraiment
Les témoignages d’expatriés installés depuis plusieurs années en Tunisie illustrent bien l’importance du réseau. On retrouve des profils très différents : dirigeant de filiale internationale, freelance en journalisme ou photographie, chef d’entreprise dans la restauration, retraitée intégrée dans un club d’anciennes résidentes allemandes, etc.
Certains se sont intégrés presque exclusivement via des réseaux locaux (associations caritatives, amis tunisiens rencontrés au fil du temps) plutôt que par les cercles expatriés. D’autres ont bâti des cercles mixtes, combinant expatriés et Tunisiens, par le biais de clubs, d’écoles internationales, de coworkings ou d’associations culturelles. Ce qui ressort de leurs parcours :
Pour s’intégrer durablement à Tunis, il est conseillé de privilégier des quartiers centraux plutôt que des enclaves aisées, afin de multiplier les contacts avec la population locale. S’investir dans des activités associatives, culturelles ou sportives crédibilise votre présence au-delà du statut professionnel. Apprendre le dialecte tunisien, même partiellement, réduit significativement la distance culturelle. À l’inverse, se cantonner à une bulle expatriée limite souvent les opportunités professionnelles à certains secteurs (tourisme, éducation internationale) et crée une dépendance envers les employeurs étrangers.
Stratégie globale : comment structurer son développement de réseau en Tunisie
Pour un expatrié qui s’installe ou qui prépare son départ vers la Tunisie, une stratégie de réseau réaliste et efficace peut se découper en plusieurs étapes.
Dans un premier temps, avant même l’arrivée, le travail peut déjà commencer en ligne : rejoindre des groupes d’expatriés, identifier les principaux événements de son secteur, et engager quelques premières conversations avec des professionnels sur place.
Les premiers mois doivent être consacrés à une exploration active : participer aux événements majeurs, adhérer à une association professionnelle et un club social d’expatriés, explorer les espaces de coworking, et approcher ciblément des décideurs via LinkedIn ou des introductions. L’objectif principal est de cartographier l’écosystème, identifier les interlocuteurs clés et comprendre les sous-cultures sectorielles, plutôt que de chercher immédiatement un contrat ou un poste.
À partir de ce socle, le travail de fond consiste à entretenir, approfondir et diversifier le réseau : multiplier les déjeuners, offrir son aide (par exemple en partageant son expertise internationale dans des tables rondes ou des ateliers), recommander des contacts entre eux, et se rendre régulièrement visible sur les plateformes professionnelles avec des interventions pertinentes.
Conclusion : faire de la Tunisie une base relationnelle régionale
Développer son réseau professionnel en Tunisie ne se limite pas à réussir son intégration dans un seul pays. Grâce à sa position géographique, à ses accords commerciaux et à la mobilité de sa diaspora, la Tunisie peut devenir pour un expatrié une véritable base arrière vers d’autres marchés africains, méditerranéens et européens.
Un réseau professionnel solide développé en Tunisie (à Tunis, Sfax ou Sousse) peut ouvrir des perspectives dans plusieurs pays (Maghreb, Europe, Golfe, Amérique du Nord) grâce aux connexions de la diaspora et aux partenariats d’entreprises. La réussite passe par le respect des codes locaux, un investissement sincère dans les relations humaines, l’acceptation d’une gestion du temps plus flexible et une combinaison intelligente de présence physique et numérique.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tunisie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tunisie pour son régime privilégié des pensions étrangères (imposition réduite via crédit d’impôt et exonération partielle sous conditions de rapatriement), coût de vie très inférieur à la France (Tunis ~50% moins cher que Paris), proximité géographique et culturelle, et facilité de retour régulier en France. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un permis de séjour de retraité avec location ou achat d’une résidence principale, coordination CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (séjour >183 jours/an en Tunisie, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local francophone (avocat, immigration, notaire) et intégration patrimoniale internationale (analyse et restructuration si nécessaire), afin de sécuriser les économies fiscales et limiter les risques de double imposition (convention FR‑TN) et de contrôles français.
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