S’installer en Tunisie attire de plus en plus de retraités, de télétravailleurs et de salariés en mission. Coût de la vie très abordable, climat méditerranéen, proximité avec l’Europe et population accueillante : sur le papier, le pays cumule les atouts. Mais un projet d’expatriation ne s’improvise pas. Entre la réalité du marché du travail, une monnaie non convertible, des démarches administratives parfois lentes et un cadre légal spécifique, mieux vaut arriver bien informé.
Ce guide synthétise les informations clés pour préparer votre expatriation, en s’appuyant sur des données économiques, des textes officiels et les retours d’expérience d’autres expatriés.
Comprendre le pays avant de partir
La Tunisie est le plus petit pays du Maghreb, coincé entre l’Algérie et la Libye, avec plus de 1 000 kilomètres de côtes sur la Méditerranée. Sa capitale, Tunis, concentre l’essentiel de la vie politique, économique et culturelle.
L’arabe est la langue officielle, mais le français reste omniprésent dans l’administration, les affaires et les médias. L’anglais progresse, notamment chez les jeunes et dans le secteur technologique, mais il ne suffit pas à lui seul pour la vie quotidienne. Avoir au moins de bonnes bases en français, ainsi que quelques mots d’arabe dialectal, change radicalement la qualité de votre intégration.
La monnaie, le dinar tunisien (TND), est une véritable spécificité : il s’agit d’une devise fermée, qu’on ne peut ni importer ni exporter légalement. Les billets que vous retirez en Tunisie doivent donc être consommés ou reconvertis avant de quitter le territoire, sous peine de se les voir confisquer à la douane.
Le pays est officiellement une république démocratique, à dominante musulmane (environ 99 % de la population). La religion imprègne la vie sociale et le calendrier, notamment pendant le mois de Ramadan, tout en coexistant avec un mode de vie plus libéral que dans certains pays voisins.
Visas, carte de séjour et droit au séjour
Pour un court séjour touristique, de nombreuses nationalités (européennes, nord-américaines, etc.) sont exemptées de visa jusqu’à 90 jours. En revanche, dès que l’objectif est de s’installer – travailler, étudier, vivre sa retraite – le cadre change.
Pour rester au-delà de 90 jours (ou plus de six mois non consécutifs sur une année), il faut entrer dans le cadre d’un séjour long : long-stay visa, puis carte de séjour. Les États-Unis, par exemple, autorisent leurs ressortissants à entrer sans visa jusqu’à quatre mois, mais au-delà, la carte de séjour tunisienne devient obligatoire.
La carte de séjour, essentielle pour les expatriés, doit généralement être demandée dans les trois mois suivant l’arrivée. Le dossier est à déposer soit au poste de police compétent, soit auprès du ministère de l’Intérieur, selon la situation de l’individu.
Les documents habituellement exigés comprennent des copies du passeport, un contrat de location, une attestation d’emploi ou de ressources, des photos d’identité, parfois un certificat médical, un extrait de casier judiciaire, ainsi qu’un timbre fiscal. Pour les retraités, des preuves de versement régulier de pension sont requises.
Les cartes de séjour temporaires en Tunisie sont généralement valables pour une durée d’un à deux ans et sont renouvelables. Un séjour prolongé et continu, souvent d’au moins cinq ans, peut permettre d’obtenir une carte de résident de longue durée. D’autres critères, tels qu’un mariage avec un(e) Tunisien(ne), avoir des enfants tunisiens, ou réaliser un investissement significatif dans le pays, sont également examinés par les autorités pour l’obtention de ce titre de séjour.
L’un des points positifs régulièrement relevés par les expatriés est la relative simplicité de la procédure, comparée à d’autres pays africains. La Tunisie est souvent présentée comme l’un des systèmes de séjour les plus accessibles du continent, même si la réalité quotidienne implique parfois délais, allers-retours et demandes de documents supplémentaires. Il est crucial, en tout cas, de ne pas laisser expirer sa période de séjour sans carte : un dépassement de séjour entraîne des amendes et peut bloquer la sortie du territoire au moment du départ.
Où vivre : cartographie des quartiers et villes prisés
Le choix du lieu d’installation change tout : style de vie, budget, accès aux écoles, au travail ou à la mer. Tunis reste la porte d’entrée et le centre névralgique, mais d’autres villes comme Sousse, Monastir ou Hammamet attirent surtout retraités et télétravailleurs en quête de calme et de loyers plus bas.
Les grands repères dans la capitale
Tunis est une métropole de plus d’un million d’habitants, divisée en 15 arrondissements municipaux. Certains quartiers sont devenus de véritables « bulles » pour expatriés.
Autour de la baie nord, la « banane dorée » La Marsa – Carthage – Sidi Bou Saïd concentre une forte communauté étrangère, les ambassades, des villas avec vue mer, cafés wifi et restaurants occidentalisés. La Marsa, en particulier, combine vie urbaine et accès à la plage, sur fond d’influence très française. Carthage, plus résidentielle et historique, séduit les familles et les diplomates, tandis que Sidi Bou Saïd, carte postale bleu et blanc, est autant un décor de visite qu’un quartier habitable, souvent cher et très touristique.
À l’intérieur des terres, El Menzah et El Manar forment un vaste secteur résidentiel pour les classes moyennes supérieures, apprécié des familles expatriées pour ses espaces verts, ses écoles internationales et sa proximité avec les zones industrielles. Mutuelleville, voisin du parc du Belvédère (le plus grand parc de Tunis), est encore plus cossu, offrant un environnement calme mais avec des loyers plus élevés.
Les Berges du Lac (Lac 1 et Lac 2) incarnent la Tunisie « business » : immeubles récents, sièges de banques, cafés design, centres commerciaux. Les expatriés y trouvent un cadre très moderne, mais la desserte en transport public reste limitée. Plus au nord, L’Aouina et El Ghazala offrent un compromis intéressant : infrastructures contemporaines, loyers moins élevés, proximité de grands axes routiers et de zones d’activité.
Le centre-ville (Ville Nouvelle / Centreville) est le cœur historique moderniste, héritage du protectorat français, organisé autour de l’avenue Habib Bourguiba, du Théâtre municipal et de la cathédrale Saint-Vincent. Il offre une ambiance animée avec boutiques européennes, restaurants et vie nocturne, et des loyers encore très accessibles, au prix d’un environnement bruyant et d’une densité élevée.
La médina de Tunis, enfin, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est une autre planète : ruelles étroites, souks, mosquées et palais anciens. Y vivre permet une immersion culturelle forte, avec un coût du logement correct, mais au prix d’une logistique quotidienne plus compliquée (bruit, accès, circulation, difficulté de stationnement). Le marchandage y est la norme.
Pour mieux visualiser la diversité de l’offre à Tunis, on peut résumer ainsi :
| Zone / Quartier | Profil dominant | Atouts principaux | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| La Marsa | Expats, familles aisées | Mer, cafés, écoles, ambiance « village chic » | Loyers élevés |
| Carthage | Diplomates, cadres | Calme, villas, sites antiques, vue mer | Peu d’hébergements touristiques |
| Sidi Bou Saïd | Touristes, quelques expats | Paysage iconique, charme, cafés traditionnels | Très fréquenté, prix gonflés |
| Berges du Lac (1 & 2) | Cadres, entreprises | Moderne, business, restaurants, sécurité | Transport public limité |
| El Menzah / El Manar | Familles, classe moyenne+ | Écoles, parcs, commerces, accès routiers | Circulation dense aux heures de pointe |
| Mutuelleville | Expats familles | Quartier résidentiel haut de gamme, parc | Loyers plus élevés |
| Centre-ville (Ville Nouvelle) | Jeunes, étudiants | Vie urbaine, culture, prix bas des loyers | Bruit, insécurité ponctuelle la nuit |
| Médina | Locaux, touristes | Authenticité, coût modéré | Dédale de ruelles, bruit, foule |
| L’Aouina / El Ghazala | Jeunes actifs, familles | Constructions récentes, centres commerciaux | Quartiers encore en développement |
En soirée, les périphéries très peu touristiques ou mal éclairées sont à éviter, surtout seul et pour les femmes.
Autres villes à considérer
Sousse et Monastir, sur la côte centre-est, combinent plages, infrastructures touristiques et rythme plus lent. Les loyers y sont en moyenne plus bas qu’à Tunis, sans pour autant sacrifier l’accès aux services essentiels. Hammamet et Djerba sont très prisées des retraités européens pour leur douceur de vivre et leur environnement balnéaire.
Des villes comme Sfax, Nabeul ou Kairouan intéressent davantage les profils professionnels liés à l’industrie, à l’agriculture ou au tourisme culturel.
Coût de la vie : combien prévoir réellement ?
Toutes les sources convergent : la Tunisie fait partie des pays les plus abordables au monde pour un expatrié disposant de revenus étrangers. Le pays se situe environ 2,26 fois en dessous de la moyenne mondiale en termes de coût de la vie, et figure autour de la 188ᵉ place sur 197 pays pour le niveau des prix.
Comparée à des références européennes ou nord-américaines, la Tunisie affiche des écarts spectaculaires :
– environ 60 à 70 % moins chère que les États-Unis (et les loyers jusqu’à 88 % moins chers)
– autour de 52 % moins chère que la France
– des prix souvent divisés par deux par rapport à l’Espagne
– des niveaux très proches du Maroc, avec un léger avantage tunisien pour le logement et l’alimentation
À Tunis, les indices de coût de la vie restent bas (CO L autour de 29,1, indice loyer 5,5), ce qui explique l’attrait du pays pour les portefeuilles européens.
Logement : location et achat
Le poste logement varie fortement selon la ville, le quartier et le standing, mais reste, globalement, très compétitif.
À Tunis, les données de marché indiquent pour la location :
| Type de logement (Tunis) | Zone | Fourchette de loyer mensuel (TND) | Moyenne observée (TND) |
|---|---|---|---|
| Appartement 1 chambre en centre-ville | Centre | 400 – 1 000 | ~685 |
| Appartement 1 chambre hors centre | Périphérie | 300 – 800 | ~446 |
| Appartement 3 chambres en centre-ville | Centre | 700 – 1 800 | ~1 187 |
| Appartement 3 chambres hors centre | Périphérie | 500 – 1 300 | ~800 |
| Studio meublé 45 m² zone chère | Quartiers premium | – | ~1 722 |
| Studio meublé 45 m² zone « normale » | Quartiers standard | – | ~527 |
| 85 m² meublés en zone chère | Quartiers premium | – | ~2 048 |
| 85 m² meublés en zone « normale » | Quartiers standard | – | ~1 006 |
En dehors de Tunis (Sousse, Monastir…), les loyers pour un 1 chambre descendent fréquemment autour de 400–600 TND en banlieue, 500–1 000 TND en centre, ce qui reste très bas au regard des salaires européens.
Loyer mensuel, en dinars tunisiens, pour un appartement neuf dans un secteur développé de Tunis, toutes charges incluses.
Pour l’achat, les prix restent, là aussi, attractifs :
| Achat d’appartement à Tunis | Localisation | Prix au pied carré (TND) |
|---|---|---|
| Centre-ville | Centre | 185,8 – 371,61 |
| Hors centre | Périphérie | 74,32 – 260,13 |
Le prix médian d’un bien immobilier en Tunisie tourne autour de 84 600 dollars, ce qui reste accessible pour un investisseur étranger. La législation autorise l’accès à la propriété foncière aux non-nationaux, mais les démarches sont strictement encadrées, notamment pour les terrains agricoles.
Charges, alimentation, transports : le détail
Les charges de base (électricité, chauffage, climatisation, eau, ordures) pour un logement de 85 m² sont en moyenne autour de 160 TND, avec une fourchette de 100 à 250 TND selon la consommation. Des estimations plus « tout compris » (eau, électricité, gaz, internet) évoquent 270 à 370 TND pour un foyer standard.
Côté alimentation, le contraste entre les produits locaux et les importations est frappant. Les produits de base restent très accessibles, tandis que certains articles occidentaux s’envolent.
Quelques repères de prix (Tunis) :
| Produit / service | Fourchette de prix (TND) | Commentaire |
|---|---|---|
| Repas simple au restaurant bon marché | 6 – 25 (moyenne 10) | Cuisine locale |
| Menu fast-food type McDonald’s | 12 – 20 (moyenne 15) | |
| Dîner pour 2 (3 plats, restaurant moyen) | 35 – 120 (moyenne 60) | |
| Pain blanc (≈ 450 g) | 0,18 – 2,27 | |
| Lait (1 gallon ≈ 3,8 L) | 4,54 – 8,71 | |
| Œufs (12) | 3 – 6 | |
| Poulet (≈ 450 g) | 4,08 – 9,53 | |
| Bœuf (≈ 450 g) | 13,06 – 24,95 | |
| Bouteille de vin milieu de gamme | 10 – 30 | |
| Parmesan (exemple de produit « luxe ») | ≈ 30 | Très cher comparé au marché local |
| Avocat (unité) | 5 – 6 | Produit importé |
Une expatriée rapportait un budget de courses d’environ 300 TND par mois pour deux personnes, en s’appuyant largement sur les marchés et produits locaux.
Les transports restent eux aussi extrêmement bon marché :
| Transport | Prix indicatif (TND) |
|---|---|
| Ticket de bus/métro (trajet simple) | 0,5 – 2 |
| Pass mensuel transport en commun | 20 – 60 |
| Course de taxi (3 km environ) | ≈ 1 |
| Taxi – prise en charge | 0,90 – 1,40 |
| Taxi – attente (par heure) | 9 – 30 |
| Essence (1 gallon ≈ 3,8 L) | 8,52 – 9,84 |
À cela s’ajoutent des abonnements mobiles très accessibles (15 à 50 TND par mois pour appels + 10 Go de data) et un internet fixe oscillant autour de 30–100 TND mensuels selon le débit.
Budgets types d’expatriés
Les études de coût de la vie et les témoignages permettent de dégager des fourchettes réalistes :
– célibataire : 1 800 à 3 350 TND par mois (environ 600 à 1 100 €) pour un niveau de vie confortable à Tunis
– famille de 4 personnes : autour de 5 800 à 6 200 TND (1 800–1 900 €) par mois selon le mode de vie
– digital nomad à Tunis : environ 1 900–2 000 dollars mensuels
– expatrié à revenus modestes : vivre correctement est possible dès 2 000–3 000 TND dans des quartiers standards ou en province
Pour un étranger disposant d’un revenu en euros ou dollars, ces chiffres sont attractifs. Mais il faut garder à l’esprit que le salaire moyen net tunisien tourne autour de 950–1 100 TND à Tunis, et que beaucoup d’emplois locaux paient entre 170 et 300 euros par mois. Ce qui est « bon marché » pour un expatrié reste souvent hors de portée pour une partie de la population locale.
Travail, revenus étrangers et fiscalité
Travailler en Tunisie comme étranger nécessite une combinaison complexe : visa long séjour, carte de séjour et surtout permis de travail. Ce permis est délivré par le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, après que l’employeur a démontré l’absence de candidat local équivalent. Les secteurs ouverts aux profils étrangers se situent surtout dans les ONG, les organisations internationales, l’enseignement (langues, écoles internationales), la haute technologie ou certains postes de direction.
La Tunisie ne propose pas encore de visa spécifique pour les télétravailleurs ou nomades numériques. Les travailleurs indépendants avec des clients à l’étranger s’installent souvent sous d’autres statuts de résidence, ce qui peut entraîner des complexités au niveau fiscal et pour l’ouverture de comptes bancaires.
Sur le plan fiscal, un point clé est la notion de résidence fiscale. En résumé, vous êtes considéré résident si vous disposez d’un foyer permanent en Tunisie ou y séjournez plus de 183 jours dans l’année. Dans ce cas, vous êtes en principe imposable sur vos revenus mondiaux. Les non-résidents ne sont taxés que sur leurs revenus de source tunisienne.
Taux marginal maximal de l’impôt sur le revenu en Tunisie, incluant la contribution de solidarité, pour les revenus dépassant 50 000 TND.
Des conventions de non double imposition, signées avec de nombreux pays européens, le Canada, les États-Unis et d’autres États, permettent d’éviter l’imposition deux fois du même revenu, par exemple via des crédits d’impôt. Les retraités rapatriant leur pension par l’intermédiaire d’une banque tunisienne peuvent bénéficier d’avantages fiscaux partiels, sous certaines conditions.
Pour les indépendants et télétravailleurs, la combinaison de la résidence fiscale, des règles de change, du statut de compte bancaire et des conventions fiscales exige souvent un accompagnement professionnel (avocat fiscaliste, expert-comptable). L’absence de préparation peut déboucher sur des redressements ou des blocages de transferts.
Ouvrir un compte en banque et gérer son argent
Dans un pays à monnaie non convertible, ouvrir un compte local dès son installation est quasiment indispensable : pour recevoir un salaire, payer un loyer, régler les factures, ou être en règle avec certaines administrations.
Les grandes banques du pays (BIAT, Amen Bank, Attijari Bank, Banque de Tunisie, STB, BH Bank, Arab Tunisian Bank…) affichent généralement une offre spécifique pour les étrangers. L’ouverture de compte est présentée comme relativement simple, mais dans les faits, chaque établissement applique ses propres exigences.
Documents et types de comptes
Pour un compte en dinars classique, les pièces courantes demandées sont un passeport, un justificatif de domicile et, le plus souvent, une carte de séjour ou un visa de long séjour. Un relevé de revenus (fiches de paie, contrat de travail) est parfois requis, ainsi qu’un dépôt initial dont le montant varie selon les banques.
La plupart des banques proposent plusieurs typologies de comptes destinés aux expatriés :
Présentation des différents comptes disponibles pour les résidents, adaptés à la nature des fonds et des opérations.
Compte destiné aux opérations courantes en monnaie locale.
Compte réservé aux apports de fonds en provenance de l’étranger.
Compte pour les fonds d’origine étrangère, libellé en dinars.
Compte en devises ou dinars convertibles pour les résidents disposant de revenus de l’étranger, régi par une circulaire de la Banque centrale.
Le compte en devises permet de déposer et éventuellement de réexpédier à l’étranger de l’argent sans passer par la conversion en dinars, à condition d’en justifier l’origine à l’entrée sur le territoire (déclaration en douane au-delà de certains seuils). Le compte PPR, lui, est très contrôlé : pas de découvert, opérations encadrées, transferts vers l’étranger strictement limités sauf départ définitif.
À l’inverse, un compte courant en dinars alimente vos dépenses quotidiennes (loyer, courses, factures). Mais l’argent qui y est versé devient, en pratique, difficilement exportable. La loi impose d’ailleurs que les résidents remettent leurs devises au marché officiel, sauf pour les sommes logées sur des comptes en devises ou en dinars convertibles.
Il est donc essentiel, avant de multiplier les virements vers la Tunisie, de structurer sa stratégie bancaire : quel montant garder en devises, quel montant convertir, sur quel type de compte, et avec quel horizon de départ.
Transferts, change et limites pratiques
La Banque centrale de Tunisie encadre strictement les flux en devises. Tout mouvement significatif d’argent de l’étranger ou vers l’étranger est potentiellement soumis à son contrôle, et les banques doivent respecter un arsenal réglementaire dense. Tout port ou export de devises au-dessus de 20 000 TND doit être déclaré aux douanes, et il est interdit de sortir plus de 5 000 dinars du territoire sans déclarations préalables.
Les transferts internationaux s’effectuent par virement SWIFT. Ils impliquent généralement des frais fixes (10 à 30 € côté émetteur), des commissions de change (souvent 1 à 3 %), et parfois des frais de réception (5 à 15 €). Le délai d’exécution est habituellement de 2 à 5 jours ouvrés.
Pour limiter les coûts, les expatriés utilisent souvent des solutions de type multi-devises comme Wise, qui permettent de réduire les frais de change et de transfert, ou recourent à des virements SEPA (pour l’euro) quand c’est possible. Mais quelles que soient les solutions choisies, les règles tunisiennes de contrôle de change continuent de s’appliquer une fois l’argent arrivé dans le pays.
Un autre point rarement anticipé : la quasi-impossibilité de retirer des devises aux distributeurs tunisiens. Les DAB délivrent des dinars, dont l’export est interdit. Pour obtenir de l’euro ou du dollar, il faut passer par son compte en devises au guichet, sur présentation de justificatifs, voire d’autorisations spécifiques pour certains montants.
Enfin, la Tunisie connaît l’existence d’un marché noir du change, mais y recourir expose à des risques juridiques et sécuritaires importants. Les expatriés sont invités à rester dans le cadre du système bancaire officiel, même si le taux officieux peut paraître plus attrayant.
Se déplacer : transports et conduite
Tunis est une ville pensée pour la voiture, même si le réseau de transport public reste exploitable. La capitale et sa périphérie disposent :
– d’un métro léger (6 lignes) qui dessert Tunis, Ariana, Ben Arous et La Manouba
– d’un réseau de bus assez dense, mais parfois irrégulier
– du train TGM, qui relie le centre à La Goulette, Le Kram, Sidi Bou Saïd et La Marsa
Le TGM reste le lien emblématique entre la ville et les quartiers nord littoraux, très fréquentés par les expatriés. Certaines sections de la ligne sont ponctuellement en travaux, ce qui impose parfois l’usage de bus de substitution.
À Tunis, les taxis jaunes sont nombreux et économiques. Il est crucial d’exiger l’utilisation du compteur (taximètre) pour éviter des majorations arbitraires, surtout pour les étrangers. Après 21 heures, le tarif augmente d’environ 50 %. Pour plus de transparence, les applications comme Bolt ou InDrive sont recommandées et rassurent particulièrement les expatriés.
Pour les déplacements interurbains, les « louages » – minibus partagés – constituent un moyen économique et courant. Ils opèrent au départ de gares spécifiques, avec différents codes couleurs selon les distances (bleus pour les trajets régionaux, blancs à bande rouge pour les longues distances). Les bus de la SNTRI et les trains de la SNCFT assurent également des liaisons entre grandes villes, mais avec des fréquences et des temps de trajet parfois imprévisibles.
Le permis national n’est valable que trois mois, après quoi un permis tunisien est obligatoire. La conduite, à droite, est marquée par des comportements routiers souvent imprévisibles (dépassements, klaxons, non-respect des priorités et des feux). L’état des routes est correct dans les grandes villes, mais les routes secondaires peuvent être dégradées et mal éclairées, particulièrement de nuit.
De nombreux expatriés considèrent qu’une voiture est quasi indispensable à Tunis pour gagner en autonomie, quand d’autres se contentent des taxis et transports publics, notamment s’ils vivent dans des villes plus petites ou très piétonnes comme certains quartiers de Monastir ou de la vieille ville.
Santé, assurance et hôpitaux
La Tunisie affiche un système de santé parmi les plus développés du continent africain, avec une forte montée en gamme du secteur privé et un positionnement affirmé sur le tourisme médical (ophtalmologie, chirurgie esthétique, soins dentaires…). Les coûts sont, en moyenne, nettement inférieurs à ceux de l’Europe ou de l’Amérique du Nord.
La qualité et l’accès aux soins varient considérablement selon la localisation et le type d’établissement. Les hôpitaux publics souffrent souvent de sous-financement, de services surchargés et de longs délais d’attente. En revanche, les cliniques privées, notamment à Tunis et Sfax, offrent généralement des équipements et un confort conformes aux standards internationaux, mais les coûts peuvent augmenter très rapidement sans une assurance santé adaptée.
Quelques ordres de grandeur de tarifs :
| Acte médical / séjour | Secteur / type | Prix indicatif (TND) |
|---|---|---|
| Consultation généraliste (public) | Hôpital, dispensaire | 10 – 30 |
| Consultation généraliste (privé) | Cabinet, clinique | 30 – 100 |
| Spécialiste (privé) | Cardiologue, dermato, etc. | 50 – 90 |
| Psychiatre / neurologue (privé) | Cabinet | 50 – 75 |
| Visite médecin à domicile | Privé | 50 – 60 |
| Accouchement voie basse (public) | Hôpital | 500 – 700 |
| Césarienne (privé) | Clinique | 1 000 – 2 000 |
| Nuit en chambre privée (hors soins) | Clinique privée | 100 – 180 |
| Consultation dentaire | Privé | 50 – 115 |
| Couronne | Privé | 660 – 1 154 |
| Implant dentaire | Privé | 1 300 – 1 600 |
Pour les expatriés salariés, l’affiliation à la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) peut donner accès au remboursement d’un certain nombre de soins, selon un système de cartes (publique, privée, remboursement). Mais les plafonds de remboursement, notamment pour les soins ambulatoires, restent limités, et beaucoup de soins en clinique privée continueront de rester largement à votre charge.
Il est fortement recommandé de souscrire une assurance santé internationale avant le départ, ou au plus tard dans le mois précédant l’installation. Les grandes compagnies (Cigna Global, Allianz, AXA, etc.) proposent des couvertures pour les soins hospitaliers, la médecine courante, parfois la maternité et le rapatriement sanitaire. Sans cette assurance, une hospitalisation de quelques jours en clinique privée peut coûter plusieurs milliers de dollars.
Sur le plan sanitaire, aucune vaccination n’est obligatoire pour entrer en Tunisie, mais les vaccins classiques (DTP, ROR) doivent être à jour, et des rappels sont recommandés pour l’hépatite A et B, la typhoïde ou la rage en cas de séjour prolongé en zones rurales. Les grands risques infectieux comme le paludisme ou le choléra ne sont plus d’actualité.
Un rappel important pour la vie quotidienne : l’eau du robinet n’est pas considérée comme potable dans la plupart des situations pour un étranger. Boire de l’eau en bouteille reste le standard, même si l’eau courante sert sans problème pour la toilette et la cuisine (après cuisson).
Scolarité et éducation internationale
Pour les familles expatriées, la question des écoles arrive très vite. Le système tunisien, inspiré à l’origine du modèle français, s’est beaucoup développé, avec un large réseau d’établissements publics et privés, et une offre grandissante d’écoles internationales.
Dans la capitale et sa périphérie, on trouve : la diversité des cultures, des infrastructures modernes, et un riche patrimoine historique.
Un aperçu des principaux établissements scolaires internationaux proposant des programmes britanniques, américains, bilingues, canadiens ou le Baccalauréat International (IB).
Inclut la British International School of Tunis (BIST), Cambridge International School (CIS) et l’English International School of Tunis (EIST).
L’American Cooperative School of Tunis (ACST), un établissement majeur proposant un programme américain.
Comme l’International School of Carthage (ISC) et l’École Canadienne de Tunis, offrant des programmes bilingues ou le curriculum canadien.
Plusieurs établissements internationaux en Tunisie proposent les programmes diplômants de l’IB.
Les frais de scolarité dans ces structures varient énormément, mais les chiffres de référence indiquent des coûts annuels autour de 3 600 à 20 000 TND par enfant pour les écoles internationales, avec une moyenne courante autour de 3 000 à 4 000 dollars pour des cursus internationaux. Ces montants doivent être intégrés à votre budget global, d’autant qu’il peut y avoir des listes d’attente et des frais d’inscription non remboursables.
Pour les jeunes enfants, les jardins d’enfants et maternelles privés affichent, eux, des tarifs mensuels beaucoup plus modérés, compris entre 150 et 600 TND selon le quartier et le niveau de services.
Vie quotidienne, culture et sécurité
L’un des aspects qui séduit le plus les nouveaux arrivants est le rythme de vie : plus lent, plus relationnel, moins obsédé par la ponctualité. Les Tunisiens accordent beaucoup d’importance à la famille, aux amis, aux repas partagés et à l’hospitalité. De nombreux expatriés témoignent d’une chaleur humaine et d’une sociabilité spontanée, en particulier dès qu’on manifeste quelques efforts en arabe ou en français.
Le pays présente un équilibre entre modernité et conservatisme religieux. Dans les grandes villes et zones touristiques, les codes vestimentaires sont souples, mais une tenue modeste est recommandée, surtout pour les femmes, dans les quartiers populaires et les petites villes. Les démonstrations d’affection en public sont déconseillées, et l’environnement est légalement et socialement hostile envers les personnes LGBTQ+.
Sur le plan de la sécurité, les données et les témoignages convergent : la Tunisie est perçue comme « plutôt sûre » pour un homme expatrié, avec peu de grande criminalité, mais des risques classiques de petite délinquance (pickpockets, vols à la tire, arnaques aux prix, notamment dans les zones touristiques). Certains indicateurs soulignent toutefois que le pays n’est pas considéré comme sûr pour les femmes seules, en raison de harcèlement de rue et de comportements intrusifs.
La police est très présente, notamment depuis les attentats du milieu des années 2010. Les autorités maintiennent des zones formellement déconseillées, en particulier près de certaines frontières. Les voyageurs sont invités à éviter les zones militaires, à ne pas photographier les installations sensibles, et à rester prudents lors des manifestations.
Pour le quotidien, quelques réflexes s’imposent :
– surveiller ses effets personnels dans les marchés, la médina, les transports
– privilégier les taxis officiels et les applis de VTC la nuit
– garder ses papiers en lieu sûr, avec photocopies séparées
– se montrer ferme mais poli sur les tarifs, en particulier dans les restaurants touristiques où la « tarification à la tête du client » existe
– adapter sa tenue et son comportement selon le contexte, surtout en période de Ramadan
L’air est globalement de bonne qualité (indice moyen annuel autour de 23 US AQI), même si la pollution et la poussière peuvent être plus marquées en ville ou lors des épisodes de vent de sable. Le climat alterne printemps doux, été chaud à très chaud (avec une sensation pouvant monter à 37 °C), automne agréable et hiver frais, voire froid la nuit, surtout à l’intérieur des terres.
Internet, télécoms et travail à distance
Pour les télétravailleurs, le point noir souvent cité est la lenteur relative de l’internet. La vitesse moyenne à Tunis tourne autour de 4–5 Mbps pour les usages grand public, même si des offres fibre et des connexions plus rapides existent et se diffusent progressivement. Les pannes de courant et de réseau, sans être quotidiennes, restent plus fréquentes qu’en Europe occidentale.
Les principaux opérateurs (Ooredoo, Orange, Tunisie Telecom) offrent une couverture 3G/4G étendue avec des forfaits data peu chers. Différents moyens d’accès existent : clés 4G, routeurs Flybox et eSIM. Pour un usage intensif (visioconférences, gros fichiers), il est courant de combiner un abonnement fixe (ADSL/fibre) avec un forfait mobile.
La ville de Tunis abrite un écosystème de coworkings (Cogite, Westerwelle Startup Haus, The Dot, etc.) et de cafés avec wifi correct (Cosmitto, Barista’s, North Shore Coffee, etc.), même si le wifi gratuit n’est pas encore aussi généralisé qu’en Europe. Les abonnements de coworking se négocient autour de 50 à 250 dollars par mois selon la formule, ce qui reste raisonnable pour un environnement de travail structuré.
Bien préparer son installation : conseils pratiques
Plusieurs constantes ressortent des témoignages d’expatriés et des analyses spécialisées.
Sur le plan administratif, il est impératif de :
– vérifier dès le départ votre régime de visa et le délai dont vous disposez pour déposer votre demande de carte de séjour
– constituer un dossier de location solide (passeport, preuves de revenus, caution) pour obtenir un bail écrit, qui sera ensuite utilisé comme justificatif de domicile
– anticiper la demande de permis de travail si vous devez être salarié sur place
– vous inscrire auprès de votre ambassade ou consulat une fois installé
Financièrement, il est judicieux de :
Pour une expatriation financièrement sereine en Algérie, plusieurs bonnes pratiques sont recommandées. Il est conseillé de diversifier vos avoirs en gardant une partie de vos économies en devises étrangères sur un compte à l’extérieur du pays, afin de ne pas être entièrement dépendant de la devise locale. Sur place, ouvrez un compte en devises ou en dinars convertibles en complément de votre compte courant principal en dinars algériens. Prenez le temps de comparer les offres des différentes banques, en scrutant les frais, la qualité du service et les fonctionnalités de l’e-banking, et n’hésitez pas à changer d’établissement si votre première expérience n’est pas satisfaisante. Pour votre budget quotidien, privilégiez les marchés locaux pour vos courses alimentaires, ce qui permet de réduire considérablement la facture, et réservez les achats en grande surface aux produits importés indispensables.
Dans la vie de tous les jours, les retours d’expérience insistent sur la valeur de quelques habitudes :
Pour faciliter votre adaptation en Tunisie, il est recommandé d’apprendre quelques bases d’arabe tunisien, au-delà du français, afin d’améliorer vos relations et vos négociations. Acceptez que la notion de temps et de ponctualité soit différente : prévoyez des marges et évitez de vous énerver pour les retards. Cultivez un réseau local (collègues, voisins, commerçants), qui devient rapidement une ressource précieuse pour régler les petites difficultés du quotidien. Adaptez votre usage de l’espace public : évitez de vous déplacer seul(e) tard le soir dans des zones peu éclairées, surtout si vous êtes une femme, et privilégiez les quartiers animés et les axes principaux.
Enfin, sur le moyen terme, il est conseillé de : évaluer régulièrement les performances et s’ajuster aux changements du marché.
– clarifier votre statut fiscal (résident ou non) avec un professionnel, surtout si vous percevez des revenus de plusieurs pays
– réfléchir à une éventuelle acquisition immobilière uniquement après quelques années sur place, le temps de comprendre les quartiers, les prix réels et les implications juridiques
– anticiper une éventuelle scolarisation en école internationale dès l’année précédent votre arrivée, pour éviter les mauvaises surprises de capacité
En conclusion
S’installer en Tunisie en tant qu’expatrié, c’est profiter d’un mélange rare : un coût de la vie très bas pour qui bénéficie de revenus en devises, un climat agréable, une ouverture culturelle mêlant arabité, héritage méditerranéen et francophonie, et une population largement accueillante envers les étrangers.
Il faut anticiper une administration parfois lente, un système bancaire contrôlé et un internet plus lent qu’en Europe. Les normes sociales sont plus conservatrices, notamment pour les femmes et les personnes LGBTQ+, et des écarts marqués existent entre les grandes villes côtières et l’intérieur du pays.
Pour ceux qui arrivent préparés, avec un projet financier clair, une assurance santé solide, un minimum de repères en arabe ou en français et une capacité à accepter un certain degré de « flexibilité » dans l’organisation quotidienne, la Tunisie peut devenir un lieu de vie privilégié, qu’il s’agisse de quelques années de mission, d’une retraite au soleil ou d’une base pour le travail à distance entre l’Europe et l’Afrique.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tunisie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a été de cibler la Tunisie, grâce à son régime avantageux pour les retraités étrangers (exonération de la majeure partie des pensions transférées en Tunisie, fiscalité locale modérée), à un coût de vie nettement inférieur à celui de la France (Tunis ~40 % moins chère que Paris) et à la proximité géographique et culturelle. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de séjour avec location ou achat de résidence principale, coordination CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, notaire) et intégration patrimoniale globale (analyse et éventuelle restructuration).
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