Histoire du pays en Suède : des premières tribus à l’État moderne

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

L’histoire du pays en Suède est celle d’un territoire longtemps périphérique devenu un État centralisé, puis une grande puissance baltique, avant de se réinventer en démocratie sociale prospère. Des premiers chasseurs-postglaciaires à l’adhésion à l’Union européenne et à l’entrée dans l’OTAN, la trajectoire suédoise mêle guerres, unions dynastiques, réformes religieuses et innovations économiques. Au cœur de cette transformation, une figure domine : Gustav Vasa, considéré comme le fondateur de la Suède moderne. Mais son règne ne prend sens qu’inscrit dans une chronologie plus large, qui va de la préhistoire à l’État-providence.

Des origines préhistoriques aux royaumes vikings

Bien avant que la Suède n’existe comme État, la région est un espace glacé. Avec le recul de l’inlandsis, des groupes de chasseurs-cueilleurs s’installent progressivement. Les plus anciennes traces humaines connues, près de Malmö (site de Segebro), remontent à environ 9000 avant notre ère. À plusieurs reprises, un pont terrestre relie le sud de la Suède au Danemark, facilitant ces premières migrations.

Pendant le Mésolithique et le Néolithique, les communautés vivent de la chasse, de la pêche et de la collecte, puis adoptent peu à peu l’agriculture et la métallurgie. L’arrivée, au IIIe millénaire avant notre ère, d’une culture dite « à hache de combat » (Boat-Ax) rattache la région à un large ensemble européen. À partir de 1500 avant notre ère, cuivre et bronze sont maîtrisés, prélude à un Âge du fer qui, entre l’Antiquité et le tout début de notre ère, structure durablement les sociétés locales.

Bon à savoir :

Dès la fin du Ier siècle, les auteurs antiques comme Tacite décrivent les peuples de Scandinavie (les Suiones). Ptolémée la place ensuite sur ses cartes. Sur place, au IIe siècle, les élites utilisent déjà un alphabet runique, mais le territoire reste politiquement fragmenté en de nombreux petits royaumes.

Deux ensembles dominent néanmoins : les Svear (Swedes) autour d’Uppsala, en Svealand, et les Götar (Geats) en Östergötland et Västergötland. De leur nom dériveront Sverige (« royaume des Svear ») et « Sweden ». Les sources littéraires, comme le poème vieil-anglais Beowulf, évoquent dès le VIe siècle guerres et alliances entre ces groupes, tandis que les sagas norroises et poèmes comme Ynglingatal construisent une généalogie semi-légendaire remontant au dieu Odin.

Exemple :

Durant l’époque viking (VIIIe – milieu du XIe siècle), les Vikings de la future Suède, appelés Varègues ou Rus, ont étendu leur influence vers l’est. Ils ont navigué sur la Baltique et les fleuves russes, atteignant la mer Noire, Constantinople, et parfois Bagdad et la mer Caspienne. Leur principal comptoir commercial était Birka, sur l’île de Björkö, établi vers la fin du VIIIe siècle, d’où ils contrôlaient une part essentielle du commerce baltique. Ce monopole a été progressivement contesté à partir du Xe siècle par les Frisons, les Allemands et les marchands de Gotland.

Au fil du temps, les villages permanents se multiplient, les échanges se densifient. Autour de l’an mil, une figure marque une étape majeure : le roi Olof Skötkonung, fils d’Eric le Victorieux. Reconnu comme premier roi chrétien de Suède et premier souverain à régner sur les Svear et une partie des Götar, il incarne l’émergence de la Suède comme royaume unifié, le Svea Rike.

Conversion au christianisme et unification médiévale

La christianisation de la Suède, loin d’être un basculement soudain, s’étend sur plusieurs siècles. Dès la fin du VIIIe siècle, des indices funéraires révèlent des influences chrétiennes. Des moines irlandais sont honorés comme saints locaux. Selon les récits, le moine Ansgar est envoyé en mission à Birka dès 829. Il y fonde une église, mais sa tentative demeure fragile, et les communautés chrétiennes se dispersent vite. D’autres missions venues de Hambourg-Bremen échouent dans les décennies suivantes.

La progression du christianisme suit souvent la géographie politique. Dans l’ouest, en Västergötland, la nouvelle religion gagne du terrain au XIe siècle, comme en atteste le cimetière chrétien très ancien découvert à Varnhem, sur lequel se dresse plus tard une église en pierre, puis une abbaye cistercienne. À l’est, autour d’Uppsala, la résistance païenne reste vive. Le grand temple d’Uppsala, décrit comme un sanctuaire majeur du culte nordique, ne sera rasé qu’à la fin du XIe siècle, sur ordre du roi Inge l’Ancien.

Attention :

Bien qu’Olof Skötkonung soit considéré comme le premier roi chrétien vers l’an 1000, la conversion du royaume est un processus long. L’ère des souverains païens, comme Blot-Sweyn, prend fin à la fin du XIe siècle. La structuration de l’Église sous Eric le Saint et l’établissement de l’archevêché d’Uppsala en 1164 ancrent définitivement la Suède dans la chrétienté latine, malgré la persistance de certaines pratiques anciennes.

En parallèle, le royaume se consolide. Au XIIe siècle, la Suède n’est encore qu’une fédération de provinces dotées de lois locales. La plus ancienne mention certaine d’un royaume suédois unifié figure dans une bulle pontificale de 1164, reconnaissant le royaume et son archevêché. Les rivalités dynastiques restent cependant féroces. Deux lignées, les Erik et les Sverker, se disputent le trône à partir des années 1130. Le pays oscille entre plusieurs pôles de pouvoir, tantôt centrés sur le Svealand, tantôt sur le Götaland.

Astuce :

La stabilisation du royaume de Suède est portée par la famille des Bjälbo, alliée aux Erik. Birger Jarl, régent à partir de 1248, joue un rôle décisif en fondant Stockholm et en élaborant des lois nationales. Sous le règne de son fils Magnus Ladulås, la monarchie se renforce. L’ordonnance d’Alsnö en 1280 formalise une noblesse héréditaire et exempte les biens d’Église de l’impôt. Ces réformes créent un cadre féodal limité, évitant un servage généralisé : la majorité des paysans suédois restent libres et propriétaires de leurs terres.

Au même moment, le royaume s’étend. Les campagnes vers l’est, longtemps entourées de légende (la « première croisade » attribuée à Eric le Saint), prennent consistance avec l’expédition menée par Birger Jarl vers les années 1240. C’est souvent là que l’on fait débuter l’intégration de la Finlande dans l’espace suédois. Le traité de Nöteborg, signé en 1323 avec Novgorod, fixe une frontière durable en Finlande. Dans le nord, la Suède affirme aussi son autorité sur la Norrland.

Au XIVe siècle, un corps de lois national est achevé autour de 1350. Paradoxalement, c’est aussi à cette époque que frappe la peste noire, qui décime près d’un tiers de la population entre 1349 et 1351 et retarde pour des siècles le retour au niveau démographique antérieur.

Entre unions scandinaves et troubles intérieurs

Le Moyen Âge tardif voit la Suède s’inscrire dans une série de jeux dynastiques complexes. En 1319, un premier lien se noue avec la Norvège lorsque le petit Magnus Eriksson devient roi des deux royaumes. Cet arrangement ne dure pas éternellement, mais annonce une tendance lourde : l’intégration de la Suède dans de plus vastes ensembles scandinaves.

Sous Magnus Eriksson, un premier Parlement où siègent nobles, clercs et, nouveauté, représentants des villes, est convoqué en 1359. Cette assemblée préfigure le Riksdag des États. Malgré ces évolutions, les tensions politiques restent fortes. Les rivalités internes ouvrent la voie à l’intervention étrangère, notamment danoise.

Le tournant majeur intervient en 1397. Elle parvient à unir Danemark, Norvège (avec l’Islande) et Suède (incluant la Finlande) dans une union personnelle conclue à Kalmar. Ce dispositif, la « Kalmarunionen », laisse à chaque royaume ses lois et privilèges, mais confie la couronne à un souverain unique, d’abord Éric de Poméranie, pupille de Marguerite.

La reine Marguerite Ire de Danemark

L’union ne résout pas les tensions : les nobles suédois, jaloux de leurs prérogatives, rejettent régulièrement l’autorité danoise. Au XVe siècle, soulèvements et changements de roi se succèdent. Des figures comme Engelbrekt Engelbrektsson, qui mène une révolte en 1434, incarnent cette résistance. C’est aussi à Arboga, en 1435, qu’une rencontre rassemblant différents groupes sociaux est parfois considérée comme un ancêtre du Riksdag.

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Nombre approximatif de nobles, ecclésiastiques et bourgeois exécutés lors du bain de sang de Stockholm en 1520.

Gustav Vasa, la guerre de libération et la naissance de la Suède moderne

Gustav Eriksson, issu de la maison de Vasa, est né en 1496 dans une famille de conseillers de l’État liée par alliances aux Sture. Son père, Erik Johansson Vasa, et son oncle Joakim Brahe comptent parmi les victimes du bain de sang de Stockholm. Cette tragédie marque Gustav et nourrit sa détermination à mettre fin à la domination danoise.

Déjà engagé dans les luttes contre le roi danois Christian II aux côtés de Sten Sture le Jeune, Gustav est capturé après la bataille de Brännkyrka et retenu en otage au château de Kalø, au Danemark. Il s’évade en 1519 et trouve refuge à Lübeck, cité hanséatique dont le soutien jouera plus tard un rôle crucial.

Exemple :

Après l’effondrement de la résistance suédoise et le bain de sang de Stockholm en 1520, Gustav Vasa tente de rallier une armée dans la région rebelle de Dalarna. Ses premières tentatives échouent et il est contraint de fuir vers la Norvège. La tradition rapporte que des paysans de Mora le poursuivirent à ski pour le convaincre de revenir. Cet épisode est commémoré par la célèbre course de ski de fond Vasaloppet, qui retrace son périple.

Au début de 1521, Gustav est proclamé hövitsman (chef militaire) et réunit bientôt environ 400 hommes. Les premières victoires suivent, notamment au bac de Brunnbäck. La prise de Västerås, avec ses mines riches, lui procure ressources financières et prestige. Des soulèvements naissent aussi dans d’autres provinces comme le Småland et le Västergötland, fragilisant encore l’autorité danoise.

En août 1521, des nobles rassemblés à Vadstena déclarent Gustav régent du royaume (Riksföreståndare). Beaucoup de seigneurs jusque-là loyaux à Christian II basculent dans son camp. En 1522, Lübeck, avide de réduire l’influence danoise dans la Baltique, entre en guerre aux côtés des rebelles suédois, leur fournissant navires, troupes et crédits.

Bon à savoir :

L’hiver 1522‑1523, une alliance entre Lübeck et la Suède attaque les territoires danois. Simultanément, le roi Christian II du Danemark est renversé et remplacé par Frédéric Ier, affaiblissant la réponse danoise. Face à cette dépendance envers Lübeck et à la montée en puissance de Gustav Vasa, les conseillers suédois finissent par le reconnaître comme roi.

Le 6 juin 1523, une assemblée à Strängnäs élit solennellement Gustav Vasa roi de Suède. La cérémonie est conduite par le diacre Laurentius Andreae, tandis que des représentants de Lübeck apportent leur caution politique. Quelques jours plus tard, lors de la Saint-Jean, le nouveau roi fait son entrée triomphale à Stockholm, où un office d’action de grâce est célébré par le prédicateur Peder Jakobsson dans la cathédrale Storkyrkan. Installé au château des Trois Couronnes, Gustav peut désormais achever la reconquête : en Finlande, les derniers bastions restés fidèles au Danemark capitulent à l’été et à l’automne. En 1524, le traité de Malmö signé avec Frédéric Ier reconnaît l’indépendance de la Suède et consacre l’effacement de la Kalmarunionen. Les ambitions de Gustav d’annexer Gotland et Blekinge sont déçues, mais l’essentiel est acquis : la Suède est un royaume autonome, dirigé par un monarque national.

Des siècles plus tard, la date de son élection, le 6 juin, sera érigée en Fête nationale. Mais l’importance de Gustav Vasa tient surtout à la transformation en profondeur de l’État qu’il engage.

Réformes religieuses : la Réforme et la naissance d’une Église nationale

Au moment où Gustav arrive au pouvoir, la Suède est officiellement catholique et rattachée à Rome. L’un des enjeux politiques immédiats est le conflit avec l’archevêque Gustav Trolle, jugé trop proche du Danemark. Dès les premières années de son règne, Gustav fait exiler ce prélat et envoie à Rome une requête : il souhaite que le pape Clément VII reconnaisse son candidat, Johannes Magnus, comme nouveau chef de l’Église suédoise. Le pape refuse et exige le rétablissement de Gustav Trolle, ce que le roi considère comme inacceptable.

Exemple :

Au XVIe siècle, l’essor des idées de la Réforme dans le nord de l’Europe se concrétise en Suède par l’action des frères Petri. Olaus Petri, formé directement par Martin Luther à Wittenberg, prêche à Stockholm pour une Église nationale réformée et soumise à l’autorité du prince. Son frère, Laurentius Petri, théologien, joue également un rôle déterminant dans cette implantation du luthéranisme.

Gustav Vasa voit surtout dans la Réforme un levier pour briser la puissance économique et politique de l’Église catholique. Au Riksdag de Västerås en 1527, il obtient que les biens ecclésiastiques soient confisqués par la Couronne. Couvents et évêchés perdent leurs vastes domaines : au total, l’Église cède environ un cinquième des terres agricoles du pays, qui s’ajoutent aux possessions royales déjà considérables. Ce transfert de richesse permet de rembourser les dettes contractées auprès de Lübeck et de financer l’État.

Bon à savoir :

En 1531, le roi Gustav Vasa nomme unilatéralement Laurentius Petri archevêque d’Uppsala, sans l’approbation du pape. Cet acte officialise la rupture des liens canoniques avec Rome, un processus similaire à celui engagé par Henri VIII en Angleterre. Par la suite, l’Église de Suède devient une Église nationale luthérienne, placée sous l’autorité du roi.

Les frères Olaus et Laurentius Petri achèvent un chantier décisif : la traduction de la Bible en suédois. Leur version, dite « Bible de Gustav Vasa », dont le Nouveau Testament est imprimé en 1541, contribue à fixer la langue et à diffuser la doctrine réformée. Officiellement, la Suède ne se définit comme pays luthérien qu’un peu plus tard, notamment avec le synode d’Uppsala de 1593, qui confirme l’orthodoxie luthérienne, mais la matrice en est posée sous Gustav.

Cette révolution religieuse n’est pas sans résistance. Les paysans, attachés aux rites traditionnels, supportent mal la spoliation des églises, la réforme des messes et la centralisation d’un pouvoir royal plus intrusif. Les révoltes qui émaillent le règne de Gustav Vasa en portent fortement la marque.

Centralisation, armée permanente et révoltes paysannes

Le long règne de Gustav Vasa – 37 ans sur le trône, de 1523 à 1560 – est l’un des plus actifs de l’histoire suédoise. Au moment où il accède au pouvoir, la monarchie est encore en partie élective, l’administration dispersée, la fiscalité archaïque. À sa mort, la Suède est un royaume centralisé, doté d’une armée permanente, d’un appareil fiscal réformé et d’une Église d’État. C’est cette mutation qui vaut à Gustav le titre de « père de la nation » et de fondateur de la Suède moderne.

Sur le plan politique, la réforme la plus lourde de conséquences intervient en 1544 : le Riksdag réuni de nouveau à Västerås entérine la transformation de la monarchie élective en monarchie héréditaire. La couronne doit désormais se transmettre dans la maison de Vasa, en priorité aux fils du roi. Cette décision ancre durablement la dynastie et assure à Gustav que ses réformes lui survivront.

Bon à savoir :

Le roi renforce son autorité en remplaçant les pouvoirs locaux des grands seigneurs par des baillis royaux, chargés des impôts et de l’ordre. Il réduit les autonomies, structure le gouvernement en conseils spécialisés (guerre, finances) et fait appel à des administrateurs allemands dans les années 1540 pour rationaliser la gestion et les finances du royaume.

Militairement, Gustav constitue une armée permanente et une flotte de guerre, afin de ne plus dépendre d’auxiliaires étrangers ni de levées improvisées. La richesse tirée des biens ecclésiastiques et de la fiscalité réformée permet de financer cette force régulière. Le royaume, mieux défendu, peut protéger ses mines, ses routes commerciales et ses frontières.

Attention :

Les politiques de centralisation et la pression fiscale accrue sous Gustav Vasa provoquent de fortes résistances, notamment des révoltes en Dalarna et la grande révolte de Nils Dacke en Småland (1542-1543), motivées par les taxes, l’appauvrissement et les innovations religieennes, obligeant le roi à user de répression militaire et de propagande.

Gustav Vasa comprend très tôt l’importance de l’imprimerie comme outil politique. Il fait diffuser des pamphlets qui diabolisent les rebelles, les présentant comme traîtres à la foi luthérienne et à la patrie. Cette maîtrise du récit contribue à légitimer la répression, qui se révèle souvent impitoyable. Les chefs insurgés sont exécutés, leurs biens confisqués, et les provinces concernées placées sous surveillance étroite.

Malgré ces violences, le pays se transforme. En modernisant l’impôt, en rationalisant les comptes, en investissant dans des activités comme la forge du fer, la production d’acier ou la fabrication d’armes, le pouvoir jette les bases d’une économie capable plus tard de soutenir des ambitions impériales. La création, en 1526, de la chapelle royale de cour (Kungliga Hovkapellet) montre aussi que la construction de l’État s’accompagne d’un souci de prestige culturel.

La dynastie Vasa et l’essor d’une puissance baltique

Gustav Vasa ne se contente pas de transformer les institutions : il fonde une dynastie qui régnera sur la Suède jusqu’au milieu du XVIIe siècle, puis sur la Pologne-Lituanie. Marié trois fois – à Katarina de Saxe-Lauenbourg, Margareta Leijonhufvud et Katarina Stenbock – il a onze enfants, dont trois fils qui monteront sur le trône : Erik XIV, Jean III et Charles IX. Enterré dans la cathédrale d’Uppsala aux côtés de ses trois épouses, il laisse une descendance immense : plus de 250 000 Suédois actuels seraient apparentés à lui, et le roi actuel, Carl XVI Gustaf, compte parmi ses descendants.

Le fils aîné, Erik XIV, hérite d’un royaume plus fort, mais son règne est marqué par la paranoïa, les guerres (notamment la guerre de Livonie) et les tensions avec la noblesse, qui culminent avec les meurtres des Sture en 1567. Déposé en 1568 par son frère Jean (Johan III) avec l’appui des grands, il finit ses jours en captivité. Jean III, marié à Catherine Jagellon de la maison royale polono-lituanienne, montre des sympathies catholiques et cherche par moments un compromis religieux avec Rome, ce qui le met en porte-à-faux avec la tradition luthérienne affirmée à Uppsala en 1593.

Bon à savoir :

Sigismond, roi catholique de Pologne-Lituanie, hérite du trône protestant de Suède en 1592, créant une union personnelle. Son catholicisme et son éloignement provoquent une opposition menée par son oncle Charles. Après sa défaite militaire en 1598 et sa déposition en 1599, la dynastie Vasa se divise en une branche protestante suédoise (Charles IX) et une branche catholique polonaise (Sigismond).

Ce conflit dynastique débouche sur une longue série de guerres entre la Suède et la Pologne-Lituanie pour le contrôle du littoral baltique et des territoires de Livonie. Sous Charles IX, la Suède est déjà engagée dans plusieurs fronts : guerre de Pologne (1600‑1629), guerre d’Ingrie contre la Russie, querelle avec le Danemark (guerre de Kalmar). Le traité de Stolbovo, en 1617, repousse la Russie et exclut durablement cette dernière de l’accès direct à la Baltique, assurant à la Suède un avantage stratégique.

Bon à savoir :

Sous le règne de Gustave II Adolphe (1611-1632), la Suède devient une grande puissance grâce à ses réformes militaires majeures. Il impose une discipline stricte, privilégie la mobilité et la coordination entre infanterie, cavalerie et artillerie. Il organise un système de ravitaillement (magasins), limite le pillage, crée un corps d’ingénieurs et récompense le mérite. Son armée, perfectionnée, attire aussi des mercenaires, notamment écossais.

Lorsque la guerre de Trente Ans embrase l’Europe, la Suède voit dans ce conflit une double opportunité : défendre le protestantisme menacé par l’Empereur catholique et sécuriser ses intérêts dans le monde baltique en établissant un protectorat sur les villes côtières allemandes. En 1630, Gustav II Adolf débarque en Poméranie avec une armée aguerrie. Les victoires de Breitenfeld (1631) puis de Lützen (1632), où il trouve la mort, scellent la réputation des Suédois comme force de pointe du camp protestant. Après lui, le chancelier Axel Oxenstierna maintient l’engagement suédois, noue des alliances, notamment avec la France de Richelieu, et structure l’État autour d’une administration plus sophistiquée, s’inspirant largement de l’Instrument de gouvernement de 1634 qu’il rédige.

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La Suède devient le troisième plus vaste royaume d’Europe au milieu du XVIIe siècle grâce aux acquisitions territoriales de la paix de Westphalie.

Le siècle suivant reste marqué par l’expansion, jusqu’à l’apogée atteinte sous Charles X Gustave après le traité de Roskilde en 1658, qui offre à la Suède le contrôle direct de la rive orientale du Sund (avec la Scanie, le Halland, le Blekinge et le Bohuslän). À travers ces guerres successives – contre le Danemark-Norvège, la Pologne-Lituanie, la Russie et les villes hanséatiques – se dessine une politique constante : assurer l’hégémonie sur la mer Baltique et ses voies commerciales.

La Suède grande puissance en chiffres

Pour mesurer l’ampleur des transformations entre l’époque de Gustav Vasa et l’Âge de grandeur, quelques ordres de grandeur sont éclairants.

Période / IndicateurSituation approximative
Population du royaume vers 1600Un peu plus d’1 million d’habitants
Statut géopolitique vers 16583e plus grand royaume d’Europe par la superficie
Principaux gains territoriaux (XVIIe siècle)Finlande consolidée, Estonie, Livonie, Poméranie, Brême‑Verden
Ressources clésFer, cuivre, bois, goudron, chanvre, fourrures
Rôle dans la BaltiquePuissance dominante, contrôle d’une grande partie du littoral

Cette montée en puissance repose sur les fondations posées par Gustav Vasa : fisc centralisé, armée permanente, Église d’État, administration resserrée. Sans ce socle, l’expansion militaire du XVIIe siècle aurait été impossible.

Du déclin impérial à la monarchie constitutionnelle

L’expansion suédoise a cependant ses limites. La Grande Guerre du Nord, qui éclate en 1700, voit la Russie, le Danemark-Norvège et la Saxe-Pologne s’allier pour briser la suprématie suédoise. Le jeune Charles XII remporte d’abord des succès spectaculaires, comme à Narva, mais son expédition contre la Russie tourne au désastre à Poltava en 1709. Contraint à l’exil ottoman, il laisse son royaume exsangue. À sa mort en 1718, lors du siège de Fredriksten en Norvège, l’Empire suédois est à bout de souffle.

Les conséquences de la Grande Guerre du Nord pour la Suède

Les traités de paix, notamment celui de Nystad en 1721, marquent un tournant décisif pour la Suède, entraînant un recul territorial et géopolitique majeur, ainsi que d’importantes transformations politiques internes.

Recul territorial et géopolitique

Le traité de Nystad (1721) entérine la perte de vastes territoires baltes au profit de la Russie : l’Estonie, la Livonie, l’Ingrie et une partie de la Carélie. La Suède, amputée, cesse d’être une grande puissance européenne.

Mutation politique : l’Âge de la Liberté

Dès 1719‑1720, une nouvelle constitution réduit drastiquement les prérogatives royales. Le Riksdag (Parlement) domine désormais la vie politique, inaugurant une période appelée l’« Âge de la Liberté ».

Avancée législative pionnière : la liberté de la presse

En 1766, une loi pionnière est adoptée. C’est la première au monde à encadrer juridiquement la liberté de la presse. Elle consacre également le principe de la publicité des documents administratifs.

Ce régime parlementaire précoce, cependant, ne survit pas intact. En 1772, le roi Gustav III réalise un coup d’État qui renforce l’autorité monarchique, tout en se présentant comme un despotisme éclairé. Le XVIIIe siècle suédois est aussi une époque de modernisation économique, de naissance d’institutions savantes (Académie royale des sciences en 1739, Académie suédoise en 1786) et d’affirmation d’une culture lettrée. Mais les guerres continuent, et le royaume finit par perdre la Finlande au profit de la Russie lors de la guerre de 1808‑1809.

Exemple :

La défaite militaire de la Suède en 1809 provoque la déposition du roi Gustav IV Adolf. Un nouveau système politique est instauré par l’Instrument de gouvernement, s’inspirant de la séparation des pouvoirs de Montesquieu. Le pouvoir législatif est partagé entre le monarque et le Parlement (Riksdag), ce dernier détenant l’exclusivité du droit de lever l’impôt. Ce cadre constitutionnel, bien qu’amendé par la suite, est resté en vigueur jusqu’aux années 1970.

Pour assurer la succession, le pays se tourne vers l’extérieur. Après la mort prématurée d’un prince héritier danois, c’est un maréchal de Napoléon, Jean-Baptiste Bernadotte, qui est choisi comme prince héritier en 1810. Devenu le roi Karl XIV Johan en 1818, il inaugure la dynastie Bernadotte, encore régnante aujourd’hui. Sous son impulsion, la Suède participe à la coalition contre Napoléon, obtient la Norvège en 1814 par le traité de Kiel et forme avec elle une union personnelle qui ne sera dissoute qu’en 1905.

De la monarchie limitée à la démocratie sociale

Le XIXe siècle suédois est marqué par une lente transition de la monarchie censitaire vers une démocratie parlementaire. La réforme municipale de 1862 crée communes et conseils de comté, un nouveau Riksdag bicaméral remplace l’ancienne assemblée d’ordres en 1866, mais le droit de vote reste réservé à une minorité aisée, essentiellement des propriétaires et notables.

En parallèle, l’économie se transforme. Longtemps rurale et agricole, la Suède connaît un lent démarrage industriel à partir de la fin du XVIIIe siècle, avant un véritable décollage dans les années 1870. Les ressources naturelles abondantes – fer, bois, énergie hydraulique – et l’essor des infrastructures (construction du canal Göta, réseau de chemins de fer entre Stockholm, Göteborg, Malmö et le nord minier) favorisent l’exportation de matières premières et de produits semi-finis. De grandes entreprises industrielles émergent à la charnière des XIXe et XXe siècles (SKF, ASEA, Ericsson, plus tard Electrolux, Scania, Volvo), souvent rapidement tournées vers les marchés internationaux.

Malgré cette croissance, la Suède reste longtemps un pays pauvre dans le concert européen, et plus de un million de Suédois émigrent vers les États-Unis entre le milieu du XIXe siècle et 1910. Les inégalités sociales, les conditions de travail difficiles et les crises conjoncturelles alimentent l’essor du mouvement ouvrier. La fondation du Parti social-démocrate en 1889 et des grandes centrales syndicales à la fin du siècle s’inscrit dans ce contexte.

120000

Nombre de personnes mobilisées lors d’une grande grève pour le droit de vote en 1902 en Suède.

Entre-temps, un autre tournant est intervenu : l’ancrage du parlementarisme. En 1917, le roi Gustav V accepte de ne plus interférer directement dans les affaires gouvernementales. La règle de fait devient que le gouvernement doit jouir de la confiance du Riksdag. Après la guerre, la Suède choisit aussi une voie particulière sur la scène internationale : elle adopte une politique de non-alignement et de neutralité qui, avec des nuances, restera en vigueur jusqu’aux années 2020.

L’héritage de Gustav Vasa dans l’État-providence contemporain

Si l’on se projette jusqu’au XXe siècle et au-delà, une question s’impose : que reste-t-il de l’œuvre de Gustav Vasa dans la Suède actuelle, pays souvent cité comme modèle de démocratie sociale ?

D’abord, un certain type de relation entre l’État et la société. Gustav Vasa rompt avec l’Église romaine, confisque les terres ecclésiastiques et place l’Église nationale sous son autorité. L’idée qu’un État fort, centralisateur, peut et doit encadrer des institutions clés (religion hier, éducation, santé et protection sociale plus tard) est au cœur de l’expérience suédoise. La mainmise du pouvoir sur les ressources – foncières, fiscales, minières – amorcée au XVIe siècle prépare, à long terme, la capacité de l’État à façonner une politique sociale ambitieuse.

Bon à savoir :

La Suède a développé une solide tradition bureaucratique et légale dès le règne de Gustav Vasa, avec la mise en place de conseils, de baillis et de procédures écrites. Cette administration s’est affinée au fil des siècles, marquée par un droit national unifié au XIVe siècle, un nouveau code en 1734, la création de banques et d’organismes de contrôle. Cette longue tradition d’État organisé et de respect des procédures a fourni les bases nécessaires à la construction, au XXe siècle, d’un État-providence fondé sur des prestations universelles, une fiscalité lourde mais transparente et une administration efficace.

Enfin, la place symbolique de Gustav Vasa dans la mémoire nationale est révélatrice. Son accession au trône marque la fin d’une domination étrangère, l’affirmation d’une indépendance et la construction d’institutions propres. Sa figure de « père de la nation », qui repose sur des actes très concrets – guerre de libération, Réforme, centralisation – sert de point d’ancrage à un récit qui voit la Suède comme un pays capable de se réinventer sans renier sa continuité monarchique. La dynastie Bernadotte, qui règne aujourd’hui, descend des Vasa au moins par alliances, et le roi actuel, Carl XVI Gustaf, est à la fois héritier d’un trône médiéval, d’un État façonné par Gustav Vasa et d’un royaume devenu démocratie avancée.

Bon à savoir :

La trajectoire historique de la Suède, marquée par son âge de grande puissance, son déclin, les révolutions agricole et industrielle, l’essor du mouvement ouvrier, la montée de l’État social-démocrate, sa neutralité puis son adhésion à l’UE et à l’OTAN, s’est construite sur un pivot fondateur au XVIe siècle. La rupture politique et religieuse menée par Gustav Vasa a été déterminante, établissant une alliance précoce entre une monarchie forte, une Église nationale et une bureaucratie d’État. Sans cette rupture, la Suède aurait probablement suivi un chemin différent, plus proche de celui de certains de ses voisins.

Une longue durée éclairée par les chiffres

Pour saisir la profondeur de ces transformations, il est utile de replacer quelques repères économiques et politiques sur le temps long.

PériodeCaractéristique dominante
Avant 1500Royaume fragmenté, économie agraire, Église catholique puissante
1523‑1560 (Gustav Vasa)Indépendance, Réforme, centralisation, fiscalité modernisée
XVIIe siècle (Âge de grandeur)Grande puissance baltique, guerres européennes, empire territorial
Après 1721Déclin impérial, montée du parlement, premières libertés de presse
XIXe siècleIndustrialisation progressive, émigration massive, réformes libérales
XXe siècle (après 1932)Domination social-démocrate, État-providence, croissance soutenue
XXIe siècle (après 1995, 2024)Intégration européenne, fin de la neutralité, adhésion à l’OTAN

D’un monde de paysans libres réunis sous l’autorité d’un roi guerrier et luthérien, la Suède est passée à une société urbaine, industrialisée, où la royauté n’a plus qu’un rôle symbolique. Mais l’idée d’un État responsable du bien commun, largement acceptée, doit beaucoup au tournant politique et religieux orchestré au temps de Gustav Vasa.

Conclusion : une histoire de continuité et de ruptures

L’histoire du pays en Suède se lit comme un entrelacs de continuités et de ruptures. Continuité monarchique, puisque la liste des rois remonte au moins au Xe siècle et qu’aucune interruption durable du trône n’a eu lieu depuis. Continuité territoriale, car si les frontières ont beaucoup fluctué, le cœur du royaume – le vieux Svealand et la Götaland – reste stable depuis le Moyen Âge.

Bon à savoir :

L’histoire de la Suède est marquée par trois ruptures majeures. Sur le plan religieux, la Réforme a conduit à la création d’une Église nationale. Politiquement, le pays est passé d’une monarchie élective à une monarchie héréditaire, puis à un régime constitutionnel et enfin à une démocratie parlementaire. Géopolitiquement, elle a abandonné son hégémonie en Baltique pour une longue neutralité, qu’elle a récemment quittée au profit d’une intégration euro-atlantique.

Au centre de ce récit, Gustav Vasa apparaît comme un point de bascule. En menant la guerre de libération contre le Danemark, en détruisant la Kalmarunionen, en plaçant la Suède sur la voie du luthéranisme et de la centralisation, il donne au pays un cadre inédit. Les guerres de Gustav II Adolf, la constitution de 1809, l’industrialisation du XIXe siècle, l’État-providence social-démocrate du XXe siècle et la démocratie stable d’aujourd’hui prolongent, adaptent et transforment cet héritage.

Exemple :

L’histoire de la Suède illustre comment un territoire initialement marginal et peu peuplé a progressivement utilisé ses ressources, institutions et élites pour devenir d’abord une grande puissance baltique, puis un modèle d’État social et de démocratie libérale. Le règne de Gustav Vasa, bien que n’étant qu’un chapitre, est présenté comme un moment fondateur indispensable à cette évolution globale.

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Après étude de plusieurs destinations (Portugal, Espagne, Danemark, Pays-Bas), la Suède a été retenue pour la sécurité juridique, l’absence d’impôt sur la fortune, une fiscalité lisible sur les revenus financiers et un niveau de services publics élevé, avec un coût de la vie à Stockholm comparable aux grandes métropoles françaises. La mission comprend : audit fiscal pré‑départ (exit tax, conventions FR‑SE), obtention de la résidence et recherche de logement, organisation de la protection sociale (sécurité sociale suédoise, complémentaire), transfert des comptes et contrats, plan de rupture des liens fiscaux français (temps de présence, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local francophone/anglophone (avocats, fiscalistes, agents immobiliers) et ajustements patrimoniaux ciblés.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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