S’installer en Suède, ce n’est pas seulement découvrir de nouveaux paysages ou un climat plus froid. C’est aussi apprendre à faire ses courses autrement, apprivoiser des produits inconnus, prendre part au rituel sacré du fika et comprendre pourquoi tout le pays mange des tacos le vendredi soir. La gastronomie locale est l’une des portes d’entrée les plus efficaces pour comprendre la société suédoise, ses valeurs de durabilité, de simplicité… et son incroyable amour pour le café et les bonbons.
Ce guide pratique couvre les courses, les spécialités à goûter, les bonnes adresses, les labels à connaître, les codes culturels à table et les fêtes gastronomiques importantes. Il est conçu pour s’adapter au rythme et au budget de la vie quotidienne en Suède.
Faire ses courses : comprendre le paysage alimentaire suédois
Arriver en Suède et pousser pour la première fois le chariot dans un supermarché peut être déroutant. Les produits sont étiquetés en suédois, la disposition change d’une enseigne à l’autre, la plupart des gens paient avec leur téléphone, et les sacs plastiques sont payants. Pourtant, les courses sont aussi la manière la plus rapide d’entrer dans le quotidien culinaire du pays.
Les deux géants de l’alimentation sont ICA et Coop, qui contrôlent ensemble environ 70 % du marché. Autour d’eux gravitent Willys, Hemköp, Lidl, City Gross et une constellation de petites épiceries internationales souvent moins chères pour certains produits comme les légumes, le riz ou les épices. Chaque enseigne a ses codes, ses marques propres et son positionnement prix/qualité.
En Suède, les paiements se font presque exclusivement par carte ou via mobile (notamment avec l’application Swish), et les espèces sont rarement utilisées. Dans les supermarchés, les caisses automatiques sont omniprésentes et les clients emballent eux-mêmes leurs achats. Le système de consigne (pant) pour les bouteilles et canettes est géré en magasin à l’aide de bornes de retour dédiées. De plus, les sacs plastiques sont payants, ce qui incite la population à apporter systématiquement ses propres cabas réutilisables.
Panorama des principales enseignes et positionnement
Le choix de votre supermarché influe à la fois sur le budget et sur le style de votre alimentation. Voici un tableau simplifié pour s’y retrouver.
| Chaîne / Groupe | Profil général | Formats / Particularités | Atout pour expatriés |
|---|---|---|---|
| ICA (ICA Gruppen) | Leader généraliste | ICA Nära, ICA Supermarket, ICA Kvantum, ICA Maxi | Large choix, marques propres variées |
| Coop (Coop Sverige) | Coopérative axée durabilité | Lilla Coop, Coop, Stora Coop | Forte offre bio et labels durables |
| Willys (Axfood) | Discount | Hyper de périphérie, bon rapport quantité/prix | Idéal pour gros achats économiques |
| Hemköp (Axfood) | Supermarché de proximité | Offre correcte, souvent en centre-ville | Livraison en ligne dans plusieurs villes |
| Lidl | Discount d’origine allemande | Prix bas, assortiment plus restreint mais croissant | Budget serré, produits européens |
| City Gross (Bergendahls) | Chaîne familiale | Grands magasins, bon rayon frais | Bon compromis prix / qualité |
| Épiceries “ethniques” | Indépendantes (Moyen-Orient, Asie, Afrique…) | Fortes sur fruits, légumes, riz, lentilles, épices | Prix bas sur le frais, produits introuvables ailleurs |
Une stratégie hybride est fréquente : on achète les basiques lourds et secs (pâtes, riz, conserves, produits d’entretien) chez un discounter comme Willys ou Lidl, et on complète avec les produits frais, bio ou plus typiquement suédois dans un ICA Maxi, un Coop ou un marché couvert.
Budget et prix : à quoi s’attendre
Le coût des courses en Suède surprend souvent les nouveaux arrivants : il est comparable aux grandes villes nord-américaines. Pour un couple à Malmö, on estime un budget mensuel de 3 500 à 5 000 SEK pour les courses, selon que l’on cuisine beaucoup, achète bio ou mange souvent dehors. Les repas au restaurant étant chers (120–200 SEK pour un plat simple), cuisiner chez soi reste généralement l’option la plus économique.
Consultez quelques prix de référence pour vous faire une idée des tarifs avant de vous rendre dans les rayons et d’affronter les choix de produits.
| Produit | Prix indicatif |
|---|---|
| Lait 1 L | 12–15 SEK |
| Pain (miche) | 20–30 SEK |
| Œufs (12) | ~26 SEK |
| Blanc de poulet 1 kg | 100–120 SEK |
| Viande hachée 1 kg | ~10–12 € (équivalent SEK) |
| Fromage 1 kg | ~10–12 € |
| Bananes 1 kg | 12–25 SEK (moins cher en épicerie “ethnique”) |
| Poivrons 1 kg | 30–40 SEK |
| Tomates 1 kg | 35–45 SEK |
| Concombre (pièce) | 10–15 SEK |
| Bière 0,5 L (3,5 %) | ~2,50 € |
| Knäckebröd (520 g) | ~12,50 SEK |
| Lait d’avoine | ~16,50 SEK |
À ce tableau se rajoute un détail essentiel : les aliments frais (lait, viande, légumes) ont souvent une durée de vie plus courte qu’ailleurs. La réglementation et la préférence des consommateurs limitent les conservateurs, il faut donc s’habituer à faire des courses plus fréquentes, ou à congeler davantage.
Labels, bio et lecture des emballages
Pour un expatrié qui tient à manger sain, local et durable, la Suède est un terrain de jeu exceptionnel. Environ 19 % des terres agricoles sont déjà converties au bio, avec un objectif politique de 30 %. C’est un contraste frappant avec des pays où cette proportion reste sous les 1 %.
Plusieurs labels figurent en bonne place sur les emballages. Les comprendre permet de sélectionner rapidement les produits.
| Label / Symbole | Signification principale |
|---|---|
| Nyckelhålet (le “Trou de serrure”) | Choix plus sain (moins de gras, sucre, sel, plus de fibres) dans sa catégorie |
| KRAV | Label suédois très exigeant : bio + bien‑être animal + critères sociaux et climat |
| EU Organic | Label bio européen (au moins 95 % d’ingrédients agricoles bio) |
| Från Sverige | Produit globalement d’origine suédoise |
| Kött från Sverige | Viande suédoise |
| Mjölk från Sverige | Lait suédois |
| Svenskt Sigill | Label national qualité, avec variantes “climat certifié”, etc. |
| Symbole épi barré | Sans gluten, sous licence de l’Association cœliaque suédoise |
Coop et ICA disposent en plus de leurs propres gammes vertes. Chez ICA, “I Love Eco” signe les produits bio, quand “ICA Basic” cible les budgets serrés et “ICA Selection” les articles premium. Chez Coop, la marque Änglamark combine bio et durabilité, tandis que Xtra occupe l’entrée de gamme.
Les emballages en Suède sont principalement en suédois, parfois complétés par l’anglais. Pour faciliter les courses, il est utile de connaître quelques mots de vocabulaire alimentaire de base comme *mjölk* (lait), *kött* (viande), *fisk* (poisson), *ägg* (œuf), *fläsk* (porc) et *nöt* (bœuf). L’utilisation d’une application de traduction, telle que Google Translate, est également recommandée pour rendre cette tâche plus simple.
Quelques règles spécifiques à connaître
L’alcool fort (vin, spiritueux, bière au‑delà de 3,5 %) ne se vend qu’au monopole d’État, Systembolaget. La bière dite “folköl” (3,5 % max) est disponible au supermarché, mais les vins naturels, aquavits, bières artisanales se traquent dans les boutiques de Systembolaget, dont l’offre est étonnamment riche.
Les unités de mesure sont 100 % métriques : kilogrammes, litres, et souvent hektogram (hg), soit 100 g, utilisés au rayon charcuterie ou fromage. Certains caddies demandent une pièce de 5 ou 10 SEK en consigne. Pour les fruits et légumes, dans de nombreux magasins on pèse soi‑même en rayon ou à la caisse automatique.
Le garde‑manger suédois : produits typiques à apprivoiser
Pour cuisiner comme les locaux, il est utile de comprendre ce qui se cache dans un garde‑manger suédois “typique”. On y trouve de quoi préparer les repas du soir, le fika et recevoir des invités à l’improviste.
Le pain dur fait partie des fondamentaux : le knäckebröd, ce grand disque de pain croustillant à base de seigle, est présent dans 80 % des foyers. Il côtoie des pains plus sombres, souvent riches en fibres, et le tunnbröd, galette fine qui se mange en sandwich roulé.
Le rayon laitier suédois est vaste et comprend des spécialités comme le filmjölk (lait fermenté pour le petit-déjeuner), le kvarg (quark) et de nombreux fromages. Le plus emblématique est le Västerbottensost, un fromage dur et corsé du nord, souvent utilisé râpé sur les gratins, les tartes ou lors de la fête des écrevisses (kräftskiva).
Autre spécificité, l’usage massif des aliments en tube : fromages aromatisés, mayonnaise, salades de crevettes, mais surtout le célèbre Kalles Kaviar, pâte de rogues de poisson fumées qui divise les expatriés. Certains y deviennent accros au petit-déjeuner sur du pain croustillant, d’autres n’y retouchent jamais.
Les placards suédois regorgent aussi de conserves et bocaux maison : betteraves marinées, cornichons, asperges au vinaigre, confitures de rhubarbe, fraise, myrtille, airelle (lingon), baie des marais (hjortron). La cuisine joue souvent sur l’équilibre sucré‑acidulé, porté par les duos sucre‑vinaigre ou baie‑sel.
Les épices qui parfument la cuisine
La pâtisserie comme la cuisine salée reposent sur une palette d’épices précise, souvent importée par les routes commerciales d’autrefois.
| Épice / Arôme | Usage principal dans la cuisine suédoise |
|---|---|
| Cardamome | Essentielle dans les brioches, pains sucrés, gâteaux de café |
| Cannelle | Indissociable des kanelbullar et biscuits |
| Quatre‑épices | Dans les boulettes de viande, soupes, légumes rôtis |
| Clou de girofle | Jambon, biscuits de Noël, vins chauds (glögg) |
| Anis | Pains, biscuits, liqueurs |
| Carvi | Pains au seigle, certains fromages |
| Muscade | Potages, sauces, pains, plats d’œufs |
| Baies de genévrier | Viandes mijotées, parfois en remplacement du poivre |
| Aneth | Omniprésente avec le poisson, pommes de terre, sauces, salades |
En pâtisserie, au‑delà de la farine et du beurre, les indispensables sont le sucre en multiples formes (cassonade, sucre glace, perlé), la levure (sèche, instantanée ou fraîche) et la fameuse pärlsocker, ces grains de sucre blancs déposés sur les brioches.
Cuisiner suédois à la maison : plats incontournables
La meilleure manière de s’immerger reste de cuisiner les classiques chez soi. De nombreux plats sont simples, économiques, et adaptés aux soirées d’hiver.
La superstar, ce sont bien sûr les köttbullar, boulettes de viande à base de porc et de bœuf finement hachés, assaisonnées notamment au quatre‑épices, servies avec une sauce brune crémeuse, de la purée, des concombres marinés et de la confiture d’airelles. La légende veut que le roi Charles XII ait rapporté l’idée de Turquie au XVIIIe siècle, avant qu’elle ne soit adaptée à la sauce nordique.
Le *Pytt i panna* est un hachis de pommes de terre, oignons et restes de viande, rissolé à la poêle et souvent surmonté d’un œuf au plat. C’est un plat typique de la cuisine du ‘fond de frigo’, idéal pour éviter le gaspillage après un week-end. La soupe de pois jaunes (*ärtsoppa*), traditionnellement servie le jeudi, trouve son origine dans les jours de jeûne d’avant la Réforme et est habituellement suivie de crêpes à la confiture.
Les harengs marinés (sill) occupent une place centrale dans les grands repas de fête – Midsommar, Noël, Pâques – où ils sont servis dans une multitude de marinades : moutarde, aneth, oignons, curry, crème. Pour une version plus “douce”, on peut commencer par un stand de hareng frais frit (Nystekt Strömming) à Stockholm, par exemple avant d’oser le très controversé surströmming, hareng fermenté à l’odeur explosive, dégusté plutôt en plein air sur du pain fin et des pommes de terre.
Au-delà des classiques poissons et boulettes, la cuisine suédoise propose des spécialités variées comme le gratin de pommes de terre Janssons frestelse, les crêpes épaisses äggakaka, le boudin noir (blodpudding) accompagné d’airelles, les rouleaux de chou farcis (kåldolmar) et des plats de saucisses tels que le korv stroganoff.
Pour les végétariens et végans, l’offre en magasin est impressionnante : boulettes végétales, haché végétal, substituts de viande Quorn ou Oumph!, laits d’avoine, de pois ou d’amande, etc. La culture alimentaire suédoise est très ouverte aux régimes spécifiques : laktosfri pour sans lactose, glutenfri pour sans gluten, vegansk pour végan.
On ne peut pas comprendre la gastronomie suédoise sans parler du fika. Ce mot intraduisible désigne à la fois la pause café, l’action de la prendre et la philosophie qui l’accompagne. Il ne s’agit pas d’avaler un espresso debout en consultant ses mails, mais de s’arrêter, de s’asseoir avec des collègues, des amis ou sa famille, de parler d’autre chose que du travail, idéalement autour d’un café filtré corsé et d’une douceur.
Historiquement, le terme viendrait d’un jeu sur le mot ancien pour café, _kaffi_, dont on aurait inversé les syllabes. Au départ, il désignait surtout la boisson, puis les pâtisseries ont pris une place égale. Aujourd’hui, dans les bureaux, la pause fika est souvent intégrée dans les plannings, parfois même dans les contrats de travail. On estime que les Suédois y consacrent en moyenne près d’une heure par jour, travail et temps libre confondus.
C’est le nombre de kilogrammes de café consommés en moyenne par personne et par an en Suède.
Les douceurs de fika sont regroupées sous le terme fikabröd. La reine incontestée est la kanelbulle, brioche torsadée à la cannelle et souvent à la cardamome, coiffée de sucre perlé. Elle a même son jour dédié, le 4 octobre. Mais elle n’est pas seule : boules de chocolat sans cuisson (chokladbollar), gâteau au chocolat coulant (kladdkaka), biscuits aux épices (pepparkakor), gâteau princesse (prinsesstårta) recouvert de pâte d’amande verte, ou encore les petits rouleaux au punch (punschrulle, surnommés dammsugare, “aspirateur”).
Les enfants peuvent boire du saft (sirop de fruits dilué à l’eau), du chocolat chaud ou du lait, tandis que les adultes consomment généralement plusieurs mugs de boissons.
Où vivre le fika comme un local
Dans toutes les villes, certains quartiers concentrent les meilleures adresses de fika. À Stockholm, Gamla Stan et Södermalm abritent des cafés historiques comme Vete‑Katten (ouvert en 1928) ou Sundbergs Konditori (1785), mais aussi des spots modernes comme Café Pascal, Drop Coffee ou Johan & Nyström. À Göteborg, le quartier de Haga est célèbre pour ses brioches géantes, Brogyllen étant l’une des institutions. À Malmö, Lilla Kafferosteriet, Noir Kaffekultur, Solde ou Leve (boulangerie 100 % végane) illustrent la diversité de la scène café.
Pour un expatrié, accepter une invitation à un fika au bureau est presque plus important que d’assister à une réunion : c’est souvent là que se prennent les micro‑décisions, que l’on se fait accepter dans l’équipe et que l’on comprend ce que signifie vraiment le mot lagom (“juste ce qu’il faut”) appliqué au quotidien.
Traditions gourmandes : du “fredagsmys” aux fêtes de l’écrevisse
Au‑delà du café, la semaine suédoise est rythmée par des rituels alimentaires très marqués, que l’on finit par adopter sans même s’en rendre compte.
Le jeudi est traditionnellement le jour de la soupe aux pois jaunes suivie de crêpes, un héritage des repas de veille de jeûne. Certaines cantines et restaurants perpétuent ce menu, tout comme l’armée suédoise qui le sert encore aux conscrits.
Le vendredi soir en Suède est traditionnellement consacré au ‘fredagsmys’ (vendredi cosy), un moment de détente en famille ou entre amis, souvent dès 17h, autour d’un repas pris devant un film ou une série. Le plat emblématique de cette soirée est le ‘taco suédois’, un assemblage de galette de blé, viande hachée, maïs, crème aigre, fromage râpé et crudités. Il est si populaire qu’il est classé premier plat du week-end devant la pizza et le hamburger.
Le samedi est, pour les enfants, synonyme de lördagsgodis, le “bonbon du samedi”. Cette tradition remonte à une campagne de santé dentaire des années 1950 qui recommandait de regrouper la consommation de sucreries sur une seule journée. Aujourd’hui, les rayons “bonbons en vrac” (plockgodis) sont spectaculaires, avec une profusion de chocolats, guimauves, dragées et surtout réglisses salées (saltlakrits) qui fascinent autant qu’elles rebutent les étrangers. La Suède compte d’ailleurs parmi les plus gros consommateurs de sucre au monde, sous toutes ses formes.
En Suède, les traditions culinaires suivent un calendrier annuel précis. La *semla*, une brioche à la pâte d’amande et à la crème, est typique de Mardi gras. Les *lussekatter*, brioches au safran, sont associées à la Sainte-Lucie le 13 décembre. Le repas de Noël, le *julbord*, est un buffet comprenant du jambon glacé, des saucisses, du hareng mariné, des gratins, des boulettes, du boudin noir, du fromage et des desserts, accompagnés de vin chaud (*glögg*) et de sodas épicés comme le *julmust*.
En été, la Midsommar – fête de la Saint‑Jean – est incontournable. Le repas typique : harengs variés, pommes de terre nouvelles avec aneth, crème, ciboulette, beaucoup d’airelles et de fraises, le tout accompagné d’eau‑de‑vie (snaps) et de chants. Quelques semaines plus tard démarre la saison des kräftskivor, soirées écrevisses de fin d’été. On s’y équipe de bavoirs et chapeaux de papier, on déguste écrevisses au gros sel, fromage Västerbottensost, tartes et pains, et on reprend des snaps rythmés par des chansons à boire.
Pour un expatrié, ces événements sont des moments privilégiés pour goûter des plats parfois absents des restaurants “branchés” mais très présents dans la mémoire collective.
La Suède a vu son paysage gastronomique exploser ces dernières décennies, avec des chefs phares du “New Nordic” et une scène bistronomique créative. Mais pour un expatrié, l’enjeu n’est pas de cocher des adresses étoilées, plutôt de trouver un équilibre entre cantines du midi, smörgåsbord de fête et petites tables de quartier qui racontent le pays.
À Stockholm, capitale éclatée sur des îles, l’offre va du trois étoiles Frantzén aux matbarer (bars à manger) plus détendus comme Lilla Ego, Pelikan ou Tradition, qui modernisent les classiques de la husmanskost. Pour les amateurs de poisson, des institutions comme Wedholms Fisk ou Operabaren perpétuent la tradition des harengs, du toast Skagen ou du saumon mariné (gravlax).
Les marchés couverts comme Östermalms Saluhall ou Hötorgshallen offrent une expérience culinaire authentique. On y trouve une concentration de produits locaux (poissons, charcuteries, fromages, gibiers) et de petits restaurants où déguster des plats typiques, comme une assiette de harengs avec pommes de terre et pain. C’est un excellent moyen de découvrir des produits locaux dans une ambiance conviviale, au milieu des habitants, et de s’initier à des spécialités qui peuvent paraître intimidantes en magasin.
Södermalm, de son côté, concentre une multitude de lieux hybrides entre bar à vin, bistro créatif et café, ainsi que des adresses très ciblées comme Meatballs for the People, qui décline les boulettes en versions veau, gibier ou végétale, ou Café Nizza, Babette, Bar Agrikultur, qui proposent une cuisine inspirée, souvent végétale, à partir de produits suédois.
Malmö, troisième ville de Suède, bénéficie d’une scène gastronomique très variée, allant de la street-food économique (comme ses fameux falafels) à la haute cuisine étoilée locavore. Le marché couvert Saluhall concentre de nombreuses options pour un déjeuner décontracté.
Gothenburg, grand port de la côte ouest, est réputée pour ses poissons et fruits de mer. Des restaurants comme Fiskekrogen ou Sjömagasinet cuisinent coquillages, poissons et crustacés issus des criées locales. Plus au nord, en Bohuslän ou sur l’archipel de Stockholm, de petites auberges comme Salt & Sill ou Finnhamns Krog mettent en scène les produits de la mer dans des cadres spectaculaires.
Pour dénicher les véritables “perles cachées” – petits restaurants de campagne, auberges familiales, cafés de ferme – le bouche‑à‑oreille reste l’outil le plus fiable. Des études indiquent qu’environ 70 % des convives choisissent ce type d’adresse sur recommandation de proches. Les Suédois eux‑mêmes adorent partager “leur” café ou “leur” bistrot préféré, à condition qu’on leur demande.
Festivals et événements gastronomiques : voyager en restant sur place
La Suède est parcourue de festivals et foires alimentaires où se mêlent producteurs locaux, street food, brasseurs artisanaux, vignerons, chefs et curieux. Pour un expatrié, ces événements sont un moyen accéléré de découvrir des ingrédients, recettes et acteurs d’une région, souvent en plein air.
On peut citer, par exemple, le Street Food Festival qui fait étape à Stockholm, Göteborg, Malmö et Jönköping, rassemblant des centaines de food trucks, de la cuisine fusion aux desserts. À Umeå, le Smakfestival met en avant les produits de Västerbotten – poissons, fromages, baies – tandis que le High Coast Whisky Festival permet de comprendre la montée en puissance des distilleries locales.
Sur l’île de Gotland, plusieurs rendez‑vous jalonnent l’automne : festival de la récolte, fête de la truffe gotlandaise, rencontres entre chefs, producteurs et oenophiles. En Scanie, l’Österlen Wine Festival et la grande fête de la pomme à Kivik montrent que le climat local permet désormais des productions de vins et de cidres de qualité.
Enfin, dans tout le pays, une multitude de “marchés du goût”, “fêtes du fromage”, “tours de fermes” ou matrundor (circuits gourmands) invitent à passer de ferme en ferme pour goûter fromages, légumes, pains, confitures ou bières artisanales. Pour s’y retrouver, les offices de tourisme locaux et les sites municipaux sont des ressources précieuses.
Commander en ligne et livraison de repas : le numérique au service de la cuisine
La Suède combine une culture très forte du fait‑maison avec une adoption massive des services en ligne. Le marché de la livraison de repas et de courses explose, porté par une population très connectée (86 % de pénétration du mobile), l’urbanisation et des rythmes de vie soutenus.
Pour les expatriés fraîchement arrivés, ces services peuvent être un filet de sécurité : quand on ne maîtrise pas encore la langue ou que l’on n’est pas adapté aux horaires locaux, se faire livrer des produits suédois chez soi est une manière douce de s’initier.
Les grandes plateformes comme Foodora, Wolt et Uber Eats livrent des repas (pizzas, burgers, plats locaux) dans la plupart des grandes villes. Certaines, comme Foodora Market ou Wolt Market, proposent également des courses d’épicerie livrées en quelques dizaines de minutes via des ‘dark stores’.
Côté courses hebdomadaires, MatHem est l’un des acteurs majeurs, proposant une gamme très large incluant beaucoup de produits bio, livrés dans des sacs recyclables. ICA, Coop, Willys ou Hemköp offrent aussi des services de commandes en ligne avec livraison à domicile ou retrait en magasin, souvent intégrés à leurs programmes de fidélité.
Des plateformes comme Matsmart proposent des produits proches de la date de péremption ou issus de surstocks à prix réduits, alliant économie et réduction du gaspillage. D’autres services, tels que Vembla, privilégient l’approvisionnement auprès de commerces de quartier et une livraison à faible empreinte carbone.
Pour un expatrié, ces outils sont utiles mais ne remplacent pas l’expérience de la file d’attente, du rayon harengs ou du comptoir de charcuterie. Ils peuvent en revanche faciliter le repérage : commander un assortiment de produits typiques, les goûter tranquillement, puis les racheter ensuite en magasin une fois identifiés.
S’asseoir à table : codes, étiquette et petites phrases utiles
Partager un repas avec des Suédois – au restaurant ou chez eux – implique quelques conventions. Rien de dramatique, mais connaître ces codes permet d’éviter les maladresses et de montrer son respect pour la culture locale.
La ponctualité est primordiale : arriver en retard à un dîner ou à une invitation à fika est mal vu. En entrant dans un foyer, on enlève systématiquement ses chaussures, et pour les occasions très habillées on apporte parfois une paire de chaussures “d’intérieur” propres.
À table, on utilise le style continental : couteau dans la main droite, fourchette dans la gauche, sans “switcher”, même pour couper la salade (qu’on plie plutôt qu’on ne coupe). On attend l’invitation du/de la maître·sse de maison – souvent un “Varsågod” – avant de commencer à manger.
Lors d’un toast avec le mot ‘Skål’, levez votre verre, soutenez le regard des autres convives quelques secondes en tournant légèrement la tête, buvez une gorgée, reposez le verre, puis échangez à nouveau des regards. Cette séquence de regards fait intégralement partie du rituel.
Pour signaler que l’on a terminé son assiette, on place couteau et fourchette parallèles sur le côté droit de l’assiette, pointe vers dix heures, le couteau au‑dessus du fourchette, lame tournée vers l’intérieur.
Au restaurant, le service est inclus (12–15 % généralement), et les pourboires ne sont pas obligatoires. Beaucoup de Suédois arrondissent toutefois au dessus (par exemple au 10 ou 20 SEK supérieur) si le service a été bon. Le paiement se fait quasi toujours par carte ou mobile, et il n’est pas rare que le lieu soit entièrement sans espèces.
Il est essentiel de dire ‘Tack för maten!’ en quittant la table pour remercier de la nourriture. De plus, il est courant de renvoyer un ‘Tack för senast!’ le lendemain d’une invitation. Ces formules sont des marqueurs sociaux importants.
Petit lexique de survie au restaurant ou au café :
– “Har ni ett bord för två?” : avez‑vous une table pour deux ?
– “Kan jag få menyn, tack?” : puis‑je avoir le menu, s’il vous plaît ?
– “Jag skulle vilja ha…” : je voudrais…
– “Jag är allergisk mot…” : je suis allergique à…
– “Jag är vegetarian / vegan.” : je suis végétarien / végane.
– “Notan, tack.” : l’addition, s’il vous plaît.
– “Kan jag betala med kort?” : puis‑je payer par carte ?
– “Ursäkta” : excusez‑moi (pour attirer discrètement l’attention du serveur).
Ces quelques mots, combinés à un effort pour essayer les plats locaux, suffisent généralement à briser la glace.
Stratégies pour bien manger sans exploser son budget
S’installer en Suède ne signifie pas renoncer à une alimentation riche, ni se ruiner au restaurant. Avec quelques stratégies, on peut découvrir la gastronomie locale tout en respectant son portefeuille.
Une première approche consiste à faire de la pause déjeuner le moment privilégié pour tester des restaurants : la plupart proposent des dagens rätt (plat du jour) moins chers, parfois sous forme de buffet simple, où l’on trouve souvent des plats de husmanskost (boulettes, poisson pané, ragoûts) difficiles à croiser le soir à un prix raisonnable.
Privilégier la cuisine maison permet d’exploiter les produits locaux. En constituant peu à peu un garde-manger typiquement suédois – incluant farine de seigle, épices, airelles, harengs marinés, pain croustillant, fromages et tubicules de caviar – il devient possible de recréer chez soi des plats de bistrot. Préparer des *kanelbullar* (brioches à la cannelle) ou un *kladdkaka* (gâteau au chocolat fondant) est aussi une excellente occasion d’inviter des voisins ou collègues pour instaurer une « tournée de fika » interculturelle.
Sur le plan des courses, alterner discounters et enseignes premium, privilégier les marques de distributeurs, acheter fruits et légumes de saison et ne pas négliger les rayons surgelés (poissons, baies, légumes) permet d’absorber une partie du surcoût général du coût de la vie. Les programmes de fidélité – ICA Stammis, Coop MedMera, Lidl Plus – offrent rabais et promotions ciblées ; certains nécessitent un personnummer (numéro d’identification), d’autres comme Lidl Plus non.
Enfin, les marchés, festivals, journées portes ouvertes de fermes ou boutiques collectives sont autant d’occasions d’acheter des produits de très bonne qualité à des prix souvent inférieurs à ceux de la ville, tout en discutant directement avec les producteurs.
En guise de conclusion : manger pour comprendre
La gastronomie suédoise est moins tapageuse que certaines cuisines méditerranéennes ou asiatiques, mais elle recèle une profondeur historique et culturelle fascinante. Entre l’héritage viking de la conservation, la rigueur luthérienne, la passion contemporaine pour la durabilité, l’ouverture aux influences venues d’ailleurs (tacos, kebabs, pizzas à la béarnaise, cafés de spécialité) et un rapport très particulier au sucre et au café, elle raconte une société obsédée par l’équilibre : entre sucré et acide, gras et fibre, tradition et innovation, local et global.
Pour un expatrié, apprendre à naviguer dans un ICA Maxi un samedi après‑midi, participer à un fika au travail, oser un hareng mariné à Midsommar, acheter ses premiers bonbons en vrac un samedi ou trinquer à la snaps lors d’un kräftskiva sont autant d’étapes d’intégration discrètes mais puissantes. Manger “comme les locaux” n’est pas seulement une question de menu : c’est une manière d’entrer dans les codes du pays, de créer du lien, et de faire de la Suède autre chose qu’un simple lieu de passage.
En acceptant de se laisser surprendre – par la réglisse salée, la pâte de caviar en tube, le café filtré sans fin ou le calme d’une salle de restaurant pourtant complète – on découvre peu à peu ce que la cuisine suédoise a de plus précieux à offrir : un art de vivre où la nourriture n’est jamais un simple carburant, mais un langage social à part entière.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Suède, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Suède pour la stabilité de son cadre fiscal, sa sécurité juridique, sa protection sociale et son environnement économique solide, combinant qualité de vie élevée et accès UE/Schengen. La mission a inclus : audit fiscal pré-expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence via installation durable et enregistrement local, coordination avec CPAM et sécurité sociale suédoise, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec réseau local (avocat, fiscaliste, intermédiaires francophones) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire) afin de maîtriser risques de double imposition via convention FR-SE et contrôles fiscaux.
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