Créer son entreprise en République Tchèque quand on est expatrié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer en République Tchèque pour y lancer une activité n’a plus rien d’une idée marginale. Entre un marché au cœur de l’Europe, une économie stable, un écosystème tech très dynamique et une fiscalité encore compétitive, le pays attire de plus en plus de freelances, de startuppers et d’investisseurs étrangers. Mais derrière cette image séduisante se cache un cadre juridique précis, des démarches parfois lourdes et des choix stratégiques à faire dès le départ.

Bon à savoir :

Cet article est un guide complet destiné aux expatriés francophones souhaitant créer ou développer une entreprise en République Tchèque, que ce soit en tant que freelance, fondateur de startup, dirigeant d’une filiale ou investisseur.

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Pourquoi choisir la République Tchèque pour entreprendre ?

La République Tchèque coche plusieurs cases essentielles pour un projet entrepreneurial international. Située en plein Centre de l’Europe, elle offre un accès direct au marché de l’Union européenne, tout en conservant sa propre monnaie, la couronne tchèque (CZK). Le pays est membre de l’UE, de l’OTAN et de l’OCDE, avec un risque politique considéré comme très faible et des politiques pro‑business relativement stables.

Exemple :

L’économie tchèque, ouverte et exportatrice, se caractérise par un fort tissu industriel et une croissance dynamique des technologies. Les secteurs des logiciels, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, des données, ainsi que la fintech, la travel-tech, le gaming et les services numériques sont en plein essor. Les villes de Prague et Brno agissent comme des locomotives, attirant des géants comme Microsoft, Amazon, SAP, IBM et Honeywell, ainsi que des ETI internationales et une nouvelle génération de startups prometteuses telles que Rohlík, Productboard, Rossum, Kiwi.com et Mews.

Le pays se distingue aussi par une infrastructure de qualité : autoroutes, réseau ferroviaire dense, plusieurs aéroports internationaux et surtout un internet très performant, avec des connexions domestiques couramment à 100 Mbps et des offres jusqu’à 1 Gbps, sur fond de déploiement 5G.

En parallèle, l’écosystème entrepreneurial s’est largement structuré : agences publiques (CzechInvest, Association for Foreign Investment), incubateurs, accélérateurs, réseaux d’investisseurs (42Angels, fonds VC locaux et CEE), espaces de coworking et un foisonnement d’événements networking.

Un environnement de vie attractif… mais pas toujours bon marché

Pour un expatrié, le facteur qualité de vie compte autant que le climat des affaires. Sur ce terrain, la République Tchèque – et plus particulièrement Prague – offre un bon compromis entre confort moderne et charme historique. Transports publics efficaces, culture café bien ancrée, vie culturelle riche, environnement globalement sûr : plus de 80 % des habitants de Prague jugent leur qualité de vie élevée.

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À Prague, les loyers peuvent absorber jusqu’à 40 % d’un salaire brut moyen, compliquant l’accès au logement.

Le tableau ci‑dessous donne des ordres de grandeur utiles pour un projet d’installation :

Poste de dépense (Prague)Fourchette indicative (CZK)Commentaire synthétique
Loyer appart. 1 ch. centre‑ville19 000 – 34 000Marché tendu, forte demande permanente
Loyer appart. 1 ch. hors centre~13 700 – 24 000Compromis courant pour expatriés
Charges (85 m², électricité, chauffage, etc.)5 500 – 11 600Forte variabilité selon immeuble et saison
Abonnement transport mensuel304 – 550Réseau dense, bonne couverture
Repas restaurant bon marché170 – 380Rester abordable pour déjeuner quotidien
Budget mensuel “confortable” célibataire≥ 45 000 – 50 000 netEstimation issue de témoignages locaux
Budget mensuel famille avec enfants> 100 000 netInclut logement, école privée potentielle, loisirs

Pour un entrepreneur, ces chiffres doivent être intégrés dans le business plan, qu’il s’agisse de sa propre rémunération ou de la politique salariale de l’entreprise.

Comprendre le cadre légal : ce que tout expatrié doit savoir

Avant même de choisir une forme de société, il est crucial de comprendre la logique du droit tchèque des affaires.

Les activités économiques sont en principe soumises à une licence commerciale (“trade license”) régie par la loi sur les activités artisanales (Trade Licensing Act), ou à une autorisation sectorielle spécifique (banque, défense, etc.). Les étrangers sont, en droit, sur un pied d’égalité avec les ressortissants tchèques : une personne physique ou morale étrangère peut faire du business dans les mêmes conditions qu’un national, sauf dans quelques secteurs sensibles.

Les principales sources juridiques pour la vie des sociétés sont :

la loi sur les sociétés commerciales (Act on Business Corporations),

– et le Code civil, qui a remplacé l’ancien Code de commerce.

Attention :

Deux éléments pratiques méritent l’attention.

1. Datová schránka (boîte de données) : Toute société dispose d’une boîte électronique officielle pour les communications avec l’administration. Un document envoyé dans cette boîte est réputé reçu après 10 jours, même si vous ne l’avez pas ouvert. Pour un dirigeant étranger, il est impératif de mettre en place une veille sérieuse sur cette boîte (assistant local, cabinet comptable, avocat).

Astuce :

Depuis 2021, toutes les sociétés sont tenues d’inscrire leur bénéficiaire effectif dans un registre public. Est considéré comme bénéficiaire effectif la ou les personnes physiques qui contrôlent en dernier ressort la société, généralement par la détention de plus de 25 % des droits de vote ou du capital. Le non-respect de cette obligation, par un défaut d’enregistrement ou la fourniture de données incorrectes, expose à des sanctions sévères. Celles-ci peuvent inclure une amende pouvant atteindre 500 000 CZK, la suspension des droits de vote ou l’interdiction de distribuer les profits.

De plus, tous les documents commerciaux (factures, correspondance officielle) doivent mentionner la dénomination, l’adresse du siège et les références d’immatriculation au registre du commerce.

Choisir la bonne structure : s.r.o., a.s., freelance, succursale…

Pour un expatrié, le choix de la structure conditionne à la fois la fiscalité, la crédibilité commerciale, le niveau de protection du patrimoine personnel et parfois le type de titre de séjour obtenu. Le droit tchèque propose plusieurs formes.

La société à responsabilité limitée (s.r.o.) : le choix “par défaut”

La s.r.o. (společnost s ručením omezeným) est, de loin, la forme la plus utilisée pour les PME et les filiales de groupes étrangers. Ses atouts :

responsabilité limitée des associés,

capital minimal symbolique (1 CZK par associé),

image professionnelle adaptée aux clients B2B et aux partenaires institutionnels.

Elle peut être créée par une ou plusieurs personnes. Le capital social peut être versé en numéraire ou en nature. Tant que les apports monétaires totaux ne dépassent pas 20 000 CZK, il n’est pas obligatoire d’ouvrir un compte bancaire spécifique avant la création, ce qui simplifie la phase de démarrage.

Bon à savoir :

Avant l’immatriculation d’une société, au moins 30 % de chaque apport en numéraire doit être versé, et la prime d’émission doit être intégralement payée. Le solde des apports en numéraire peut être libéré dans un délai de cinq ans après l’enregistrement. En revanche, les apports en nature doivent être entièrement réalisés avant l’inscription au registre du commerce.

Les associés ne sont responsables qu’à hauteur de la partie non libérée de leurs apports.

La société par actions (a.s.) : pour les projets d’envergure

L’akciová společnost (a.s.) est conçue pour les sociétés plus importantes ou celles qui envisagent à terme une introduction en bourse. Ses caractéristiques principales :

capital minimum de 2 000 000 CZK (ou 80 000 EUR si la comptabilité est tenue en euros),

– si la constitution se fait par offre publique de titres, capital minimal de 20 000 000 CZK,

– obligation de mettre en place un conseil d’administration (organe statutaire) et un conseil de surveillance,

– création d’une réserve légale non distribuable à partir du premier exercice bénéficiaire (au moins 20 % du bénéfice, jusqu’à 10 % du capital),

– obligation de tenir une assemblée générale annuelle.

Audit et pertinence de la S.A.

La société anonyme (S.A.) est soumise à des règles spécifiques concernant l’audit obligatoire et est une structure adaptée à certains types d’entreprises.

Audit obligatoire

L’audit est obligatoire si la société dépasse certains seuils (chiffre d’affaires, total du bilan, effectif) pendant deux années consécutives.

Pertinence de la structure

Cette forme juridique est particulièrement adaptée pour les grands projets industriels, les scale-ups ou les filiales de grands groupes.

Autres formes : v.o.s., k.s., coopérative, succursale…

Le droit tchèque propose d’autres véhicules, moins utilisés par les expatriés mais parfois adaptés à des situations particulières :

v.o.s. (partenariat général) : au moins deux associés, tous responsables indéfiniment et solidairement sur l’ensemble de leurs biens.

k.s. (société en commandite) : au moins un commandité (responsabilité illimitée) et un commanditaire (responsabilité limitée à son apport). Le traitement fiscal est plus complexe.

Coopérative (družstvo) : minimum cinq membres (ou deux personnes morales), orientée vers le bénéfice économique ou social des membres.

Succursale : simple “unité organisationnelle” d’une société étrangère, sans personnalité morale distincte. La maison mère reste responsable de toutes les dettes.

Bureau de représentation : limité aux activités de prospection, études de marché, publicité. Il ne peut pas vendre ni facturer.

La distinction clef pour un expatrié est celle entre succursale et filiale (s.r.o. ou a.s.) :

CaractéristiqueSuccursaleFiliale (s.r.o. / a.s.)
Personnalité juridiqueAucune, simple extension de la maison mèrePersonne morale distincte
ResponsabilitéIllimitée pour la maison mèreLimitée au capital social
Image vis‑à‑vis des clientsDépend de la marque étrangèreAncrage local plus fort
FiscalitéImposée sur les bénéfices de l’établissement stableSociétés résidentes, impôt plein sur bénéfices locaux
Formalités de créationUn peu plus simple sur le plan sociétaireStandard (statuts, capital, organes)

Dans la plupart des cas, une filiale de type s.r.o. offre un meilleur équilibre entre flexibilité, protection et crédibilité.

Le freelancing via licence commerciale (Živnostenské oprávnění)

Pour les indépendants – développeurs, consultants, designers, marketeurs – le statut de freelance avec licence commerciale (trade license, “živnostenské oprávnění”) est une option très populaire.

Ce statut est au cœur de plusieurs dispositifs de séjour, notamment :

– la “Zivno visa” (visa et permis de long séjour pour activité indépendante),

– le programme Digital Nomad pour certains freelances IT/marketing éligibles,

– le permis de séjour de longue durée pour activité commerciale.

Pour obtenir une licence commerciale, il faut déposer un dossier avec business plan auprès du bureau des licences (Živnostenský úřad), payer des frais (environ 1 000 CZK) et démontrer notamment :

être majeur (18 ans),

disposer d’un logement en République Tchèque,

avoir un casier judiciaire vierge,

justifier d’une assurance maladie,

prouver des moyens de subsistance (les autorités évoquent souvent un seuil autour de 220 000 CZK pour la première année).

Fiscalement, ce statut est attractif : de nombreux freelances peuvent déduire forfaitairement jusqu’à 60 % de leurs revenus au titre de frais professionnels, ce qui simplifie la comptabilité.

Monter sa société en pratique : étapes, délais, coûts

Créer une société en République Tchèque suppose de passer par plusieurs étapes successives. Avec un dossier complet, l’immatriculation peut être obtenue en une à deux semaines via un notaire, mais il faut plutôt compter 1 à 2 mois si l’on inclut la préparation, l’ouverture de compte bancaire et les aspects immigration.

1. Préparation des statuts et choix de la dénomination

La société naît juridiquement avec son inscription au registre du commerce, mais tout commence avec la rédaction des documents constitutifs :

contrat de société (ou acte de fondation si associé unique),

statuts détaillés pour les a.s.,

– désignation du ou des gérants (pour s.r.o.) ou organes de gestion (pour a.s.),

– définition du siège social (bail ou domiciliation / “virtual office”).

Ces documents doivent être passés devant notaire. Pour un expatrié, l’accompagnement par un cabinet local évite beaucoup de frictions : traduction assermentée, choix de clauses adaptées, conformité aux dernières réformes

2. Obtenir une adresse de siège

Toute entreprise doit avoir un siège social inscrit au registre. Il peut s’agir :

Choix du siège social

Pour immatriculer votre entreprise, vous devez disposer d’une adresse administrative. Voici les principales options disponibles :

Locaux propres

Utiliser vos propres locaux, avec un bail commercial en bonne et due forme.

Bureau en coworking

Opter pour un espace de coworking proposant un service de domiciliation officielle.

Virtual office

Choisir un bureau virtuel, solution courante pour les petites structures, incluant la gestion du courrier et parfois des services additionnels.

Les services de siège virtuel sont facturés en général entre 2 000 et 5 000 CZK par mois selon l’adresse et le niveau de services (réception, scan de courrier, salles de réunion, etc.).

3. Capacité du dirigeant et résidence

En droit, les gérants et dirigeants peuvent être étrangers, sans exigence de nationalité tchèque. Toutefois, certaines règles pratiques sont à connaître :

– pour une a.s., lorsqu’un directeur étranger est inscrit comme personne habilitée à agir dans le registre, il doit disposer d’un titre de séjour en République Tchèque ;

– pour les coopératives, les représentants statutaires étrangers doivent aussi détenir un permis de séjour tchèque ;

– les autorités exigent qu’une “personne responsable” de la société (statutaire) soit soit citoyen tchèque, soit titulaire d’un permis de long séjour et maîtrisant suffisamment le tchèque.

En pratique, beaucoup d’expatriés optent au départ pour un gérant tchèque de confiance ou pour un service de gérant “nominee” via un cabinet, le temps d’obtenir leur propre permis de séjour.

4. Licences d’activité

La plupart des activités ordinaires (services, commerce, conseil, IT, etc.) nécessitent une licence de commerce délivrée par le bureau compétent. Les activités réglementées (finance, santé, énergie, défense) sont soumises à des autorisations spécifiques, parfois avec examen des investissements étrangers.

1000

Le dépôt d’une demande d’immatriculation coûte environ 1000 couronnes tchèques.

5. Enregistrement au registre du commerce

Une fois les statuts signés chez le notaire, la licence (si nécessaire) obtenue et le capital déposé, le dossier est transmis au tribunal d’enregistrement ou directement enregistré par le notaire (procédure accélérée).

Les principaux documents exigés incluent :

statuts / contrat de société notariés,

attestation bancaire de dépôt du capital,

– pièce d’identité des fondateurs et gérants,

– extrait de casier judiciaire des gérants,

– preuve du siège (bail + preuve de propriété du bailleur),

– licences commerciales,

– déclaration sur l’honneur des dirigeants, signatures légalisées,

– pour les a.s., rapports d’expert sur les apports en nature et procès‑verbal de la première assemblée générale.

Bon à savoir :

Les documents étrangers doivent généralement être apostillés et traduits en tchèque par un traducteur assermenté pour être valides.

Côté coûts, on peut synthétiser ainsi :

Poste de coûtFourchette typique (CZK)
Frais de tribunal pour immatriculation6 000 – 12 000
Demande de licence commerciale~1 000
Honoraires notariés (création société)11 000 – 15 000
Frais d’inscription par notaire (enregistrement)2 700 – 8 000
Modification ultérieure du registre (changement siège, gérant, etc.)~2 000
Domiciliation / siège virtuel (par mois)2 000 – 5 000

Une fois la société enregistrée, elle reçoit un numéro d’identification unique et un certificat d’immatriculation.

6. Après la création : obligations immédiates

L’aventure ne s’arrête pas à l’extrait du registre. Dans les 15 jours (parfois 30 selon les sources) suivant l’inscription, l’entreprise doit :

se déclarer auprès de l’administration fiscale pour l’impôt sur les sociétés,

– éventuellement s’enregistrer à la TVA (obligatoire dès 1 000 000 CZK de chiffre d’affaires sur 12 mois glissants, ou immédiatement pour certaines activités / structures),

– s’inscrire à la Sécurité sociale et choisir une caisse d’assurance maladie dans les 8 jours, si elle emploie du personnel.

Par la suite, il faudra :

tenir une comptabilité détaillée,

organiser chaque année une assemblée générale pour approuver les comptes,

déposer les états financiers et, le cas échéant, le rapport sur les relations entre parties liées au registre des documents.

Les entités de grande taille et d’intérêt public de plus de 500 salariés doivent en outre publier des informations de durabilité (ESG) dans leur rapport annuel.

Banque : un passage obligé souvent sous‑estimé

Ouvrir un compte bancaire professionnel est indispensable pour la vie courante de l’entreprise (paiement de salaires, TVA, factures, dépôt du capital). Mais pour un fondateur étranger, ce n’est pas toujours une formalité.

Plusieurs points de friction reviennent fréquemment :

exigence de présence physique du dirigeant pour l’ouverture,

critères plus stricts pour les sociétés détenues par des non‑résidents hors EEE,

– documentation lourde sur l’origine des fonds et le modèle d’affaires,

– délais de décision pouvant aller de 7 à 30 jours après dépôt du dossier.

Les banques demandent généralement : l historique financier, des prévisions de flux de trésorerie, des garanties, et un dossier solide de votre projet.

statuts et extrait du registre du commerce,

pièces d’identité des dirigeants et principaux actionnaires,

justificatifs de domicile des dirigeants,

description de l’activité, business plan, parfois contrats ou lettres d’intention de clients,

preuve de l’origine des fonds (contrats, relevés bancaires, attestations).

Les conditions et la souplesse varient nettement selon les établissements et même selon les agences. D’où l’intérêt, pour un expatrié, de se faire accompagner par un cabinet spécialisé habitué à travailler avec des non‑résidents.

En contrepartie de cette rigueur, le secteur bancaire tchèque est solide, bien capitalisé, sous supervision européenne, et les dépôts sont garantis jusqu’à 100 000 EUR par client et par banque.

Fiscalité des sociétés : ce qui attend votre future entreprise

La République Tchèque a longtemps séduit par un impôt sur les sociétés modéré. Depuis les exercices ouverts en 2024, le taux standard est passé à 21 % (après de longues années à 19 %). Ce taux s’applique à l’ensemble des bénéfices, y compris les plus‑values (sauf exonérations spécifiques), pour les sociétés résidentes comme pour les établissements stables de non‑résidents.

Résidence fiscale et champ d’imposition

Une société est résidente si :

elle est constituée selon le droit tchèque, ou

– son siège de direction effective (lieu de la gestion centrale) se trouve en République Tchèque.

Les résidents sont imposés sur leurs revenus mondiaux, tandis que les non‑résidents le sont uniquement sur leurs revenus de source tchèque.

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Les pertes fiscales peuvent être reportées sur cinq exercices comptables.

TVA : un taux standard à 21 %

La TVA joue un rôle clé dans la trésorerie des entreprises. Le dispositif tchèque repose sur :

un taux standard de 21 %,

un taux réduit de 12 % (à partir de 2024) pour certains biens et services (alimentation, hébergement, transports publics, prestations médicales, culture, etc.),

– des opérations exonérées avec droit à déduction (exportations, livraisons intracommunautaires) et sans droit à déduction (services financiers, assurance, éducation, santé, locations d’habitation).

L’assujettissement est obligatoire pour toute entité ayant un siège en République Tchèque dès que son chiffre d’affaires excède 1 000 000 CZK sur une période glissante de 12 mois. Les entreprises étrangères doivent s’enregistrer dès qu’elles réalisent une prestation taxable non couverte par le mécanisme d’autoliquidation.

La déclaration est en principe mensuelle, avec une option trimestrielle si le chiffre d’affaires annuel reste inférieur à 10 millions de CZK.

Incitations à l’investissement et à la R&D

Pour les projets plus ambitieux, deux leviers fiscaux sont particulièrement intéressants :

Bon à savoir :

Les entreprises bénéficient d’une sur-déduction fiscale pouvant atteindre 100% de certaines dépenses de R&D (salaires, matières, amortissements, charges directes). À partir de 2026, ce taux passera à 150% pour les dépenses jusqu’à 50 millions de CZK, et 100% au-delà. Les crédits non utilisés peuvent être reportés sur plusieurs exercices.

– 2. Incitations à l’investissement : Réservées aux entités tchèques (y compris filiales de groupes étrangers), ces aides peuvent prendre la forme :

d’exonérations d’impôt sur les sociétés sur plusieurs années,

de subventions pour la création d’emplois et la formation,

– d’aides à l’investissement matériel,

– de cessions de terrains à prix réduit.

Elles visent prioritairement l’industrie manufacturière, les centres technologiques, les data centers et certains services stratégiques. Le taux d’aide varie selon la région (0 % à Prague, jusqu’à 50 % ailleurs).

Statuts de séjour pour entrepreneurs et freelances

Créer une entreprise ne suffit pas à vous donner le droit de vivre en République Tchèque. Les ressortissants de l’UE peuvent s’installer et travailler librement, mais les citoyens de pays tiers doivent articuler leur projet d’entreprise avec un titre de séjour adapté.

Plusieurs options existent.

Programme Digital Nomad : IT et marketing ciblés

La République Tchèque s’est dotée d’un programme spécifique pour travailleurs à distance hautement qualifiés, le Digital Nomad Program, en vigueur depuis 2023 et étendu en 2025.

Il concerne :

des salariés d’entreprises étrangères de plus de 50 employés, travaillant à distance depuis la République Tchèque,

– ou des freelances IT / marketing, titulaires ou futurs titulaires d’une licence commerciale tchèque.

Les conditions incluent : la nécessité de respecter les délais, l’obligation de fournir des documents justificatifs, et la conformité aux normes établies.

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Revenu mensuel minimum requis pour obtenir le visa tchèque pour travailleurs qualifiés, correspondant à 1,5 fois le salaire brut moyen national.

La procédure se déroule en deux phases :

1. Demande d’intégration au programme auprès du Ministère de l’Industrie et du Commerce (par e‑mail), avec examen du profil (généralement en une semaine). 2. Dépôt de la demande de visa de long séjour auprès de l’ambassade (motif “autre” pour les salariés, “business” pour les freelances), avec un délai cible de 45 jours.

Le visa est délivré pour un an, prolongeable par un permis de long séjour pouvant aller jusqu’à deux ans supplémentaires, sous réserve de renouveler son intégration au programme.

Visa et permis de long séjour pour activité commerciale

En dehors du programme Digital Nomad, les entrepreneurs indépendants disposent de la voie classique du visa de long séjour pour activité commerciale, puis du permis de séjour de longue durée pour business. Ces statuts sont fondés sur l’obtention d’une licence commerciale (živnostenské oprávnění) et l’exercice effectif d’une activité.

Les exigences portent sur :

la réalité de l’activité (contrats, factures, clientèle),

l’absence de dettes fiscales et sociales,

des garanties financières suffisantes,

une assurance maladie adéquate.

Le permis est généralement valable deux ans, renouvelable, et permet la libre circulation dans l’espace Schengen pour des séjours courts.

Permis “investisseur” (75 millions CZK et 20 emplois)

Pour les projets lourds, un permis de long séjour pour investissement – parfois surnommé “golden visa” – existe depuis 2017. Il s’adresse à des ressortissants hors UE prêts à investir au moins 75 millions de CZK dans une entreprise tchèque en créant au minimum 20 emplois à temps plein pour des citoyens de l’UE (ou leurs proches) pendant deux ans.

Caractéristiques principales :

permis initial de deux ans, renouvelable par périodes de deux ans,

obligation de démontrer l’origine licite des fonds, l’absence de dettes, un casier judiciaire vierge,

couverture santé complète,

possibilité de regrouper la famille sous un régime accéléré.

Ce dispositif est clairement calibré pour des investisseurs industriels ou des projets de grande envergure, pas pour un freelance ou une micro‑entreprise.

Employer du personnel : ce qu’un créateur doit anticiper

Recruter localement est souvent indispensable pour développer l’activité, surtout à Prague et Brno où le bassin de talents est dense (R&D, ICT, finance, services). Mais le droit du travail tchèque est détaillé et protecteur, avec des règles précises sur les contrats, le temps de travail, les congés et la fin de la relation de travail.

Types de contrats et précarité encadrée

La forme normale de relation de travail est le contrat de travail écrit à durée indéterminée. Les contrats à durée déterminée sont possibles, mais limités à :

– une durée maximale de 3 ans,

– renouvelables au plus deux fois (soit 9 ans au total), sauf motifs objectifs.

Parallèlement, deux formes d’accords “allégés” existent pour les petits volumes ou les jobs secondaires :

300

Nombre maximum d’heures annuelles pouvant être effectuées sous un Accord de travail pour achèvement de tâche (DPP) chez le même employeur.

Ces statuts, proches du “job étudiant” ou du temps partiel souple, sont très répandus mais encadrés de plus près depuis 2023 (droits à congé, possibilité de demander un CDI, etc.).

À éviter absolument : le Švarc systém, c’est‑à‑dire faire travailler des personnes en apparent freelance (licence commerciale) alors qu’elles sont, en pratique, subordonnées comme des salariés. Cette pratique de “faux indépendants” est illégale et peut coûter cher (amendes jusqu’à 10 millions de CZK).

Temps de travail, heures supérieures et congés

Le temps de travail standard est de 40 heures hebdomadaires, avec des variantes (38,75 h ou 37,5 h) pour les systèmes postés ou certaines activités. Un shift ne peut pas dépasser 12 heures. Les heures supplémentaires sont possibles, mais limitées (150 heures par an imposables par l’employeur, puis plafonds moyens par accord).

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C’est le nombre minimum de semaines de congés payés auxquelles ont droit les salariés par an en France.

Côté protection sociale :

les deux premières semaines de maladie sont prises en charge par l’employeur (environ 60 % du salaire journalier moyen),

– au‑delà, c’est l’assurance maladie publique qui prend le relais, avec des pourcentages croissants selon la durée.

Coût salarial global

Pour un entrepreneur étranger, il est crucial de regarder le coût total employeur, pas seulement le salaire brut affiché.

En 2024‑2025, les contributions sociales et santé se répartissent globalement ainsi :

Employeur : environ 33,8 % du salaire brut (retraite, maladie, chômage, santé),

Employé : environ 11,6 % (dont 4,5 % pour l’assurance santé).

À cela s’ajoute l’impôt sur le revenu (15 % jusqu’à un certain seuil annuel, 23 % au‑delà). Le salaire minimal national sera de 20 800 CZK par mois au 1er janvier 2025, avec un système de “salaire garanti” par niveau de qualification qui impose des minima supérieurs pour certains postes.

S’implanter dans l’écosystème : Prague, Brno et au‑delà

Au‑delà du droit et de la fiscalité, entreprendre en République Tchèque, c’est aussi s’inscrire dans des écosystèmes locaux très vivants.

Prague : hub international et vitrine tech

Prague concentre la majorité des startups et entreprises tech du pays. On y retrouve :

des centaines de startups dans les logiciels, la cybersécurité, le gaming, la fintech, le travel‑tech,

des espaces de coworking de classe internationale (WeWork, Impact Hub, Opero, Paper Hub, WorkLounge, HubHub…),

– une myriade d’événements : meetups entrepreneurs, conférences AI, soirées “Startup & VC networking”, festivals tech, hackathons.

Bon à savoir :

Prague est la ville la plus chère de République tchèque, en particulier pour les loyers. Cependant, elle compense par un excellent réseau de transports, une forte densité de talents professionnels et une vie culturelle riche, ce qui en fait un point d’entrée privilégié pour de nombreux expatriés.

Brno : “Silicon Valley tchèque”

Brno, deuxième ville du pays, est souvent décrite comme la “Silicon Valley tchèque” :

plus de 20 % de la population sont étudiants,

13 universités, dont Masaryk University et Brno University of Technology, très orientées STEM et business,

grands centres R&D (IBM, Honeywell, Red Hat, etc.),

succès locaux comme AVG, Kiwi.com, YSoft, Flowmon, Notino.

Bon à savoir :

La région du Sud de la Moravie s’est dotée très tôt d’une Stratégie régionale d’innovation, reconnue par l’OCDE. Elle s’appuie sur le South Moravian Innovation Centre (JIC) et son programme d’accélération Starcube. La ville de Brno offre l’avantage d’un coût de la vie inférieur à Prague, tout en bénéficiant d’une solide culture entrepreneuriale.

Coworking : un outil d’intégration pour expatriés

Les espaces de coworking jouent un rôle central pour les entrepreneurs étrangers : lieu de travail mais aussi communauté, veille, networking. L’offre est très large, avec des formules adaptées à tous les budgets :

Type de prestationPlage de prix typique (CZK)
Bureau flexible (hot desk) heure60 – 200
Pass journée200 – 400
Abonnement mensuel hot desk300 – 8 500 (selon heures & services)
Bureau dédiélégèrement plus cher que hot desk
Bureau privé (lockable office)5 500 – 35 000 / mois
Salle de réunion (heure)à partir de 1 000

Pour un fondateur étranger, intégrer un coworking bien connecté (Impact Hub, Locus, Opero, HubHub, Sněmovní 7, etc.) est souvent le moyen le plus rapide de rencontrer d’autres entrepreneurs, des investisseurs, voire ses premiers clients.

Financement : ce qui est réaliste pour un étranger

Le financement des startups en République Tchèque progresse rapidement, même si la région CEE reste globalement moins mature que l’Europe de l’Ouest.

Le pays affiche :

un écosystème en forte croissance (valeur des startups tchèques plus que doublée en cinq ans),

445 millions d’euros levés par les startups tchèques au premier semestre 2024, un record régional,

– des success stories qui attirent l’attention des VC internationaux (Rohlík, Productboard, Mews, Rossum…).

Les sources de financement typiques sont :

business angels (par ex. réseaux comme 42Angels),

fonds de capital‑risque locaux et CEE,

subventions et programmes de soutien via CzechInvest, JIC, fonds européens,

prêts bancaires (plutôt pour les entreprises déjà établies, pas pour les projets très risqués).

Pour un expatrié, la clé est de démontrer une ancrage local solide (équipe, société, traction sur le marché tchèque ou CEE) tout en affichant une ambition européenne ou mondiale.

Intégration, langue et vie quotidienne

Même si la plupart des affaires tech et corporate se déroulent en anglais, le tchèque reste la langue dominante, surtout dans l’administration, le droit du travail, le marché immobilier, et auprès des PME traditionnelles. Apprendre les bases du tchèque facilite considérablement :

les relations avec les fournisseurs locaux,

les interactions avec l’administration (y compris la police des étrangers),

le recrutement de profils non internationaux.

Bon à savoir :

Pour les procédures d’immigration de longue durée, telles que la demande de résidence permanente ou de citoyenneté, la réussite d’un examen de langue tchèque est une condition obligatoire.

Au quotidien, les expatriés s’appuient sur un réseau dense de ressources :

communautés en ligne (Expats.cz, groupes Facebook “Expats in Prague/Brno”, forums),

événements networking (Prague Entrepreneurs Meetup, Czech Business Club, événements InterNations, meetups tech),

organisations dédiées (Brno Expat Centre, International Women’s Association of Prague, clubs sportifs et associatifs divers).

Synthèse : comment aborder votre projet entrepreneurial en République Tchèque

Pour un expatrié, la République Tchèque est aujourd’hui un terrain de jeu crédible pour lancer un business ou implanter une filiale, à condition de préparer soigneusement son atterrissage.

Une approche pragmatique pourrait ressembler à ceci :

Astuce :

Pour une implantation réussie en République tchèque, il est crucial de : 1. Clarifier son positionnement (freelance vs. société, projet lifestyle vs. start-up, marché local vs. européen). 2. Anticiper les démarches d’immigration (choix du titre de séjour, délais, impact sur la structure juridique). 3. Sécuriser les fondations juridiques (statuts adaptés, gérance, enregistrement des bénéficiaires effectifs, conformité avec la Datová schránka). 4. Préparer un dossier bancaire solide (business plan, justificatifs, accompagnement professionnel). 5. Intégrer tous les coûts réels (loyer, salaires, charges sociales, impôt sur les sociétés à 21%, TVA, frais de conseil). 6. S’immerger dans l’écosystème local (coworking, événements, réseaux avec CzechInvest, JIC, Brno Expat Centre ou les hubs d’innovation praguois).

La République Tchèque n’est ni un paradis fiscal ni un eldorado sans règles. C’est un pays au cadre juridique exigeant mais stable, avec une main‑d’œuvre qualifiée, une tech scene en pleine ascension et un ancrage européen stratégique. Pour un entrepreneur expatrié prêt à investir un peu de temps dans la compréhension locale – et à s’entourer des bons partenaires – le pays peut devenir une base solide pour un développement à l’échelle de l’UE.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à 1 million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (République Tchèque, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la République Tchèque pour sa fiscalité sur le revenu relativement modérée, l’absence d’impôt sur la fortune, sa stabilité économique, sa position centrale en Europe et un coût de vie à Prague globalement inférieur à Paris. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec achat d’une résidence principale, coordination santé (CPAM et couverture locale), transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local francophone/anglophone (avocat, immigration) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire) pour sécuriser les économies fiscales et la diversification patrimoniale internationale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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