Investir dans la pierre en Biélorussie quand on est expatrié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Acheter un appartement loin de son pays d’origine n’a rien d’anodin. En Biélorussie, le pari peut sembler encore plus audacieux, entre sanctions internationales, cadre juridique mouvant et dépendance économique à la Russie. Pourtant, le marché immobilier local reste l’un des plus abordables aux portes de l’Europe, avec des loyers corrects, une fiscalité modérée et une forte appétence de la population pour la propriété.

Bon à savoir :

L’investissement immobilier en Biélorussie peut être un outil de diversification pour les expatriés, mais il présente un niveau de risque supérieur à la moyenne. Il est essentiel de bien s’entourer et de comprendre précisément les spécificités et les risques du marché avant de s’engager.

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Un marché atypique mais attractif pour un expatrié

Le marché immobilier biélorusse se trouve dans une phase paradoxale. D’un côté, les prix ont fortement augmenté sur la dernière décennie, surtout à Minsk. De l’autre, depuis la fin 2025, la revente ralentit, la hausse se tasse et plusieurs signaux pointent vers un marché désormais favorable aux acheteurs.

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Les prix résidentiels en Biélorussie ont progressé de plus de 138 % en termes réels sur dix ans.

Le pays reste très urbanisé (près de 80 % de la population vit en ville), avec une concentration impressionnante autour de la capitale : Minsk absorbe à elle seule environ 60 % des volumes d’investissement immobilier, et concentre aussi bien les prix les plus élevés que la demande locative la plus solide.

Pour un expatrié, ce contexte dessine un marché :

encore bon marché à l’échelle européenne,

rentable mais sans rendements « exotiques » (grosso modo 4 à 6 % brut en résidentiel classique),

– très dépendant de la conjoncture politique et des relations avec la Russie,

– où la loi change souvent et peut cibler spécifiquement les investisseurs issus de pays jugés « inamicaux ».

Autrement dit, un marché de niche, pas un refuge tranquille.

Minsk et les principales villes : où investir en priorité ?

Avant de parler contrats et fiscalité, il faut regarder où un expatrié a réellement intérêt à acheter. Les données de prix montrent un pays à deux vitesses : Minsk, puis le reste du territoire, avec des écarts considérables mais aussi des rendements légèrement plus élevés en province.

Minsk, cœur du marché et vitrine économique

Minsk est le centre nerveux de l’économie, le poumon démographique (environ 2 millions d’habitants) et le laboratoire de toutes les tendances immobilières du pays. C’est là que se concentrent les nouveaux grands ensembles, les programmes haut de gamme et l’essentiel de la demande locative solvable.

Au milieu des années 2020, les prix moyens à Minsk pour les appartements de revente tournent autour de 1 900 à 2 150 dollars par mètre carré, avec de gros écarts selon le quartier et le standing. Les programmes neufs standard se situent plutôt entre 1 500 et 2 500 dollars/m², tandis que le segment business et premium commence à 2 500 dollars/m² et peut monter jusqu’à environ 3 600 dollars/m² pour les biens les plus prisés.

On peut résumer l’ordre de grandeur ainsi :

Segment à MinskPrix approximatif (USD/m²)
Moyenne générale (appartements)1 900 – 2 150
Centre-ville1 960 – 3 600
Périphérie proche1 500 – 2 500
Programmes neufs standard1 500 – 2 500
Neuf business / premium≥ 2 500
Très haut de gammeJusqu’à 3 600

Pour un appartement typique de 60 m², le ticket d’entrée se situe autour de 130 000 dollars. Loué environ 600 dollars par mois, cela donne un rendement brut proche de 5,5 %. C’est ce type de configuration qui est généralement recommandé aux investisseurs étrangers : un T1 ou T2 bien placé, à distance de marche (5 à 10 minutes) d’une station de métro, dans un immeuble en brique plutôt qu’en panneaux, avec une stratégie de détention de moyen-long terme.

Exemple :

À Minsk, certaines zones sont particulièrement attractives pour un expatrié investisseur. Il s’agit notamment du centre-ville historique et des quartiers d’affaires modernes, qui se distinguent par leur dynamisme économique, leurs infrastructures développées et leur fort potentiel de valorisation immobilière. Ces secteurs offrent des opportunités dans l’immobilier résidentiel haut de gamme, les commerces et les bureaux.

– le district Tsentralny et le corridor Pobediteley–Masherova pour leur profil premium et leur clientèle à hauts revenus ;

– les nouveaux complexes comme Minsk-Mir, Mayak Minska, Novaya Borovaya, Levada ou Zelenaya Gavan, qui concentrent la demande pour du neuf moderne ;

– les quartiers proches des grandes universités (Frunzensky, secteurs bien desservis par le métro) qui alimentent une demande étudiante dense ;

– des micro-districts comme Kamennaya Gorka ou Grushevka, bien connectés et attractifs pour les jeunes actifs.

Attention :

Le stock d’appartements à vendre oscille généralement entre 4 400 et 4 700 unités. Une grande partie des biens est initialement affichée à un prix trop élevé et nécessite un réajustement. En revanche, les annonces correctement positionnées, en particulier dans les résidences récentes et bien situées, trouvent acquéreur en quelques semaines.

Brest, Grodno, Gomel, Vitebsk, Mogilev : le jeu de la province

Les grandes villes régionales offrent des tickets d’entrée beaucoup plus bas, au prix d’une liquidité plus faible et d’un marché locatif moins profond que celui de la capitale. Pour un expatrié qui souhaite diversifier avec un budget limité, ce sont toutefois des options sérieuses.

Les données en roubles biélorusses permettent de comparer :

VilleFourchette de prix (BYN/m²)Profil de marché
Minsk1 500 – 6 000Capitale, marché haut de gamme, forte demande
Brest1 000 – 4 000Ville frontalière de la Pologne, logistique
Grodno1 100 – 3 500Ville historique, tourisme
Gomel900 – 3 200Centre industriel, abordable
Vitebsk900 – 3 400Ville culturelle, prix modérés
Mogilev800 – 1 500Marché d’entrée de gamme

Converties en devises, les moyennes se situent grosso modo autour de :

– Brest : environ 700 dollars/m²,

– Grodno : 500 à 800 euros/m²,

– Gomel : environ 410 dollars/m²,

– Vitebsk : 600 à 930 euros/m².

Dans certains quartiers de villes secondaires, on trouve encore des appartements entre 500 et 800 dollars/m². Les rendements bruts résidentiels y oscillent généralement entre 4,5 % et 6 %, avec un pic autour de 8 % dans des niches comme Orsha.

Pour un expatrié qui ne connaît pas encore le pays, Minsk conserve malgré tout un avantage déterminant : un marché plus liquide, mieux documenté, et une demande locative plus prévisible. Les villes régionales deviennent intéressantes une fois qu’on a déjà de l’expérience sur place ou un partenaire local de confiance.

Acheter en tant qu’étranger : ce que la loi permet (et ce qu’elle interdit)

En Biélorussie, la clé pour un investisseur étranger est de bien distinguer deux choses : le bâtiment et le terrain.

Bâtiments : un accès relativement ouvert

Sur les constructions elles‑mêmes, le pays adopte une posture plutôt ouverte. Un non‑résident peut, en principe, acheter et posséder en pleine propriété :

des appartements, quels que soient la ville et le type d’immeuble ;

des maisons, cottages, datchas et bâtiments résidentiels ;

des locaux commerciaux : bureaux, entrepôts, boutiques, bâtiments industriels.

Pour ces biens, les droits sont globalement les mêmes que pour un citoyen biélorusse : acheter, vendre, louer, donner, transmettre par héritage.

Il n’y a pas, en règle générale, de montant minimum d’investissement exigé pour acquérir un bien résidentiel. Posséder un appartement ne donne pas automatiquement un titre de séjour ni la citoyenneté, mais c’est une base reconnue pour demander un permis de séjour temporaire.

Terrain : restrictions fortes et exceptions ciblées

Sur le foncier, les règles sont nettement plus strictes. Par principe, un étranger ne peut pas devenir propriétaire direct d’une parcelle. Il peut uniquement bénéficier de droits d’usage de long terme, typiquement sous forme de bail allant jusqu’à 99 ans pour des terrains non agricoles.

Astuce :

Une réforme du Code foncier, entrée en vigueur le 1er janvier 2023, a élargi certains cas dans lesquels un non‑résident peut détenir un terrain en pleine propriété ou en possession héréditaire viagère.

lorsqu’il reçoit le terrain en héritage d’un parent biélorusse ;

lorsqu’il acquiert simultanément une maison ou une datcha déjà construite, en achetant une quote-part du terrain associé ;

– lorsque le terrain entre dans un bien commun avec un conjoint biélorusse, notamment en cas de divorce et de partage judiciaire.

Certains types de terrains restent hors de portée de tout le monde : terres agricoles, forêts, zones naturelles protégées, parcs publics, emprises routières, sites contaminés, zones minières ou proches d’installations militaires.

Parc Industriel Sino-Biélorusse « Great Stone »

Une zone économique spéciale offrant des conditions d’investissement uniques pour les entreprises étrangères près de Minsk.

Propriété Foncière Complète

Un investisseur étranger peut accéder à la pleine propriété foncière à l’intérieur de la zone, une exception notable.

Critères d’Investissement

L’accès à cette propriété est conditionné au financement d’un projet d’au moins 500 000 dollars américains.

Cahier des Charges Industriel

L’investisseur doit impérativement respecter un cahier des charges industriel spécifique.

Nature des Actifs

Il s’agit exclusivement d’immobilier d’entreprise, et non pas de résidentiel classique.

Cas sensibles : les investisseurs de pays « inamicaux »

Pour les expatriés originaires de l’Union européenne, des États‑Unis, du Canada et d’autres pays classés « inamicaux » par Minsk, la prudence doit être extrême. Depuis 2024, des règles spécifiques s’appliquent :

obligation d’obtenir une autorisation spéciale pour revendre un bien immobilier ;

prélèvement obligatoire d’au moins 25 % de la valeur de marché sur le produit de la vente ;

– possibilité, prévue par les textes, de confiscation de certains actifs détenus par des personnes physiques ou morales liées à ces États, si elles sont jugées « hostiles » ;

– risques de blocage ou de cantonnement des dividendes et revenus sur des comptes spéciaux.

Ces mesures ne concernent pas les ressortissants russes ou d’autres pays de la CEI, qui dominant désormais de loin les investissements étrangers dans la pierre biélorusse. On estime ainsi que plus de 4 000 appartements ont été achetés par des Russes en 2024, soit environ 20 % de plus que l’année précédente.

Pour un expatrié de l’UE, des États‑Unis ou du Canada, ces règles constituent un risque politique majeur : elles affectent directement la capacité à sortir du marché et à rapatrier son capital.

Comment se déroule concrètement un achat pour un expatrié ?

Sur le papier, la procédure d’acquisition n’est pas discriminante selon la nationalité. Dans les faits, elle est très formalisée et nécessite de respecter une série d’étapes, avec une présence physique en Biélorussie à un moment donné.

Démarches administratives indispensables

Pour acheter en tant qu’étranger, il faut :

un passeport en cours de validité ;

– si ce passeport n’est ni en russe ni en biélorusse, une traduction certifiée conforme par un notaire (les citoyens russes sont dispensés de traduction) ;

– un enregistrement temporaire sur le territoire, à effectuer dans les dix jours suivant l’arrivée si l’on reste plus longtemps – cette inscription est obligatoire pour signer un contrat immobilier ;

– un numéro d’identification fiscale biélorusse, indispensable pour enregistrer les droits de propriété et payer les impôts afférents.

Si l’acheteur ne maîtrise pas le russe ou le biélorusse, la loi impose la présence d’un interprète professionnel lors de la signature des actes. Les coordonnées de ce traducteur sont intégrées au dossier, ce n’est donc pas une simple formalité symbolique.

La transaction ne peut pas se faire entièrement à distance : soit l’acheteur se déplace, soit il mandate un représentant avec une procuration authentifiée. Pour certains actes, cette procuration doit désormais être établie sur le territoire biélorusse.

Recherche, négociation, avant-contrat

La recherche se fait, dans la grande majorité des cas, via des agences immobilières locales diplômées et/ou des portails spécialisés comme Realt.by, Onliner.by, Hata.by, Domovita.by ou re.kufar.by. Une part non négligeable des ventes se conclut aussi par bouche-à-oreille, d’où l’intérêt de s’appuyer sur un agent déjà bien introduit.

Une fois un bien identifié, un travail de due diligence juridique est fortement conseillé, voire indispensable. Il est mené par un avocat local spécialisé, qui va :

Bon à savoir :

Avant l’acquisition, il est crucial de : vérifier la chaîne de propriété et l’absence de litige ; consulter le registre unifié (EGRNI/USRIP) pour hypothèques, saisies et servitudes ; contrôler le passeport technique (surface, plan, année de construction) ; s’assurer de l’absence d’arriérés d’impôts, de charges ou de factures ; examiner la situation des personnes encore enregistrées à l’adresse ; et confirmer la conformité urbanistique et l’absence de travaux illégaux.

Ce travail prend en général quelques semaines mais évite les principales embûches : co‑propriétés mal définies, appartements avec occupants encore enregistrés, ou biens situés en zone protégée où toute modification est strictement encadrée.

Un avant-contrat (préliminaire) n’est pas systématiquement obligatoire, mais il est fréquent. Il permet de fixer noir sur blanc le prix, les délais, les conditions suspensives (financement, levée d’hypothèque, etc.), contre le versement d’un dépôt qui se situe souvent entre 5 et 10 % du prix convenu.

Acte définitif, paiement et enregistrement

Le contrat de vente définitif doit obligatoirement être :

rédigé par écrit ;

– certifié soit par un notaire public, soit par un officier de l’agence d’enregistrement d’État.

Bon à savoir :

Pour un étranger, le recours à un notaire est la solution la plus sécurisée, car ce professionnel a un rôle de garant de la légalité de l’opération.

Un point souvent mal compris par les expatriés : le paiement doit obligatoirement être effectué en roubles biélorusses (BYN), même si les parties ont discuté en dollars ou en euros. En pratique, l’acheteur transfère ses fonds depuis l’étranger vers un compte local, puis les convertit en BYN au moment du règlement. Les banques peuvent exiger des justificatifs d’origine des fonds, notamment en raison des contrôles de changes et des sanctions internationales.

Une fois l’acte signé et le paiement réalisé, le dossier est transmis au registre d’État. C’est seulement à l’issue de cette étape que la propriété est juridiquement créée ou transférée. Les délais sont encadrés :

5 à 7 jours ouvrables en procédure standard ;

2 à 3 jours en procédure accélérée ;

1 jour ouvrable en procédure urgente, moyennant un supplément.

L’acheteur reçoit alors un extrait du registre attestant de ses droits. Il doit ensuite :

faire mettre à jour les contrats de fournitures (électricité, eau, internet) ;

– et, s’il réside effectivement dans le logement, se déclarer à cette nouvelle adresse.

Coûts de transaction et fiscalité : un environnement plutôt léger

Comparée à de nombreux pays européens, la Biélorussie affiche une fiscalité immobilière relativement douce, notamment pour les personnes physiques. Mais il faut garder à l’esprit que les charges « invisibles » (risque politique, instabilité réglementaire, contrôle des capitaux) viennent compenser en partie cet avantage apparent.

Frais d’acquisition et coûts de cycle

Il n’existe pas de droit d’enregistrement spécifique sur les acquisitions immobilières pour les particuliers. Les principaux postes de coûts lors d’une transaction sont :

3 à 5

La commission d’agence immobilière représente généralement 3 à 5 % du prix de vente du bien.

Si l’on cumule l’ensemble des frais liés à l’achat puis à la revente, les coûts de transaction sur un cycle complet (aller-retour) représentent en général entre 5 et 10 % de la valeur du bien. C’est précisément pour cette raison qu’une durée de détention minimale de cinq à sept ans est conseillée pour espérer une sortie réellement profitable.

Impôts récurrents : taxe foncière et revenus locatifs

La taxe foncière pour les particuliers est faible : environ 0,1 % de la valeur cadastrale. Pour un appartement standard à Minsk, la facture annuelle tourne autour de 60 à 120 euros. Les sociétés paient en revanche un taux plus élevé, de l’ordre de 1 à 2 %.

Les loyers sont imposés dans le cadre de l’impôt sur le revenu :

– pour un résident fiscal, le taux est généralement de 13 % du revenu locatif net ;

– pour un non‑résident, la taxation se situe entre 15 et 20 % des loyers, selon les cas et les conventions fiscales.

Bon à savoir :

Dans certains cas, les bailleurs peuvent opter pour un régime fiscal simplifié, comme un forfait mensuel par pièce louée (environ 50 BYN). Cette option doit être étudiée au cas par cas avec un fiscaliste local.

En matière de plus‑value, il n’existe pas d’impôt séparé : le gain réalisé à la revente est intégré dans la base de l’impôt sur le revenu. Les taux usuels sont :

13 % pour un résident, avec une exonération possible s’il ne vend qu’un bien tous les cinq ans ;

15 % pour un non‑résident dans certains cas.

La base taxable est la différence positive entre prix de vente et prix d’achat (les frais peuvent, dans certaines configurations, être partiellement pris en compte).

Pour les biens neufs ou fortement rénovés, une TVA de 20 % peut, en outre, s’appliquer, surtout si l’opération est réalisée via une structure commerciale.

Se financer en Biélorussie : mission quasi impossible pour un non-résident

Théoriquement, plusieurs grandes banques biélorusses proposent des crédits hypothécaires, y compris à des étrangers : Priorbank, Belarusbank, BPS‑Sberbank, Belinvestbank, notamment. En pratique, obtenir un financement local quand on est expatrié reste extrêmement rare.

Les obstacles sont nombreux :

obligation (quasi systématique) d’avoir un titre de séjour valable ;

– exigence que les revenus soient versés sur un compte local ;

apport personnel élevé : les ratios prêt‑valeur tournent plutôt entre 50 et 60 %, éventuellement 70 % dans le meilleur des cas ;

– taux d’intérêt très élevés : pour des durées de 20 ans, les taux annuels se situent généralement entre 17 et 21 %, parfois plus pour les non‑résidents.

Avec un tel coût de l’argent et des rendements bruts autour de 4 à 6 %, l’effet de levier a vite fait de devenir destructeur. C’est l’une des raisons pour lesquelles la majorité des investisseurs étrangers achètent comptant, en utilisant éventuellement des financements contractés dans leur pays d’origine (hypothèque sur un bien local, refinancement, crédit de portefeuille).

Investisseurs étrangers

Pour un expatrié issu d’un pays classé « inamical », des obstacles supplémentaires apparaissent :

difficulté à ouvrir un compte bancaire ;

surveillance accrue des transferts internationaux ;

risque de blocage temporaire de certains flux financiers.

Autant dire qu’une stratégie d’investissement à crédit, basée sur une banque biélorusse, est dans la plupart des cas à écarter.

Rendements locatifs : ce que l’on peut espérer raisonnablement

Si l’on laisse de côté les scénarios très spéculatifs, le rendement locatif brut résidentiel en Biélorussie se situe dans une fourchette globalement « normale » à l’échelle de l’Europe de l’Est : entre 3 % et 5,7 % au niveau national, un peu plus dans certains segments ou villes régionales.

Les estimations par ville donnent une image assez claire :

VilleRendement brut résidentiel (long terme)
Minsk5,0 – 6,5 %
Brest5,0 – 6,0 %
Grodno4,5 – 6,0 %
Gomel5,0 – 6,0 %
Vitebsk4,5 – 5,5 %
Orsha*≈ 8,0 %

Exemple ponctuel, au-dessus de la moyenne nationale (≈ 6 %).

À Minsk, les chiffres sont assez parlants :

1 pièce au centre : environ 900 à 2 000 BYN par mois ;

1 pièce en périphérie : autour de 600 à 1 350 BYN ;

3 pièces au centre : 1 500 à 3 400 BYN ;

3 pièces hors centre : 1 000 à 2 370 BYN.

500-700

C’est le loyer mensuel en dollars typique pour un appartement T2 bien situé, selon les données du marché.

Le segment de la location courte durée (touristique, business, étudiants de passage) tire davantage les marges, surtout à Minsk et dans des villes touristiques comme Grodno :

long terme à Minsk : 5–6,5 % brut ;

courte durée à Minsk : 6,5–9 % brut dans les meilleurs cas, avec un taux de vacance maîtrisé et une gestion optimisée.

Pour un expatrié qui ne vit pas sur place, la location classique de moyen/long terme reste généralement plus réaliste : moins chronophage, plus prévisible, plus simple à gérer à distance via une agence.

Statut de séjour et citoyenneté : ne pas fonder sa stratégie uniquement sur la pierre

Contrairement à certains pays qui ont mis en place des « golden visas », la Biélorussie ne propose pas de droit de résidence automatique en échange d’un investissement immobilier. Posséder un logement ne donne ni carte de résident, ni passeport.

Cela dit, la détention d’un bien résidentiel est reconnue comme un fondement légitime pour une demande de permis de séjour temporaire, en général valable un an et renouvelable. Ce titre peut aussi couvrir la famille proche et permet d’obtenir des visas multi-entrées plus facilement.

Pour viser un statut plus durable, plusieurs voies existent :

emploi local ;

création d’entreprise ;

études ;

mariage avec un(e) citoyen(ne) biélorusse ;

investissement productif significatif dans l’économie (qui peut inclure de l’immobilier locatif générant des revenus).

Les montants évoqués pour ouvrir droit à un permis de séjour sur base d’investissement tournent autour de 150 000 à 200 000 euros, notamment si l’on investit dans un projet générateur de revenus (immeuble, local commercial, etc.). Dans certains textes, on retrouve la référence à 15 000 unités de base, soit un ordre de grandeur d’environ 185 000 euros.

Pour la citoyenneté, les conditions sont nettement plus strictes :

résidence permanente prolongée (de l’ordre de sept ans) ;

maîtrise de la langue ;

connaissance de la Constitution ;

– et renonciation à sa nationalité d’origine, la double citoyenneté n’étant pas reconnue en pratique.

Pour un expatrié investisseur, la conclusion est pragmatique : voir l’immobilier comme un outil éventuel d’appui pour un séjour régulier, mais pas comme un ticket d’entrée automatique vers la naturalisation.

Risques spécifiques : pourquoi ce n’est pas un marché pour débutants

Au-delà des chiffres de rentabilité, l’investissement immobilier en Biélorussie comporte une série de risques que tout expatrié doit accepter lucidement.

Risque politique et géopolitique

Le pays est gouverné par un régime autoritaire, très étroitement lié à Moscou, impliqué dans le contexte du conflit en Ukraine, et soumis à des sanctions occidentales massives. La prime de risque pays est évaluée à un niveau très élevé (de l’ordre de 25 % début 2024).

La conséquence pour un investisseur étranger :

Attention :

La Biélorussie fait face à plusieurs menaces critiques : des sanctions internationales potentielles ciblant les flux bancaires et les droits de propriété ; une instabilité juridique pour les investisseurs de pays dits « inamicaux », illustrée par des surtaxes et risques de saisie ; et une dépendance économique extrême à la Russie, laissant le pays vulnérable à tout retournement de situation chez son principal partenaire.

Risque de change et de liquidité

Le rouble biélorusse n’est pas librement convertible. Il a déjà connu une dépréciation significative, et rien ne garantit que le mouvement soit terminé. Un rendement brut de 6 % en BYN peut se traduire, une fois converti, par un résultat très différent en euros ou en dollars si la monnaie locale décroche.

Bon à savoir :

En dehors de Minsk, la profondeur du marché est limitée. Dans les villes régionales, revendre rapidement en période de tension politique ou économique peut nécessiter d’accorder des rabais importants. Même dans la capitale, un nombre non négligeable de biens surévalués peuvent rester longtemps invendus.

Risques juridiques et techniques sur les biens

Les pièges classiques relevés sur le terrain sont nombreux :

historique de propriété flou ou contesté ;

appartements où des personnes restent officiellement enregistrées et conservent des droits d’usage ;

– biens situés dans des secteurs classés (patrimoine historique, zones naturelles), avec des restrictions sévères sur les travaux ;

– terrains de « datcha » qui n’autorisent pas officiellement l’habitation permanente ;

– copropriétés mal définies, héritées des schémas collectifs de l’ère soviétique, sources de conflits.

Les litiges se règlent devant les tribunaux biélorusses, avec des procédures intégralement en russe ou en biélorusse, et des délais pouvant être longs. Pour un expatrié, l’asymétrie d’information et la barrière linguistique sont réelles.

Stratégies d’investissement recommandées pour un expatrié

Au vu de ce contexte, les spécialistes qui accompagnent des investisseurs étrangers convergent sur quelques lignes directrices.

1. Cibler des appartements T1/T2 à Minsk, bien desservis

La stratégie la plus rationnelle pour un premier investissement consiste à : diversifier son portefeuille afin de réduire les risques tout en maximisant les rendements potentiels.

se concentrer sur Minsk, plutôt que sur les villes régionales ;

viser un ou deux‑pièces, formats les plus recherchés par les jeunes actifs et les étudiants ;

– privilégier la proximité d’une station de métro (moins de 10 minutes à pied) ;

– préférer les immeubles en brique, valorisés en moyenne 10 à 15 % de plus que les constructions en panneaux ;

– choisir des quartiers avec une mixité de demande : étudiants, familles, personnel des zones d’emploi proches.

Avec ce type de bien, un expatrié peut généralement viser :

un rendement brut autour de 5 à 6 % ;

une faible vacance locative si le bien est propre, meublé et bien positionné ;

une liquidité correcte à la revente, sous réserve de ne pas surestimer son prix.

2. Penser long terme plutôt que « coup » spéculatif

Le poids des frais de transaction (5 à 10 % sur un cycle complet) et l’incertitude réglementaire rendent peu réaliste l’idée d’un aller‑retour rapide. Les scénarios de prix à horizon 2025‑2026 évoquent d’ailleurs une croissance limitée (entre ‑5 % et +5 % en nominal, 3 à 7 % dans les scénarios optimistes).

Exemple :

Une durée de détention d’au moins cinq à sept ans est considérée comme un minimum raisonnable pour atteindre certains objectifs, par exemple le temps nécessaire pour mener à bien un programme complet de réinsertion ou pour garantir la sécurité publique après des infractions graves.

d’amortir les frais d’entrée et de sortie ;

de lisser l’effet des fluctuations de change ;

de capitaliser sur la tendance d’urbanisation structurelle et de hausse graduelle des revenus réels.

3. Se faire accompagner par trois acteurs clés

Pour un expatrié, investir en Biélorussie sans équipe locale est tout simplement imprudent. Le trio de base comprend :

Équipe d’accompagnement pour l’achat immobilier en Turquie

Pour un investissement sécurisé, s’entourer de professionnels locaux est essentiel. Voici les trois experts clés recommandés pour votre projet.

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Interprète professionnel

Exigé par la loi si l’acheteur ne maîtrise pas la langue. Indispensable pour comprendre parfaitement tous les documents avant signature.

À cette équipe centrale peuvent s’ajouter un fiscaliste, un gestionnaire locatif et, dans le cas de projets plus ambitieux, un consultant en structuration transfrontalière.

4. Adapter la stratégie à son pays d’origine

Un expatrié provenant de Russie ou d’un autre pays de la CEI joue, sur ce marché, avec des règles très différentes de celles d’un Européen de l’Ouest ou d’un Nord‑Américain. Dans le premier cas, l’accès à la pleine propriété foncière est plus ouvert, les restrictions politiques sont moins prononcées, et les banques locales sont plus enclines à financer.

À l’inverse, un investisseur de l’UE ou des États‑Unis doit intégrer dans ses calculs :

le risque de surtaxe de 25 % à la revente ;

la possibilité d’évolution défavorable des règles ciblant les pays « inamicaux » ;

les difficultés potentielles de rapatriement des capitaux.

Pour ces derniers profils, il est d’autant plus crucial de considérer cet investissement comme un pari de diversification à haut risque, et non comme le cœur de leur patrimoine.

Vivre avec son investissement : coût de la vie et réalité quotidienne

Pour les expatriés qui envisagent non seulement d’investir mais aussi de vivre une partie de l’année en Biélorussie, il est utile de replacer l’immobilier dans le contexte plus large du coût de la vie.

Selon les comparaisons internationales, Minsk se classe parmi les capitales les moins chères au monde (autour de la 212e place sur 226 dans un grand classement). Le salaire net moyen dépasse légèrement 2 100 BYN, les charges de services (énergie, eau, internet) se situent entre 34 et 55 dollars par mois pour un appartement, et les transports publics sont à la fois fiables et bon marché.

600

Le loyer mensuel maximum pour un T1 en centre-ville, selon les gammes de prix observées.

Le pays reste majoritairement orthodoxe, l’anglais est peu parlé en dehors des grandes villes et des zones touristiques, et la culture d’affaires est marquée par l’importance des relations personnelles, de la politesse indirecte et du temps consacré aux discussions informelles (thé, repas) avant d’entrer dans le vif d’une négociation. Pour un expatrié investisseur, comprendre ces codes facilite beaucoup les relations avec les vendeurs, les agents ou les autorités.

Faut‑il, oui ou non, investir dans l’immobilier en Biélorussie en tant qu’expatrié ?

La réponse dépend entièrement du profil de l’expatrié.

Pour un investisseur prudent, à la recherche d’un placement stable, lisible, inscrit dans un État de droit robuste, la Biélorussie n’est pas une option cohérente. Le risque politique est trop élevé, la monnaie trop fragile, le cadre réglementaire trop changeant, surtout pour les ressortissants de pays « inamicaux ».

En revanche, pour un expatrié :

qui connaît déjà la région ou parle la langue ;

qui dispose d’une capacité financière suffisante pour acheter comptant ;

– qui accepte de traiter cet investissement comme une composante spéculative et risquée de son portefeuille, en étant prêt à une forte volatilité politique et monétaire ;

l’immobilier biélorusse peut offrir :

Bon à savoir :

Investir dans l’immobilier à Bucarest présente plusieurs atouts : l’accès à la capitale roumaine reste très bon marché à l’échelle européenne, les rendements locatifs bruts avoisinent 5 à 6 % (voire plus dans certains segments), et la fiscalité locale sur la détention et les revenus est modérée. De plus, pour des investissements d’au moins 150 000 à 200 000 euros dans des projets productifs, il est possible d’obtenir un statut de résident plus stable.

La condition absolue est d’aborder ce marché avec humilité, bien accompagné, en s’appuyant sur un réseau local fiable, et en acceptant qu’il ne s’agit pas d’un « refuge », mais d’une diversification opportuniste à haut risque. En d’autres termes : l’immobilier en Biélorussie peut avoir sa place dans la stratégie d’un expatrié averti, mais certainement pas dans celle d’un investisseur pressé ou mal préparé.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Biélorussie pour chercher du rendement locatif élevé et une exposition au rouble biélorusse. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Minsk, Brest, Grodno), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une maison individuelle à Minsk, dans un quartier en développement, combinant un rendement locatif brut cible proche de 10 % – « plus le rendement est grand, plus le risque est important » et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure d’investissement la plus adaptée et définition d’un plan de diversification dans le temps pour intégrer cet actif dans sa stratégie patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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