Histoire du pays à la Barbade

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Longtemps considérée comme une simple île de carte postale, la Barbade cache en réalité une histoire dense, brutale et profondément structurante pour tout le monde atlantique. De l’île amérindienne d’Ichirouganaim à la république moderne, en passant par la première grande “île à sucre” de l’Empire britannique et par l’un des laboratoires centraux de l’esclavage de plantation, l’archipel a souvent été en avance – pour le pire comme pour le meilleur. Retracer l’histoire du pays à la Barbade, c’est revenir sur la naissance du premier véritable « slave society » noir de l’Angleterre, sur les luttes d’émancipation et sur un long chemin vers la souveraineté politique, achevé avec le passage à la république en 2021.

Des premières populations à l’île « sans habitants »

Bien avant les Anglais et les plantations, la Barbade est une île amérindienne. Les archéologues ont mis au jour, notamment près de Port St. Charles et dans la zone de Bridgetown, des vestiges qui remontent à plus de trois millénaires. Des artefacts datés aux environs de 1630 av. J.-C. montrent qu’une population venue du nord de l’Amérique du Sud s’y installe très tôt.

Bon à savoir :

Entre 350 et 650 de notre ère, l’île est occupée par des groupes Troumassoid ou Saladoid-Barrancoid venus d’Amérique du Sud. Une nouvelle vague d’Arawaks arrive vers 800, suivie d’une troisième au XIIᵉ–XIIIᵉ siècle. Ces sociétés sédentaires cultivaient le manioc, le maïs, les arachides, les goyaves et les papayes. Elles maîtrisaient la poterie, l’outillage en coquillage et l’agriculture sur brûlis (conucos). Elles nommaient l’île Ichirouganaim.

Au XIIIᵉ siècle apparaissent les Kalinago (Caribs), guerriers redoutés qui dominent souvent les Arawaks dans la région. Sur la Barbade, les sources montrent surtout des visites régulières plutôt qu’un peuplement permanent, mais leur présence s’inscrit dans la dynamique régionale de conflits et d’échanges.

Exemple :

À la fin du XVᵉ siècle, des navigateurs espagnols revendiquent l’île, la nomment « Barbudos » et la cartographient en 1511. Dans les années 1530, les Portugais la baptisent *Os Barbados* (« les barbus »), probablement en référence aux racines des figuiers, et y introduisent des cochons sauvages. Les Espagnols mènent des razzias, entraînant le massacre, la déportation ou la décimation par les maladies de la population indigène. Vers 1541, un auteur espagnol constate que l’île est dépeuplée, la laissant prête pour une nouvelle colonisation.

La conquête anglaise et les débuts d’une colonie de plantation

Lorsque l’Angleterre arrive, la Barbade est effectivement « disponible ». Le 14 mai 1625, le navire Olive Blossom, commandé par John Powell, accoste et plante la bannière du roi Jacques Iᵉʳ. Deux ans plus tard, le 17 février 1627, une expédition menée par son frère Henry Powell, à bord du William and John, fonde le premier établissement permanent près de l’actuelle Holetown (alors Jamestown). Le groupe compte environ 80 colons anglais, une dizaine de travailleurs sous contrat, et probablement quelques Africains déjà réduits en esclavage.

La colonie est à l’origine un projet privé, financé par le marchand londonien Sir William Courten. Mais la mainmise sur l’île est rapidement contestée : le titre est transféré à James Hay, premier comte de Carlisle, dans ce qui sera dénoncé plus tard comme le « Great Barbados Robbery ». Carlisle implante son propre noyau de peuplement à Carlisle Bay, futur Bridgetown.

Sir William Courten, marchand londonien

Dès 1639, le gouverneur Henry Hawley installe une Chambre d’Assemblée. Ce Parlement insulaire, troisième plus ancien du Commonwealth, donne très tôt aux grands propriétaires un outil politique puissant. La population blanche adulte approche déjà les 8 700 personnes. L’économie repose alors sur des cultures variées – tabac, coton, indigo, bois de teinture – et sur une main-d’œuvre principalement constituée de serviteurs sous contrat venus des îles Britanniques, dont beaucoup d’Irlandais. Ces travailleurs signent des engagements de 5 à 7 ans, au terme desquels ils reçoivent une petite somme d’argent et, au début, quelques acres de terre. Mais très vite, la terre libre disparaît et l’engagement sous contrat devient, pour beaucoup, un quasi-état de servitude.

2/3

Entre 1640 et 1660, plus des deux tiers des émigrants anglais vers les Amériques se sont dirigés vers les Antilles, principalement la Barbade.

La « révolution sucrière » : naissance d’un empire de plantation

La canne à sucre, introduite vers 1637 et massivement cultivée dans les années 1640, provoque ce que les historiens appellent la « Sugar Revolution ». En l’espace de quelques décennies, la Barbade passe d’une mosaïque de petites fermes à une île entièrement quadrillée par de grandes plantations sucrières. Les terres sont rassemblées par achats, mariages, héritages. En 1680, plus de la moitié des terres arables appartiennent à environ 175 grands planteurs, chacun possédant au moins 60 esclaves.

Le tableau démographique illustre ce basculement :

PériodeBlancs libresEsclaves africainsTotal estiméParticularités
1644~29 200~80030 000Main-d’œuvre surtout sous contrat européen
1655~23 000~20 00043 000Esclaves africains en forte hausse
166026 00027 00053 000Presque parité Blancs/Noirs
168020 00046 00066 000Majorité noire nette
172418 00055 00073 000Système de plantation bien consolidé
1834~15 000~88 000 (Noirs et métis)~103 000À la veille de l’abolition de l’esclavage

Parallèlement, la place des serviteurs européens recule. Le recrutement devient difficile, la mortalité est élevée, et la violence du système barbadien lui vaut une réputation effrayante dans les îles Britanniques. Les autorités recourent alors au « Barbadosing » : la déportation forcée de prisonniers de guerre, de vagabonds et de personnes enlevées, notamment des Irlandais, vendus comme engagés. Mais même ce vivier ne suffit pas. Les élites anglaises adoptent donc un choix radical : bâtir une économie intégralement fondée sur l’esclavage africain.

Attention :

Dès 1636 à la Barbade, une directive politique puis le Slave Code de 1661 définissent légalement les Africains comme des biens immobiliers à vie. Ce code, révisé à plusieurs reprises, devient le modèle juridique pour l’ensemble du système esclavagiste britannique, de la Jamaïque aux Carolines.

Une puissance économique au cœur de l’empire

L’ampleur des profits du sucre barbadien stupéfie l’Angleterre. Vers 1660, la colonie génère plus de commerce que toutes les autres possessions anglaises réunies. En 1668, la récolte de sucre vendue en métropole rapporte autour de 180 000 livres, somme colossale pour l’époque, tandis que le tabac de la Chesapeake reste loin derrière. Au tournant du XVIIIᵉ siècle, les Antilles anglaises produisent environ 25 000 tonnes de sucre par an ; la Barbade assure à elle seule près de la moitié de l’approvisionnement européen à la fin du XVIIᵉ siècle.

Bridgetown au XVIIe siècle

Principaux faits historiques et économiques caractérisant Bridgetown, l’un des trois grands centres urbains de l’Amérique anglaise.

Statut urbain majeur

Bridgetown est l’un des trois grands centres urbains de l’Amérique anglaise, aux côtés de Boston et de Port Royal en Jamaïque.

Port de Carlisle Bay

Le port sert de plaque tournante du commerce transatlantique et de base militaire stratégique pour la flotte britannique. C’est souvent la première escale des navires venant d’Afrique.

Commerce et traite

On y débarque les productions coloniales (sucre, mélasse, rhum) et des milliers d’Africains réduits en esclavage.

Cette prospérité a un prix humain effroyable. Entre le XVIIᵉ siècle et l’abolition de la traite en 1807, entre 400 000 et plus de 600 000 Africains sont embarqués vers la Barbade. Une estimation fait état d’environ 608 959 personnes transportées entre 1626 et 1837, dont près de 20 % meurent durant la traversée. La mortalité demeure ensuite terriblement élevée sur les plantations, au point que, malgré une arrivée annuelle d’environ 4 000 captifs à la fin du XVIIᵉ siècle, la population esclave n’augmente quasiment pas : on passe de 46 602 esclaves en 1683 à 46 462 en 1685.

Les registres du domaine missionnaire de Codrington, par exemple, indiquent qu’entre 1741 et 1746, 43 % des nouveaux arrivants meurent dans les trois années suivant leur débarquement. L’espérance de vie d’un esclave né sur place oscille entre 20 et moins de 30 ans, contre environ 35 ans pour un Blanc. Les travaux de coupe, de broyage de la canne, de cuisson du sucre et de fonctionnement des moulins – souvent à vent, pour lesquels la Barbade détient alors l’une des plus fortes densités au monde – se déroulent jour et nuit durant la récolte. Les châtiments corporels, le viol, la torture et le marquage au fer sont des pratiques courantes, protégées par le Slave Code.

Une société d’esclavage totale

Les historiens qualifient la Barbade de première véritable « black slave society » britannique : non pas une société avec des esclaves, mais une société structurée de fond en comble par l’esclavage et la domination d’une majorité noire. Dès les années 1670, les personnes réduites en esclavage sont presque dix fois plus nombreuses que les Blancs. Vers 1800, on compte environ 180 000 habitants, dont 150 000 esclaves africains : la colonie devient le premier grand territoire de la Caraïbe à majorité noire sous domination anglaise.

Astuce :

Cette structuration raciale imprègne toutes les sphères : économique, politique, culturelle. Une élite de planteurs blancs – les « plantocrats » – contrôle l’Assemblée, la justice, la milice, les terres. Les esclaves, au bas de l’échelle, ne possèdent aucun droit. Entre les deux se développe un groupe intermédiaire de personnes libres de couleur, souvent issues de relations forcées, qui, malgré quelques privilèges, restent juridiquement inférieures aux Blancs.

Pourtant, cette société n’est pas figée. Sur les plantations, les Africains et leurs descendants conservent et réinventent des pratiques culturelles : rythmes, récits, croyances, langues. De ce métissage naît une culture créole propre à la Barbade, que l’on retrouve aujourd’hui dans la musique (tuk band, calypso, spouge), la gastronomie (cou-cou et flying fish) ou encore dans le parler bajan, un créole anglais largement répandu.

Le paysage lui-même porte la marque de ce système. Pendant près de trois siècles, la quasi-totalité des terres arables est couverte de canne à sucre. Les rares forêts disparaissent presque entièrement – il reste moins de 50 hectares de forêts originelles – et la Barbade devient une immense usine à ciel ouvert. Des sites comme St. Nicholas Abbey, Morgan Lewis Mill ou la Newton Plantation, avec son vaste cimetière d’esclaves, témoignent aujourd’hui de cette histoire. L’UNESCO a même inscrit un dossier sur « The Industrial Heritage of Barbados: The Story of Sugar and Rum » sur la liste indicative du patrimoine mondial, reconnaissant l’importance de ce paysage de canne dans l’histoire mondiale du sucre et de l’esclavage.

Révoltes, abolition et émancipation inachevée

Dans ce contexte de violence systémique, les révoltes sont inévitables. Dès le XVIIᵉ siècle, des complots éclatent, comme celui attribué à l’esclave Cuffee en 1675. Mais la plus grande insurrection de l’histoire barbadienne survient en 1816 : la rébellion de Bussa. Ranger esclave respecté, Bussa, avec la leader Nanny Grigg, organise un soulèvement qui mobilise près de 20 000 esclaves sur plus de 70 plantations.

144

Nombre de rebelles condamnés à mort après le procès suivant l’insurrection écrasée par les forces coloniales.

La traite atlantique est abolie par Londres en 1807, mais l’esclavage lui-même ne disparaît que plus tard. En 1826, l’Assemblée coloniale adopte une Consolidated Slave Law censée encadrer davantage le système, tout en protégeant surtout les intérêts des propriétaires. En 1833, le Parlement britannique adopte enfin le Slavery Abolition Act, qui entre en vigueur en 1834. À la Barbade, comme ailleurs dans l’Empire, l’esclavage est remplacé par un système d’« apprentissage » de quatre ans, prolongeant de fait les rapports de domination. Ce n’est qu’en 1838 que l’on parle d’émancipation pleine et entière.

Mais la liberté juridique n’efface pas les hiérarchies sociales. Les anciens esclaves n’ont ni terre, ni capital, ni formation. Le pouvoir politique et économique reste entre les mains des planteurs et des grands marchands, grâce notamment à des conditions de vote liées au revenu. Au tournant du XXᵉ siècle, plus de 70 % de la population est exclue de la vie politique. Les pauvres Blancs – les fameux « Redlegs », descendants de serviteurs européens et de prisonniers – survivent dans une marginalité souvent invisible, tandis que la masse noire continue de travailler dans les champs de canne pour des salaires de misère.

De la crise sucrière à l’éveil politique

Depuis le XIXᵉ siècle, la prospérité barbadienne repose toujours sur le sucre, le rhum et la mélasse. Mais la concurrence se renforce. En Europe, la production de sucre de betterave explose à partir du milieu du XIXᵉ siècle, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Russie. En quelques décennies, la structure des importations britanniques se renverse : en 1863, le Royaume-Uni importe 95 % de sucre de canne ; en 1893, la betterave représente déjà 72 % de ses achats. Des droits de douane punitifs pénalisent le sucre colonial.

Sur la Barbade, de nombreuses plantations moyennes ou petites font faillite. L’émigration devient un exutoire : des milliers de Barbadiens partent chercher du travail à Cuba, Porto Rico, en Guyane britannique, au Panama ou aux États-Unis. Une aide britannique exceptionnelle de 80 000 livres en 1902 reste largement insuffisante. La Première Guerre mondiale offre un court répit, la destruction des betteravières européennes dopant la demande en sucre de canne, mais la concurrence mondiale reprend vite ses droits.

Bon à savoir :

Dans les années 1920-1930, la pression démographique, la saturation des terres, la pauvreté et le chômage saisonnier exacerbent les inégalités, particulièrement au sein de la population descendant d’esclaves. Inspirés par le panafricanisme de figures comme Marcus Garvey, de nouveaux leaders noirs réclament des droits et des syndicats émergent. La Grande Dépression aggrave la situation, conduisant à des troubles sociaux majeurs en 1937.

Londres dépêche alors la West Indies Royal Commission, plus connue comme Commission Moyne, qui enquête sur les conditions de vie dans les Antilles. Ses recommandations ouvrent la voie à des réformes : légalisation des syndicats, élargissement progressif du droit de vote. En 1942, le seuil de revenu pour voter est abaissé et les femmes obtiennent le droit de vote. En 1950, le suffrage universel adulte est adopté à la Barbade.

Montée des partis et réforme politique

Au cœur de cette transition se tient une nouvelle génération de dirigeants, issus majoritairement de la population noire éduquée. Grantley Herbert Adams fonde en 1938 la Barbados Progressive League, bientôt rebaptisée Barbados Labour Party (BLP). L’objectif est clair : représenter les intérêts des travailleurs et des masses autrefois réduites au silence. Quelques années plus tard, un avocat et futur leader, Errol Walton Barrow, s’impose comme figure montante.

Exemple :

La chronologie politique résume ce basculement, en détaillant la succession d’événements et de décisions qui ont conduit à un changement significatif dans l’équilibre des forces ou dans l’orientation d’un pays ou d’une organisation.

AnnéeÉvénement politique majeur
1938Création de la Barbados Progressive League (futur BLP) par Grantley Adams
1942Droit de vote élargi, femmes électrices
1950Adoption du suffrage universel adulte
1953Grantley Adams devient premier Premier de la Barbade
1955Errol Barrow quitte le BLP et fonde le Democratic Labour Party (DLP)
1958–1962Participation à la Fédération des Indes occidentales, Adams en est Premier
1961Pleine autonomie interne et victoire électorale du DLP, Barrow devient Premier

Le BLP, ancré dans le mouvement ouvrier, impuls e des réformes mais reste perçu, à la fin des années 1950, comme trop conciliant avec l’ordre colonial. Barrow, plus à gauche, fonde alors le Democratic Labour Party (DLP) pour pousser plus loin les revendications sociales et nationalistes. Il fait du droit à l’éducation, de la justice sociale et de l’autonomie politique les piliers de son programme.

En 1961, la Barbade obtient l’autonomie interne complète ; le DLP remporte les élections, et Barrow devient Premier. L’île a déjà expérimenté une première tentative d’intégration régionale au sein de la Fédération des Indes occidentales (1958–1962), dont Grantley Adams est le premier ministre. L’échec de cette fédération convainc la Barbade de négocier seule son avenir constitutionnel.

L’indépendance : naissance d’un État souverain

En juin 1966, une conférence constitutionnelle se tient à Londres. Le gouvernement britannique et les responsables barbadien y négocient les modalités de l’indépendance. Quelques mois plus tard, le Parlement de Westminster adopte le Barbados Independence Act, qui reçoit la sanction royale et entre en vigueur le 30 novembre 1966. Ce même jour, l’Ordre d’indépendance de la Barbade met en place une nouvelle Constitution, consacrant l’île comme État souverain mais membre du Commonwealth.

Les éléments clés de cette transition peuvent être synthétisés ainsi :

ÉtapeContenu
Conférence constitutionnelleNégociation entre Londres et les autorités barbadiennes sur la future Constitution
Barbados Independence BillProjet de loi présenté au Parlement britannique, débattu aux Communes et aux Lords
Independence ActActe qui confère l’indépendance et autorise une nouvelle Constitution
Independence OrderInstrument qui promulgue la Constitution de la Barbade comme loi suprême
30 novembre 1966Proclamation de l’indépendance, Errol Barrow devient Premier ministre

À l’indépendance, la Barbade choisit de rester un royaume du Commonwealth : la reine Élisabeth II demeure chef d’État, représentée par un gouverneur général, tandis qu’Errol Barrow prend la tête du gouvernement comme premier Premier ministre. Le drapeau national arbore une trident brisé, symbole de la rupture avec le passé colonial. La Barbade devient le quatrième pays anglophone des Antilles à accéder à l’indépendance, après la Jamaïque, Trinité-et-Tobago et le Guyana.

Bon à savoir :

En tant que Premier ministre, Errol Barrow a profondément transformé la Barbade en renforçant l’éducation gratuite et accessible, modernisant les infrastructures et lançant une politique de diversification économique au-delà du sucre, vers l’industrie légère, les services et un tourisme naissant. Il a également joué un rôle moteur dans l’intégration régionale en participant à la création de la CARIFTA puis de la CARICOM en 1973.

De l’État postcolonial à la démocratie stable

Depuis 1966, la vie politique barbadienne se caractérise par une remarquable stabilité institutionnelle. Deux grands partis – le DLP et le BLP – alternent au pouvoir par la voie des urnes. Cette alternance contribue à la réputation de la Barbade comme l’un des systèmes politiques les plus stables des Caraïbes anglophones.

Après Barrow, la liste des chefs de gouvernement retrace un demi-siècle de démocratie parlementaire :

Premier ministrePartiPériode (approx.)Particularités
Errol BarrowDLP1966–1976, 1986–1987Père de l’indépendance, figure nationale (portrait sur le billet de 50 $)
Tom AdamsBLP1976–1985Autorise l’usage du territoire barbadien pour l’invasion de la Grenade en 1983
Harold St. JohnBLP1985–1986Succède à Adams après sa mort
Lloyd Erskine SandifordDLP1987–1994Gère des années de rigueur économique
Owen ArthurBLP1994–2008Long mandat, promotion du régionalisme et du débat sur la république
David ThompsonDLP2008–2010Décède en fonction, période de crise financière mondiale
Freundel StuartDLP2010–2018Lance le débat sur la république « dans un futur proche »
Mia MottleyBLP2018–…Première femme Premier ministre, conduit la transition vers la république

Sur le plan économique, le pays réussit un spectaculaire repositionnement. Longtemps dépendante du sucre, la Barbade diversifie ses piliers : tourisme, services financiers offshore, informatiques et éducation supérieure – notamment via le campus de l’Université des West Indies à Cave Hill. Dans les années 1970, la création de la Banque centrale (1972) et l’instauration d’un taux fixe de change avec le dollar américain (2 dollars barbadien pour 1 dollar US) stabilisent le cadre monétaire. Au tournant des années 2000, les services représentent près de 80 % du PIB, l’agriculture moins de 10 %.

40

Le tourisme représente près de 40 % de l’activité économique directe et indirecte du pays, le rendant très vulnérable aux chocs comme la pandémie de Covid-19.

Malgré ces aléas, la Barbade parvient à se hisser parmi les économies à revenu intermédiaire supérieur, avec un indice de développement humain élevé, une alphabétisation proche de 100 %, un système scolaire solide et un secteur de santé centré sur l’hôpital de la Reine Élisabeth. Mais des défis persistent : dette publique élevée, dépendance aux importations alimentaires, inégalités sociales héritées de la plantation, vulnérabilité aux aléas climatiques et aux chocs externes.

De la monarchie constitutionnelle à la république parlementaire

La question du statut institutionnel ne disparaît jamais vraiment après 1966. Dès la fin des années 1970, une première commission de révision constitutionnelle conclut que la population souhaite alors conserver la monarchie. Dans les années 1990, le débat resurgit : un nouveau rapport de la Commission Forde, remis en 1998, recommande l’adoption d’une république parlementaire avec un président barbadien comme chef d’État. Des projets de référendum sont évoqués, des lois préparées, mais rien n’aboutit, notamment en raison des calendriers électoraux.

Dans les années 2000–2010, plusieurs dirigeants – dont Owen Arthur, puis Freundel Stuart – se déclarent favorables à une république. Des textes sont même votés pour encadrer un futur référendum, mais celui-ci est sans cesse repoussé. En toile de fond, le rapport à la monarchie évolue, influencé par les débats sur l’héritage colonial, par des scandales comme l’affaire Windrush au Royaume-Uni, et par la montée de l’idée d’une « décolonisation inachevée ».

Le moment est venu de laisser pleinement notre passé colonial derrière nous.

Dame Sandra Mason, Gouverneure générale de la Barbade

La démarche est rapide mais encadrée : un projet de loi constitutionnelle amendement (No. 2) est présenté en septembre 2021, et voté à une très large majorité. Il remplace toutes les références à la Reine, à la Couronne et au gouverneur général par des mentions de l’« État » et du « président », et transfère toutes les prérogatives symboliques au nouveau chef d’État, à pouvoir essentiellement honorifique. Le président est élu par les deux chambres réunies, pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois.

55

Nombre d’années après l’indépendance que la Barbade est devenue officiellement une république parlementaire.

Un sondage mené par l’Université des West Indies à l’automne 2021 montre une population partagée mais loin d’être hostile : 34 % des sondés soutiennent pleinement la transition, 35 % se disent indifférents, 24 % n’ont pas de préférence, seuls 12 % y sont opposés. Plus de la moitié souhaitent un chef d’État barbadien élu ou désigné localement. Cette évolution nourrit des débats dans d’autres royaumes du Commonwealth, comme Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie ou même le Canada.

Depuis 2022, une nouvelle Commission de réforme constitutionnelle travaille à la rédaction d’une Loi fondamentale adaptée à la république, avec un accent particulier sur les droits et libertés fondamentaux et la mise en place d’une Commission des droits humains. Sa mission s’inscrit dans un mouvement plus large de réflexion sur la justice historique, la représentation et la mémoire de l’esclavage.

Mémoire, patrimoine et quête de justice

L’histoire du pays à la Barbade ne se résume pas à des dates politiques. Elle est aujourd’hui au cœur de politiques de mémoire, de demandes de réparations et de démarches patrimoniales. En 2011, l’UNESCO inscrit « Historic Bridgetown and its Garrison » au patrimoine mondial, reconnaissant l’importance exceptionnelle de ce complexe urbain et militaire dans l’histoire coloniale britannique. Le vieux Bridgetown, avec son plan de rues organique, loin des grilles hispaniques ou néerlandaises, et son architecture « georgienne caribéenne » adaptée au climat, témoigne de la manière dont une petite île devint un centre nerveux du commerce impérial.

Exemple :

Ancien quartier général des forces impériales pour les îles du Vent, ce quartier conserve des casernes, des terrains de parade et des fortifications comme St. Ann’s Fort. Ce fort abrite aujourd’hui une collection d’artillerie unique, incluant un canon élisabéthain considéré comme le seul de ce type encore existant. De plus, c’est sur la pelouse de la Garrison Savannah, ancien terrain de manœuvres devenu hippodrome, que le drapeau barbadien a été hissé pour la première fois lors de l’indépendance du pays.

D’autres sites nourrissent la réflexion sur le passé esclavagiste. La Newton Enslaved Burial Ground, fouillée par les archéologues et gérée par le Barbados Museum and Historical Society, rassemble près de six cents sépultures d’esclaves, le plus vaste cimetière de ce type mis au jour sur l’île. Les archives du musée, qui comprennent le registre des esclaves de Newton (1828), les livres de comptes de la plantation et les papiers de familles de planteurs comme les Lascelles, sont inscrites au Registre Mémoire du monde de l’UNESCO pour leur valeur documentaire sur la traite et l’esclavage.

La Barbade fut le ‘blueprint’ du complexe de plantation atlantique ; elle doit aujourd’hui être au cœur de la justice réparatrice.

Hilary Beckles, historien et auteur de *The First Black Slave Society*

Cette mobilisation s’inscrit dans une continuité : pendant des siècles, la richesse accumulée par les élites blanches grâce au sucre et au travail forcé s’est transmise, tandis que les descendants d’esclaves, majoritaires dans la population actuelle (environ 92 % des Barbadiens sont d’ascendance africaine), restent sous-représentés dans les structures de propriété foncière et de capital. Les changements politiques – indépendance, république – n’ont pas, à eux seuls, effacé les écarts socio-économiques créés par la plantation.

Une île caribéenne, un laboratoire du monde atlantique

De la perspective indigène d’Ichirouganaim aux débats contemporains sur la république et les réparations, la trajectoire de la Barbade illustre à quel point cette petite île a pesé lourd dans l’histoire mondiale. C’est là que l’Angleterre a élaboré sa première société d’esclavage noir à grande échelle, là que se sont affinés les codes qui ont ensuite régi la Jamaïque, les Carolines ou la Virginie, là encore que s’est expérimentée la monoculture sucrière à haute intensité capitalistique qui allait façonner la Caraïbe et enrichir l’Europe.

Exemple :

La Barbade a été le théâtre de plusieurs luttes pour la liberté et la souveraineté. Au XIXe siècle, des esclaves comme Bussa et Nanny Grigg ont mené des révoltes armées. Puis, entre les années 1930 et 1960, des leaders politiques tels que Grantley Adams et Errol Barrow ont construit les fondations démocratiques de l’île. Enfin, plus récemment, la Première ministre Mia Mottley a achevé ce processus en officialisant la rupture avec la monarchie britannique, marquant ainsi la pleine indépendance symbolique du pays.

Aujourd’hui, la Barbade est à la fois une destination touristique, un centre de services financiers, un État caribéen inséré dans les réseaux de la CARICOM et du Commonwealth, et un espace où le passé plantationnaire reste omniprésent dans les paysages, dans les rapports sociaux, dans la culture. Son histoire n’est pas un décor figé : elle nourrit les combats présents, qu’il s’agisse de transformer une économie encore fragile, de résister aux chocs climatiques, de restaurer une souveraineté alimentaire mise à mal par des siècles de monoculture, ou de faire reconnaître, au niveau international, la dette morale et matérielle née de l’esclavage.

Raconter l’histoire du pays à la Barbade, c’est au fond raconter comment une petite île de corail, surgie de l’océan il y a quelques centaines de milliers d’années, est devenue un pivot de l’économie atlantique, un théâtre de l’une des plus grandes tragédies humaines de l’époque moderne, puis un État qui, progressivement, reprend la main sur son destin. Entre la mémoire des plantations et l’ambition d’une société plus juste, la Barbade continue d’écrire un chapitre essentiel de l’histoire caribéenne et mondiale.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour réduire sa charge imposable, diversifier ses investissements internationaux et profiter d’un cadre de vie tropical, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Barbade, Chypre, Maurice, Grèce), la stratégie retenue a consisté à cibler la Barbade, pour ses régimes fiscaux favorables aux non‑résidents, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie inférieur à celui de Paris et un environnement stable, anglophone et tourné vers les services financiers. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence et choix du quartier, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire internationale, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, notaire, comptable bilingue) et intégration patrimoniale globale (analyse, adaptation et éventuelle restructuration).

Vous souhaitez vous expatrier à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.

Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.

RETROUVEZ-MOI RÉGULIÈREMENT DANS LA PRESSE

Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.

A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

Retrouvez-moi sur les réseaux sociaux :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • YouTube
Nos guides :