Comprendre les pratiques religieuses locales au Turkménistan : guide pratique pour expatriés

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer au Turkménistan, c’est entrer dans un univers où l’identité nationale, l’héritage tribal, l’islam et un État très centralisé s’entremêlent. Pour un expatrié, comprendre ce paysage religieux – à la fois très musulman, officiellement laïque et fortement contrôlé par le pouvoir – est indispensable pour éviter les faux pas, tisser des liens et lire correctement ce qui se joue derrière les gestes du quotidien.

Bon à savoir :

Ce guide fournit un aperçu concret des pratiques religieuses locales, de leur cadre politique et des comportements à adopter au quotidien. Son objectif n’est pas spirituel ou prosélyte, mais vise simplement à vous aider à vivre en harmonie avec votre environnement.

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Panorama religieux du Turkménistan

Le Turkménistan est officiellement un État laïque, mais la société reste massivement musulmane et très conservatrice sur le plan des valeurs. Pour mesurer l’importance de la religion dans le paysage local, quelques repères chiffrés aident à se situer.

Une majorité sunnite très nette

Différentes estimations convergent vers une réalité simple : l’islam, en version sunnite, est ultra-majoritaire dans le pays. Les pourcentages varient selon les enquêtes, mais toutes dressent le même tableau.

Indicateur / SourcePart de musulmansPart de chrétiens (dont orthodoxes)Autres religions
Estimation U.S. 2022 (scénario 1)89 % (surtout sunnites)9 % orthodoxes2 % autres
Estimation U.S. 2022 (scénario 2)93 % musulmans6,4 % orthodoxes0,6 % autres
Rapport 2020 (autre source)95,8 % musulmans6,4 % chrétiens

La grande majorité des Turkmènes se définissent comme musulmans sunnites, parfois sans pratique très rigoureuse, mais avec un fort attachement identitaire. Pour un expatrié, cela signifie que de nombreuses coutumes sociales, familiales et festives s’ancrent dans un référentiel islamique, même si l’État se proclame laïque.

Minorités religieuses et diversité discrète

Le christianisme constitue la deuxième grande famille religieuse. Il est surtout représenté par l’Église orthodoxe russe, autour de laquelle gravitent la plupart des Russes, Arméniens et une partie des Polonais ou Allemands de souche vivant dans le pays. On recense douze églises orthodoxes, dont quatre à Achgabat, dirigées par un archiprêtre basé dans la capitale.

200 à 300

C’est le nombre estimé de personnes de confession juive vivant en Afghanistan.

Un islam « turkmène » entre tradition, soufisme et héritage nomade

Pour saisir l’atmosphère religieuse, il est utile de comprendre que l’islam au Turkménistan n’est pas une copie des modèles moyen-orientaux. Historiquement, la foi s’est diffusée par l’intermédiaire de maîtres soufis, qui sont devenus des figures protectrices de clans et de tribus. De là est né un tissu de croyances mêlant :

Exemple :

Cette illustration regroupe plusieurs éléments caractéristiques des croyances et coutumes de la région. Elle inclut la vénération d’ancêtres et de saints locaux, les rituels de cycle de vie (comme la naissance, le mariage et les funérailles) qui possèdent un fort contenu symbolique, ainsi que des pratiques issues de croyances turco‑préislamiques. Ces dernières se manifestent par exemple par des offrandes aux arbres, des formules pour conjurer le loup ou encore des rituels liés à la fertilité.

L’institution des övlat – tribus dites « saintes » considérées comme lignées d’ancêtres bénis – en est un exemple emblématique. Ce syncrétisme irrigue encore la vie rurale, même si les formes les plus voyantes ont parfois été marginalisées par la modernité et la surveillance étatique.

Pour un expatrié, cela signifie que certains gestes – visite de mausolées, récits de miracles associés à des saints locaux, respect extrême pour certains anciens – ont une portée religieuse implicite, même s’ils ne ressemblent pas forcément à des pratiques islamiques « classiques ».

Un État laïque… mais ultra‑contrôlant

Sur le papier, la Constitution garantit la liberté de religion, affirme la séparation de l’État et des institutions religieuses, et proclame le caractère laïque du pays. Dans la pratique, le système repose sur un contrôle serré de tout ce qui touche au religieux.

Un cadre légal très restrictif

Au cœur de ce dispositif se trouve la loi sur la liberté de conscience et les organisations religieuses, durcie en 2016. Elle impose un régime d’enregistrement obligatoire à toutes les communautés de croyants.

Élément du cadre légalContenu / Conséquence pratique
Enregistrement obligatoireToute communauté doit être enregistrée auprès du ministère de la Justice pour être autorisée à exercer.
Seuil de membres50 citoyens adultes pour une « organisation religieuse » ; entre 5 et 50 pour un « groupe religieux » avec statut plus limité.
RenouvellementRé‑enregistrement périodique (environ tous les trois ans) et à chaque changement d’adresse ou de statuts.
Activités des non‑enregistrésIllégales : toute réunion, culte, diffusion de littérature ou prosélytisme peut entraîner amendes, perquisitions, voire détention.
Lieux de culteFort encadrement urbanistique ; les célébrations à domicile sont en principe interdites, même si certaines dérogations ponctuelles existent pour quelques groupes enregistrés.
Tenue religieuse en publicInterdite pour les non‑clercs, ce qui limite l’expression visible de certaines appartenances.

En pratique, cela place les minorités et les mouvements non reconnus dans une situation de grande vulnérabilité. Pour un expatrié, il est important d’en avoir conscience : participer à des réunions religieuses non déclarées, accueillir chez soi des activités cultuelles organisées par des groupes non enregistrés ou importer des ouvrages religieux sans autorisation peut, au mieux, susciter des questions, au pire, être interprété comme une infraction.

SCROEERIR et Conseil des affaires religieuses : les « filtres » officiels

Le dispositif de contrôle s’appuie sur une commission d’État spécialisée, la SCROEERIR (Commission d’État pour les organisations religieuses et l’expertise des ressources d’information religieuse), héritière du Conseil des affaires religieuses. Cette instance :

Attention :

L’État supervise les nominations des responsables religieux sunnites et orthodoxes, contrôle la construction des mosquées et des églises, autorise ou refuse l’importation et la circulation de toute littérature religieuse, et évalue les demandes d’enregistrement des groupes religieux.

Sa composition, dominée par des imams sunnites, le responsable orthodoxe et des représentants gouvernementaux, laisse peu de place aux minorités. Les forces de sécurité (notamment une unité spécialisée du ministère de l’Intérieur) assurent le bras exécutif de ces décisions, avec surveillance de nombreux rassemblements.

Astuce :

Au Turkménistan, la religion est culturellement très présente mais strictement encadrée par l’État. Il est fortement déconseillé de critiquer ouvertement ce système, que ce soit dans des conversations avec des collègues turkmènes ou sur tout support écrit, physique ou numérique.

Un État promoteur d’un islam national

Paradoxalement, tout en restreignant la liberté religieuse, le pouvoir met en scène un islam « national » étroitement encadré. Il finance des mosquées monumentales (à Achgabat, Gökdepe, Gypjak, dont la célèbre mosquée Türkmenbaşy Ruhy), sponsorise des iftar pendant le Ramadan ou des pèlerinages officiels à La Mecque pour un nombre de fidèles bien inférieur au quota international.

Durant l’ère Niazov, le livre personnel de l’ancien président, le Ruhnama, était imposé dans les mosquées et les écoles, parfois placé sur le même pupitre que le Coran. Même si cette période est révolue, elle a laissé des traces dans la manière dont la religion est utilisée comme support de légitimation du pouvoir.

Ramadan, fêtes et calendrier religieux dans la vie quotidienne

Même dans un pays où la pratique peut parfois sembler moins visible que dans certaines sociétés du Moyen‑Orient, le calendrier islamique structure la vie sociale. Pour un expatrié, deux axes sont particulièrement importants : le mois de Ramadan et les grandes fêtes.

Vivre au Turkménistan pendant le Ramadan

Ramadan est le neuvième mois du calendrier lunaire islamique. Les musulmans adultes qui en ont la capacité jeûnent entre l’aube et le coucher du soleil : pas de nourriture, pas de boisson, pas de tabac ni de comportements considérés comme moralement répréhensibles pendant la journée. La nuit, le jeûne est rompu par le repas d’iftar, précédé d’un verre d’eau et souvent de quelques dattes, selon une tradition partagée dans tout le monde musulman. Avant l’aube, ceux qui jeûnent prennent un repas léger, le suhur.

Au Turkménistan, les autorités surveillent étroitement l’islam, mais la population reste attachée à ce mois de jeûne et de solidarité. L’observance est généralement moins stricte que dans le Golfe ou en Afghanistan : les restaurants ne sont pas tous fermés en journée, l’accès à la nourriture et même à l’alcool reste possible, notamment pour les étrangers et dans les lieux plus « officiels » comme certains hôtels.

Pour autant, quelques règles tacites s’imposent aux expatriés :

éviter de manger, boire ou fumer ostensiblement dans la rue ou au bureau pendant la journée, surtout en présence de collègues pratiquants

garder une tenue encore plus pudique que d’ordinaire

– accepter avec reconnaissance les éventuelles invitations à l’iftar, moment privilégié pour construire des relations.

Les soirées de Ramadan prennent souvent un caractère plus animé : rues plus vivantes après le coucher du soleil, repas de famille, visites. Dans certaines zones, des iftar communautaires peuvent être organisés dans les mosquées ou dans des structures publiques, même si le contrôle étatique limite les grands rassemblements informels.

Une tradition particulière, *Gadyr gijesi* (nuit du destin / nuit de pardon), considérée comme une nuit de grande valeur spirituelle dans les derniers jours du mois, donne lieu à des prières plus intenses et à des gestes de partage (distribution de sucreries, visites aux voisins).

Tradition du Gadyr gijesi

Eid al‑Fitr (Oraza Bayram) et Eid al‑Adha (Kurban Bayramy)

Les deux grandes fêtes islamiques sont reconnues comme jours fériés nationaux. Elles sont autant des événements religieux que des temps forts de cohésion sociale.

FêteNom localSignificationPratiques clés
Eid al‑FitrOraza BayramFin du mois de RamadanPrière collective, visites familiales, repas festifs, dons aux pauvres (Zakat al‑Fitr), cadeaux aux enfants.
Eid al‑AdhaKurban BayramySouvenir du sacrifice d’AbrahamPrière du matin, sacrifice rituel (mouton, chèvre, parfois bovin), partage de la viande avec proches et personnes démunies.

Les dates exactes, fixées par la lune et confirmées par décret présidentiel pour le calendrier civil, varient chaque année. Ce sont des moments où les familles se réunissent, visitent les tombes de leurs proches, préparent des plats traditionnels (plov, shashlik, samsa) et redoublent de générosité. Pour un expatrié, il est prudent de prévoir que l’activité professionnelle ralentit nettement, voire s’arrête : mieux vaut éviter de planifier des réunions importantes à ces dates, et s’attendre à un accès compliqué aux administrations.

Il est apprécié de présenter ses vœux à ses collègues et contacts locaux, par exemple en utilisant des formules simples en russe ou en turkmène, ou en anglais selon le contexte, en restant sobre et respectueux.

Mosquées et pratiques de prière : comment se comporter en visiteur

Les mosquées, au Turkménistan comme ailleurs, sont à la fois des lieux de prière et des repères urbains, notamment les grandes mosquées construites par l’État. De nombreuses personnes se disent croyantes sans forcément fréquenter assidûment la mosquée ; pour beaucoup, l’islam est d’abord une culture, un héritage.

Ce qu’est une mosquée et ce qu’on y trouve

Les mosquées turkmènes reprennent les éléments classiques de l’architecture islamique :

une grande salle de prière orientée vers La Mecque, indiquée par une niche appelée mihrab

– parfois un ou plusieurs minarets, d’où est diffusé l’appel à la prière (adhan)

– un minbar (chaire) d’où l’imam prononce le sermon du vendredi

– un espace dédié aux ablutions (wudu), les fidèles se lavant mains, visage et pieds avant la prière.

Les mosquées : entre culte et symbole

Certains édifices religieux dépassent leur fonction première pour incarner des projets politiques ou identitaires, tout en respectant les règles communes de la pratique musulmane.

La mosquée Türkmenbaşy Ruhy

Cette gigantesque mosquée, située près d’Achgabat, est un exemple marquant d’un édifice qui incarne davantage un projet politique ou identitaire qu’un simple lieu de culte.

Règles de fréquentation

La fréquentation de ces mosquées reste soumise aux règles de décence et de respect communes à l’ensemble du monde musulman.

Tenue vestimentaire et attitude attendues

Entrer dans une mosquée, même comme simple visiteur, suppose de respecter un code de conduite implicite mais très clair. Les principes suivants sont valables quasiment partout dans le pays.

Pour les hommes, on attend :

des jambes couvertes (pantalon long plutôt que short)

des épaules couvertes (éviter débardeurs, t‑shirts échancrés)

des vêtements sobres, non transparents, sans slogans provocateurs

le retrait des chaussures avant d’entrer dans la salle de prière (prévoir des chaussettes propres).

Pour les femmes, la norme est plus stricte :

bras et jambes couverts (longue jupe ou pantalon large, manches longues)

– vêtements amples, non moulants ni translucides

décolleté discret

– un foulard couvrant les cheveux dans la salle de prière et, par prudence, dans l’enceinte de la mosquée en général.

Bon à savoir :

Les enfants doivent respecter les mêmes règles de modestie adaptées à leur âge. Pour tous, une attitude calme est requise : pas de conversations bruyantes, téléphone en mode silencieux, déplacements lents et respect des personnes en prière en évitant de passer devant elles.

Visites, photos et séparation des espaces

Beaucoup de mosquées pratiquent une stricte séparation des sexes : des salles distinctes pour les femmes, ou une galerie à l’étage ou au fond de la salle principale. Un visiteur ne doit jamais chercher à entrer dans l’espace réservé au sexe opposé, même pour « voir à quoi ça ressemble ».

La photographie est un point délicat. En règle générale :

– il est conseillé de demander l’autorisation à un responsable ou au personnel avant de sortir l’appareil

– il faut absolument éviter de photographier les fidèles en pleine prière sans leur consentement explicite

– dans certains lieux, aucune photo n’est tolérée dans la salle de prière.

Par extension, cette prudence vaut aussi pour d’autres sites à connotation religieuse (mausolées, cimetières anciens, lieux de pèlerinage locaux).

Culture, religion et vie sociale : ce que l’expatrié doit comprendre

Au Turkménistan, la frontière entre religieux, culturel et politique est souvent floue. Pour s’y retrouver, il faut accepter l’idée que des gestes apparemment « folkloriques » ou, au contraire, très nationaux, peuvent avoir une dimension spirituelle implicite.

Rites de passage, hospitalité et respect des anciens

La famille est le noyau central de la société. Beaucoup de moments clés (circoncision des garçons, mariages, funérailles) s’accompagnent de prières, de références à Dieu, et de coutumes parfois héritées du passé nomade ou soufi. Les hommes âgés, les sages du clan, les représentants de tribus « saintes » bénéficient d’un respect quasi sacré ; contester leur parole en public, s’en moquer ou montrer de l’impatience peut être vécu comme une insulte bien plus grave qu’une simple incivilité.

Bon à savoir :

L’hospitalité est une valeur fondamentale, héritée des traditions d’accueil de la Route de la soie. Être invité est un honneur. Refuser systématiquement le thé ou un repas, ou manger sans complimenter, est considéré comme un manque de respect et met l’hôte dans une position délicate. Il est donc recommandé d’accepter avec gratitude les offres de votre hôte.

de retirer ses chaussures à l’entrée d’un domicile

d’apporter une petite attention (pâtisseries, fruits, fleurs en nombre impair)

– d’attendre que l’aîné ou le maître de maison commence à manger

– de goûter à tout, dans la mesure du possible, et de louer la qualité du repas.

Ces gestes n’ont pas tous une valeur religieuse au sens strict, mais ils s’enracinent dans un imaginaire où générosité et bénédiction se répondent.

Anthropologue ou chercheur en sciences sociales

Discrétion sur la politique et la religion

Le régime turkmène est extrêmement sensible aux questions de contrôle social, et la religion en fait partie. Deux lignes rouges se rejoignent ici : la critique de l’État et le discours religieux jugé « étranger » ou « extrémiste ». Pour un expatrié, la prudence impose d’éviter :

les conversations critiques sur le gouvernement, ses dirigeants ou son système de surveillance, surtout en public ou en ligne

les débats théologiques agressifs, l’évangélisation ou toute initiative interprétable comme du prosélytisme

– les jugements dépréciatifs sur les coutumes locales (par exemple en qualifiant de « superstition » ce qui relève, pour vos interlocuteurs, d’une tradition respectée).

Poser des questions ouvertes, écouter, montrer un intérêt sincère sans chercher à « corriger » ou « éclairer » les croyances d’autrui reste la meilleure posture.

Minorités religieuses et sensibilité aux conversions

Si la société turkmène a longtemps été plutôt tolérante à l’égard de la diversité religieuse, la situation des minorités et des convertis reste fragile dans le contexte actuel.

Communautés chrétiennes, baha’ies, juives, hindoues…

Les orthodoxes russes et, dans une moindre mesure, les Arméniens apostoliques disposent de lieux de culte plus ou moins visibles, notamment à Achgabat. Les protestants, les adventistes, les pentecôtistes, les baptistes, les témoins de Jéhovah, les baha’is ou les adeptes de Krishna composent un paysage beaucoup plus discret, parfois contraint à fonctionner « à bas bruit » pour éviter les ennuis.

Attention :

Bien que présent historiquement, le judaïsme n’a plus de synagogue officielle au Turkménistan, la dernière ayant été convertie en salle de sport à l’époque soviétique. Les pratiques religieuses se déroulent désormais dans des espaces privés, sans reconnaissance officielle en tant que communauté religieuse distincte.

Cette discrétion signifie qu’un expatrié étranger appartenant à l’une de ces religions doit éviter de confondre relative tolérance sociale et liberté institutionnelle. Afficher très visiblement des activités religieuses de groupe, organiser des rencontres missionnaires chez soi ou diffuser de grandes quantités de littérature peuvent être interprétés comme un défi direct au système.

Convertis turkmènes : une situation particulièrement délicate

Le cas des Turkmènes de souche qui changent de religion (en particulier vers des Églises protestantes peu connues) est particulièrement sensible. Ces personnes sont souvent perçues comme ayant rompu avec leur héritage national et familial. Elles peuvent subir :

ostracisme ou pression de leur entourage

difficultés professionnelles

attention renforcée des autorités.

Attention :

Pour un expatrié croyant, il est crucial de comprendre qu’encourager activement un Turkmène à changer de religion ne relève pas seulement de la sphère privée. Une telle action est susceptible de déclencher de sérieux problèmes sociaux et juridiques, surtout si elle est interprétée comme une activité missionnaire étrangère.

Ramadan, horaires de travail et vie professionnelle

Au-delà de la sphère privée, le mois de jeûne et les grandes fêtes influencent le fonctionnement du monde du travail. Même si le Turkménistan ne suit pas toujours les mêmes modèles que les pays du Golfe, certaines tendances générales observées dans de nombreux États musulmans s’y retrouvent.

Bon à savoir :

Pendant le Ramadan, les journées de travail, notamment dans la fonction publique, sont souvent plus courtes ou plus flexibles, avec une activité intense le matin qui diminue progressivement l’après-midi. La concentration des collaborateurs peut varier en raison des nuits plus tardives, des prières supplémentaires et des préparatifs pour l’iftar, ce qui entraîne généralement une baisse de productivité.

Pour gérer au mieux cette période dans un contexte professionnel :

privilégier les réunions importantes en matinée

éviter de fixer des rendez-vous autour de l’heure de rupture du jeûne

– renoncer aux déjeuners de travail ou aux cafés « rapides »

– prévoir une marge de manœuvre sur les délais de livraison ou de validation.

Apporter un petit mot de vœux de Ramadan, exprimer sa compréhension des contraintes de cette période et, si l’occasion se présente, participer à un iftar d’entreprise sont généralement très appréciés.

Règles de conduite dans l’espace public : pudeur, gestes, photographie

Qu’il s’agisse de pratiques religieuses stricto sensu ou de normes sociales influencées par la religion, certains comportements sont attendus dans l’espace public.

Tenue vestimentaire au quotidien

La société turkmène est conservatrice, particulièrement en dehors d’Achgabat. Pour éviter de choquer :

les femmes expatriées ont intérêt à couvrir au minimum épaules et genoux, en privilégiant jupes ou pantalons longs et hauts non moulants ; un foulard dans le sac permet de s’adapter rapidement à l’imprévu (visite de mosquée, village plus traditionnel, réunion officielle)

– les hommes gagneront à renoncer aux shorts et débardeurs en ville, en choisissant pantalons et chemises ou t‑shirts à manches.

Cette pudeur vestimentaire ne concerne pas seulement les sites religieux mais la vie quotidienne, les transports, les marchés, les fêtes publiques.

Gestes et interactions

Certains gestes, anodins ailleurs, peuvent être mal reçus :

Astuce :

En public, il est préférable d’éviter les démonstrations d’affection trop intimes comme les embrassades ou les baisers, car elles sont généralement mal perçues. Pour désigner quelqu’un, il est impoli de pointer du doigt ; utilisez plutôt la main ouverte. De plus, il est recommandé de ne pas orienter la plante de ses pieds vers une personne, en particulier vers un aîné, car ce geste est considéré comme irrespectueux.

Dans les salutations, la poignée de main est la norme entre hommes, mais vis‑à‑vis des femmes, mieux vaut attendre qu’elles tendent la main. Si ce n’est pas le cas, un léger signe de tête, accompagné d’un sourire, suffit.

Photographie : entre curiosité et lignes rouges

La photographie est un territoire semé d’embûches au Turkménistan, davantage pour des raisons politiques que religieuses, mais avec des implications importantes pour les pratiques cultuelles.

Il est strictement interdit de prendre en photo :

Attention :

Les bâtiments considérés comme stratégiques, tels que le palais présidentiel, les ministères, les aéroports et les installations militaires ou de police, ainsi que les gardes et forces de sécurité en service, constituent des points d’intérêt spécifiques.

Avant de sortir un appareil ou un smartphone devant un site officiel, mieux vaut vérifier s’il existe une interdiction visible ou demander discrètement à un agent sur place. Dans les espaces religieux, d’autres précautions s’imposent :

toujours demander la permission avant de photographier des personnes, surtout en prière, en deuil ou dans un contexte intime

éviter de prendre des clichés durant une cérémonie en cours (mariage, funérailles, prières collectives)

– respecter les éventuels panneaux interdisant les photos dans certaines zones de mosquée, de mausolée ou de cimetière.

Un téléobjectif discret, utilisé avec mesure, permet parfois de capturer l’atmosphère sans gêner ni exposer les personnes identifiables.

Alimentation, halal et pratiques quotidiennes

Même si le rapport ne détaille pas spécifiquement l’offre halal au Turkménistan, à la différence du Kazakhstan, le fait que plus de 90 % de la population se réclame de l’islam implique que les habitudes alimentaires sont largement conformes aux règles classiques : pas de porc, méfiance envers l’alcool, abattage rituel pour la viande.

Bon à savoir :

Un expatrié musulman trouvera naturellement des plats compatibles avec son mode de vie, comme le plov, le shashlik, le lagman, les manti ou la samsa. Bien que les boissons alcoolisées existent, leur consommation publique reste relativement contenue. Pendant le Ramadan, cette consommation peut se déplacer davantage en soirée.

Les expatriés non musulmans, pour leur part, gagneront à ajuster certaines habitudes :

éviter de proposer systématiquement de l’alcool lors de rencontres avec des collègues turkmènes, sauf si on sait qu’ils y sont ouverts

ne pas insister quand un interlocuteur refuse une boisson ou un plat pour des raisons religieuses

– se renseigner discrètement avant d’apporter un cadeau alimentaire (certains produits à base de porc, de gélatine non halal ou d’alcool peuvent mettre mal à l’aise).

Interreligieux, neutralité et image internationale

Le Turkménistan aime se présenter comme un pays neutre, promoteur de paix et de dialogue. Sa neutralité permanente est reconnue par l’ONU, et la capitale accueille périodiquement des conférences internationales, y compris sur les thèmes de la jeunesse et du dialogue interreligieux.

Attention :

Malgré un discours officiel prônant la tolérance et la coexistence, le pays obtient de très faibles scores en matière de liberté religieuse dans les évaluations internationales. Il est considéré comme l’un des États les plus difficiles pour certains croyants, comme les chrétiens des groupes minoritaires, qui vivent dans la crainte quotidienne de contrôles ou de sanctions.

Pour un expatrié, il ne s’agit pas de trancher ce paradoxe mais de le connaître, afin de comprendre pourquoi certains interlocuteurs se montrent très prudents quand il s’agit de parler de religion ou de politique, même dans des cercles apparemment informels.

En résumé : adopter une posture de respect informé

Vivre au Turkménistan en tant qu’expatrié signifie évoluer dans un environnement où :

la grande majorité des habitants se reconnaissent comme musulmans sunnites, même si le niveau de pratique varie

– l’islam local reste marqué par l’histoire soufie et les traditions turco‑nomades

– l’État contrôle de près toutes les expressions religieuses, notamment celles perçues comme « importées »

– les minorités existent mais évoluent dans un cadre juridique et social contraignant.

Dans ce contexte, quelques réflexes simples permettent de s’adapter :

Astuce :

Pour un séjour harmonieux, il est conseillé de se renseigner à l’avance sur le Ramadan, les dates des grandes fêtes religieuses et leurs impacts sur la vie sociale et professionnelle. Adoptez une tenue modeste, en particulier dans les lieux de culte et les zones rurales. Respectez scrupuleusement les codes de conduite dans les mosquées, les maisons privées et lors des cérémonies. Évitez tout prosélytisme et gardez une discrétion absolue concernant vos opinions politiques ou critiques. Enfin, demandez toujours une autorisation explicite avant de photographier des personnes ou des rituels.

Avec cette grille de lecture, le Turkménistan cesse d’être un « pays fermé » uniquement vu par le prisme de son régime politique et révèle une société où l’hospitalité, la fierté identitaire et un islam profondément enraciné coexistent avec un État hyper‑présent. S’y intégrer avec tact, c’est accepter d’entrer dans ce jeu d’équilibres, en faisant de la connaissance des pratiques religieuses locales un véritable outil de compréhension du pays.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers le Turkménistan pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Maurice, pays d’Asie centrale), la stratégie retenue a consisté à cibler le Turkménistan pour sa fiscalité généralement modérée, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie nettement inférieur à la France et la possibilité de structurer des revenus en devises fortes via des placements internationaux. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un permis de résidence avec achat ou location longue durée, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, comptable) et intégration patrimoniale. Ce type d’accompagnement permet de capter les économies fiscales significatives tout en maîtrisant les risques (contrôles fiscaux français, double imposition, adaptation culturelle et juridique).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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