S’expatrier au Turkménistan ne ressemble ni à un déménagement dans un autre pays musulman, ni à une simple affectation en ex‑URSS. C’est entrer dans une société très conservatrice, profondément marquée par son héritage nomade, par l’islam, par la structure tribale… et par l’un des régimes les plus autoritaires de la planète. Pour un expatrié, la principale difficulté n’est pas tant la langue ou le climat que la compréhension de ces codes, de ces « règles non écrites » qui régissent l’apparence, les rapports hommes‑femmes, la vie professionnelle, la religion ou encore les gestes anodins du quotidien.
Cet article s’appuie sur un rapport de recherche documenté pour offrir un guide pratique sur les différences culturelles. Il détaille à quoi s’attendre, ce qu’il est conseillé de faire et, surtout, les comportements qu’il vaut mieux éviter.
Un pays très contrôlé, une société très codifiée
Le Turkménistan est décrit par de nombreuses sources comme l’un des États les plus corrompus et autoritaires du monde. Le système politique repose sur un régime présidentiel extrêmement centralisé, marqué par des personnalités dirigeantes omniprésentes et par une presse intégralement sous contrôle public. La quasi‑totalité des chaînes de télévision et des journaux appartiennent à l’État, et les rares médias privés doivent obtenir une licence publique et diffuser une image positive du pouvoir.
Cette forte verticalité se ressent jusque dans les aspects les plus ordinaires de la vie : apparence physique, façon de circuler, consommation d’Internet, relations sociales. Critiquer le pouvoir en public est inimaginable pour la plupart des habitants. Les opposants connus finissent en prison ou en hôpital psychiatrique. L’humour politique circule surtout sous forme de blagues officieuses.
Pour un expatrié, il est crucial de comprendre que la liberté d’expression telle qu’on la conçoit en Europe ou en Amérique du Nord n’existe pas dans tous les contextes. Il est fortement déconseillé de commenter la politique locale, même si vos interlocuteurs locaux se permettent parfois des critiques voilées. Un simple mot jugé déplacé peut suffire à créer de lourds problèmes pour vos contacts locaux.
Un autoritarisme qui descend jusqu’à l’apparence
Le contrôle social ne porte pas seulement sur les idées, mais aussi sur le corps. Les autorités multiplient les directives informelles, relayées par les institutions publiques, sans toujours s’appuyer sur une loi écrite :
– des consignes exigent que les femmes non mariées à Achgabat portent un foulard jaune au travail ;
– les femmes mariées doivent, dans certains services, venir en robe jaune ;
– le non‑respect de ces codes de couleur peut conduire à un licenciement pur et simple.
Par le passé, d’autres règles esthétiques ont déjà été imposées, ciblant surtout les femmes : interdiction de certains maquillages, des cheveux teints en blond, des robes jugées trop moulantes. Plus récemment, plusieurs sources signalent :
Un bannissement de fait des vêtements féminins « trop moulants », l’interdiction de colorations capillaires, de faux ongles et faux cils, ainsi que le bannissement de certaines chirurgies et actes esthétiques comme les implants mammaires, les injections de lèvres et le micro‑blading des sourcils.
Ces mesures ne sont pas de simples « recommandations » : des descentes de police ont eu lieu dans des salons de beauté, des dizaines de femmes ont été licenciées (hôtesses de l’air, employées des chemins de fer…) parce qu’elles auraient eu recours à ces interventions. Les amendes peuvent atteindre l’équivalent de la moitié d’un salaire mensuel moyen.
Les hommes ne sont pas épargnés : un quasi‑interdiction de la barbe existe pour les jeunes, héritage d’anciennes décisions où la barbe était proscrite. Certains gestes perçus comme liés à la religiosité peuvent être étroitement surveillés.
Pour un expatrié, cela signifie que l’espace de liberté stylistique, surtout pour les femmes, est très restreint dans la sphère publique, en particulier si l’on travaille dans le secteur d’État. Même dans le privé, imiter un style très occidental (maquillage marqué, vêtements très ajustés) peut attiser des contrôles ou des remarques.
Derrière ce contrôle politique, la société turkmène est elle‑même très conservatrice. Trois grands piliers structurent la vie sociale : la famille, l’honneur et l’hospitalité.
La famille, noyau dur de la société
La famille élargie reste l’unité centrale, surtout hors des grandes villes. Les foyers comptent souvent plus de cinq enfants, plusieurs générations vivant sous le même toit ou dans le même ensemble de maisons autour d’une cour. Les liens de parenté, de clan et de tribu continuent de jouer un rôle majeur, notamment pour les mariages, surtout en milieu rural.
Respecter ses parents et, plus largement, ses aînés, n’est pas une simple formule : c’est un impératif moral. Des proverbes martèlent l’idée que les parents sont « sans prix » et que la bénédiction divine dépend du bonheur du père et de la mère. Placer ses parents en maison de retraite est presque impensable et serait socialement très mal vu.
Pour un expatrié, il est important d’éviter toute critique du modèle familial local, de ne pas manifester bruyamment son étonnement face à la cohabitation intergénérationnelle et de s’abstenir de poser des questions insistantes sur des sujets intimes comme la fertilité ou la vie conjugale. À l’inverse, témoigner un intérêt respectueux pour la famille de son interlocuteur est très bien perçu.
L’honneur et la réputation, affaires de groupe
L’individu est fortement défini par la réputation de sa famille, de son clan, de sa nation. Le concept d’honneur est omniprésent : « Mon honneur est l’honneur de ma famille, de ma nation, de mon peuple », dit un dicton. Il en découle :
– un rejet très net des comportements jugés « légers » (garrulité, commérages malveillants, lâcheté) ;
– une valorisation de la sincérité, de la parole donnée, du sens du devoir.
Dans les interactions de travail, il est essentiel d’éviter de faire perdre la face à un interlocuteur, par exemple en le contredisant frontalement en public. Toute mise en cause directe peut être perçue comme une humiliation et risquer de rompre la relation.
Une hospitalité codifiée et sacrée
L’hospitalité n’est pas un cliché touristique, c’est un véritable code d’honneur. Un proverbe résume l’idée : « Chaque invité est envoyé par Allah. » Historiquement, dans le désert, refuser l’hospitalité pouvait condamner un voyageur. Aujourd’hui encore, refuser un repas, du pain ou du thé offert peut être perçu comme une insulte.
Lorsqu’on est invité :
– on enlève ses chaussures en entrant dans la maison ;
– on apporte un petit cadeau (friandises, fruits, chocolats, objet de son pays) ;
– on accepte le thé (çay), servi en petites coupes, et l’on laisse le maître de maison proposer de commencer le repas ;
– on loue la qualité du repas, on remercie abondamment.
La nappe ou le tissu sur lequel sont posés les aliments est considéré comme sacré : marcher dessus est un péché, tout comme piétiner le pain ou le sel, gages de malheur.
Rôles de genre et place des femmes : entre tradition, droit et contrôle
Comprendre les normes de genre est essentiel pour éviter les malentendus, tant dans la vie privée que professionnelle.
Des rôles traditionnellement distincts
Historiquement, la famille turkmène est patriarcale. L’homme est chef de famille, chargé des travaux lourds, des troupeaux, des champs, des machines. La femme est associée au foyer, à l’éducation des enfants, mais aussi à des savoir‑faire très élaborés : tissage de tapis, broderie, préparation des repas rituels. Cela n’empêche pas que, contrairement à certains clichés sur les sociétés musulmanes, les Turkmènes n’ont jamais pratiqué massivement le voile intégral ni l’enfermement strict au foyer.
Bien que la législation russe garantisse l’égalité des droits entre femmes et hommes (accès à l’emploi, aux prêts et égalité salariale), la réalité est différente. Historiquement nombreuses dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des services depuis l’ère soviétique, les femmes rencontrent aujourd’hui des discriminations à l’embauche, notamment en raison des craintes des employeurs face aux maternités. Elles restent également sous-représentées aux postes de direction des grandes entreprises publiques.
Contrôle de l’apparence et des déplacements
Les restrictions récentes touchant l’apparence des femmes vont bien au‑delà de simples questions de pudeur religieuse. Elles dessinent une féminité tolérée : peu maquillée, habillée de manière ample, sans transformation corporelle moderne, souvent associée à des couleurs imposées dans le secteur public. Les sanctions (amendes, licenciements, descentes de police dans les salons de beauté) rappellent qu’il s’agit de règles quasi‑policières.
Parallèlement, les possibilités de mobilité des femmes sont limitées :
Dans certaines régions, les femmes font face à des interdictions de fait, comme ne pas pouvoir s’asseoir à l’avant des taxis, et à des obligations pour les chauffeurs de prouver un lien familial sous peine d’amende. Une province interdit même de prendre des passagères après 20h. De plus, des obstacles administratifs rendent la conduite automobile très difficile pour les femmes, sans qu’aucune loi ne l’interdise explicitement.
Pour une expatriée, cela suppose de se préparer à une réduction de sa liberté de mouvement par rapport à d’autres pays. En pratique, de nombreuses étrangères contournent ces contraintes en circulant avec des chauffeurs connus de leur organisation, ou en groupe.
Sexualité, relations mixtes et tabous
Les relations entre hommes et femmes sont strictement encadrées :
– les démonstrations publiques d’affection au‑delà du fait de se tenir la main sont mal vues ;
– la sexualité hors mariage est taboue, et la loi interdit explicitement à une femme turkmène d’entretenir une relation sexuelle avec un étranger ;
– offrir des cadeaux ou des avantages à une femme locale dans l’attente d’une relation peut être sanctionné par une amende et une expulsion pour l’étranger.
L’homosexualité masculine est pénalement réprimée, assortie de peine de prison, et globalement condamnée socialement. Pour les expatriés LGBTQ+, la situation est extrêmement délicate : il est prudent de cloisonner strictement sphère privée et vie sociale locale.
Apparence, codes vestimentaires et symbolique des vêtements
Dans un pays où l’État décide de la couleur des robes des fonctionnaires et où la barbe peut être proscrite, les vêtements sont tout sauf anodins. Mais ils renvoient aussi à une culture riche, héritée de la vie nomade.
Le Turkménistan, pays le plus conservateur d’Asie centrale en matière de tenue
Des habitués de la région soulignent que, comparé à des villes comme Bichkek ou Almaty où l’habillement occidental est courant, le Turkménistan est nettement plus strict. Pour les étrangers, la règle officieuse est la modestie :
– pour les femmes : robes ou jupes longues, pantalons amples, épaules et bras couverts, décolletés évités ;
– pour les hommes : pantalons longs, chemises ou polos ; les shorts sont jugés inappropriés en dehors de contextes très privés ou sportifs.
Dans les mosquées et lieux saints, il est impératif de respecter une tenue spécifique : les femmes doivent se couvrir la tête, tous doivent avoir les jambes et les bras couverts, et les chaussures doivent être retirées.
La richesse du costume traditionnel
À côté de ces contraintes, la culture vestimentaire turkmène est d’une grande richesse :
– les femmes portent traditionnellement une longue robe (koynek) descendant jusqu’aux chevilles, souvent en soie ou en velours bordeaux, bleu profond ou vert, avec des broderies très fines ; elles portent dessous un pantalon (balak) étroit et brodé à la cheville ;
– les hommes en tenue traditionnelle revêtent un pantalon large, une chemise blanche et surtout la grande toque de fourrure de mouton, le telpek, dont la couleur peut indiquer le statut social ; ils enfilent par‑dessus une robe de cérémonie (don ou chakmen), connue ailleurs sous le nom de chapan.
Les coiffes féminines kirghizes, comme le haut kalpak de la mariée ou le foulard (yalyk), sont des marqueurs sociaux. Les femmes mariées portaient parfois une couronne en anneau dont la hauteur augmentait avec chaque naissance. Les bijoux en argent, ornés de pierres et de motifs d’animaux ou d’insectes stylisés, servaient à la fois d’amulette protectrice et d’indicateur du statut familial.
Cette dimension symbolique va jusqu’à la couleur des robes selon l’âge : tissu sombre brodé de fleurs lumineuses pour les jeunes filles (beauté, fertilité), jaune pour les femmes d’âge mûr (soleil, automne, force, longévité), blanc pour les femmes âgées (transmission, place laissée aux générations suivantes).
Pour un expatrié, adopter ponctuellement des éléments vestimentaires traditionnels lors de cérémonies (une coiffe, une robe de type chapan achetée localement) est souvent très bien perçu, à condition de le faire avec décence et respect, et non comme un déguisement.
Tableau – Quelques éléments de tenue et leur signification
| Élément vestimentaire | Porté par | Signification / contexte principal |
|---|---|---|
| Koynek (robe longue) | Femme | Tenue quotidienne/traditionnelle, pudeur, identité |
| Balak (pantalon) | Les deux | Sous‑vêtement traditionnel, modestie, confort |
| Telpek (chapeau de fourrure) | Homme | Statut, virilité, héritage nomade |
| Yalyk / yaglyk (foulard) | Femme | Signe de respect, parfois statut marital |
| Don / chakmen (robe) | Homme | Cérémonies, distinction, ancien rang social |
| Bijoux en argent | Femme | Amulette, protection contre mauvais œil, statut familial |
Communication, gestes et langue : ce qui ne se dit pas avec des mots
Le Turkménistan appartient à ce que les spécialistes appellent une « culture à haut contexte » : beaucoup de choses passent par le non‑dit, les sous‑entendus, le ton, les gestes. Un expatrié habitué à la franchise directe devra apprendre à lire entre les lignes.
Dire « non » sans le dire
Dire non frontalement est perçu comme brutal, voire humiliant. On évite de répondre « non » de façon nette, surtout à une demande d’un supérieur ou d’un invité. À la place, on emploiera des tournures vagues : « Ce sera difficile », « Nous verrons », « Peut‑être plus tard ». Côté étranger, insister pour obtenir un oui clair peut mettre votre interlocuteur dans une posture impossible, pris entre le désir de vous satisfaire et l’impossibilité réelle de le faire.
Il est essentiel de savoir décoder les signaux indirects en observant le langage corporel et le contexte. À l’inverse, pour exprimer vos propres refus, privilégiez la tactique en expliquant longuement vos raisons plutôt qu’en utilisant un simple « non » sec.
Gestions des gestes et de la distance
Certains gestes banals ailleurs peuvent être offensants ici ou dans les cultures voisines :
– pointer quelqu’un du doigt est grossier : on désigne avec la main ouverte ;
– montrer la plante de son pied vers autrui est irrespectueux ;
– se tenir les mains sur les hanches peut paraître agressif ;
– dans l’espace musulman plus large, certains gestes occidentaux (pouce levé, « OK » formé avec les doigts) ont parfois des connotations vulgaires ; mieux vaut observer d’abord les gestes locaux.
La distance interpersonnelle est variable : elle est relativement réduite entre amis, mais les contacts physiques avec une personne du sexe opposé en dehors de la famille sont à éviter. Pour les salutations, une poignée de main ferme est de rigueur entre hommes. Avec une femme, il convient d’attendre qu’elle tende la main en premier ; à défaut, un salut verbal ou le geste de la main sur le cœur sont les alternatives appropriées.
Importance de la langue
Le turkmène est la langue officielle, mais le russe reste très utilisé en ville, surtout à Achgabat et Türkmenbaşy, dans les milieux instruits et dans les affaires. Dans les réunions, il est courant que les interlocuteurs turkmènes se parlent entre eux en russe, tout en utilisant un interprète pour l’anglais.
Quelques mots de turkmène ou de russe suffisent souvent à briser la glace. Les efforts linguistiques, même minimes, sont très appréciés. Mais il est illusoire de penser pouvoir travailler sérieusement sans interprète compétent si l’on ne maîtrise ni le turkmène ni le russe.
Religion : une majorité musulmane dans un État laïc très contrôlant
On estime que plus de 90 % de la population se réclame de l’islam, majoritairement sunnite hanafite. Pourtant, l’État se définit constitutionnellement comme laïc et exerce un contrôle étroit sur toute activité religieuse.
Un islam teinté de traditions préislamiques
L’islam turkmène a été largement façonné par le soufisme et des pratiques antérieures : culte des ancêtres, croyance dans le mauvais œil, pèlerinages sur des tombes de saints ou de figures locales, rites de fertilité. Le concept d’« islam turkmène » mêle ainsi prière, respect des califes, mais aussi vénération de lignages « sacrés » (övlat), offrandes à certains arbres ou lieux, rituels autour de la naissance, du mariage, de la mort.
Ramadan est observé, tout comme les grandes fêtes de l’aïd, mais la pratique est très variable selon les régions, l’âge, le milieu social. Des jeunes urbains se montrent aujourd’hui plus religieux qu’une partie de la génération soviétique, sous l’influence aussi des programmes télévisés turcs et des voyages en Turquie.
Observance religieuse en Asie centrale post-soviétique
Un État laïc… mais pas neutre
Sur le papier, la liberté de religion est garantie. En pratique, toute activité religieuse est encadrée :
En France, l’exercice des cultes est strictement réglementé. Les communautés religieuses doivent être enregistrées auprès du ministère de la Justice avec un nombre minimum de fidèles. L’État nomme et révoque les responsables religieux, contrôle l’importation et la diffusion de toute littérature religieuse (y compris le Coran et la Bible), interdit les activités de mission et rend illégaux les cultes non enregistrés.
L’islam est aussi utilisé comme outil de légitimation par le pouvoir : pèlerinages officiels, grandes mosquées monumentales construites par l’État, prières médiatisées des dirigeants, pardon de prisonniers à l’occasion de nuits et fêtes sacrées. Dans le même temps, toute expression religieuse perçue comme autonome ou inspirée de l’étranger est rapidement taxée d’« extrémisme » et réprimée.
Pour un expatrié, la prudence s’impose : éviter le prosélytisme, ne pas distribuer de littérature religieuse, se tenir à distance de tout groupe perçu comme non enregistré. Si vous êtes croyant, pratiquez discrètement, en respectant strictement la législation locale.
Tableau – Paysage religieux (estimations)
| Groupe religieux | Part estimée de la population | Remarques principales |
|---|---|---|
| Musulmans (principalement sunnites) | 89–95 % | Pratique très variable, forte dimension soufie et locale |
| Orthodoxes russes | 6–9 % | 12 églises, concentrées dans les villes |
| Autres chrétiens, Baha’is, etc. | < 1 % | Communautés petites et très surveillées |
| Juifs | ~200–300 personnes | Principalement à Achgabat et Türkmenabat, pas de synagogue |
Travail et affaires : hiérarchie, lenteur et importance de la confiance
Le monde du travail au Turkménistan est à la fois étatique et relationnel. La hiérarchie y est très marquée, les procédures lentes, et la confiance personnelle souvent plus décisive que le contrat écrit.
Hiérarchie et respect de l’autorité
Les organisations reflètent la société : structure pyramidale, décisions venant du sommet, faible place à la contestation. S’adresser directement à un supérieur en court‑circuitant la chaîne hiérarchique peut être très mal perçu.
Lors de réunions :
Dans un cadre professionnel ou formel, il est d’usage de saluer en premier la personne la plus âgée ou celle ayant le rang hiérarchique le plus élevé. Il est préférable d’utiliser les titres et noms de famille plutôt que les prénoms. De plus, il est conseillé d’éviter de contredire un responsable en présence de ses subordonnés.
Remettre en cause une décision publiquement peut être perçu comme un affront. Il vaut mieux proposer en privé des ajustements ou des questions.
Négociations lentes et informelles
La conclusion d’un contrat, surtout avec des entités publiques, demande du temps et des visites répétées. Les premiers entretiens servent souvent à faire connaissance, à tester la fiabilité et la loyauté du partenaire plus qu’à discuter chiffres et clauses. La signature décisive se fait rarement sans validation au niveau présidentiel pour les grands dossiers.
Lors des réunions, l’absence de prise de notes par vos homologues turkmènes ne traduit pas un manque d’attention. Il est recommandé de leur laisser une carte de visite traduite et de fournir un compte-rendu écrit par la suite. Bien que l’écrit ait son importance, la relation personnelle établie est tout aussi cruciale, voire plus.
Tenue, alcool et tabac dans le monde professionnel
L’habillement dans le monde des affaires doit rester très conservateur : costume sombre, chemise et cravate pour les hommes, tenue sobre couvrant bras et jambes pour les femmes. L’apparence est jugée immédiatement.
Les repas d’affaires comportent souvent de l’alcool fort (vodka, cognac). Refuser un toast de manière abrupte peut vexer l’hôte. Une stratégie consiste à accepter symboliquement, boire très modérément, ou invoquer des raisons de santé si nécessaire. Le tabac est très répandu ; si vous fumez, il est d’usage de proposer une cigarette aux autres et de demander la permission avant.
Tableau – Repères professionnels pour expatriés
| Aspect | Norme locale | Conseil pratique pour expatriés |
|---|---|---|
| Ponctualité | Souple côté local, stricte côté étranger | Arriver à l’heure, prévoir des retards possibles des autres |
| Communication | Indirecte, évite le « non » | Formuler les désaccords avec diplomatie |
| Décision | Très hiérarchique | Identifier le vrai décideur, être patient |
| Contrats | Importants mais pas tout | Soigner la relation autant que le texte juridique |
| Cadeaux | Appréciés s’ils sont modestes | Offrir stylos, chocolats, souvenirs ; éviter l’alcool |
Vie quotidienne : pauvreté, services et contraintes matérielles
Derrière les façades de marbre d’Achgabat ou les hôtels de la station d’Avaza, la réalité matérielle est dure pour une grande partie de la population. Le revenu moyen est bien inférieur à celui du Kazakhstan voisin, la pauvreté marquée hors des vitrines urbaines, et plus de 60 % de la population serait sans emploi stable. Le pays traverse une crise économique chronique : pénuries alimentaires, inflation, salaires faibles.
Pour les expatriés, certains avantages matériels existent (logements pris en charge, accès à une devise forte), mais la vie quotidienne reste contrainte :
Le manat turkmène est difficile à convertir ; privilégiez des dollars américains récents et en bon état. Les paiements par carte bancaire sont peu acceptés et les distributeurs automatiques rares. L’électricité et le gaz sont généralement gratuits pour les résidents, mais des coupures et dysfonctionnements peuvent survenir. La connexion Internet est lente, coûteuse et très censurée : de nombreux sites et réseaux sociaux sont bloqués, et l’usage des VPN est restreint.
Se déplacer n’est pas toujours simple : routes en mauvais état, conduite hasardeuse, présence de nombreux contrôles de police sur les routes avec risque d’amendes arbitraires. La nuit, les trajets hors des villes sont déconseillés. Il est courant d’employer un chauffeur local, relativement peu coûteux, plutôt que de conduire soi‑même.
Fêtes, arts, tapis et chevaux : le visage lumineux de la culture
Au‑delà des contraintes, l’expatrié découvre aussi un pays d’une grande richesse culturelle.
Fêtes et jours symboliques
L’année est rythmée par des fêtes à la fois nationales, religieuses et thématiques :
Découvrez les principales célébrations qui rythment la vie culturelle et spirituelle du Turkménistan, un riche mélange d’héritage historique, de traditions nomades et de fierté nationale.
Héritage persan et zoroastrien célébré avec des plats symboliques, des visites familiales et des carnavals de rue.
Aïd al‑Fitr et Aïd al‑Adha, marqués par des prières, la charité et de grands repas communautaires.
Célèbre la race Akhal‑Teke avec des courses, de la voltige et un marathon hippique d’environ 60 kilomètres.
Met à l’honneur un art multimillénaire où chaque motif raconte l’histoire d’un clan ou d’une lignée.
Hommage officiel aux centaines de variétés de melons du pays, avec expositions géantes, concours et prix aux cultivateurs.
Ces célébrations donnent un aperçu de ce qui fait la fierté nationale : les chevaux, les tapis, les fruits, la neutralité proclamée, la continuité historique.
Tapis, poésie, musique
Les tapis turkmènes, parfois appelés à tort « tapis de Boukhara » en Occident, sont partout : au sol, aux murs, dans les yurts comme dans les appartements. Les motifs à huit branches, devenus symbole national, distinguent les tribus et les familles.
La poésie occupe une place singulière : des figures telles que Magtymguly Pyragy ou Mämmetweli Kemine sont célébrées comme des piliers de l’identité. On leur consacre même des journées officielles. La tradition d’oralité, de chants et de récitation, reste très vivante dans les mariages et les fêtes.
La musique turkmène mêle instruments comme le dutar (luth à deux cordes) et le dap (tambourin), avec des danses collectives comme le Kushtdepti. Lors des grands mariages, des bardes (bakhshi) chantent et content des histoires, perpétuant une tradition narrative ancienne.
Pour un expatrié, participer à ces fêtes, écouter la poésie réciter par des locaux, visiter les ateliers de tapis ou les musées dédiés est une manière puissante d’entrer dans le « récit » que le pays produit sur lui‑même.
Photographie, sécurité et lignes rouges pour les étrangers
Une des différences les plus déstabilisantes pour les expatriés est le nombre de zones grises juridiques et de « sujets sensibles » qui ne sont pas forcément annoncés clairement.
Photographie sous surveillance
Il est interdit de photographier un large éventail d’infrastructures : aéroports, sites militaires, bâtiments gouvernementaux, commissariats, palais présidentiel. Sur place, des gardes peuvent vous ordonner de ne pas prendre de photos, voire vous obliger à effacer des clichés.
Même avec les personnes, la prudence est de mise : demander systématiquement la permission avant de photographier, surtout les femmes et les enfants. Dans les zones rurales, où la méfiance est plus forte, le refus est fréquent.
Alcool, drogues et espace public
Boire de l’alcool dans les parcs, sur la plage, dans les gares ou les bâtiments publics est illégal et passible d’amende. Les drogues illicites entraînent de lourdes peines de prison. Fumer en dehors de zones désignées est également sanctionné, même si dans les faits de nombreux hommes fument abondamment.
Les contrôles d’identité par la police étant fréquents, il est recommandé d’avoir en permanence sur soi son passeport (ou au moins une copie) ainsi que son visa.
Sexualité, genre et droit pénal
Outre la criminalisation des relations homosexuelles masculines, la loi encadre sévèrement les relations entre femmes turkmènes et étrangers, considérant ces liens comme potentiellement déshonorants pour la femme et sa famille. Les autorités peuvent infliger amendes, expulsions, voire détentions.
Pour les expatriés, une règle simple s’impose : éviter de s’engager dans des relations sentimentales avec des personnes locales sans mesurer pleinement les risques pour elles comme pour vous. Et, dans tous les cas, ne jamais exhiber de manifestations physiques d’affection en public.
Conclusion : accepter l’opacité, investir la relation humaine
S’expatrier au Turkménistan, c’est accepter une forte dose d’opacité et de contradiction : un pays où l’on vous accueille avec un thé brûlant et un pain sacré, tout en surveillant vos photos et vos prises de parole ; où l’on célèbre la poésie et les tapis, tout en censurant l’Internet et en imposant des codes de couleur aux robes des fonctionnaires ; où l’on prône la neutralité internationale, en verrouillant strictement toute influence étrangère jugée indésirable.
Pour un expatrié, trois attitudes sont décisives :
Trois principes sont essentiels pour naviguer avec succès dans un environnement professionnel étranger. Premièrement, la prudence : il faut éviter de tester les limites politiques, respecter scrupuleusement les restrictions officielles et informelles, et se renseigner systématiquement avant toute initiative inhabituelle. Deuxièmement, l’humilité : il est crucial d’admettre que l’on ne maîtrise pas tous les codes, d’observer attentivement et de demander discrètement aux collègues locaux ce qui est approprié. Troisièmement, l’investissement relationnel : cela implique d’accepter les invitations, d’apprendre à connaître les familles, de montrer du respect pour les aînés, la religion et les symboles nationaux, et de construire patiemment des liens de confiance.
En échange, malgré les pénuries, la censure et les contraintes, le Turkménistan offre à ceux qui prennent le temps de le comprendre un univers culturel dense : hospitalité ritualisée, art du tapis et du cheval, cuisine de plov et de mélons, fêtes du printemps et prières d’aïd, poésie soufie et musiques du désert. Un univers qui ne se laisse pas saisir en surface, mais qui peut rendre l’expérience d’expatriation à la fois exigeante et profondément marquante.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations (Turkménistan, Géorgie, Émirats, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Turkménistan pour sa fiscalité modérée sur les revenus, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie très bas (Achgabat largement inférieur à Paris) et la possibilité de développer des investissements liés au gaz et aux infrastructures. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, reports d’imposition), obtention de la résidence par visa de long séjour, organisation de la couverture santé locale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, interprètes russophone/turkmène) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration). Ce type d’accompagnement permet de viser des économies fiscales >50%, tout en limitant les risques de double imposition et de contrôle.
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