Lancer une activité au Turkménistan n’a rien d’un projet standard d’expatrié. Le pays est riche en gaz naturel, en projets d’infrastructures et en grands plans de développement, mais l’environnement des affaires est parmi les plus fermés et opaques de la planète. Entre économie fortement étatisée, contrôle des changes, corruption endémique, accès à Internet quasi verrouillé et justice dépendante du pouvoir exécutif, chaque étape demande une préparation minutieuse, des appuis locaux solides et… beaucoup de patience.
Ce guide, basé sur les textes de loi et des retours d’expérience, est conçu pour les expatriés souhaitant créer une entreprise ou implanter une structure pour une société étrangère au Turkménistan.
Comprendre le terrain de jeu : portrait économique et politique
Le Turkménistan est une république présidentielle d’Asie centrale, bordant l’Afghanistan, l’Iran, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et la mer Caspienne. La capitale, Achgabat, concentre une grande partie de l’activité économique et politique, avec ses immeubles de marbre blanc, ses larges avenues et son atmosphère très contrôlée.
L’économie du pays repose fortement sur l’exportation de gaz naturel, de pétrole et de coton, avec la Chine comme principal partenaire. Malgré des chiffres de croissance officiels élevés, les institutions internationales alertent sur un manque total de transparence des données, des distorsions de taux de change et une crise économique profonde, aggravée par la chute des prix de l’énergie, de mauvaises récoltes et un contrôle strict des devises.
La quasi-totalité des secteurs stratégiques reste sous contrôle étatique. La banque, l’énergie, une part importante du commerce extérieur et des infrastructures sont dominés par des entreprises publiques ou des acteurs officiellement “privés” mais totalement alignés sur les programmes de l’État.
Plusieurs indicateurs résument la difficulté du contexte :
| Indicateur | Situation au Turkménistan |
|---|---|
| Indice de perception de la corruption (TI) | Classement parmi les pays les plus corrompus du monde |
| Indice de liberté économique (Heritage) | Classé presque en queue de classement (économie quasi fermée) |
| Internet | Censuré, très lent, très cher, nombreux sites étrangers bloqués |
| État de droit | Justice non indépendante, décisions fortement politisées |
Pour un expatrié, cela signifie que tout projet entrepreneurial se heurte à trois réalités incontournables : la centralisation des décisions, la force des réseaux politico‑administratifs et les contrôles économiques omniprésents, notamment sur la devise et le commerce extérieur.
Cadre juridique et lois clés à connaître
Le système juridique est de tradition civiliste. La vie des affaires est encadrée par un ensemble de lois spécifiques, parmi lesquelles :
– le Code civil du Turkménistan
– la Loi « Sur les entreprises »
– la Loi « Sur l’entrepreneuriat »
– la Loi « Sur les investissements étrangers » et la Loi « Sur l’activité d’investissement »
– le Code des impôts et le Code des douanes
– la Loi « Sur la régulation étatique des relations économiques extérieures »
La Loi sur les investissements étrangers et la Loi sur l’activité d’investissement définissent les principes fondamentaux : la définition de l’investissement étranger, les droits des investisseurs, les garanties contre les modifications défavorables de la législation, la possibilité d’ouvrir des comptes en devises étrangères et de rapatrier les profits après impôt.
Dans la pratique, de nombreuses sources convergentes indiquent que ces garanties sont constamment neutralisées par les décrets, les contrôles informels, l’absence de justice indépendante et surtout les contrôles de change extrêmement stricts.
Le pays est signataire de la Convention de New York sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères, ce qui permet théoriquement de prévoir un arbitrage international dans les contrats. Mais le risque d’inexécution ou d’obstruction administrative reste élevé.
Quelles formes juridiques pour un entrepreneur étranger ?
Le Turkménistan offre plusieurs structures possibles, chacune avec son degré d’exposition fiscale, réglementaire et politique. Les expatriés et les sociétés étrangères se tournent principalement vers cinq formes.
Société à responsabilité limitée / Economic Society (ES)
La forme la plus utilisée par les investisseurs étrangers ressemble à une SARL : l’« Economic Society » (société économique), assimilable à une LLC. Elle constitue une personne morale distincte de ses fondateurs.
Le capital minimum légal est relativement modeste (5 000 manat, soit environ 1 430 USD selon la base fiscale), mais en pratique, les autorités exigent souvent un apport de 100 000 à 200 000 USD pour considérer le projet comme “sérieux”. La moitié du capital doit être libérée au départ, le solde dans l’année qui suit l’enregistrement.
C’est le véhicule standard pour :
– des opérations commerciales classiques (production, services B2B, etc.)
– des activités conjointes avec des partenaires locaux non étatiques
– des projets de taille moyenne hors secteurs ultra‑stratégiques.
Société par actions (JSC)
La Joint-Stock Company (société par actions) est principalement utilisée pour de grands projets, surtout lorsqu’il y a de nombreux actionnaires ou une dimension quasi‑publique.
– capital minimum : 10 000 manat
– peut être ouverte (actions diffusées publiquement) ou fermée (cercle limité de détenteurs, jusqu’à 50).
La Société Anonyme (SA) implique une gouvernance plus lourde que d’autres formes sociales. Cependant, ce statut est souvent requis pour certains montages impliquant l’État ou pour des projets de grande ampleur, tels que la construction de grandes usines ou d’infrastructures majeures.
Coentreprise (Joint Enterprise / Joint Venture)
Dans la pratique, « presque toutes » les entreprises étrangères significatives au Turkménistan fonctionnent via une coentreprise, souvent avec une agence publique ou une entreprise d’État comme partenaire.
– capital minimum souvent calqué sur celui des LLC (5 000 manat), mais très supérieur en pratique.
– chaque fondateur doit détenir au moins 10 % du capital.
– les accords de joint‑venture sont négociés au cas par cas, soumis à l’approbation du Cabinet des ministres, puis formalisés par décret présidentiel.
Cette forme est fréquente dans :
– les hydrocarbures (exploration, raffinage, pétrochimie)
– les grands chantiers de construction et d’infrastructure
– certains projets agro‑industriels stratégiques.
Succursale de société étrangère
La succursale permet à une entreprise étrangère de mener directement une activité commerciale sans créer de société locale distincte. Elle n’a pas de personnalité morale propre.
Les conditions sont strictes :
– la maison mère doit exercer depuis au moins cinq ans
– elle doit disposer d’un capital d’au moins 1 million USD
– la succursale est soumise à une accréditation (3 à 6 mois de procédure)
– le directeur de la succursale doit être un citoyen turkmène
– la succursale est taxée au taux plein de 20 % d’impôt sur les bénéfices, plus élevé que le taux standard des sociétés locales.
Cette structure est surtout utilisée par de grands groupes déjà engagés via des contrats publics ou pétroliers, qui souhaitent un pied‑à‑terre administratif et opérationnel pour exécuter un contrat précis.
Bureau de représentation
Le bureau de représentation est une structure sans but commercial direct, sans personnalité morale, utilisée pour :
– prospecter le marché
– entretenir des liens institutionnels
– suivre des projets ou contrats négociés depuis l’étranger.
Il ne peut pas officiellement exercer d’activité lucrative. Il reste toutefois un outil très utilisé pour développer un réseau, comprendre le terrain, dialoguer avec les administrations et se positionner pour des marchés futurs.
Panorama comparatif des structures courantes
| Forme juridique | Personnalité morale | Activité commerciale autorisée | Impôt sur bénéfices | Capital / exigences clés |
|---|---|---|---|---|
| Economic Society (LLC) | Oui | Oui | 8 % (standard) | Min. 5 000 TMT, souvent 100–200 k USD en pratique |
| Joint-Stock Company (JSC) | Oui | Oui | 8 % (standard) | Min. 10 000 TMT |
| Joint Venture (JE/JV) | Oui | Oui | 8 % ou 20 % selon statut | Min. 5 000 TMT, partenaire local fréquent |
| Succursale de société étrangère | Non | Oui | 20 % | Maison mère : 1 M USD, 5 ans d’ancienneté, directeur turkmène |
| Bureau de représentation | Non | Non (pas de revenus) | N/A | Objet non commercial, accréditation |
Processus d’enregistrement : lenteurs, opacité et formalités
L’enregistrement d’une entreprise est géré principalement par le ministère des Finances et de l’Économie (souvent désigné comme « Commission d’État » ou « Comité d’État »), en liaison avec :
– le Service fiscal d’État
– le Comité d’État des statistiques
– la Chambre de commerce et d’industrie
– les autorités municipales (notamment pour le bail et le zonage des locaux).
Le délai observé pour une société standard oscille entre deux mois et demi et six mois. Pour une succursale, la procédure peut prendre trois à six mois. Les décisions sont prises au cas par cas, sans véritable standardisation, ce qui augmente la part de subjectivité et les risques de blocage.
Parmi les étapes incontournables, on retrouve : les recherches préliminaires, l’élaboration d’un plan, la mise en œuvre, et l’évaluation des résultats.
Le processus comprend : le choix d’une adresse juridique localisée et zonée pour l’usage prévu ; la préparation des documents constitutifs (statuts, accord de fondation, business plan) et des pièces d’identité des fondateurs ; le dépôt du capital minimal sur un compte bancaire temporaire ; le dépôt du dossier auprès du ministère compétent et sa circulation dans les différents services ; l’obtention d’un numéro d’identification fiscale (TIN) ; l’enregistrement statistique et l’inscription à la Chambre de commerce ; et enfin, la création du sceau officiel de la société, dont le modèle doit être validé par la police, ce qui prend environ deux semaines.
Les fondateurs n’ont pas nécessairement besoin d’être présents si une procuration est fournie. En revanche, la présence du directeur général est généralement exigée pour l’ouverture des comptes bancaires.
Choisir un nom de société : règles et contraintes
Le Turkménistan encadre de façon stricte la dénomination des entreprises :
Le nom choisi doit être unique et non confondant avec une société existante. L’utilisation des mots « Turkmenistan » et « Achgabat/Ashkhabad » est généralement interdite. Les formes utilisant le préfixe « Turkmen- » peuvent parfois être négociées au cas par cas. Tout nom complexe doit être traduit en turkmène. Une société à capitaux étrangers peut inclure la nationalité de ses fondateurs dans sa dénomination.
La vérification de disponibilité du nom et son approbation font partie intégrante du parcours administratif et peuvent rallonger les délais en cas de refus.
Capital, apports et exigences financières
Le capital social peut être apporté en numéraire (manat ou devise étrangère), mais aussi en nature (machines, équipements, biens immobiliers, droits et autres actifs évaluables en argent). Pour les LLC, la règle est claire : 50 % du capital doit être libéré au démarrage, le reste dans l’année.
Le nombre ‘Quelques’ indique une quantité indéterminée mais limitée, servant de repère chiffré pour introduire des données spécifiques.
| Forme / activité | Capital minimal légal | Particularités pratiques |
|---|---|---|
| Economic Society (LLC) | 5 000 TMT | Autorités exigent souvent 100–200 k USD |
| Joint Venture | 5 000 TMT | Chaque partenaire ≥ 10 % |
| JSC | 10 000 TMT | Capital plus élevé souvent imposé en pratique |
| Entreprise individuelle | 1 250 TMT | Responsabilité illimitée |
| Succursale | 0 pour la succursale, mais 1 M USD pour la maison mère | 5 ans d’historique requis |
La législation sur les investissements étrangers prévoit des avantages douaniers : les biens apportés au capital ou destinés aux immobilisations d’une succursale peuvent être exempts de droits de douane, sous certaines conditions. Si ces biens sont vendus dans les trois ans suivant l’importation, les droits deviennent dus.
Fiscalité : taux attractifs sur le papier, contraintes très lourdes sur le terrain
Sur le papier, la fiscalité des sociétés paraît plutôt modérée, surtout comparée à d’autres juridictions. Dans la pratique, elle s’additionne à une multiplicité de taxes annexes, de contrôles formels et informels, et surtout à la question centrale de la convertibilité du manat.
Impôt sur les sociétés et TVA
Les principaux taux sont les suivants :
| Impôt / contribution | Taux standard / remarques |
|---|---|
| Impôt sur les bénéfices (sociétés locales) | 8 % pour la plupart des LLC/JSC non étatiques |
| Impôt sur les bénéfices (succursales) | 20 % |
| Impôt sur les bénéfices (entreprises étatiques, secteur hydrocarbures) | 20 % |
| Impôt sur les bénéfices PME privées | 2 % dans certains régimes préférentiels |
| TVA | 15 % (taux normal) |
| Impôt sur les dividendes | 15 % pour les sociétés (JSC, ES, JV) |
| Impôt sur le revenu des personnes physiques | 10 % (retenu à la source sur les salaires) |
| Cotisation retraite employeur | 20 % du salaire brut, +3,5 % pour professions à risque |
Certaines activités (exploitation d’hydrocarbures, sous‑sol) bénéficient de régimes spécifiques, avec des exonérations douanières sur les équipements et des aménagements fiscaux négociés dans les contrats.
Les entreprises doivent déclarer et payer l’impôt sur les bénéfices sur une base trimestrielle (avec régularisation annuelle), et la TVA est déclarée et réglée chaque mois.
Retenues à la source et conventions fiscales
Les non‑résidents sans établissement stable subissent, en règle générale, une retenue à la source de 15 % sur de nombreux revenus (dividendes, intérêts, redevances, prestations techniques). Des conventions de non‑double imposition signées avec 39 pays (dont la France n’est pas explicitement citée, mais l’Allemagne, la Suisse, le Royaume‑Uni, la Turquie, etc. le sont) peuvent réduire ces taux.
Pour un expatrié investisseur ou dirigeant, il est crucial de structurer l’actionnariat et les flux financiers (dividendes, honoraires de gestion, contrats de service) en conformité avec les réglementations locales. Cette structuration doit également anticiper le risque majeur de l’impossibilité pratique de convertir les profits en devise étrangère et de les rapatrier hors du pays.
Contrôles des changes : le verrou central
Sur le plan macroéconomique, la contrainte la plus lourde pour un entrepreneur étranger reste le contrôle extrêmement strict des devises :
Le manat est la seule monnaie légale pour les transactions intérieures. La conversion en devises étrangères (dollar, euro) est rationnée et soumise à autorisation de l’État, qui privilégie les secteurs stratégiques comme l’alimentation et l’agriculture. Un marché noir du change, au taux bien supérieur au cours officiel, est omniprésent mais sévèrement réprimé. Les transferts de dividendes et de profits à l’étranger rencontrent fréquemment des refus ou des délais indéfinis.
Des cas documentés montrent que certaines entreprises étrangères n’ont pas pu rapatrier leurs bénéfices pendant cinq ans ou plus, malgré les garanties formelles de la loi sur les investissements étrangers.
Main‑d’œuvre, direction et quotas de personnel étranger
La législation turkmène accorde la priorité absolue à l’emploi local. Pour les sociétés à capitaux étrangers, la règle générale est la suivante :
– au moins 90 % des effectifs doivent être des citoyens turkmènes (hors secteur hydrocarbures)
– dans le pétrole et le gaz, le quota maximum d’étrangers est d’environ 30 %
– tout recrutement d’un étranger (y compris un directeur général) nécessite une licence spécifique du comité chargé de contrôler l’invitation de travailleurs étrangers.
Pour une succursale au Turkménistan, la loi impose que le directeur soit de nationalité turkmène. Ce directeur est le représentant légal de la structure auprès des autorités, est habilité à ouvrir les comptes bancaires et à signer tous les documents officiels et contractuels importants.
Pour un expatrié, cela implique : l’adaptation à une nouvelle culture, la gestion de la distance avec la famille et les amis, la recherche d’emploi sur le nouveau marché, la compréhension des lois et régulations locales, et l’apprentissage d’une nouvelle langue.
– d’anticiper le manque de profils locaux maîtrisant l’anglais, le management ou les standards internationaux de compliance
– de prévoir un plan de formation soutenu pour constituer une équipe locale solide
– d’accepter que la présence de cadres étrangers soit limitée, coûteuse en formalités et soumise à l’arbitraire administratif.
Visa, permis de travail et résidence : parcours très encadré
Travailler légalement au Turkménistan suppose une double autorisation :
– un visa approprié (business, travail, investissement, etc.)
– un permis de travail, demandé par l’employeur et accordé de manière restrictive.
La réservation d’un visa pour la Biélorussie nécessite une lettre d’invitation validée par le Service d’État des migrations. Pour tout séjour dépassant trois jours ouvrables, une inscription locale auprès de ce service est obligatoire, suivie d’une désinscription avant le départ. Le non-respect de ces formalités peut entraîner des amendes, une expulsion et une interdiction de retour pouvant aller jusqu’à cinq ans.
Les visas de travail sont en principe délivrés pour un an, renouvelables, mais tout dépend du projet, du sponsor local et du climat politique. Les conjoints et enfants mineurs peuvent bénéficier de visas de famille, sans droit de travailler.
Pour les investisseurs qui créent et détiennent à 100 % une entreprise enregistrée localement, la loi sur les investissements étrangers prévoit la possibilité d’obtenir un droit de résidence permanente, soumis là encore à une appréciation administrative.
Télécoms, Internet et communication avec l’étranger
La téléphonie fixe et mobile, ainsi que l’accès Internet, sont assurés quasi exclusivement par des opérateurs publics (Turkmentelecom et sa filiale mobile Altyn Asyr, y compris la marque TMCell).
Les principaux points à intégrer dans une stratégie d’implantation :
L’internet en Corée du Nord est l’un des plus lents et chers au monde, surtout pour les entreprises étrangères. Il est soumis à une forte censure : de nombreux sites professionnels, médias, réseaux sociaux et messageries sont bloqués. L’usage d’un VPN, bien que massif chez les expatriés, est officiellement interdit et régulièrement ciblé. La plupart des services en ligne nécessitent un enregistrement avec passeport et visa.
Pour une société étrangère, cela se traduit par des coûts opérationnels élevés pour maintenir une liaison numérique fiable avec le siège, la nécessité de redonder les moyens de communication (lignes fixes, connexions satellites, procédures offline), et une vigilance accrue sur la confidentialité des échanges, les communications pouvant être surveillées.
Banque et finance : ouvrir un compte, mais à quel prix ?
Le système bancaire est dominé par des banques d’État, avec quelques banques commerciales par actions et une seule banque à participation étrangère notable (Turkmen Turkish Commercial Bank).
Les sociétés peuvent ouvrir des comptes en manat, en dollar ou en euro, mais :
– toute opération en devise est strictement encadrée
– les transferts internationaux demandent des autorisations et une justification détaillée
– les cartes bancaires sont peu acceptées dans le pays, en dehors de quelques hôtels d’Achgabat
– les distributeurs automatiques sont rares et souvent à court de liquidités.
Pour un investisseur expatrié, le compte bancaire local n’est pas un problème en soi ; ce sont les limitations sur la conversion et la sortie des fonds qui constituent le véritable nœud.
Investisseur expatrié
Les banques exigent généralement :
– les documents constitutifs de la société (statuts, certificat d’enregistrement), légalisés et traduits en turkmène
– la décision de nomination du directeur, dont la signature doit être notarialisée
– la preuve de l’adresse locale et du sceau officiel
– des formulaires internes, souvent en turkmène ou en russe.
Il est courant de recourir à des cabinets spécialisés (locaux ou internationaux) pour optimiser le choix de la banque, préparer le dossier et accompagner les rendez‑vous.
Corruption, opacité et sécurité juridique : comment gérer le risque ?
Les rapports internationaux sont unanimes : la corruption est systémique et diffuse à tous les niveaux, depuis les “petits” paiements de facilitation jusqu’aux commissions liées à des marchés publics.
Plusieurs éléments structurants caractérisent le paysage :
– la loi contre la corruption existe mais son application est entravée par la faiblesse des institutions
– l’État ne publie ni budget détaillé, ni chiffres fiables, ce qui masque la mauvaise gouvernance des revenus du gaz
– les marchés publics (y compris privatisations partielles, grands chantiers, concessions) se déroulent généralement à huis clos, sur base de critères politiques plus qu’économiques
– il n’existe pas d’autorité anticorruption véritablement indépendante.
Les expatriés soumis à des législations extraterritoriales (FCPA américain, UK Bribery Act) doivent concilier leurs obligations de conformité strictes avec des pratiques commerciales locales où les comportements de rente sont parfois la norme.
La seule attitude réaliste consiste à : accepter la réalité telle qu’elle est et à agir en conséquence.
– refuser clairement les pots‑de‑vin et “commissions” tout en acceptant un rythme administratif plus lent
– documenter minutieusement chaque interaction et paiement
– s’appuyer sur des cabinets juridiques locaux reconnus (par exemple, Nexia TurkmenExpert, Altyn Kanun, ou d’autres listes fournies par les ambassades)
– intégrer le risque d’arbitraire réglementaire dans la stratégie d’investissement (durée d’amortissement, scénarios de sortie, limitation des immobilisations non récupérables).
Opportunités sectorielles : où le Turkménistan cherche des partenaires ?
Malgré les obstacles, le pays a besoin de capital, de technologie et de savoir‑faire étrangers dans plusieurs domaines. Les priorités affichées sont relativement claires.
Énergie, hydrocarbures et pétrochimie
Le Turkménistan dispose des quatrièmes réserves mondiales de gaz naturel. L’essentiel des investissements étrangers directs actuels se concentre dans ce secteur, via des accords spécifiques encadrés par la Loi sur les ressources d’hydrocarbures.
Les axes d’intérêt incluent :
– développement et modernisation des champs gaziers et pétroliers
– construction de pipelines (projets comme TAPI vers l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, prolongement des liaisons vers la Chine ou l’Azerbaïdjan)
– pétrochimie et chimie (usines d’urée, d’ammoniac, de polymères)
– réduction des émissions de méthane et efficacité énergétique.
Les conditions d’entrée sont très politiques et nécessitent des discussions au plus haut niveau de l’État, souvent avec validation présidentielle.
Agriculture et agro‑industrie
L’agriculture représente encore une part importante de l’emploi. Le coton (largement exporté) et le blé (consommé localement) dominent, mais la faible productivité, la salinisation des sols et la dépendance à l’irrigation ouvrent la porte à :
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Mise en œuvre de technologies d’irrigation innovantes pour une utilisation raisonnée et efficace de la ressource en eau.
Déploiement de solutions intégrées : capteurs, systèmes de drainage et outils de pilotage pour une gestion optimale de l’eau.
Accompagnement de projets de valorisation des productions : farines, huiles, produits laitiers, jus, confiseries et autres produits transformés.
L’État conserve un contrôle très serré sur les filières cotonnière et céréalière, ce qui réduit la marge de manœuvre pour des initiatives privées indépendantes, mais offre des possibilités de partenariats ciblés.
Construction, matériaux et infrastructures
Les plans de développement à long terme (jusqu’en 2052 pour certains programmes) misent sur la transformation du pays en hub énergétique et logistique régional. Cela passe par :
– la construction d’autoroutes, de ponts, de lignes ferroviaires
– le développement de la zone touristique nationale d’Avaza sur la Caspienne
– la construction de centrales électriques, d’usines et d’entrepôts.
Pourcentage d’inflation artificielle des coûts dans le secteur de la construction, servant à financer les circuits informels.
Transport, logistique et TIC
Le pays investit dans : l’éducation, la santé, les infrastructures et l’environnement.
– des corridors de transport multimodaux (accords avec l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Roumanie pour relier la Caspienne à la mer Noire)
– le port de Turkmenbachi et l’aéroport international d’Achgabat
– un renforcement progressif du réseau électrique et des interconnexions régionales.
Les technologies de gestion logistique, de suivi de fret, d’optimisation d’itinéraires ont un potentiel, même si l’accès à Internet et la centralisation des données restent des freins majeurs.
Quant aux TIC au sens large, l’accès à Internet est aujourd’hui trop restreint pour envisager une vraie économie numérique tournée vers le grand public. En revanche, des solutions sur mesure pour des clients institutionnels (sécurité des réseaux internes, systèmes de contrôle industriel, logiciels métiers localisés en russe/turkmène) peuvent trouver une demande.
Immobilier, terrain et locaux : la question de la propriété
Toute la terre appartient à l’État. Les étrangers ne peuvent pas en devenir propriétaires, mais ils peuvent :
– louer des terrains à long terme pour un usage non agricole (bureaux, usines, commerces)
– acquérir des bâtiments résidentiels ou commerciaux (sans le foncier)
– exploiter des terrains dans des zones économiques spéciales ou de tourisme (comme Avaza), via des contrats et autorisations spécifiques.
La loi sur les investissements étrangers permet, dans certaines zones franches, de louer un terrain pour la durée d’amortissement du projet. Ce bail bénéficie d’exemptions de loyer, de droits d’enregistrement et de certaines taxes locales.
Pour un entrepreneur expatrié, il est stratégique de :
– bien vérifier le zonage du local (bureau, commerce, stockage, etc.) auprès des autorités municipales
– verrouiller contractuellement la durée de la location et les conditions de résiliation
– s’assurer de la traçabilité juridique du propriétaire ou du bailleur public.
Vie quotidienne d’expatrié entrepreneur : coût, sécurité, qualité de vie
Achgabat est souvent décrite comme très sûre, propre et étonnamment chère. Le coût de la vie pour un étranger, incluant logement, déplacements, repas et services privés, se situe dans le haut de la fourchette régionale.
Quelques ordres de grandeur transposables pour un dirigeant d’entreprise :
| Poste de dépense | Niveau indicatif pour un expatrié à Achgabat |
|---|---|
| Loyer appart. 1 chambre centre-ville | 700 à 1 000 USD / mois |
| Loyer appart. 3 chambres centre | 1 500 à 1 800 USD / mois ou plus |
| Budget mensuel expatrié (avec loyer) | 1 800 à 2 000 USD (hors scolarité internationale) |
| Internet fixe | 70 à 100 USD / mois pour un débit modeste |
| École internationale | Plusieurs dizaines de milliers de USD par an |
La sécurité physique est jugée bonne, avec une criminalité de rue faible, mais la liberté d’expression, de circulation de l’information et d’organisation est très limitée. Les expatriés évoluent principalement dans un cercle fermé (communauté d’affaires, diplomates, ONG) et doivent s’habituer à un environnement où tout est fortement politisé.
Gérer un projet d’implantation : approche pragmatique
Pour un expatrié qui envisage sérieusement de créer une entreprise au Turkménistan, la démarche doit être radicalement différente de celle adoptée dans des économies de marché ouvertes.
Quelques réflexes structurants s’imposent :
Pour réussir sur le marché turkmène, il est essentiel de ne s’y engager qu’avec un projet clairement lié à un besoin de l’État ou d’un grand donneur d’ordre local, notamment dans les secteurs de l’énergie, de la construction, de l’agro-industrie ou de certains services techniques. Évitez de fonder votre stratégie sur la demande intérieure de consommation, très limitée, sauf si vous ciblez une niche locale bien identifiée ou le public expatrié. Intégrez dès le départ l’hypothèse que les profits devront être largement réinvestis sur place, en raison de la difficulté à les convertir. Négociez, lorsque cela est possible, des garanties contractuelles solides : arbitrage international, clauses de stabilité fiscale, mécanismes de règlement des différends et modalités d’indemnisation en cas de résiliation unilatérale par l’État. Enfin, multipliez les soutiens en faisant appel à un cabinet juridique turkmène expérimenté, à des conseils fiscaux, à une chambre de commerce étrangère présente dans la région et à vos réseaux diplomatiques.
Enfin, pour un entrepreneur individuel ou un petit groupe, il est réaliste de considérer que ce marché n’est pas une destination « standard » de développement international, mais plutôt un cas particulier réservé à des projets très ciblés, intensifs en capital, gigantesques en taille ou stratégiques sur le plan géopolitique.
En conclusion : une destination d’extrême niche pour expatriés avertis
Créer son entreprise au Turkménistan quand on est expatrié, ce n’est pas simplement changer de continent, c’est entrer dans un écosystème économique piloté par l’État, où chaque licence, chaque transfert bancaire, chaque contrat important passe — directement ou indirectement — par le sommet de la pyramide politique.
Les lois sur les investissements étrangers, les taux d’imposition relativement bas et les discours officiels d’ouverture peuvent donner l’illusion d’un environnement favorable. La réalité, documentée par les institutions internationales et les entreprises déjà présentes, est tout autre : contrôles de change paralysants, corruption endémique, insécurité juridique, bureaucratie imprévisible et accès à l’information extrêmement limité.
Pour l’expatrié entrepreneur, le Turkménistan ne doit pas être considéré comme une nouvelle frontière prometteuse à conquérir, mais comme un marché d’hyper-niche, réservé à des acteurs capables de s’adapter à ses spécificités.
– supporter un niveau de risque politique et financier très élevé
– investir du temps et des ressources pour construire une relation de confiance avec les autorités
– apporter une technologie, un savoir‑faire ou un financement que le pays ne peut pas obtenir ailleurs.
À ces conditions seulement, et en s’entourant d’experts juridiques et fiscaux locaux aguerris, lancer une activité au Turkménistan peut trouver un sens stratégique dans une trajectoire d’expatrié ou de groupe international. Sinon, mieux vaut considérer ce pays comme un partenaire à distance — via des contrats spécifiques ou des projets ponctuels — plutôt que comme un lieu d’implantation permanente de son entreprise.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Turkménistan, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Turkménistan pour sa fiscalité modérée sur les revenus, l’absence d’impôt sur la fortune, un coût de vie nettement inférieur à celui de la France et des opportunités d’investissement local (immobilier, services, énergie). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du titre de séjour via achat de résidence principale ou investissement, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, business) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire), en gérant les risques de double imposition via la convention FR‑TM et d’adaptation culturelle.
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