Saint-Barthélemy concentre sur 21 à 25 km² à peine presque tous les ingrédients d’un cas d’école économique : une île minuscule, un tourisme ultra-luxueux, une offre immobilière rarissime et des prix qui s’envolent depuis plus de dix ans. Sur ce territoire de quelque 12 000 habitants, le tourisme n’est pas seulement un moteur économique parmi d’autres ; il façonne en profondeur le marché immobilier, la structure sociale et même les choix politiques de la collectivité.
Le tourisme de luxe est un moteur clé du marché immobilier de Saint-Barthélemy. L’afflux de vacanciers fortunés entraîne une hausse constante des prix au mètre carré, une conversion croissante des villas en résidences de vacances et une pression accrue sur le logement des résidents permanents. Ces deux marchés sont étroitement liés.
Une île microcosme façonnée par le tourisme de luxe
Saint-Barthélemy, collectivité d’outre-mer française des Antilles, aligne à peine 24 km² de reliefs escarpés, des plages devenues mythiques – Saint-Jean, Saline, Flamands, Gouverneur, Colombier, Shell Beach – et un port, Gustavia, où se côtoient boutiques de luxe et méga-yachts. La population permanente dépasse légèrement les 10 000 à 12 000 habitants, mais l’île accueille, certaines années, près de 300 000 visiteurs.
En 2022, environ 300 000 touristes ont visité Saint-Barthélemy, une destination ultra-premium fréquentée majoritairement par une clientèle américaine.
Ce tourisme très haut de gamme irrigue directement l’économie locale. Sur une base de PIB estimé autour d’un milliard d’euros en 2024, la contribution du tourisme atteint environ 68 % du PIB, tandis que la construction pèse autour de 24 %. Le reste se partage entre immobilier, services financiers et commerce duty free. Autrement dit, hôtels, villas, locations saisonnières, chantiers de rénovation et transactions immobilières constituent le cœur battant de l’économie.
Cette dépendance massive au tourisme crée un cercle puissant : plus l’île attire de visiteurs fortunés, plus la demande de biens immobiliers haut de gamme progresse ; plus les prix montent, plus Saint-Barthélemy renforce son image de bastion exclusif pour ultra-riches, alimentant à nouveau le flux touristique haut de gamme.
Quand le tourisme tire les prix vers les sommets
L’un des effets les plus visibles du tourisme sur l’immobilier tient à l’explosion des valeurs foncières et des prix de vente des villas et appartements. La dynamique est impressionnante.
Une décennie de hausse ininterrompue
Sur les dix dernières années, le prix au mètre carré à Saint-Barthélemy aurait progressé d’environ 70 %. L’augmentation ne s’explique pas seulement par l’inflation mais par une demande internationale croissante pour des résidences secondaires ou d’investissement dans un cadre sécurisé, rare et ultra-médiatisé.
Pourcentage d’augmentation moyenne des valeurs immobilières suite aux reconstructions post-ouragan Irma et à la crise du Covid-19.
Résultat : l’augmentation cumulée depuis 2017 est spectaculaire. L’exemple le plus parlant est l’évolution du prix moyen des villas.
| Indicateur clé | 2017 | Dernières années |
|---|---|---|
| Prix moyen de vente d’une villa | ~3 M€ | ~6 M€ |
| Évolution sur la période | – | x2 |
| Hausse du prix au m² sur 10 ans | – | ≈ +70 % |
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus longue : le marché de Saint-Barthélemy n’a pas connu de véritable correction, ni lors de la crise financière de 2008, ni pendant la pandémie. On parle volontiers d’un « micro-climat » immobilier, largement déconnecté des turbulences globales grâce à une clientèle solvable, un foncier limité, et un produit touristique extrêmement différencié.
Une échelle de prix hors normes
Le tourisme de luxe a créé une demande pour des biens immobiliers qui se situent clairement dans l’ultra-prime. Quelques ordres de grandeur illustrent le niveau atteint :
| Type de bien / segment | Ordre de prix indiqué |
|---|---|
| Studio ou petit appartement | à partir de ~1 M€ |
| Appartement 2 pièces, 56 m² (Gustavia, sur plan) | 3,15 M€ |
| Villa « d’entrée de gamme » | 2,8 à 5 M€ environ |
| Villa familiale 3–4 chambres | millions d’euros « à un chiffre élevé » |
| Villas de luxe en zones prime (St-Jean, Flamands, Pointe Milou, etc.) | > 7 M€ très fréquemment |
| Grandes villas ultra-contemporaines (6 chambres) | jusqu’à 60 M€ |
| Domaine ultra-prime (ex. domaine Rockefeller à Colombier) | 120 à 135 M€ selon les sources |
Dans certains quartiers emblématiques, les niveaux atteints rappellent les destinations les plus chères du monde. Rue de la République, au cœur de Gustavia, les prix moyens flirtent avec 42 300 €/m², avec des pointes autour de 58 700 €/m² pour des villas historiques. Des comparaisons sont faites avec Monaco, mais en soulignant que Saint-Barthélemy atteint aujourd’hui des niveaux observés sur le Rocher il y a déjà plusieurs années.
La flambée des prix de l’immobilier à Saint-Barthélemy est directement liée au profil de ses visiteurs. Les touristes aisés, arrivant par bateau ou via l’aéroport Gustaf III (souvent après une escale à Saint-Martin), découvrent l’île comme destination vacances. Séduits par la rareté foncière, la sécurité, l’environnement préservé et maîtrisé, ainsi que les perspectives de revenus locatifs saisonniers, certains reviennent ensuite en tant qu’acheteurs potentiels, alimentant ainsi la demande et la hausse des prix.
Locations saisonnières : le moteur silencieux de la valorisation
À Saint-Barthélemy, l’influence du tourisme sur l’immobilier passe autant par le marché de la vente que par celui de la location saisonnière. Sur ce point, l’île a basculé dans une économie quasi intégralement tournée vers le court séjour haut de gamme.
Une île de villas plutôt que d’hôtels
Contrairement à d’autres destinations caribéennes où de grands resorts concentrent les lits touristiques, Saint-Barthélemy a misé sur un modèle de villas et de petits hôtels de charme. On compte à peine une vingtaine à une trentaine d’hôtels pour environ 500 chambres, dont plus de la moitié en catégorie cinq étoiles. À côté, l’offre de villas explose.
Les chiffres les plus récurrents évoquent environ 800 à 1 000 villas disponibles à la location, avec un segment clairement identifié de 650 villas de luxe gérées par quelque 70 agences spécialisées, et environ 300 villas plus modestes gérées en direct ou via des plateformes comme Airbnb. D’autres sources plus récentes, centrées sur les seuls meublés touristiques de type Airbnb, dénombrent 562 annonces actives, dont 94,5 % concernent des logements entiers.
Le profil de ce parc de locations est typiquement d’un marché tiré par un tourisme exigeant :
| Caractéristiques des meublés touristiques (Airbnb & assimilés) | Données clés |
|---|---|
| Annonces actives (2025) | 562 |
| Part de logements entiers | 94,5 % |
| Part de maisons dans l’offre | 75,1 % |
| Part des 1 chambre | 32 % des annonces |
| 1–2 chambres au total | 60,5 % |
| Capacité moyenne d’accueil | 4,3 personnes |
| Capacité la plus fréquente | 2 personnes (29,7 % des annonces) |
Là encore, l’ADN touristique – couples aisés, familles ou petits groupes à fort pouvoir d’achat – se reflète dans la taille des biens et leur positionnement. La villa avec piscine, vue mer, service de ménage et conciergerie devient le standard.
Des loyers hebdomadaires stratosphériques
Ce modèle de tourisme-villas a un impact direct sur la valorisation immobilière, car les revenus locatifs potentiels servent de référence aux vendeurs, aux agents et aux investisseurs. À Saint-Barthélemy, la location saisonnière se pratique presque exclusivement à la semaine, à des tarifs qui figurent parmi les plus élevés de la Caraïbe.
Pour les villas de luxe, les barèmes usuels sont les suivants :
| Segment de villa | Loyer hebdomadaire en haute saison |
|---|---|
| Villas de luxe « classiques » | 10 000 à 50 000 US$ / semaine |
| Villas très exclusives | Jusqu’à 350 000 US$ / semaine |
| Semaine de la Saint-Sylvestre, villas ultra-prime | 100 000 US$ / semaine et plus |
Ces niveaux permettent à un propriétaire de couvrir une très large part des coûts annuels (entretien, salaires du personnel, assurances, taxes indirectes) avec une vingtaine de semaines louées dans l’année. Les études locales évoquent une moyenne d’environ 20 semaines de location par an pour une villa, avec des rendements bruts souvent estimés entre 2 % et 4 %, ce qui est élevé pour un marché aussi cher.
Les données agrégées du marché des meublés de tourisme confirment la rentabilité de la haute saison :
| Période | Revenu mensuel moyen | Taux d’occupation moyen | Tarif journalier moyen (ADR) |
|---|---|---|---|
| Haute saison (janvier–mars) | ≈ 15 573 US$ | 56,2 % | 1 129 US$ |
| Basse saison (juin, septembre, octobre) | ≈ 6 246 US$ | 31,1 % | 978 US$ |
| Mois le plus fort (pic) | 16 215 US$ | 59,9 % | 1 344 US$ |
| Mois le plus faible | 5 727 US$ | 27,1 % | 964 US$ |
Pour les « meilleurs de la classe » – le top 10 % des annonces – les chiffres grimpent bien plus haut : plus de 23 000 US$ de revenu mensuel, 80 % d’occupation et un tarif journalier supérieur à 2 250 US$. À ce niveau, la logique d’investissement s’impose d’elle-même : acheter un bien cher, mais darwinien sur le plan locatif, dans une destination où la demande haut de gamme ne faiblit pas.
Une réglementation pro-location saisonnière
Autre différence majeure avec certaines grandes villes européennes : la réglementation locale n’entrave pas la location saisonnière, au contraire, elle l’encadre sans la brider. Il n’existe pas de plafond de type « 120 jours par an » comme à Paris. L’obligation principale repose sur la déclaration en ligne de meublé de tourisme via la plateforme « Déclaloc » et l’obtention d’un numéro d’enregistrement.
Environ 91 % des annonces de meublés seraient licenciées dans un environnement très régulé, sécurisant les revenus locatifs.
Les agences prennent généralement en charge la collecte de la taxe de séjour – en l’occurrence 5 % sur les nuitées d’hôtels et de villas – ainsi que les services annexes (ménage quotidien, maintenance, conciergerie 24/7). En échange, elles perçoivent entre 20 % et 25 % du prix de location, ce qui est élevé mais cohérent avec le positionnement du marché.
Pour un investisseur, cet environnement constitue un puissant incitatif : non seulement la revente est potentiellement très lucrative, mais la détention du bien est soutenue par un flux de revenus locatifs relativement prévisible, soutenu directement par la vigueur touristique.
De la plage à la parcelle : comment le tourisme raréfie le foncier
Si le tourisme de luxe soutient les prix par la demande, la géographie de l’île et les choix d’urbanisme renforcent encore cet effet par une offre structurellement limitée.
Un territoire minuscule et strictement encadré
Avec une superficie comprise entre 21 et 25 km² selon les sources et un relief très vallonné, Saint-Barthélemy ne dispose tout simplement pas de beaucoup de foncier aménageable. Une large partie de l’île – environ 66 % selon certains documents – est frappée d’inconstructibilité, notamment les zones naturelles et les pentes les plus fortes. Sur les parcelles restantes, les coefficients d’occupation sont faibles : dans certaines zones, la surface construite ne peut excéder 15 % du terrain.
Les autorités locales appliquent une politique d’urbanisme très protectrice, rendant les permis de construire difficiles à obtenir, surtout pour les grands projets. Un projet hôtelier de 170 M$ a été suspendu pour raisons environnementales. De plus, un gel temporaire des permis pour les villas de luxe est en place pour préserver le cadre de vie et prioriser le logement des résidents.
Il en résulte un marché où les transactions portent majoritairement sur des villas existantes plutôt que sur des terrains nus. La valeur du foncier brut a, elle aussi, flambé : on estime qu’un acre (un peu plus de 4 000 m²) se négociait environ 125 000 US$ au début des années 1980, contre 1,3 million aujourd’hui, soit plus de dix fois plus.
Concentration de la demande sur quelques zones phares
Cette rareté foncière est accentuée par le fait que la demande touristique – et donc immobilière – se concentre sur quelques secteurs très précis, identifiés comme les « prime locations » de l’île : Gustavia, Saint-Jean, Flamands, Colombier, Pointe Milou, Grand Cul-de-Sac, Lorient, Gouverneur, Marigot, Toiny ou encore Lurin.
Dans les quartiers côtiers, la valeur immobilière est fortement influencée par des facteurs touristiques précis : la proximité immédiate de la plage ou d’un spot emblématique, une vue panoramique, un accès rapide aux restaurants ou beach clubs, et une tranquillité relative. Cette combinaison attire une clientèle aisée, qui constitue également la cible principale pour l’achat de villas.
Quelques fourchettes indicatives donnent la mesure du phénomène :
| Zone clé | Profil | Fourchette indicative évoquée |
|---|---|---|
| Gustavia | Centre névralgique, port, commerces | ~5 M€ à 15 M€+ pour villas/appartements de luxe |
| Saint-Jean | Plage iconique, Eden Rock, animation | 10 M€ à 40 M€+ pour certaines villas |
| Flamands | Plage majestueuse, ambiance plus calme | 12 M€ à 50 M€+ |
| Colombier | Secteur isolé, accès par sentier/bateau | 15 M€ à 60 M€+ pour des domaines |
| Lorient | Vibe village, surf, plus résidentiel | 8 M€ à 25 M€ |
| Pointe Milou | Falaises, sunset, villas spectaculaires | 10 M€ à 35 M€ |
En attirant chaque année une clientèle mondiale vers ces quelques criques, le tourisme concentre l’attention et le capital sur un nombre très réduit de parcelles, ce qui pousse mécaniquement les valeurs à la hausse. Le moindre terrain avec vue dégagée sur la mer Caraïbe ou l’Atlantique devient un actif stratégique, convoité aussi bien pour une résidence personnelle que pour un produit locatif de prestige.
Un marché de plus en plus réservé aux ultra-riches
L’addition de ces facteurs – flux touristiques haut de gamme, foncier rarissime, politique d’urbanisme restrictive, quasi-absence de fiscalité locale récurrente – a produit un marché immobilier où le ticket d’entrée dépasse de loin les capacités de la plupart des ménages, y compris aisés.
Une clientèle internationale dominée par Europe et États-Unis
La structure de la demande reflète cette internationalisation. Les données recensées indiquent que :
– Environ 55 % des acheteurs proviennent de l’Union européenne et du Royaume-Uni,
– 35 % viennent des États-Unis,
– 10 % relèvent d’un « reste du monde » très diversifié.
Côté propriétaires, la répartition est légèrement différente mais reste dominée par des non-résidents :
| Origine des propriétaires de villas | Part estimée |
|---|---|
| Résidents locaux | ~30 % |
| Français hexagonaux | ~40 % |
| Américains | ~25 % |
| Autres Européens / divers | ~5 % |
Autrement dit, une majorité des villas appartiennent à des propriétaires extérieurs à l’île, qui les utilisent comme résidences secondaires ou comme produits locatifs saisonniers. Le lien entre tourisme et propriété est direct : on achète d’abord un style de vie, puis un flux de revenus locatifs alimenté par cette même clientèle internationale.
Un marché ultra-prime dominé par des transactions hors normes
Les grandes transactions emblématiques ont fini de propulser Saint-Barthélemy dans la catégorie des « trophies markets » mondiaux. Quelques exemples récents illustrent cette montée en gamme :
Plusieurs ventes de propriétés d’exception illustrent la valeur des terrains et emplacements sur l’île. Le domaine Rockefeller à Colombier (52 ha), construit par David Rockefeller puis revendu, s’est échangé autour de 120 à 135 M€ en 2023. La propriété Girasol à Marigot a été vendue environ 65 M$ (plus de 60 M€) après l’ouragan Irma, malgré la destruction de la villa, confirmant que la valeur réside dans le terrain. La villa « Camp David » sur la plage de Saint-Jean a été acquise pour environ 70 M€ en 2020. D’autres transactions discrètes concernent des domaines à Gouverneur et le rachat d’hôtels prestigieux par des marques comme Cheval Blanc.
Sur le segment au-dessus de 10 M€, le marché conserve une profondeur étonnante compte tenu de la taille de l’île. Des études mentionnent qu’en 2021, on a recensé 113 transactions pour plus de 500 M€ de volume total, puis 95 en 2022, 70 en 2023, avant un rebond à 94 début 2024. La baisse du nombre de ventes en 2023 tient davantage à la rareté de l’offre qu’à un manque de demande, les gros deals compensaient numériquement la diminution des transactions.
Le marché des villas de luxe au-delà de 10 M€ est peu liquide : une vente peut prendre 12 à 24 mois, avec des réductions de 12 à 20 % sur le prix initial. Malgré cela, la valeur absolue reste très élevée, soutenue par les perspectives de rendement locatif en haute saison.
Fiscalité, droit et finance : un cadre qui renforce l’attractivité
L’environnement juridique et fiscal de Saint-Barthélemy joue un rôle déterminant dans le lien entre tourisme et immobilier. Là encore, le tourisme bénéficie d’un cadre qui, tout en restant aligné sur le droit français, est perçu comme particulièrement favorable pour les détenteurs de biens.
Un système protecteur, peu imposé et transparent
Saint-Barthélemy est une collectivité d’outre-mer, régie par le droit français. Il en résulte un haut niveau de sécurité juridique : transactions encadrées par des notaires, cadastre fiable, contrôle anti-blanchiment strict. Les étrangers peuvent acheter sans restriction, ce qui alimente l’afflux de capitaux internationaux.
Sur le plan fiscal, le territoire a longtemps bénéficié d’une image de « quasi paradis » : pas d’impôt sur le revenu local pour les résidents remplissant certaines conditions de durée, absence d’impôt sur la fortune, exonération de nombreux impôts patrimoniaux au niveau local. Pour les non-résidents ou certaines opérations, le droit fiscal français reste applicable.
Statut fiscal de Monaco
– Une taxe sur les plus-values pouvant aller jusqu’à 35 % sur les huit premières années de détention (mesure introduite en 2017 pour enrayer la spéculation),
– Une fiscalité de 19 % sur certaines plus-values au-delà,
– Une TVA à 20 % et un impôt sur les sociétés autour de 25 %.
En revanche, il n’existe pas de véritable taxe foncière annuelle lourde sur la possession des biens immobiliers, ce qui distingue clairement Saint-Barthélemy de nombreuses grandes métropoles globales.
Côté transaction, les coûts restent significatifs mais standards pour un marché de luxe :
| Poste de coût à l’achat | Estimation |
|---|---|
| Droits d’enregistrement (droits de mutation) | ≈ 5 % du prix |
| Frais de notaire, divers | ≈ 1 à 3 % |
| Total coûts de transaction | Environ 6 à 8 % du prix d’achat |
Ce cadre – protection élevée, fiscalité récurrente faible, droits de mutation raisonnables – renforce le caractère patrimonial de l’investissement. Là encore, le tourisme s’en trouve conforté : les propriétaires disposant d’incitations fiscales à conserver leurs biens et à les exploiter en location saisonnière plutôt qu’à les revendre rapidement, l’offre sur le marché de la vente reste limitée, et les prix continuent d’être tirés vers le haut.
Le rôle des banques et du cash
Les financements locaux existent mais restent difficiles à obtenir, surtout pour des non-résidents. Les banques de l’île accordent peu de crédits, ou à des conditions strictes. La plupart des transactions se réaliseraient donc en grande partie en fonds propres, parfois complétés par des financements obtenus dans le pays d’origine de l’acheteur.
Le marché immobilier de luxe, comme celui de Saint-Barthélemy, est moins sensible aux cycles des taux d’intérêt et sert de valeur refuge lors des crises financières. Les périodes de 2008–2009 et 2020–2021 ont démontré que les capitaux se redirigent vers ces actifs tangibles considérés comme un rempart patrimonial lorsque les marchés actions sont instables.
Si l’impact du tourisme sur le marché immobilier est une bénédiction pour les propriétaires et pour les finances locales – la collectivité affiche un solide excédent budgétaire –, il crée en parallèle des tensions croissantes sur le plan social et environnemental.
Loger les travailleurs : un casse-tête
Le premier effet pervers, désormais bien documenté, est la difficulté extrême à se loger pour les résidents permanents et, plus encore, pour les travailleurs du secteur touristique et du bâtiment. Le tourisme de luxe crée un nombre important d’emplois – plus de 35 % des salariés dépendent directement du tourisme, et la construction représente environ un quart du PIB –, mais ces salariés font face à un marché locatif capté par la location saisonnière et par les résidences secondaires.
Les autorités locales constatent que la saturation du marché locatif rend quasi impossible la recherche d’un bail longue durée pour les résidents, les propriétaires préférant largement la location à la semaine à des touristes. Cette situation, couplée à une inflation généralisée (restaurants, supermarchés, services), renchéit fortement le coût de la vie, déjà l’un des plus élevés des Caraïbes.
Ce déséquilibre alimente une forme de dualisation sociale : d’un côté, des propriétaires et investisseurs capables de mobiliser plusieurs millions d’euros et de profiter de rendements locatifs élevés ; de l’autre, une main-d’œuvre parfois importée (on évoque jusqu’à 3 000 travailleurs portugais dans le bâtiment) et des résidents historiques qui peinent à se maintenir sur place.
Pression sur les infrastructures et l’environnement
Tourisme et immobilier exercent également une forte pression sur les infrastructures et les écosystèmes. Les problèmes identifiés concernent principalement :
L’île fait face à des pressions critiques sur ses infrastructures et son environnement : un réseau routier saturé par la circulation, une dépendance totale au dessalement pour l’eau potable, un traitement des déchets et eaux usées mis à rude épreuve par l’afflux saisonnier, et une pollution marine qui menace directement les écosystèmes fragiles de sa réserve naturelle.
Face à ces défis, la collectivité a mis sur pied un arsenal de mesures : réserve naturelle et aire marine protégée, limitation de certains types de pêche, renforcement des dunes, programmes de replantation post-Irma, incitations aux énergies renouvelables (panneaux solaires, projets éoliens, stockage). Des associations comme la réserve naturelle (Association Grenat) ou « Make St Barths Green Again » œuvrent à la restauration des milieux et à la préservation des espèces endémiques.
Mais la tension reste forte : chaque nouvelle villa, chaque piscine à débordement ou chaque hôtel rénové ajoute à la charge environnementale. Des voix locales, comme celle de la conseillère territoriale Hélène Bernier, réclament une révision urgente des règles d’urbanisme, notamment celles qui autorisent encore des constructions au plus près des plages, alors que la montée du niveau de la mer est une réalité tangible.
Vers un nouvel équilibre entre tourisme et habitat ?
L’impact du tourisme sur le marché immobilier de Saint-Barthélemy ne se limite plus à une simple corrélation. Il façonne la manière dont la collectivité pense son avenir : jusqu’où pousser le curseur de l’exclusivité ? Comment préserver la rentabilité touristique tout en offrant des perspectives aux habitants permanents ?
Plusieurs signaux montrent que l’île cherche à entrer dans une phase de régulation plus fine :
Les autorités ont mis en place plusieurs mesures pour réguler le développement immobilier. La délivrance de permis pour des projets purement touristiques est temporairement suspendue, priorisant ainsi les programmes résidentiels. Pour décourager la spéculation, la fiscalité sur les plus-values à court terme a été augmentée à 35 % pour les huit premières années de détention. De plus, des limitations sur la taille et la hauteur des villas ont été instaurées pour une meilleure intégration paysagère. Enfin, des débats sont en cours concernant l’évolution des règles de construction en zone littorale.
Dans le même temps, la demande touristique ne faiblit pas. Les statistiques de 2023 montrent une fréquentation record, supérieure aux années pré-Covid, et la location saisonnière reste extrêmement lucrative. Le marché des ventes, après une phase de surchauffe post-Covid, semble être entré dans une période de « croissance maîtrisée » : les prix ne baissent pas, mais les délais de vente s’allongent sur les très gros tickets, et la négociation retrouve un peu de place.
Les experts anticipent une augmentation annuelle des prix de 8 à 10 %, soutenue par l’attrait d’une île rare et protégée, très prisée par une clientèle internationale fortunée. Cette dynamique est alimentée par un tourisme de luxe qui perçoit les prix élevés comme un gage d’exclusivité.
La question cruciale pour Saint-Barthélemy ne sera donc sans doute pas de savoir si le tourisme continuera de tirer le marché immobilier vers le haut – tout indique que oui –, mais si la collectivité parviendra à préserver un tissu social vivant, des services essentiels accessibles, et un environnement encore intact, tout en restant l’un des symboles mondiaux du tourisme de luxe.
Dans ce bras de fer discret entre villas à plusieurs dizaines de millions d’euros, travailleurs saisonniers en quête de logement et tortues marines cherchant une plage où pondre, se joue l’avenir d’un territoire qui, plus que tout autre, illustre à quel point le tourisme peut transformer en profondeur un marché immobilier, pour le meilleur et pour le pire.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, déjà doté d’un patrimoine financier solide en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel à Saint-Barthélemy, afin de rechercher du rendement locatif saisonnier élevé et une exposition en euro/dollar caribéen. Budget alloué : 400 000 à 600 000 €, sans recours au crédit.
Après étude de plusieurs quartiers (Saint-Jean, Gustavia, Flamands), la stratégie retenue a été de cibler une villa ou un appartement haut de gamme avec vue mer, combinant un rendement locatif brut cible d’environ 7–8 % en location touristique – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un fort potentiel de valorisation sur le segment luxe, pour un ticket global (acquisition + frais + ameublement + remise à niveau) d’environ 550 000 €. La mission a inclus : sélection du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, notaire, gestionnaire de location saisonnière, fiscaliste), choix de la structure de détention (propriété directe ou société civile) et plan de diversification à long terme, tout en sécurisant les aspects juridiques, fiscaux et locatifs.
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