Comprendre la géographie du pays au Turkménistan

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Coincé entre la mer Caspienne et le vaste désert d’Asie centrale, le Turkménistan est l’un de ces pays dont on parle peu, mais dont la géographie conditionne presque tout : l’économie, l’implantation des villes, l’agriculture, les routes commerciales et même la diplomatie. Ici, le sable couvre l’essentiel du territoire, l’eau est rare, les températures flirtent régulièrement avec les extrêmes, et pourtant des oasis verdoyantes, une façade maritime stratégique et des massifs montagneux riches en biodiversité composent un paysage bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Bon à savoir :

Le territoire majoritairement désertique du Turkménistan est devenu un carrefour énergétique crucial et un point de passage stratégique entre l’Europe et l’Asie. Il constitue également un terrain d’étude important pour les grands enjeux environnementaux actuels.

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Un pays de désert entre mer Caspienne et Amou-Daria

Le Turkménistan se situe dans la partie occidentale de l’Asie centrale. Son territoire s’étire sur environ 1 100 kilomètres d’ouest en est et près de 650 kilomètres du nord au sud, pour une superficie autour de 488 000 à 491 000 km², légèrement inférieure à celle de l’Espagne mais supérieure à celle du Cameroun. Ce n’est donc ni un géant, ni un nain géographique, mais il se classe tout de même au 52ᵉ rang mondial par sa taille et au quatrième rang parmi les ex-républiques soviétiques.

Exemple :

Le Turkménistan est souvent qualifié de pays ‘enclavé’, mais cette description nécessite une précision. Bien qu’il n’ait pas d’accès direct à l’océan mondial, il possède une longue façade d’environ 1 700 à 1 760 km sur la mer Caspienne, un bassin fermé. Cette côte constitue sa frontière occidentale. Le pays est entouré par des voisins continentaux : le Kazakhstan au nord et nord-ouest, l’Ouzbékistan au nord et à l’est, l’Afghanistan au sud-est et l’Iran au sud et sud-ouest. Cette position géographique représente à la fois une contrainte pour le commerce maritime global et une opportunité stratégique via la Caspienne.

Des coordonnées qui disent déjà le climat

Les coordonnées géographiques du pays, comprises entre environ 35°08’ et 42°48’ de latitude nord et 52°27’ et 66°41’ de longitude est, situent clairement le Turkménistan dans la zone des climats désertiques et steppiques continentaux. Proche en latitude du sud de l’Espagne mais loin de toute influence océanique régulatrice, le pays est soumis à des amplitudes thermiques marquées, tant entre les saisons que d’un jour à l’autre, notamment dans ses zones désertiques.

Une mosaïque simple en apparence : désert, montagnes, oasis

La géographie du pays au Turkménistan repose sur une triade de paysages : désert, montagnes, oases. Près de 80 % du territoire sont recouverts par le désert du Karakoum, prolongement méridional de la grande plaine du Touran. Ce désert de sable et de loess, l’un des plus vastes de la planète avec environ 350 000 km², domine tout le centre et l’ouest du pays.

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C’est l’altitude en mètres du mont Aýrybaba, le point culminant du Turkménistan, situé dans le massif du Köýtendag.

Reliefs : dépressions, plateaux et chaînes actives

D’un point de vue altimétrique, le Turkménistan est un pays relativement bas. L’altitude moyenne oscille entre 100 et 220 mètres, reflet de la domination de la plaine du Touran. Mais cette apparente platitude masque une géographie subtile, faite de dépressions profondes, de plateaux entaillés, de massifs encore en pleine évolution tectonique.

Le Karakoum et la dépression du Touran

Près de quatre cinquièmes du pays se situent dans la dépression du Touran. Le Karakoum – littéralement « sable noir » en langues turciques, en référence aux sables sombres et riches en schistes – recouvre environ 70 à 80 % du territoire national. Il s’étend sur près de 800 km d’ouest en est et 450 à 500 km du nord au sud. On y distingue trois grandes zones : le Karakoum Trans-Oungouz (ou Zaunguz) au nord, plus surélevé ; le Karakoum central, plus bas ; et le Karakoum sud-est, au contact des piémonts et hauts plateaux du Karabil et du Badkhyz.

Attention :

Les dunes, de 2 à 20 m de haut, sont remodelées par les vents du nord, nord-est et ouest. Près de 80% du Turkménistan n’a pas d’écoulement d’eau permanent en surface, la majorité du pays étant dépourvue de rivières pérennes, sauf sur ses marges est et sud.

Dépressions salées et points bas

Alors que les sommets du Köýtendag culminent au-dessus des 3 100 mètres, le pays plonge aussi sous le niveau de la mer. La dépression d’Akjagaýa, liée au bassin du lac Sarykamysh, atteint environ –100 mètres. Plus au nord-ouest, la dépression de Garashor (ou Karashor) forme un vaste bassin fermé de quelque 1 500 km², choisi pour accueillir un projet pharaonique : le lac artificiel « Altyn Asyr » (ou Turkmen Lake), destiné à recueillir les eaux de drainage agricole.

Astuce :

Des formations géologiques comme le système d’Unguz, situé entre le Karakoum central et nord, illustrent l’interaction complexe entre l’érosion, la sédimentation et les dynamiques éoliennes. Ces paysages, façonnés sur une très longue période, ont autrefois été occupés par des mers intérieures.

Chaînes actives et risques sismiques

Au sud, la chaîne du Kopet-Dag, d’orientation est-ouest, atteint environ 2 912 m au mont Şahşah côté turkmène. Il s’agit d’un massif jeune à l’échelle géologique, appartenant au vaste système alpin, toujours en cours de surrection et donc très actif sur le plan sismique. La région a connu plusieurs forts tremblements de terre, notamment celui de 1948 qui a presque entièrement détruit Achgabat.

Plus à l’est, la chaîne de Köýtendag prolonge vers le pays les ramifications du Pamir-Alay. Le mont Aýrybaba en constitue le point culminant. À l’ouest, les massifs du Grand et du Petit Balkan dressent des reliefs plus modestes (1 880 m au mont Arlan) mais stratégiques, bordant la Caspienne et abritant certains gisements d’hydrocarbures.

Au nord-ouest, les plateaux du Krasnovodsk et de l’Ustyrt dominent la Caspienne et la plaine. Ils marquent la transition entre le désert turkmène et les steppes kazakhes.

La mer Caspienne : façade intérieure et enjeu majeur

Même si le Turkménistan ne donne pas sur l’océan, sa longue côte sur la mer Caspienne en fait un pays maritime de fait. La Caspienne est le plus grand plan d’eau intérieur du monde, un bassin fermé d’environ 371 000 km² dont le niveau se situe une trentaine de mètres sous celui des océans et dont la profondeur dépasse 1 000 m dans sa partie sud.

Une côte longue, découpée et fragile

La côte turkmène est généralement estimée entre 1 700 et 1 770 km, soit la plus longue frontière du pays. Elle est en grande partie rocheuse, faite de plateaux calcaires et de falaises entamées par l’érosion. Des péninsules comme celles de Türkmenbaşy et de Cheleken dessinent des caps saillants. Entre ces pointes, de longues plages sablonneuses et des cordons littoraux témoignent du travail des vagues et du vent sur les sables du Karakoum.

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La concentration en sels de la lagune de Garabogazköl peut atteindre 350 grammes par litre, en faisant l’un des plans d’eau les plus salés du monde.

Ports, zones industrielles et aires protégées

Sur cette côte se concentrent plusieurs pôles majeurs. La ville de Türkmenbaşy (anciennement Krasnovodsk) abrite le principal port du pays, modernisé et agrandi pour devenir une plate-forme de transit de plus de 25 millions de tonnes par an, avec ferries vers Bakou, terminaux à conteneurs et chantiers navals. Plus au sud, la zone touristique nationale d’Avaza aligne hôtels et infrastructures balnéaires.

Bon à savoir :

La côte turkmène abrite d’importants sites industriels d’extraction (pétrole, gaz, sels) et de production chimique, notamment à Hazar et Garabogaz. Au sein de ces zones transformées, la réserve d’État de Hazar protège des écosystèmes côtiers cruciaux : lagunes, îlots et zones humides. Ces sanctuaires servent d’étapes vitales pour des millions d’oiseaux migrateurs et de refuge pour des espèces menacées comme le phoque de la Caspienne et certains esturgeons.

La façade caspienne participe ainsi à la fois à la puissance économique du pays – via les hydrocarbures et le transit – et à son patrimoine écologique, mais elle concentre aussi des risques de pollution importants.

Climat : un désert froid aux extrêmes marqués

La géographie du pays au Turkménistan est indissociable de son climat. Officiellement, le pays connaît un climat désertique froid de type continental, avec des étés longs, très chauds et secs, et des hivers généralement secs, froids à très froids dans le nord.

Températures : du –30 °C à plus de 50 °C

Les moyennes parlent d’elles-mêmes. En janvier, les températures moyennes tournent autour de –4 °C dans le nord et de +3 à +4 °C dans le sud. En été, les moyennes de juillet avoisinent 26–28 °C dans le nord du Karakoum et 30–34 °C plus au centre. Mais ces valeurs lissées masquent des pointes extrêmes : dans le désert, le mercure grimpe régulièrement à 45 °C, et des records autour de 50–51 °C ont été relevés, notamment à la réserve de Repetek ou dans la région de Kerki.

Bon à savoir :

En hiver, dans le nord sans barrières montagneuses, des masses d’air sibérien peuvent faire chuter les températures à -15°C, voire en dessous de -30°C lors de vagues de froid exceptionnelles. Plus au sud et vers la Caspienne, les hivers sont plus doux, mais le contraste avec l’été reste marqué. Dans les zones désertiques, les amplitudes thermiques diurnes peuvent atteindre 30°C, avec des nuits fraîches malgré une chaleur intense en journée.

Précipitations : la pénurie structurelle

Côté pluviométrie, le constat est sans appel : c’est l’un des pays les plus secs du monde. Presque partout, les cumuls annuels restent en dessous de 250 mm, et sur près des deux tiers du territoire, il tombe moins de 150 mm par an. Dans certains secteurs du Karakoum, les moyennes descendent même autour de 12 mm. À Achgabat, la moyenne annuelle tourne autour de 225 mm, essentiellement de l’automne au printemps.

Exemple :

Les régions montagneuses du Kopet-Dag (ou Köýtendag) constituent une exception relative avec des précipitations annuelles de 300 à 400 mm, sous forme de pluie et de neige. Ces reliefs sont essentiels car ils alimentent en eau les rivières qui descendent vers les oases du piémont. En revanche, l’été, de juin à septembre, est presque totalement sec, la plupart des régions ne recevant pratiquement aucune précipitation durant cette période.

Cette combinaison de chaleur intense, d’ensoleillement élevé (plus de 230 jours de soleil par an) et de pluies dérisoires explique pourquoi l’agriculture est entièrement dépendante de l’irrigation et pourquoi la gestion de l’eau est au cœur de la géographie humaine du pays.

Rivières, canaux et lacs : l’architecture fragile de l’eau

Dans un pays dominé par le désert, chaque rivière compte, et chaque canal modifie en profondeur la carte. Les principaux cours d’eau sont tous périphériques : aucun fleuve majeur ne naît ni ne meurt à l’intérieur du Turkménistan, ce qui renforce sa vulnérabilité vis-à-vis de ses voisins et du climat.

Les grands fleuves d’Asie centrale au secours des oasis

Le géant hydrologique de la région est l’Amou-Daria, long d’environ 2 540 km, qui forme en partie la frontière orientale du pays avant de s’écouler vers le bassin de l’Aral. Son débit moyen, proche de 1 940 m³/s, alimente une importante partie des systèmes d’irrigation turkmènes, notamment via le canal du Karakoum.

Plus au sud, trois fleuves plus modestes jouent un rôle clé : le Mourgab (environ 850 km), le Téjen (environ 1 120 km) et l’Etrek (660 km). Tous prennent naissance dans les chaînes de l’Hindou Kouch ou leurs contreforts afghans et iraniens, puis disparaissent dans les sables, interceptés par les canaux d’irrigation ou évaporés dans des dépressions fermées. L’Etrek, qui devrait se jeter dans la Caspienne, n’atteint plus toujours la mer en raison des prélèvements.

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Nombre de cours d’eau recensés dans le pays, dont la majorité sont des rios saisonniers de moins de 10 km.

Le canal du Karakoum : une colonne vertébrale artificielle

Impossible de parler de la géographie du pays au Turkménistan sans évoquer le canal du Karakoum (ou Garagum). Cet ouvrage titanesque, construit par étapes à partir des années 1950, détourne une partie des eaux de l’Amou-Daria vers le cœur aride du pays. Sur environ 1 350 à 1 375 km, il traverse le désert d’est en ouest, de la région de Lebap jusqu’aux environs de Bereket et, au-delà, alimente par conduites plusieurs villes caspiennes comme Balkanabat, Hazar ou Türkmenbaşy.

Ce canal irrigue des centaines de milliers d’hectares – on parle d’environ 3 800 miles carrés de terres irriguées directement – et approvisionne Achgabat et nombre d’oasis en eau potable et agricole. Sa capacité actuelle est de l’ordre de plusieurs centaines de m³/s, avec des projets d’augmentation, même si une part considérable de l’eau transportée se perd par infiltration dans les sables ou par évaporation, alimentant au passage des mares et marécages salés qui posent de graves problèmes de salinisation.

Lacs naturels et artificiels au milieu du désert

Outre la Caspienne, les principaux plans d’eau sont des lacs fermés, souvent salés, occupant les dépressions du relief.

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Le lac Sarykamysh, alimenté par des eaux de drainage, se situe dans un bassin à 12 mètres en dessous du niveau de la mer.

Plus récent, le projet de lac « Altyn Asyr » dans la dépression de Karashor vise à créer un immense réservoir artificiel d’environ 2 000 km² et 130 km³ de capacité, à partir d’un réseau de collecteurs de plus de 2 600 km drainant les eaux d’irrigation. Ce projet, présenté comme une solution à la remontée des nappes et à la salinisation secondaire, suscite aussi des interrogations sur les impacts environnementaux, notamment en termes de qualité de l’eau, d’évaporation massive et de concentration de sels.

Bilan hydrique : un pays à découvert

Les chiffres résument la fragilité du système : les ressources en eau renouvelables sont évaluées à environ 24,77 km³ par an, alors que les prélèvements totaux dépassent les 27 km³, dont environ 94 % pour l’agriculture. Le retrait d’eau par habitant est parmi les plus élevés du monde, autour de 5 700 m³ par an, reflet de la combinaison entre climat aride, choix agricoles (coton et blé irrigués extensifs) et efficacité limitée des réseaux d’irrigation.

Cette dépendance à l’Amou-Daria et aux fleuves transfrontaliers, combinée au changement climatique et à la fonte accélérée des glaciers en amont, place l’eau au cœur des préoccupations géographiques et politiques du pays.

Sols, végétation et usage des terres

Vue de loin, la carte du Turkménistan semble entièrement ocre. Pourtant, les sols et la végétation y présentent une grande diversité, avec des conséquences directes sur l’utilisation des terres.

Une large palette de sols désertiques et salés

En termes de classification des sols, on trouve sur le territoire turkmène :

Type de solSuperficie estimée (ha)
Sols gris-bruns (désertiques)6,1 millions
Sols de type takyr (argiles nues, fissurées)2,6 millions
Sols sableux de désert10,0 millions
Sierozems foncés (sols bruns steppiques)430 000
Sols montagneux cannelle300 000
Sols de pâturages steppiques (sierozems)120 000
Sols salés (solontchaks)2,3 millions
Sables vifs ou faiblement fixés3,7 millions

À cela s’ajoutent des surfaces plus modestes de sols de prairie, de sols marécageux et de falaises ou escarpements. On voit immédiatement que les sols véritablement fertiles et non salés représentent une fraction minoritaire de la surface.

Les terres arables ne couvrent qu’environ 4 % du territoire, tandis que les pâturages permanents occupent près de 68 %. Les forêts, elles, représentent moins de 9 % de la superficie nationale, et encore s’agit-il pour l’essentiel de formations ouvertes ou de plantations de protection.

Forêts désertiques, forêts de montagne et galeries riveraines

Contrairement à l’image d’un désert totalement nu, le Turkménistan possède plusieurs types de formations forestières.

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Superficie réellement boisée sur les 5 millions d’hectares de zone forestière potentielle dans les montagnes du Turkménistan.

En plaine, des « forêts désertiques » s’étendent sur plus de 14 millions d’hectares : ce sont surtout des peuplements de saxaoul blanc et noir, d’arbustes comme le kandym ou le cherkez, adaptés à des sols sableux pauvres et à des nappes profondes. Ces formations jouent un rôle crucial pour fixer les dunes, fournir du bois de feu et servir de pâturages.

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L’étendue totale des forêts-galeries (tugaï) le long des fleuves comme l’Amou-Daria, qui abritent une faune remarquable et stabilisent les berges.

Enfin, le pays développe des ceintures brise-vent et des plantations de protection (shelterbelts) le long des canaux et autour des terres irriguées, dans un effort de lutte contre l’érosion et la désertification.

Répartition des usages du territoire

Si l’on regarde la structure globale de l’occupation du sol, on obtient une image assez nette des priorités et contraintes du pays :

Type d’occupation du sol (env. 2018)Part du territoire national
Terres agricoles & élevage72 %
– dont terres arables4,1 %
– dont cultures permanentes0,1 %
– dont pâturages permanents67,8 %
Forêts8,8 %
Autres usages (bâti, friches, etc.)19,2 %

Les chiffres soulignent le poids écrasant de l’élevage extensif sur pâturage naturel, traditionnellement centré sur les moutons Karakul, chèvres et chameaux, et le caractère extrêmement concentré de l’agriculture irriguée, cantonnée à de minces rubans autour des rivières, des canaux et des oases.

Oasis, agriculture et géographie humaine

La répartition de la population au Turkménistan est presque entièrement dictée par la présence de l’eau. Les grandes villes et les densités les plus élevées se trouvent dans les oasis, au pied des montagnes ou le long des grands fleuves.

Les principaux chapelets d’oasis

On distingue généralement cinq grands ensembles d’oasis :

Les grandes oasis du Turkménistan

Le Turkménistan est structuré autour de plusieurs oasis majeures, chacune jouant un rôle économique, historique et démographique distinct.

Oasis du Kopet-Dag

Cœur politico-administratif et industriel du pays, dominé par la capitale Achgabat et un chapelet de localités au piémont.

Oasis du Mourgab

Centrée sur Mary, associe agriculture irriguée (coton, céréales, fruits) et patrimoine historique avec l’ancienne Merv, carrefour de la Route de la soie.

Oasis du Téjen

Plus modeste, structurée autour de la ville de Tejen et bénéficiant des eaux captées en amont.

Oasis de l’Amou-Daria moyen

Autour de Türkmenabat, la deuxième grande agglomération du pays, s’appuie sur les dérivations de l’Amou-Daria.

Oasis de l’Amou-Daria inférieur

Dans l’ancien delta, prolonge les systèmes d’irrigation vers le sud et touche notamment la région de Daşoguz.

C’est dans ces oasis et le long du canal du Karakoum que se concentrent la plupart des cinq à sept millions d’habitants, les estimations récentes situant la population autour de 7 millions, avec une densité moyenne faible (environ 16 habitants/km²) masquant de forts contrastes entre désert quasi vide et oasis très peuplées.

Cultures irriguées et spécialisation agricole

L’agriculture turkmène reste largement façonnée par l’héritage soviétique : de grandes surfaces sont consacrées au coton, culture très consommatrice en eau, et au blé, dont la superficie a fortement augmenté après l’indépendance afin d’assurer une meilleure autosuffisance alimentaire.

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En 2019, la surface cultivée totale atteignait environ 1,49 million d’hectares.

Type de culture (2019)Superficie (milliers d’ha)
Blé (principalement)761,3
Coton551,1
Fruits et baies23,8

Le coton est majoritairement cultivé sur plus de la moitié des terres arables, essentiellement dans les oasis du Mourgab, de l’Amou-Daria et du Téjen. Des cultures de diversification – légumes, pommes de terre, melons, fruits (abricots, pommes, poires, grenades, figues, pistaches, noix) – occupent des niches spécifiques, souvent liées à des microclimats favorables (vallées subtropicales de l’Etrek et du Sumbar, piémonts du Kopet-Dag, basses vallées de l’Amou-Daria).

L’élevage, pour sa part, exploite les immenses parcours du Karakoum et des zones steppiques, au prix d’une pression croissante sur les écosystèmes désertiques.

Ressources naturelles, énergie et géographie économique

Sous le sable, une autre géographie se dessine, faite de poches de gaz, de pétrole, de sels, de soufre et de métaux, qui structurent en profondeur l’économie et la carte industrielle du Turkménistan.

Un géant gazier au cœur du désert

Le pays est crédité de la quatrième ou cinquième réserve mondiale de gaz naturel, avec des champs colossaux comme Galkynysh, parfois présenté comme le deuxième gisement de gaz du monde. De nombreux autres gisements – Achak, Shatlyk, Nayip, Derweze, et bien d’autres – parsèment le territoire, en particulier dans les basses terres de l’ouest et au large, dans la Caspienne.

Bon à savoir :

Le pétrole est principalement extrait dans la plaine transcaspienne (régions de Türkmenbaşy, Cheleken, Hazar) et en mer. Les infrastructures (pipelines, stations, raffineries comme celle de Türkmenbaşy) suivent les axes de transport terrestres et la côte, structurant l’économie nationale autour des corridors d’exportation vers la Chine, l’Iran, et via la Caspienne vers l’Azerbaïdjan.

Mines de sel, d’iode, de potasse et autres minéraux

Au-delà des hydrocarbures, le Turkménistan dispose de vastes gisements de sels, notamment dans la baie de Garabogazköl et les dépressions du Karakoum. Il est aussi l’un des grands producteurs mondiaux d’iode et de brome, extraits de saumures et d’eaux d’exhaure pétrolières, en particulier dans la région de Balkan.

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Les gisements de potasse dans l’est du pays totaliseraient près de 2,8 milliards de tonnes de ressources.

La distribution de ces ressources renforce l’importance stratégique de certaines régions : Lebap et Köýtendag pour la potasse et le ciment, Balkan pour les hydrocarbures, Garabogaz pour les sels, etc.

Enjeux environnementaux : la géographie sous pression

La géographie du pays au Turkménistan n’est pas figée : elle est profondément bouleversée par les activités humaines, notamment via l’irrigation massive, l’exploitation des ressources et le changement climatique. Les principales menaces se regroupent autour de trois phénomènes : désertification, salinisation et crise hydrique.

Désertification accélérée et érosion

Le Turkménistan est au cœur d’une zone où l’on estime que 8 000 à 10 000 km² de nouveaux déserts apparaissent chaque année à l’échelle de l’Asie centrale, un rythme dépassé seulement par certaines régions d’Afrique. Les causes sont multiples : surpâturage qui fait disparaître la couverture végétale, usage inadapté de l’eau d’irrigation, destruction mécanique de la végétation, changement climatique, vents violents générant tempêtes de poussière et de sable.

Une étude nationale évoquait au début des années 2000 une dégradation de la végétation sur environ 77 % du territoire turkmène. Entre 2015 et 2020, plus de 565 000 ha de terres irriguées et 3,38 millions d’hectares de pâturages supplémentaires auraient été dégradés.

Salinisation et marécages salés

L’irrigation gravitaire dans des sols mal drainés et sous un climat à forte évaporation conduit mécaniquement à la remontée des sels dissous. On estime qu’au Turkménistan plus de 60 % des terres agricoles souffrent de salinisation, et que la productivité agricole régionale aurait chuté de 20 à 25 % en raison de ces phénomènes combinés.

Attention :

Dans certains secteurs, une salinisation extrême a créé des ‘takyrs’ ou marais salés, surfaces d’argile nue et craquelée impropres à toute culture. Fin des années 1980, ces surfaces couvraient déjà environ un million d’hectares. Cette situation est aggravée par l’inefficacité du réseau de drainage, les fuites d’eau des canaux comme celui du Karakoum, et l’usage massif d’engrais et de pesticides.

Crise de l’Aral et impacts locaux

Même si la majeure partie du drame de la mer d’Aral se joue plus au nord, le Turkménistan en subit directement les conséquences, notamment dans la région de Daşoguz. La réduction drastique du niveau de l’Aral (réduction de surface d’environ 59 000 km² au milieu des années 1990) a mis à nu d’anciens fonds marins recouverts de sels et de toxiques. Les vents dispersent ces particules sur de longues distances, affectant sols, cultures et santé humaine.

Bon à savoir :

Dans certaines régions, la qualité bactériologique de l’eau potable dépasse jusqu’à dix fois les normes sanitaires. Cette pollution est associée à des taux élevés de maladies et de mortalité infantile. La situation illustre le lien direct entre la gestion des ressources en eau, comme le détournement du fleuve Amou-Daria pour l’irrigation, et ses conséquences sur la santé des populations.

Méthane, climat et vulnérabilité

Le pays, fortement dépendant des hydrocarbures, se retrouve aussi à l’avant-scène des enjeux climatiques. Ses émissions de gaz à effet de serre par habitant, estimées autour de 17,5 tonnes équivalent CO₂, dépassent la moyenne de nombreux pays industrialisés, en grande partie à cause des fuites de méthane sur les installations gazières. Pour 2019/2020, la valeur marchande du méthane perdu était estimée à 6 milliards de dollars, et en 2022, plus de 4 millions de tonnes de méthane auraient été rejetées, l’un des chiffres les plus élevés au monde.

Dans le même temps, le climat se réchauffe plus vite que la moyenne globale : la température moyenne aurait augmenté d’environ 1,4 °C en 55 ans, contre 0,8 °C à l’échelle de la planète. Le pays subit déjà une multiplication des vagues de chaleur, des sécheresses et des événements extrêmes (crues soudaines, coulées de boue en montagne). Les projections annoncent une contraction supplémentaire des ressources en eau, notamment via une diminution des débits de l’Amou-Daria liée à la fonte accélérée des glaciers en amont.

Aires protégées et richesse biologique

Au-delà du désert apparent, la géographie du pays au Turkménistan cache une biodiversité étonnamment riche. Plus de 2 500 espèces de plantes à fleurs y ont été recensées, avec un endémisme important dans les massifs du Kopet-Dag et du Köýtendag.

Réserves naturelles et zones interdites

Le réseau d’aires protégées comprend sept réserves naturelles et une douzaine de territoires interdits où la protection de la flore et de la faune est prioritaire. Au total, ces espaces couvrent autour de 1,08 million d’hectares, soit environ 2,2 % de la superficie du pays.

Parmi les sites emblématiques :

Réserves naturelles du Turkménistan

Le Turkménistan abrite plusieurs réserves naturelles cruciales pour la conservation de la biodiversité, des paysages désertiques et des corridors migratoires.

Réserve de Syunt-Khasardagh

Située dans le Kopet-Dag occidental, elle protège un ensemble remarquable de parents sauvages de plantes cultivées (vignes, pommiers, poiriers, pistachiers…) et marque la limite orientale de l’aire de répartition de la vigne sauvage (*Vitis sylvestris*).

Réserve de Repetek

Laboratoire naturel du désert dans le Karakoum oriental, célèbre pour les records de chaleur enregistrés à l’époque de l’ex-URSS.

Réserve de Kaplankyr

Au nord-ouest du pays, cette réserve protège des paysages variés de plateaux, steppes et déserts.

Côte caspienne

Les zones protégées (réserve de Hazar et sanctuaires) constituent un maillon essentiel des routes migratoires des oiseaux entre l’Eurasie et l’Afrique.

Un patrimoine génétique précieux

Les vallées encaissées du Kopet-Dag occidental abritent une étonnante collection de fruitiers sauvages : pruniers myrobolans, poiriers, pommiers, cerisiers, grenadiers, figuiers, jujubiers, aubépines, amandiers, pistachiers, noyers persans, vignes, etc. Cet ensemble de diversité génétique intéresse particulièrement les agronomes et biologistes, car il offre un réservoir potentiel de gènes de résistance à la sécheresse, aux maladies ou aux températures extrêmes, précieux dans un contexte de changement climatique.

Bon à savoir :

Le « Livre rouge » du Turkménistan liste diverses espèces végétales en danger, incluant des plantes à fruits, fourragères, ornementales et médicinales. Leur préservation nécessite impérativement la protection de leurs habitats naturels.

Transport, corridors et géographie des échanges

Enfin, la géographie du pays au Turkménistan ne se comprend pleinement qu’en la replaçant dans le grand jeu des routes continentales. Situé entre Caspienne et Amou-Daria, au carrefour des anciennes routes caravanières, le pays s’impose aujourd’hui comme une pièce maîtresse des nouveaux corridors de transport eurasiens.

Une architecture de transport structurée autour de l’axe est-ouest

L’ossature principale reste le corridor est-ouest reliant le port de Türkmenbaşy à la frontière ouzbèke de Farap, en passant par Achgabat, Mary et Türkmenabat. Ce couloir combine la route M37, la principale ligne ferroviaire (héritage du Transcaspien) et le canal du Karakoum. C’est le trait d’union entre la Caspienne, les déserts intérieurs et la vallée de l’Amou-Daria.

Un second axe, nord-sud, relie Achgabat à Daşoguz par le rail (ligne Trans-Karakoum) et la route, puis se prolonge vers le Kazakhstan au nord et vers l’Iran au sud par divers points frontaliers (Serakhs, Gaudan). De nouveaux tronçons autoroutiers sont en construction, comme le grand axe à péage Achgabat–Türkmenabat, destiné à fluidifier les échanges à travers le Karakoum.

La Caspienne comme pivot multimodal

Le port de Türkmenbaşy, modernisé pour un coût avoisinant 1,5 milliard de dollars, joue le rôle de porte d’entrée maritime pour les flux de marchandises entre Asie centrale et Caucase, voire au-delà vers l’Europe via la Géorgie et la Turquie. Les ferries, les porte-conteneurs et les trains-ferries y articulent transports routier, ferroviaire et maritime. Des terminaux spécialisés (hydrocarbures, engrais, conteneurs) maillent également d’autres points de la côte (Hazar, Kiyanly, Garabogaz).

Exemple :

Grâce à ses infrastructures, le Turkménistan s’insère dans plusieurs corridors internationaux : un axe nord-sud reliant la Russie à l’Iran, la route « Lapis-Lazuli » vers la Turquie via l’Afghanistan et le Caucase, et des accords de transit avec des pays comme l’Inde, l’Iran, l’Oman, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan.

Des réseaux façonnés par la géographie naturelle

La carte des transports épousant celle des contraintes physiques : suivre les oasis et les piémonts évite les dunes les plus instables, longer le Karakoum permet d’alimenter en eau les infrastructures et les villes, longer la côte caspienne offre des appuis portuaires. Les routes et les rails contournent instinctivement les zones les plus inhospitalières du Karakoum central, ne traversant le désert que là où les reliefs sont favorables et les approvisionnements en eau assurés.

Ainsi, même dans le domaine des échanges internationaux, c’est bien la géographie physique – position entre mer fermée et grand fleuve, dominance du désert, présence de massifs frontières – qui dicte les tracés possibles et les choix stratégiques.

Une géographie qui conditionne l’avenir

Au terme de ce parcours, une constante s’impose : la géographie du pays au Turkménistan est à la fois un atout et une source permanente de défis. Le désert du Karakoum offre de vastes pâturages et abrite sous son sable des trésors énergétiques, mais il isole aussi les populations, complique les transports et exacerbe la vulnérabilité à la sécheresse. La mer Caspienne ouvre des perspectives maritimes et énergétiques, tout en enfermant le pays dans un bassin sans accès direct aux océans. Les montagnes fournissent l’eau vitale aux oasis, mais exposent le pays aux séismes et aux coulées de boue.

Attention :

Les défis cruciaux des prochaines décennies incluent la préservation des terres arables contre la salinisation, l’économie d’eau dans l’irrigation, la conciliation entre exploitation des hydrocarbures et réduction des fuites de méthane, la protection des écosystèmes (forêts, tugaï, steppes), et l’adaptation des infrastructures aux extrêmes climatiques croissants.

Pour un État qui a bâti une partie de sa politique étrangère sur la neutralité et sur le rôle de pont entre continents, la maîtrise de son territoire – de ses déserts aux côtes caspiennes – restera un enjeu cardinal. À bien des égards, l’avenir du Turkménistan se jouera dans sa capacité à dompter, ou au moins à accompagner, la géographie qui l’a façonné.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Turkménistan, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler le Turkménistan pour son régime d’imposition généralement plus léger sur certains revenus étrangers, son coût de vie sensiblement inférieur à celui de la France et la possibilité de structurer ses flux financiers hors UE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un permis de séjour via investissement immobilier, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, interprète russophone/turkmène) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire) afin de sécuriser la double imposition et les risques de contrôle français.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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