Le territoire du Kazakhstan moderne est l’un des plus riches d’Eurasie en strates historiques. Entre steppe sans fin, montagnes du Tian Shan et rives de la mer Caspienne, il a vu passer chasseurs préhistoriques, cavaliers scythes, khans gengiskhanides, colonisateurs russes et ingénieurs soviétiques. Comprendre l’histoire du pays au Kazakhstan, c’est retracer à la fois la naissance d’un peuple, les métamorphoses d’un espace au carrefour des empires et le rôle décisif de cette région sur la grande scène eurasiatique, notamment à travers la route de la soie.
Des premiers habitants à l’âge du bronze
Bien avant les khanats et les caravanes, la steppe kazakh est un territoire humainement occupé depuis des centaines de milliers d’années. Les traces les plus anciennes renvoient à Homo erectus, présent dans les monts Karataou et autour de la Caspienne et du lac Balkhach il y a entre 1 million et 800 000 ans. Plus tard, les Néandertaliens occupent les mêmes zones de 140 000 à 40 000 ans avant notre ère, avant d’être relayés par l’Homo sapiens à partir d’environ 40 000 ans.
Entre 12 500 et 5 000 ans avant notre ère, le réchauffement climatique a permis aux chasseurs-cueilleurs de se répandre et d’innover (arc, pièges, bateau, domestication du loup). Cette période a vu l’enracinement progressif de la révolution néolithique sur ce territoire, avec l’émergence de l’élevage et de l’agriculture, portée par des cultures telles qu’Atbasar, Kelteminar, Botai et Ust‑Narym.
La culture de Botai, datée autour de 3600–3100 av. J.‑C., joue un rôle crucial pour l’histoire du monde : elle est aujourd’hui considérée comme l’un des tout premiers foyers de domestication du cheval. Des fouilles récentes, notamment sur le cimetière de Novoilinovsky 2, ont montré que les populations andronoviennes montaient déjà à cheval plus tôt qu’on ne le pensait, confirmant le rôle pionnier de la steppe kazakhe dans la culture cavalière.
Dès le deuxième millénaire avant notre ère, le centre du Kazakhstan voit le développement de la métallurgie avec la production de cuivre, l’utilisation de moules de coulée et l’exploitation de gisements miniers. Une période de sécheresse à la fin de ce millénaire provoque ensuite des déplacements de population vers le nord. Sur cette base se développent les grandes cultures de l’âge du bronze, comme Andronovo, Srubna et Afanasevo, qui s’étendent sur une vaste partie de l’Eurasie.
Sakas, Scythes et premiers royaumes de la steppe
À partir du premier millénaire av. J.‑C., le paysage humain du Kazakhstan se structure autour de peuples cavaliers iraniens, souvent désignés par les sources grecques sous le nom de Scythes, et localement appelés Sakas. Ces groupes nomades ou semi‑nomades excellaient dans l’art de la guerre à cheval, l’archerie et l’orfèvrerie.
Les fouilles de nécropoles comme Berel ou Issyk, d’où provient le célèbre « homme d’or », confirment le niveau artistique de ces élites et l’importance symbolique du cheval. Les tumulus de Besshatyr, datés des VIIe–IVe siècles av. J.‑C., alignent de monumentales tombes sakas au pied de l’Altyn‑Emel, dessinant une véritable nécropole de chefs.
Plusieurs formations politiques (Yancai, Kangju) apparaissent aux marges de la future région kazakhe. Elle est simultanément sous l’influence de l’empire perse achéménide au sud et de la Chine des Han à l’est, qui établit au Ier siècle av. J.-C. un Protectorat des régions de l’Ouest jusqu’aux portes des steppes kazakhes.
Entre 500 av. J.‑C. et 500 apr. J.‑C., le territoire actuel du Kazakhstan voit se succéder Sakas et Huns. Ces derniers, originaires au sud et au sud‑est de l’Altaï, forment, dès le IIe siècle av. J.‑C., un vaste ensemble politique qui rayonnera jusqu’en Europe centrale sous la conduite d’Attila. Dans le même temps, d’autres groupes – Alains, Aorsi, Issédones, Massagètes – traversent la région, participant à ce que les historiens appellent la grande migration des peuples.
L’essor des khaganats turcs et la mosaïque médiévale
À partir du VIe siècle de notre ère, le centre de gravité politique se déplace : les élites dominantes ne sont plus iraniennes, mais turques. Le Premier khaganat turc, fondé autour de 552, étend rapidement son pouvoir vers l’ouest. Il se scinde toutefois en un khaganat oriental et occidental, ce dernier couvrant largement le sud et le sud‑est du Kazakhstan. Sa capitale, Suyab, se situe ainsi sur les rives du Chu, au cœur du Semirechye (Zhetysu).
La bataille de Talas en 751 met un terme à l’influence directe de la Chine en Asie centrale et ouvre la voie à l’islamisation de la région.
Du VIIIe au Xe siècle, l’espace kazakh est partagé entre plusieurs puissances : à l’ouest, l’État oghouz, fondé vers 766 avec pour capitale Jankent ; au nord‑est, les confédérations kimak et kiptchak ; au sud, les Qarluqs et, plus tard, le puissant État qarakhanide qui contrôle la Transoxiane et adopte l’islam. Au XIIe siècle, les Qarakhanides sont eux‑mêmes renversés par les Kara‑Khitans venus de Chine du Nord, tandis qu’un Khorazm indépendant s’étend le long de l’Amou‑Daria.
Cette mosaïque de pouvoirs turcs, iraniens et mongols prépare le terrain à un choc décisif : les campagnes de Gengis Khan.
L’impact mongol et l’héritage de la Horde d’Or
Entre 1219 et 1221, les armées de Gengis Khan déferlent sur l’Asie centrale. Otrar, grande cité marchande au confluent de l’Arys et du Syr‑Daria et ville natale du philosophe al‑Farabi, est assiégée et détruite après une résistance acharnée d’environ six mois. Le territoire du Kazakhstan est incorporé à l’empire mongol, au sein de l’ulus de Jochi, le fils aîné du conquérant.
À la fin du XIIIe siècle, la fragmentation de l’empire mongol donne naissance à la Horde d’Or, un État autonome. Au XIVe siècle, sous Uzbeg Khan, l’islam devient religion d’État, créant une tradition turco-mongole musulmane influente. Les peuples ancestraux des Kazakhs, Ouzbeks et Tatars partageaient alors une langue turque, une structure politique issue de Gengis Khan et l’islam sunnite.
Les recherches génétiques confirment que la formation de l’ethnie kazakhe se situe entre les XIIIe et XVe siècles, à la jonction de cet héritage mongol et des anciennes tribus turques de la steppe. Lorsque la Horde d’Or se délite, au XVe siècle, l’ancien espace jochide se fragmente en multiples khanats, dont l’un, l’Ouzbek, recouvre l’essentiel du Kazakhstan actuel.
C’est au sein de ce khanat ouzbek que naît, par dissidence, le futur État kazakh.
Naissance de la khanate kazakhe et construction d’une identité
Vers le milieu du XVe siècle, deux princes descendus d’Urus Khan, Kerey et Janibek, rompent avec la domination d’Abu’l‑Khair, chef du khanat ouzbek. Insatisfaits de sa politique, ils entraînent avec eux environ 200 000 nomades et trouvent refuge en Mogholistan, où le khan Esen Buga leur concède des pâturages entre le Chu et le Talas. Ce mouvement de population, parfois qualifié de « grande migration », marque l’acte de naissance de la khanate kazakhe, datée autour de 1465.
Au tournant du XVIe siècle, le khanat connaît son apogée, son territoire s’étendant de la mer Caspienne à l’Irtych et à l’Altaï, et contrôlant l’essentiel de la steppe kipchak.
Khanat kazakh sous Kasym Khan
Des chroniqueurs de l’époque, comme Mirza Muhammad Haidar dans le Tarikh‑i Rashidi, décrivent Kasym comme maître du Dasht‑i Kipchak, à la tête d’une armée impressionnante. De nombreux historiens voient dans son règne le moment où la khanate kazakhe devient un État pleinement distinct, doté au surplus d’un premier code de lois, le Qasym Khannyn Qasqa Zholy (« la brillante voie de Kasym Khan »), qui codifie le droit coutumier et islamique kazakh.
Peu à peu, l’ethnonyme « Kazakh », issu d’une racine turque signifiant « libre », « indépendant » ou « vagabond », passe du statut d’étiquette extérieure (« Kazakh‑Ouzbek ») à une auto‑désignation. Cette évolution se prolonge sur un siècle environ, au fil de la consolidation politique et sociale de la khanate.
Fragmentation en trois jüzes et guerres de steppe
Après la mort de Kasym, la khanate entre dans une phase de troubles. Les fils du khan se disputent le pouvoir, ouvrant une période de guerres civiles. Entre 1522 et 1538, l’unité se délite et la structure étatique se recompose autour de trois grandes confédérations tribales, les jüzes ou hordes :
| Jüz (Horde) | Localisation principale historique |
|---|---|
| Grande (Senior) | Sud‑Est kazakh, au nord du Tian Shan, proche du Zhetysu |
| Moyenne | Steppe centrale, de l’Aral aux contreforts du centre |
| Petite (Junior) | Ouest kazakh, entre mer d’Aral et rivière Oural (Zhaïk) |
Ces trois ensembles, à la fois politiques, territoriaux et généalogiques, resteront une matrice fondamentale de l’organisation sociale kazakhe jusqu’à l’époque contemporaine.
Haqnazar, dernier fils de Kasym à devenir khan (1538–1580), parvient à réunifier temporairement les *jüzes* (hordes). Il étend l’influence kazakhe sur des peuples voisins comme les Bachkirs, les Kirghiz et les Nogais, et son autorité s’étend jusqu’aux régions de Kazan, de Sibérie et d’Astrakhan. Cependant, cette hégémonie reste fragile car elle repose en grande partie sur la perception de tributs souvent lourds, ce qui provoque des résistances parmi les populations soumises.
Au XVIIe siècle, la pression extérieure s’intensifie, surtout du fait des Oirats et de leur khanat dzoungar, ensemble de tribus mongoles occidentales en pleine ascension militaire. C’est le début d’un long cycle de guerres destructrices.
Le Kazakhstan, pivot des routes de la soie
Parallèlement à ces recompositions politiques, la région kazakhe joue un rôle majeur dans les échanges eurasiatiques. Au cœur des corridors terrestres, le sud du pays constitue l’une des grandes artères de la route de la soie. Ce vaste réseau, actif depuis le IIe siècle av. J.‑C. jusqu’au XVe siècle, relie la Chine, l’Asie centrale, la Perse, le Caucase et l’Europe sur plus de 6 000 kilomètres de pistes commerciales.
Corridors et itinéraires kazakhs
Plusieurs routes traversent ce qui est aujourd’hui le Kazakhstan. Parmi les plus importants, l’UNESCO a inscrit en 2014 le réseau de l’itinéraire de Chang’an au Tian Shan, un corridor transnational partagé entre Chine, Kazakhstan et Kirghizstan. Sur quelque 5 000 km, il relie l’ancienne capitale chinoise Chang’an au Zhetysu kazakh, par les cols montagneux et les oasis.
D’autres corridors structurent la circulation à travers la steppe :
| Corridor de la route de la soie | Zone traversée au Kazakhstan | Rôle principal |
|---|---|---|
| Chang’an–Tianshan | Zhetysu (Semirechye), Sud‑Est kazakh | Axe majeur Chine – Asie centrale – Europe |
| Syrdaria | Villes le long du Syr‑Daria (Otrar, Sauran, Syganak, etc.) | Chaîne de cités caravanières et agricoles |
| Saryarka | Steppe centrale (Desht‑i Kypchak) | Voie nordique des steppes vers l’Irtych et la Sibérie |
| Mangyshlak | Rive orientale de la Caspienne, déserts du Mangystau | Lien entre Asie centrale, Caucase et mondes caspien/iranien |
Dans le détail, des réseaux plus fins se dessinent. La route du Semirechye, par exemple, relie Shasha (Tachkent) à Turbat, Sayram (Ispidjab), Taraz, puis, via Kulan, Mirki, Aspara, l’ouest du lac Issyk‑Kul et le col de Santash vers la vallée de l’Ili. D’autres itinéraires, comme le chemin de Sarysu ou la route de Khanzhol, relient les centres urbains du sud (Otrar, Shavgar) aux passes vers le centre et le nord du Kazakhstan, ouvrant vers l’Irtych et les terres des Kimaks.
La densité du réseau caravanier au Kazakhstan a transformé des haltes de ravitaillement en villes, illustrant comment les échanges commerciaux ont stimulé l’urbanisation. Les caravanes y réorganisaient leurs cargaisons, faisant de ces relais des plaques tournantes économiques qui se sont progressivement sédentarisées et développées.
Villes caravanières et patrimoine urbain
De nombreuses villes mentionnées dans les sources médiévales se trouvent sur le territoire kazakh actuel. Certaines sont aujourd’hui des sites archéologiques majeurs, parfois inscrits au patrimoine mondial.
| Site urbain / archéologique | Période principale | Rôle dans les routes de la soie |
|---|---|---|
| Otrar (Farab) | VIIIe–XIIIe siècles et au‑delà | Carrefours commerciaux, centre culturel, ville natale d’al‑Farabi |
| Taraz | Plus de 2 000 ans | Grande cité caravanière, mausolées des XIe–XIIe siècles |
| Sayram (Ispidjab) | Mentionnée dès le VIIe siècle | Ville fortifiée, portes, mausolées et minarets préservés |
| Yassy (Turkestan) | Environ 1 500 ans de rôle majeur | Centre spirituel musulman, capitale de dynasties turco‑mongoles |
| Kayalyk | XIe–XIIIe siècles | Capitale karluk, grande ville de la vallée de l’Ili, visitée par Guillaume de Rubrouck |
| Talgar | VIIIe–XIVe siècles | Ville fortifiée, inscriptions turques, arabes, chinoises et kidanes |
| Kulan | VIIIe–XIIIe siècles | Cité avec temple du feu zoroastrien et vaste bazar |
| Ornek | VIIIe–XIIe siècles | Interface entre nomades et citadins, base des anciens Turcs |
| Karamergen | IXe–XIIIe siècles | Grand centre agricole du delta de l’Ili |
| Zhankent (Yangikent) | Ier–Xe siècles | Capitale de l’État oghouz au Xe siècle, plus grande ville du bas Syr‑Daria |
| Saraychik | XIIIe–XVIe siècles | Cité sur le Zhaïyk, centre commercial et politique de la Horde d’Or |
Turkestan, où se dresse le mausolée de Khoja Ahmed Yasawi (inscrit à l’UNESCO), devient à partir du XIVe siècle un centre spirituel majeur de l’islam soufi, attirant pèlerins et souverains qui souhaitent y reposer. La proximité de sites comme Otrar ou Sauran témoigne de la densité urbaine de la région sur ces axes caravaniers.
Les fouilles des villes anciennes ont révélé une richesse d’artéfacts témoignant de l’activité économique, culturelle et sociale de la région.
Découverte de monnaies variées : turgesh, tang, khorezmiennes, boukhares et karakhanides, illustrant l’ampleur des réseaux commerciaux.
Objets en céramique, bronze et fer, ainsi que des plaques de ceinture, révélant le savoir-faire artisanal et les technologies de l’époque.
Mise au jour de réseaux d’irrigation sophistiqués, démontrant une maîtrise avancée de la gestion de l’eau pour l’agriculture.
À Sidak, des tamgas (signes claniques gravés sur la poterie) illustrent la structuration tribale et l’identité dans le commerce.
Les marchandises, les idées et les croyances
Sur ces routes kazakhes circulent non seulement des caravanes chargées de soie, mais aussi un large éventail de produits. De l’est arrivent thé, teintures, parfums, porcelaine, papier, poudre à canon, laques, riz, objets métalliques. De l’ouest viennent chevaux, chameaux, miel, vin, or, verrerie, cuir. À cela s’ajoutent armes, médicaments, épices, fourrures, pierres précieuses, ivoire, voire des esclaves.
Initialement, les échanges de soie contre jade ou chevaux arabes forment le cœur du système. Mais très vite, le réseau devient le vecteur de circulations immatérielles. Les routes traversant le Kazakhstan voient se diffuser bouddhisme, christianisme, manichéisme et islam. Les villes comme Kayalyk abritent mosquées, temples bouddhiques et églises, illustrant une remarquable tolérance religieuse et la cohabitation de communautés diverses.
Les innovations intellectuelles suivent le même chemin : l’algèbre, la fabrication du papier, mais aussi des savoirs médicaux et astronomiques passent par ces couloirs. C’est ainsi que le monde islamique, puis l’Europe, s’approprient certaines inventions chinoises. Les routes servent en miroir à la diffusion des maladies : la peste y circule, et la grande peste noire médiévale pourrait être liée à ces flux.
Nomades, sédentaires et empires : un équilibre instable
Si les villes de la route de la soie incarnent la sédentarité, la force militaire réside souvent dans les confédérations nomades de la steppe. Les Sakas, puis les Huns, les Turcs, les Oghuz, les Kipchaks, les Mongols puis les Kazakhs structurent l’espace, contrôlent les pâturages, les tributs et la sécurité des routes. Les Sogdiens, marchands caravaniers par excellence entre le IVe et le VIIIe siècle, opèrent souvent comme intermédiaires, leur langue devenant une lingua franca du commerce transasiatique.
La khanate kazakhe s’inscrit pleinement dans cette logique. Elle tire sa puissance de la mobilité de ses cavaliers, de la maîtrise des routes pastorales et du contrôle des points clés des circuits commerciaux. Son économie repose sur l’élevage (chevaux, moutons, chameaux), mais aussi sur les taxes prélevées sur les caravanes traversant son territoire.
Les relations avec les voisins – Nogais, Boukhara, Sibérie, Mogholistan – sont marquées par une alternance de guerres et d’alliances, dans un équilibre sans cesse renégocié. Le système politique est une monarchie semi‑élective : seuls les descendants mâles de Gengis Khan peuvent prétendre au titre de khan, mais leur autorité dépend du soutien des chefs de clans, des sultans et des biys (juges et médiateurs).
Les guerres dzoungares et la « grande catastrophe »
À partir du milieu du XVIIe siècle, l’existence même de la khanate kazakhe est menacée par le khanat dzoungar, puissant État oirat qui domine les confins entre steppe et montagnes. Les hostilités débutent sérieusement vers 1643. Les Kazakhs connaissent des revers majeurs au début du XVIIIe siècle, au point que l’invasion de 1723 est restée dans la mémoire collective comme l’« Aktaban Shubyryndy », littéralement « les années des grands piétinements », souvent traduite par « années de grande destruction » ou « grande catastrophe ». Des tribus entières sont massacrées ou contraintes à l’exode.
Les Kazakhs, menés par le khan Abul Khair, remportent des victoires décisives contre les Dzoungars à la rivière Bulanty (1726) et à Añyraqai (1729). Le chef Ablai s’y distingue et est proclamé batyr (héros). Ces guerres prennent fin avec l’intervention de la dynastie Qing, qui anéantit le khanat dzoungar entre 1757 et 1758.
Ce tournant ouvre toutefois une nouvelle ère de dépendance, car Ablai, devenu khan de la Horde moyenne, doit composer désormais avec deux géants : l’empire russe au nord et les Qing à l’est et au sud‑est. Il accepte la suzeraineté russe dès 1740, tout en reconnaissant également l’autorité de l’empereur Qianlong, jouant un fragile jeu d’équilibre pour préserver une marge d’autonomie.
L’avancée russe et la fin de la khanate kazakhe
Le contact avec la Russie remonte bien avant l’époque d’Ablai : dès le XVIIe siècle, marchands et cosaques russes se sont implantés sur les marges nord‑occidentales, fondant des postes qui donneront naissance à des villes comme Oral (Yaitsk) ou Atyraou (Gouriev). À partir de 1730, ce contact se transforme en domination politique. Abul Khair, espérant un appui contre les Dzoungars et d’autres rivaux, sollicite la protection de l’impératrice Anna Ioannovna. En 1731, la Petite Horde prête serment d’allégeance à la Russie. La Horde moyenne suit à partir de 1740, la Grande dans les années 1820.
Cette « protection » se traduit rapidement par une emprise croissante. L’empire fait construire une ligne de forts le long de l’Irtych, avec des places comme Omsk, Semipalatinsk ou Oust‑Kamenogorsk. La réforme de 1822, connue comme la « Charte sur les Kirghiz sibériens », abolit l’institution du khan dans la Horde moyenne, remplacée par une administration impériale en districts et volosts. La Petite Horde est à son tour privée de khan en 1824, la Grande en 1848.
L’année de la mort de Kenesary Qasymov, marquant symboliquement la fin de la khanat kazakhe.
À la fin du XIXe siècle, toute la steppe kazakhe est intégrée à l’empire russe. La région est divisée entre le Gouvernorat général des steppes et celui du Turkestan russe. La construction de la ligne ferroviaire Orenbourg–Tachkent, achevée en 1906, accélère la colonisation agraire : plus d’un demi‑million de familles paysannes russes et slaves s’installent entre 1906 et 1912, grignotant les pâturages traditionnels et bousculant le mode de vie nomade.
Colonisation, révoltes et expérience soviétique
La fin du XIXe et le début du XXe siècle voient émerger une intelligentsia kazakhe instruite dans les écoles russes, qui tente de conjuguer modernité et traditions. Des figures comme Shoqan Walikhanov et Abay Kounanbaïouly adaptent les idées européennes au contexte de la steppe, réinterprètent le passé et plaident pour l’éducation, la réforme et la dignité nationale.
La Première Guerre mondiale et la décision de mobiliser les populations d’Asie centrale pour des travaux militaires provoquent, en 1916, une grande révolte à travers la steppe. La répression est brutale, causant des milliers de morts et forçant de nombreux Kazakhs à fuir vers la Chine ou la Mongolie.
Après la révolution de 1917, plusieurs projets politiques émergent. Le plus emblématique est celui de l’Alash Orda, gouvernement autonome formé par les élites kazakhes pour obtenir une large autonomie au sein d’une Russie fédérale. Porté par des intellectuels comme Alikhan Boukeikhanov, Ahmet Baitoursynov ou Mirjakip Doulatov, ce projet est finalement écrasé par les bolcheviks en 1920.
Le Kazakhstan entre alors dans la période soviétique. La république autonome kirghize (qui en réalité concerne les Kazakhs, alors souvent confondus avec les Kirghiz) est proclamée en 1920 au sein de la RSFSR, renommée république autonome kazakhe en 1925, puis élevée en 1936 au rang de république socialiste soviétique à part entière.
Collectivisation et famine : la tragédie de l’Asharshylyk
La mise en œuvre des politiques staliniennes de collectivisation et de sédentarisation, à partir de la fin des années 1920, a un effet dévastateur sur la société kazakhe. L’objectif officiel est de moderniser l’agriculture, d’éradiquer le « nomadisme arriéré » et d’intégrer la steppe au système économique planifié. En pratique, la confiscation massive du bétail, la fixation forcée des populations et des quotas de livraisons irréalistes conduisent à une catastrophe humanitaire.
Nombre estimé de morts lors de la famine Asharshylyk au Kazakhstan entre 1929 et 1933, représentant entre un cinquième et un tiers de la population.
Cette famine transforme les Kazakhs en minorité sur leur propre terre, dans un contexte où les politiques d’industrialisation et de peuplement encouragent par ailleurs l’installation de colons russes et ukrainiens. Aujourd’hui, cette tragédie est commémorée chaque 31 mai, journée dédiée aux victimes des répressions politiques et de la famine.
Répressions, déportations et industrialisation
La terre kazakhe devient un des principaux théâtres du système répressif soviétique. Au moins onze grands camps du Goulag y sont installés, dont le gigantesque Karlag, par lequel passent plus d’un million de détenus. Des camps spécifiques, comme ALZHIR – réservé aux épouses des « traîtres à la patrie » – illustrent la logique de culpabilité collective.
Entre la fin des années 1930 et le milieu des années 1940, plus d’un million de personnes (Coréens, Allemands, Tatars de Crimée, Polonais, Tchétchènes, Ingouches, etc.) ont été déportées de force au Kazakhstan. Ces déplacements, combinés à la colonisation tsariste et aux famines, ont fait du pays un véritable patchwork ethnique.
Dans le même temps, le Kazakhstan devient un centre industriel majeur de l’URSS. Mines de charbon de Karaganda et Ekibastouz, complexes métallurgiques, pétrole de la Caspienne : la république est transformée en plateforme d’extraction de ressources. Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses usines sont évacuées ici depuis l’ouest de l’Union, renforçant encore la base industrielle.
Les années 1950 voient le lancement de la campagne des terres vierges, visant à cultiver en blé les steppes du nord. Cette politique attire plusieurs centaines de milliers de nouveaux colons slaves et bouleverse davantage encore l’équilibre démographique. À la fin des années 1950, les Russes représentent environ 43 % de la population, les Kazakhs à peine 30 %.
Nombre d’explosions nucléaires réalisées sur le site d’essais de Semipalatinsk entre 1949 et 1989
Montée d’une conscience nationale et chemin vers l’indépendance
Malgré la répression et la russification linguistique, la culture kazakhe se maintient et se renouvelle. La littérature, la musique, le cinéma deviennent des espaces de réflexion sur l’identité, qu’incarnent des figures comme Mukhtar Aouezov ou Gabit Mougrepov. L’élite politique kazakhe gagne aussi en visibilité : Dinmoukhamed Kounaïev dirige le parti communiste du Kazakhstan pendant près de trente ans et siège au Politburo soviétique.
En décembre 1986, la destitution brutale de Kounaïev par Mikhaïl Gorbatchev, remplacé par un apparatchik russe étranger à la république, déclenche à Alma‑Ata les manifestations de Jeltoqsan. La répression fait plusieurs morts et des centaines de blessés et de détenus. Cet événement, premier soulèvement massif en URSS contre une décision du centre, marque un tournant : il est souvent regardé comme le prélude à l’effondrement soviétique et devient plus tard un symbole fondateur pour le Kazakhstan indépendant.
Au tournant des années 1990, les mouvements écologistes contre les essais nucléaires (Nevada–Semipalatinsk) et la mobilisation face à la disparition de la mer d’Aral contribuent à ancrer une conscience politique propre. Le 25 octobre 1990, le Kazakhstan proclame sa souveraineté au sein de l’URSS. Le 16 décembre 1991, il déclare son indépendance, dernier des anciens territoires soviétiques à franchir ce pas.
De l’indépendance à l’État moderne
En devenant une république souveraine, le Kazakhstan hérite à la fois d’un passé millénaire d’empires, de routes caravanières et de nomadisme, et d’un legs soviétique lourd : infrastructures industrielles, bases militaires, arsenaux nucléaires, mais aussi fractures sociales et écologiques. Noursoultan Nazarbaïev, ancien premier secrétaire du parti communiste local, devient le premier président du pays et engage un vaste chantier de construction étatique.
En 1994, par le mémorandum de Budapest, le pays s’est engagé à démanteler ses armes nucléaires. Il a également fermé et assaini progressivement le site de Semipalatinsk, se positionnant ainsi comme un acteur de la non-prolifération nucléaire internationale.
Parallèlement, le Kazakhstan déplace sa capitale d’Almaty à Akmola en 1997, rebaptisée Astana en 1998. Cette nouvelle capitale au cœur de la steppe symbolise une forme de « recentrage » géopolitique, et la volonté de bâtir une identité nationale tournée vers l’avenir, tout en tenant compte de l’équilibre démographique entre nord russophone et sud kazakhophone. La ville changera à nouveau de nom – Nur‑Sultan, puis retour à Astana – au gré des évolutions politiques.
Dans le cadre de la nouvelle route de la soie, le pétrole est devenu la « nouvelle soie », et les grandes compagnies, notamment chinoises, jouent un rôle significatif dans le secteur énergétique du Kazakhstan.
Analystes économiques
Sur le plan diplomatique, le pays adopte une « politique étrangère multivectorielle », cherchant à équilibrer relations avec la Russie, la Chine, l’Occident et le monde musulman. Membre de multiples organisations régionales – CEI, OCS, Union économique eurasiatique, OTSC – mais également engagé au sein de l’ONU, de l’OSCE ou de l’Organisation de la coopération islamique, le Kazakhstan se positionne comme médiateur et carrefour.
Mémoire, patrimoine et continuité historique
L’histoire du pays au Kazakhstan ne se résume ni au seul récit national kazakh, ni au seul héritage soviétique. Elle est faite de couches superposées que la société contemporaine cherche à revisiter et à valoriser.
Le patrimoine matériel, longtemps négligé, prend aujourd’hui une place centrale. Le pays compte plus de 25 000 monuments historiques et culturels recensés, dont plusieurs sites inscrits à l’UNESCO. La route de la soie, à travers le corridor Chang’an–Tian Shan et la reconnaissance de villes comme Otrar, Kayalyk, Talgar ou Akyrtas, est devenue un vecteur puissant de mise en avant du passé médiéval.
Des mausolées comme celui de Khoja Ahmed Yasawi à Turkestan, l’homme d’or d’Issyk, les pétroglyphes de Tamgaly ou les tumulus sakas de Besshatyr fournissent des ancrages tangibles à un récit qui remonte jusqu’aux Sakas et aux Andronoviens. Les tombeaux de Jochi Khan ou d’Alasha Khan, les mosquées souterraines du Mangystau, les ruines d’Ablaykit témoignent des multiples strates religieuses et politiques qui se sont succédé.
Le Kazakhstan moderne tente ainsi de tenir ensemble ces dimensions : l’ancien monde nomade et caravanière, l’héritage gengiskhanide et islamique de la khanate kazakhe, la modernité industrielle soviétique et les ambitions d’un État indépendant au cœur de l’Eurasie. En filigrane, une constante traverse les siècles : la capacité de cet espace, au croisement des routes de la soie et des steppes, à absorber, transformer et redistribuer influences et pouvoirs.
L’histoire du pays au Kazakhstan reste en écriture. Mais qu’il s’agisse des premiers cavaliers de Botai, des marchands sogdiens d’Otrar, des khans descendant de Jochi, des manifestants de Jeltoqsan ou des bâtisseurs d’Astana, tous participent à une même trame : celle d’un territoire qui n’a jamais cessé d’être un carrefour, et qui continue de l’être à l’ère des « nouvelles routes de la soie ».
L’histoire du Kazakhstan
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers le Kazakhstan pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Maurice, Kazakhstan), la stratégie retenue a consisté à cibler Almaty/Nour-Soultan pour sa fiscalité modérée (flat tax à 10 % sur certains revenus, absence d’impôt sur la fortune), son coût de vie bien inférieur à Paris et son positionnement stratégique entre Europe et Asie. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec achat de résidence principale ou bail long terme, gestion sécurité sociale / assurance santé internationale, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec réseau local (avocat, immigration, fiscaliste bilingue) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire).
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