S’installer en République Tchèque, c’est entrer dans un pays paradoxal : l’un des plus sécularisés du monde, mais tapissé d’églises, de monastères et de fêtes au calendrier hérité du christianisme. Pour un expatrié, la religion ne se vit pas ici comme en Pologne, en Italie ou aux États‑Unis. Elle structure moins la vie quotidienne, mais elle imprègne encore les symboles, les jours fériés, les paysages urbains et de campagne, et même certaines controverses politiques.
Comprendre le paysage religieux tchèque est essentiel pour éviter les maladresses, interpréter certaines attitudes et apprécier la culture locale. Ce guide décrypte la scène religieuse, les usages dans les lieux de culte et les moments de l’année où la religion, dans une société majoritairement non-croyante, devient plus visible.
Un pays largement non religieux, mais pas simplement « athée »
La première surprise des nouveaux arrivants est souvent statistique. La République Tchèque est régulièrement classée parmi les sociétés les plus irréligieuses de la planète. Les chiffres du recensement de 2021 donnent la mesure de ce phénomène.
Un paysage religieux très singulier
Le tableau suivant résume les grandes catégories déclarées lors du recensement de 2021.
| Catégorie (2021) | Nombre de personnes | Part de la population |
|---|---|---|
| Sans religion / irréligieux | 5 027 794 | 47,8 % |
| Croyants sans religion définie | 1 005 788 | 9,6 % |
| Chrétiens (total) | 1 241 214 | 11,7 % |
| – dont catholiques (toutes catégories) | 985 318 | 9,3 % |
| Autres religions et identités religieuses | 1 139 – approx? | 10,8 % |
| Religion non déclarée | 3 162 540 | 30,1 % |
| Population totale | 10 524 167 | 100 % |
Derrière ces chiffres, plusieurs idées clés à garder en tête quand on vit ici :
Les sociologues estiment que la proportion de vrais athées convaincus dans la population se situe entre 10 et 20 %.
Pour un expatrié venant d’un pays où le fait d’être croyant ou non structure fortement l’identité sociale, cette indifférence peut dérouter. Dans la conversation, la religion apparaît rarement spontanément, et la plupart des Tchèques n’ont aucun réflexe d’évangélisation ou de prosélytisme, quel que soit leur camp.
Une chute spectaculaire du christianisme
Pour prendre la mesure de la rupture, il suffit de regarder l’évolution historique. Au milieu du XXe siècle, la société était massivement chrétienne, en très grande majorité catholique. Un siècle plus tard, la situation est quasiment inversée.
| Année de recensement | Part de chrétiens | Part de catholiques | Commentaire synthétique |
|---|---|---|---|
| 1921 | 91,5 % | 82,1 % | Pays quasi entièrement chrétien |
| 1950 | 93,7 % | 76,7 % | Dominance catholique très nette |
| 1991 | 43,9 % | 39,1 % | Effondrement après le communisme |
| 2001 | 30,2 % | 26,9 % | Poursuite de la baisse |
| 2011 | 13,2 % | 10,5 % | Minorisation claire du christianisme |
| 2021 | 11,7 % | 9,3 % | Religion de minorité, choix individuel |
Deux éléments expliquent cette trajectoire : un long héritage de méfiance envers l’Église catholique, associée à la domination des Habsbourg et à la Contre‑Réforme, puis quatre décennies de régime communiste promouvant l’athéisme d’État et contrôlant strictement toutes les communautés religieuses.
Aujourd’hui, être chrétien relève davantage d’un engagement personnel que d’une tradition familiale. Les croyants tendent à être plus âgés, plus souvent des femmes, et sont relativement plus nombreux dans les campagnes de Moravie que dans les grandes villes de Bohême.
Comprendre l’histoire pour saisir les sensibilités actuelles
Pour un expatrié, quelques repères historiques suffisent à expliquer beaucoup de réactions contemporaines, notamment la réserve vis‑à‑vis de l’Église catholique et la valorisation de certaines figures « hérétiques » du point de vue de Rome.
Des missionnaires byzantins à la Réforme bohémienne
La christianisation des terres tchèques remonte aux IXe et Xe siècles. Des missionnaires byzantins, saints Cyrille et Méthode, introduisent la liturgie en slavon et un alphabet spécifique. Le pays s’insère ensuite peu à peu dans l’orbite de l’Église latine.
Mais c’est surtout la Réforme bohémienne, un siècle avant Luther, qui marque durablement l’imaginaire local. Jan Hus, théologien et prédicateur, prône au début du XVe siècle une réforme radicale de l’Église : prédication en langue tchèque, communion sous les deux espèces pour les laïcs, critique de la richesse du clergé. Condamné pour hérésie, il est brûlé vif en 1415.
Dans de nombreux pays catholiques, Jan Hus est perçu négativement. En revanche, en République tchèque, il est célébré comme un héros national. Sa mort est commémorée par un jour férié le 6 juillet et sa statue domine la place de la Vieille-Ville à Prague. Pour de nombreux Tchèques peu religieux, son histoire, celle d’un réformateur brûlé vif pour hérésie en 1415, entretient une méfiance envers les institutions ecclésiales, particulièrement romaines.
La Contre‑Réforme et la « nuit sombre »
Après la défaite des nobles tchèques à la bataille de la Montagne Blanche en 1620, les Habsbourg imposent une re‑catholicisation brutale : expulsion ou conversion forcée des protestants, monopole du catholicisme, confiscation de biens. Pendant environ un siècle et demi, la tolérance religieuse est quasi inexistante. Cette période est parfois décrite comme des « jours de ténèbres » dans l’historiographie nationale.
Ce traumatisme collectif alimente un anticléricalisme latent. Plusieurs siècles plus tard, une partie de la population continue d’associer l’Église catholique à la domination étrangère, à l’allemand, à la contrainte. Ce substrat a facilité, au XXe siècle, l’adhésion d’une partie de l’intelligentsia à l’athéisme marxiste.
Le communisme : religion sous surveillance
Entre 1948 et 1989, le régime communiste instaure un contrôle étroit de toutes les Églises. Les lois de 1949 soumettent la nomination du clergé à l’aval de l’État, des centaines de prêtres et religieux sont emprisonnés, des couvents fermés, des propriétés religieuses nationalisées. L’idéologie officielle est ouvertement athée.
Cette période laisse plusieurs traces visibles aujourd’hui :
– Une génération entière a grandi sans catéchisme ni pratique religieuse régulière, rompant la transmission familiale.
– Les Églises ont parfois développé une culture du repli et de la méfiance envers les inconnus, ce qui peut encore se percevoir dans certains paroisses peu accueillantes aux nouveaux venus.
– La restitution des biens ecclésiastiques après 1989 a nourri des polémiques politiques, renforçant la suspicion envers « les Églises » chez une partie des électeurs.
Pour un expatrié croyant, il est utile de se souvenir que nombre de Tchèques ont, dans leur entourage, des histoires de persécution religieuse, de collaboration forcée ou de compromis douloureux, qui compliquent leur rapport aux institutions ecclésiales.
Qui croit à quoi aujourd’hui ?
La mosaïque religieuse tchèque est plus variée qu’on ne l’imagine au premier abord, même si toutes les communautés restent numériquement modestes.
Les chrétiens : une minorité diversifiée
Malgré la sécularisation, le christianisme demeure la première famille religieuse, mais très minoritaire.
| Groupe chrétien (2021) | Nombre d’adhérents | Part de la population |
|---|---|---|
| Catholicisme (au sens large) | 985 318 | 9,3 % |
| – dont Église catholique romaine | 741 175 | ~7,0 % |
| – « catholiques sans Église » | 235 834 | ~2,2 % |
| – Église gréco‑catholique ruthène | 8 309 | 0,1 % |
| Église évangélique des Frères tchèques | 32 577 | 0,3 % |
| Église hussite tchécoslovaque | 23 610 | 0,2 % |
| Églises luthériennes (Confession d’Augsbourg) | 11 047 | 0,1 % |
| Église orthodoxe (Tchèques et Slovaques, etc.) | 41 178 | 0,4 % |
| Témoins de Jéhovah | 13 298 | 0,1 % |
| Autres chrétiens ou « chrétiens » non précisés | 71 089 | 0,7 % |
Pour un expatrié chrétien, plusieurs réalités méritent d’être notées.
Les catholiques forment encore le plus grand groupe, mais en forte érosion. La pratique dominicale est faible : des estimations évoquent environ 5 % de participation régulière à la vie paroissiale à la fin des années 1990, et la tendance baissière s’est prolongée. Les messes sont souvent peu remplies en Bohême, surtout dans les grandes villes.
Les protestants historiques sont numériquement modestes, mais parfois très structurés. L’Église évangélique des Frères tchèques résulte de l’union de traditions luthériennes et réformées au début du XXe siècle, avec une forte conscience de filiation avec la Réforme hussite et la tradition de Jan Amos Comenius. Elle attache une grande importance à l’éducation théologique des laïcs, ce qui donne des communautés où la discussion intellectuelle est à l’aise.
Née en 1920 d’un schisme avec le catholicisme, elle a incarné un moment l’espoir d’une « Église nationale » modernisée. Elle aussi a perdu une grande partie de ses membres pendant la période communiste et après.
L’Église hussite tchécoslovaque
Les Églises orthodoxes se sont renforcées grâce à des vagues d’immigration venues d’Ukraine ou de Russie. Dans les grandes villes, on trouve des paroisses orthodoxes actives et visibles.
Pour un expatrié, la conséquence pratique est simple : l’offre de lieux de culte chrétiens existe, mais elle est beaucoup plus ténue que dans les pays de tradition massivement catholique, et son dynamisme varie énormément selon les régions. La Moravie du sud‑est reste globalement plus pratiquante, avec des villages où l’Église catholique structure encore fortement la vie locale, tandis que le nord‑ouest industriel de Bohême compte parmi les zones les plus non‑religieuses d’Europe.
Bouddhisme, islam, judaïsme et autres minorités
À côté du christianisme et des non‑religieux, une frange non négligeable de la population se rattache à d’autres traditions ou à des mouvements spirituels atypiques.
| Religion ou courant (2021) | Nombre d’adhérents | Part de la population |
|---|---|---|
| Bouddhisme | 5 757 | ~0,05 % |
| Islam | 5 244 | ~0,05 % |
| Judaïsme | 1 901 | ~0,02 % |
| Paganisme (Rodnovery, druides…) | 2 953 | ~0,03 % |
| Hindouisme | 2 024 | ~0,02 % |
| Pastafarisme | 2 696 | ~0,03 % |
| « Jediisme » | 21 539 | ~0,2 % |
| Biotronics (Société Zezulka) | 1 053 | ~0,01 % |
Le bouddhisme s’appuie en grande partie sur la communauté vietnamienne, plus de 60 000 personnes, plus grand groupe asiatique du pays. Beaucoup pratiquent un bouddhisme mahayana mêlé de culte des ancêtres et de références confucéennes ou taoïstes. À côté de cela, des Tchèques de naissance se tournent vers le theravada ou le vajrayana, souvent via des centres liés au « Chemin du diamant » fondé par le lama Ole Nydahl ou à des écoles tibétaines et coréennes.
L’islam est une religion très minoritaire en République tchèque, comptant seulement quelques milliers de fidèles. La communauté est diversifiée, composée de Turcs, de Bosniaques, de Kosovars, d’anciens étudiants du Moyen-Orient devenus résidents, et de quelques convertis tchèques (majoritairement des femmes selon certaines sources). Le paysage religieux comprend peu de mosquées, et leurs projets d’agrandissement font parfois face à des résistances locales. Malgré la petite taille de la communauté, un discours politique anti-islam est régulièrement utilisé par certains partis populistes, créant un climat de suspicion ponctuel.
Le judaïsme, historiquement très présent en Bohême et en Moravie, a été presque anéanti par la Shoah. Aujourd’hui, moins de 2 000 personnes se déclarent juives, mais les synagogues restaurées, les musées et les cérémonies de mémoire rappellent cette dimension essentielle de l’histoire tchèque.
Enfin, la présence de mouvements néo‑païens, de wiccans, de rodnovères slaves ou même de « pastafariens » illustre la diversification de la scène spirituelle. Ces groupes restent marginaux numériquement mais participent au paysage culturel, notamment dans certains milieux urbains jeunes et éduqués.
Lieux de culte : monuments, pratiques et étiquette
En se promenant à Prague, Brno ou Olomouc, l’expatrié est frappé par le nombre d’églises, de monastères et de chapelles. Beaucoup fonctionnent moins comme des lieux de culte actifs que comme monuments historiques, salles de concert ou musées. Pourtant, ce sont aussi des espaces de prière pour une minorité de fidèles. Savoir s’y comporter avec respect est indispensable.
Règles de base dans les églises et cathédrales
Les responsables des églises tchèques posent des règles très claires pour les visiteurs, croyants ou non. Quelques grands principes peuvent être retenus.
L’accès est refusé aux personnes en état d’ébriété, sous l’emprise de drogues, portant des vêtements manifestement sales ou dégageant une forte odeur, ou ne respectant pas les règles d’hygiène élémentaire. Les animaux ne sont en général pas admis, à l’exception des chiens guides.
À l’intérieur, il est interdit de fumer, de boire ou de manger. Les comportements bruyants, les altercations, les sollicitations agressives (comme la mendicité insistante) ou les gestes jugés déplacés donnent lieu à une expulsion immédiate, éventuellement avec appel à la police en cas de trouble grave.
La règle d’or pour un expatrié : considérer toute église comme un lieu de recueillement et adapter son comportement en conséquence, même si l’on n’est pas croyant.
Parler à voix basse et éviter les conversations inutiles pour préserver le calme et la solennité du lieu.
Privilégier une tenue discrète et décente, couvrant les épaules et les genoux, en fonction des coutumes locales.
Observer et suivre discrètement les gestes des fidèles (se lever, s’asseoir, se signer) sans nécessairement y participer si l’on n’est pas croyant.
Éviter de prendre des photos ou d’utiliser son téléphone, sauf autorisation explicite, et toujours désactiver le flash et le son.
Rester dans les zones accessibles aux visiteurs, éviter de traverser le chœur ou l’autel, et ne pas perturber les offices en cours.
Adopter une posture respectueuse, éviter les gestes brusques ou bruyants, et se montrer discret et attentif à l’environnement.
– parler à voix très basse, voire se taire ;
– mettre son téléphone en mode silencieux ;
– éviter de circuler dans la nef ou de prendre des photos pendant un office ;
– s’abstenir de toucher les objets liturgiques ou les œuvres d’art.
Quand un office est en cours et qu’il n’existe pas de plage horaire spécifique aux visites touristiques, il est préférable soit de ressortir, soit de s’asseoir discrètement au fond en observant le silence. Déambuler, prendre des clichés ou discuter pendant la messe est vécu comme profondément irrespectueux.
Tenue vestimentaire et attitude corporelle
La question de la tenue est particulièrement sensible pour les visiteurs issus de cultures plus décontractées. Dans les églises catholiques et orthodoxes tchèques, on attend une certaine modestie : épaules couvertes, jupes ou shorts arrivant au minimum au genou, pas de tongs de plage ni de débardeurs très échancrés.
Les usages diffèrent selon le lieu de culte. Les hommes retirent généralement leur couvre-chef à l’entrée des églises. Pour les femmes, le voile n’est pas obligatoire dans les églises catholiques, mais peut être requis dans certains lieux orthodoxes (russe ou orientale) où des châles sont parfois fournis. Dans les synagogues, les hommes doivent couvrir leur tête (une kippa est généralement mise à disposition).
Dans les églises orthodoxes, beaucoup de fidèles prient debout et se signent fréquemment. Il est recommandé de suivre discrètement le mouvement général (se lever quand tout le monde se lève, éviter de croiser les jambes assis, ne pas déambuler devant l’iconostase). Là encore, le principe est simple : regarder d’abord, imiter éventuellement, mais ne jamais perturber.
Photographie, enregistrement et dons
Dans la plupart des grands monuments, la photographie sans flash est tolérée, parfois moyennant un supplément sur le billet d’entrée. En revanche, filmer ou enregistrer un office nécessite en principe l’autorisation du curé. Prendre des photos de fidèles en prière sans leur consentement est à proscrire.
La règle de base est de vérifier les pictogrammes présents à l’entrée ou de demander au gardien. Certains lieux interdisent tout type de prise de vue dans certaines chapelles ou pendant les cérémonies.
Allumer un cierge est un geste particulièrement répandu, qui ne suppose pas d’être baptisé. Il est d’usage de laisser une petite offrande dans le tronc prévu à cet effet. Dans beaucoup d’églises d’entrée gratuite, un don modeste est aussi apprécié pour l’entretien de l’édifice.
Jours fériés, fêtes et traditions religieuses dans la vie quotidienne
Même dans un pays très sécularisé, le calendrier demeure profondément marqué par des fêtes issues du christianisme ou de la mémoire religieuse. Pour un expatrié, ces jours fériés ont des implications très concrètes : commerces fermés, horaires de transports modifiés, rituels sociaux à connaître.
Les principaux jours fériés à coloration religieuse
La loi tchèque énumère treize jours fériés officiels, dont plusieurs directement liés au christianisme ou à des figures religieuses.
| Date | Nom (traduction) | Dimension religieuse principale |
|---|---|---|
| 1er janvier | Jour de l’An / Jour de la restauration de l’État | Référence surtout politique, mais sur fond de Nouvel An |
| Vendredi saint (date variable) | Vendredi saint | Commémoration de la Passion du Christ |
| Lundi de Pâques (variable) | Lundi de Pâques | Fête pascale, rituels spécifiques (pomlázka) |
| 5 juillet | Saints Cyrille et Méthode | Hommage aux missionnaires des Slaves |
| 6 juillet | Jour de Jan Hus | Souvenir du réformateur brûlé pour hérésie |
| 28 septembre | Jour de l’État tchèque (Saint Venceslas) | Fête du saint patron du pays |
| 24 décembre | Réveillon de Noël | Célébration familiale majeure |
| 25 décembre | Noël | Jour de Noël |
| 26 décembre | Saint Étienne (Deuxième jour de Noël) | Prolongement liturgique des fêtes |
D’autres dates, non fériées mais signifiantes, jalonnent l’année : l’Épiphanie (6 janvier), la Toussaint et la commémoration des fidèles défunts début novembre, ou encore certaines journées de mémoire (victimes de la Shoah, victimes du régime communiste, etc.).
Pour un expatrié, deux périodes méritent une attention particulière : Pâques et Noël.
Pâques : entre liturgie et branches de saule
Si la fréquentation des offices pascals reste modeste à l’échelle du pays, certaines coutumes restent étonnamment vivaces, même chez des familles non pratiquantes.
Le lundi de Pâques, en République tchèque et Slovaquie, des garçons et des hommes utilisent des verges tressées en osier appelées *pomlázka* pour fouetter légèrement les femmes de leur entourage. Cette tradition, réputée leur transmettre santé et jeunesse, se fait en échange d’œufs décorés, de friandises ou d’un verre de *slivovice*, une eau-de-vie de prune.
Dans le contexte contemporain, cette pratique est parfois critiquée comme sexiste, mais elle reste répandue, notamment en campagne. Pour une expatriée, il peut être utile de savoir que ce rituel persiste, afin de ne pas être prise entièrement au dépourvu dans un environnement traditionnel. Rien n’oblige évidemment à y participer ; beaucoup de Tchèques urbains s’en amusent à distance.
La décoration des œufs de Pâques (kraslice) est un art en soi, avec des techniques régionales (cire, grattage, teinture) que l’on peut découvrir dans des ateliers et musées. C’est un excellent point d’entrée culturel pour des enfants d’expatriés.
Noël : un pays non pratiquant, mais une fête très chrétienne
La fête vraiment centrale du calendrier tchèque est Noël, et plus précisément la soirée du 24 décembre (Štědrý den). Même des familles peu religieuses tiennent à certains éléments :
– repas du réveillon, traditionnellement carpe frite et salade de pommes de terre ;
– distribution des cadeaux ce même soir, attribués non pas au Père Noël, mais à l’Enfant Jésus (Ježíšek) ;
– visite possible d’une messe de minuit, parfois comme simple rituel culturel.
Les 25 et 26 décembre sont fériés, mais c’est bien le 24 qui concentre l’intensité familiale. Pour un expatrié, il est bon de savoir que la plupart des commerces ferment tôt ce jour‑là (les grandes surfaces ont l’obligation de fermer à midi), et que les villes se vident le soir.
Autre moment fort de la période : la Saint‑Nicolas (5 décembre). Ce soir‑là, un trio composé de saint Nicolas, d’un ange et d’un diable parcourt rues et appartements pour questionner les enfants sur leur comportement de l’année, distribuant friandises ou petits avertissements. Là encore, la dimension religieuse est largement folklorisée, mais la scène reste marquante pour qui n’y est pas habitué.
Au‑delà des fêtes, certaines attitudes sociales déroutent parfois les expatriés, surtout ceux issus de cultures où l’appartenance religieuse est assumée publiquement. En République Tchèque, la norme est plutôt la discrétion, voire la réserve.
Parler de religion avec des Tchèques
La communication tchèque est réputée directe sur certains sujets (politique intérieure, critiques du pays), mais la religion reste souvent en marge des conversations quotidiennes. Plusieurs éléments peuvent aider à naviguer ces échanges :
Beaucoup de Tchèques se méfient des grandes institutions, y compris religieuses, souvent en raison de mauvaises expériences dans des paroisses perçues comme fermées ou moralisatrices après le communisme. Parallèlement, un intérêt persiste pour des spiritualités alternatives comme le bouddhisme ou les pratiques new age, perçues comme moins dogmatiques que le christianisme.
Pour un expatrié croyant, manifester sa foi n’est pas tabou, mais il est sage de le faire avec modestie et sans prosélytisme. Les Tchèques apprécient les échanges honnêtes mais n’aiment pas les discours triomphalistes ou moralisateurs. Inversement, pour un expatrié non croyant, plaisanter agressivement sur la religion peut heurter des minorités pratiquantes déjà sur la défensive.
Intégration dans les communautés religieuses locales
Beaucoup d’églises historiques n’ont pas développé de culture de l’accueil des étrangers. Des témoignages de nouveaux arrivants évoquent des offices où aucun effort n’est fait pour expliquer la liturgie, pas de salutations chaleureuses à l’entrée, une impression d’entrer dans un cercle fermé. Ce manque d’hospitalité n’est pas spécifique à la République Tchèque, mais il est ici accentué par les décennies de clandestinité ou de suspicion sous le communisme.
Des exceptions existent au sein du paysage religieux tchèque, notamment certaines paroisses catholiques dynamiques en Moravie, des assemblées évangéliques anglophones à Prague, ou des communautés étudiantes plus détendues à Brno. Un exemple concret est l’Église anglicane Saint Clement’s à Prague, souvent citée pour ses efforts d’accueil : elle fournit des livrets détaillés expliquant le déroulement du culte et favorise la convivialité avec un temps de café après l’office et des explications données en anglais.
Pour un expatrié pratiquant, quelques stratégies sont utiles :
– se renseigner sur les communautés parlant sa langue (anglais, français, espagnol) ;
– accepter que plusieurs essais soient nécessaires avant de trouver un lieu où l’on se sent vraiment accueilli ;
– ne pas interpréter une forme de réserve initiale comme une hostilité personnelle, mais comme un trait culturel marqué par l’histoire.
Cadre légal : liberté religieuse réelle, État laïque coopératif
La République Tchèque est un État laïque au sens constitutionnel, mais pas dans une logique de séparation agressive à la française. Le cadre juridique vise une neutralité bienveillante.
Liberté de religion et enregistrement des communautés
La Charte des droits et libertés, qui a valeur constitutionnelle, garantit la liberté de pensée, de conscience et de religion, y compris le droit de ne pas croire. Elle reconnaît le droit de manifester sa religion en public ou en privé, seul ou en communauté. Les Églises administrent leurs affaires internes de manière autonome, notamment la nomination de leur clergé.
L’État ne tient aucun registre des appartenances religieuses individuelles, celles‑ci n’ayant pas de conséquences juridiques directes. En revanche, les communautés elles‑mêmes peuvent se faire enregistrer auprès du ministère de la Culture pour bénéficier d’une personnalité juridique et, éventuellement, de « droits spéciaux ».
Un système à deux niveaux existe :
Nombre minimum de membres requis pour qu’une communauté religieuse accède à des droits étendus en Autriche, représentant 0,1% de la population.
Vingt‑et‑une communautés religieuses disposent de ces « droits spéciaux ». C’est le cas notamment de l’Église catholique, de l’Église évangélique des Frères tchèques, de l’Église hussite tchécoslovaque, des orthodoxes, des communautés juives, des baptistes, des adventistes, des unitariens, des mormons, etc.
Financement et restitution des biens
L’État tchèque a longtemps pris en charge une partie des salaires du clergé des Églises reconnues, au titre de compensation pour les biens confisqués sous le communisme. Une loi de 2012 a organisé une restitution progressive, à la fois en nature (retour de propriétés encore détenues par l’État) et par un vaste programme d’indemnisations financières étalées sur 30 ans.
Les subventions directes pour le fonctionnement des Églises diminueront progressivement pour cesser totalement en 2029. Les communautés religieuses devront alors assurer elles-mêmes leur financement courant, compensé par la restitution de leur patrimoine.
Pour un expatrié, cela signifie que de nombreuses Églises sont engagées dans une transition délicate : elles restaurent des bâtiments historiques grâce à ces compensations, mais cherchent aussi à développer des dons et des activités génératrices de revenus (concerts, visites guidées, locations d’espaces), ce qui explique la multiplication de billetteries et de boutiques à l’intérieur de certains monastères.
Monastères et patrimoine sacré : spiritualité, culture et tourisme
L’un des visages les plus visibles de la religion en République Tchèque est son patrimoine monastique exceptionnel. Même si la vie religieuse y est parfois réduite, ces lieux restent des points de repère pour comprendre comment le pays articule aujourd’hui culture, économie et sacré.
Strahov, Břevnov, Osek : trois visages d’un même héritage
Strahov, à Prague, est sans doute le monastère le plus célèbre auprès des visiteurs. Fondé au XIIe siècle par l’ordre prémontré, il a survécu aux guerres hussites, aux réformes de Joseph II et au communisme, non sans périodes de fermeture et de confiscation. Après 1989, les chanoines récupèrent le site, restaurent la bibliothèque et développent un modèle combinant vie religieuse, musée, concerts et brasserie artisanale. Pour un expatrié, la visite permet de saisir comment un ordre religieux s’adapte à une société largement non croyante tout en préservant un patrimoine de premier plan.
Ce monastère bénédictin à la périphérie de Prague combine une présence religieuse active avec une offre touristique. Le site comprend une basilique de style baroque, une crypte romane, un jardin et même sa propre micro‑brasserie.
Osek, en Bohême du Nord, raconte une autre histoire, plus marquée par les blessures du XXe siècle : monastère cistercien utilisé comme camp de regroupement pour religieux après 1950, réhabilitation lente, reconnaissance comme monument culturel national. Là encore, brasserie et visites s’ajoutent à la dimension spirituelle.
Pour un expatrié, ces lieux sont idéals pour approcher la religion tchèque par le biais de l’architecture, de l’histoire de l’art et de la gastronomie plutôt que par la seule liturgie.
Un patrimoine protégé et subventionné
Les monastères, églises et chapelles les plus importants bénéficient d’un statut de monument culturel, voire de monument culturel national. L’Institut national du patrimoine (NPÚ) gère des dizaines de sites appartenant à l’État et tient un registre central de près de 89 000 entités protégées.
L’État et les collectivités locales accordent des subventions pour restaurer le patrimoine, y compris celui rendu aux Églises. Ces aides concernent l’architecture, les œuvres d’art mobilières, les ensembles urbains historiques et les sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Pour l’expatrié, cela se traduit par une offre très dense de visites, d’expositions et d’événements culturels dans des cadres religieux : concerts dans les nefs baroques, expositions d’art sacré dans d’anciens couvents, festivals de musique spirituelle. Il est tout à fait possible de profiter de ce patrimoine sans être croyant, en respectant simplement les règles de comportement évoquées plus tôt.
Conseils pratiques pour expatriés : vivre sa foi, ou son absence de foi, en République Tchèque
Au terme de ce panorama, quelques recommandations simples peuvent aider à mieux s’intégrer, que l’on soit croyant pratiquant, agnostique ou athée.
Si vous êtes croyant, commencez par identifier les communautés linguistiques : à Prague notamment, on trouve des messes et cultes en anglais, parfois en français ou en espagnol. Les paroisses locales tchèques sont plus ou moins ouvertes aux étrangers ; la patience et la constance finissent souvent par payer.
La pratique religieuse est minoritaire en République tchèque. Inviter un collègue à un office peut être perçu comme une curiosité sympathique, mais ne suscite généralement pas d’enthousiasme généralisé. Les relations personnelles priment sur les convictions religieuses, et les conversions sont rares et souvent un processus long.
Si vous êtes non croyant, vous vous sentirez probablement à l’aise dans une société où l’affichage de l’irreligion est banal. Gardez toutefois à l’esprit qu’une minorité non négligeable tient à sa foi, parfois au prix d’un certain courage social. Éviter les caricatures faciles sur « les croyants » ou les plaisanteries blessantes sur des figures respectées (Jan Hus, par exemple, ou certains prêtres engagés) contribue à une cohabitation respectueuse.
Comprendre l’histoire religieuse du pays, des missionnaires Cyrille et Méthode à la Révolution de velours en passant par la Réforme hussite et la Contre-Réforme, aide à saisir certaines attitudes actuelles : une méfiance envers l’autorité, une préférence pour une spiritualité individualisée et un rapport ambivalent aux églises, souvent perçues comme des monuments plutôt que comme des lieux de culte vivants.
Vivre en République Tchèque, c’est expérimenter une forme de sécularisation avancée où la foi, quand elle existe, est rarement une évidence sociale et presque toujours un choix intime. Pour l’expatrié, c’est à la fois un défi et une chance : celle de redécouvrir la religion – ou sa propre absence de religion – dans un contexte qui ne la prend jamais tout à fait pour acquise.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaite changer de résidence fiscale vers la République Tchèque pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Maurice, République Tchèque), la stratégie retenue cible la République Tchèque pour son régime fiscal compétitif (impôt sur le revenu modéré, absence d’impôt sur la fortune), sa stabilité économique, son appartenance à l’UE et un coût de vie inférieur à Paris (Prague ~25–30 % moins cher). La mission inclut : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, reports d’imposition), obtention de la résidence avec achat d’une résidence principale, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (séjour >183 jours/an en République Tchèque, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, fiscaliste, relocation) et intégration patrimoniale globale.
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