Histoire du pays au Sénégal : des premiers peuplements à l’ère post-coloniale

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le territoire que l’on appelle aujourd’hui Sénégal concentre, sur une surface relativement modeste, une épaisseur d’histoire qui traverse la préhistoire, les grands empires sahéliens, la traite atlantique, la colonisation française et les indépendances africaines. Loin d’être un simple décor pour les rivalités européennes, ce pays a produit ses propres royaumes, ses résistances, ses mouvements intellectuels et religieux, tout en laissant derrière lui des vestiges archéologiques d’une rare densité.

Bon à savoir :

L’histoire du Sénégal est une superposition de périodes distinctes, allant du Paléolithique (outils en pierre) aux confédérations wolof, en passant par les cercles de pierres classés à l’UNESCO. Elle inclut des lieux de mémoire comme l’île de Gorée et la citadelle de Saint-Louis, ainsi que des événements politiques majeurs tels que l’élection des premiers députés africains à Paris et le retrait progressif des bases françaises dans les années 2020.

Des premiers peuplements aux grandes nécropoles préhistoriques

Bien avant l’émergence de royaumes organisés ou l’arrivée des navigateurs européens, le territoire sénégalais est occupé par des groupes humains dont les traces sont aujourd’hui l’affaire des archéologues. La chronologie exacte de cette préhistoire reste discutée, mais plusieurs jalons se dégagent.

Les plus anciennes preuves de présence humaine apparaissent dans la vallée de la Falémé, au sud-est du pays. On y a mis au jour des outils du Paléolithique inférieur de tradition acheuléenne, comme des bifaces et des hachereaux. En 1938, le naturaliste Théodore Monod signale des bifaces au cap Fann, sur la presqu’île du Cap-Vert, ce qui montre que cette extrémité occidentale de l’Afrique est occupée très tôt.

Les phases ultérieures de la préhistoire se lisent dans l’évolution des techniques de taille. Des objets façonnés selon la méthode Levallois, typique du Paléolithique moyen, ont été identifiés, et des grattoirs relevant de l’industrie moustérienne ont été retrouvés aussi bien sur la presqu’île du Cap-Vert que dans les vallées inférieure et moyenne du fleuve Sénégal et de la Falémé. Un site comme Tiémassass, près de M’Bour, a livré des outils de chasse dont la datation fait débat : certains y voient un ensemble du Paléolithique supérieur, d’autres du Néolithique.

Avec le Néolithique, le tableau se complexifie : les groupes humains sont à la fois chasseurs, pêcheurs, agriculteurs et artisans. Les objets se diversifient, la céramique se développe, et l’on voit apparaître de véritables traditions techniques locales.

À Dakar, le site de Cap Manuel, identifié dès 1940, a livré des outils microlithiques en basalt et en ankaramite, matériaux très durs travaillés avec soin. Des outillages analogues ont été retrouvés sur l’île de Gorée et dans les îles de la Madeleine, suggérant une activité de pêcheurs capables de construire des embarcations et d’exploiter un environnement maritime.

Un peu plus au nord, le site de Bel-Air, dans les dunes côtières, se distingue par des outils souvent en silex, des haches, herminettes, poteries et une petite statuette féminine surnommée la « Vénus de Thiaroye ». Plus au nord encore, le ruisseau de Khant, près de Kayar, a donné son nom à une industrie néolithique atypique, reposant surtout sur des objets en os et en bois. Ce site est aujourd’hui protégé par l’État sénégalais.

À l’autre extrême du pays, dans le sud-est, la vallée de la Falémé a livré une industrie néolithique spécialisée dans les outils polis, façonnés dans le grès, l’hématite, les schistes, le quartz ou le silex. Le matériel de mouture y est abondant, tout comme la céramique, signe d’une économie déjà solidement structurée.

Bon à savoir :

Si certaines régions comme la vallée du fleuve Sénégal ou le Ferlo restent mal documentées pour la période préhistorique, d’autres zones, notamment le delta du Saloum et le centre-sud du pays, sont aujourd’hui reconnues comme des ensembles préhistoriques majeurs en Afrique de l’Ouest. Dans ces régions, les recherches permettent d’observer une transition progressive entre la préhistoire et l’archéologie historique.

Tumulus de coquillages et cercles de pierres : un paysage de mémoire

Les côtes et les estuaires des grands fleuves — Sénégal, Saloum, Gambie, Casamance — sont marqués par la présence de amas coquilliers funéraires, de véritables « collines de coquillages » servant souvent de nécropoles. Dans le seul delta du Saloum, on a recensé au moins 217 groupes de monticules, certains à Joal-Fadiouth, et des datations remontent autour de quelques siècles avant notre ère. Une partie de ce delta est aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, preuve de l’intérêt universel de ces paysages funéraires.

Plus à l’intérieur, une vaste zone d’environ 33 000 km² autour de la Gambie abrite les fameux cercles de pierres de Sénégambie. Ces alignements de blocs de latérite — souvent dressés en cercles, parfois doublés — s’étendent du centre du Sénégal à la Gambie et bénéficient eux aussi d’un classement UNESCO depuis 2006.

Au Sénégal, deux sites phares illustrent ce phénomène : Sine Ngayène et Wanar, dans le département de Nioro du Rip. Le premier comprend 52 cercles, dont un double, le second 24 cercles formés de blocs plus petits, parfois sculptés en forme de lyre, de Y ou de A. Ces monuments, datés globalement entre le IIIᵉ siècle avant notre ère et le XVIᵉ siècle, témoignent d’une culture mégalithique complexe, avec ses codes architecturaux et ses pratiques funéraires.

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Une pectorale en or massif de 191 grammes, trouvée près de Saint-Louis, témoigne de la richesse et de la sophistication des élites anciennes.

L’archéologie sénégalaise progresse encore. Dans le parc national du Niokolo-Koba, créé dans les années 1950 et traversé par la Gambie, des travaux récents ont identifié 27 nouveaux sites, venant compléter des recherches plus anciennes qui évoquaient déjà des industries « acheuléennes évoluées » et « moustéroïdes ». Les nouvelles découvertes incluent des industries sur quartz en surface de cuirasse latéritique, parfois associées à des tessons de céramique et de petites haches polies, ainsi que des gisements stratifiés en grès quartzitique ou en grauwacke.

Parallèlement, la vallée de la Falémé a livré des sites du Later Stone Age datés par luminescence (OSL) autour de 17 000 à 12 000 ans avant le présent, avec une industrie lithique dominée par les lamelles, éclats et lames, taillés dans le chert, le quartz et la grauwacke. Ces occupations tardives coexistent encore avec des traditions du Middle Stone Age au moment de la transition Pléistocène-Holocène, faisant du Sénégal un lieu clé pour comprendre les derniers millénaires de la préhistoire africaine.

Peuples, migrations et premiers royaumes

Lorsque l’on commence à disposer de récits écrits, notamment ceux des géographes arabes médiévaux, ces témoignages viennent se croiser avec les traditions orales et les données archéologiques. L’image qui se dessine est celle d’un territoire peuplé par vagues successives venues du nord et de l’est.

Les traditions rapportent un peuplement ancien par des groupes que certains auteurs coloniaux qualifiaient de « petits Noirs », plus tard refoulés vers le sud par des groupes de « grands Noirs ». Derrière ces formules datées se profile l’idée de migrations multiples : des populations mandées sont citées parmi les plus anciennes du nord du pays ; puis viennent des afflux de Fulani, de Wolof, de Serer, de Toucouleur, qui s’installent progressivement dans les vallées fluviales et les plaines littorales.

Bon à savoir :

Situé dans la vallée du fleuve Sénégal (actuel Fouta Toro), le royaume de Tekrur est attesté dès le IXᵉ siècle. Il est né de l’interaction entre pasteurs Fulani venus de l’est et populations agricoles locales, souvent décrites comme sérères. Ce royaume jouait un rôle commercial majeur, important de la laine, du cuivre et des perles du monde arabe, et exportant de l’or et des esclaves, alimentant ainsi la traite transsaharienne renforcée par les djihads maghrébins.

Au XIᵉ siècle, sous le règne de War Jabi, Tekrur adopte officiellement l’islam, devenant l’un des plus anciens États musulmans d’Afrique de l’Ouest. Dans le même temps, les Berbères zenaga établissent un ribāṭ — un camp fortifié religieux — au nord, qui sert de base au mouvement almoravide. Ces derniers convertissent les Toucouleur, conquièrent le Maroc et franchissent même le détroit de Gibraltar pour s’établir en al-Andalus. Leurs attaques contribuent au déclin de l’empire du Ghana, vaste entité soninké fondée sans doute au premier millénaire et prospérant grâce à l’agriculture et au commerce transsaharien (or, sel, étoffes) entre les vallées du Sénégal et du Niger.

Au XVᵉ siècle, un souverain Kassas donne son nom à la région de Casamance — Kassa Mansa signifiant littéralement « roi de Kassas ».

Souverain Kassas, XVᵉ siècle

Le temps des grands empires : Ghana, Mali, Jolof, Songhaï

Entre le Sahel et la savane, trois grands empires structurent l’espace ouest-africain médiéval : Ghana, Mali, Songhaï. Le Sénégal se trouve souvent en marge de leurs cœurs politiques, situés plutôt dans l’actuel Mali, mais il subit leur influence.

Après la phase Ghana, l’empire du Mali, issu d’une conquête mandingue, s’étend au XIIIᵉ siècle vers l’ouest et finit par englober d’abord l’est du Sénégal, puis presque tout le territoire actuel. C’est à cette époque qu’un autre acteur majeur apparaît au nord-ouest : le royaume puis empire de Jolof (Djolof).

Exemple :

Selon la tradition, l’Empire du Jolof est fondé au XIVᵉ siècle par Ndiadiane Ndiaye (Njaajaan Njaay), un personnage aux origines wolof, sérère et parfois almoravide. Il unifie sous son autorité plusieurs chefferies au sud du fleuve Sénégal : le Waalo, le Cayor, le Baol, le Sine et le Saloum. Les récits épiques soulignent le rôle clé de Maïssa Wali, roi du Sine, qui propose Ndiadiane comme chef fédéral. Cela suggère que le Jolof fut d’abord une confédération consentie, plutôt qu’un empire bâti par la conquête militaire.

Vassalités, confédérations et résistances

Au plus fort de sa puissance, Jolof domine ce que l’on appelle parfois le « Grand Djolof », unifiant une grande partie de la Sénégambie. Des royaumes comme Waalo, Kayor, Baol, Sine, Salum, Wuli ou Niani paient tribut et reconnaissent la suprématie jolofienne, même si, du côté sérère, la tradition du Sine affirme n’avoir jamais versé de tribut aux descendants de Ndiadiane.

Au XVIᵉ siècle, l’édifice se fissure. Jolof éclate en plusieurs États wolof concurrents — Walo, Kajor, Baol, Sine, Salum — sur fond d’affaiblissement de Mali, de poussées peules et de reconfigurations politiques plus larges. Dans le haut Sénégal, les Fulani, menés par Tenguella puis son fils Koly, créent dès 1512 un État appelé Fouta Deyanke. Deux siècles plus tard, en 1776, un soulèvement religieux conduit par des élites musulmanes aboutit à l’instauration d’une confédération théocratique au Fouta, marquant la mainmise des lettrés islamiques sur le pouvoir politique.

Parallèlement, au sud, Kaabu se fragilise sous le poids des rivalités internes. En Casamance, les sociétés diola, souvent segmentaires et sans pouvoir centralisé fort, résistent longtemps à toute intégration complète, qu’elle vienne de Kaabu ou, plus tard, de la France.

Islam, religions locales et mutations sociales

L’histoire du pays au Sénégal ne se comprend pas sans le fil religieux. L’islam apparaît très tôt dans la vallée du Sénégal, via Tekrur et les réseaux almoravides, mais sa diffusion n’est ni linéaire ni homogène. Au départ, il touche surtout des élites politiques et marchandes qui y trouvent un cadre juridique et symbolique pour structurer l’autorité, légitimer les guerres saintes et faciliter le commerce avec le Maghreb.

Bon à savoir :

Dans le sud et l’ouest de la Sénégambie, des populations comme les Sérères ont longtemps préservé leurs religions traditionnelles, centrées sur un dieu suprême (Roog ou Koox), un panthéon d’esprits ancestraux (pangool), des cérémonies divinatoires comme le Xooy et une cosmologie complexe. Certains groupes, comme les branches Sérères Noon et N’Diéghem ainsi que les Diola de Casamance, se distinguent par leurs structures sociales égalitaires, dépourvues d’esclavage et de système de castes, contrairement aux sociétés fortement hiérarchisées du nord de la région.

À partir du XVIIᵉ et surtout du XIXᵉ siècle, l’islam connaît un nouveau souffle. Des mouvements réformateurs, des djihads menés par des chefs comme El Hadj Omar Tall, mais aussi des marabouts pacifiques comme Cheikh Malick Sy ou Cheikh Ahmadou Bamba, diffusent la foi musulmane bien au-delà des cercles marchands. Des confréries soufies puissantes s’enracinent : Qadiriyya, Tijaniyya, puis, en 1883, la Mouridiyya, fondée par Ahmadou Bamba. Ces confréries, organisées en hiérarchies autour de califes et de marabouts, structurent peu à peu l’espace rural, canalisent le travail, par exemple dans la culture de l’arachide, et se posent en interlocuteurs incontournables des autorités coloniales.

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Plus de 90 % des musulmans du pays sont affiliés à une confrérie religieuse.

Gorée, Saint-Louis et la traite atlantique

À partir du milieu du XVe siècle, l’histoire du Sénégal bascule sous l’effet des grandes explorations maritimes européennes. En 1444, le navigateur portugais Dinis Dias atteint l’embouchure du fleuve Sénégal et le point le plus occidental du continent africain, qu’il baptise Cabo Verde. Il signale aussi une petite île au large de la presqu’île du Cap-Vert, alors appelée Bezeguiche par les autochtones, qu’il rebaptise Ilha de Palma — la future Gorée.

Les Portugais installent des chapelles et factoreries le long de la côte : à Tanguegueth, dans le Cayor (futur Rufisque), à Baol Sali (Portudal, actuel Saly), à Joal dans le royaume du Sine. Plus au sud, ils remontent la Casamance et fondent Ziguinchor au XVIIᵉ siècle, introduisant au passage le christianisme. Mais leur présence reste relativement légère, davantage tournées vers le commerce que vers une colonisation de peuplement.

Au XVIIᵉ siècle, la donne change avec l’entrée en scène des Hollandais, puis des Français et des Anglais. La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales rachète Gorée en 1627, y érige deux forts et des entrepôts. Les marchands hollandais y achètent cire, ambre, or, ivoire, et participent activement à la traite des esclaves, même s’ils évitent de concurrencer frontalement certains postes côtiers tenus par d’autres Européens.

Attention :

En 1677, l’amiral Jean II d’Estrées conquiert l’île de Gorée sur les Hollandais. Malgré quelques reconquêtes temporaires par d’autres puissances européennes, elle reste sous contrôle français jusqu’à l’indépendance du Sénégal. Parallèlement, les Français ont fondé Saint-Louis (N’Dar) dès 1659, établissant une présence durable et un pôle commercial majeur à l’embouchure du fleuve Sénégal.

Commerce, esclavage et rivalités impériales

Du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle, la côte sénégalaise devient un maillon important du système de la traite atlantique. Sur Gorée et à Saint-Louis, une société métisse se forme, où femmes locales et négociants européens — notamment français — se lient par des unions plus ou moins formalisées. Ces femmes, appelées signares (du portugais senhora), possèdent maisons, navires, esclaves et participent pleinement aux affaires. Certaines, comme Anne Pépin à Gorée ou Anne Rossignol à Saint-Domingue, laissent des trajectoires individuelles spectaculaires.

Gorée, souvent présentée comme « plus grand centre de traite de la côte africaine », concentre en réalité une part modeste de l’ensemble du trafic transatlantique, si l’on se fie aux estimations d’historiens comme Philip Curtin. Les recherches suggèrent que la majorité des départs d’esclaves depuis la Sénégambie se font plutôt via Saint-Louis ou James Fort en Gambie. Mais l’île n’en demeure pas moins un symbole fort : point de recueil des captifs venus de l’hinterland, lieu de transit vers les Amériques, carrefour de marchandises et de cultures.

Bon à savoir :

La Maison des Esclaves, construite vers 1776, servait à la fois de résidence et de lieu de détention pour les captifs avant leur déportation. Sa ‘porte du non-retour’ est une icône mondiale, bien que le nombre exact de personnes y ayant transité soit débattu. L’île de Gorée abrite également d’autres bâtiments historiques liés au commerce, comme le fort d’Estrées (actuel musée historique), d’anciennes résidences de gouverneurs et l’école normale William Ponty.

Le trafic humain est encadré par le Code noir de 1685 qui régule l’esclavage dans les colonies françaises. À Saint-Louis ou à Fort Saint-Joseph de Galam, dans le haut Sénégal, des compagnies successives — Compagnie du Sénégal, Compagnie de la Gomme, Royal African Company côté britannique — se disputent le monopole des transactions (esclaves, or, gomme arabique). La traite atlantique alimente les plantations américaines, tandis que la traite transsaharienne, plus ancienne, continue de fournir de la main-d’œuvre à l’Afrique du Nord et au monde arabo-musulman.

La chronologie de l’abolition est elle-même sinueuse : interdiction votée par la Convention en 1794, rétablissement sous Bonaparte en 1802, condamnation internationale au congrès de Vienne de 1815, abolition définitive par la Deuxième République française en 1848, sous l’impulsion de Victor Schœlcher. Même après 1848, l’éradication de l’esclavage interne est progressive : en Afrique occidentale française, l’application stricte des lois anti-esclavagistes ne commence vraiment qu’au début du XXᵉ siècle, provoquant la fuite de plus d’un million d’esclaves entre 1906 et 1911.

Gorée, de comptoir esclavagiste à lieu de mémoire mondial

Avec le déclin de la traite, Gorée se reconvertit au XIXᵉ siècle dans le « commerce légitime » : arachide, huile d’arachide, gomme arabique, ivoire. L’île est attachée administrativement à Saint-Louis, puis devient en 1872 l’une des premières communes de type européen d’Afrique de l’Ouest, avec maire et conseil élus. Dakar, qui n’est au départ qu’un quartier de la commune de Gorée, s’en détache en 1887 pour devenir une ville à part entière, avant d’absorber Gorée dans son périmètre urbain en 1929.

Bon à savoir :

Au XXᵉ siècle, Gorée décline démographiquement mais acquiert une forte valeur symbolique. Classée site historique en 1944, puis intégrée au patrimoine national sénégalais en 1975 et au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1978, elle devient un lieu de pèlerinage pour la diaspora africaine, visité par de nombreuses personnalités. Sous l’impulsion de Senghor et du mouvement de la Négritude, l’île est promue comme un sanctuaire de la mémoire noire.

Le travail de Boubacar Joseph Ndiaye, premier conservateur de la Maison des Esclaves, contribue à populariser le site à l’échelle planétaire. Les débats scientifiques sur l’ampleur exacte de la traite via l’île ne retirent rien à la force symbolique du lieu, qui sert de point focal à des événements comme la traversée Dakar-Gorée à la nage, le festival de la diaspora, ou encore la préparation du projet « Mémorial de Gorée ».

De la colonisation de comptoir à la conquête du territoire

Pendant longtemps, l’emprise européenne se limite à quelques points côtiers : Gorée, Saint-Louis, Rufisque, Joal, Carabane. Ce n’est qu’au milieu du XIXᵉ siècle que la France engage une colonisation de terre ferme systématique. En 1854, Napoléon III nomme Louis Faidherbe gouverneur du Sénégal. Militaire de formation, celui-ci mène en une décennie une offensive méthodique : postes fortifiés le long du fleuve Sénégal jusqu’à Médine, soumission du Waalo en 1855 après la défaite de la reine Ndaté Yalla Mbodj, prise de possession de Dakar en 1857, construction de forts en Casamance.

Bon à savoir :

L’expansion française au Sénégal au XIXe siècle a rencontré plusieurs résistances. Au nord, les Maures Trarza ont vu leur pouvoir de taxation sur les marchandises décliner. Dans la vallée du fleuve, le jihad mené par El Hadj Omar Tall, chef toucouleur de la confrérie Tijaniyya, a représenté une menace sérieuse, aboutissant finalement à un statu quo avec les Français. À l’ouest, des souverains comme Lat Dior, Damel du Cayor, et Kumba Ndoffene Famak, roi du Sine, se sont opposés aux projets coloniaux, en particulier à la construction des chemins de fer.

En 1859, la bataille de Logandème, près de Fatick, voit les troupes de Kumba Ndoffene affrontées à l’artillerie française. Le village est brûlé sur ordre de Faidherbe, mais le roi sérère poursuit une guérilla ponctuant les années suivantes, détruisant des infrastructures, résistant à la fois à la colonisation et aux offensives islamisatrices. Il sera assassiné en 1871. Lat Dior, de son côté, devient le symbole de la lutte contre la ligne de chemin de fer Dakar–Saint-Louis et meurt en 1886 sur le champ de bataille.

Bon à savoir :

À partir des années 1880, la colonisation européenne de l’Afrique se systématise, actée par la conférence de Berlin en 1885. La France y obtient une vaste zone en Afrique de l’Ouest, qu’elle organise en 1895 en une fédération : l’Afrique-Occidentale française (AOF). Celle-ci, d’abord administrée depuis Saint-Louis puis Dakar à partir de 1902, regroupait huit territoires : le Sénégal, la Mauritanie, le Soudan français (actuel Mali), la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Dahomey (actuel Bénin), le Niger et la Haute-Volta (actuel Burkina Faso).

L’exception sénégalaise : Quatre Communes et citoyenneté

Dans cet ensemble colonial, le Sénégal occupe une place particulière. Les quatre villes de Saint-Louis, Gorée, Dakar et Rufisque — les « Quatre Communes » — bénéficient d’un statut distinct. Dès 1848, leurs habitants sont théoriquement reconnus citoyens français, avec le droit d’élire un député au Parlement. Dans les faits, l’accès à la pleine citoyenneté reste verrouillé par des critères culturels et juridiques : la majorité des habitants sont des originaires, conservant le recours au droit coutumier ou islamique, tandis qu’une petite minorité d’évolués — instruits, francisés, ayant renoncé aux protections coutumières — jouit d’un statut privilégié mais reste en butte au racisme.

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Nombre estimé de soldats recrutés en Afrique-Occidentale française pendant la Première Guerre mondiale, en échange de la naturalisation des habitants des Quatre Communes.

Cette trajectoire dessine en creux la politique d’« assimilation » défendue par la France : en théorie, transformer les colonisés en citoyens français à part entière, à condition qu’ils adoptent la langue, la culture, les valeurs métropolitaines. En pratique, cette assimilation reste très partielle. La majorité des Africains, classés comme « sujets », ne bénéficient pas des droits politiques, subissent le régime de l’indigénat et les travaux forcés. À partir du début du XXᵉ siècle, face aux critiques, l’idéologie officielle glisse vers une politique dite « d’association », reconnaissant davantage les particularismes locaux tout en maintenant l’inégalité fondamentale.

L’économie coloniale : arachide, rail et dépendance

Sous l’égide de gouverneurs comme Faidherbe, puis Brière de l’Isle, l’économie sénégalaise est réorientée vers une monoculture d’exportation : l’arachide. Baron Roger, après le naufrage de la Méduse et son arrivée au Sénégal, encourage déjà cette culture au début du XIXᵉ siècle. Les confréries musulmanes, notamment les Mourides, organisent à grande échelle la mise en valeur des terres du bassin arachidier, particulièrement dans le pays wolof et le centre-ouest.

Bon à savoir :

L’administration coloniale a massivement investi dans les routes, ports et chemins de fer pour exporter les productions vers l’Europe. La ligne Saint-Louis–Dakar fut construite dans les années 1880. Le projet controversé de la ligne Dakar–Niger, reliant Dakar à Bamako, fut finalement achevé au début des années 1920.

Ce réseau transforme la géographie économique du pays. Dakar, dotée d’un port en eau profonde, d’un terminus ferroviaire et bientôt capitale de l’AOF, supplante Saint-Louis. Le pays s’inscrit profondément dans une économie-monde où il fournit des matières premières (arachide, gomme, phosphates) et importe produits manufacturés. Cette spécialisation, encouragée par les institutions financières internationales au XXᵉ siècle, laissera un héritage de dépendance et de vulnérabilité aux chocs des cours mondiaux.

Entre guerres mondiales, luttes sociales et réformes politiques

Le XXᵉ siècle est marqué par deux guerres mondiales qui mobilisent massivement les troupes coloniales. Les Tirailleurs sénégalais, créés officiellement par Faidherbe en 1857, se battent sur les fronts européens et méditerranéens au nom d’une France dont ils n’ont pas toujours la nationalité pleine et entière. Ils servent encore pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris dans les forces gaullistes d’Italie.

Bon à savoir :

Après 1940, l’Afrique-Occidentale française (AOF) est restée sous l’autorité du régime de Vichy jusqu’au débarquement allié de 1942, marqué par des événements violents comme la bataille de Dakar. La Libération a initié une recomposition politique. Sous la Quatrième République, l’Empire a été transformé en Union française, avec une multiplication des assemblées consultatives et une extension progressive des droits des populations colonisées, dans un cadre visant à maintenir des liens de dépendance.

Au Sénégal, des figures comme Lamine Guèye et Léopold Sédar Senghor se font élire députés et plaident pour un élargissement de la citoyenneté. La loi Lamine Guèye de 1946 octroie une citoyenneté française, certes limitée, à l’ensemble des « originaires des territoires d’outre-mer ». Le même Senghor, intellectuel majeur de la Négritude, participe à la rédaction des constitutions françaises, milite d’abord pour une fédération franco-africaine dans laquelle tous les habitants des territoires deviendraient citoyens, avant d’évoluer vers la revendication de l’indépendance.

Exemple :

Dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique-Occidentale française (AOF) connaît une intense politisation. Cela se manifeste par la création du Bloc démocratique sénégalais en 1948, la montée en puissance des syndicats et la grande grève des cheminots du Dakar-Niger en 1947-48, qui inspira le roman *Les bouts de bois de Dieu* d’Ousmane Sembène. Parallèlement, les partis politiques se structurent à l’échelle de la fédération et les intellectuels africains débattent d’idéologies comme le socialisme, le fédéralisme et le panafricanisme.

Vers l’indépendance : fédération avortée et naissance de la République

Lorsque la France adopte en 1958 une nouvelle constitution fondant la Cinquième République et la Communauté française, les territoires d’Afrique de l’Ouest sont consultés par référendum. Le Sénégal, à l’inverse de la Guinée de Sékou Touré, vote pour rester dans la Communauté, mais avec un statut de république autonome. Dans ce cadre, l’idée fédérale chère à Senghor refait surface.

Exemple :

En 1959, le Sénégal et le Soudan français (futur Mali) forment la Fédération du Mali, avec Léopold Sédar Senghor comme président de son Assemblée et Modibo Keita représentant l’aile soudanaise. Bien que l’accord de transfert de pouvoirs avec la France soit signé le 4 avril 1960 (future fête nationale sénégalaise) et l’indépendance proclamée en juin, des tensions politiques internes, incluant des divergences de vues et des querelles de leadership, provoquent la dissolution de la Fédération dès août 1960. Cela conduit à la pleine souveraineté distincte du Sénégal et du Mali.

Le 5 septembre 1960, la République du Sénégal est proclamée, et Léopold Sédar Senghor est élu premier président. Mamadou Dia occupe le poste de Premier ministre, avec l’ambition de mener une politique économique volontariste, marquée par une forte intervention de l’État. Senghor, lui, se concentre sur la diplomatie, la culture et l’équilibre entre tradition et modernité, francophonie et affirmation africaine.

Le temps de Senghor : socialisme africain, Négritude et construction nationale

Les premières années de l’indépendance sont marquées par une tentative de concilier pluralisme politique, projet socialiste et maintien de liens étroits avec l’ancienne puissance coloniale. Senghor, théoricien de la Négritude, défend l’idée d’un socialisme « à l’africaine », compatible avec les valeurs communautaires, la dignité des cultures noires et une certaine coopération avec la France.

Attention :

En décembre 1962, un conflit grave oppose le président Léopold Sédar Senghor à son Premier ministre Mamadou Dia. Dia refuse une politique économique jugée trop libérale et contraire aux intérêts paysans. Il utilise des prérogatives d’urgence pour bloquer une motion de censure, ce que Senghor interprète comme une tentative de coup d’État. Dia est arrêté avec quatre ministres, condamné à la prison à perpétuité lors d’un procès expéditif, et ne sera gracié qu’en 1974.

Une nouvelle constitution, approuvée massivement par référendum en 1963, consacre un régime présidentiel fort. Le parti de Senghor, l’Union progressiste sénégalaise (UPS, puis Parti socialiste), devient parti quasi unique, les oppositions sont tolérées de manière limitée, la presse encadrée. Des mouvements sociaux, comme la révolte étudiante de 1968, sont réprimés, même si le pouvoir reste infiniment moins violent que dans nombre de pays voisins.

Astuce :

Sous la présidence de Léopold Sédar Senghor, le Sénégal a fait de la culture un pilier de son influence. Poète et académicien français (élu en 1983), Senghor a organisé le premier Festival mondial des arts nègres à Dakar en 1966. Il a utilisé la francophonie comme levier de diplomatie culturelle, contribué à la création d’institutions comme l’IFAN (Institut fondamental d’Afrique noire) et fortement soutenu l’éducation, qui absorbait plus de 30% du budget national dans les années 1960. Il a maintenu le français comme langue officielle tout en valorisant les langues nationales, notamment le wolof.

Sur le plan international, il maintient des bases militaires françaises sur le sol sénégalais, ancre le pays dans le camp occidental pendant la guerre froide, tout en jouant un rôle actif dans l’Organisation de l’unité africaine et au sein de la Francophonie.

Démocratie contrôlée, transition pacifique et alternances

Fait rare sur le continent, Senghor choisit de quitter volontairement le pouvoir avant la fin de son mandat. Le 31 décembre 1980, il démissionne et transmet la présidence à son dauphin désigné, Abdou Diouf. Cette succession pacifique, sans coup d’État, devient l’un des marqueurs de la vie politique sénégalaise.

Bon à savoir :

Sous la présidence de Diouf, le système politique, dominé par le Parti socialiste, s’ouvre progressivement au pluralisme avec des amendements constitutionnels et la reconnaissance officielle de multiples partis, bien que les scrutins restent souvent contrôlés. Les décennies 1980-1990 voient l’émergence de nouveaux partis et mouvements sociaux. Par ailleurs, la Confédération de la Sénégambie (1982-1989), qui unissait le Sénégal et la Gambie, finit par se dissoudre en raison de tensions frontalières et de divergences politiques.

Parallèlement, une crise de basse intensité s’installe en Casamance, où le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) prend les armes en 1982 contre l’État central, dénonçant la marginalisation de la région. Le conflit, qui connaîtra des périodes de trêve et de reprise, perdure durant des décennies, même si des accords de paix et des médiations, notamment dans les années 2000 et 2010, en réduisent l’intensité.

Bon à savoir :

En 2000, après 40 ans de pouvoir socialiste, l’opposition remporte l’élection présidentielle. Abdoulaye Wade bat le président sortant Abdou Diouf. Cette première alternance pacifique par les urnes est considérée comme un signe de maturité démocratique pour le Sénégal.

Le rôle de la société civile et de la jeunesse est déterminant dans cette séquence. Le mouvement Bul faale, porté par des artistes hip-hop comme Positive Black Soul, contribue à mobiliser les jeunes en faveur du changement. Sur cette lancée, Wade est réélu en 2007, mais sa volonté de briguer un troisième mandat et sa tendance à la personnalisation du pouvoir suscitent de vives contestations.

En 2012, un nouveau mouvement de jeunesse, Y’en a marre, né dans les milieux artistiques et journalistiques, fédère le mécontentement contre la tentative de Wade de se maintenir au pouvoir. La mobilisation citoyenne, appuyée par des figures religieuses influentes, conduit à la victoire de Macky Sall à la présidentielle, consacrant une seconde alternance pacifique.

Héritages coloniaux, recompositions contemporaines

L’indépendance n’a pas effacé d’un trait l’héritage de plusieurs siècles de domination extérieure. Sur le plan culturel, la langue française reste langue officielle et de l’administration, même si le wolof s’impose comme lingua franca d’usage, parlé par environ 80 % de la population en première ou deuxième langue. Sur le plan économique, le modèle exportateur hérité de la colonisation — arachide, puis phosphates, pêche, tourisme, et plus récemment pétrole et gaz — continue de rendre le pays dépendant de la conjoncture internationale.

Bon à savoir :

L’organisation administrative du Sénégal, marquée par une forte centralisation étatique, une architecture en « cercles » et la prééminence de Dakar, perpétue la logique coloniale. Pour corriger ce déséquilibre, des réformes de décentralisation ont été engagées depuis la fin des années 1990, visant à accorder plus d’autonomie aux régions et aux collectivités locales nouvellement créées.

Sur le plan international, les liens avec la France restent puissants, notamment en matière économique et éducative. Des milliers d’étudiants sénégalais poursuivent leurs études dans l’Hexagone ; des entreprises françaises dominent des secteurs clés comme les télécommunications, les banques, les infrastructures. La présence militaire française, longtemps considérée comme une garantie de stabilité, devient progressivement un sujet de débat public, surtout à partir du moment où la critique du « franc CFA » et des rapports néo-coloniaux s’installe dans le discours de nouvelles forces politiques.

Bon à savoir :

Après l’élection de Bassirou Diomaye Faye en 2024, le Sénégal et la France ont convenu d’un retrait programmé des forces françaises. Une commission établie en février 2025 a organisé la fermeture des bases militaires, avec la restitution d’infrastructures comme la station de Rufisque et le camp Geille à Ouakam au cours de l’année 2025. Ce retrait marque un tournant symbolique dans les relations bilatérales.

Pour mieux saisir la profondeur de cette histoire, on peut la résumer en quelques grandes séquences, en gardant à l’esprit qu’elles se recouvrent et s’entrecroisent.

Tableau 1 – Grandes phases de l’histoire du pays au Sénégal (schéma synthétique)

PériodeCaractéristiques majeures
PréhistoireOccupations paléolithiques et néolithiques (Falémé, Cap-Vert, Saloum), tumulus coquilliers, cercles de pierres
Empires sahéliensGhana, Tekrur, Mali, Songhaï ; premiers États islamiques, commerce transsaharien
Royaumes régionauxJolof, Waalo, Cayor, Baol, Sine-Saloum, Fouta théocratique, Kaabu, entités diola en Casamance
Traite atlantiqueGorée, Saint-Louis, Ziguinchor, maisons de commerce, signares, Code noir, abolition progressive
Conquête colonialeExpansion française sur le continent, Faidherbe, AOF, économie d’exportation, chemins de fer
DécolonisationMontée des partis africains, grèves, fédération du Mali, indépendance de 1960
États postcoloniauxRégimes de Senghor, Diouf, Wade, Sall, Faye ; conflits périphériques, alternances démocratiques, recompositions régionales

Ce que dit le terrain : archéologie, mémoire et identité

Ce survol rapide montre à quel point l’histoire du pays au Sénégal ne se réduit ni aux conquêtes européennes ni aux grandes figures politiques du XXᵉ siècle. Elle se lit aussi dans les strates d’occupation préhistorique, dans les alignements de pierres, dans les amas coquilliers côtiers, dans les ruines protohistoriques de la vallée du Sénégal, ou dans les outillages lithiques mis au jour dans le parc du Niokolo-Koba.

Bon à savoir :

Les recherches archéologiques récentes, notamment dans la Falémé et le Niokolo-Koba, indiquent que les dernières phases du Middle Stone Age et la transition vers des sociétés sédentaires et hiérarchisées sont encore mal connues. Des débats actifs, par exemple sur la datation du site de Tiémassass ou sur la nature des industries dites « moustéroïdes », montrent que la préhistoire sénégalaise est un champ de recherche en pleine évolution et non figé.

Dans le même temps, des lieux comme Gorée, le delta du Saloum, les cercles mégalithiques de Sine Ngayène et Wanar, ou les tumulus sérères continuent d’alimenter un double travail de mémoire : national et diasporique. En effet, le Sénégal conjugue un récit interne — celui des migrations wolof, peules, sérères, mandingues, des résistances anticoloniales, des confréries — et un récit global — celui de la diaspora africaine, de la traite transatlantique, des luttes pour les droits civiques, dans lequel Gorée occupe une place symbolique disproportionnée par rapport à son poids économique historique.

Astuce :

Pour saisir la pluralité des héritages, une méthode efficace consiste à se tourner vers quelques lieux et figures clés. Ces points de concentration permettent de révéler et d’analyser les différentes strates historiques superposées.

Tableau 2 – Quelques lieux emblématiques et leur valeur historique

LieuPériodes et significations principales
Vallée de la FaléméTraces les plus anciennes de présence humaine, sites Paléolithique/LSA, industrie néolithique polie
Cap-Vert (Dakar, Gorée)Outils acheuléens, sites néolithiques, premier contact portugais, comptoirs de traite, capitale coloniale et nationale
Delta du SaloumAmas coquilliers funéraires, tumulus, paysage culturel UNESCO
Cercle de Sine NgayèneMégalithisme sénégambien, centre d’un vaste ensemble de cercles de pierres
Saint-LouisPremier établissement français durable, capitale de l’AOF, laboratoire de la citoyenneté coloniale
Fouta ToroRoyaume de Tekrur, premiers États islamiques, foyers de djihad et de réformes religieuses
Casamance (Ziguinchor)Anciennes entités Baïnounk et mandingues, colonisation tardive, épicentre d’un conflit séparatiste

Une histoire en débat permanent

Comme pour toute histoire nationale, celle du Sénégal est l’objet de débats, parfois vifs, entre chercheurs, militants, responsables politiques. Certains d’entre eux portent sur les origines lointaines des populations (hypothèse d’une migration depuis la vallée du Nil, discutée), sur la nature des grands empires (Jolof confédération volontaire ou empire hégémonique ?), sur le rôle exact de Gorée dans la traite atlantique, ou sur la place à donner à la Négritude dans la mémoire nationale.

Attention :

Des débats contemporains interrogent la trajectoire politique du Sénégal, entre son statut présumé d’exception démocratique en Afrique de l’Ouest et des épisodes de régression autoritaire, illustrés par des arrestations d’opposants, des coupures d’Internet et des reports de scrutin au début des années 2020. Les défis futurs incluent la lutte contre la corruption, la gestion des nouvelles rentes gazières et pétrolières, et la redéfinition des relations avec la France et d’autres puissances internationales.

Ce qui singularise l’histoire du pays au Sénégal, c’est sans doute cette capacité à articuler des continuités et des ruptures : continuité des grands axes commerciaux du Sahara à l’Atlantique ; continuité des lieux de pouvoir de Saint-Louis à Dakar ; continuité des confréries religieuses comme puissances sociales ; mais aussi ruptures politiques majeures (indépendance, alternances, fin annoncée de la présence militaire française), transformations économiques (de l’arachide au gaz), et réappropriations intellectuelles (Négritude, études postcoloniales, recherches archéologiques récentes).

Au final, loin d’être une simple chronique linéaire « avant / pendant / après la colonisation », l’histoire du pays au Sénégal apparaît comme un tissage serré de temporalités imbriquées : celle des bifaces de la Falémé, des alignements mégalithiques, des caravanes de sel et d’or, des caravelles portugaises, des goélettes négrières, des locomotives coloniales, des trains de grévistes, des cortèges de manifestants et, plus récemment, des plateformes pétrolières et des réseaux sociaux. C’est cette superposition de couches, et la manière dont les Sénégalais les réinterprètent sans cesse, qui donne à ce pays sa profondeur historique et sa place singulière dans le récit africain et mondial.

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Après analyse de plusieurs destinations attractives (Sénégal, Maroc, Maurice, Portugal), la stratégie retenue a ciblé le Sénégal pour son cadre fiscal compétitif pour les non‑résidents, son coût de vie nettement inférieur à la France (Dakar restant ~30–40% moins cher que Paris) et son environnement francophone facilitant l’intégration. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du titre de séjour et installation à Dakar comme résidence principale, organisation de la couverture santé (CFE, mutuelle locale), transfert de la résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, et mise en relation avec un réseau local francophone (avocat, fiscaliste, agent immobilier) pour sécuriser ses revenus, ses placements et la transmission de son patrimoine.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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