S’installer en Suède ne se résume pas à trouver un vol pour Stockholm et un appartement à louer. Le pays fonctionne avec un écosystème administratif très structuré, où chaque étape – du permis de séjour à l’ouverture d’un compte bancaire, en passant par l’inscription au registre de la population et l’accès aux soins – obéit à des règles précises. Comprendre cette mécanique avant de partir permet d’éviter les mauvaises surprises, de gagner du temps et, surtout, d’accéder rapidement aux droits qui font la réputation du modèle suédois.
Cet article propose un tour d’horizon complet des démarches administratives pour vivre en Suède, en s’appuyant sur les données les plus récentes des autorités suédoises et d’organismes spécialisés.
Comprendre l’architecture administrative suédoise
Vivre en Suède implique de jongler avec plusieurs administrations, chacune ayant un rôle bien délimité. Les identifier est déjà une première démarche administrative en soi.
Le Migrationsverket (Swedish Migration Agency) est le cœur du dispositif pour tout ce qui touche à l’entrée et au séjour des étrangers. Il délivre les permis de résidence – qu’ils soient liés au travail, aux études, à la réunification familiale ou à la protection internationale – et gère aussi certains documents de voyage comme le passeport d’étranger.
Le Skatteverket (Agence des impôts suédoise) est une administration clé. Elle gère le registre de la population (folkbokföring), attribue le numéro d’identité personnel (personnummer) et le numéro de coordination (samordningsnummer), et administre l’impôt sur le revenu des particuliers.
La Försäkringskassan (Caisse d’assurance sociale) détermine qui est couvert par la sécurité sociale suédoise et gère les prestations comme les allocations familiales, l’assurance maladie, les congés parentaux ou encore certaines aides au logement.
D’autres acteurs interviennent ponctuellement : l’Arbetsförmedlingen (Service de l’emploi) pour les questions de marché du travail et certains programmes linguistiques liés à l’emploi, les conseils régionaux pour la santé, ou encore les municipalités pour l’éducation des adultes, dont les cours de SFI (suédois pour immigrants).
L’enjeu pour un nouvel arrivant est de naviguer dans ce paysage sans s’y perdre : savoir quémander un permis au Migrationsverket, un numéro au Skatteverket, des prestations à la Försäkringskassan et, au passage, un logement sur un marché locatif très tendu.
Entrer et rester légalement : visas et permis de séjour
Avant même de penser à un personnummer, la question de base est : ai-je besoin d’un permis pour vivre en Suède, et lequel ? La réponse dépend de la nationalité, de la durée et du motif du séjour.
Pour les citoyens de l’UE/EEE, la règle est relativement simple : la libre circulation permet de vivre et travailler en Suède sans permis, à condition d’exercer un droit de résidence (emploi, études, moyens suffisants). Les membres de famille non européens ont toutefois besoin d’une carte de séjour spécifique.
Les citoyens suisses doivent, eux, demander un permis de résidence s’ils restent plus de trois mois, même s’ils n’ont pas besoin de permis de travail.
Pour les ressortissants de pays hors UE/EEE, la logique est plus stricte : au-delà de 90 jours, un permis de séjour est obligatoire et doit, en principe, être accordé avant l’arrivée sur le territoire. On distingue plusieurs grandes catégories.
Permis de travail
Le permis de travail sert aussi de permis de séjour lié à l’emploi. On ne peut en bénéficier que si l’on dispose d’une offre d’emploi formelle d’un employeur enregistré en Suède, avec un contrat conforme aux conventions collectives du secteur.
Pour recruter un ressortissant hors UE/EEE, l’employeur doit d’abord publier l’offre d’emploi dans l’UE/EEE pendant au moins dix jours. Il doit ensuite transmettre les détails du poste au Migrationsverket (l’agence suédoise des migrations). Le futur salarié complète alors sa demande en ligne, téléverse les documents requis (passeport, contrat de travail, preuves de qualifications, assurances, etc.) et paie les frais de dossier.
Le permis est généralement délivré pour une durée maximale de deux ans, d’abord lié à un employeur et à un poste précis. Après 24 mois et un renouvellement, une certaine flexibilité est possible pour changer d’employeur au sein du même métier. Quatre années de séjour légal avec permis de travail peuvent ouvrir la porte à la résidence permanente, à condition de remplir aussi les exigences de revenus.
La Suède a introduit et renforcé ces dernières années une exigence salariale minimale pour lutter contre les abus : la règle actuelle, en cours d’évolution, est indexée sur le salaire médian suédois (avec des seuils autour de 80 à 90 % de ce salaire médian, soit plus de 30 000 SEK par mois selon les versions des textes). Des régimes spécifiques existent pour certaines catégories comme la carte bleue UE, les transferts intra-groupe (ICT) ou les travailleurs saisonniers.
Permis d’études
Pour des études de plus de 90 jours, il faut un permis de séjour pour études. La procédure commence par une admission dans un programme à temps plein dans une université ou un établissement d’enseignement reconnu.
Pour effectuer une demande en ligne auprès du Migrationsverket, certains éléments sont obligatoires. Il est essentiel de les rassembler avant de commencer la procédure.
– une lettre d’admission officielle,
– la preuve du paiement de la première tranche des frais de scolarité (pour les étudiants non européens soumis à ces frais),
– un passeport valide,
– des preuves de moyens financiers suffisants pour la durée du séjour,
– une assurance santé si la durée de séjour est inférieure à un an.
Une fois le permis accordé, l’étudiant peut s’installer en Suède. S’il reste plus d’un an et qu’il remplit les conditions, il pourra ensuite s’inscrire au registre de la population et obtenir un personnummer, ce qui facilitera grandement l’accès aux services.
À l’issue des études, la possibilité existe d’obtenir un permis pour recherche d’emploi d’une durée comprise entre quelques mois et un an, à condition de disposer de ressources (en pratique au moins 13 000 SEK par mois) et d’une assurance maladie.
Réunification familiale
Pour ceux qui viennent rejoindre un proche déjà installé, le regroupement familial est géré intégralement par le Migrationsverket. Le principe : permettre à un conjoint, partenaire enregistré, concubin (sambo) ou enfant de moins de 18 ans de vivre avec la personne déjà en Suède.
Le membre de famille présent en Suède (le « répondant ») doit, en général, disposer :
Pour parrainer un réfugié, le répondant doit être titulaire d’un permis de résidence permanent ou temporaire (statut de réfugié, protection subsidiaire, autre motif humanitaire, ou permis travail/études avec de bonnes perspectives de renouvellement). Il doit également prouver qu’il dispose de ressources financières suffisantes et d’un logement répondant à des normes minimales, ce qui constitue l’exigence d’entretien (maintenance requirement).
Sauf exception, les deux partenaires doivent avoir au moins 21 ans. Quand le répondant n’a qu’un permis temporaire, la relation (mariage ou cohabitation) doit en principe préexister à son arrivée en Suède pour ouvrir droit à la réunification. En revanche, s’il dispose d’un permis permanent, un mariage ou un concubinage en Suède peut entrer en ligne de compte.
Les règles sont strictes sur la définition de la famille « nucléaire » : conjoint/partenaire, concubin et enfants mineurs. Les autres proches (parents, enfants majeurs, grands-parents, etc.) ne peuvent généralement venir qu’au titre d’un autre type de permis (travail, études, visite), sauf circonstances exceptionnelles où la dépendance était totale dans le pays d’origine.
La procédure peut être initiée en ligne par le répondant en Suède, souvent via une procuration (power of attorney) permettant de représenter la famille à distance. S’ensuit un rendez-vous au consulat ou à l’ambassade pour l’enregistrement biométrique et la vérification des documents. Les délais moyens sont longs : autour de 6 à 12 mois en théorie, mais les statistiques récentes évoquent plus de 400 jours d’attente en moyenne pour une première demande.
Le sésame de la vie quotidienne : le personnummer
Pour vivre réellement comme un résident en Suède, le point de bascule, c’est l’obtention du numéro d’identité personnelle, le fameux personnummer. Techniquement, c’est un identifiant de dix chiffres basé sur la date de naissance et un numéro de série, attribué par le Skatteverket à toute personne enregistrée au registre de la population.
Sans ce numéro, beaucoup de démarches se transforment en parcours du combattant : ouvrir un compte bancaire complet, signer un contrat de téléphonie, souscrire une assurance, accéder facilement aux soins, louer un logement de manière standardisée, obtenir un identifiant numérique BankID, etc.
Comment l’obtenir
On peut demander un personnummer lorsqu’on prévoit de vivre au moins un an en Suède. L’inscription se fait en deux temps :
1. Notification de déménagement en Suède via le service en ligne « Move to Sweden » ou sur formulaire papier, en transmettant des copies des documents requis. 2. Visite physique dans un bureau du Skatteverket, avec les originaux, pour la vérification d’identité.
Les pièces généralement demandées sont :
– un passeport valide (ou carte d’identité nationale pour les citoyens de l’UE/EEE),
– les décisions de permis de séjour et la carte de séjour pour les citoyens de pays tiers,
– une lettre d’admission ou un contrat de travail prouvant que l’on va étudier ou travailler au moins douze mois,
– un justificatif d’adresse en Suède (bail, attestation de logement),
– si applicable, certificats de mariage et de naissance pour les membres de la famille, documents d’état civil officiels.
Après instruction, le Skatteverket inscrit la personne dans le registre de la population, enregistre son adresse, sa nationalité, son état civil, le lien avec son conjoint et ses enfants mineurs, puis attribue un numéro de la forme YYYYMMDD-XXXX. Ce numéro est unique et conservé à vie, même en cas de départ à l’étranger.
Le cas des séjours de moins d’un an : le samordningsnummer
Une confusion fréquente concerne le numéro de coordination (samordningsnummer). Il ressemble au personnummer mais s’adresse aux personnes qui ne sont pas enregistrées comme résidents, par exemple les séjours de moins d’un an, certains chercheurs ou travailleurs détachés, ou même des propriétaires étrangers de maisons de vacances.
Ce numéro est requis par des administrations comme le Migrationsverket ou un employeur (via le fisc) pour des démarches telles que la déclaration d’impôts, la gestion des salaires ou d’autres obligations administratives. Sa structure est similaire au numéro personnel, mais le jour de naissance est augmenté de 60, résultant en un jour compris entre 61 et 91.
Contrairement au personnummer, le samordningsnummer ne donne pas automatiquement accès à l’ensemble des services (il est par exemple difficile d’obtenir une carte d’identité suédoise ou un compte bancaire complet avec ce seul identifiant). Si un jour la personne est inscrite au registre de la population, son numéro de coordination est remplacé par un personnummer.
Le tableau suivant résume les principales différences.
| Caractéristique | Personnummer | Samordningsnummer |
|---|---|---|
| Inscription au registre de la population | Oui, obligatoire pour l’obtenir | Non |
| Durée de séjour visée | En général ≥ 1 an | En général < 1 an ou absence de résidence |
| Autorité émettrice | Skatteverket | Skatteverket (à la demande d’une autre autorité) |
| Format | YYYYMMDD-XXXX | YYYYMM(DD+60)-XXXX |
| Accès aux services (banque, santé, etc.) | Large, quasi complet | Limité, variable selon les organismes |
| Carte d’identité suédoise | Possible | En pratique non |
Dans tous les cas, la procédure de demande impose aujourd’hui – y compris pour le samordningsnummer – un passage en personne au centre de services, avec un document d’identité valide.
S’enregistrer pour les impôts et comprendre sa situation fiscale
Dès qu’on travaille en Suède, la dimension fiscale s’invite dans le parcours administratif. Le Skatteverket gère la question sous deux régimes principaux pour les salariés étrangers : le système standard de l’impôt sur le revenu (précompte A-tax) et le régime SINK (Special Income Tax for Non-Residents).
La résidence fiscale suédoise, qui entraîne une imposition illimitée, est établie si vous possédez un foyer permanent dans le pays, y séjournez de manière continue pendant au moins six mois, ou y conservez des « liens essentiels ». En tant que résident fiscal, vos revenus sont imposés selon le barème progressif suédois, comprenant un impôt municipal et, au-delà d’un certain seuil, un impôt national d’environ 20 % sur la tranche supérieure de revenu.
Les travailleurs de passage, sans domicile durable et ne remplissant pas ces critères, peuvent être imposés au taux fixe de 25 % sur leur revenu de source suédoise via le régime SINK, sans obligation de déclarer chaque année. Ils peuvent toutefois renoncer à ce régime spécifique et opter pour l’imposition standard s’ils estiment y gagner (accès aux déductions pour frais, par exemple).
La démarche administrative consiste donc à : établir un processus structuré pour effectuer des demandes et des démarches auprès des autorités ou des organismes compétents.
– signaler sa présence au Skatteverket,
– demander, selon les cas, un statut SINK ou une imposition ordinaire,
– transmettre à l’employeur la décision de l’administration fiscale,
– le cas échéant, déposer chaque année une déclaration de revenus (pour ceux au régime standard), généralement préremplie.
Le changement de statut – par exemple un séjour qui se prolonge au-delà de six mois, ou l’obtention d’un personnummer – peut faire passer d’un régime à l’autre. Mieux vaut donc anticiper ces évolutions avec le Skatteverket, d’autant que les cotisations sociales versées en Suède génèrent des droits à la retraite.
Accès à la santé : de l’assurance privée à la couverture publique
La Suède dispose d’un système de santé universel, financé principalement par l’impôt et géré par les régions. L’accès à ce système repose largement sur l’inscription au registre de la population et donc, encore une fois, sur le personnummer.
Qui a droit à quoi ?
Une fois inscrit comme résident, on bénéficie des mêmes droits que les citoyens suédois : soins de santé à tarif régulé, plafond annuel des frais à payer de sa poche, protection des coûts de médicaments, gratuité quasi totale pour les enfants et les jeunes, maternité prise en charge, etc. Il n’existe pas d’assurance santé publique distincte : l’inscription dans le système social géré par la Försäkringskassan est automatique pour les personnes enregistrées au registre de la population.
Pour les séjours de moins d’un an, les conditions d’accès aux soins varient selon la nationalité. Les ressortissants UE/EEE/Suisse peuvent utiliser leur Carte Européenne d’Assurance Maladie (CEAM/EHIC). Les ressortissants de pays tiers doivent généralement souscrire une assurance santé privée complète, incluant l’évacuation sanitaire, pour éviter des frais médicaux très élevés.
Dans tous les cas, en cas d’urgence vitale, le numéro à composer reste le 112, et la prise en charge n’est pas conditionnée à un statut administratif. Mais la facturation ensuite dépendra de la couverture de la personne.
Démarches pratiques
Sur le plan administratif, l’accès au système se construit en plusieurs étapes :
Après votre installation en Suède, trois démarches principales sont à effectuer. Premièrement, pour un séjour d’au moins un an, l’inscription au registre de la population est obligatoire. Deuxièmement, il faut informer la Försäkringskassan (Caisse d’assurance sociale) de votre arrivée, via un formulaire ou un service en ligne, pour évaluer votre éligibilité aux prestations sociales. Enfin, vous pouvez choisir un centre de santé de proximité (*vårdcentral*), une démarche souvent facilitée par le portail en ligne 1177.se qui centralise de nombreux services de santé.
La Suède applique un plafond annuel aux frais de santé (högkostnadsskydd). Au-delà d’environ 1 100–1 450 SEK payés en honoraires de consultation sur douze mois, les visites médicales couvertes deviennent gratuites pour le reste de la période. Un système similaire existe pour les médicaments, avec un plafond global autour de 2 200–2 400 SEK. Les hospitalisations sont rarement gratuites mais la participation journalière reste modérée (de l’ordre d’une centaine de couronnes par jour).
En parallèle, beaucoup de nouveaux arrivants conservent une assurance privée, notamment pour réduire les délais d’accès à certains spécialistes, qui peuvent atteindre plusieurs semaines voire trois mois.
Ouvrir un compte bancaire et obtenir un identifiant numérique
Dans un pays où les paiements en espèces sont devenus rares, ouvrir un compte bancaire suédois est presque aussi important que d’obtenir son personnummer. Même si la loi européenne sur les services de paiement donne à toute personne résidant légalement en Suède le droit à un compte de base, les banques restent soumises à de strictes obligations de lutte contre le blanchiment et peuvent exiger de nombreux justificatifs.
Documents requis et procédures
En pratique, la plupart des grandes banques – Swedbank, SEB, Nordea, Handelsbanken, entre autres – demandent :
– un passeport ou document d’identité valable,
– un permis de séjour pour les personnes hors UE/EEE,
– une preuve d’adresse suédoise (bail, facture, attestation),
– un contrat de travail ou une preuve d’inscription dans un établissement d’enseignement supérieur,
– le personnummer, ou à défaut parfois un numéro de coordination.
L’ouverture d’un compte bancaire se fait généralement en agence, lors d’un entretien où la banque interroge sur l’origine des fonds, l’usage du compte, le volume de transactions internationales et un éventuel statut de personne politiquement exposée. La procédure peut être rapide (parfois en un jour) si le dossier est clair, mais certains établissements sont plus prudents si le client ne possède pas encore de personnummer.
Pour les séjours très courts, il peut être plus simple de conserver un compte étranger ou de recourir à des banques en ligne et à des solutions multi-devises (type Wise, Revolut, etc.), même si celles-ci ne remplacent pas toujours un compte local lorsqu’il s’agit de percevoir un salaire en SEK ou de mettre en place des prélèvements.
BankID et Swish : les clés du quotidien digital
Une fois le compte ouvert, la banque peut délivrer un BankID, une sorte de pièce d’identité électronique installée sur smartphone ou ordinateur. Il s’agit d’un outil central en Suède : authentification sur les sites gouvernementaux (Skatteverket, Försäkringskassan, 1177), signature électronique de contrats, connexion aux services bancaires, et même validation de paiements par mobile.
Swish est l’application de paiement instantané essentielle en Suède, utilisée pour partager des additions, régler entre particuliers, payer en commerce et parfois dans des administrations. Son utilisation nécessite un compte bancaire suédois et un BankID, qui dépendent souvent de l’obtention préalable d’un numéro d’identification personnel (personnummer). Sans ce dernier, l’accès à cet écosystème numérique est limité.
Le tableau ci-dessous illustre la chaîne administrative typique :
| Étape clé | Autorité principale | Résultat pratique obtenu |
|---|---|---|
| Permis de séjour | Migrationsverket | Droit de vivre et, le cas échéant, de travailler |
| Inscription au registre de la population | Skatteverket | Attribution du personnummer |
| Ouverture de compte bancaire | Banque (Swedbank, SEB, etc.) | Compte courant en SEK, carte bancaire |
| Obtention du BankID | Banque | Identité numérique pour tous les services en ligne |
| Enregistrement à la sécurité sociale | Försäkringskassan | Accès formel aux prestations et à la protection sociale |
Chaque maillon dépend du précédent : sans permis, pas de personnummer ; sans personnummer, l’accès à la banque et au BankID se complique ; sans compte, beaucoup de services restent difficiles d’accès.
Se loger : dossiers, contrats et réalités d’un marché tendu
Parallèlement aux démarches de séjour et d’identification, trouver un logement constitue une autre grande bataille administrative. La Suède souffre depuis des années d’une pénurie de logements, particulièrement dans les grandes villes comme Stockholm, Göteborg, Malmö ou Uppsala. Choisir le bon type de contrat et préparer un dossier solide sont essentiels.
Contrats de première et de seconde main
Le marché locatif suédois repose sur deux grandes catégories de bail :
– le contrat de première main (förstahandskontrakt), signé directement avec le propriétaire ou une société de logements municipale. C’est la forme la plus recherchée : le locataire bénéficie de fortes protections, de loyers régulés et d’une grande stabilité. Le revers : l’accès se fait via des files d’attente (bostadskö) pouvant aller de cinq à dix ans, voire davantage dans le centre de Stockholm. La plupart des Suédois s’inscrivent au plus tôt dans ces files, parfois dès l’âge de 18 ans.
Les loyers en seconde main peuvent être jusqu’à 60–65 % plus élevés que ceux d’un bail de première main.
La législation encadre strictement ces pratiques. Il est illégal pour un locataire principal de tirer profit d’une sous-location en appliquant un loyer manifestement excessif ; le locataire de seconde main peut saisir le tribunal des loyers (Hyresnämnden) pour demander une réduction. De même, un propriétaire ne peut expulser un locataire protégé sans motif valable : le droit suédois cherche un équilibre entre les intérêts des locataires et ceux des bailleurs.
Préparer son dossier locatif
Pour maximiser ses chances, un candidat locataire doit rassembler plusieurs documents :
Pour signer un contrat de location, notamment un premier bail (première main), il est nécessaire de fournir plusieurs documents. Il s’agit généralement d’une pièce d’identité, d’un *personnummer* (numéro d’identification personnel suédois), de justificatifs de revenus (comme des fiches de paie, un avis d’imposition ou un contrat de travail). Il peut aussi être demandé des références, par exemple d’un ancien propriétaire ou d’un employeur. Pour les étudiants, une lettre d’admission dans un établissement d’enseignement ou une attestation de bourse est souvent exigée.
Les propriétaires peuvent effectuer des vérifications de crédit, ce qui nécessite à nouveau que l’on soit identifié dans les systèmes suédois. Pour les contrats de seconde main, les exigences sont parfois un peu moins fortes, mais il reste essentiel de vérifier que le sous-locataire a bien obtenu l’autorisation formelle de sous-louer, faute de quoi le sous-bail peut être annulé.
Un dépôt de garantie équivalant à un à trois mois de loyer est fréquent, surtout dans les baux privés et en seconde main, même si les sociétés de logements municipaux n’y recourent pas toujours. Pour protéger ce dépôt, il est recommandé d’effectuer, à l’emménagement, un état des lieux détaillé avec photos à l’appui.
Files d’attente et plateformes de recherche
L’accès aux contrats de première main transite souvent par les files d’attente municipales. Chaque grande ville dispose de son système – Bostadsförmedlingen à Stockholm, par exemple. On s’y inscrit en ligne, on paie parfois des frais annuels modestes, puis on accumule des « points de file ». Lorsqu’un appartement correspondant à ses critères se libère, on peut déposer une candidature ; accepter un logement remet généralement le compteur de points à zéro.
Pour trouver un logement rapidement, de nombreux nouveaux arrivants se tournent vers le marché de la seconde main et des plateformes spécialisées telles que Blocket Bostad, BostadsPortal, Qasa, Samtrygg ou Residensportalen. Attention, certaines, comme BostadsDirekt, facturent des frais d’inscription ou un abonnement pour contacter les propriétaires. Les réseaux sociaux, notamment les groupes Facebook dédiés (ex: « Accommodation in Stockholm »), sont aussi très utilisés, mais il est crucial de rester vigilant pour éviter les arnaques : méfiez-vous des demandes d’argent avant signature, de l’impossibilité de visiter le logement ou des offres qui semblent trop belles pour être vraies.
Les étudiants disposent parfois de filières spécifiques via les fondations de logements universitaires, par exemple SSSB à Stockholm ou SGS à Göteborg.
Apprendre le suédois : SFI et autres offres linguistiques
Maîtriser la langue nationale n’est pas officiellement obligatoire pour obtenir un permis de séjour, mais c’est un atout majeur pour s’insérer sur le marché du travail, comprendre ses droits et naviguer dans l’administration. La Suède offre pour cela un dispositif structuré : SFI – Svenska för invandrare (suédois pour immigrants).
Conditions d’accès à SFI
SFI est un enseignement gratuit, proposé par les municipalités aux adultes d’au moins 16 ans qui :
– résident légalement en Suède,
– sont ou seront enregistrés dans une commune,
– ne maîtrisent pas les bases du suédois.
Dans la pratique, il faut généralement être inscrit au registre de la population, donc disposer d’un personnummer. Certaines municipalités admettent toutefois les citoyens de l’UE/EEE ou de Suisse résidant sur leur territoire dès lors qu’ils prouvent leur identité (passeport ou carte nationale) et leur résidence locale.
Les personnes titulaires d’un permis d’asile ou d’un permis pour protection subsidiaire ont accès à des mesures d’intégration. Ces mesures peuvent s’inscrire dans le cadre de plans d’intégration plus larges, élaborés en collaboration avec l’Arbetsförmedlingen, l’agence suédoise pour l’emploi.
Organisation des cours
SFI se structure en plusieurs parcours d’études et niveaux adaptés au profil des apprenants :
– Parcours 1 : destiné à ceux qui ont peu ou pas de scolarisation antérieure, ou des difficultés de lecture/écriture dans leur langue d’origine ou en alphabet latin. Il comprend les cours A, B, C et D.
– Parcours 2 : pour ceux qui savent lire et écrire et ont terminé au moins l’école primaire. Il couvre les cours B, C et D.
– Parcours 3 : pour les personnes ayant un niveau d’éducation secondaire ou supérieur et de bonnes compétences d’apprentissage, incluant les cours C et D.
Chaque cours donne lieu à une évaluation et une note (E à A pour les niveaux réussis, F pour échec). On peut passer des examens pour certifier son niveau, et les résultats du cours D servent souvent de référence pour des démarches ultérieures (emploi, études).
Délai maximal, en années, pour terminer le cycle SFI suite à une réforme récente, avec des prolongations possibles uniquement pour motifs particuliers.
Ressources complémentaires
En plus de SFI, de nombreux acteurs proposent des cours de suédois :
– les folk high schools (folkhögskolor) et organisations comme Folkuniversitetet ou Medborgarskolan,
– des programmes de « suédois pour les professions » (yrkessvenska) en lien avec l’Arbetsförmedlingen, qui ciblent par exemple les métiers de la santé ou de l’ingénierie,
– des outils en ligne comme Hejsvenska, des applis mobiles, ou des cours intensifs d’été soutenus par l’Institut suédois.
Apprendre le suédois ne figure pas formellement sur la liste des démarches administratives obligatoires, mais c’est une « méta-démarche » qui facilite toutes les autres, du simple appel téléphonique au Skatteverket à la compréhension de ses droits en matière de logement ou de travail.
Dès lors qu’on vit et travaille en Suède, il est important de savoir dans quel pays on est assuré socialement, car cela conditionne les allocations familiales, le remboursement des soins, les congés parentaux, certains droits à la retraite, ou encore des prestations de logement.
La Försäkringskassan demande en général aux nouveaux arrivants de remplir un formulaire fournissant des informations sur leur situation (motif de séjour, emploi, accompagnement d’enfants, etc.). Sur cette base, l’agence détermine si la personne doit être assurée en Suède ou non. Si la réponse est positive, elle pourra toucher, par exemple :
La Suède offre un système de protection sociale complet pour soutenir les familles et les individus, notamment en matière de parentalité, de santé et de logement.
Versées pour les enfants résidant en Suède jusqu’à l’âge de 16 ans, voire au-delà dans certaines situations spécifiques.
Une compensation financière est versée en cas d’arrêt de travail pour maladie.
Pour chaque enfant, les deux parents disposent d’un quota global de 480 jours de congé. Une majorité de ces jours est indemnisée en fonction du salaire antérieur.
Des aides financières pour le logement sont accessibles sous conditions de ressources.
Pour les personnes relevant encore de la sécurité sociale de leur pays d’origine (détachés, bénéficiaires d’un formulaire S1 pour les ressortissants britanniques ou autres cas couverts par accord bilatéral), la coordination entre systèmes est assurée mais nécessite des démarches spécifiques (enregistrement de formulaires, échanges entre institutions).
Et après : résidence permanente et citoyenneté
Au fil des années, les démarches évoluent. Après une certaine durée de séjour régulier, on peut prétendre à des statuts plus stables, avec leurs propres procédures administratives.
Permis de résidence permanent
Le permis de résidence permanent est accessible, pour la plupart des adultes, après plusieurs années de séjour continu avec des permis temporaires valides. Les règles exactes dépendent du type initial de permis (travail, études, protection, regroupement familial), mais pour un travailleur, un schéma courant consiste à cumuler au moins quatre années de permis de travail sur une période de sept ans.
Depuis une réforme récente, l’obtention d’un permis permanent est soumise à la condition de disposer de moyens d’existence durables. Cela implique de démontrer des revenus stables, provenant d’un emploi ou d’une activité indépendante, d’un montant minimal et pour une durée prévisible d’au moins un an. Cette exigence s’applique également aux membres de famille adultes après un certain temps de séjour.
Vers la citoyenneté
La citoyenneté suédoise peut, dans de nombreux cas, être sollicitée après cinq ans de résidence habituelle (quatre ans pour les apatrides et certains réfugiés, des délais plus courts parfois pour les conjoints de citoyens suédois). La procédure est gérée par le Migrationsverket et exige :
Pour obtenir la nationalité suédoise, il faut notamment : un casier judiciaire compatible avec une « bonne conduite », une résidence continue en Suède, et, à court ou moyen terme, la capacité de prouver un niveau de suédois et une connaissance de la société suédoise, une réforme gouvernementale étant en préparation sur ce point.
Le passage par la citoyenneté n’est pas une obligation ; on peut très bien vivre longtemps en Suède avec un permis permanent. Mais du point de vue administratif, la citoyenneté simplifie encore davantage la relation avec l’État, réduit la dépendance aux renouvellements de permis, et ouvre des droits politiques complets.
Conclusion : une trajectoire administrative mais aussi stratégique
Vivre en Suède, ce n’est pas seulement réussir une demande de permis de séjour. C’est suivre une trajectoire administrative faite de jalons qui s’enchaînent :
1. Obtenir le bon titre de séjour (travail, études, regroupement, protection). 2. S’enregistrer auprès du Skatteverket pour décrocher le personnummer. 3. Ouvrir un compte bancaire, acquérir un BankID et entrer dans l’écosystème numérique. 4. S’inscrire auprès de la Försäkringskassan et, pour les familles, des services municipaux (écoles, crèches). 5. Chercher un logement adapté en tenant compte de la réalité d’un marché tendu. 6. S’engager dans l’apprentissage du suédois pour faciliter tout le reste. 7. À moyen terme, viser la résidence permanente, puis éventuellement la citoyenneté.
Chaque étape administrative est régie par des règles précises, des autorités identifiées et des délais souvent longs. Pour réussir, il est crucial d’anticiper, de préparer les documents avec soin et de vérifier systématiquement les informations sur les sites officiels (Migrationsverket, Skatteverket, Försäkringskassan, 1177.se). Ne pas sous-estimer l’importance de la maîtrise de la langue suédoise est également un atout essentiel pour transformer ces procédures complexes en un parcours maîtrisé.
Avec cette feuille de route, le futur résident peut aborder l’installation en Suède non comme une accumulation d’obstacles, mais comme une série de procédures logiques, au service d’un projet de vie dans un pays qui mise sur la clarté des règles et la protection de ceux qui s’y établissent durablement.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Suède, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Suède pour la sécurité juridique et politique, une fiscalité stable sur le patrimoine financier correctement structuré, un niveau de protection sociale très élevé et un environnement économique solide, tout en restant dans l’UE/EEE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de séjour avec location longue durée, coordination avec CNAS/CPAM et système suédois, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, conseillers bilingues) et intégration patrimoniale (analyse et éventuelle restructuration).
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