S’installer en tant qu’expatrié en Tunisie : atouts, limites et angles morts à connaître

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’expatrier en Tunisie séduit de plus en plus de retraités, de salariés en mobilité, de freelances et de nomades digitaux. Coût de la vie très abordable, climat doux, proximité avec l’Europe, richesse culturelle… sur le papier, le pays a de solides arguments. Mais derrière cette image de carte postale, la réalité quotidienne est plus contrastée : salaires locaux bas, lenteurs administratives, infrastructures inégales, contexte politique et sécuritaire délicat, difficultés pour certaines catégories (femmes seules, familles, LGBTQ+…).

Bon à savoir :

Cet article fournit une analyse complète et actualisée des pour et contre de s’expatrier en Tunisie, en s’appuyant sur des arguments étayés et des données chiffrées récentes.

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Un cadre général attractif mais contrasté

La Tunisie est une république d’Afrique du Nord, au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen‑Orient, bordée par l’Algérie, la Libye et la Méditerranée. C’est le plus petit pays du Maghreb, avec un peu plus de 12 millions d’habitants. Tunis, la capitale, concentre une large partie de l’activité économique, des entreprises et de la communauté expatriée.

Astuce :

La langue officielle est l’arabe, mais le français est très répandu dans l’administration, les affaires, les médias et l’hôtellerie. Le dialecte tunisien (derja) est utilisé au quotidien, et l’anglais progresse, notamment chez les jeunes et dans la tech. Un expatrié francophone peut vivre et travailler sans parler arabe, mais connaître quelques notions de derja facilite grandement l’intégration et les négociations, par exemple sur les prix.

La société est majoritairement musulmane, avec de petites minorités chrétiennes et juives. Le pays est souvent décrit comme l’un des plus séculiers du monde arabe : l’alcool est vendu, les femmes participent massivement à la vie publique, la liberté de culte existe et la liberté d’expression reste présente, même si le contexte politique s’est durci depuis 2021. À côté de cette image relativement libérale, subsistent toutefois des lois très conservatrices (criminalisation de l’homosexualité, adultère pénalisé), des normes sociales conservatrices en particulier hors des grandes villes, et un cadre sécuritaire très présent.

Un coût de la vie imbattable… à condition de ne pas dépendre d’un salaire local

L’un des principaux atouts de la Tunisie pour un expatrié tient à ses prix. Tous les grands indicateurs le confirment : le pays figure parmi les moins chers au monde.

Des indices de prix très bas

Les comparateurs internationaux placent la Tunisie autour de la 188ᵉ place sur 197 pays les plus coûteux. L’indice général du coût de la vie tourne autour de 27–28, soit environ 2,2 fois moins cher que la moyenne mondiale. Par rapport à l’Occident, les écarts sont spectaculaires :

ComparaisonDifférence de coût de la vie (hors loyer)Avec loyerLoyer seul
Tunisie vs États‑Unis–59,5 %–69,1 %–88,4 %
Tunisie vs Franceenv. –52 %n.d.n.d.
Tunisie vs grandes villes US (global)n.d.n.d.loyer jusqu’à –85 %

Pour donner un ordre de grandeur, plusieurs estimations mensuelles évoquent :

ProfilCoût mensuel estimé (USD)Commentaire
Local~305 $Train de vie tunisien moyen
Expat “classique”~720 $Hors dépenses très confortables
Famille (4 pers.)~1 050–1 100 $Niveau de vie correct
Nomade digital~1 760–1 980 $Mode de vie plus “premium”

Côté euros/dinars, d’autres sources évoquent pour une famille de quatre autour de 5 800 TND (~1 870 €), et pour une personne seule environ 2 600 TND (~830 €). Les méthodes de calcul varient, mais une idée se dégage : avec un revenu “occidental” stable (pension, salaire étranger, freelance rémunéré en euros ou dollars), on vit très correctement, voire confortablement.

Logement : forte décote, mais grandes disparités

Le loyer est le poste où l’écart avec l’Occident est le plus marqué, mais tout dépend du quartier, de la ville et du standing recherché.

Quelques repères :

Type de logementSituationFourchette de loyer mensuel (TND)
Studio 45 m² meubléQuartier “cher”~1 700 TND
Studio 45 m² meubléQuartier “normal”~500–530 TND
85 m² meubléQuartier “cher”~2 000 TND
85 m² meubléQuartier “normal”~1 000 TND
1 chambre centre‑ville (générique)Ville moyenne400–1 200 TND
1 chambre hors centreVille moyenne300–800 TND
Maison 3 chambres avec jardinBanlieues recherchées1 000–2 500 TND

À Tunis, un couple d’expats cités dans les données paye 1 600 TND pour un appartement récent avec charges incluses, preuve qu’en négociant (pratique très courante) on peut obtenir de bonnes affaires y compris dans la capitale.

Attention :

Les quartiers les plus prisés des expatriés (La Marsa, Gammarth, Sidi Bou Saïd, Carthage, Les Berges du Lac, El Menzah) sont les plus chers, avec des loyers dépassant souvent 2000 TND. Des alternatives comme La Soukra, L’Aouina, Ariana ou El Ghazala offrent un meilleur rapport qualité-prix tout en restant bien connectées.

Acheter est aussi nettement moins cher qu’en Europe : le prix médian d’un bien tourne autour de 85 000–86 000 $. Mais l’achat par des étrangers est encadré, avec des autorisations administratives parfois difficiles à obtenir, même si la propriété foncière étrangère est juridiquement possible.

Nourriture et restauration : très abordable… sauf produits importés

L’alimentation est un autre point fort. Les marchés regorgent de fruits, légumes et produits locaux à des prix très bas pour un Européen.

En pratique :

10

Le prix moyen d’un repas simple dans un petit restaurant en Tunisie est d’environ 10 dinars tunisiens.

Côté produits du quotidien, les ordres de grandeur suivants donnent le ton :

ProduitPrix moyen (TND)
1 L de lait entier~1,67
12 œufs~4–4,8
1 kg tomates~2,3
1 kg pommes~4,8
500 g poulet~8
Pain pour 2/jour~1
0,5 L bière locale (supermarché)~3,6–6
Bouteille de vin rouge moyen~20–36

Pour un célibataire, un budget courses oscillant entre 300 et 500 TND par mois est jugé réaliste. Pour une famille de quatre, certaines estimations évoquent l’équivalent de 550–600 $.

Les bémols portent sur les produits importés (fromages affinés, avocats, mangues, certaines marques étrangères) et sur les hausses liées à l’inflation. Une expatriée américaine signale par exemple que “le fromage, les avocats et les mangues” sont nettement plus chers que chez elle.

Transports et dépenses courantes : prix doux mais services inégaux

Les transports publics sont très économiques : un ticket de métro léger à Tunis coûte entre 0,5 et 1 TND, un trajet en train de banlieue (TGM) entre 0,8 et 1,25 TND, et un abonnement mensuel autour de 30–50 TND. Le taxi démarre à moins de 1 TND et reste bon marché, même si la nuit le tarif augmente d’environ 50 %.

100000

Le prix d’une berline compacte neuve en Tunisie peut dépasser 100 000 TND en raison des taxes d’importation.

Les loisirs et soins personnels restent abordables à l’échelle occidentale : un abonnement à la salle de sport coûte souvent entre 90 et 180 TND, une coupe de cheveux simple quelques dinars, une séance de cinéma une dizaine de TND.

Le vrai revers : des salaires locaux très bas

Le tableau change radicalement si l’on dépend d’un salaire tunisien. Le salaire moyen net après impôts tourne autour de 950–1 100 TND par mois, soit environ 330–310 € ; d’autres sources évoquent même 280 € comme salaire moyen. Les minima légaux (SMIG) se situent autour de 390–460 TND selon que la semaine est à 40 ou 48 heures.

Rapporté au coût de la vie, un salaire moyen couvre à peine 0,7 mois de dépenses “standards” pour un expatrié. C’est ce qui explique que la Tunisie soit très confortable pour un retraité ou un salarié payé en devise forte, mais beaucoup plus contraignante pour un étranger embauché localement au tarif tunisien, sauf dans certains postes très qualifiés (ingénierie, tech, direction, etc.).

Un climat méditerranéen agréable… mais de plus en plus extrême

La Tunisie séduit par son climat chaud et ensoleillé. Le nord du pays jouit d’un climat méditerranéen : hivers doux et pluvieux, étés chauds et secs. Le sud bascule vers le désert et connaît des températures bien plus élevées, avec le sirocco – vent chaud et sec venu du Sahara – qui peut faire grimper le thermomètre au‑delà de 40 °C, voire 45 °C.

À Tunis, les hivers tournent autour de 15–16 °C en journée, et les étés autour de 33–37 °C. Le pays bénéficie d’un très fort ensoleillement annuel (plus de 3 000 heures de soleil), ce qui en fait une destination agréable pour qui fuit la grisaille.

1.4

La température moyenne en France a augmenté d’environ 1,4 °C depuis 1901.

Concrètement, pour un expatrié venant d’un pays tempéré, l’adaptation à la chaleur peut être rude : déshydratation, fatigue, troubles du sommeil, maux de tête sont fréquents en été, surtout sans climatisation. Les recommandations de base (boire beaucoup, éviter les activités physiques aux heures les plus chaudes, porter des vêtements clairs, adapter ses horaires) ne sont pas superflues.

Bon à savoir :

La Tunisie subit un stress hydrique sévère, avec une disponibilité en eau bien inférieure au seuil de pauvreté défini par l’ONU. Des rationnements sont appliqués, même dans les grandes villes et zones touristiques. L’eau du robinet est généralement non potable ou de qualité incertaine ; il est fortement recommandé de boire exclusivement de l’eau en bouteille.

À long terme, ces tensions sur la ressource pourraient impacter la qualité de vie, l’agriculture (déjà affectée par les sécheresses) et les prix de certains produits, en particulier sur le littoral où la montée du niveau de la mer et l’intrusion saline menacent nappes phréatiques et plages.

Une qualité de vie plaisante : mer, cafés, patrimoine, air plutôt sain

Malgré ces défis, beaucoup d’expatriés soulignent la douceur de vivre tunisienne. Le rythme est généralement plus lent qu’en Europe, la vie sociale très riche, les cafés omniprésents et la sociabilité forte. Les Tunisiens sont réputés chaleureux, hospitaliers, expressifs, et il n’est pas rare d’être invité à partager un thé ou un repas après peu de rencontres.

Le littoral offre de nombreuses plages, spots de sports nautiques, clubs et hôtels. Des lieux comme Hammamet, Sousse, Monastir ou l’île de Djerba sont connus pour leur combinaison de plages, resorts, golf et vie nocturne. La capitale elle‑même se prolonge vers des banlieues littorales très appréciées (La Marsa, Gammarth, La Goulette, Sidi Bou Saïd).

Le pays est relativement peu densément peuplé ; certains expatriés le trouvent “spacieux” et moins étouffant que de grandes métropoles régionales comme Le Caire. L’air est globalement de bonne qualité, avec un indice AQI moyen d’environ 23, bien meilleur que dans de nombreuses capitales.

Exemple :

La Tunisie présente un patrimoine culturel exceptionnel, avec des médinas classées à l’UNESCO, des sites archéologiques majeurs comme Carthage, Dougga et l’amphithéâtre d’El Jem, ainsi que des institutions de renom telles que le musée du Bardo. Sa scène artistique contemporaine est également très dynamique, alliant traditions musicales (malouf, mezoued) et formes modernes (rap, jazz), et s’exprimant à travers les arts visuels, le théâtre et de nombreux festivals internationaux comme ceux de Carthage ou de Testour.

Une société chaleureuse mais structurellement patriarcale

Les valeurs centrales sont la famille, la solidarité intergénérationnelle et le respect des aînés. Les décisions importantes se prennent souvent en famille, l’hospitalité est une norme sociale fondamentale, et refuser une invitation peut être interprété comme une marque de distance.

Le pays est souvent présenté comme un modèle régional pour les droits des femmes (accès massif à l’éducation et au travail, code du statut personnel anciennement progressiste). Mais dans la sphère privée, les rôles de genre restent marqués : l’homme perçu comme soutien financier principal, la femme comme garante du foyer et de la cohésion familiale. L’héritage reste généralement inégalitaire au détriment des femmes, et dans certaines familles, on attend encore d’elles qu’elles renoncent à tout ou partie de leur part.

Pour une expatriée, ces normes peuvent être ressenties de façon très différente selon le milieu : dans les quartiers urbains aisés et internationaux de Tunis, le mode de vie peut être assez proche de l’Europe ; dans des milieux plus conservateurs ou ruraux, les attentes vis‑à‑vis des femmes sont nettement plus traditionnelles. Cela se reflète aussi dans la sécurité : plusieurs sources considèrent que le pays “n’est pas sûr pour les femmes” et pas vraiment “family‑friendly”, en raison du harcèlement de rue, du manque de structures adaptées, et de la perception générale de la sécurité des mineurs.

Contexte d’expatriation en Tunisie

Pour les personnes LGBTQ+, la situation est clairement défavorable : les relations homosexuelles consenties sont pénalisées (jusqu’à trois ans de prison), l’homophobie sociale est importante, et les témoignages font état de discriminations, de violences et de chantages. Certaines initiatives communautaires existent (bars “gay‑friendly”, événements culturels ponctuels), mais elles restent discrètes et sans protection légale. Pour un expatrié LGBTQ+, la Tunisie implique souvent de vivre sa vie privée de manière très cloisonnée et prudente.

Bureaucratie, visas et permis de séjour : facile sur le papier, pénible dans les faits

Sur le plan migratoire, la Tunisie est plus ouverte que beaucoup de pays africains. Nombre de nationalités (dont les Français, de nombreux Européens, les Américains…) peuvent entrer sans visa pour des séjours courts (jusqu’à 90 jours, parfois 4 mois selon la nationalité). Pour s’installer, tout se complique.

Au‑delà de trois mois consécutifs (ou six mois non consécutifs sur douze), il faut un titre de séjour. Deux grandes catégories existent : carte de séjour temporaire (1 à 2 ans, renouvelable) et carte de séjour permanente (10 ans, renouvelable). Les conditions varient selon le statut (salarié, entrepreneur, retraité, conjoint de Tunisien, étudiant…).

Dans tous les cas, il faut un dossier comprenant notamment :

passeport valide ;

contrat de location ou acte de propriété ;

contrat de travail ou preuve de ressources (retraite, revenus étrangers) ;

photos d’identité ;

formulaires administratifs, parfois extraits de casier judiciaire, etc.

La demande se fait au commissariat ou au ministère de l’Intérieur, et les délais sont notoirement longs : de quelques semaines à six mois. Entre‑temps, on se retrouve avec des récépissés ou un statut “flou” qui peut compliquer certaines démarches (ouvrir un compte bancaire, souscrire certains services…).

Bon à savoir :

Les démarches administratives en Tunisie (internet, électricité, titre de séjour) sont souvent lentes et chaotiques, nécessitant patience et relances. Une ‘autorisation de séjour illimité’ informelle existe dans certains commissariats pour éviter les amendes, mais elle est précaire et ne permet pas d’obtenir un permis de conduire local.

Pour travailler, un permis de travail est indispensable. Il doit être demandé par l’employeur auprès du ministère de l’Emploi, en démontrant qu’aucun Tunisien ne peut occuper le poste. C’est un vrai filtre : les profils sans compétence rare ou très recherchée (ingénierie, tech, directions, spécialistes de niche) ont peu de chances d’obtenir le précieux sésame. Les permis sont en général valables 1 à 2 ans, renouvelables, et leur obtention peut prendre 4 à 12 semaines.

En résumé, la Tunisie n’est pas le pays le plus bureaucratique au monde, mais il faut accepter :

des délais importants ;

– des règles parfois appliquées de manière inégale ;

– une certaine opacité dans la communication administrative ;

des risques d’amendes en cas de dépassement de séjour.

Marché du travail : belles niches pour profils pointus, peu d’intérêt pour les autres

La structure de l’économie tunisienne repose sur les services (plus de la moitié de l’emploi), l’industrie (environ un tiers) et l’agriculture. Les secteurs forts sont le tourisme, le textile, les phosphates, le pétrole, l’agro‑alimentaire. Depuis une dizaine d’années, un écosystème technologique s’est développé rapidement : plus d’un millier de start‑up, près de 113 000 emplois dans l’IT, 82 écoles spécialisées, des stratégies nationales ambitieuses (Digital Tunisia 2025, feuille de route IA, programmes CyberTN…).

Dans ce contexte, les opportunités pour expatriés se concentrent sur quelques domaines :

Domaines d’Expertise

Découvrez les principaux secteurs d’activité et domaines de compétence couverts par notre réseau professionnel.

Technologies de l’Information

Développement logiciel, data science, cybersécurité, développement mobile et blockchain.

Ingénierie

Expertise dans les secteurs du pétrole, des énergies renouvelables et de l’industrie.

Enseignement

Enseignement des langues, écoles internationales et universités privées.

Management International

Management de haut niveau au sein d’entreprises internationales, d’ONG ou d’institutions.

Les rémunérations varient énormément. Un ingénieur logiciel confirmé peut viser 2 000 à 3 500 TND par mois dans une bonne entreprise locale, davantage dans une firme internationale. Les experts très pointus (blockchain, cybersécurité) peuvent atteindre des salaires annuels supérieurs à 150 000–200 000 TND. À l’inverse, un professeur de lycée gagne souvent autour de 1 000–1 500 TND, et les métiers non qualifiés restent proche du salaire minimum.

Astuce :

Pour un expatrié souhaitant ‘faire carrière’ localement, il est essentiel de bien mesurer l’engagement que cela représente, en tenant compte des spécificités du marché du travail, de la culture professionnelle et des exigences légales du pays d’accueil.

le chômage structurel est élevé ;

la concurrence locale est forte (beaucoup de diplômés, y compris formés à l’étranger) ;

– l’administration filtre les permis de travail pour préserver l’emploi national ;

– les salaires restent bas, même pour des postes qualifiés, comparés aux pays occidentaux.

En clair, la Tunisie est plus intéressante comme base de vie pour télétravailler avec un employeur étranger ou pour des missions ponctuelles, que comme pays où bâtir une carrière salariale sur place, sauf quelques cas très spécifiques.

Santé : bon niveau en privé, public saturé et inégal

La Tunisie dispose d’un système de santé relativement avancé par rapport à de nombreux pays africains, avec une architecture en trois niveaux (centres de soins de base, hôpitaux régionaux, hôpitaux universitaires). Le pays s’est positionné comme destination de tourisme médical, notamment pour certains actes chirurgicaux ou esthétiques, avec près de 500 000 patients étrangers hospitalisés en 2019.

Mais le tableau est nuancé :

le secteur public, financé par l’impôt et la sécurité sociale (CNAM), souffre de sous‑investissement, manque de personnel, d’équipements modernes et est souvent saturé, surtout en dehors des grandes villes ;

– 70 % du matériel médical moderne appartient au privé, où exerce plus de la moitié des médecins, près des trois quarts des dentistes et 80 % des pharmaciens.

Attention :

Pour un expatrié, toute consultation ou hospitalisation doit être payée, souvent comptant. Il est donc indispensable de souscrire une assurance santé privée sérieuse, qui peut inclure une couverture pour l’évacuation sanitaire.

Côté tarifs, la médecine reste bien moins chère qu’en Europe :

Acte médical (privé)Prix typique (TND)
Généraliste (cabinet)30–45
Spécialiste50–90
Visite à domicile (généraliste)50–60
Nuit en chambre individuelle (clinique)100–180 (hors actes)
Accouchement voie basse (public)500–700
Césarienne (privé)1 000–2 000
Implant dentaire (privé)1 300–1 600

Les médecins parlent fréquemment français ; certains parlent anglais, surtout dans le privé. En revanche, dans beaucoup de structures publiques, l’anglais est rare.

Pour les expatriés employés localement, l’affiliation à la CNAM via l’employeur est obligatoire, avec remboursement partiel des soins dans le public et le privé conventionné. Mais de nombreux étrangers préfèrent souscrire une assurance internationale qui couvre les soins en clinique privée et, si nécessaire, une évacuation vers l’Europe.

Infrastructures, transports et services : le point faible du pays

Sur le terrain, beaucoup d’expatriés tombent d’accord : la qualité des services et des infrastructures est le vrai talon d’Achille de la vie quotidienne en Tunisie.

Parmi les problèmes récurrents :

coupures de courant fréquentes dans certains quartiers et villes ;

– réseau internet fixe longtemps limité (ADSL à 5 Mb/s en moyenne), même si la fibre se développe (offres à partir de ~45,9 TND/mois pour 20 Mb/s) ;

– eau du robinet de qualité inégale, non recommandée à la consommation ;

transports publics souvent surchargés, aux horaires peu fiables (bus), et trains lents et peu fiables ;

– routes accidentogènes : la mortalité routière est largement supérieure à celle de l’Europe, avec conduite agressive, dépassements dangereux, véhicules peu entretenus, piétons sur la chaussée, deux‑roues sans éclairage…

Bon à savoir :

Dans les quartiers aisés de Tunis et les zones touristiques, les infrastructures (routes, électricité, internet, transports) sont généralement meilleures. Cependant, ces conditions se dégradent significativement lorsqu’on s’éloigne des centres urbains et touristiques.

Pour un nomade digital ou un télétravailleur, cela signifie :

bien choisir son quartier (Lac 1, Lac 2, Ariana, El Ghazala, La Marsa, etc.) ;

– privilégier les logements avec fibre ou très bon ADSL ;

– s’appuyer sur des espaces de coworking (Cogite, The Dot, Westerwelle Startup Haus, etc.) ou des cafés réputés pour leur connexion (Les Indécis, Bleue Deli, Cosmitto…).

Le pays reste fonctionnel au quotidien, mais il faut intégrer un “coût” en temps et en énergie lié à ces petites (ou grandes) galères d’infrastructures.

Sécurité : sentiment globalement correct, mais risques bien réels

La perception de la sécurité en Tunisie dépend beaucoup du point de vue.

Criminalité de rue et petits délits

En matière de délinquance générale, la Tunisie présente un niveau intermédiaire. Les expats évoquent principalement :

pickpockets dans les souks, marchés et transports bondés ;

vols à l’arraché, parfois à scooter ;

cambriolages, en hausse dans certains quartiers de Tunis ;

escroqueries diverses (romance scams, “amitiés” intéressées, achats en ligne frauduleux, jeunes hommes cherchant un mariage d’intérêt avec des touristes plus âgés, etc.).

Le harcèlement de rue à l’encontre des femmes, en particulier étrangères, est courant : remarques, sifflements, parfois attouchements dans les foules. Il augmente en été et en soirée, notamment sur certaines plages et lieux de sortie.

Bon à savoir :

La plupart des incidents sont opportunistes et non violents, mais une vigilance constante est nécessaire. Il est conseillé d’éviter toute ostentation de richesse, de garder son sac bien fermé, de ne pas sortir seul(e) la nuit dans des zones peu fréquentées et de privilégier un logement dans un quartier réputé sûr.

Terrorisme et instabilité politique

La Tunisie porte encore la marque des attaques de 2015 (musée du Bardo, plage de Sousse) qui ont tué des dizaines de touristes, principalement britanniques. Depuis, la stratégie des groupes jihadistes a évolué vers des cibles plus “politiques” (forces de sécurité, ambassades, synagogues, pèlerinages juifs comme à Djerba). Plusieurs attaques au couteau et fusillades ont eu lieu ces dernières années, essentiellement contre des policiers ou des sites sensibles.

Le pays vit sous état d’urgence quasi permanent depuis 2015. Les forces de sécurité sont très visibles, des postes de contrôle existent aux entrées des grandes villes, et des zones entières sont classées militaires (sud désertique, montagnes frontalières avec l’Algérie, bordure avec la Libye). De nombreux gouvernements occidentaux déconseillent formellement de se rendre dans ces régions, voire sur une large bande à proximité des frontières.

Attention :

Pour un expatrié vivant à Tunis, La Marsa ou sur le littoral touristique, le risque d’être impliqué dans un attentat, bien que faible, existe. Il est impératif d’éviter les zones déconseillées par les ambassades, de rester vigilant lors de grands rassemblements, manifestations, événements religieux ou politiques, et de suivre l’actualité locale.

Un État de plus en plus sécuritaire

Depuis 2021, la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed, la suspension du Parlement, la gouvernance par décrets, les arrestations d’opposants et de journalistes, ont fragilisé la trajectoire démocratique du pays. Le gouvernement investit massivement dans les forces de sécurité, dont la présence peut rassurer certains résidents, mais s’accompagne d’une répression plus visible des voix dissidentes.

Pour la grande majorité des expatriés, ces évolutions ont un impact indirect limité sur la vie quotidienne, mais elles traduisent une tension politique latente et une fragilité institutionnelle qui pèsent sur l’image du pays et sur la prévisibilité à long terme.

Vie sociale, intégration et barrière de la langue

L’intégration sociale est souvent perçue comme l’un des grands points positifs d’une expatriation en Tunisie, à condition de faire l’effort d’adopter certains codes.

Une culture de la relation et de l’hospitalité

La communication est plutôt indirecte, très axée sur la politesse, la plaisanterie, le non‑verbal. Le tutoiement n’est pas automatique, les formules de salutation sont importantes, et l’on prend le temps de discuter avant d’aborder le cœur d’un sujet, y compris en affaires.

Recevoir est un honneur : inviter chez soi, offrir du thé à la menthe, du café, des pâtisseries est presque un devoir moral. Refuser systématiquement ces invitations peut être interprété comme de la froideur. À l’inverse, un étranger qui se montre respectueux, curieux, qui fait l’effort de quelques mots d’arabe ou de derja, sera souvent très bien accueilli.

Bon à savoir :

Les expatriés bénéficient d’un tissu associatif conséquent incluant des clubs internationaux de femmes, des chambres de commerce, des réseaux d’affaires et des communautés en ligne. Des plateformes comme InterNations organisent régulièrement des rencontres et événements pour faciliter l’intégration.

Langues : le vrai facteur clé d’intégration

Si le français ouvre déjà beaucoup de portes, les données montrent que seulement environ 8 % de la population parle anglais. Pour un anglophone qui ne parle ni français ni arabe, le fossé peut donc être important : démarches administratives, échanges avec artisans, médecins publics, commerçants locaux deviennent compliqués.

Apprendre le français (ou l’améliorer) et acquérir quelques bases d’arabe tunisien change la donne :

meilleure capacité de négociation, notamment sur les loyers, les travaux, les achats ;

accès à un cercle social plus large ;

meilleur niveau de respect perçu par les interlocuteurs.

De nombreux expatriés conseillent explicitement de prendre des cours d’arabe, ne serait‑ce que pour mieux comprendre le contexte local et réduire les malentendus.

Normes sociales à intégrer

Certains comportements banals en Europe peuvent choquer en Tunisie :

Attention :

Tenue vestimentaire : Privilégiez des tenues modestes, couvrant épaules et genoux, en dehors des plages et zones touristiques, particulièrement dans les régions rurales et les sites religieux. Pendant le Ramadan, évitez de manger, boire ou fumer ostensiblement en public durant la journée. La consommation d’alcool est tolérée uniquement dans les établissements autorisés (hôtels, bars) et peut être interdite à la vente certains jours. Aborder des sujets sensibles comme la religion, le prophète ou le conflit israélo-palestinien requiert une grande prudence. Les démonstrations d’affection appuyées en public sont généralement mal perçues.

Pour les expatriés venant de sociétés très individualistes, la forte valeur accordée au groupe (famille, voisinage, collègues) et à la conformité sociale peut demander un temps d’adaptation.

Éducation et scolarité : offre internationale mais à un prix élevé

Pour les familles expatriées, le choix scolaire est un point crucial. La Tunisie dispose d’un système éducatif national développé, obligatoire et gratuit de 6 à 16 ans. L’enseignement public se fait majoritairement en arabe (avec le français et l’anglais introduits progressivement), mais la qualité perçue est jugée moyenne, et l’enseignement de masse souffre de classes surchargées.

C’est pourquoi beaucoup d’expats se tournent vers les écoles privées et internationales, notamment à Tunis, Sousse et Djerba. On y trouve :

Exemple :

La Tunisie accueille plusieurs établissements scolaires internationaux, notamment des écoles américaines (comme l’American Cooperative School of Tunis), des écoles britanniques (telles que la British International School of Tunis et l’English International School of Tunis), des établissements suivant le programme français (comme le Lycée Gustave Flaubert, l’International School of Carthage et ceux du réseau AEFE), ainsi que des écoles canadiennes, allemandes ou proposant le programme IB (International Baccalaureate).

Ces établissements offrent :

programmes reconnus internationalement ;

classes à effectifs réduits ;

activités extrascolaires variées ;

environnements fortement internationalisés.

Mais les frais sont élevés à l’échelle locale. Quelques ordres de grandeur :

Type d’écoleNiveauFrais indicatifs
Maternelle/école privée localemois~274–336 TND
École primaire internationaleannée~3 600–20 000 TND (varie beaucoup)
Grande école internationale américaineannée23 000–26 000 $
Scolarité IB (ex. Djerba)année~5 900–6 500 TND (ancien tarif)

Pour certaines familles, ces montants rendent l’option internationale inaccessible sans prise en charge par l’employeur. D’autres choisissent l’école publique ou privée tunisienne, avec l’idée de combler les lacunes par du soutien scolaire ou des séjours à l’étranger. Quelques parents optent pour l’enseignement à distance ou des internats dans des pays voisins (Maroc, Espagne, France).

Dans l’ensemble, la Tunisie offre donc des solutions satisfaisantes pour l’éducation des enfants d’expatriés, mais au prix d’un budget conséquent et d’une réflexion approfondie sur la trajectoire scolaire à long terme.

Bilan : pour qui la Tunisie est‑elle une bonne destination d’expatriation ?

Au vu de l’ensemble des données, les avantages de la Tunisie sont réels :

coût de la vie extrêmement bas par rapport à l’Europe et à l’Amérique du Nord ;

– climat ensoleillé, paysages variés, belle qualité de l’air globalement ;

richesse culturelle, patrimoine historique, vie sociale chaleureuse ;

– facilité relative d’entrée sur le territoire pour des séjours courts, et procédures de séjour plus accessibles que dans nombre de pays africains ;

– bonne offre de soins privés à des tarifs modérés, développement d’un secteur tech dynamique ;

– présence de quartiers urbains agréables autour de Tunis, avec cafés, restaurants, coworking, écoles internationales.

Mais les inconvénients le sont tout autant :

Attention :

Plusieurs obstacles importants sont à anticiper : un marché du travail difficile pour les non-spécialistes avec des bas salaires, des infrastructures fragiles (électricité, eau, internet, transports), une bureaucratie lente et opaque, un climat qui se réchauffe avec un stress hydrique sévère, un environnement perçu comme peu sûr pour les femmes et familles et hostile envers les personnes LGBTQ+, un contexte politique et sécuritaire instable avec un risque terroriste résiduel, ainsi qu’une qualité inégale de l’enseignement et des services publics.

Autrement dit, la Tunisie peut être une excellente base de vie pour :

Profils d’expatriés au Maroc

Le Maroc attire une diversité de profils d’expatriés, chacun recherchant des avantages spécifiques liés au cadre de vie, aux opportunités professionnelles ou académiques.

Retraités internationaux

Des retraités disposant d’une pension étrangère, cherchant un coût de la vie bas, du soleil et une vie culturelle riche.

Travailleurs à distance

Des travailleurs bien rémunérés depuis l’étranger (freelances, salariés en full remote) en quête d’une nouvelle base de vie.

Cadres expatriés

Des cadres détachés par des entreprises ou organisations internationales, bénéficiant d’un package incluant école, logement et assurance santé.

Étudiants internationaux

Des étudiants en quête d’un environnement francophone et arabisant, à moindre coût, pour un temps limité.

En revanche, pour un expatrié qui devrait vivre sur un salaire local sans soutien particulier, ou pour des personnes très vulnérables (femmes seules sans réseau, couples LGBTQ+ avec enfants, familles dépendant entièrement de l’école publique), les défis peuvent s’avérer lourds.

L’essentiel, avant de faire le pas, est donc d’aborder la Tunisie sans naïveté : c’est un pays chaleureux, vivant, culturellement fascinant et extrêmement abordable, mais dont les fragilités structurelles (économiques, institutionnelles, environnementales) ne doivent pas être sous‑estimées. Bien informé, bien préparé, et avec un projet réaliste, on peut y construire une expatriation riche et équilibrée ; sans ces précautions, la désillusion peut être rapide.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en conservant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Tunisie, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tunisie pour son régime favorable aux retraités étrangers (possibilité d’exonération partielle des pensions rapatriées, fiscalité locale modérée), son coût de vie nettement inférieur à la France (Tunis ~40 % moins cher que Paris) et sa proximité géographique/culturelle avec l’Europe francophone. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de séjour pour retraité avec location ou achat de résidence principale, coordination CNAV/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français, mise en relation avec un réseau local (avocat, conseil immigration, accompagnement bilingue) et intégration patrimoniale (analyse et éventuelle restructuration).

Vous souhaitez vous expatrier à l'étranger : contactez-nous pour des offres sur mesure.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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