S’installer en Tunisie, ce n’est pas seulement changer de climat ou de paysage. C’est entrer dans une société où la religion structure le temps, l’espace public, les fêtes, certains choix de vie – tout en cohabitant avec une scène culturelle vivante, des cafés animés et une jeunesse de plus en plus diverse dans ses convictions. Pour un expatrié, bien comprendre ce cadre religieux, sans le fantasmer ni le sous‑estimer, est la clef d’une intégration apaisée.
Ce guide fournit des conseils pratiques sur les comportements à adopter et à éviter, le code vestimentaire et les usages locaux en fonction des pratiques religieuses. Il couvre les spécificités des lieux de culte (mosquées, églises), les comportements à respecter le vendredi, pendant le Ramadan, et lors d’une visite à la communauté juive de Djerba.
Un pays très majoritairement musulman, mais plus nuancé qu’il n’y paraît
La Tunisie est un pays à majorité écrasante musulmane. Les estimations convergent autour de 98 à 99 % de la population qui se déclare musulmane. La quasi‑totalité suit l’islam sunnite, principalement selon l’école juridique malékite, avec une petite minorité ibadite à Djerba. Dans les enquêtes récentes, une partie des Tunisiens se disent simplement « musulmans » sans étiquette d’école juridique, ce qui reflète un rapport à la religion plus identitaire que doctrinal.
Environ un tiers des Tunisiens se déclaraient non religieux à la fin des années 2010, avec près de la moitié des jeunes dans ce cas.
Le cadre juridique reste, lui, très marqué par l’islam. La Constitution affirme que l’islam est la religion de l’État, que le pays fait partie de l’« Oumma » islamique et que l’État doit œuvrer à la réalisation des « finalités de l’islam » dans un cadre démocratique. Le président doit être musulman et l’État se définit comme « gardien de la religion ». Dans le même temps, la Constitution garantit la liberté de croyance, de conscience et de pratique, dans la limite de l’ordre public.
En pratique, cela donne un paysage contrasté : des grandes villes relativement libérales, une jeunesse connectée, des cafés branchés, mais aussi une société d’honneur et de honte, où quitter l’islam expose à une forte pression familiale, où certains comportements publics restent socialement sensibles.
Islam au quotidien : rythmes, prières et rôle des mosquées
L’islam structure concrètement les journées par les cinq prières quotidiennes : Fajr avant l’aube, Dhuhr à la mi‑journée, Asr en milieu d’après‑midi, Maghrib au coucher du soleil, Isha en soirée. Ces horaires, calculés à partir de la position du soleil (en Tunisie on utilise notamment la méthode égyptienne de calcul), varient chaque jour.
Dans la vie quotidienne, toutes les familles ne se lèvent pas à Fajr, ni ne vont à la mosquée pour chaque prière, mais les appels à la prière (adhan) ponctuent l’espace sonore, surtout dans les médinas et les quartiers populaires. Une partie non négligeable des Tunisiens fréquente la mosquée au moins une fois par semaine. L’adhan rythme aussi le travail : une réunion qui chevauche l’heure du Dhuhr pourra être repoussée ou écourtée si les participants sont pratiquants.
Le vendredi (Jumu’ah) est un jour particulier dans l’islam. Sa prière, plus longue car précédée d’un sermon, constitue un moment central où les hommes se rendent à la mosquée, que ce soit sur leur lieu de travail ou dans leur mosquée de quartier. Historiquement, ces rassemblements hebdomadaires dépassaient le cadre strictement cultuel : ils servaient également de moment social et politique pour la communauté, permettant la diffusion d’annonces officielles, de nouvelles et, parfois, la prise de décisions administratives.
Pour l’expatrié, cette importance se traduit très concrètement dans les horaires de services.
Comment le vendredi affecte la vie pratique
Entre midi et 14 h environ, les banques, postes et administrations prennent souvent une longue pause pour permettre aux employés d’aller à la mosquée. De petits commerces peuvent baisser le rideau le temps de la prière, surtout s’il s’agit d’une boutique tenue par une seule personne. Les grandes enseignes, surtout dans les zones touristiques, restent généralement ouvertes mais l’activité ralentit.
Le jour de l’élection, les rayons alcool de certaines grandes surfaces sont fermés, bien que le magasin reste ouvert. Les bars d’hôtels et les forfaits ‘all inclusive’ fonctionnent généralement normalement, mais certains bars et restaurants indépendants peuvent réduire leur service.
Le vendredi est également, dans de nombreuses villes, un jour de marché hebdomadaire. Loin des souks à touristes, ces marchés rassemblent agriculteurs et commerçants, avec des prix parfois divisés par deux par rapport aux échoppes touristiques. On y trouve par exemple des dattes fraîches de la dernière récolte vendues bien moins cher, des variétés de harissa locales, et toute la panoplie des produits du terroir. L’ambiance est vivante, parfois très dense : il faut garder ses effets personnels en sécurité, car les pickpockets profitent des foules.
Un tableau récapitulatif donne une idée des effets du vendredi sur quelques services clés.
| Aspect de la vie quotidienne | Tendance le vendredi en Tunisie |
|---|---|
| Administrations (banques, postes) | Longue pause de la mi‑journée pour la prière de Jumu’ah |
| Petites boutiques | Fermetures ponctuelles selon la pratique du propriétaire |
| Grands magasins | Généralement ouverts, activité un peu ralentie |
| Vente d’alcool en supermarché | Rayons alcool souvent fermés |
| Bars d’hôtels de plage | Service d’alcool maintenu |
| Marchés hebdomadaires locaux | Très actifs, prix bas, foule dense, vigilance requise |
Pour un expatrié, adapter ses démarches administratives et ses sorties commerciales en évitant la tranche 12 h–14 h le vendredi est un simple réflexe qui évite pas mal de frustrations.
Ramadan : comprendre le « mois qui change tout »
Le mois de Ramadan est, de loin, la période où la religion se voit le plus dans la rue. Neuvième mois du calendrier lunaire islamique, il rappelle la révélation du Coran au Prophète et constitue l’un des cinq piliers de l’islam.
Pendant ce mois, les musulmans pratiquants s’abstiennent de manger, boire, fumer et avoir des relations sexuelles entre l’aube (Sehri/Suhur) et le coucher du soleil (Iftar). Le but dépasse la seule privation : c’est une période de purification, de maîtrise de soi, de charité et de vie familiale.
Un autre rythme de vie
Ramadan en Tunisie, c’est une ville qui vit à l’envers. Les administrations et de nombreuses entreprises raccourcissent la journée de travail : la sortie peut se faire vers 14 h ou 15 h. Les déplacements deviennent alors très compliqués à ce créneau : embouteillages massifs, transports en commun saturés, chauffeurs pressés de rentrer se reposer avant l’Iftar.
Une heure avant la rupture du jeûne (Maghrib), les rues se vident car les habitants sont en cuisine ou sur le chemin du retour. Au moment précis de la rupture, la ville s’arrête. Environ une heure après, l’activité reprend intensément : cafés, marchés nocturnes, promenades familiales et circulation dense reprennent, parfois jusqu’à tard dans la nuit, avec des embouteillages pouvant survenir vers 23h dans certaines villes.
Les commerces adaptent leurs horaires. Dans la journée, beaucoup de cafés et restaurants sont fermés, surtout hors des zones touristiques. Les supermarchés restent généralement ouverts mais peuvent fermer brièvement au moment précis de l’Iftar. Certains ouvrent plus tard le matin. Vers la fin du mois, l’effervescence augmente encore, tout le monde préparant l’Aïd al‑Fitr (localement appelé « Eid Sghir »).
Un schéma très simplifié de la journée type en Ramadan peut aider à se repérer.
| Moment de la journée (approximatif) | Ambiance typique en Ramadan |
|---|---|
| Aube – 8 h | Ville encore calme, pratiquants déjà levés pour la prière |
| 9 h – 13 h | Activité réduite, certains commerces ouverts, administrations au ralenti |
| 13 h – 15 h | Sortie du travail, circulation saturée |
| 1 h avant Iftar | Rues presque vides, tous se préparent à la rupture du jeûne |
| Iftar (Maghrib) | Silence dans les rues, repas familial |
| 1 à 2 h après Iftar | Reprise de la vie nocturne, cafés pleins, commerces ouverts |
| Tard dans la nuit | Activité soutenue, circulation parfois dense |
Que mange‑t‑on à l’Iftar ?
Pour un expatrié invité chez des Tunisiens à l’Iftar, c’est souvent une découverte gastronomique. Le repas commence presque toujours par des dattes, parfois farcies, et par un bol de chorba, une soupe tomate relevée, souvent au poulet ou à l’agneau. Vient ensuite le fameux brik, feuille fine frite garnie généralement d’œuf, de thon et de pommes de terre, dont une variante longue est surnommée « doigts de Fatma ».
Un aperçu des plats et douceurs typiques qui composent un repas traditionnel en Tunisie, des mets salés aux desserts sucrés.
Préparé avec de la viande ou du poisson selon les régions, c’est un plat emblématique.
Comme la salade méchouia (poivrons grillés, tomates, oignons) ou l’ojja (œufs pochés dans une sauce tomate-poivrons).
Un mélange savoureux de légumes frits avec un œuf.
Servi avec du lait fermenté (leben/benn) et clos par le traditionnel thé à la menthe.
Comme la zlabia (spirales dorées au sirop), le kaak yoyo (beignets ronds) ou des gâteaux à base de semoule et de miel.
Comment se comporter pendant Ramadan quand on ne jeûne pas
Les non musulmans et les voyageurs ne sont pas censés jeûner. Mais il est essentiel de faire preuve de discrétion. Manger un sandwich en marchant en plein centre‑ville à midi sera très mal vu, même dans une capitale assez ouverte. Boire de l’eau dans la rue peut paraître provocateur.
Les gestes simples suivants permettent de montrer son respect sans renoncer à ses besoins :
– boire dans un endroit discret (bureau fermé, ruelle à l’écart, voiture) plutôt qu’en terrasse au vu de tous ;
– prendre ses repas dans des lieux qui restent ouverts – souvent quelques cafés centraux ou restaurants d’hôtels – en évitant les grandes fenêtres sur rue si possible ;
– éviter de fumer ostensiblement dehors ;
– prévoir des courses alimentaires à l’avance, car beaucoup de commerces ferment tôt.
L’alcool n’est généralement pas vendu en journée pendant Ramadan. Les hôtels pour touristes continuent parfois de servir, mais l’offre est plus limitée. De toute façon, arriver dans un lieu de culte ou chez des voisins en sentant l’alcool est considéré comme vraiment irrespectueux.
Accepter une invitation à l’Iftar est, au contraire, un excellent moyen de tisser des liens. Refuser sans motif sérieux peut être perçu comme une distance froide. On peut expliquer qu’on mange peu le soir, mais il est sage de goûter à quelque chose, même un minimum symbolique.
Tenue vestimentaire : entre codes urbains et respect religieux
La Tunisie alterne quartiers très européens et zones profondément traditionnelles. Dans la capitale, au bord de mer, on croise jeans moulants, cheveux au vent, tee‑shirts et baskets ; dans les petites villes du centre ou du sud, les femmes voilées et les tenues amples dominent. Comprendre ce gradient est crucial pour un expatrié.
Le pays est habitué aux touristes. Beaucoup de choses seront « tolérées », mais ce qui est toléré n’est pas forcément bien perçu. Or, les relations de confiance se jouent beaucoup sur la capacité à ne pas mettre mal à l’aise ses interlocuteurs.
En général, hors plages et resorts, couvrir épaules, poitrine et genoux est la base. Les vêtements amples sont mieux vus que les pièces très moulantes ou transparentes. La logique est moins d’appliquer un « code » strict que de faire preuve de modestie dans l’espace public.
Au quotidien, hors zones balnéaires
Pour une expatriée, pantalons, jeans, jupes ou robes sous le genou, chemisiers, tee‑shirts couvrant les épaules, tuniques, vestes légères… tout cela passe très bien. Le décolleté plongeant, les bretelles fines, les mini‑jupes, les shorts très courts ou les leggings très moulants sans tunique longue par‑dessus déclenchent davantage de regards insistants, voire des remarques. Cela peut aussi être perçu comme un manque de respect dans les zones conservatrices.
Le port du voile n’est pas obligatoire en Tunisie, et de nombreuses Tunisiennes, surtout dans les grandes villes et les milieux éduqués, ne couvrent pas leurs cheveux. Pour une expatriée, il est conseillé d’avoir un foulard léger dans son sac. Celui-ci peut être utile pour couvrir la tête lors de la visite d’une mosquée, pour se protéger du soleil, ou pour se sentir plus discrète dans la foule si nécessaire.
Pour les hommes, les attentes sont moins strictes mais restent réelles : on appréciera un look propre, chemise ou polo, pantalons ou bermudas au‑dessus du genou sans être trop courts. Se promener torse nu, en débardeur très échancré ou avec la chemise grande ouverte dans les rues est mal vu, sauf sur le sable.
Plages, resorts et zones très touristiques
Dans les stations balnéaires comme Hammamet ou Sousse, les normes se rapprochent de celles de la Méditerranée européenne : maillots de bain classiques, shorts de bain, bikinis sur la plage ne posent pas de problème. Les hôtels sont habitués à une clientèle internationale.
Il est essentiel de se couvrir (paréo, caftan, tee-shirt) dès que l’on quitte la plage ou la piscine. Porter uniquement son maillot de bain dans les rues, boutiques ou restaurants de ville est très mal vu. Dans les zones côtières plus locales ou conservatrices, privilégiez un maillot une-pièce ou un short de bain plus couvrant.
Dans les lieux de culte : la modestie comme principe cardinal
Dans tout lieu religieux – mosquée, mais aussi synagogue ou église – la modestie devient non seulement conseillée mais requise. À l’entrée de certaines mosquées monumentales accessibles aux visiteurs, les gardiens peuvent refuser l’accès ou prêter sur‑vêtements et foulards.
Un tableau peut aider à visualiser les attentes vestimentaires de base pour les principaux lieux de culte.
| Lieu de culte / Situation | Attentes vestimentaires principales |
|---|---|
| Mosquées (extérieurs, cours accessibles) | Épaules et genoux couverts pour tous, vêtements amples |
| Mosquées (zones intérieures autorisées) | Idem + chaussures retirées |
| Mosquées (pour les femmes) | Foulard couvrant les cheveux, bras et jambes couverts |
| Synagogues (ex. El Ghriba, Djerba) | Tenue modeste, épaules et genoux couverts, coiffure respectueuse |
| Églises (Tunis, Sousse, Carthage…) | Tenue correcte, pas de short très court, éviter les débardeurs |
| Espaces publics pendant Ramadan | Vêtements sobres, éviter les tenues très moulantes ou trop dénudées |
Un foulard, un gilet léger et un pantalon fluide dans le sac réglent la majorité des situations imprévues.
Visiter une mosquée : ce qui est possible et ce qui ne l’est pas
Contrairement à certains pays où beaucoup de mosquées sont fermées aux non musulmans, la Tunisie laisse une petite marge d’accès, mais elle reste limitée.
En principe, les non-musulmans ne peuvent pas entrer dans la salle de prière d’une mosquée. Cependant, il est parfois possible d’accéder à la cour extérieure (sahn) pour en apprécier l’architecture et l’ambiance. Deux exemples notables en Tunisie sont la Grande Mosquée de Kairouan (mosquée de Sidi Oqba) et la Grande Mosquée de Sousse, où les visiteurs peuvent découvrir ces espaces extérieurs sans pénétrer dans la salle de prière.
La mosquée Zitouna, au cœur de la médina de Tunis, est généralement fermée aux non musulmans, même côté cour. On peut cependant en admirer l’intérieur depuis certains toits de cafés qui la dominent, ce qui offre un point de vue splendide sur les coupoles et le minaret.
D’autres mosquées historiques, comme celle de Sfax, de Monastir, de Testour ou le complexe de Sidi Sahab à Kairouan, se visitent souvent partiellement : cours, galeries, parfois médersa attenante, mais pas le tombeau ou la salle de prière principale.
Lors d’une visite, quelques réflexes simples suffisent pour être bienvenu et assurer une interaction positive.
– retirer ses chaussures dès que l’on passe dans une zone clairement délimitée comme espace de prière ;
– couper la sonnerie du téléphone, éviter les conversations bruyantes ou les éclats de rire ;
– ne jamais marcher devant quelqu’un qui prie, même dans une cour ;
– demander l’autorisation avant toute photo, surtout si l’on cadre des personnes ;
– éviter toute odeur d’alcool ou de cigarette.
Venir avec un guide local facilite l’accès : certains gardiens sont plus à l’aise pour laisser entrer des groupes encadrés que des touristes isolés.
Autres communautés religieuses : chrétiens, juifs, baha’is
Même si les non‑musulmans représentent moins de 1 % de la population, leur présence est bien réelle et souvent très ancienne.
Chrétiens : une minorité ancienne mais discrète
On estime à environ 30 000 le nombre de chrétiens en Tunisie, dont une majorité de non‑Tunisiens (travailleurs étrangers, diplomates, étudiants subsahariens). Les catholiques sont les plus nombreux. L’Église catholique dispose d’un archidiocèse à Tunis, qui gère une douzaine d’églises, des écoles, quelques bibliothèques et des œuvres caritatives. La cathédrale Saint‑Vincent‑de‑Paul, sur l’avenue centrale de Tunis, en est le symbole le plus visible.
D’autres communautés existent : anglicans (avec l’église Saint‑George à Tunis), protestants inter‑dénominationnels comme l’Église internationale de Sousse, orthodoxes grecques, russes, réformés. Beaucoup de ces communautés célèbrent dans des bâtiments discrets ou des annexes, parfois dans des locaux prêtés par d’autres Églises.
Un point important pour les expatriés chrétiens : les cultes étrangers sont tolérés mais très encadrés. Le prosélytisme actif est mal vu et peut attirer des ennuis. Les autorités permettent la pratique, notamment dans les églises reconnues, mais surveillent tout ce qui peut être perçu comme une « évangélisation » de Tunisiens musulmans.
Rejoindre une communauté comme Saint-George à Tunis ou l’Église internationale de Sousse permet de rompre l’isolement. Ces groupes se caractérisent par leur accueil international, mélangeant nationalités, langues et traditions. Leur atmosphère est souvent détendue, avec une louange contemporaine, un temps de café après le culte et des études bibliques organisées en semaine.
Judaïsme : le cas singulier de Djerba
La présence juive en Tunisie remonte à plus de 2 000 ans. Aujourd’hui, la communauté est concentrée essentiellement sur Djerba et, dans une moindre mesure, à Tunis et Zarzis. On parle d’environ 1 500 juifs dans tout le pays, dont près des trois quarts sur l’île de Djerba.
À Djerba, la communauté se répartit entre deux « hara » (quartiers juifs), Hara Sghira et Hara Kbira. C’est une communauté très traditionnelle, parfois qualifiée d’ultra‑orthodoxe, qui a préservé des coutumes très anciennes : shofar soufflé du toit avant le Shabbat, minyan qui veille toute une nuit de prière et d’étude chaque mois, architecture spécifique des synagogues, dialecte judéo‑arabe écrit en caractères hébraïques.
L’élément le plus connu est la synagogue El Ghriba, souvent présentée comme la plus ancienne d’Afrique. Elle est le cœur d’un pèlerinage important à Lag BaOmer, attirant des milliers de pèlerins du monde entier, y compris d’Israël. Cet événement, soutenu et sécurisé par l’État, combine prières, processions, musiques, enchères symboliques et manifestations de convivialité auxquelles assistent parfois aussi des musulmans.
La synagogue El Ghriba
Les relations avec la population musulmane locale sont, dans l’ensemble, décrites comme pacifiques et marquées par une coopération quotidienne : marchés communs, artisans qui travaillent ensemble, agriculteurs musulmans qui livrent des poulets pour l’abattage rituel, boulangers qui préparent le pain du Shabbat. Des tensions existent, et des attaques ont eu lieu par le passé contre des lieux juifs, ce qui explique les mesures de sécurité visibles autour d’El Ghriba.
Pour un expatrié qui souhaite visiter, la règle reste la même : tenue modeste, respect des règles de l’espace sacré, coopération avec les consignes de sécurité.
Baha’is et autres minorités
La communauté baha’ie est présente mais peu visible, avec des estimations allant de quelques centaines à quelques milliers de membres. Ses démarches pour obtenir un statut associatif officiel se heurtent régulièrement à des refus ou à des lenteurs administratives. De manière générale, les minorités religieuses non abrahamiques, ou perçues comme « nouvelles », sont plus fragiles et davantage surveillées.
Un expatrié qui se rattache à l’une de ces traditions pourra souvent pratiquer dans un cadre privé ou de petit groupe informel, mais doit être conscient de la sensibilité du sujet et éviter toute activité perçue comme missionnaire.
Liberté religieuse : ce que dit la loi, ce que fait la société
Sur le papier, la Tunisie garantit la liberté de conscience, interdit les partis politiques religieux et s’engage à protéger le libre exercice des cultes. Elle encadre toutefois strictement la vie religieuse.
Les mosquées sont propriété de l’État ; les imams sont salariés par le ministère des Affaires religieuses et nommés selon une procédure officielle. Les activités dans les mosquées sont réservées au culte et doivent respecter des règles précises. Depuis des décennies, les autorités tentent de contenir la politisation des mosquées.
L’année de l’accord historique avec le Vatican qui a fixé le cadre des activités de l’Église catholique en France.
Au‑delà du texte, c’est la pression sociale qui pèse le plus sur les individus qui s’écartent de la norme. Un musulman devenu chrétien ou athée risque d’être rejeté par sa famille, menacé, parfois chassé du domicile. Certains cas rapportés évoquent des violences, des brimades au travail, des procédures administratives compliquées (comme l’enregistrement d’un enfant avec un prénom perçu comme « non musulman »). Les expatriés sont moins concernés par cette pression identitaire, mais ils gagnent à la connaître pour éviter des attitudes naïves.
Interdits et sujets sensibles : ce qu’il vaut mieux éviter
Dans un pays à majorité musulmane, certains gestes ou sujets restent particulièrement délicats, même si la Tunisie se veut plus ouverte que d’autres.
Boire de l’alcool en pleine rue, exhiber des signes d’ivresse ou plaisanter sur la religion heurtent beaucoup de gens. De même, afficher des textes ou symboles religieux provocateurs sur des tee‑shirts (slogans anti‑religieux, caricatures offensantes, etc.) risque de déclencher des réactions.
Il est déconseillé de mener des actions de prosélytisme agressif, comme la distribution de tracts religieux dans la rue ou les débats théologiques dans les lieux publics, que ce soit pour promouvoir ou s’opposer à l’islam. Bien que la liberté d’expression progresse, de telles actions peuvent être sanctionnées par des lois relatives au trouble à l’ordre public ou à l’atteinte à la morale.
Politiquement, le sujet Israël‑Palestine est explosif. Les discussions peuvent très vite déraper. Pour un expatrié, mieux vaut éviter d’aborder ce thème, surtout dans des contextes informels ou sans connaître les positions de ses interlocuteurs.
Enfin, les questions de genre et de sexualité restent très sensibles : l’homosexualité est illégale et les démonstrations publiques d’affection, notamment entre couples non mariés, sont mal tolérées dans l’espace public traditionnel.
Fêtes religieuses et grandes dates : savoir lire le calendrier
Au‑delà de Ramadan, d’autres fêtes jalonnent l’année et ont un impact sur la vie quotidienne.
Les principales fêtes islamiques, toutes chômées au niveau national, sont :
– l’Aïd al‑Fitr, qui marque la fin du Ramadan ;
– l’Aïd al‑Adha, fête du sacrifice, liée au pèlerinage à La Mecque ;
– le Mawlid, anniversaire du Prophète ;
– le Nouvel An de l’Hégire (Muharram).
Pendant les périodes de fête comme l’Aïd, les familles se réunissent, l’activité économique ralentit fortement et les transports sont saturés, surtout autour du début des célébrations. Pour un expatrié, prévoir des déplacements à ces moments nécessite une anticipation rigoureuse : acheter les billets de train bien à l’avance, confirmer toutes les réservations et prévoir de la patience dans les gares et les stations de louages.
À côté des fêtes islamiques, la Tunisie maintient un calendrier touffu de festivals culturels et régionaux, certains avec une dimension religieuse ou spirituelle : pèlerinage juif à El Ghriba, festivals du Sahara, célébrations autour de marabouts soufis, etc. Un exemple emblématique est le Festival international du Sahara à Douz, qui mêle folklore bédouin, courses de chameaux, fauconnerie et musique – autant de pratiques avec un ancrage dans l’imaginaire religieux et tribal.
Dans tous ces événements, une tenue respectueuse et une attitude observatrice sont appréciées. On peut prendre des photos, goûter les spécialités, discuter, mais il convient de rester attentif aux moments de prière ou de recueillement.
En Tunisie, religion et sociabilité se croisent en permanence. L’hospitalité, par exemple, est souvent justifiée par des références religieuses : offrir un thé, des dattes, un plat familial, c’est s’inscrire dans un devoir moral. Refuser obstinément ce qui est offert peut être interprété comme un rejet de la personne. Mieux vaut accepter au moins symboliquement, puis expliquer calmement ses contraintes (allergies, régime, satiété…).
Dans les cafés, surtout masculins, le football est un sujet de conversation neutre et fréquent, permettant d’éviter la politique et la religion. Les débats religieux ont plutôt lieu dans des cercles restreints et de confiance. En tant qu’expatrié, il est rare d’être interrogé directement sur sa foi, mais des questions peuvent surgir par curiosité. Il est généralement apprécié de répondre avec simplicité, sans chercher à convaincre.
La religion joue aussi un rôle dans la vie familiale : choix du conjoint, cérémonies de mariage, funérailles. Les mariages mixtes sont possibles et, depuis quelques années, une femme musulmane peut légalement épouser un non musulman sans obligation de conversion. Mais la pression sociale peut être forte, surtout en dehors des milieux urbains éduqués. Pour un expatrié en couple avec un ou une Tunisienne, il est utile de discuter très tôt de ces attentes avec la famille.
Interreligieux et initiatives de dialogue : un terrain d’engagement possible
Malgré les tensions et les pressions, des acteurs tunisiens travaillent activement à promouvoir un discours religieux apaisé et un dialogue entre croyants de différentes traditions. Des organisations comme Attalaki, fondée par de jeunes Tunisiens de diverses origines, organisent des cercles de discussion interreligieux dans plusieurs régions. Ces espaces réunissent imams, prêtres, militants associatifs, jeunes, pour débattre de droits humains, de libertés, de radicalisation, mais aussi d’écologie ou de parité.
Des structures locales renforcent les capacités des acteurs religieux en pédagogie, communication et engagement civique pour promouvoir une culture de tolérance et de coexistence. Pour un expatrié, s’en rapprocher offre une compréhension enrichissante et intérieure de la société tunisienne, au-delà du cercle des expatriés.
La Tunisie est également connectée à des réseaux régionaux et internationaux de dialogue interreligieux, ce qui renforce cette dynamique. L’idée, souvent citée, qu’« il ne peut y avoir de paix entre les nations sans paix entre les religions, ni de paix entre les religions sans dialogue entre elles » résonne particulièrement dans un pays à la fois majoritairement musulman et marqué par une longue histoire de coexistence avec des minorités.
En pratique : quelques repères pour vivre sereinement sa foi… et celle des autres
Pour conclure, on peut rassembler en quelques repères simples l’essentiel de ce qu’un expatrié doit garder en tête :
La Tunisie conserve une identité profondément religieuse. Il est conseillé d’adopter une tenue modeste et une retenue dans les démonstrations publiques d’affection, la consommation d’alcool ou de nourriture pendant le Ramadan, en signe de respect. L’accès aux salles de prière des mosquées est généralement réservé aux musulmans, mais certaines grandes mosquées permettent de visiter leurs cours intérieures. Les minorités chrétiennes et juives existent, mais leurs activités publiques sont réglementées : il est possible de rejoindre une communauté, mais le prosélytisme est interdit. Il est recommandé d’aborder avec une extrême prudence, ou d’éviter, les sujets sensibles comme Israël-Palestine, la conversion religieuse ou la sexualité. Enfin, pendant le Ramadan et les grandes fêtes religieuses, le rythme de vie change, affectant les transports, les horaires de travail et d’ouverture des commerces.
En respectant ce cadre, un expatrié peut rapidement passer du statut de simple étranger toléré à celui de voisin apprécié, invité aux repas, sollicité pour des échanges de points de vue. La clé n’est pas de « jouer au musulman » mais de montrer que l’on prend au sérieux ce que la religion représente pour la majorité des Tunisiens, tout en restant soi‑même. C’est dans cet équilibre que naissent les vraies relations de confiance – celles qui font d’une affectation à l’étranger une expérience de vie, pas seulement de travail.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour s’installer en Tunisie afin d’optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Grèce, Chypre, Maurice, Tunisie), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tunisie, pays bénéficiant d’une convention fiscale avec la France, d’un coût de vie nettement inférieur à celui de Paris, et d’un environnement francophone facilitant l’intégration. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention du permis de séjour et statut de retraité, choix et achat ou location d’une résidence principale, organisation de la couverture santé locale en complément de la CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture ou d’allègement des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques), ainsi que la mise en relation avec un réseau local francophone (avocat, fiscaliste, immobilier) pour sécuriser la structuration patrimoniale et la transmission.
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