Créer son entreprise en Tunisie quand on est expatrié : le guide complet

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Monter son business à l’étranger est souvent un mélange d’enthousiasme et d’angoisse. en Tunisie, ce grand écart est encore plus visible : d’un côté, un écosystème entrepreneurial en pleine effervescence, une jeunesse ultra-connectée, des coûts très compétitifs et un cadre légal de plus en plus favorable ; de l’autre, une monnaie contrôlée, une administration parfois lente et des règles techniques qu’il faut respecter à la lettre.

Bon à savoir :

Ce guide fournit aux expatriés une vision claire et concrète de la création d’entreprise en Tunisie, couvrant toutes les étapes : de l’idée initiale à la gestion quotidienne, en passant par le choix de la structure juridique, la fiscalité, le financement et la culture des affaires.

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Pourquoi envisager de créer son entreprise en Tunisie ?

La Tunisie cumule plusieurs atouts rarement réunis sur un même territoire. D’abord, sa position géographique : au nord de l’Afrique, en bordure de Méditerranée, avec l’Italie et la France à quelques heures de vol. Le pays est littéralement au croisement de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, ce qui lui donne accès à des marchés multiples grâce à des accords de libre-échange avec l’Union européenne, de nombreux pays arabes et les pays de la zone COMESA en Afrique.

100000

Le secteur des technologies de l’information a déjà créé plus de 100 000 emplois en Tunisie.

Le gouvernement affiche une vision tournée vers 2025 autour de trois axes majeurs : transformation digitale, énergies renouvelables et industrie manufacturière. Cela se traduit par des dispositifs très concrets pour les entrepreneurs : un “Startup Act” parmi les plus avancés de la région, des zones de développement régional avec fiscalité allégée, des incitations fortes à l’export et un ensemble de fonds publics/privés pour financer l’innovation.

27.5

L’indice du coût de la vie en Tunisie, soit plus de deux fois inférieur à la moyenne mondiale.

Un environnement humain et culturel favorable aux affaires

La population dépasse 12 millions d’habitants, avec une médiane d’âge autour de 33 ans : une société jeune, urbaine, connectée. Le pays affiche un niveau d’éducation élevé (scolarisation primaire universelle, taux d’alphabétisation autour de 80 %), et une forte proportion de diplômés en ingénierie et IT.

Sur le plan des valeurs, la culture d’affaires mélange influences arabes/musulmanes, méditerranéennes et françaises. Les relations personnelles, la confiance et le respect de la hiérarchie pèsent plus que la recherche du “deal rapide”. Cela peut dérouter au début, mais pour un expatrié capable de s’adapter et de tisser un réseau, cette dimension relationnelle devient un atout majeur.

Comprendre le paysage entrepreneurial en Tunisie

Avant de choisir une forme juridique ou un secteur, il est essentiel de situer la Tunisie dans son contexte économique et de saisir où se trouvent les vraies opportunités.

Quelques repères chiffrés

Le tableau ci-dessous permet de visualiser rapidement quelques indicateurs utiles à un futur entrepreneur étranger.

IndicateurValeur / Ordre de grandeur
Population~12,3 millions
PIB 2024 (prix courants)~53 milliards USD
Croissance PIB récente1,4 % – 3,6 % selon les années
Exportations 2024~20,6 milliards USD
Importations 2024~20,5 milliards USD (légère balance excédentaire)
Coût de la vie (indice)~27,5 (Tunis : 26,5)
Salaire net moyen~955 TND / mois (≈ 338 USD)
Espérance de vie~76,5 ans
Taux de pénétration Internet~74 %
Couverture mobile haut débit~99 %

Ce socle est complété par un tissu industriel solide (textile, composants électriques, mécanique, agroalimentaire), une économie de services en croissance et une volonté politique affirmée d’attirer les investissements directs étrangers.

Secteurs porteurs pour un expatrié

Pour un entrepreneur étranger, plusieurs domaines combinent besoin local, compétitivité internationale et soutien public.

Exemple :

On peut notamment citer :

SecteurAtouts et opportunités pour un expatrié
IT / logiciels / SaaSMain-d’œuvre tech peu coûteuse, écosystème startup, demande export et locale
E‑commerce / marketing digitalForte adoption mobile et réseaux sociaux, marché encore en structuration
AgribusinessProduits agricoles de qualité, potentiel bio, transformation et export
Énergies renouvelablesObjectif 35 % d’électricité verte d’ici 2030, gros besoins en projets privés
Tourisme & loisirsTourisme balnéaire, saharien, culturel, médico-tourisme à réinventer
Santé / medtechModernisation des hôpitaux, essor des cliniques privées, tourisme médical
BPO / centres d’appelCoût salarial bas, francophonie, proximité horaires avec l’Europe

Dans chacun de ces secteurs, la Tunisie propose soit des exonérations fiscales, soit des aides à l’investissement, soit un accès privilégié à des parcs technologiques ou à des zones économiques spéciales.

Statuts juridiques : quel type de société choisir ?

Le choix du véhicule juridique conditionne non seulement la fiscalité et la responsabilité, mais aussi l’image de votre structure auprès des clients, banques et investisseurs. La bonne nouvelle : le droit tunisien, inspiré du droit civil français, est clair et bien codifié.

Les formes les plus utilisées par les expatriés

Trois formes dominent la réalité entrepreneuriale en Tunisie, notamment chez les non‑résidents : la SUARL, la SARL et la SA.

Forme juridiqueCapital minimumAssociés / actionnairesUsage typique pour un expatrié
SUARL (société unipersonnelle à responsabilité limitée)1 000 TND1 seul associéFreelance structuré, consultant, petite activité solo
SARL (société à responsabilité limitée)1 000 TND1 à 100 associésPME, startup avec quelques cofondateurs, filiale locale
SA (société anonyme)5 000 à 50 000 TND selon casMinimum 7 actionnairesProjets de grande taille, levée de fonds significative

Dans tous les cas, la responsabilité est limitée aux apports, ce qui protège le patrimoine personnel de l’entrepreneur (sauf faute de gestion avérée).

SUARL : l’option “solo” sécurisée

La SUARL est taillée pour l’entrepreneur individuel qui veut limiter sa responsabilité. Un seul associé, un capital symbolique (1 000 TND, soit quelques centaines de dollars), une gestion relativement simple. C’est particulièrement adapté à :

un consultant international qui facture depuis la Tunisie ;

un freelance IT ou designer qui veut sécuriser ses contrats ;

un expatrié qui teste une activité avant de s’associer.

Attention :

Une même personne physique ne peut être associée unique et détenir qu’une seule Société Unipersonnelle à Responsabilité Limitée (SUARL).

SARL : la forme reine des PME et des startups

La SARL est de loin la structure la plus utilisée par les créateurs, tunisiens comme étrangers. Elle permet d’accueillir jusqu’à 100 associés, sans imposer de lourdes contraintes de gouvernance. Le capital minimum reste bas, la gestion souple et l’image sérieuse.

C’est l’outil idéal pour :

une startup tech (souvent combinée ensuite avec le label Startup Act) ;

une PME exportatrice (services IT, BPO, bureau d’étude) ;

une joint-venture avec un partenaire tunisien.

SA : nécessaire pour les gros projets

La SA devient incontournable dès qu’un projet vise la levée de fonds importante, la cotation en bourse, ou qu’il évolue dans un secteur très encadré (banque, assurance, etc.). Elle impose un minimum de sept actionnaires, une gouvernance plus lourde (conseil d’administration, commissaire aux comptes obligatoire dès l’origine ou rapidement) et un capital plus conséquent (jusqu’à 50 000 TND pour les sociétés faisant appel public à l’épargne).

Pour un expatrié, la SA se justifie dans les cas suivants :

structure régionale pour l’Afrique/Moyen-Orient ;

grande usine industrielle ;

projet d’infrastructure ou d’énergie renouvelable d’envergure.

Autres options : succursale, bureau de représentation, sociétés exportatrices

Outre les sociétés de droit tunisien, un groupe étranger peut aussi ouvrir une succursale ou un bureau de représentation :

Astuce :

Une succursale est juridiquement rattachée à sa maison mère, qui en assume tous les risques. Elle peut exercer une activité commerciale, mais sa création implique une procédure lourde et une autorisation pouvant prendre plusieurs mois. Un bureau de représentation est limité aux activités non commerciales (prospection, marketing, études de marché) et ne peut pas facturer de prestations localement.

Enfin, la Tunisie prévoit un régime spécifique pour les sociétés totally exportatrices (100 % ou au moins 70 % du chiffre d’affaires à l’export), qui bénéficient d’une fiscalité allégée et d’exonérations douanières, au prix de contraintes sur la part de ventes autorisée sur le marché local (30 % du chiffre d’affaires de l’année précédente).

Ce que les étrangers ont le droit de faire… ou pas

Contrairement à certaines idées reçues, un étranger peut, dans la majorité des secteurs, détenir 100 % du capital d’une société tunisienne. Mais il existe des limites dans certaines activités jugées stratégiques ou sensibles.

Taux de participation étrangère : le cadre général

On peut résumer ainsi les principaux cas :

Type d’activitéRègle générale de participation étrangère
Industrie exportatrice100 % étranger possible sans autorisation
Services exportateurs100 % possible, mais autorisations spécifiques dans certains cas
Commerce de détail / trading onshoreLe plus souvent 49 % max pour l’étranger, partenaire tunisien majoritaire requis
Agriculture / aquaculture / pêche nordParticipation étrangère souvent limitée à 66 %
Immobilier non agricoleAchat possible avec autorisation du gouverneur de région
Terres agricolesPropriété interdite aux étrangers, mais bail possible si exploitation effective

La loi d’investissement de 2016 (n°2016‑71) garantit, sur le principe, la non‑discrimination entre investisseur local et étranger, mais prévoit des secteurs soumis à autorisation. Dans certains services non exportateurs, dépasser 50 % de capital étranger nécessite l’aval d’une commission supérieure d’investissement.

Bon à savoir :

Pour un expatrié, il est possible de conserver le contrôle intégral de sa structure dans les secteurs de l’IT, des services B2B exportables, du conseil, ou de l’industrie tournée vers l’Europe. En revanche, pour des activités purement locales comme ouvrir une chaîne de supérettes ou un réseau de restaurants, un partenariat avec un ou plusieurs associés tunisiens détenant la majorité est obligatoire.

Démarches pas à pas : du visa à l’immatriculation

Créer sa société en Tunisie implique de gérer deux volets en parallèle : votre situation personnelle (visa, séjour, permis de travail) et la constitution de la structure (statuts, immatriculation, fiscalité).

Statut personnel : visa, séjour, travail

Pour un expatrié qui n’est pas déjà résident, la logique est la suivante :

Bon à savoir :

Pour un séjour professionnel en Tunisie, trois démarches principales sont à prévoir. D’abord, un visa d’affaires doit être obtenu auprès du consulat tunisien, sur présentation d’un passeport valide, d’un formulaire, d’une lettre d’invitation ou d’un projet détaillé, ainsi que de justificatifs de ressources, d’une réservation d’hôtel et d’un billet retour. Ensuite, une carte de séjour doit être demandée sur place auprès de la police des étrangers pour faciliter les démarches administratives locales (compte bancaire, bail…). Enfin, un permis de travail peut être requis selon le secteur d’activité. La réglementation est plus souple pour les dirigeants de sociétés totalement exportatrices, mais des quotas s’appliquent : généralement jusqu’à 30% de cadres étrangers autorisés durant les trois premières années, puis 10% ensuite, avec un minimum de quatre étrangers autorisés.

Création de la société : les grandes étapes

Le processus complet peut prendre entre 2 et 6 semaines selon les cas et votre niveau de préparation. Des dispositifs de “guichet unique” (APII, Agence Tunisienne de l’Investissement, RNE) permettent de centraliser une partie des formalités.

Dans les grandes lignes, il faut : s’assurer que les objectifs sont clairs, établir un plan d’action, identifier les ressources nécessaires, et mesurer les résultats.

1. Réserver le nom commercial Enregistrement de la dénomination auprès du Registre National des Entreprises (RNE), après vérification en ligne de la disponibilité.

2. Fixer le siège social Bail commercial, contrat de domiciliation ou location dans un espace de coworking agréé. Le contrat doit être enregistré au bureau des impôts.

3. Rédiger les statuts Ils précisent objet social, capital, répartition des parts, pouvoirs des gérants, durée de la société (souvent 99 ans). Un passage chez un avocat ou un expert‑comptable francophone est vivement conseillé pour sécuriser les clauses.

4. Obtenir l’identifiant fiscal Dépôt des statuts et du bail auprès de l’administration fiscale pour obtenir la carte d’identification fiscale (patente).

5. Ouvrir le compte bancaire professionnel Dépôt du capital social sur un compte bloqué ouvert au nom de la société en formation. La banque délivre une attestation de blocage.

6. Immatriculer au RNE Remise de l’ensemble du dossier (statuts, pièces d’identité des associés, attestation de dépôt de capital, justificatif de siège, formulaires) au RNE. En retour, vous obtenez l’extrait RNE qui fait office “d’acte de naissance” de l’entreprise.

7. Publication légale Insertion d’un avis de constitution au Journal Officiel (JORT).

– 8. Affiliation sociale et travail

Enregistrement à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale dès l’embauche du premier salarié.

Déclaration d’ouverture auprès de l’Inspection du travail.

– Fabrication du cachet de l’entreprise (indispensable à pratiquement toutes les démarches).

Certaines étapes peuvent désormais être effectuées en ligne via des portails e‑gouvernement. Mais dans la pratique, pour un expatrié qui ne maîtrise pas les usages locaux, s’appuyer sur un cabinet comptable ou juridique qui fait le tour des guichets est un gain de temps monumental.

Coûts de création et coûts de fonctionnement : ce qu’il faut budgéter

La Tunisie n’est pas seulement attractive pour son coût de la vie, elle l’est aussi pour le coût global d’implantation d’une entreprise.

Coût de la vie et du logement pour l’entrepreneur

Avant même de payer des salaires, vous devrez vous loger et vivre. Voici quelques ordres de grandeur utiles.

Dépense mensuelle typiqueFourchette à Tunis (TND)
Loyer T2 centre-ville685 – 836 TND
Loyer T2 en périphérie446 – 523 TND
Loyer T3 centre-ville1 187 – 1 427 TND
Factures énergie/eau (app. ~85 m²)160 – 174 TND
Abonnement Internet (≥ 60 Mbps)59 – 65 TND
Repas au restaurant bon marché10 – 12 TND
Salaire net moyen955 TND

Pour un budget de 1 500 à 2 000 TND par mois (environ 480 à 650 euros), un expatrié seul peut vivre correctement à Tunis, hors scolarité internationale.

Coût du travail : un avantage clé

Le coût salarial est l’un des facteurs les plus différenciants. Des benchmarks internationaux (Financial Times / fDi Benchmark) classent la Tunisie au rang le plus compétitif pour plusieurs profils :

ProfilCoût annuel total approximatif (€)Classement compétitivité internationale
Opérateur de production~5 250 €1
Technicien robotique~23 001 €1
Analyste support IT~7 587 €1
Développeur logiciel~13 552 €1
Comptable financier~17 264 €1
Directeur d’usine~27 058 €1

Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) se situe aux alentours de 448 TND/mois pour 40 heures hebdomadaires, 528 TND pour 48 heures, hors prime de transport. Le taux légal minimal de cotisations patronales à la sécurité sociale est de 16,57 % du salaire brut (hors autres prélèvements).

Charges structurelles : énergie, eau, bureau

Les coûts industriels (électricité, gaz, eau) sont très compétitifs par rapport à beaucoup de pays :

0.17

Le gaz industriel est l’un des moins chers du panel comparatif, à environ 0,17 € par mètre cube.

Côté bureau, un espace dans un technopark ou un coworking sérieux permet souvent de démarrer pour quelques centaines de dinars par mois.

Fiscalité : ce que paie (vraiment) une société en Tunisie

Le régime fiscal tunisien combine taux de base “raisonnables” et une multitude de dispositifs dérogatoires en fonction du secteur, de la localisation et du caractère exportateur.

Impôt sur les sociétés : taux de référence et cas particuliers

Le taux standard d’impôt sur les sociétés se situe entre 15 % et 25 % selon l’activité. Certains secteurs (banque, assurances, hydrocarbures) sont taxés plus lourdement (35 % voire 40 %).

Les sociétés totalement exportatrices bénéficient d’un taux réduit à 10 %, souvent précédé d’une période d’exonération partielle ou totale. Par ailleurs, de nombreuses mesures permettent à une nouvelle entreprise de “lisser” son entrée dans l’impôt, avec des déductions décroissantes :

100 % des bénéfices exonérés en année 1 ;

75 % en année 2 ;

50 % en année 3 ;

25 % en année 4.

15

Taux d’imposition réduit pour les nouvelles sociétés éligibles, permettant des taux effectifs de 0% à 11,25% sur les premières années.

Un impôt minimum peut s’appliquer, à hauteur de 0,2 % du chiffre d’affaires TTC ou 500 TND forfaitaires, ce qui évite l’optimisation excessive.

TVA, retenues à la source et conventions fiscales

La TVA suit un schéma à trois niveaux :

taux normal : 19 % ;

taux réduits : 13 %, 7 %, 6 %, 3 % ou 0 % selon les biens et services ;

exports : généralement à 0 %, avec suspension de la TVA sur les achats liés à l’export.

Bon à savoir :

Les dividendes versés à un non‑résident sont soumis à une retenue à la source de 10 %. Cette retenue est souvent réduite grâce aux conventions de non‑double imposition, dont la Tunisie a signé un grand nombre, notamment avec la France et la Chine.

Les personnes physiques résidentes sont imposées sur une base progressive jusqu’à 35 %, avec une définition de la résidence fiscale classique (183 jours, foyer principal, centre d’intérêts).

Pour un expatrié, la combinaison de la fiscalité tunisienne et d’un éventuel accord de non double imposition doit être étudiée avec un fiscaliste local pour optimiser à la fois la structure et les flux (salaires, dividendes, management fees).

Zones, incitations et Startup Act : comment optimiser son projet

La Tunisie a construit, au fil des années, une véritable “boîte à outils” pour entrepreneurs, avec des régimes spéciaux, des subventions, et un cadre unique pour les startups innovantes.

Zones de développement et régimes d’exportation

Les entreprises qui s’implantent dans des zones de développement régional ou dans des zones franches industrielles peuvent accéder à :

des exonérations totales d’impôt sur les sociétés pendant 5 à 10 ans ;

– un taux réduit de 10 % au‑delà de cette période ;

– des primes d’investissement couvrant 15 % à 30 % des coûts d’infrastructures (avec des plafonds pouvant atteindre plusieurs millions de dinars – par exemple via le FACDI pour certains projets industriels) ;

– des exonérations de cotisations patronales de sécurité sociale pendant plusieurs années ;

– des exonérations de droits de douane et de TVA sur les équipements.

Bon à savoir :

Les entreprises bénéficiant de ce statut profitent d’un régime douanier allégé et d’une suspension de la TVA sur leurs achats. Elles peuvent également vendre jusqu’à 30 % de leur production sur le marché tunisien local sans perdre ce statut privilégié.

Le Startup Act : un cadre très avantageux pour l’innovation

Le “Startup Act” tunisien, adopté en 2018, est souvent cité comme un modèle dans la région. Il ne s’agit pas seulement d’un label marketing : il ouvre la porte à des avantages très concrets pour les startups innovantes.

Pour obtenir le label, une entreprise doit notamment :

Bon à savoir :

Pour être labellisée Startup, une entreprise doit répondre à quatre critères cumulatifs : avoir moins de 8 ans d’existence, compter moins de 100 employés avec un chiffre d’affaires ou un total de bilan inférieur à 15 millions TND, être détenue à plus des deux tiers par des personnes physiques, des fonds d’investissement ou d’autres startups labellisées, et présenter un caractère innovant, scalable et à fort potentiel de croissance.

Une fois labellisée, la startup peut bénéficier, entre autres :

d’une exonération d’impôt sur les sociétés ;

de la prise en charge par l’État d’une partie des cotisations sociales ;

– de la possibilité pour les fondateurs salariés de prendre un congé (rémunéré en partie) pour se consacrer à la startup ;

– de facilités pour ouvrir des comptes en devises, utiliser des cartes internationales et recevoir des financements étrangers ;

– d’un accompagnement à l’international, via des programmes publics et para‑publics.

En 2024, plus de 1 100 startups avaient déjà obtenu ce label, générant des centaines de millions de dinars de chiffre d’affaires et plusieurs dizaines de millions de dollars de levées de fonds.

Financer son projet : banques, fonds, aides et business angels

L’argent reste le nerf de la guerre, même dans un pays où les coûts sont relativement bas. La Tunisie propose plusieurs “couches” de financement mobilisables par un expatrié.

Banques et financement classique

Plusieurs banques commerciales bien installées proposent des solutions dédiées aux entrepreneurs, y compris étrangers :

Banque de Tunisie, Amen Bank, BIAT, Attijari Bank, BNA, STB, BH Bank, UBCI, etc.

Elles financent principalement :

l’investissement (équipements, immobilier, machines) sous forme de crédits moyen-long terme ;

– le besoin en fonds de roulement (découverts, facilités de caisse) ;

– parfois des projets innovants avec une intervention complémentaire de fonds publics.

Bon à savoir :

Pour obtenir un crédit, un apport personnel, des garanties (comme une hypothèque ou un nantissement) et des comptes prévisionnels solides sont généralement requis. Un expatrié doit également justifier de la régularité de sa situation de séjour et fiscale, et il est conseillé de présenter, si possible, des garanties provenant de son pays d’origine.

Capital‑risque, fonds et aides publiques

Pour les projets innovants ou à forte croissance, la Tunisie dispose d’un écosystème de capital‑risque et de fonds publics/privés :

Anava Fund of Funds : fonds de fonds visant 200 M€ pour irriguer plusieurs fonds VC tunisiens et régionaux ;

fonds d’innovation et programmes comme EU4Business, African Development Bank ;

Startup Act : subventions, prêts et avantages fiscaux pour les startups labellisées.

Accompagnement des Startups en Tunisie

Les principaux incubateurs et accélérateurs qui soutiennent les entrepreneurs dans leur développement et leur recherche de financement.

Flat6Labs Tunis

Accompagne les startups dans les roadshows, la structuration du pitch deck et l’accès aux investisseurs.

216 Capital

Apporte son soutien aux entrepreneurs pour le développement et la recherche de financement.

B@Labs

Participe à l’accompagnement des startups dans leur structuration et leur mise en relation.

WikiStartup

Aide les startups dans la préparation des roadshows et l’accès aux réseaux d’investisseurs.

Innov’i

Accompagne les entrepreneurs dans la structuration de leur deck et leur stratégie de levée de fonds.

Business angels, diaspora et réseaux

La diaspora tunisienne, très qualifiée et largement installée en Europe et en Amérique du Nord, commence à jouer un rôle clé dans le financement des startups locales :

Carthage Business Angels, par exemple, fédère des investisseurs individuels autour de projets innovants ;

– des associations comme les Tunisian American Young Professionals (TAYP) animent des programmes de mentoring, parfois couplés à des tickets de financement (ex : StartUp RISE).

Pour un expatrié, se connecter tôt à ces réseaux permet non seulement de lever des fonds, mais aussi d’accéder à un effet “pont” vers d’autres marchés.

Compte bancaire, devises et contrôle des changes : un point de vigilance majeur

L’un des aspects les plus sensibles pour un entrepreneur étranger en Tunisie concerne la gestion des devises. Le dinar tunisien est une monnaie contrôlée ; les flux de devises sont encadrés par la Banque Centrale de Tunisie.

Types de comptes utiles à un expatrié

Les banques tunisiennes proposent plusieurs types de comptes adaptés aux non‑résidents et expatriés :

Type de comptePublic visé / Utilité principale
Compte en devise convertibleNon‑résidents, expatriés : recevoir et conserver des devises (EUR, USD…)
Compte dinar convertibleNon‑résidents : opérations locales à partir de devises converties
Compte INR (intérieur non résident)Étrangers séjournant < 2 ans : dépenses locales, gestion courante
Compte PPR (personne physique résidente)Résidents de change : recevoir revenus étrangers, opérations internationales encadrées
Compte courant dinar classiqueRésidents : opérations locales quotidiennes

Un étranger qui s’installe doit généralement commencer avec un compte INR puis, après deux ans, basculer vers un statut de résident de change avec un compte en dinars classique, éventuellement complété par un compte devises ou un compte PPR, selon son profil.

Rapatriement des capitaux et profits

La loi d’investissement garantit aux investisseurs étrangers la possibilité de rapatrier capitaux et bénéfices en devises. Mais, pour que cela fonctionne sans blocage :

Attention :

Pour un investissement à l’étranger, il est impératif de déclarer correctement l’apport initial en devises, d’assurer la traçabilité des flux via des fiches d’investissement et des attestations bancaires, et de maintenir à jour les formalités fiscales, incluant les déclarations et les attestations de non‑redevance.

En sens inverse, un résident de change tunisien (y compris un binational) ne peut pas librement ouvrir des comptes à l’étranger ni y transférer des fonds sans autorisation, hors quelques exceptions spécifiques pour les investissements internationaux. Pour un expatrié, la clé est donc de clarifier son statut de “résident de change” et de s’entourer d’un conseiller bancaire qui connaît bien les règles.

Vie quotidienne de l’entreprise : compta, social, obligations

Créer sa société est une chose ; la faire vivre proprement dans le respect de la réglementation en est une autre. Le non‑respect des règles comptables, fiscales et sociales peut coûter très cher.

Comptabilité et déclarations

Les entreprises doivent appliquer les normes comptables tunisiennes, assez proches des normes internationales, avec :

tenue de comptabilité régulière,

établissement de comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexes),

– approbation en assemblée générale des associés,

– dépôt des états financiers au Registre National des Entreprises et à l’administration fiscale.

Les obligations déclaratives fiscales comprennent :

déclarations mensuelles (TVA, retenues à la source, acomptes…) ;

dépôt de la liasse fiscale annuelle (généralement avant fin mars) ;

paiement d’acomptes provisionnels d’impôt sur les sociétés.

Attention :

Des contrôles fiscaux, qu’ils soient ponctuels ou approfondis, peuvent être réalisés. En cas de non-conformité constatée, des sanctions financières sont appliquées.

Droit du travail et gestion du personnel

Le Code du travail tunisien prévoit notamment : le droit des travailleurs à une rémunération équitable, des conditions de travail sûres et saines, ainsi que la protection sociale.

une durée légale de travail pouvant aller jusqu’à 48 heures par semaine ;

– un minimum d’environ 30 jours de congés payés annuels ;

– l’obligation d’un contrat de travail écrit ;

– le versement de cotisations sociales à la CNSS pour tous les salariés.

Au‑delà d’un certain effectif (20 salariés et plus), des instances représentatives du personnel (délégué, comité d’entreprise) doivent être mises en place.

Pour l’entrepreneur expatrié, l’enjeu est double :

1. S’assurer de la conformité de ses contrats et de ses pratiques (horaires, heures supplémentaires, licenciements) avec la loi locale. 2. Composer avec une culture managériale relativement hiérarchique, où le rôle du “patron” reste central, tout en introduisant, si on le souhaite, des méthodes plus participatives.

Culture business, communication et négociation : les codes à maîtriser

Une partie essentielle de la réussite d’un projet entrepreneurial en Tunisie ne se joue ni dans les statuts ni dans les bilans, mais dans la relation humaine au quotidien.

Relationnel d’abord, business ensuite

Le monde des affaires tunisien place la relation personnelle au cœur du jeu. Quelques traits à intégrer :

Astuce :

Les premières réunions incluent souvent des échanges informels (small talk) sur la famille, la ville d’origine ou le contexte politique pour établir un climat de confiance. Il est crucial de valoriser la fidélité et la parole donnée, parfois plus que les termes stricts d’un contrat. Enfin, il faut respecter la hiérarchie : le décideur final est généralement un dirigeant senior, et contester ouvertement sa position en réunion est mal perçu.

Dans ce contexte, multiplier les déjeuners de travail, accepter les invitations au café, et montrer un intérêt sincère pour le pays et la culture est loin d’être du temps perdu : c’est le carburant de votre capital social.

Style de communication

La communication est souvent indirecte, notamment pour exprimer un désaccord ou refuser une demande. Quelques points clés :

Bon à savoir :

Dans certains contextes, un « oui » peut simplement signifier que la personne vous a entendu, et non qu’elle donne son accord fermement. Il est important d’éviter les critiques en public, car elles sont très mal perçues ; privilégiez un retour en privé et faites-le avec tact. Enfin, un silence n’est pas nécessairement un signe de gêne, il peut simplement indiquer un temps de réflexion.

Le langage non verbal pèse lourd : contact visuel, posture, gestes. Certains gestes occidentaux peuvent être interprétés négativement (pouce levé, pointer du doigt). Mieux vaut observer les usages locaux et ajuster.

Langues de travail

L’arabe est la langue officielle, mais le français est omniprésent dans les affaires, l’administration et une grande partie de la documentation juridique. L’anglais progresse, surtout chez les jeunes cadres et dans l’écosystème startup, mais reste loin d’être universel.

Pour un expatrié francophone, c’est évidemment un avantage énorme. Pour un anglophone, se faire accompagner d’un interprète ou d’un collaborateur bilingue est souvent indispensable pour les négociations fines ou les démarches administratives.

Risques, difficultés et moyens de les réduire

Aucun environnement n’est parfait. Créer une entreprise en Tunisie implique de composer avec plusieurs types de risques.

Bureaucratie, lenteurs et complexité réglementaire

Si d’importants progrès ont été réalisés (numérisation de procédures, guichets uniques, délais encadrés), le parcours reste parfois semé de lenteurs :

documents exigés en multiples exemplaires ;

allers‑retours entre administrations ;

interprétations divergentes des textes d’un guichet à l’autre.

Réduire cet aléa suppose : analyse des risques et mise en place de stratégies d’atténuation appropriées.

Astuce :

Pour naviguer efficacement dans les démarches administratives, trois actions sont essentielles : collaborer avec un cabinet local expérimenté (avocat ou expert-comptable) qui maîtrise les procédures, anticiper largement les délais, notamment pour les autorisations sectorielles, et conserver une trace écrite systématique de tous les documents (dépôts, accusés de réception et réponses officielles).

Risque de change et contrôle des devises

La dépréciation progressive du dinar par rapport à l’euro et au dollar est un fait. Elle peut jouer en votre faveur (vos revenus en devises se convertissent en plus de dinars) ou en votre défaveur (coût de matériels importés, valeur de vos apports en monnaie locale).

Quelques réflexes utiles :

Astuce :

Pour optimiser la gestion des risques de change, il est recommandé de conserver une partie de la trésorerie dans des devises étrangères sur des comptes adaptés. Il convient également d’anticiper les achats importants à l’importation et les transferts internationaux en planifiant ces opérations en fonction de l’évolution des taux de change. Enfin, une veille active sur la situation économique et monétaire, via les publications des banques centrales et les analyses des banques internationales, est essentielle pour prendre des décisions éclairées.

Barrières techniques (paiements internationaux, plateformes, etc.)

Certains services internationaux (comme PayPal dans sa version complète marchande) ne sont pas disponibles ou très restreints en Tunisie. Pour une startup digitale, cela peut obliger à :

structurer une double présence (entité en Tunisie pour la R&D, entité à l’étranger pour la facturation internationale) ;

utiliser des solutions alternatives (fournisseurs de paiement régionaux, cartes virtuelles, plateformes comme Wise pour les transferts).

Cela doit être pensé en amont dans votre architecture juridique et financière.

Comment maximiser ses chances de réussite en tant qu’expatrié

Pour terminer, quelques lignes directrices, issues des expériences d’entrepreneurs étrangers et tunisiens.

Astuce :

Pour réussir l’implantation d’une startup en Tunisie, il est crucial de s’immerger dans l’écosystème local en fréquentant des incubateurs (Flat6Labs, 216 Capital, WikiStartup, SMU Incubator), en participant à des événements (Startup Tunisia Summit, Tunisian Startups Conference) et en rejoignant des réseaux professionnels (Chambres de commerce étrangères, réseaux de business angels). Il faut également sécuriser les aspects juridiques et fiscaux dès le départ en choisissant une structure adaptée (SUARL/SARL, SA, société exportatrice), en clarifiant son statut fiscal personnel (résident vs non-résident) et en optimisant la structure de détention (holding étrangère ou non) avec un cabinet compétent. Construire un partenariat local de confiance (cofondateur, manager, distributeur) est un levier décisif pour naviguer dans la culture et l’administration. Il est stratégique de penser à l’échelle régionale, en utilisant la Tunisie comme base pour servir l’Europe, l’Afrique du Nord et une partie de l’Afrique subsaharienne grâce à ses accords commerciaux, en privilégiant les structures exportatrices et les zones franches. Enfin, capitaliser sur le différentiel de coûts en combinant une équipe technique en Tunisie avec un positionnement premium sur les marchés extérieurs peut générer une forte marge, à condition d’investir dans la qualité et la formation.

Créer son entreprise en Tunisie en tant qu’expatrié n’est ni un “eldorado facile” ni un parcours du combattant insurmontable. C’est un chantier exigeant, qui récompense ceux qui prennent le temps de comprendre le terrain, de respecter les règles locales et de tisser des relations solides. Avec une bonne préparation, les bons partenaires et une vision claire, la Tunisie peut devenir bien plus qu’un pays d’accueil : un véritable tremplin entrepreneurial entre trois continents.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers la Tunisie pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, Grèce, Maroc, Tunisie), la stratégie retenue a consisté à cibler la Tunisie pour son régime fiscal favorable aux retraités étrangers (possibilité d’exonérations partielles de pensions transférées, coût de vie sensiblement inférieur à la France, bonne accessibilité aérienne et proximité culturelle/francophonie). La mission a inclus : audit fiscal pré-expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un titre de séjour de résident en Tunisie avec location ou achat de résidence principale, coordination CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre des intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, notaire, médecins francophones) et intégration patrimoniale complète (analyse et restructuration si nécessaire).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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