S’installer en Suède, c’est entrer dans un pays souvent présenté comme l’un des plus laïcs au monde, mais où les églises restent pleines pour les mariages, les funérailles, la Sainte-Lucie ou les grandes fêtes. Pour un expatrié, ce mélange de sécularisation très poussée, de traditions chrétiennes omniprésentes et de diversité religieuse moderne peut être déroutant. L’enjeu n’est pas seulement de “ne pas commettre d’impairs” : comprendre ces pratiques aide aussi à mieux lire la société, les jours fériés, la vie de quartier, l’école des enfants, et ses collègues de travail.
Ce guide détaille le contexte religieux suédois, les codes culturels associés et fournit des repères pratiques pour pratiquer sa foi ou interagir avec respect dans ce cadre.
Une société très laïque… mais culturellement chrétienne
La première chose qui frappe les chercheurs sur la Suède, c’est le paradoxe : une large majorité de la population est officiellement d’“origine protestante”, une part notable est encore membre de l’Église de Suède, mais les niveaux de croyance et de pratique sont parmi les plus bas du monde.
Les enquêtes montrent qu’en Suède, seule une minorité déclare croire en Dieu et très peu pratiquent hebdomadairement. Cependant, une part significative des naissances est marquée par un baptême religieux, de nombreux mariages ont lieu au temple luthérien, et la grande majorité des funérailles suivent la liturgie chrétienne. Cela illustre le concept de ‘religion culturelle’, où l’attachement se manifeste principalement à travers les rites de passage et les fêtes plutôt que par la pratique régulière.
Cette situation tient aussi à l’histoire politique : pendant des siècles, luthéranisme et État ne faisaient qu’un. La Svenska kyrkan a été Église d’État jusqu’en 2000, et jusqu’en 1996 les nouveau-nés de parents membres y étaient automatiquement inscrits. Aujourd’hui encore, le monarque doit, par la Constitution, confesser la foi luthérienne. Dans le même temps, les valeurs considérées comme “séculières” – égalité, autonomie, liberté de conscience – ont pris une place symbolique équivalente à la religion dans l’imaginaire national.
Pour un expatrié en Suède, il est crucial de distinguer l’appartenance formelle à une Église (comme l’Église de Suède) de la foi personnelle, car un collègue inscrit peut très bien se déclarer athée ou agnostique. Par ailleurs, il serait erroné de penser que la religion a disparu de la société suédoise : elle s’est plutôt déplacée vers les rites, le patrimoine culturel, les débats publics sur la diversité religieuse et vers d’autres traditions, notamment l’islam.
Comprendre le rôle de l’Église de Suède
Même séparée de l’État, l’Église de Suède reste la plus grande organisation de la société civile du pays. Elle regroupe encore plus de cinq millions de membres, soit plus de la moitié de la population, et gère environ 3 500 églises réparties sur tout le territoire. Son organisation est structurée en paroisses locales, regroupées en diocèses, avec à leur tête l’archevêque d’Uppsala.
Pour un expatrié, il est utile de percevoir l’Église de Suède comme un acteur social polyvalent, bien au-delà d’un simple lieu de culte. Sa mission officielle inclut la célébration des offices, l’éducation, le travail social (diaconie), les chorales, l’accueil des personnes isolées, le soutien aux réfugiés et la gestion d’un vaste patrimoine historique. Par exemple, lors du pic d’arrivée de demandeurs d’asile au milieu des années 2010, la grande majorité des paroisses a organisé des cafés linguistiques, des collectes de vêtements, des hébergements d’urgence et des activités d’intégration, mobilisant des milliers de bénévoles mensuellement.
Il est important de souligner que cette action sociale est explicitement fondée sur le commandement chrétien d’“aimer son prochain”, mais qu’elle ne vise pas à convertir. Les églises locales accueillent des participants quelle que soit leur foi : pour beaucoup de nouveaux arrivants, les paroisses sont un premier point d’ancrage social plutôt qu’un espace de mission religieuse.
En plus des offices en suédois, l’Église de Suède propose souvent des services dans d’autres langues et des activités pour les communautés internationales. Elle coexiste avec des églises anglophones, des paroisses catholiques et orthodoxes très actives, ainsi qu’avec un réseau d’églises libres évangéliques.
Une mosaïque religieuse en forte évolution
Depuis une soixantaine d’années, la Suède est passée d’une société très homogène à un pays multiculturel et multiconfessionnel. Plus de 200 langues y sont parlées, l’immigration est devenue un facteur majeur, et des communautés chrétiennes orientales, musulmanes, bouddhistes, hindoues ou sikhes se sont installées.
Dans ce paysage, les chrétiens restent statistiquement majeurs – si l’on compte tous ceux affiliés à une dénomination, luthérienne ou autre. Mais plusieurs traits se détachent :
Les églises orthodoxes rassemblent plus de 160 000 membres enregistrés en Suède, formant le deuxième ensemble chrétien du pays.
À côté du christianisme, l’islam est la plus importante religion non chrétienne, avec plusieurs centaines de milliers de personnes d’arrière-plan musulman et un nombre significatif de pratiquants réguliers. Le judaïsme, reconnu comme minorité nationale, possède des communautés actives à Stockholm, Göteborg, Malmö et dans plusieurs autres villes, avec synagogues, écoles, bibliothèques et médias.
Panorama des groupes religieux de taille plus modeste mais actifs, présents sur le territoire français.
Plusieurs dizaines de milliers de personnes, avec quelques milliers inscrites dans des associations officielles.
Une communauté présente, pratiquant ses cultes et rituels spécifiques.
Communauté structurée autour de ses lieux de culte, les gurdwaras.
Groupe religieux professant l’unité de Dieu, de la religion et de l’humanité.
Groupes comme la Forn Sed ou la Nordic Asa-Community, réinterprétant les anciennes croyances scandinaves.
Pour un expatrié, cette diversité a des implications très concrètes : il est généralement possible de trouver un lieu de culte correspondant à sa tradition dans les grandes villes, mais il faut aussi se préparer à vivre dans une société où la norme majoritaire est plutôt la distance vis-à-vis de la religion, même au sein des familles officiellement chrétiennes.
Pratiques quotidiennes, “Lagom” et rapport à la foi
Pour saisir l’esprit des pratiques religieuses locales, il faut replacer la religion dans la culture suédoise plus large, marquée par deux notions clés : le sens du collectif et le principe de lagom – “ni trop, ni trop peu”.
Cette philosophie de la mesure se reflète aussi dans la façon de parler de religion. L’expression de la foi est perçue comme une affaire intime, qui ne doit pas envahir l’espace public ni créer de tension. Les Suédois valorisent la retenue, la discrétion, l’absence de conflit. On évite généralement les débats passionnés sur Dieu ou la morale religieuse dans les dîners, d’autant plus dans un environnement où beaucoup se disent non croyants.
Cette culture se combine avec une forte sensibilité à l’égalité : les Suédois défendent massivement l’égalité hommes-femmes et le droit de chacun à organiser sa vie comme il l’entend. Dans les enquêtes internationales, ils accordent beaucoup plus d’importance à ces valeurs qu’à la religion elle-même, et cela influence les débats sur les écoles confessionnelles, le port de signes religieux, l’éducation ou la place de la religion dans la sphère professionnelle.
Culture suédoise et valeurs sociétales
Pour un expatrié croyant, ce contexte peut créer un décalage : afficher sa foi est possible et légalement protégé, mais toute forme de prosélytisme agressif ou de discours perçu comme discriminatoire sera mal reçu, voire sanctionné. À l’inverse, de nombreux Suédois peuvent se montrer curieux et ouverts si la discussion se fait dans un climat calme, argumenté, respectueux de la liberté de l’autre. La clé est de se situer dans l’esprit de lagom : exprimer sa conviction sans en faire une norme pour autrui.
Islam en Suède : présence, pratiques et défis
Pour les expatriés musulmans, la Suède offre à la fois des opportunités et des défis spécifiques. La présence musulmane s’est structurée au fil des vagues migratoires venues d’abord d’Europe (Tatars finlandais, Bosniaques, Kosovars), puis du Moyen-Orient, de la Corne de l’Afrique et d’Asie centrale. Les estimations varient, mais l’on sait qu’un nombre important de personnes ont un arrière-plan musulman, tandis qu’un noyau de pratiquants assidus se rend régulièrement à la prière du vendredi et aux offices quotidiens.
Le pays compte environ 180 mosquées, allant des petites salles de prière aux grands complexes. On y trouve des mosquées sunnites de différentes écoles, des centres chiites, des mosquées turques liées aux autorités religieuses de Turquie et des lieux de culte ahmadis. Des réseaux nationaux fédèrent les associations locales et organisent la formation des imams, les activités pour la jeunesse, l’action sociale et la communication.
Dans la vie quotidienne, beaucoup de supermarchés – des grandes chaînes comme ICA, Hemköp ou Willy’s – vendent des produits halal, et les quartiers à forte présence musulmane disposent d’épiceries spécialisées. De nombreux employeurs et établissements scolaires s’efforcent d’accommoder les pauses de prière ou les régimes alimentaires, dans la mesure où cela ne perturbe pas de façon excessive l’organisation du travail.
En Suède, les horaires de jeûne du Ramadan varient considérablement selon les saisons. En été, dans le nord, le soleil se couche à peine, ce qui peut entraîner des jeûnes de plus de vingt heures. Les autorités religieuses autorisent alors à suivre les horaires de pays aux climats plus tempérés, et des calendriers locaux adaptés sont élaborés. En hiver, la période de jeûne peut, à l’inverse, ne durer que quelques heures. Les mosquées organisent activement les repas de rupture (iftar), les prières nocturnes (tarawih) et les prières de l’Aïd, parfois en plein air.
Il serait trompeur de présenter la situation comme idyllique : des études indiquent qu’une partie de la population nourrit des réserves ou des perceptions négatives vis-à-vis de l’islam, et certains lieux de culte ont été la cible d’actes hostiles. Les débats autour du port du voile, de l’appel à la prière par haut-parleur ou de l’implantation de mosquées reviennent régulièrement dans la presse. Dans le même temps, l’État affirme la liberté de religion, et des tribunaux ont annulé des tentatives locales d’interdire certains vêtements religieux dans les écoles au nom des droits fondamentaux. Pour un expatrié musulman, la réalité quotidienne oscille souvent entre ces deux pôles : cadre légal protecteur et tensions sociales ponctuelles.
Interreligieux et initiatives de dialogue
Face à cette pluralité, la Suède a vu émerger plusieurs initiatives de dialogue interreligieux. Certaines sont portées par l’État, qui finance des organismes de coordination entre communautés de foi, d’autres viennent des acteurs religieux eux-mêmes.
Dans la banlieue de Stockholm, un projet emblématique consiste en un bâtiment partagé entre une église de l’Église de Suède et une mosquée. Les deux espaces sont reliés par un atrium central appelé ‘la Place de la Paix’. Conçu comme un laboratoire d’intégration, ce projet promeut la confiance mutuelle, l’inclusion, le respect et l’égalité de dignité. Les communautés chrétienne et musulmane y travaillent ensemble, en affirmant que leurs religions ne sont pas mélangées mais cohabitent, chacune conservant sa propre théologie.
Autour du projet, une association d’amis organise des formations, des rencontres, des visites d’étude. Un centre d’appui accompagne aussi les habitants dans leurs démarches administratives, l’apprentissage de la langue et le soutien psychosocial, en collaboration avec d’autres acteurs comme des œuvres catholiques ou des ONG internationales. Ce modèle illustre le rôle que peuvent jouer les religions comme ressources dans la société civile, au-delà de la stricte pratique cultuelle.
À l’échelle nationale, des réseaux interreligieux, des semaines de débats démocratiques ou des forums académiques rassemblent régulièrement pasteurs, imams, rabbins et responsables d’autres traditions pour discuter de la liberté d’expression, des actes de profanation, de la lutte contre l’antisémitisme ou l’islamophobie, et du rôle de la foi dans la résilience individuelle. Des initiatives locales réunissent également juifs et musulmans dans la lutte contre la haine, ou travaillent avec des églises luthériennes pour développer des outils de “courage civique” à destination des jeunes.
Pour un expatrié, ces espaces peuvent constituer de bons points d’entrée pour comprendre les tensions et les solidarités qui traversent la Suède contemporaine, et pour s’engager dans une communauté, religieuse ou interreligieuse.
Fêtes religieuses et jours fériés : ce qu’il faut savoir
Même dans une société très sécularisée, le calendrier suédois reste structuré par un ensemble de fêtes d’origine religieuse. Certaines sont des jours fériés légaux, surnommés “jours rouges” (röda dagar), d’autres fonctionnent comme des quasi-vacances de fait.
Les principales fêtes chrétiennes reconnues par la loi comprennent Noël, l’Épiphanie, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et la Toussaint. S’y ajoute la fête de la Saint-Jean, officiellement liée à la naissance de Jean-Baptiste, mais célébrée surtout comme midsommar, grande fête du solstice d’été.
Pour un expatrié, il est important de distinguer le sens religieux originel des fêtes et la manière dont elles sont vécues aujourd’hui. Noël, bien que marquant la naissance du Christ pour les pratiquants, est socialement centré sur le repas du *julbord*, les cadeaux, les réunions familiales et des rituels médiatiques comme le dessin animé de Donald Duck. Pâques s’accompagne de décorations de branches de bouleau avec des plumes, d’enfants déguisés en sorcières qui demandent des friandises, et d’une grande consommation de chocolat, tout en conservant, pour les chrétiens pratiquants, les offices religieux du Triduum pascal et du matin de Pâques.
La Sainte-Lucie, célébrée en décembre, est un moment particulièrement marquant. Des processions parcourent écoles, hôpitaux, maisons de retraite : une jeune fille coiffée d’une couronne de bougies mène un cortège chantant des hymnes sur la lumière dans la nuit. La figure vient d’une sainte chrétienne, mais la fête a intégré des motifs plus anciens liés à la lumière hivernale. Pour les expatriés, c’est souvent un premier contact fort avec la dimension “culturelle-religieuse” suédoise.
Pour vous organiser, tenez compte de la combinaison des jours officiellement chômés, des demi-journées souvent prises les veilles de fêtes, et des périodes de congés habituellement observées selon les coutumes sociales.
| Type de jour | Exemples principaux | Effet dans la vie quotidienne |
|---|---|---|
| Jours fériés chrétiens | Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte, Toussaint, Épiphanie | Bureaux fermés, transports allégés |
| Jours fériés non religieux | Nouvel An, 1er mai, Fête nationale, midsommar | Célébrations civiques ou familiales |
| Veilles souvent “demi-jours” | Jeudi saint, veille de la Toussaint, veille de l’Épiphanie | Départs anticipés, services écourtés |
| Veilles “fête principale” | Réveillon de Noël, midsommarafton, réveillon du Nouvel An | Activités sociales centrales, offices parfois en soirée |
Dans de nombreux milieux professionnels, il est admis de prendre des congés pour prolonger ces périodes, en particulier autour de Noël, du Nouvel An et des vacances d’été. Les travailleurs pratiquants d’autres religions peuvent généralement négocier des aménagements pour célébrer leurs propres fêtes majeures, comme l’Aïd, Yom Kippour ou Diwali, en échange d’une présence à d’autres moments de l’année.
Comportement dans les lieux de culte : codes implicites
Qu’il s’agisse d’une vieille cathédrale luthérienne, d’une petite église libre, d’une synagogue ou d’une mosquée, quelques principes communs structurent l’étiquette à adopter en Suède. Ils sont proches de ce que l’on attend dans la plupart des pays européens, mais s’inscrivent dans une culture qui valorise la discrétion et le respect de l’espace d’autrui.
Il est recommandé d’entrer dans une église ou une mosquée en silence et d’éteindre ou de mettre son téléphone en mode avion. Concernant la tenue, privilégiez une tenue sobre couvrant au minimum les épaules et les genoux. Bien que la Suède soit moins stricte que certains pays du sud de l’Europe, et que l’on puisse parfois voir des visiteurs en jeans et t-shirts, imiter les fidèles locaux (pantalon, chemise, robe ou jupe non ultra-courte) reste un bon repère, particulièrement en contexte de culte.
Pendant un office, il est préférable de rester à l’arrière si l’on n’est que visiteur, et d’observer ce que font les fidèles : se lever, s’asseoir, chanter. Personne ne s’offusquera si vous ne participez pas à toutes les paroles, mais éviter de circuler, de parler à haute voix ou de prendre des photos pendant une prière est essentiel, quels que soient votre croyance ou votre absence de foi. Dans beaucoup de lieux, la photographie est autorisée en dehors des offices, mais sans flash, par respect pour les œuvres d’art et les personnes en recueillement.
De nombreuses églises (protestantes, catholiques et certaines orthodoxes) proposent des cierges votifs que tout visiteur peut allumer, contre une offrande, en souvenir ou en méditation. Lorsque l’entrée est gratuite, une boîte à dons est souvent présente ; une contribution est bienvenue pour soutenir l’entretien coûteux de ces édifices parfois séculaires.
Trouver sa communauté : indices et ressources pratiques
Pour un expatrié qui pratique une religion donnée, l’une des premières questions est : “Où trouver une communauté qui me ressemble, qui parle ma langue, ou au moins l’anglais ?” Les grandes villes suédoises offrent une palette assez large de lieux de culte internationaux.
En Suède, notamment dans les grandes villes, de nombreuses églises proposent des services religieux en anglais et autres langues. On trouve des paroisses anglicanes, des églises évangéliques internationales et des paroisses luthériennes avec traduction simultanée. Certaines megachurches pentecôtistes traduisent leurs cultes en plusieurs langues. Les paroisses catholiques célèbrent également des messes en polonais, espagnol, croate ou anglais, en plus du suédois.
Les musulmans peuvent s’appuyer sur un réseau dense de mosquées urbaines. Des plateformes en ligne et des applications dédiées aident à localiser les horaires de prière et les salles les plus proches. Dans plusieurs villes, des centres islamiques chiites accueillent des fidèles iraniens, arabes ou afghans, tandis que des mosquées turques rattachées à l’administration religieuse d’Ankara encadrent la vie cultuelle de la diaspora turque.
Les principales communautés religieuses disposent de lieux de rassemblement spécifiques dans les grandes villes. Les Juifs trouvent des synagogues, écoles et activités culturelles principalement à Stockholm, Göteborg et Malmö. Les bouddhistes ont accès à des temples et centres de méditation affiliés à diverses traditions (theravada, zen, tibétaines, laïques). Les hindous et sikhs se retrouvent quant à eux dans des temples, gurdwaras et associations culturelles, surtout autour des grandes métropoles suédoises.
Dans les petites villes ou en zone rurale, la situation est différente : l’offre confessionnelle y est moins diversifiée. L’Église de Suède, implantée partout, joue alors souvent le rôle de point de rencontre social, même pour des personnes qui ne partagent pas sa foi. De plus petites associations religieuses n’ont parfois pas de bâtiment dédié et se réunissent dans des locaux associatifs ou des écoles en soirée.
Vie religieuse, école et enfants d’expatriés
Pour les familles expatriées, l’école est un lieu clé où la question religieuse apparaît en filigrane. Le système scolaire public suédois est juridiquement non confessionnel : les cours de religion consistent en une éducation comparative aux religions, à l’éthique et à la philosophie, et non en catéchèse. Les élèves étudient les grandes traditions du monde, le christianisme y compris, dans une approche descriptive.
En Suède, un nombre limité d’écoles indépendantes à caractère religieux sont financées par des fonds publics via un système de bons, à condition de suivre le programme national. Représentant une petite minorité (moins de 1% des élèves), leur existence suscite des débats intenses, certains politiques estimant qu’elles peuvent contredire les ‘valeurs démocratiques’ de l’école suédoise. Pour les parents, il est crucial de bien se renseigner : leurs pratiques varient beaucoup, et les autorités n’hésitent pas à sanctionner ou fermer les établissements ne respectant pas les règles.
Du côté des activités extrascolaires, l’Église de Suède continue de proposer des camps et cours de confirmation autour de l’âge de 15 ans. Cette tradition reste relativement populaire, y compris parmi des adolescents dont les familles ne sont pas très pratiquantes : le camp est vécu autant comme un moment social que religieux. De nombreuses églises libres, ainsi que des mosquées et synagogues, assurent aussi catéchèse, cours de langue religieuse, cours de Coran ou d’histoire juive le week-end.
Pour les familles expatriées en Suède souhaitant compléter l’éducation scolaire par un enseignement religieux spécifique (chrétien, musulman, juif, etc.), de nombreuses ressources en ligne et réseaux internationaux sont disponibles. Grâce à la forte connectivité du pays, les options comme l’enseignement à distance, les groupes d’étude virtuels ou les supports en ligne sont couramment utilisés.
Religion, travail et espace public
Une inquiétude fréquente chez les expatriés consiste à savoir jusqu’où ils peuvent exprimer leur foi au travail. Le droit suédois protège la liberté de religion et interdit la discrimination sur ce fondement, ce qui signifie qu’en principe, on ne peut pas être licencié ni pénalisé pour ses convictions religieuses. Dans la pratique, toutefois, la culture d’entreprise privilégie une certaine neutralité de façade.
Il est généralement accepté de porter un petit symbole religieux (croix, étoile de David, foulard, turban) si cela ne nuit pas à la sécurité ou aux contraintes de l’uniforme. Les managers sont souvent ouverts à discuter d’aménagements d’horaires ponctuels pour les grandes fêtes, surtout si le salarié propose des solutions de compensation. En revanche, il est mal vu par les collègues de faire de la ‘prédication’ insistante ou de tenter de transformer l’espace de travail en forum théologique.
Les pratiques religieuses qui interfèrent directement avec le fonctionnement du service (pauses de prière fréquentes, refus de travailler avec certaines catégories de clients ou collègues pour des motifs de genre ou d’orientation sexuelle) exposent à des tensions. La ligne de partage est généralement tracée là où la liberté d’un individu entre en contradiction avec le principe d’égalité entre tous et la bonne marche collective.
Dans l’espace public, les manifestations religieuses sont protégées par la loi, mais leur autorisation est évaluée en fonction de la liberté d’expression et de l’ordre public. Des provocations ciblant une religion ont suscité d’importantes controverses, entre partisans de restrictions et défenseurs de la liberté d’expression, même pour des actes offensants pour les croyants. Pour un expatrié, cela illustre que la question religieuse reste sensible, même dans une société séculière.
Visiter les églises suédoises : patrimoine et recueillement
Au-delà de la fréquentation cultuelle, les églises de Suède font partie du paysage quotidien : perchées sur des collines, dominant des villages, ou nichées au cœur des quartiers anciens. L’absence de guerre sur le territoire depuis plus de deux siècles a permis de conserver un grand nombre de bâtiments historiques, des cathédrales gothiques monumentales comme Uppsala à des églises en bois rurales.
Un répertoire en ligne recense des milliers d’églises avec photos et infos pratiques. La plupart sont ouvertes en journée, surtout l’été, souvent avec des bénévoles pour raconter leur histoire. L’entrée est généralement gratuite, contrairement à de nombreuses cathédrales européennes.
Il faut cependant garder à l’esprit que ces bâtiments restent d’abord des lieux de culte. Même si les touristes représentent une part importante des visiteurs dans les sites les plus connus, on attend des personnes qui y entrent qu’elles adaptent leur comportement : voix basse, respect des zones de prière, absence de nourriture ou de boisson, tenue décente. La visite des tours, des musées ou des trésors peut en revanche être payante, ce qui constitue une source de revenus pour l’entretien du patrimoine.
Conseils pratiques pour expatriés de différentes confessions
Chaque expatrié arrive avec son propre cadre religieux : pratiquant régulier, agnostique, croyant discret ou militant laïque. Quelques repères permettent d’ajuster sa posture à la société suédoise sans renoncer à sa conscience.
Un croyant issu d’un pays où la religion est très visible devra souvent apprendre à moduler l’expression de sa foi : ne pas se sentir rejeté si ses collègues n’abordent jamais le sujet, ne pas interpréter comme hostilité ce qui relève d’une forte distinction privé/public. De nombreuses personnes préfèrent simplement garder dans la sphère intime leurs convictions, mais peuvent se montrer intéressées si l’on ouvre la conversation avec tact.
Pour un expatrié non religieux, il est utile de savoir que les traditions comme les baptêmes, mariages à l’église ou offices scolaires (ex : Sainte-Lucie) revêtent une forte valeur identitaire pour les Suédois, au-delà de leur aspect religieux. Y participer est généralement perçu comme un geste d’intégration apprécié et ne signifie pas une adhésion aux croyances.
Dans tous les cas, trois réflexes sont utiles : se renseigner localement (auprès de voisins, de collègues, de responsables associatifs), signaler à l’avance ses besoins particuliers (jours de fête religieuse, contraintes alimentaires, souhait de participer ou non à un rituel), et adopter une attitude curieuse mais humble. La plupart des Suédois sont peu enclins à juger, à condition que l’on manifeste le même respect pour leur propre rapport, souvent distancié, à la religion.
Religion, intégration et qualité de vie
La Suède est connue pour son État-providence, ses services publics étendus, sa forte égalité de genre, son goût pour l’équilibre vie privée – vie professionnelle. Cette structure sociale a des répercussions directes sur la façon dont la religion est vécue.
En France, un système de sécurité sociale développé (congés parentaux, éducation gratuite, santé accessible) assume des rôles de soutien matériel et psychologique. Cela a transformé l’engagement religieux, qui se manifeste désormais davantage par des actions bénévoles comme l’accueil des réfugiés, l’animation de cafés de quartier, de chorales ou de clubs de jeunes.
Pour les expatriés, cela signifie que la qualité de vie ne dépend pas de l’appartenance à une communauté religieuse, mais qu’une telle appartenance peut enrichir l’expérience suédoise : rencontrer des habitants au-delà du cadre professionnel, comprendre l’histoire profonde du pays, ou participer à des actions concrètes de solidarité. Dans les grandes villes, la vie spirituelle passe aussi par des espaces non religieux au sens strict : centres de méditation, communautés écospirituelles, festivals de bien-être, qui attirent des personnes se disant “spirituelles mais non religieuses”.
Conclusion : habiter une pluralité tranquille
Vivre en Suède, c’est apprendre à habiter une pluralité religieuse entourée d’un fort consensus laïque. Les églises, mosquées, synagogues et temples jalonnent le paysage, les calendriers sont rythmés par des fêtes chrétiennes, musulmanes ou juives, mais la plupart des conversations quotidiennes se déroulent comme si la religion n’existait pas. Cette coexistence repose sur quelques piliers simples : liberté de conscience, égalité des personnes, discrétion dans l’affirmation de soi, respect du cadre commun.
Pour un expatrié, le défi n’est pas de se conformer à une orthodoxie particulière, mais de trouver sa place dans ce tissu : choisir s’il souhaite rejoindre une communauté religieuse, participer aux traditions locales comme la Sainte-Lucie ou midsommar, ou rester en retrait tout en comprenant ce que ces pratiques signifient pour ceux qui les vivent. En gardant à l’esprit l’esprit de lagom – “juste ce qu’il faut” – il devient possible d honorer sa propre foi ou non-foi, tout en se montrant attentif aux sensibilités locales. C’est souvent dans ce juste milieu que se construit une expérience d’expatriation sereine et profondément enrichissante en Suède.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Suède, Grèce, Chypre, Maurice), la stratégie retenue a consisté à cibler la Suède pour sa fiscalité stable, la sécurité juridique, une protection sociale parmi les plus solides d’Europe et un environnement économique très innovant, tout en restant dans l’UE/EEE. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence avec location ou achat de résidence principale, détachement CNAS/CPAM, transfert de résidence bancaire, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocats, fiscalistes, agents immobiliers) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration si nécessaire) pour aligner cette mobilité sur une stratégie globale de diversification.
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