Obtenir un financement immobilier en Suède : mode d’emploi complet

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

S’installer en Suède, acheter un appartement à Stockholm ou une maison en bois au bord d’un lac fait rêver beaucoup de francophones. Mais dès qu’on aborde la question du crédit, les choses se compliquent vite : règles d’amortissement, plafonds de prêt, exigences pour les étrangers, marché très tourné vers les taux variables… Le système suédois est à la fois ouvert, très encadré et assez différent de ce qu’on connaît en France, en Belgique ou au Canada.

Bon à savoir :

Pour obtenir un prêt immobilier en Suède, il est essentiel de consulter les données et rapports les plus récents (2024-2025) émis par les autorités suédoises, les grandes banques et les organismes de supervision du pays, afin de disposer d’informations à jour et officielles.

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Un marché ouvert… mais très encadré

Le premier point rassurant est simple : il n’existe aucune restriction légale majeure pour qu’un étranger achète un bien immobilier en Suède. Qu’il soit citoyen de l’UE ou non, un acheteur étranger est traité en droit comme un Suédois pour l’acquisition d’un logement. Il n’y a pas de “golden visa” lié à l’achat immobilier, et posséder un bien n’ouvre en soi aucun droit de résidence.

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Encours total de prêts garantis par des logements en Suède à mi‑2025, en milliards de SEK.

Le financement immobilier repose sur deux piliers essentiels :

une réglementation macroprudentielle stricte (plafond de prêt par rapport à la valeur du bien, obligation d’amortir, limite par rapport au revenu) ;

une analyse très détaillée de la capacité de remboursement, plus importante que la seule valeur du bien.

L’objectif de ce cadre est de contenir un endettement des ménages jugé élevé : en 2024, la dette totale des ménages atteignait environ 177 % de leur revenu disponible, et pour les nouveaux emprunteurs immobiliers, le ratio dette/revenu brut moyen était de 278 %.

Qui prête en Suède et comment choisir son interlocuteur ?

La majorité des prêts immobiliers sont accordés par les grandes banques généralistes et leurs filiales spécialisées, mais aussi par des acteurs plus récents, moins régulés, qui fonctionnent avec des fonds d’investissement.

Parmi les principaux prêteurs, on trouve :

Type d’acteurExemples principauxParticularités notables
Grandes banques universellesSwedbank, SEB, Handelsbanken, NordeaAccès large, réseau d’agences, gamme complète
Institutions hypothécaires spécialiséesSwedbank Hypotek, Stadshypotek, Nordea HypotekFiliales dédiées aux prêts logement
Banque publiqueSBAB BankPropriété de l’État, politique de taux affichés “ouverts”
Banques régionales et d’assuranceLänsförsäkringar Bank, divers “sparbanker”Relation de proximité, critères parfois plus souples
Sociétés de crédit hypothécaire (AIF)Stabelo, Hypoteket, BorgoFinancement via fonds, réglementation plus légère

Ces sociétés de crédit hypothécaire ont pesé jusqu’à environ 5 % de la production de nouveaux prêts avant 2023, avant de reculer avec la remontée des taux. Leur part dans le stock reste faible (environ 0,8 % en 2025), mais elles contribuent à la concurrence.

Attention :

Pour un étranger, le choix de la banque est stratégique. Certaines grandes enseignes comme Swedbank, SEB, Handelsbanken et Nordea proposent des procédures dédiées aux expatriés, mais elles appliquent souvent des conditions spécifiques.

un apport minimal plus élevé ;

une exigence plus stricte sur la stabilité du revenu ;

– un taux d’intérêt légèrement supérieur (souvent 0,1 à 0,9 point de plus que pour un résident profil similaire).

Passer par un courtier (“lånemäklare”) est souvent une bonne idée : ces intermédiaires savent quelles banques sont les plus “foreign friendly” à un moment donné et permettent de déposer un dossier unique qui sera examiné par plusieurs prêteurs.

Comment les banques suédoises évaluent-elles un dossier ?

Le droit suédois impose aux prêteurs de respecter de “bonnes pratiques de crédit” selon la loi sur le crédit à la consommation. Concrètement, chaque banque doit démontrer que l’emprunteur a les moyens financiers de tenir ses engagements, même si les taux montent sensiblement.

L’analyse repose sur trois blocs de calcul :

1. les charges de logement liées au prêt (intérêts + amortissement) ; 2. les dépenses de vie standard (“standardiserade kostnader”) fondées notamment sur les barèmes de l’Agence suédoise de la consommation ; 3. les impôts et prélèvements divers.

L’outil clé est le calcul du “revenu résiduel” : après avoir retiré des revenus nets toutes ces charges théoriques (y compris avec un taux d’intérêt “stressé” plus élevé que le taux courant), le solde doit être positif ou au moins nul.

Taux d’intérêt de stress : un test de résistance intégré

Les banques ne se contentent pas de vérifier la capacité de remboursement au taux d’aujourd’hui. Elles appliquent un taux fictif plus élevé, le “stressed mortgage rate”, souvent inspiré du coût des obligations sécurisées à cinq ans, avec une marge de sécurité.

Astuce :

Le taux de stress, utilisé par les banques pour tester la solidité financière des emprunteurs, a été significativement relevé en 2022-2023 suite au retour de l’inflation et des hausses de taux, après avoir été maintenu à un niveau bas (autour de 6 %) pendant les années de taux d’intérêt extrêmement bas. Pour l’emprunteur, cela signifie qu’il doit désormais prouver qu’il peut supporter une augmentation durable des taux de son crédit sans rencontrer de difficultés de remboursement.

Les simulations montrent qu’une variation d’un point de ce taux de stress peut faire bouger fortement la capacité d’emprunt. Un exemple issu des travaux de la banque centrale illustre qu’une baisse de 7 % à 6 % augmente la capacité théorique d’emprunt d’environ 170 000 SEK, soit près de 10 %.

Coût de la vie standardisé : un budget théorique, mais prudent

Les banques prennent aussi en compte une estimation standard des dépenses de vie, modulée selon :

la taille du foyer ;

l’âge des occupants ;

la localisation (coût de la vie plus ou moins élevé).

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C’est l’augmentation en pourcentage des barèmes de référence pour le niveau de vie raisonnable entre 2021 et 2024, réduisant la capacité d’emprunt des ménages.

En pratique, ces coûts standardisés sont généralement inférieurs aux dépenses réelles constatées par l’institut de statistique, ce qui revient à supposer que les ménages pourront ajuster une partie de leur consommation en cas de coup dur.

Plafonds internes et ratios clefs

Outre ce calcul de revenu résiduel, les banques se fixent des limites indicatives :

ratio dette/revenu : la plupart prêtent jusqu’à 4,5–5 fois le revenu brut annuel (souvent un peu moins pour les étrangers, autour de 4 fois) ;

– plafond de charge totale de crédit en proportion du revenu disponible ;

– suivi du comportement de crédit (retards de paiement, nombre de demandes de crédit, etc.).

La Suède ne dispose pas d’un score unique de type FICO. Les informations de crédit sont fournies par plusieurs agences privées (UC, Creditsafe, Bisnode). Un rapport peut inclure les revenus déclarés, les emprunts en cours, les éventuels incidents de paiement et le nombre de demandes récentes. Trop de demandes rapprochées ou un historique de défauts peuvent dégrader fortement la note et donc les conditions (voire entraîner un refus).

Les règles du jeu : apport, plafond de prêt et amortissement

Trois séries de règles structurent la capacité de financement d’un projet immobilier en Suède : le plafond de prêt par rapport à la valeur du bien (LTV), l’obligation d’amortir et une contrainte liée au revenu.

Le plafond de prêt (LTV) : 85 % aujourd’hui, bientôt 90 % ?

Depuis 2010, un “bolånetak” limite le montant du prêt immobilier à 85 % de la valeur du bien. Cela impose un apport minimal légal de 15 %.

Pour mémoire, en 2024 :

– la moyenne du ratio prêt/valeur des nouveaux emprunteurs était autour de 64,5 % ;

– pour les seuls acheteurs, le ratio moyen montait à 69 % ;

– près de 47 % des acheteurs affichaient un LTV supérieur à 80 %, et près de 40 % atteignaient le plafond de 85 %.

En 2025, le gouvernement suédois a proposé de relever ce plafond à 90 %, ce qui ramènerait l’apport légal minimal à 10 %. L’objectif affiché par le ministre des Marchés financiers, Niklas Wykman, est de faciliter l’accès des jeunes et des familles au marché. La mesure doit cependant encore être adoptée par le Parlement et ne serait pas en vigueur avant 2026.

Bon à savoir :

Pour les prêts destinés à financer des travaux sur un bien déjà détenu, un nouveau plafond est proposé : ils ne pourront pas dépasser 80 % de la valeur du bien, afin de limiter le recours excessif à l’endettement immobilier.

L’obligation d’amortir : 1 à 3 % par an selon le profil

L’amortissement, c’est-à-dire le remboursement du capital, est au cœur du modèle suédois. Depuis 2016, des règles légales imposent une trajectoire minimale de désendettement, en fonction du ratio LTV :

Ratio prêt / valeur (LTV) au moment de l’octroiAmortissement annuel minimal (en % du capital initial)
0–50 %0 % (pas d’obligation légale)
50–70 %1 %
>70 %2 %

En 2018, une couche supplémentaire a été ajoutée : si la dette totale de logement dépasse 4,5 fois le revenu brut annuel du ménage, un amortissement supplémentaire de 1 % s’applique. Les exigences sont cumulatives : un foyer très endetté peut ainsi devoir amortir 3 % de son capital par an (2 % au titre du LTV, 1 % au titre du ratio dette/revenu).

Ces règles ont eu un impact direct sur la dynamique de crédit : la croissance des encours s’est nettement modérée après 2016, puis a accéléré à nouveau pendant la pandémie lorsque les autorités ont temporairement suspendu les exigences d’amortissement (entre avril 2020 et août 2021) pour soulager les ménages.

Le gouvernement propose de supprimer l’exigence du ratio dette/revenu, jugée coûteuse en bien-être pour un bénéfice discutable sur la stabilité financière, selon Peter Englund. Cependant, le gouverneur Erik Thedéen met en garde qu’un trop grand assouplissement des règles de crédit pourrait accroître la vulnérabilité des ménages.

Chercheur Peter Englund et Gouverneur de la banque centrale Erik Thedéen

Une évolution réglementaire encore en discussion

Un comité de révision mandaté par le ministère des Finances a proposé d’introduire un nouveau garde-fou : un plafond de ratio prêt/revenu (LTI) à 550 % (5,5 fois le revenu annuel). Les banques pourraient bénéficier d’une marge d’exemption de 10 % de la production de nouveaux prêts. Le même comité suggère aussi d’assouplir légèrement les amortissements basés sur le LTV pour les emprunteurs modérément endettés, en ramenant l’obligation à 1 % dès 50 % de LTV, ce qui allégerait la charge annuelle de certains foyers.

Dans ce contexte mouvant, un point reste stable : pour préparer un projet immobilier en Suède, il faut absolument intégrer ces contraintes dans le calcul de la mensualité, et pas seulement le taux d’intérêt nominal.

Types de prêts et structure des taux : un pays de taux variables

La Suède se distingue de nombreux pays européens par une forte préférence pour les taux variables ou de courte durée. Sur le premier semestre 2025, environ 76–78 % des nouveaux prêts étaient à taux variable (fixation inférieure à un an). Les taux à long terme (fixés plus de cinq ans) restent minoritaires.

Les grandes familles de produits sont assez classiques :

Exemple :

Le marché suédois propose plusieurs types de prêts immobiliers. Le prêt à taux variable (« rörlig ränta ») voit son taux révisé généralement tous les trois mois, indexé indirectement sur les conditions de marché comme le STIBOR. Le prêt à taux fixe (« bunden ränta ») permet de bloquer le taux pour une durée allant de un à dix ans. Le prêt mixte fractionne le capital en plusieurs tranches, combinant des durées fixes différentes ou des parties variable et fixe. Enfin, le prêt in fine partiel (où seul l’intérêt est payé sur une période) existe, mais son usage est limité par la réglementation suédoise sur l’amortissement.

En 2024, la hausse des taux directeurs de la Riksbank (politique monétaire) a fait grimper brutalement les taux hypothécaires, jusqu’à une moyenne de 4,53 % au deuxième trimestre. Puis, à mesure que l’inflation reculait en 2024–2025, la banque centrale a engagé une série de baisses de taux, ramenant le taux directeur vers 1,75 % fin 2025 et entraînant une détente des taux immobiliers.

En juin 2025, les données montrent :

3.2

Le taux moyen pour les prêts à taux fixe de plus de cinq ans est d’environ 3,2 %.

Les prévisions de plusieurs grandes banques (SBAB, Swedbank, Länsförsäkringar) convergent vers une stabilisation des taux variables aux alentours de 2,8–3,2 % en 2025–2026. Particularité du moment : l’écart entre taux variables et taux fixes (3 ou 5 ans) est historiquement faible, et certains profils peuvent obtenir un taux fixe inférieur au taux variable, les banques cherchant à sécuriser leur clientèle.

Pour un investisseur étranger, ceci implique deux choses :

le risque de taux n’est pas “figé” 20 ou 25 ans comme dans les pays à taux fixe long ; il faut anticiper des renégociations régulières ;

le choix entre variable et fixe devient un arbitrage fin, parfois plus psychologique que strictement financier, tant les niveaux sont proches.

Spécificités pour les étrangers : possible, mais plus exigeant

Sur le plan strictement juridique, un étranger peut emprunter en Suède aux mêmes conditions théoriques qu’un Suédois. En pratique, les banques appliquent une grille bien plus stricte. Plusieurs facteurs jouent en votre faveur :

disposer d’un numéro d’identification suédois (personnummer) ;

être inscrit au registre de la population ;

– avoir un permis de séjour, idéalement permanent, ou un permis de travail valide lié à un employeur suédois ;

– travailler pour une entreprise suédoise et percevoir un salaire en Suède ;

– posséder un historique bancaire local (compte courant, voire une petite ligne de crédit) ;

– avoir de la famille en Suède.

Sans ces ancrages, l’accès au crédit devient très difficile. De nombreux établissements exigent au minimum :

Conditions de financement

Critères principaux pour l’obtention d’un prêt hypothécaire, incluant l’apport personnel requis et la stabilité professionnelle nécessaire.

Apport personnel

Un apport de 20 à 30 % est généralement requis. Il peut atteindre 40 à 50 % pour un emprunteur non-résident.

Ancienneté professionnelle

Au moins 6 à 12 mois chez l’employeur actuel. Pour les indépendants, 12 à 24 mois de bilans sont exigés.

Les banques peuvent aussi : offrir des services de crédit, gérer des comptes d’épargne, faciliter des transactions financières, et proposer des conseils en investissement.

appliquer un plafond de prêt plus bas (LTV de 60–80 % au lieu de 85 %) ;

retenir un ratio dette/revenu maximal plus strict (4 fois le revenu brut plutôt que 4,5–5) ;

facturer un taux d’intérêt légèrement plus élevé.

Pour les indépendants, les exigences s’alourdissent encore : il faut fournir bilans et comptes de résultat, déclarations fiscales sur 1 à 2 ans, et montrer que l’on se verse un salaire régulier, et pas seulement des dividendes.

Documentation typique exigée

Même si chaque banque a ses formulaires et exigences, on retrouve presque toujours : les informations personnelles, les justificatifs de revenus, et les relevés bancaires.

Exemple :

Pour obtenir un prêt immobilier en Suède, les établissements bancaires exigent généralement un dossier complet comprenant : une pièce d’identité valide (passeport ou carte nationale) ; des justificatifs de revenus récents (3 à 6 bulletins de salaire) ; les déclarations fiscales des 2 dernières années ; un contrat de travail précisant le type de contrat et le salaire ; des relevés bancaires sur 3 à 6 mois (jusqu’à 12 mois pour les dossiers complexes) ; un rapport de crédit suédois, idéalement complété par un rapport du pays d’origine traduit ; des preuves de l’origine des fonds de l’apport personnel (épargne, vente d’un bien, etc.) ; des justificatifs du statut de séjour (visa, permis de résidence ou de travail) ; et une promesse de vente ou un avant-contrat lors de la demande définitive de prêt.

Le délai d’instruction se situe souvent entre 1 et 2 mois pour un dossier classique, mais peut s’allonger pour un étranger, surtout si des pièces doivent être traduites ou vérifiées à l’étranger.

Le parcours type pour obtenir un prêt immobilier

Le processus d’achat et de financement en Suède suit une séquence assez standardisée, avec un élément clé : la “promesse de prêt” (lånelöfte).

Étape 1 : Préparation financière et comparaison des banques

Avant même de chercher un logement, il est conseillé de : définir son budget, étudier le marché immobilier, déterminer ses priorités et se renseigner sur le quartier.

faire le point sur ses revenus, dettes et capacité d’épargne ;

utiliser des calculateurs de prêt (comme Bolånekalkylen.se) pour simuler différents scénarios de taux, d’amortissement et de durée ;

– contacter plusieurs banques ou un courtier pour connaître leur appétit pour les profils étrangers.

Les outils de simulation suédois intègrent souvent les spécificités locales : plafonnement du LTV, barème d’amortissement, éventuels stress de taux, etc. Ils permettent aussi de tester l’effet d’une hausse des taux ou d’un amortissement plus rapide.

Étape 2 : Obtenir un “lånelöfte” (pré‑accord de prêt)

La promesse de prêt est un document par lequel la banque indique le montant maximal qu’elle serait prête à vous prêter, sous réserve de vérification finale et d’une propriété conforme à ses critères. C’est quasiment indispensable pour participer aux enchères (“budgivning”) qui structurent la plupart des ventes, en particulier dans les grandes villes.

Bon à savoir :

Une promesse de prêt est généralement valable de 3 à 6 mois. Son montant est déterminé par la banque en fonction de vos revenus, dettes et charges, ainsi que d’une évaluation interne de votre risque. Le calcul intègre également un taux de stress (par exemple 6% ou 7%) et des coûts de vie standardisés.

Étape 3 : Recherche du bien et enchères

En Suède, les biens sont souvent vendus après une période d’enchères publiques gérées par l’agent immobilier. Les offres sont en principe non contraignantes pour l’acheteur comme pour le vendeur tant que le contrat n’est pas signé, ce qui peut faire monter les prix de 10–20 % au‑dessus du prix affiché, notamment à Stockholm.

Pendant cette phase, avoir un lånelöfte solide, voire de plusieurs banques, donne un avantage. Mais attention : si le prix d’acquisition final dépasse largement la fourchette envisagée dans la promesse, la banque peut réviser sa position.

Étape 4 : Signature du contrat et dépôt

Lorsque le vendeur accepte une offre, un contrat de vente (“köpekontrakt”) est rapidement signé. L’acheteur verse généralement un acompte d’environ 10 % du prix au courtier. Le reste, incluant l’apport complémentaire et les fonds du prêt, sera réglé à la date de remise des clés (“tillträdesdag”), souvent 2 à 3 mois plus tard.

C’est après la signature de ce contrat que commence la demande de prêt formelle et définitive. La banque réalise alors une évaluation du bien (par expertise ou comparaison de marché) pour fixer la valeur retenue dans le calcul du LTV.

Étape 5 : Décision de prêt, choix du type de taux, assurance

Une fois le bien évalué et le dossier complété, la banque émet une offre de prêt détaillant :

Attention :

L’octroi d’un prêt immobilier dépend de plusieurs éléments : le montant, limité à 85% de la valeur (moins pour un non-résident) ; la structure des taux (variable, fixe ou mixte) ; un calendrier d’amortissement imposé de 1 à 3% par an selon le LTV et le ratio dette/revenu ; et les frais associés (dossier, mise en place).

Dans la plupart des cas, une assurance habitation est exigée avant le déblocage des fonds. Les emprunteurs peuvent aussi souscrire des assurances complémentaires (perte d’emploi, invalidité), mais la Suède dispose déjà de mécanismes de protection sociale relativement généreux.

Étape 6 : Remise des clés et enregistrement du bien

Le jour de la remise des clés, la banque transfère les fonds directement au vendeur ou à la banque sortante le cas échéant. L’acheteur doit aussi prévoir :

– le paiement du droit de timbre sur la mutation du bien (“lagfart”) ;

– le paiement de la taxe sur les actes de prêt hypothécaire (“pantbrev”) si de nouveaux titres de dette doivent être créés.

Le transfert de propriété est enregistré auprès de Lantmäteriet, l’autorité du cadastre et du registre foncier. Pour un acheteur sans personnummer, un numéro de coordination (“samordningsnummer”) doit être obtenu auprès de l’administration fiscale pour permettre l’enregistrement.

Coûts annexes : au‑delà de la mensualité

Se focaliser sur la mensualité de prêt est insuffisant. Un achat immobilier en Suède implique aussi une série de coûts ponctuels et récurrents.

À l’achat

Les postes principaux pour un particulier sont les suivants :

Type de coûtMontant indicatif
Droit de timbre sur la propriété (lagfart)1,5 % du prix (particulier) + 825 SEK de frais fixes
Taxe sur les actes hypothécaires (pantbrev)2 % du montant nouvellement hypothéqué + frais par acte
Frais de registre foncier825 SEK
Honoraires juridiques (si avocat ou juriste)Environ 5 000 à 30 000 SEK selon complexité
Expertise technique (inspection)Environ 10 000 SEK
Déménagement et mise en service des compteursEnviron 5 000 à 15 000 SEK
Frais de traduction de documents étrangersQuelques milliers de SEK selon volume

Pour un appartement en copropriété (bostadsrätt), il faut ajouter la “avgift” mensuelle versée à l’association de copropriétaires (bostadsrättsförening), souvent comprise entre 2 000 et plus de 7 000 SEK par mois selon la ville, la taille du logement et l’état financier de la copropriété.

Pendant la détention du bien

Chaque année, l’acheteur doit s’acquitter : l’acheteur doit s’acquitter.

Exemple :

Pour un propriétaire d’une maison individuelle en Suède, les charges courantes incluent la taxe foncière (fastighetsavgift), calculée à 0,75% de la valeur fiscale et plafonnée à un peu plus de 10 000 SEK en 2025, avec une possible exonération temporaire pour certaines constructions neuves. S’ajoutent les frais d’énergie, d’eau, d’internet et d’entretien courant, ainsi que, le cas échéant, les coûts de stationnement ou de services municipaux.

En cas de revente avec plus‑value, la Suède applique un impôt de 30 % sur le gain imposable. Il existe cependant des mécanismes de report ou de réduction dans certains cas (réinvestissement, résidence principale, etc.) qui nécessitent un conseil fiscal personnalisé.

Allègement par la déduction des intérêts

Point positif : les intérêts d’emprunt bénéficient d’un avantage fiscal. Les ménages peuvent déduire :

30 % de leurs intérêts nets annuels jusqu’à 100 000 SEK ;

21 % sur la partie excédentaire.

Ce “ränteavdrag” réduit ainsi la charge nette du crédit, ce qui est pris en compte par certains calculateurs de coûts mensuels.

Un marché du logement sous tension, mais résilient

Pour comprendre la prudence des banques et des autorités, il faut garder en tête le contexte immobilier suédois. Depuis la fin des années 1990, les prix ont grimpé presque continûment, portés par :

une offre de logements insuffisante dans les grandes agglomérations ;

– des années de taux extrêmement bas ;

– une urbanisation et une croissance démographique soutenues.

Après un coup d’arrêt brutal en 2022–2023 avec la remontée des taux et l’inflation, les prix ont légèrement rebondi en 2024–2025, la demande restant solide alors que la construction neuve s’effondrait. Le nombre de mises en chantier a été réduit de moitié entre 2022 et 2023, tombant autour de 29 200 logements en 2023 et 28 350 en 2024 – loin des moyennes de 38 000 à 59 000 par an observées entre 2015 et 2022.

54

En 2024, les trois grandes régions métropolitaines de Suède concentraient 54 % des nouveaux chantiers de construction.

Les institutions internationales comme le FMI, l’OCDE ou le Conseil européen du risque systémique ont régulièrement mis en garde la Suède sur les risques liés à cet endettement, ce qui explique la fermeté du cadre réglementaire. Le gouverneur de la Riksbank souligne d’ailleurs que le plafonnement du LTV et les obligations d’amortissement ont probablement renforcé la résilience des ménages face aux chocs récents.

Stratégies concrètes pour maximiser ses chances d’obtenir un prêt

Pour un emprunteur francophone qui souhaite acheter en Suède, la clé est d’adapter son projet aux règles locales plutôt que de chercher à les contourner. Plusieurs leviers peuvent faire la différence.

Renforcer son ancrage suédois

Plus les liens avec la Suède sont forts, plus le dossier paraît “gérable” aux yeux d’une banque :

décrocher un emploi auprès d’un employeur suédois ;

obtenir un personnummer et s’inscrire à l’Agence fiscale et au registre de population ;

– ouvrir un compte local, domicilier ses revenus, éventuellement souscrire à une petite ligne de crédit pour constituer un historique positif ;

– démontrer des attaches familiales sur place.

Pour un projet à moyen terme, il peut être judicieux de s’installer d’abord en location quelques mois, le temps de réunir ces conditions, plutôt que de chercher un financement immédiatement à distance.

Arriver avec un apport conséquent

Les statistiques et témoignages convergent : un apport de 30 à 40 % du prix d’achat augmente nettement la probabilité d’obtenir un prêt lorsqu’on est étranger. Ce niveau réduit le LTV, atténue le risque perçu et peut permettre d’obtenir un taux moins pénalisant.

40-50

Pourcentage minimum d’apport exigé par certains établissements bancaires pour les non-résidents sans relation bancaire préalable.

Travailler finement son budget et ses simulations

Avant de solliciter une banque, il est utile de préparer :

un budget mensuel réaliste intégrant les coûts de vie standardisés suédois (alimentés par Konsumentverket) ;

– plusieurs scénarios de taux (par exemple 3 %, 5 %, 7 %) et de trajectoires d’amortissement (1 %, 2 %, 3 %) ;

une marge de sécurité pour absorber les futures hausses de charges ou de taux.

Les banques apprécient les emprunteurs qui montrent qu’ils ont réfléchi à ces paramètres, car elles sont, elles aussi, tenues de démontrer que le ménage pourrait absorber un scénario de taux durablement plus élevés.

Faire jouer la concurrence et négocier le taux

Le marché suédois est très concurrentiel, et les grandes banques ont l’habitude de consentir des réductions de taux (“ränterabatt”), notamment sur les prêts à taux fixe plurianuels. En 2025, certaines d’entre elles n’hésitaient pas à proposer des taux fixes inférieurs au taux variable pour verrouiller des clients sur plusieurs années.

Astuce :

Pour obtenir les meilleures conditions de prêt, il est conseillé de comparer plusieurs offres, éventuellement avec l’aide d’un courtier. Une stratégie efficace consiste ensuite à revenir vers sa banque préférée en présentant les propositions concurrentes les plus avantageuses. Il est crucial de se rappeler que même une différence de quelques dixièmes de point sur le taux d’intérêt peut représenter une économie de plusieurs milliers de couronnes sur la durée totale du prêt.

Soigner son dossier de crédit

Pour les personnes déjà installées en Suède, il est crucial de : s’adapter à la culture locale, comprendre les lois suédoises, et entretenir un bon réseau social.

éviter les incidents de paiement (les “betalningsanmärkningar” restent visibles plusieurs années et pèsent très lourdement) ;

limiter le nombre de demandes de crédit rapprochées ;

– réduire les dettes à la consommation ou les regrouper ;

– vérifier son rapport de crédit auprès de UC ou d’autres agences et corriger d’éventuelles erreurs.

Pour les nouveaux arrivants, il s’agit surtout de montrer une stabilité et une transparence maximale : fournir spontanément relevés de compte, attestations de revenus, preuves d’épargne et traductions fiables des documents du pays d’origine.

Conclusion : une porte ouverte, mais un seuil élevé

Obtenir un financement immobilier en Suède est tout à fait possible pour un étranger, à condition de respecter le “code” local : apport conséquent, forte transparence financière, ancrage réel dans le pays et projet cohérent avec les règles d’amortissement et de plafonnement de l’endettement.

Le système suédois, très structuré autour d’un contrôle serré du risque, ne se résume pas à un taux d’intérêt souvent attractif au regard de la zone euro. Il impose :

Astuce :

L’obtention d’un prêt immobilier en Suisse implique de composer avec plusieurs conditions spécifiques : un plafond de financement (LTV) généralement fixé à 85% (pouvant potentiellement atteindre 90% pour certains profils), une obligation d’amortir le capital de 1% à 3% par an, et une prédominance des taux variables ou fixes à court terme qui nécessitent une gestion active du risque de taux. Il est également crucial d’intégrer au plan de financement des coûts annexes significatifs, tels que les droits de timbre, la taxe hypothécaire, les charges de copropriété et les taxes foncières.

En contrepartie, la robustesse du cadre et la transparence du marché offrent un environnement relativement prévisible : la Suède a traversé les crises financières récentes sans effondrement de son système bancaire, et les réformes en cours cherchent davantage à ajuster le curseur entre accessibilité au crédit et stabilité que bouleverser l’architecture.

Pour un emprunteur francophone, l’enjeu est donc moins de “copier-coller” ses habitudes de financement nationales que de s’approprier ce modèle suédois, en utilisant ses atouts (concurrence entre prêteurs, fiscalité des intérêts, marchés des taux actuellement en détente) pour monter un projet solide, crédible aux yeux des banques… et soutenable à long terme pour son propre budget.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Suède pour rechercher du rendement locatif et une exposition à la couronne suédoise. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Stockholm, Göteborg, Malmö), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une petite maison de ville dans un quartier en croissance, combinant rendement locatif brut cible de 4 à 5 % – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est élevé, plus le risque est important » – et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 euros. La mission a inclus : sélection de la ville et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, conseiller fiscal suédois), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via société locale) et définition d’un plan de diversification patrimoniale dans le temps.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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