L’impact du tourisme sur le marché immobilier en Turquie

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

La Turquie est devenue en quelques années un laboratoire à ciel ouvert de ce que le tourisme peut faire à un marché immobilier. Entre riviera méditerranéenne saturée d’hôtels, explosion des locations saisonnières type Airbnb, méga‑projets d’infrastructure et programmes de citoyenneté par investissement, le pays illustre à la fois le potentiel et les dérives d’un modèle de développement porté par les visiteurs étrangers. Comprendre ces mécanismes est devenu indispensable pour quiconque s’intéresse à l’immobilier en Turquie, qu’il s’agisse d’investisseurs, de décideurs publics ou de simples résidents.

Quand le tourisme devient un moteur structurant de l’immobilier

Le tourisme n’est plus un simple secteur parmi d’autres dans l’économie turque. Il joue désormais le rôle d’exportation invisible, apportant des devises, soutenant l’emploi et, surtout, orientant les flux de capitaux vers l’immobilier. L’essor touristique accéléré depuis les années 1980 a contribué à transformer des pans entiers du littoral méditerranéen et égéen en marchés immobiliers très spécifiques, largement tournés vers l’étranger.

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Les revenus touristiques de la Turquie ont atteint un record historique d’environ 61 milliards de dollars en 2024.

Cette manne a un effet direct sur la pierre. D’une part, elle soutient la demande en hébergement touristique (hôtels, apart‑hôtels, résidences de vacances, villas) et en locations de courte durée. D’autre part, elle façonne l’image des destinations et déclenche une seconde vague d’arrivées, non plus comme touristes, mais comme « résidents touristiques » ou investisseurs immobiliers.

L’impact se lit aussi à l’échelle macroéconomique. Le marché résidentiel turc est évalué à un peu plus de 110 milliards de dollars en 2025 et devrait approcher les 187 milliards à l’horizon 2030, soit un rythme de croissance annuel composé supérieur à 11 %. Cette montée en puissance ne peut pas s’expliquer seulement par la démographie ou l’urbanisation : le tourisme agit clairement comme catalyseur, surtout dans les régions côtières.

Antalya, la vitrine d’un marché immobilier piloté par le tourisme

Antalya, surnommée « capitale du tourisme » turc et parfois « Riviera turque », est l’exemple le plus frappant de cette imbrication entre tourisme et immobilier. Plus de 300 jours de soleil par an, près de 200 kilomètres de plages labellisées Pavillon bleu, un aéroport international très fréquenté et une offre hôtelière massive créent un environnement où le tourisme façonne pratiquement toute l’économie locale.

Sur le plan immobilier, cette dynamique se traduit par un marché en croissance constante, largement tiré par la demande touristique et para‑touristique. L’attrait de la région pour les investisseurs tient à plusieurs facteurs : prix encore inférieurs à ceux d’Istanbul, stabilité relative, potentiel de plus‑value et rendements locatifs élevés via la location saisonnière.

Prix, accessibilité et profils d’acheteurs

Les prix moyens au mètre carré à Antalya restent inférieurs à ceux des grandes métropoles tout en étant nettement au‑dessus de la moyenne nationale, signe de la prime touristique. En 2025, le prix moyen à Antalya se situe autour de 2 500 à 3 500 dollars par mètre carré, contre environ 1 025 dollars pour la moyenne nationale. Dans la pratique, les fourchettes varient fortement selon le quartier et la vue.

On peut résumer les ordres de grandeur ainsi :

Zone / type de bien à AntalyaFourchette de prix approximative (USD)
Appartements en première ligne de mer (zones en développement)80 000 – 200 000
Appartements de qualité à Lara / Konyaaltı150 000 – 400 000
Villas de luxe avec vue mer400 000 – 1 200 000
Prix moyen au m² en 20252 500 – 3 500

Les données détaillées sur certaines transactions illustrent aussi la hiérarchie interne au marché. À Konyaaltı, un appartement T2 sans vue mer pouvait être proposé autour de 2,4 à 2,5 millions de livres turques, tandis que le même type de bien avec vue mer atteignait près de 4,7 millions de livres. À Lara, un duplex sans vue se situait autour de 2,2 millions de livres, tandis qu’un appartement avec vue mer grimpait à 9,5 millions, soit environ 650 000 dollars dans l’exemple relevé.

Les acheteurs étrangers y sont nombreux. Rien qu’en 2023, plus de 10 000 biens auraient été vendus à des non‑résidents dans la région d’Antalya. En 2024, la ville est même passée en tête des ventes aux étrangers, avec environ 5 990 transactions, devant Istanbul. Les nationalités dominantes reflètent le profil de la clientèle touristique : Russes, Iraniens, Allemands, mais aussi Britanniques, Polonais ou acheteurs du Golfe.

Rendements locatifs dopés par la haute saison

Le cœur du modèle économique local se trouve cependant dans la location courte durée. Antalya accueille 12 millions de visiteurs annuels, dont plus des deux tiers entre mai et septembre. Cette saisonalité marquée structure tout le calendrier locatif.

Bon à savoir :

Les locations de vacances sur la côte, notamment dans les quartiers de Lara ou Konyaaltı, peuvent offrir des rendements locatifs bruts annuels très attractifs, estimés entre 8 % et 15 % pour des biens bien gérés. Le rendement moyen sur la côte est d’environ 6,2 %, mais il peut dépasser 8 à 10 % dans les zones les plus touristiques.

Les loyers journaliers de propriétés adaptées aux plateformes de type Airbnb se situent fréquemment entre 80 et 200 dollars en haute saison, l’essentiel (60 à 70 %) du revenu annuel étant concentré sur les mois de mai à octobre. Les loyers et prix de vente ont d’ailleurs significativement progressé : en 2023, les prix dans les districts côtiers d’Antalya auraient augmenté de près de 60 % sur un an.

Le revers de cette médaille est une plus grande volatilité. L’activité dépend fortement des flux touristiques, des aléas géopolitiques, des crises sanitaires ou encore de la réglementation sur les locations de courte durée. Mais en rythme de croisière, la combinaison climat exceptionnel, infrastructure touristique et notoriété internationale fait d’Antalya l’archétype du marché immobilier drivé par le tourisme.

Istanbul : quand le tourisme renforce un marché déjà tendu

Istanbul se trouve dans une configuration différente. La ville est à la fois centre financier, industriel, culturel et touristique du pays. Elle concentre une grande part du PIB national, une population en constante augmentation, un tissu économique diversifié et un flux continu de visiteurs d’affaires et de loisirs. Le tourisme y agit donc comme un accélérateur d’une demande immobilière déjà structurellement forte.

Des prix élevés, une demande soutenue et un marché très segmenté

Istanbul affiche les prix les plus élevés du pays. En 2025, le prix moyen au mètre carré y oscille entre 3 500 et 5 000 dollars, soit plus de trois fois la moyenne nationale. Certaines estimations en livres turques évoquent un prix moyen autour de 55 500 TRY/m² (environ 1 500 dollars) en données agrégées, avec de fortes disparités entre quartiers.

On peut résumer l’échelle des prix de la manière suivante :

Type de localisation à IstanbulPrix approximatif pour un 1–2 pièces (USD)
Quartiers centraux « classiques » (Fatih, Üsküdar…)100 000 – 300 000
Quartiers premium (Beşiktaş, Levent, Bebek…)300 000 – 800 000
Penthouses / front de mer très haut de gamme> 1 000 000
Prix moyen d’un appartement « correct » non luxe~ 2 000 000 TRY (≈ 136 000)

Les quartiers de prestige comme Beşiktaş ou Kadıköy se négocient avec une prime pouvant atteindre 40 à 60 % au‑dessus de la moyenne de la ville. Dans des arrondissements aisés tels que Beşiktaş, Şişli ou Sarıyer, il n’est pas rare de voir des prix de départ à 200 000 dollars et des transactions dépassant largement le million pour les propriétés les mieux situées.

Attention :

La hausse des prix de l’immobilier est principalement due à la demande locale, mais le tourisme accentue fortement cette pression dans les quartiers proches des sites emblématiques (Hagia Sophia, Sultanahmet, Grand Bazar), des zones de vie nocturne (Beyoğlu, Karaköy) et des secteurs bien desservis par les transports en commun.

Le rôle du tourisme dans les loyers et les rendements

Le marché locatif d’Istanbul est structurellement tendu, avec une forte demande émanant de cadres, d’étudiants, de familles et, de plus en plus, d’expatriés et de travailleurs à distance attirés par le dynamisme de la ville. L’apport des touristes se superpose à cette base solide et modifie la structure de l’offre, notamment via la montée en puissance des locations de courte durée.

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Le rendement locatif brut résidentiel à Istanbul à l’été 2025, supérieur à la moyenne nationale de 7,7 % et à celui de la plupart des capitales européennes.

Le développement du tourisme urbain – city breaks, tourisme culturel, soirées dans plus de 16 000 bars et clubs – a alimenté une forte demande pour des studios et petits appartements dans les quartiers centraux comme Beyoğlu, Şişli ou Kadıköy, autant pour des locations journalières que pour des séjours de quelques mois. Ce phénomène a contribué à réduire l’offre disponible pour les résidents de longue durée et à pousser les loyers à la hausse, dans un contexte déjà marqué par une inflation élevée.

Dans le même temps, certains investisseurs misent sur des formats hybrides (apart‑hôtels, résidences de services, co‑living) qui tirent parti d’une demande à la fois touristique et professionnelle, avec des taux d’occupation relativement stables toute l’année, contrairement aux destinations purement balnéaires.

Locations de courte durée : l’effet Airbnb et la riposte réglementaire

L’essor des plateformes de location de courte durée a profondément remodelé les liens entre tourisme et immobilier en Turquie. Dans des villes comme Istanbul, Antalya, Izmir ou Bodrum, des dizaines de milliers de logements sont proposés sur Airbnb et plateformes similaires. Pour les propriétaires, la perspective de revenus supérieurs de 30 % à ceux d’une location classique, comme l’a souligné un rapport cité par Forbes, a agi comme puissant incitatif à basculer vers la location saisonnière.

Cette expansion rapide a toutefois suscité une série de réactions. D’un côté, l’État a vu s’échapper une part significative de recettes fiscales, et les autorités touristiques se sont inquiétées de la concurrence jugée déloyale vis‑à‑vis de l’hôtellerie traditionnelle. De l’autre, les résidents de certains quartiers ont commencé à dénoncer la hausse des loyers, la raréfaction des logements de longue durée et des nuisances liées au passage incessant de visiteurs.

Ce texte, entré en vigueur le 1er janvier 2024, encadre de manière stricte la location de logements à des fins touristiques pour des durées inférieures à 100 jours consécutifs.

Loi n°7464, dite « loi Airbnb »

Principales dispositions de la loi sur les locations touristiques

Le principe central est simple : toute location de moins de 100 jours est présumée être une location touristique et nécessite un permis spécifique délivré par le ministère de la Culture et du Tourisme. Ce permis, appelé « autorisation de location de logement à des fins touristiques », doit être demandé en ligne via le système d’administration électronique et fait l’objet d’un contrôle technique (sécurité, équipements, capacité d’accueil).

Le cadre réglementaire se caractérise par plusieurs exigences fortes :

obligation d’afficher une plaque officielle à l’entrée du logement, indiquant le numéro de permis et les coordonnées du titulaire ;

obligation d’informer la police des identités des occupants sous 24 heures, comme pour les hôtels, en application de la loi sur la notification d’identité ;

– limite de capacité (deux personnes par chambre, plus deux supplémentaires, avec un plafond de 12 personnes) ;

– obligation de conformité aux normes de sécurité (détecteurs de fumée, extincteur, plans d’évacuation) et d’hygiène.

Attention :

La loi subordonne le permis de location touristique dans les immeubles classiques à une décision unanime de la copropriété, donnant un droit de veto aux résidents permanents. De plus, dans les bâtiments de plus de trois lots, un propriétaire ne peut obtenir de permis pour plus de 25 % des unités, pour éviter la transformation d’immeubles entiers en quasi-hôtels.

Les sanctions sont dissuasives : louer sans permis expose à une première amende de 100 000 TRY par logement, puis 500 000 et enfin 1 000 000 TRY en cas de persistance. Les plateformes de type Airbnb peuvent également être visées et sommées de retirer les annonces de logements non autorisés, sous peine d’amendes répétées.

Le résultat attendu de cette réforme est une diminution du nombre de locations non déclarées, un meilleur recouvrement fiscal et un rééquilibrage entre hôtellerie et location de courte durée. À court terme, cette loi risque de réduire l’offre disponible sur les plateformes et de faire baisser les rendements nets de certains investisseurs, tout en améliorant potentiellement les conditions des locataires de longue durée dans les quartiers les plus touristifiés.

Investissement étranger, citoyenneté et tourisme : un triangle d’influences

L’ouverture progressive du marché immobilier turc aux étrangers joue un rôle central dans la façon dont le tourisme façonne la propriété. Depuis 2003, les non‑ressortissants peuvent acheter des logements en Turquie, et une réforme majeure en 2012 a supprimé le principe de réciprocité, permettant aux citoyens de plus de 180 pays d’acquérir des biens sans obligation de traitement réciproque.

La Turquie est ensuite allée plus loin en liant explicitement investissement immobilier et obtention de la citoyenneté. Après plusieurs ajustements, le seuil d’entrée du programme de citoyenneté par investissement est aujourd’hui fixé à 400 000 dollars de biens immobiliers, à conserver au moins trois ans. Un investissement immobilier de 200 000 dollars permet, lui, d’obtenir un permis de séjour renouvelable.

Lien entre investissements étrangers et tourisme

Les études économétriques menées sur la période 2013–2016 montrent une relation de causalité unidirectionnelle allant des investissements immobiliers étrangers vers les recettes touristiques et le nombre de visiteurs, et non l’inverse. En d’autres termes, une hausse des achats de logements par des étrangers tend à précéder et à alimenter l’augmentation des revenus touristiques et des arrivées, mais la hausse du nombre de touristes ne se traduit pas automatiquement par plus d’achats immobiliers étrangers.

Bon à savoir :

Certains touristes, comme des retraités, des télétravailleurs, des familles ou des entrepreneurs, peuvent décider de s’installer durablement dans une destination qu’ils apprécient. Ce mouvement, appelé « tourisme résidentiel », dépend non seulement des flux touristiques, mais aussi de politiques d’attraction liées à la citoyenneté, à la fiscalité, au coût de la vie, au climat et aux infrastructures.

Les données récentes le confirment : une année record a été enregistrée en 2022 avec près de 67 500 logements vendus à des étrangers. Dans le détail, les Russes étaient alors les premiers acheteurs (plus de 16 000 unités), suivis des Iraniens (plus de 8 000), des Irakiens et des Allemands. Antalya et Istanbul se partageaient la majorité de ces ventes, rejoints par des villes comme Izmir, Bodrum ou Alanya.

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C’est le nombre de logements vendus à des étrangers en 2024, soit le niveau le plus bas depuis sept ans.

Poids comparé des investisseurs étrangers

En volume global, les acheteurs étrangers ne représentent qu’une petite partie du marché :– en moyenne 3 à 5 % des ventes annuelles de logements, tombés à environ 1,6 % en 2024, puis 1,3 % des ventes en juillet 2025. Mais ces moyennes nationales masquent une forte concentration géographique : dans certains projets neufs des zones touristiques, 60–70 % des unités seraient vendues à des non‑résidents.

Ce biais géographique a des effets contrastés. D’un côté, les investissements étrangers apportent des devises, soutiennent le secteur de la construction, financent la rénovation urbaine et contribuent au financement des infrastructures. De l’autre, ils peuvent accélérer la hausse des prix dans des marchés locaux déjà tendus, écarter les ménages turcs des zones les plus convoitées et nourrir un ressentiment latent dans les lieux où la densité de résidences saisonnières est la plus forte.

Des rendements élevés, une monnaie faible et des risques bien réels

Un des paradoxes majeurs du marché turc réside dans la coexistence entre rendements apparents très élevés pour les investisseurs étrangers et difficultés croissantes pour les acheteurs locaux. La forte dépréciation de la livre turque – perte de plus de 70 % de sa valeur en cinq ans face au dollar, plus de 80 % sur dix ans – a mécaniquement réduit les prix immobiliers en devise forte, même lorsque les valeurs nominales en TRY augmentaient.

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Rendement locatif moyen du résidentiel en Turquie à l’été 2025, nettement supérieur aux 3-5% des capitales européennes.

Le tableau suivant donne un aperçu des rendements bruts moyens par grande ville, toutes catégories confondues :

Ville / régionRendement locatif brut estimé
Adana≈ 8,9 %
Ankara≈ 8,7 %
Istanbul≈ 8,1 %
Antalya≈ 6,3 %
Moyenne nationale≈ 7,7 %

Ces niveaux séduisent les investisseurs orientés revenu, notamment ceux qui ciblent des appartements destinés à la location longue durée dans les métropoles ou des biens structurés pour la location saisonnière dans les zones touristiques. Les apart‑hôtels, par exemple, peuvent afficher des rendements annuels de 8 à 12 %, tandis que l’achat sur plan permet parfois de capter 30 à 45 % de plus‑value à la livraison.

Astuce :

La rentabilité du marché immobilier turc est contrebalancée par plusieurs risques significatifs : la volatilité monétaire complique la projection des flux en devise forte, l’inflation érode la valeur réelle des revenus locaux, et les taux hypothécaires très élevés (dépassant parfois 40% en 2025) freinent l’accès à la propriété pour la demande locale. De plus, les changements réglementaires, par exemple sur les locations touristiques, peuvent remettre en cause des modèles économiques en peu de temps. À moyen terme, l’enjeu principal est de savoir si la Turquie stabilisera son cadre macroéconomique tout en conservant son attractivité touristique.

Pressions sur les résidents, gentrification et risques de saturation

Comme dans de nombreuses destinations mondiales en forte croissance touristique, la Turquie voit apparaître des tensions entre développement immobilier orienté vers les visiteurs et besoins résidentiels des populations locales. Le schéma est bien connu : une destination gagne en popularité, les prix immobiliers s’envolent, les locations de courte durée se multiplient, l’offre pour les résidents diminue et les loyers montent, entraînant des phénomènes de gentrification et parfois de déplacement de populations.

Exemple :

Les zones côtières méditerranéennes (Kaş, Alanya, Kemer, Belek, Side) et les quartiers historiques d’Istanbul (Karaköy, Galata, Sultanahmet, Balat) illustrent un processus de gentrification lié au tourisme. Bien que les prix moyens nationaux soient inférieurs à ceux de la Grèce, de la Bulgarie ou de Chypre, l’écart local entre les revenus des résidents et le coût du logement peut y devenir problématique.

Le risque de saturation immobilière existe également. Avant la crise de 2018, des politiques très expansionnistes avaient favorisé la construction, laissant jusqu’à deux millions de logements invendus en 2018, soit environ trois fois le volume moyen annuel des ventes. Les stations balnéaires les plus courtisées – Bodrum ou certains secteurs d’Antalya – peuvent ainsi connaître des vagues de promotion immobilière qui dépassent la demande résidente et misent presque intégralement sur les acheteurs étrangers et la clientèle touristique.

Dans ce contexte, la planification urbaine et les incitations publiques deviennent cruciales pour éviter que le tourisme ne se transforme en machine à produire des bulles foncières ou à exclure les habitants de leurs propres villes.

Infrastructures touristiques et valorisation foncière

L’un des mécanismes les plus puissants par lesquels le tourisme agit sur l’immobilier réside dans les infrastructures. Routes, ponts, aéroports, lignes de métro, tramways, ports de plaisance, promenades littorales : chaque investissement de ce type modifie la géographie de l’accessibilité et, avec elle, la carte des valeurs foncières.

Exemple :

En Turquie, l’aéroport d’Istanbul est devenu le hub le plus fréquenté d’Europe, renforçant le rôle de la ville comme porte d’entrée et augmentant l’attrait des quartiers bien connectés. Parallèlement, l’aéroport d’Antalya bénéficie de la croissance du tourisme, ce qui stimule la demande immobilière dans les zones proches des axes d’accès.

Le modèle se répète dans d’autres villes : tram AntRay à Antalya, extensions de métro à Istanbul, développement de nouvelles zones touristiques et technologiques, projets d’urbanisme comme le canal d’Istanbul ou le centre financier d’Ataşehir. Chacun de ces projets agit comme un signal pour les investisseurs : l’annonce seule d’une nouvelle infrastructure peut enclencher des hausses de prix anticipées sur les terrains et les logements à proximité.

Bon à savoir :

La création d’une nouvelle autoroute ou d’un grand projet touristique peut entraîner une hausse significative des prix de l’immobilier dans son corridor, parfois jusqu’à un doublement en quelques années. Ce phénomène, observé dans plusieurs pays, se vérifie en Turquie dans les zones côtières en développement comme Antalya, Fethiye, Bodrum ou Mersin, où les nouvelles routes et équipements touristiques génèrent des dynamiques similaires.

Cependant, ces infrastructures ont un coût environnemental et social, surtout lorsqu’elles sont implantées dans des zones naturelles fragiles ou des quartiers historiques densément peuplés. Les questions de durabilité, longtemps reléguées au second plan, commencent à émerger de manière plus pressante, notamment après les séismes dévastateurs de 2023 qui ont rappelé l’importance de normes de construction rigoureuses et de planifications à long terme.

Vers un modèle plus durable : concilier tourisme, immobilier et habitants

L’ensemble des recherches et études disponibles convergent vers une conclusion : le tourisme est un formidable moteur de croissance pour le marché immobilier turc, mais il ne peut plus se développer sans prendre en compte les limites environnementales, sociales et économiques des territoires concernés.

Plusieurs pistes se dessinent déjà.

Bon à savoir :

La loi 7464 renforce la régulation des locations de courte durée. Son objectif est de rééquilibrer le marché entre hôtels, propriétaires et résidents permanents, et de sécuriser les recettes fiscales. Une application cohérente de cette loi pourrait limiter la conversion d’immeubles résidentiels en logements touristiques, préservant ainsi davantage de logements pour la location longue durée.

Ensuite, la mise en place de politiques publiques ciblées sur l’accession à la propriété et le logement abordable dans les zones à forte pression touristique pourrait atténuer les effets de la gentrification. Des instruments tels que les taxes de séjour, les contributions des projets touristiques au financement de logements sociaux ou les quotas d’habitation permanente dans certaines zones pourraient être mobilisés, à l’image des mécanismes déjà appliqués dans d’autres pays.

Astuce :

La promotion de formes de tourisme plus durables, telles que l’écotourisme, le tourisme culturel hors saison et les circuits dans l’arrière-pays anatolien, permet de diversifier les flux touristiques et de réduire la pression sur les stations balnéaires saturées. Cette approche diffuse les bénéfices économiques du tourisme vers des régions moins développées et diminue la dépendance excessive de certaines villes aux seuls mois d’été.

Enfin, l’implication des communautés locales dans la planification des projets touristiques et immobiliers apparaît comme un élément essentiel de la soutenabilité. Sans mécanismes de participation, les habitants risquent de se retrouver simples spectateurs des transformations de leurs quartiers, avec un sentiment d’expropriation symbolique voire matérielle. À l’inverse, une gouvernance partagée peut favoriser des projets mieux intégrés, plus acceptés et plus respectueux des identités locales.

Un équilibre encore instable, mais un potentiel considérable

L’impact du tourisme sur le marché immobilier en Turquie est massif, multiforme et parfois contradictoire. Il se traduit par des opportunités remarquables pour les investisseurs – rendements élevés, prix encore compétitifs à l’international, programmes de citoyenneté –, par une montée en gamme des infrastructures et par une visibilité mondiale accrue de villes et régions autrefois marginales.

Mais il s’accompagne aussi de tensions : inflation immobilière locale, problématiques de logement pour les résidents, risques de saturation ou de bulles, dépendance aux aléas géopolitiques et macroéconomiques, sans oublier les enjeux climatiques et environnementaux, particulièrement sensibles sur les façades littorales.

Attention :

Pour transformer le moteur touristique en levier durable, trois conditions sont déterminantes : une stabilisation économique et monétaire pour rassurer investisseurs et ménages ; une régulation fine des locations touristiques et de l’investissement étranger, équilibrant contrôle et prévisibilité ; et une intégration réelle des habitants aux bénéfices de la croissance via des politiques de logement, d’emploi et d’aménagement équilibrées.

Si ces conditions sont réunies, la Turquie pourrait continuer à capitaliser sur son statut de pont entre Europe et Asie, de grande puissance touristique et de marché immobilier en plein développement, sans sacrifier l’équilibre de ses villes et de ses côtes. Dans le cas contraire, le pays risque de rejoindre la liste des destinations où le tourisme, en bouleversant le marché immobilier, finit par menacer l’attractivité même qui l’a fait naître.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Turquie pour rechercher du rendement locatif et une exposition à la livre turque et à l’économie locale. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Istanbul, Izmir, Antalya), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une maison individuelle dans un quartier en développement d’Istanbul ou près du littoral d’Antalya, combinant un rendement locatif brut cible élevé – « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via société locale) et définition d’un plan de diversification dans le temps, afin de maîtriser les risques juridiques, fiscaux et locatifs.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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