S’installer pour plusieurs mois ou plusieurs années, que ce soit à Tunis, à Sfax ou dans une station balnéaire comme Hammamet ou Sousse, ne s’improvise pas. Louer un bien immobilier à long terme en Tunisie suppose de comprendre un minimum le cadre légal, les pratiques du marché, les niveaux de loyers, mais aussi les démarches administratives souvent méconnues des étrangers… et parfois même des Tunisiens.
Cet article fournit un guide pratique, basé sur les données de marché récentes et la réglementation en vigueur, pour tout savoir avant de s’engager dans un contrat de location longue durée.
Comprendre le cadre légal de la location longue durée
En Tunisie, la relation entre bailleur et locataire repose d’abord sur le contrat de bail, mais pas uniquement. Plusieurs textes s’appliquent, et il est utile de connaître au moins leurs grandes lignes pour éviter les mauvaises surprises.
La base juridique des baux est le Code des Obligations et des Contrats (COC), notamment les articles 727 à 804 qui définissent les droits et obligations des parties, les conditions de validité d’un bail, la durée, la résiliation, ainsi que les mécanismes d’indemnisation en cas de manquement. Ce code s’inspire largement du droit civil de tradition française, ce qui le rend assez lisible pour un public francophone.
La loi n°76-35 du 18 février 1976 accorde une sécurité quasi permanente aux occupants des immeubles construits avant le 1er janvier 1954 et occupés avant le 3 mars 1978. L’expulsion n’y est possible qu’en cas de danger pour le bâtiment ou pour une reprise d’habitation par le propriétaire ou un proche, avec un préavis de six mois.
Pour les baux commerciaux, la loi n°37 de 1977 prévoit un régime spécifique, en particulier pour le renouvellement et l’indemnisation en cas de non-renouvellement. Même si l’on se concentre ici sur la location résidentielle, il est utile de savoir que les immeubles mixtes (habitation + local commercial) peuvent être soumis à plusieurs régimes.
La Tunisie est souvent décrite comme « légèrement pro-locataire », notamment parce que la justice doit valider toute procédure d’expulsion.
Global Property Guide, observateurs internationaux
Les différents types de baux et les durées courantes
Dans la pratique, la location longue durée en Tunisie prend deux formes principales : le bail à durée déterminée (la norme) et le bail à tacite reconduction, souvent mensualisé.
Les baux à durée déterminée sont très répandus. Ils sont souvent conclus pour un an, renouvelables, mais il n’est pas rare de voir des durées de trois ans ou davantage pour des locations stables. Dans ce cas, la relation contractuelle se termine normalement à l’échéance, sans qu’il soit nécessaire de donner congé, sauf si une clause prévoit la reconduction automatique.
Les contrats de location au mois, fréquents pour les logements modestes ou en province, se reconduisent automatiquement chaque mois. Pour y mettre fin, l’une des parties doit donner congé. Le délai de préavis correspond généralement à la périodicité du paiement du loyer, par exemple un mois pour un loyer mensuel.
Dans les deux cas, le bail doit préciser la durée, la nature de l’usage (habitation principale, usage mixte), le montant du loyer, la fréquence de paiement (mensuelle, trimestrielle, annuelle), ainsi que les charges et les conditions de révision du loyer. Il n’existe pas de « contrat type » obligatoire pour les baux résidentiels privés : le document reste largement négociable.
Rédiger et signer un bail en Tunisie : ce qui doit absolument apparaître
Le contrat de location est le cœur de la relation entre propriétaire et locataire. En Tunisie, la loi impose qu’il soit écrit dès lors qu’il dépasse un an, mais même pour une durée plus courte, il est fortement déconseillé de se contenter d’un accord verbal.
Un bail complet doit notamment inclure : l’identification des parties (noms, adresses, pièces d’identité du bailleur et du locataire), une description détaillée du logement (adresse, superficie, étage, présence de dépendances comme un parking, une cave ou un jardin), la durée du contrat et les conditions de reconduction. Il doit aussi préciser sans ambiguïté le montant du loyer, la devise (généralement le dinar tunisien), la périodicité de paiement (mensuelle, trimestrielle ou annuelle) et les modalités (virement, espèces ou chèque).
Si le bail ne mentionne pas le loyer, ce qui est rarissime, le COC considère que les parties se réfèrent au prix du marché dans le quartier. En pratique, mieux vaut toujours écrire noir sur blanc le montant et, lorsque c’est prévu, la formule de révision annuelle (par exemple indexation sur un indice de référence).
Le contrat de location doit préciser l’affectation du logement (usage exclusivement d’habitation, interdiction d’activité commerciale, et les conditions pour une colocation ou une sous-location, qui nécessitent l’accord écrit du propriétaire). Il doit également mentionner le dépôt de garantie, avec son montant et les conditions de sa restitution. Enfin, il détaille généralement les droits et devoirs de chaque partie : les réparations majeures à la charge du bailleur, l’entretien courant à la charge du locataire, ainsi que les règles concernant les visites et la gestion des pannes.
Dans la réalité tunisienne, nombre de baux sont rédigés par un agent immobilier ou un avocat, ce qui évite les omissions grossières. Cependant, il arrive que des modèles simplifiés circulent, voire des contrats bilingues français–arabe. Dans tous les cas, il est vivement déconseillé de signer un document que l’on ne comprend pas. La loi autorise à demander une traduction authentifiée ou des explications détaillées ligne par ligne.
Enregistrer son bail : une étape fortement recommandée
Au-delà de la signature, le bail doit être formalisé et reconnu par l’administration pour être pleinement opposable aux tiers. En Tunisie, cette formalisation se fait en deux temps : authentification des signatures à la municipalité, puis enregistrement à la Recette des Finances (le bureau des impôts compétent pour le quartier).
Il s’agit du nombre minimum d’originaux du bail à préparer et à faire signer par les deux parties.
Une fois les signatures certifiées, le dossier est déposé à la Recette des Finances territorialement compétente. Il comprend en général les trois exemplaires originaux, une copie de la déclaration annuelle de revenus du demandeur (souvent le bailleur), et les copies légalisées nécessaires. L’agent des finances calcule alors les droits d’enregistrement en fonction du loyer annuel et de l’usage (résidentiel, commercial, agricole). Pour un bail à usage économique, la règle mentionnée est un droit équivalant à 1 % du loyer annuel, avec un minimum de 40 dinars pour les baux commerciaux. Pour l’habitation, les montants sont plus modestes mais variables.
L’enregistrement d’un contrat doit impérativement être effectué dans les 60 jours suivant sa signature. Au-delà de ce délai, des pénalités de retard s’ajoutent aux droits à payer. Une fois les frais réglés, la Recette restitue généralement les exemplaires enregistrés sous 24 heures. Cet enregistrement procure une sécurité juridique, servant de preuve datée en cas de litige, et est nécessaire pour la déclaration des revenus fonciers auprès de l’administration fiscale.
Combien coûte un loyer longue durée en Tunisie ?
Au-delà du droit, ce sont évidemment les prix de marché qui orientent le choix d’un logement. La Tunisie reste nettement moins chère que la plupart des pays européens, mais les écarts entre régions, quartiers et types de biens sont importants.
Les données récentes pour Tunis montrent que les loyers moyens mensuels tournent autour de 423 dollars pour un appartement d’une chambre, 488 dollars pour un deux pièces, 716 dollars pour un trois pièces et 814 dollars pour un logement de quatre chambres ou plus. En dinars, un appartement d’une chambre en centre-ville se loue en moyenne autour de 683 dinars, avec une fourchette fréquente entre 460 et 1 000 dinars. En périphérie, le loyer descend à environ 470 dinars en moyenne, parfois dès 300 dinars dans les quartiers les plus abordables.
Le loyer mensuel médian d’un trois pièces en centre-ville de Tunis est d’environ 1 120 dinars.
Dans d’autres villes, la tendance est globalement à la baisse par rapport à la capitale. En ville moyenne ou dans des quartiers moins recherchés, il est possible de trouver des appartements à partir de 450 dinars par mois, voire moins, surtout pour des studios ou petits deux pièces. Un certain nombre de sources citent aussi des loyers en dollars : d’environ 300 à plus de 1 000 dollars pour un trois pièces en centre-ville de grandes agglomérations comme Tunis ou Sfax, et plus de 3 000 dollars mensuels pour une villa de luxe avec piscine à Tunis ou dans ses banlieues huppées.
Quelques repères pour mieux visualiser les échelles de taille, de distance et de temps dans l’univers
Échelle de quelques centimètres à quelques mètres, correspondant aux objets de notre quotidien.
De quelques milliers de kilomètres (Terre) à quelques centaines de milliers de kilomètres (Jupiter).
Distances entre étoiles mesurées en années-lumière. Le Soleil est à 8 minutes-lumière de la Terre.
Notre galaxie, la Voie Lactée, s’étend sur environ 100 000 années-lumière de diamètre.
Rayon estimé à environ 46,5 milliards d’années-lumière, contenant des centaines de milliards de galaxies.
| Type de logement / localisation | Loyer mensuel moyen (TND) | Fourchette typique (TND) |
|---|---|---|
| Studio – Tunis, centre | ≈ 358 USD (équiv. TND) | – |
| 1 chambre – Tunis, centre | 683 | 460 – 1 000 |
| 1 chambre – Tunis, hors centre | 470 | 300 – 800 |
| 3 chambres – Tunis, centre | 1 120 | 800 – 1 500 |
| 3 chambres – Tunis, hors centre | 770 | 500 – 1 400 |
| Studio 45 m² meublé – zone « normale » (Tunisie) | 527 | – |
| 85 m² meublé – zone « normale » (Tunisie) | 1 006 | – |
| Appartement min. (Tunisie, entrée de gamme) | 450 | – |
| Villa 4 pièces – quartiers chers (ex. banlieue nord) | ≈ 4 000 | – |
Ces chiffres restent indicatifs : les quartiers les plus prestigieux de Tunis (Berges du Lac, Jardins de Carthage, La Marsa, Gammarth) peuvent s’envoler bien au‑delà, avec des prix à l’achat qui atteignent 12 000 dinars le mètre carré pour des biens très haut de gamme. À l’inverse, des villes plus industrielles comme Sfax offrent certains des logements les plus abordables du pays.
Pour un expatrié, les comparaisons internationales donnent également un repère : un célibataire à Tunis dépense en moyenne autour de 577 dollars par mois, logement compris, et une famille de quatre personnes environ 1 402 dollars, selon les agrégateurs de coût de la vie. La location longue durée reste nettement plus économique qu’un séjour à l’hôtel ou en location touristique type Airbnb, dont les médianes mensuelles dépassent 1 300 à 2 500 dollars à Tunis.
Dépôt de garantie, loyers et modalités de paiement
En Tunisie, la pratique du dépôt de garantie est généralisée. Le propriétaire demande presque toujours une somme équivalente à un ou deux mois de loyer au moment de la signature. Pour un logement non meublé, il est courant de se limiter à un mois de loyer hors charges ; pour un meublé, le dépôt peut atteindre deux mois. Les textes encadrant la location résidentielle indiquent que l’on ne peut pas légalement exiger plus que deux mois de loyer, même pour un meublé.
Le dépôt de garantie est une somme versée par le locataire pour couvrir d’éventuels loyers impayés ou dégradations importantes. Il doit être placé sur un compte séparé et un reçu doit être remis au locataire. À la fin du bail, le propriétaire doit justifier toute retenue par des preuves (photos, devis, factures) et restituer le solde dans un délai raisonnable (généralement un à deux mois). Il est important de noter que ce dépôt ne peut pas être utilisé pour payer le dernier loyer sans un accord explicite entre les parties.
Les loyers, eux, sont payés selon ce qui a été négocié dans le bail. Le paiement mensuel reste le plus courant, mais certains bailleurs exigent des règlements trimestriels ou annuels, surtout lorsque le locataire est étranger ou lorsque le montant est élevé. Il existe une certaine liberté sur le mode de paiement (espèces, virement, chèque), mais il est capital pour le locataire de conserver tous ses reçus ou justificatifs bancaires. L’administration tunisienne peut, en effet, demander ces preuves de paiement au moment de la sortie du territoire, en particulier lorsque le séjour a été long.
En cas de retard de paiement, le propriétaire peut envoyer une mise en demeure écrite. Si l’impayé persiste, il est généralement nécessaire d’accorder un délai d’au moins 15 jours pour régulariser la situation avant de pouvoir engager une procédure judiciaire d’expulsion.
Honoraires d’agence : qui paie quoi ?
Beaucoup de locations longue durée, surtout dans les grandes villes, passent par une agence immobilière. Les honoraires sont encadrés par la réglementation tunisienne, notamment par la loi n°55 du 23 juin 1981, complétée par la loi n°77 du 8 août 2005. Ces textes précisent que les commissions sont définitivement acquises à l’agence dès la signature du contrat de location.
Dans la pratique, plusieurs grilles de commission existent. Une agence peut facturer l’équivalent d’un mois de loyer, chargeable au locataire, au propriétaire, ou partagée. D’autres structures appliquent un pourcentage, comme 5% du loyer annuel payé par chaque partie pour la première année. Certaines demandent un mois de loyer hors TVA à chaque partie, avec un minimum total de deux mois de loyer hors TVA. Des commissions s’élevant à 8% de la valeur locative sont également mentionnées.
Le tableau suivant illustre quelques configurations observées :
| Schéma de commission | Bénéficiaire / payeur | Commentaire |
|---|---|---|
| 1 mois de loyer | Payé par le locataire ou le bailleur | Formule fréquente pour les baux résidentiels |
| 1 mois de loyer HT par partie | Locataire + bailleur | Commission totale min. = 2 mois de loyer HT |
| 5 % du loyer annuel | Chaque partie (1ère année uniquement) | Plutôt pour certains réseaux structurés |
| 8 % de la valeur locative | Variable | Signalé dans un contexte particulier |
| 10 % du loyer total plafonné (ex. Nomad) | Variable | Exemple donné pour un acteur spécifique |
Ces honoraires rémunèrent la recherche du bien, la diffusion des annonces, l’organisation des visites, le conseil, la négociation, la rédaction du bail et la préparation du dossier pour l’enregistrement. Certains acteurs acceptent de discuter leurs tarifs, surtout pour des loyers élevés ou des contrats de longue durée.
Pour l’occupant, il est essentiel d’intégrer les honoraires d’agence dans le budget initial d’installation, au même titre que le dépôt de garantie et le premier loyer. Dans certains cas, ces frais (agence et contrat) peuvent s’ajouter au dépôt et au loyer d’avance et représenter plusieurs centaines d’euros supplémentaires. Il est donc crucial de demander dès le départ un détail précis de ces honoraires et de vérifier s’ils sont partagés avec le propriétaire.
Où louer : panorama des principales zones et quartiers
L’emplacement reste décisif dans le choix d’une location longue durée. En Tunisie, le marché se structure autour de quelques grands pôles.
L’offre locative est concentrée à Tunis. Les Berges du Lac (Lac 1, Lac 2) forment un centre d’affaires moderne avec ambassades et logements haut de gamme. La banlieue nord (La Marsa, Carthage, Gammarth) attire les expatriés avec des villas et appartements standing proches de la mer. Les quartiers récents et recherchés sont Les Jardins de Carthage et Tunis Ennasr. Pour des loyers plus accessibles, tournez-vous vers des zones comme Ain Zaghouan ou certains secteurs du sud de Tunis.
Sur la côte, Hammamet, Sousse, Monastir, Djerba donnent accès à une offre variée, allant des appartements modestes aux villas de vacances confortables. Ces régions, très marquées par le tourisme, connaissent une forte demande en location saisonnière, mais proposent aussi des baux au long cours, souvent moins chers hors haute saison.
Dans des villes industrielles comme Sfax ou certaines capitales régionales de l’intérieur, les loyers figurent parmi les plus abordables de Tunisie. Ces villes offrent un parc important d’appartements de taille moyenne, adaptés pour une installation familiale ou professionnelle de longue durée.
Ce contexte national est d’ailleurs soutenu par un marché immobilier globalement dynamique. Les prix des appartements ont augmenté d’environ 6,82 % en un an au troisième trimestre 2025, pour atteindre une moyenne de 329 dinars par pied carré à l’échelle nationale, et 377 dinars à Tunis, avec même une progression annuelle de 16 % dans la capitale. Sur la période 2011–2021, les prix résidentiels ont plus que doublé en nominal, même si la hausse réelle corrigée de l’inflation tourne plutôt autour de 20 %. Cette montée se traduit en partie dans les loyers, mais ceux-ci demeurent relativement attractifs pour des revenus étrangers.
Droits et obligations du locataire
Louer un bien en Tunisie, même à long terme, ne revient pas à « acheter » des droits absolus sur le logement. Le locataire bénéficie néanmoins d’un socle de garanties relativement solide.
Le bailleur doit fournir un logement décent, sain et sans risques majeurs. Il est responsable des grosses réparations et de l’entretien lourd. Le locataire a droit à la jouissance paisible des lieux : le propriétaire ne peut entrer dans le logement qu’avec un préavis raisonnable (souvent 24h) et un motif légitime, sauf en cas d’urgence (ex: dégât des eaux).
Le droit à la confidentialité s’accompagne de la possibilité de contester un congé ou une expulsion abusive devant les tribunaux. Les textes prévoient que la rupture du bail doit respecter une procédure et un délai de préavis, sauf faute grave. Le locataire peut aussi demander des réparations en cas de panne sérieuse non imputable à lui, voire solliciter une réduction de loyer si un défaut important rend l’usage du bien difficile ou partiel.
Le locataire doit payer son loyer et ses charges à terme, utiliser le logement en « bon père de famille » et assurer l’entretien courant. Il ne peut modifier les locaux, sous-louer ou céder le bail sans l’accord écrit du bailleur. En cas de litige, il ne peut suspendre le paiement du loyer de sa propre initiative ; il doit engager une mise en demeure, une négociation, puis, si nécessaire, saisir le juge.
Droits et obligations du bailleur
Du côté du propriétaire, le droit le plus évident est celui de percevoir le loyer convenu aux échéances fixées, ainsi que le respect de la destination du logement (usage d’habitation, respect du voisinage, absence d’activité illicite). Il peut, sous réserve de respecter la vie privée du locataire, demander à visiter les lieux à intervalles raisonnables pour vérifier leur état ou pour les montrer à de futurs acheteurs ou locataires en fin de bail.
Le bailleur est tenu d’entretenir le logement et d’assurer les réparations nécessaires pour le maintenir habitable. Il doit respecter la durée du bail et ne peut modifier unilatéralement ses conditions, notamment le montant du loyer. Pour réviser le loyer, il doit utiliser les mécanismes prévus au contrat ou, à défaut, se fonder sur la loi, qui autorise des hausses raisonnables lors du renouvellement, parfois indexées sur un indicateur comme l’indice des loyers.
En cas de manquement du locataire (loyers impayés, dégrations graves), le propriétaire a le droit d’agir pour récupérer son bien, mais à travers une procédure judiciaire. Dans les immeubles relevant du régime très protecteur de la loi de 1976, sa marge de manœuvre est plus réduite, l’expulsion n’étant possible que dans des cas limités, avec un préavis de six mois.
Préavis, résiliation et fin de bail
Que l’on soit locataire ou bailleur, rompre un bail longue durée ne se fait pas du jour au lendemain. Une règle de base se retrouve dans la plupart des contrats : la nécessité d’un préavis écrit, souvent de trois mois, signifié par lettre avec accusé de réception ou moyen équivalent permettant de prouver la date de réception.
Pour un contrat à durée déterminée, le bail prend fin à la date d’échéance convenue. Le propriétaire doit généralement informer le locataire de son intention de ne pas renouveler avec un préavis de trois mois. Le locataire peut donner congé avant la fin du contrat en respectant le préavis prévu, mais il est déconseillé de quitter les lieux avant la première année, sous peine de pénalités ou de l’obligation de payer jusqu’à la relocation. Des exceptions existent pour motifs légitimes, comme un logement devenu inhabitable ou des manquements graves du bailleur.
Pour les contrats à durée indéterminée ou mensuels, le délai de congé est souvent un mois pour une location au mois, mais il peut atteindre trois mois selon l’usage ou ce que prévoit le bail. Quand aucun délai n’est stipulé, les tribunaux se réfèrent aux usages ou aux dispositions générales du COC.
En l’absence d’état des lieux initial, la présomption joue en faveur du bailleur : le locataire est réputé avoir reçu le bien en bon état. Un inventaire détaillé et daté à l’arrivée est donc crucial. La comparaison avec l’état des lieux de sortie permet d’établir la liste des réparations à la charge du locataire ou de constater l’absence de dommages, condition d’une restitution rapide du dépôt de garantie.
Éviction et litiges : une procédure encadrée
Lorsque tout se passe bien, la location longue durée se déroule sans conflit majeur. Mais en cas de problème sérieux, la loi tunisienne impose une chaîne précise avant d’en arriver à l’expulsion physique d’un occupant.
En cas de loyers impayés, le bailleur doit d’abord adresser une mise en demeure écrite, accordant un délai d’au moins 15 jours pour régulariser. Si le locataire ne paie pas et ne propose pas d’échéancier, le propriétaire peut saisir la justice pour demander la résiliation du bail et l’expulsion. Pour des violations de clauses essentielles (sous-location interdite, nuisances graves, activités illicites), une mise en garde écrite suivie d’un délai pour se conformer (souvent 30 jours) est généralement requise avant un recours au juge.
La procédure judiciaire peut prendre du temps, ce qui contribue à la perception d’un système légèrement favorable aux locataires. Le juge apprécie la gravité des manquements, peut essayer de favoriser une solution amiable ou fixer un plan de remboursement avant de prononcer l’expulsion. Pendant tout ce temps, le propriétaire ne peut pas se faire justice lui-même en coupant l’électricité ou en changeant les serrures : de telles pratiques seraient illégales.
Les litiges peuvent aussi porter sur la restitution du dépôt de garantie, les réparations ou l’interprétation du contrat. Dans ces cas, la médiation est souvent encouragée, qu’elle soit assurée par des organismes spécialisés ou par des avocats. Si la médiation échoue, la voie judiciaire reste ouverte, avec la nécessité pour le locataire comme pour le bailleur d’apporter un dossier solide : copie du bail, preuves de paiement, photos, échanges de courriels ou de lettres.
Marché locatif, rendements et attractivité pour les investisseurs
La location longue durée en Tunisie ne concerne pas seulement les ménages en quête de logement ; elle intéresse aussi un nombre croissant d’investisseurs locaux et étrangers. Le marché résidentiel tunisien s’est renforcé ces dernières années, dans un contexte de reprise économique progressive et de redémarrage du tourisme après la pandémie.
Taux de rendement locatif brut moyen en Tunisie au deuxième trimestre 2025.
Pour un investisseur visant la location longue durée, ces chiffres sont d’autant plus attractifs que l’imposition sur les loyers d’un bien non meublé est quasi inexistante, tandis qu’elle reste faible pour les locations meublées. Les coûts de transaction (droits d’enregistrement, frais de notaire, taxes sur la plus-value) sont jugés modérés au regard de nombreux autres marchés.
Nombre de visiteurs internationaux en Tunisie en 2024, en millions.
Des sociétés spécialisées, comme certains gestionnaires de biens, proposent d’ailleurs des services de gestion locative pour les propriétaires : encaissement des loyers, organisation des réparations, suivi des paiements, aide à la résolution de litiges. Ces prestations se facturent en général entre 5 % et 10 % du revenu locatif annuel, ce qui permet à des propriétaires peu présents ou étrangers de sécuriser leurs placements à distance.
Démarches pratiques pour trouver et sécuriser une location
Au‑delà des considérations juridiques et financières, louer un bien à long terme en Tunisie suppose quelques réflexes de bon sens, mais aussi des attentions propres à ce marché.
La recherche commence souvent en ligne, via des portails immobiliers locaux, les petites annonces ou les groupes sur les réseaux sociaux. Le bouche‑à‑oreille et les agences restent très efficaces, surtout lorsqu’on vise un quartier précis. Visiter les biens sur place est indispensable : cela permet de juger l’environnement, le bruit, la luminosité, la qualité des finitions et des équipements, autant d’éléments difficiles à évaluer sur photos.
Il est recommandé de réaliser un état des lieux d’entrée exhaustif, pièce par pièce, en présence du propriétaire ou de son agent. Il faut noter tous les défauts (fissures, peinture, robinetterie, état des électroménagers) et vérifier la présence de compteurs individuels. Joindre des photos horodatées et faire signer le document par les deux parties. Ce dossier servira de référence en fin de bail pour distinguer l’usure normale des dégradations.
Il peut être précieux d’avoir un tiers en confiance, ami francophone, agent ou avocat, lors de la signature, surtout si l’on n’est pas à l’aise avec le vocabulaire juridique ou avec l’arabe. Lorsque le bail est rédigé uniquement en arabe, il ne faut pas hésiter à exiger une traduction ou au minimum une explication ligne à ligne des clauses clés.
Dès l’installation dans un nouveau logement, il est impératif de mettre à jour les comptes de services publics (électricité, eau, gaz, internet) au nom du nouveau locataire, conformément au bail. Une bonne pratique consiste à relever les index des compteurs le jour de l’entrée dans les lieux, à les photographier, et à demander un relevé de situation aux fournisseurs. Cette démarche permet d’éviter de payer les consommations du précédent occupant et de limiter les litiges en fin de location.
Conclusion : un marché accessible mais exigeant de la rigueur
Louer un bien immobilier à long terme en Tunisie reste, pour un résident comme pour un expatrié, une option financièrement intéressante, que ce soit pour vivre à Tunis, profiter d’un appartement avec vue sur mer à Hammamet ou installer sa famille à Sousse ou à Sfax. Les loyers demeurent inférieurs à ceux de nombreuses capitales, les rendements pour les propriétaires sont corrects, et le cadre juridique, sans être parfait, offre une protection raisonnable aux deux parties.
Malgré l’attractivité du marché, la prudence est de mise. Le locataire doit lire son bail attentivement, exiger un état des lieux détaillé, conserver ses quittances, maîtriser les règles du dépôt de garantie et du préavis, et éventuellement recourir à un professionnel pour traduction ou négociation. Le propriétaire doit, quant à lui, faire enregistrer ses contrats, respecter les procédures légales de mise en demeure et d’expulsion, assurer l’entretien du logement et se conformer à ses obligations fiscales.
En combinant ces quelques principes de vigilance avec une bonne connaissance des pratiques locales, la location longue durée en Tunisie peut se dérouler sereinement, en offrant à chacun ce qu’il en attend : stabilité et sécurité pour le locataire, rendement et valorisation patrimoniale pour le bailleur.
Cas pratique : un investisseur français qui diversifie en Tunisie
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Tunisie pour rechercher du rendement locatif en dinars et une exposition à un marché méditerranéen en croissance. Budget alloué : 250 000 à 350 000 €, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs zones (Grand Tunis, Sahel, Cap Bon), la stratégie retenue a été de cibler un appartement ou une maison dans une zone urbaine ou touristique dynamique comme La Marsa ou Hammamet, combinant un rendement locatif brut cible de 7 à 9 % – en gardant en tête que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, pour un ticket global (acquisition + frais + ameublement/travaux légers) d’environ 300 000 €.
La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent, avocat, notaire, fiscaliste), prise en compte du cadre spécifique aux investisseurs étrangers, choix de la structure de détention la plus adaptée et définition d’un plan de diversification progressive.
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