Les lois et régulations immobilières à connaître en Tunisie

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Acheter, construire, louer ou transmettre un bien immobilier en Tunisie ne relève pas seulement de considérations financières. Derrière chaque projet, il existe un enchevêtrement de textes de loi, de procédures administratives et de pratiques locales qu’il vaut mieux maîtriser avant de signer quoi que ce soit. Le cadre juridique tunisien est dense, largement inspiré du droit civil français, mais aussi traversé par des règles issues du droit musulman, notamment en matière de succession.

Bon à savoir :

Il est essentiel de comprendre comment les normes immobilières s’appliquent aux différentes situations, qu’il s’agisse d’acheter un appartement à Tunis, de construire un entrepôt industriel, de louer un local commercial ou de gérer l’héritage d’une maison familiale. Cette connaissance est indispensable pour les particuliers, les investisseurs, les Tunisiens résidant à l’étranger et les étrangers intéressés par le marché.

Un socle juridique hybride : droit civil, lois spéciales et héritage religieux

Le point de départ, c’est la nature même du système juridique. La Tunisie fonctionne sur un modèle de droit civil fortement inspiré de la tradition française. Le Code des obligations et des contrats (COC) régit l’essentiel des relations privées, y compris les ventes, les baux, les garanties et la responsabilité contractuelle. À ses côtés, le Code des droits réels (loi n°65‑5 du 12 février 1965) encadre la propriété immobilière, ses démembrements, les sûretés comme l’hypothèque, ou encore les servitudes.

Attention :

La Constitution garantit le droit de propriété mais autorise des restrictions dans l’intérêt général. L’expropriation est encadrée par la loi (notamment la loi n°2016‑53 modifiée en 2022), permettant à l’État de saisir des biens pour des projets d’utilité publique (routes, infrastructures) moyennant une indemnisation juste.

À côté du droit civil, le droit de l’urbanisme, de l’investissement, de l’environnement ou encore de la consommation vient compléter le tableau. Le Code de l’aménagement du territoire et de l’urbanisme organise les règles de zonage, de lotissement, de plans d’aménagement, tandis que la loi n°2016‑71 sur l’investissement précise dans quelles conditions les investisseurs – tunisiens et étrangers – peuvent acquérir, louer ou exploiter des biens non agricoles.

Bon à savoir :

Pour les citoyens musulmans, le droit successoral est fortement influencé par le droit musulman (charia). Les règles de parts réservataires et de partage entre héritiers, qui prévoient notamment un écart entre les parts des hommes et des femmes dans certaines situations, restent la norme. Des débats politiques récents ont tenté de réformer ces dispositions.

Propriété, droits réels et rôle du registre foncier

La propriété immobilière en Tunisie se divise en deux grandes catégories : les biens privés, appartenant à des particuliers ou des sociétés, et les biens publics, détenus par l’État ou les collectivités locales. La propriété ne se limite pas au droit d’habiter un bien : elle comporte trois composantes classiques – l’usus (usage), le fructus (perception des revenus, comme un loyer) et l’abusus (droit de vendre ou de céder).

Contrairement à certains systèmes anglo-saxons, la Tunisie ne reconnaît pas les trusts. En revanche, elle admet des démembrements de propriété comme l’usufruit et la nue-propriété, ainsi que des droits d’usage ou d’habitation. L’hypothèque et d’autres sûretés réelles permettent aux créanciers de se garantir sur un bien immobilier.

Exemple :

La Conservation de la propriété foncière (CPF), créée en 1885, est l’institution clé pour la sécurité juridique des biens. Pour les biens immatriculés, elle délivre un certificat qui fait preuve de propriété, mentionnant le propriétaire, les limites, les hypothèques, les servitudes et les saisies. Cependant, cette vérification est compliquée pour les nombreux biens tunisiens non encore immatriculés, comme certains terrains ou maisons soumis à des régimes juridiques plus anciens.

Lors d’une transaction, le notaire ou l’avocat diligentera une « enquête foncière » en consultant le registre foncier pour s’assurer que le vendeur est bien propriétaire, qu’aucune hypothèque gênante n’existe, et que le bien n’est pas frappé de contraintes particulières (servitude, projet d’expropriation, non‑conformité urbanistique, etc.).

Ce que peuvent – et ne peuvent pas – acheter les étrangers

La Tunisie autorise en principe les non‑tunisiens à acheter de l’immobilier, mais avec des restrictions marquées, notamment sur les terres agricoles. Les règles varient selon la nature du bien et la localisation.

Pour les terrains agricoles, l’interdiction est claire : les personnes physiques ou morales de nationalité étrangère ne peuvent pas acquérir de propriété agricole. La logique est de préserver les ressources foncières productives et la sécurité alimentaire. En revanche, la location de terres agricoles demeure possible, généralement sur des durées limitées à trois ans, sauf autorisation spécifique pour prolonger.

Astuce :

Pour les biens résidentiels et commerciaux situés en zones urbaines ou touristiques, l’accès est ouvert mais réglementé. Dans les zones industrielles, un investisseur étranger peut acheter des terrains ou locaux pour son activité sans autorisation du gouverneur. Dans les zones touristiques, la loi permet également l’achat direct de terrains ou immeubles pour un projet économique, sans autorisation préalable, bien que certaines administrations demandent parfois des confirmations dans la pratique.

En revanche, pour les logements situés en zones résidentielles ordinaires, tout achat par un étranger est subordonné à une autorisation expresse du gouverneur de la région. Cette autorisation conditionne la validité même de la vente : il est courant de recourir à une promesse de vente sous condition suspensive, qui ne se transforme en vente définitive qu’une fois l’accord obtenu. Les délais observés tournent généralement entre trois et six mois, les refus restant relativement rares. Certaines nationalités voisines, comme les Algériens et Libyens, bénéficient par ailleurs de régimes spécifiques.

Bon à savoir :

Pour acheter un bien en Tunisie, un non-résident doit ouvrir un compte bancaire local et y verser ses fonds en devises. Chaque transfert doit être validé par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) et faire l’objet d’une demande de « fiche d’investissement ». Ce document est indispensable pour pouvoir rapatrier le capital en cas de revente ultérieure du bien.

Acheter un bien : promesse, acte de vente, notaire et enregistrement

Quel que soit le profil de l’acheteur – Tunisien, Tunisien résident à l’étranger ou étranger – le schéma d’acquisition repose sur un même triptyque : avant‑contrat, due diligence, acte authentique.

Tout commence par une promesse ou un compromis de vente. Ce document, souvent rédigé par un avocat ou un notaire, précise le prix, le descriptif précis du bien, les modalités de paiement, les délais, ainsi que les conditions suspensives (par exemple l’obtention d’une autorisation du gouverneur ou d’un prêt bancaire). Un dépôt – fréquemment autour de 10 % du prix – est versé à cette occasion.

Bon à savoir :

Avant un achat immobilier, un professionnel vérifie systématiquement l’authenticité du titre de propriété, l’absence d’hypothèques, de saisies ou de servitudes, et la conformité urbanistique (permis de construire, plans, empiètements). Il identifie aussi les risques environnementaux, notamment pour les terrains ou sites industriels. L’opération peut être complexifiée par des héritiers non enregistrés ou des copropriétés complexes.

L’acte définitif – le contrat de vente – prend la forme d’un acte notarié ou d’un acte authentique établi par un avocat habilité. Il est signé en présence des parties et, si nécessaire, traduit lorsque l’acheteur ne maîtrise pas le français ou l’arabe. Cet acte est ensuite présenté à l’administration fiscale pour acquitter les droits d’enregistrement et diverses taxes, puis déposé à la Conservation foncière pour la mutation du titre. C’est à ce stade qu’un nouveau « acte de propriété » est émis au nom de l’acquéreur.

8.6 à 9.1

C’est le pourcentage du prix du bien que représente généralement le coût global de la transaction pour l’acheteur, incluant droits et frais.

Les permis de construire : un passage obligé avant tout chantier

Dès que l’on touche à la construction – édifier une maison, agrandir un immeuble, transformer un local, bâtir un entrepôt – le système des permis de construire s’impose. Il s’agit d’un des volets les plus techniques de la réglementation immobilière en Tunisie.

Un permis de construire est un acte administratif délivré par le maire, matérialisé par un arrêté et des plans approuvés. Il est requis pour toute construction nouvelle, mais aussi pour l’extension, la modification ou la rénovation significative d’un bâtiment existant, ainsi que pour le changement de destination (par exemple transformater un logement en bureau ou en commerce), qu’il s’agisse de bâtiments à usage d’habitation, de commerce, de services ou d’industrie.

L’objectif principal est de vérifier la conformité du projet avec les règles d’urbanisme applicables à la zone : gabarit, hauteur, alignement, densité, stationnement, respect des reculs, servitudes de voisinage, mais aussi exigences en matière de sécurité incendie ou d’accessibilité.

Bon à savoir :

Pour les projets d’investissement, les demandes de permis de construire doivent être déposées auprès du Bureau de l’interlocuteur unique à la Direction de la Construction. Ce service centralisé gère le dossier, suit les demandes de branchement (eau, assainissement), coordonne les visites sur site et accompagne l’obtention des certificats finaux (PV de récolement, permis d’occuper, certificat incendie).

Le dossier à fournir est conséquent : plans architecturaux et structurels détaillés, validés par un architecte, preuve de propriété (ou bail), études techniques (géotechnique, thermique, environnementale selon les cas), formulaire de demande officiel, note explicative, plan de situation, copie de la carte d’identité, titres fonciers ou plans de l’arpenteur, quittances fiscales (impôt sur le revenu ou sur les sociétés, taxes foncières, quitus municipal), sans oublier, pour les investisseurs, un dossier de demande de certificat de prévention auprès de la Protection civile.

Une fois le dossier jugé complet, les services municipaux examinent la conformité aux règles d’urbanisme et procèdent parfois à une visite de terrain. Le projet est soumis à la commission technique municipale des permis de construire, qui rend un avis favorable ou défavorable. Pour les établissements recevant du public ou les bâtiments présentant un risque particulier, une commission de sécurité spécifique est également saisie.

En cas d’acceptation, un arrêté de permis de construire est notifié. En cas de refus, une lettre motivée est délivrée. Les délais varient selon la complexité du projet : d’après les données Doing Business pour la ville de Tunis, l’obtention d’un permis pour un entrepôt standard représente environ 14 procédures et 133 jours, pour un coût équivalent à 3,4 % de la valeur du bâtiment, avec cependant un indice de contrôle de qualité de 14/15, signe d’un dispositif de vérification assez rigoureux.

Bon à savoir :

La durée de validité d’un permis de construire est de trois ans et il est renouvelable. Pour demander une prorogation, le dossier doit être déposé au moins un mois avant la date d’expiration. Il est important de noter que si le projet se trouve dans une zone en cours d’aménagement ou à proximité de sites naturels, culturels ou archéologiques, les délais d’instruction de la demande de prorogation peuvent être plus longs.

Pendant le chantier, des inspections régulières sont possibles, et des rapports intermédiaires peuvent être exigés. À la fin des travaux, une visite de récolement est menée : si tout est conforme aux plans et autorisations, un procès‑verbal de récolement est établi, permettant ensuite de délivrer un permis d’occuper. En cas de manquement, un procès‑verbal de non‑conformité liste les infractions, parfois non régularisables lorsqu’il s’agit de violations graves (emprise hors limites de la parcelle, changement d’usage incompatible avec le zonage, etc.).

Certaines interventions échappent cependant à l’obligation de permis, notamment les travaux d’entretien ou d’aménagement intérieur (carrelage, peinture, reprise d’étanchéité, rénovation de plomberie ou d’électricité, réparation de cloisons sans modification de la distribution, etc.), sauf lorsqu’ils concernent des bâtiments situés dans des sites classés, secteurs historiques ou monuments protégés, pour lesquels un régime particulier s’applique.

Tableau – Quelques éléments clés du permis de construire à Tunis (entrepôt type)

IndicateurValeur (ville de Tunis)
Rang mondial (Dealing with permits)32
Score « permis de construire »77,4 / 100
Nombre de procédures14
Délai total estimé133 jours
Coût total3,4 % de la valeur de l’entrepôt
Indice de contrôle de qualité14 / 15

Les règles d’urbanisme, d’environnement et de sécurité

La délivrance d’un permis ne se résume pas à un simple feu vert municipal. Le projet immobilier doit s’inscrire dans des documents de planification plus larges : plans d’aménagement, schémas directeurs, plans de développement sectoriels. Ces documents déterminent la vocation des terrains (résidentielle, commerciale, industrielle, espaces verts, équipements publics), les densités admissibles, les hauteurs et la trame viaire.

Attention :

Pour certains projets (zones industrielles, complexes touristiques, grandes surfaces, unités de production polluantes), une étude d’impact est exigée. L’administration de l’environnement l’examine et peut imposer des mesures de mitigation comme la gestion des déchets, la protection des ressources en eau, l’utilisation de matériaux sobres ou la réduction du bruit et des émissions.

Des contrôles environnementaux peuvent ensuite être effectués, et les exploitants qui portent atteinte à l’environnement s’exposent à des amendes pouvant aller de 100 à 50 000 dinars, voire à une fermeture administrative de leur établissement tant que les dommages n’ont pas été réparés.

La sécurité, notamment incendie, constitue un autre pilier réglementaire. Des textes spécifiques listent les documents à fournir pour obtenir un certificat de prévention, ainsi que la nature des installations exigées selon le type de bâtiment (systèmes de détection, issues de secours, désenfumage, accès pompiers). Les visites conjointes entre services municipaux et Protection civile, coordonnées par le Bureau de l’interlocuteur unique pour les projets d’investissement, visent à valider la conformité avant mise en exploitation.

Louer un logement ou un local : un droit des baux plutôt protecteur des locataires

La location immobilière, qu’elle soit résidentielle, professionnelle ou commerciale, s’inscrit elle aussi dans un cadre légal étoffé. Le Code des obligations et des contrats, dans ses articles 727 à 804, pose la base : principe de liberté contractuelle d’un côté, droits fondamentaux du locataire de l’autre.

Les baux doivent être écrits, surtout lorsqu’ils dépassent un an. Un contrat bien rédigé indique le montant du loyer, la durée, les modalités de paiement, l’usage autorisé (habitation, bureau, commerce), les charges, les conditions de résiliation et de renouvellement, ainsi que la répartition des réparations entre bailleur et locataire. S’il n’est pas strictement obligatoire de faire enregistrer le bail, cette formalité auprès de la recette des finances (avec plusieurs exemplaires signés et légalisés) renforce nettement sa force probante en cas de litige.

Bon à savoir :

Les baux sont généralement d’un an renouvelables ou tacites (mois à mois). Le loyer est librement fixé en l’absence de barème officiel, mais un juge peut intervenir en cas de montant abusif ou d’absence d’écrit. Les augmentations futures doivent être prévues au contrat ou faire l’objet d’un accord mutuel.

Le dépôt de garantie se pratique largement, la norme allant d’un à deux mois de loyer. La loi impose que cette somme soit conservée sur un compte distinct et qu’un reçu en précise le montant et les conditions de restitution. À la fin du bail, le dépôt revient au locataire, amputé, le cas échéant, des loyers impayés et des dégâts excédant l’usure normale, pour lesquels le bailleur doit apporter des justificatifs.

Les devoirs du locataire sont classiques : payer le loyer aux échéances convenues, user du logement en « bon père de famille », solliciter l’autorisation du propriétaire pour des transformations structurelles ou un changement de destination, ne pas sous‑louer sans accord explicite. En contrepartie, il jouit d’un droit au respect de sa vie privée – le bailleur ne peut entrer sans préavis raisonnable –, ainsi que d’un droit à un logement décent, conforme aux normes de sécurité et d’hygiène.

Astuce :

Le propriétaire est tenu à plusieurs obligations essentielles : l’entretien du gros œuvre et des installations communes, la réalisation des réparations qui ne sont pas dues à l’usure normale, et le respect de la jouissance paisible des lieux par le locataire. Il ne peut pas augmenter le loyer de manière unilatérale ni mettre fin au bail avant son terme sans un motif sérieux et légitime.

La résiliation et l’expulsion sont très encadrées. En cas de non‑paiement, le bailleur doit adresser une mise en demeure écrite laissant au locataire un délai (souvent au moins 15 jours) pour se régulariser. Pour d’autres manquements (troubles de voisinage, dégradations graves, usage non conforme), un avertissement et un délai d’environ 30 jours sont généralement observés avant de saisir le juge. L’éviction ne peut avoir lieu qu’en vertu d’une décision de justice, et certaines situations – notamment les locataires très anciens bénéficiant de la loi n°76‑35 pour les immeubles achevés avant 1954 et occupés avant 1978 – rendent l’expulsion quasiment impossible, sauf péril du bâtiment ou besoin impérieux du propriétaire de reprendre les lieux pour s’y loger, avec des délais de préavis renforcés.

La perception internationale considère d’ailleurs que le droit tunisien des baux est légèrement favorable aux locataires, ce qui n’empêche pas les propriétaires de disposer de leviers pour agir en cas de manquements répétés.

Les baux commerciaux : protection renforcée du fonds de commerce

Les locaux à usage commercial, industriel ou artisanal sont soumis à un régime spécifique, notamment par la loi n°77‑37 du 25 mai 1977. Le législateur a cherché à protéger le commerçant installé dans un local, en lui offrant une forme de « propriété commerciale » liée à la stabilité de sa clientèle.

Bon à savoir :

Le bail commercial est obligatoirement écrit et conclu pour une durée souvent longue (9 ans ou plus). Il offre un droit au renouvellement et une protection contre l’éviction : le propriétaire ne peut mettre fin au bail sans un motif sérieux ou, à défaut, sans verser une indemnité compensant la perte du fonds, les frais de déménagement et la perte de clientèle. Ce cadre juridique sécurise l’investissement du commerçant et renforce la valeur de son fonds de commerce.

Là encore, le loyer est librement fixé, mais des contestations peuvent conduire le juge à trancher, notamment lorsque le marché a fortement évolué ou que les clauses paraissent déséquilibrées. Le non‑paiement, la sous‑location illicite, le changement d’activité sans accord, ou la détérioration grave du bien peuvent constituer des motifs de résiliation judiciaire.

Acheter sur plan, traiter avec un promoteur : la protection du consommateur

Les transactions immobilières ne se jouent pas uniquement entre particuliers. De plus en plus d’achats se font auprès de promoteurs, parfois sur plan (vente en état futur d’achèvement). Dans ces cas, la loi sur la protection du consommateur (loi n°36‑2015) et le Code des obligations et des contrats viennent encadrer la relation entre l’acheteur et le fournisseur de biens et services.

Bon à savoir :

Le consommateur a droit à une information claire et loyale sur le bien (surface, matériaux, équipements, délais, prix TTC). Le bien livré doit correspondre, dans ses aspects essentiels, aux promesses faites via les descriptifs, maquettes ou showrooms. En cas d’écart substantiel, l’acquéreur peut demander une remise de prix, des réparations, ou, dans les cas les plus graves, la résolution du contrat avec remboursement.

Les tactiques de marketing agressif, les clauses abusives (comme des pénalités disproportionnées en cas de désistement pour des causes indépendantes de la volonté de l’acheteur) ou la dissimulation de défauts sont prohibées. L’autorité de concurrence et de protection du consommateur peut être saisie pour des pratiques trompeuses ou déloyales, tandis que les tribunaux civils peuvent sanctionner un contrat jugé « injuste » ou « abusif ».

Un délai de rétractation s’applique dans certains cas de vente conclue par démarchage ou à distance, permettant à l’acquéreur de revenir sur son engagement dans un court laps de temps sans frais excessifs. En pratique, il est conseillé de faire relire le contrat par un avocat avant de verser des sommes importantes, les montants bloqués étant parfois assortis de frais de résiliation en cas d’annulation.

Fiscalité immobilière : acheter, posséder, louer, vendre, hériter

La fiscalité immobilière tunisienne se décline sur toute la durée de vie d’un bien : acquisition, détention, revenus locatifs, cession, donation, succession. Elle se compose de taxes à l’achat, d’impôts annuels, de prélèvements sur les revenus, de droits sur les transmissions à titre gratuit ou onéreux, et, depuis peu, d’un impôt sur la grande fortune immobilière.

À l’achat, l’acquéreur s’acquitte d’un droit d’enregistrement dont le taux de base pour les mutations immobilières courantes tourne autour de 5 % du prix. À cela s’ajoutent des droits de timbre, des frais de notaire (souvent entre 0,5 % et 1 % de la valeur) et des honoraires d’agence immobilière (environ 3 %). Dans certains cas, notamment pour des Tunisiens résidant à l’étranger, un régime particulier de 5 % de droit d’enregistrement est évoqué pour les contrats d’achat enregistrés grâce à des transferts en devises.

3000000

Le seuil du patrimoine immobilier net à partir duquel l’impôt sur la fortune immobilière s’applique en Tunisie, selon la loi de finances 2023.

La fiscalité des loyers suit le barème de l’impôt sur le revenu, selon un système progressif. Les revenus fonciers sont additionnés aux autres revenus, mais un abattement forfaitaire de 30 % sur les loyers bruts peut être appliqué au titre des charges (entretien, réparations, gestion). Le propriétaire peut aussi choisir de déduire ses dépenses réelles, à condition de pouvoir les justifier.

Bon à savoir :

Lors de la revente d’un bien immobilier, la plus-value est imposée à 15% si la détention est inférieure à 5 ans et à 10% au-delà. Le calcul se fait sur la différence entre le prix de cession et le prix d’acquisition, après déduction des frais (améliorations, droits d’enregistrement). Un abattement annuel peut s’appliquer. La résidence principale peut être exonérée après une certaine durée de détention.

Les transmissions par décès – successions – et par donation sont soumises à des droits qui varient selon le degré de parenté. Les conjoints et descendants directs bénéficient du taux le plus faible (environ 2,5 %), les frères et sœurs d’un taux intermédiaire (5 %), tandis que les collatéraux plus éloignés, oncles, tantes, cousins, ou les personnes sans lien de parenté, subissent des droits bien plus élevés pouvant dépasser 25 à 35 %. Certaines exonérations existent, notamment pour la résidence principale du défunt ou les biens destinés à des activités professionnelles.

Tableau – Aperçu de quelques principaux prélèvements immobiliers

Opération / SituationTaux ou fourchette indicatifs
Droit d’enregistrement à l’achatEnviron 5 % du prix (cas courant)
Honoraires d’agence immobilière≈ 3 % du prix
Honoraires notaire / avocat0,5 % à 1 % (hors actes complexes)
Taxe foncière annuelle≈ 1,5 % de la valeur de référence (variable)
Impôt sur fortune immobilière0,5 % au‑delà de 3 M TND (patrimoine net)
Plus‑value < 5 ans15 % de la plus‑value taxable
Plus‑value > 5 ans10 % de la plus‑value taxable
Droits de succession (ligne directe)≈ 2,5 %
Droits de succession (non proches)jusqu’à 35 %

Hériter d’un bien : entre droit musulman, code du statut personnel et fiscalité

L’héritage immobilier se situe au croisement du droit de la famille, du droit musulman, du droit international privé et de la fiscalité. En Tunisie, le Code du statut personnel de 1956, texte fondateur, a modernisé nombre de questions familiales – abolition de la polygamie, réforme du divorce –, mais a conservé l’ossature coranique en matière de succession, en particulier la règle selon laquelle, dans certains cas, les héritiers masculins reçoivent une part double de celle des héritières féminines.

Exemple :

Pour un défunt de nationalité tunisienne et de religion musulmane, la loi tunisienne, désignée par les règles de conflit de lois, applique les règles coraniques de succession. Par exemple, le conjoint survivant recevra un quart de la succession en présence d’enfants, et la moitié en leur absence. Les enfants se partagent le reste, avec une part pour les fils double de celle des filles. En l’absence d’enfants, chaque parent peut prétendre à un sixième, puis les frères et sœurs héritent selon un schéma similaire.

La loi tunisienne autorise l’établissement de testaments, mais limite la liberté de tester : l’on ne peut pas léguer plus de un tiers du patrimoine à des bénéficiaires qui ne sont pas déjà des héritiers réservataires, sauf accord ultérieur de ces derniers. Les formes de testament (notarié, sous seing privé, olographe) sont reconnues, à condition qu’elles respectent les exigences de forme et qu’elles ne contrarient pas les droits minimaux des héritiers légaux.

Bon à savoir :

Après une succession, tous les biens, y compris les immeubles, doivent être immatriculés ou mis à jour au nom des héritiers. Le conjoint survivant peut parfois demander la co‑inscription de ses droits au registre foncier selon le droit matrimonial. Un héritier peut renoncer formellement à sa part, une option parfois utilisée pour contourner une répartition inégalitaire, mais qui peut être source de pressions familiales, notamment en milieu rural.

Les héritiers étrangers se heurtent à des règles particulières. Un non‑résident ne pouvant, par exemple, détenir un certain type de bien pour cause de nationalité ou d’absence de réciprocité internationale, pourra être indemnisé par l’État à la place d’une inscription en pleine propriété. L’administration fiscale, enfin, appliquera les droits de succession correspondant au degré de parenté évoqué plus haut, avec des abattements forfaitaires et quelques exonérations, notamment pour la résidence principale du défunt lorsque celle‑ci est transmise au conjoint ou à un descendant.

Investir, développer, industrialiser : zones industrielles et agence foncière industrielle

L’investissement productif implique souvent une dimension immobilière forte : acquisition de terrains, construction d’usines, de plateformes logistiques, création de zones d’activité. La Tunisie a mis en place une architecture institutionnelle pour encadrer et accompagner ces démarches.

L’Agence foncière industrielle, créée par la loi n°37 de 1991, est un établissement public à caractère industriel et commercial chargé de préparer et de commercialiser des terrains et bâtiments destinés à l’industrie, aux petites entreprises artisanales et à certains services. Elle intervient dans l’aménagement de plus de 150 zones industrielles couvrant environ 5 000 hectares, réparties entre le Grand Tunis, les régions côtières et les zones de développement régional.

Attention :

L’autorité fixe les prix et conditions de cession des lots (délais, interdiction de spéculation, respect du zonage). En cas de non-respect, elle peut prononcer la déchéance des droits, sauf en cas de cession autorisée ou de réorientation d’activité conforme aux règles et à la protection de l’environnement.

Les investisseurs bénéficient d’un cadre légal favorable sous la loi sur l’investissement : liberté d’investissement dans la plupart des secteurs, possibilité pour un étranger de détenir jusqu’à 100 % du capital dans de nombreux projets, facilités pour les exportateurs (0 % de TVA à l’export, franchises douanières sur certains équipements, fiscalité réduite sur les bénéfices pendant les premières années d’activité). Des dispositifs de partenariat public‑privé (PPP) structurent par ailleurs certains projets d’infrastructure.

Résoudre les litiges : entre tribunaux, médiation et arbitrage

Malgré la meilleure anticipation possible, les conflits immobiliers ne sont pas rares : litiges de voisinage, contestation de propriété, malfaçons de construction, impayés de loyers, désaccords sur un contrat de vente, querelles familiales autour d’un héritage. La voie principale de résolution reste la saisine des juridictions civiles, au premier rang desquelles le tribunal de première instance compétent territorialement.

Bon à savoir :

Les procédures judiciaires, bien que sérieuses, peuvent être longues, surtout en cas d’appel et de pourvoi en cassation. Certains litiges, comme ceux liés aux vices cachés, peuvent durer plusieurs années. Une part significative des transactions aboutit à un conflit, ce qui souligne la nécessité de prévenir les risques par des contrats robustes et des contrôles techniques en amont.

Pour accélérer ou alléger le règlement des disputes, la Tunisie encourage également des modes alternatifs comme la médiation ou l’arbitrage. Une loi spécifique (n°42‑2007) encadre l’arbitrage et la médiation dans les litiges immobiliers, permettant aux parties de recourir à un tiers neutre, avec une procédure plus souple que celle des tribunaux. Ces mécanismes intéressent particulièrement les entreprises et les investisseurs internationaux, sensibles aux délais et à la confidentialité.

Ce qu’il faut retenir avant de se lancer

À parcourir l’ensemble de ces règles – droit de propriété, urbanisme, permis de construire, fiscalité, baux, succession, investissement étranger, protection du consommateur –, on mesure à quel point « Les lois et régulations immobilières à connaître en Tunisie » forment un paysage dense, fragmenté entre de nombreux textes et autorités.

Astuce :

Pour un particulier, l’achat d’un appartement ou d’une maison nécessite de sécuriser le titre de propriété, de vérifier la situation urbanistique, de comprendre la fiscalité applicable et de signer des contrats clairs (acte de vente ou bail). Pour un étranger, il est essentiel d’ajouter à ces étapes l’obtention des autorisations adéquates et le strict respect des règles de change.

Pour un investisseur ou un promoteur, la clé réside dans la maîtrise des procédures de permis, la coordination avec les communes, la Protection civile, les offices de l’eau et de l’assainissement, la prise en compte des exigences environnementales, sans oublier l’optimisation des régimes fiscaux disponibles et l’usage judicieux des zones industrielles ou des dispositifs d’investissement.

Dans tous les cas, la constance de certains conseils s’impose : ne jamais se passer d’un professionnel du droit local, exiger la transparence documentaire, anticiper les délais administratifs, et garder à l’esprit que, derrière la complexité apparente des textes, le système tunisien offre un cadre relativement sécurisé à ceux qui en maîtrisent les codes.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Tunisie pour rechercher du rendement locatif et une exposition au dinar tunisien et au marché local. Budget alloué : 350 000 à 500 000 €, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Grand Tunis, Sousse, Hammamet), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une villa dans une zone touristique ou urbaine en développement, combinant un rendement locatif brut cible d’environ 8 à 10 %plus le rendement est élevé, plus le risque est important – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + rafraîchissement) d’environ 400 000 €. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, conseiller fiscal franco-tunisien), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou société locale) et définition d’un plan de diversification dans le temps, intégré à la stratégie patrimoniale globale.

Vous recherchez de l'immobilier rentable : contactez-nous pour des offres sur mesure.

Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.

RETROUVEZ-MOI RÉGULIÈREMENT DANS LA PRESSE

Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.

A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

Retrouvez-moi sur les réseaux sociaux :
  • LinkedIn
  • Twitter
  • YouTube
Nos guides :