Le boom touristique slovène ne se traduit pas seulement par des hôtels pleins, des sentiers de randonnée animés et des terrasses de cafés bondées. En quelques années, il a profondément remodelé le marché immobilier, des rues historiques de Ljubljana aux falaises de Piran, des rives de Bled aux vallées viticoles du Karst. Entre opportunités d’investissement, tensions sur le logement, nouvelles réglementations et virage « vert », la Slovénie est en train de devenir un laboratoire européen du lien entre tourisme et propriété.
Un tourisme en forte croissance qui pèse lourd dans l’économie
Avant de plonger dans la pierre, il faut saisir l’ampleur du phénomène touristique. La Slovénie est passée en une décennie du statut de « petit secret alpin » à celui de destination en vue dans les brochures internationales.
En 2023, le pays a battu son record avec 6,19 millions de visiteurs touristiques.
Ce boom n’est pas anecdotique pour l’économie nationale. Avant la pandémie, le tourisme et les secteurs associés représentaient 9,9 % du PIB et 6,5 % de l’emploi. En 2023, les exportations de voyages ont atteint près de 3,3 milliards d’euros, soit 28 % de l’ensemble des exportations de services, et les industries liées au tourisme employaient environ 69 600 personnes, soit 7,4 % de la main-d’œuvre totale.
Le tableau suivant résume quelques ordres de grandeur de ce poids économique.
| Indicateur | Valeur récente approximative | Commentaire |
|---|---|---|
| Nuitées touristiques (2023) | 16,1 millions | +4 % vs 2022, +2 % vs 2019 |
| Arrivées touristiques (2023) | 6,2 millions | +6 % vs 2022 |
| Part du tourisme dans le PIB (pré‑Covid) | 9,9 % | Secteur clé de l’économie |
| Emploi lié au tourisme (2019) | 58 730 emplois | 6,5 % de l’emploi total |
| Emploi lié au tourisme (2023) | ~69 600 emplois | 7,4 % de l’emploi total |
| Exportations de voyages (2023) | ~3,3 milliards € | 28 % des exportations de services |
Cette montée en puissance s’inscrit dans un cadre stratégique très structuré. La « Slovenian Tourism Strategy 2022–2028 » affiche une vision claire : « Green boutiqueness. Smaller footprint. Greater value for all ». Autrement dit : un tourisme plus sélectif, plus durable, plus rentable, plutôt que simplement plus massif.
Le plan vise à augmenter la valeur ajoutée du secteur cœur à 1,3 milliard d’euros d’ici 2028, soit une hausse de 43 % par rapport à 2019. Il cherche également à allonger la durée moyenne de séjour à trois nuits, à réduire la saisonnalité de la fréquentation et à diminuer l’empreinte carbone par nuitée.
Dans les faits, ce virage stratégique se répercute immédiatement sur la manière dont on construit, achète, loue et occupe les logements.
Quand la demande touristique fait flamber les valeurs immobilières
L’une des caractéristiques de la Slovénie est d’être à la fois petite et très diversifiée. Du centre historique de Ljubljana aux stations de ski de Kranjska Gora, du littoral adriatique à la région viticole de Goriška Brda, la quasi‑totalité du pays est accessible en une à deux heures de route depuis la capitale. Cette compacité, combinée à l’essor touristique, a créé une pression exceptionnelle sur certains segments immobiliers.
Hausse des prix des appartements depuis 2019, la plus forte progression parmi les biens immobiliers.
La tension est particulièrement visible dans les zones les plus touristiques.
| Zone / type de bien (2024) | Prix médian approximatif | Évolution récente |
|---|---|---|
| Appartement ancien – Slovénie (national) | 2 920 €/m² | +11,9 % sur un an |
| Appartement ancien – Ljubljana | 4 510 €/m² | +12,0 % sur un an |
| Appartement ancien – Côte (Obala) | 4 320 €/m² | +11,0 % sur un an |
| Appartement ancien – zone alpine touristique | 3 820 €/m² | Hausse soutenue (4 à 8 %/an) |
| Maison ancienne – Côte (Obala) | 308 000 € | En forte progression |
| Maison ancienne – Ljubljana | 405 000 € | Marché le plus cher du pays |
| Maison ancienne – zone alpine | 350 000 € | Destination « lifestyle » en vogue |
Les chiffres illustrent une réalité simple : les endroits les plus prisés des voyageurs sont aussi ceux où la propriété devient la plus chère. Ljubljana, les centres anciens côtiers comme Piran ou Koper et les destinations de montagne comme Bled ou Kranjska Gora voient leurs prix croître plus vite que la moyenne nationale, souvent entre 4 et 8 % par an.
Les prix de l’immobilier sont plus élevés dans les zones touristiques pour deux raisons principales. Premièrement, les revenus locatifs potentiels y sont nettement supérieurs à ceux des zones non touristiques, ce qui justifie un prix d’achat plus important. Deuxièmement, la demande est soutenue non seulement par les acheteurs locaux, mais aussi par les investisseurs étrangers. Ces derniers sont attirés par une législation d’acquisition ouverte, une fiscalité modérée, et l’image positive d’un pays vert, sûr et ayant adopté l’euro.
En parallèle, la Slovénie souffre d’un déficit structurel de logements : environ 410 logements pour 1 000 habitants, soit en dessous des moyennes européenne et OCDE. Entre 2015 et 2021, seuls 23 000 nouveaux logements ont été construits alors que le nombre de ménages augmentait de 40 000. En 2024, à peine 4 515 logements ont été autorisés à la construction, en baisse de plus de 10 % sur un an, et les lenteurs administratives sont régulièrement pointées comme un frein majeur.
Le résultat est mécanique : le tourisme agit comme un multiplicateur sur un marché déjà tendu.
L’essor des locations de courte durée : moteur de rendement, facteur de crise
Aucun autre phénomène ne symbolise autant l’interférence entre tourisme et immobilier que l’explosion des locations de courte durée via des plateformes comme Airbnb ou Booking.
Entre 2015 et 2023, le nombre de logements proposés en location touristique a été multiplié par cinq, passant de 2 569 à 12 912 annonces. En 2021, ces hébergements représentaient déjà 37,6 % des nuitées dans le pays. Les chiffres d’activité donnent la mesure du basculement : le revenu annuel du marché des locations de courte durée est passé d’environ 66,5 millions d’euros en 2018 à près de 175 millions en 2022, tandis que le nombre de jours loués par an par logement augmentait.
Avant l’essor des plateformes, les hôtels dominaient le marché avec 59% des lits en 2013. Avec l’arrivée massive des appartements touristiques, leur part est tombée à 54% en 2018, au profit des logements privés passés de 35% à plus de 40%. Parallèlement, le nombre de lits Airbnb a progressé de 84% par an entre 2013 et 2018, au point que beaucoup n’apparaissaient pas dans les statistiques officielles.
Un indicateur résume l’attrait économique de ces locations : en 2019, les hôtes de Ljubljana gagnaient en moyenne 7 400 euros par an via les plateformes, quasiment le double du revenu qu’ils auraient perçu avec une location longue durée. À cette date, plus d’un tiers des annonces de la capitale étaient gérées par des hôtes disposant de plus de six logements, signe d’une forte professionnalisation.
Dans les principaux pôles touristiques (Ljubljana, Piran, Bled, Koper, Kranjska Gora), 48 % des locations de courte durée du pays sont concentrées. Là où l’afflux de visiteurs est le plus intense, la tentation de convertir un appartement locatif classique en hébergement touristique est maximale. Avec des rendements bruts pouvant atteindre 10 % pour certaines propriétés de stations de montagne ou de Bord de mer, les investisseurs ont afflué – Slovènes comme étrangers.
Les effets sur le marché du logement sont immédiats :
La raréfaction des logements disponibles à long terme, notamment pour les étudiants, les jeunes ménages et les travailleurs à bas revenus, est accentuée par la hausse rapide des loyers dans les centres urbains et les zones touristiques. Ce phénomène transforme progressivement les quartiers centraux en espaces quasi exclusivement touristiques, entraînant l’éviction des résidents permanents.
Des chercheurs comme l’anthropologue Rajko Muršić ont documenté ces phénomènes d’« éviction douce » à Ljubljana, où des habitants peu fortunés sont poussés hors du centre au fur et à mesure des rénovations et des relocations vers les touristes. Plusieurs études commandées par le gouvernement soulignent que les loyers et les prix sont désormais largement décorrélés des revenus locaux dans ces quartiers, et indexés sur le pouvoir d’achat des voyageurs internationaux.
En contrepartie, certains bénéfices existent aussi pour les territoires : revenus supplémentaires pour les ménages propriétaires, revitalisation de villages ou petites stations dépourvus de grandes infrastructures hôtelières, effets d’entraînement sur la restauration et les services. La difficulté est précisément de capter ces bénéfices sans sacrifier l’accès au logement.
Ljubljana, Piran, Bled : trois terrains emblématiques de la nouvelle géographie immobilière
L’impact du tourisme sur l’immobilier ne se manifeste pas de la même manière à Ljubljana, sur la côte adriatique ou autour des lacs alpins. Mais partout, on retrouve le même mécanisme : la destination touristique façonne la valeur de l’adresse.
Ljubljana, capitale touristique et cœur du marché locatif
Longtemps surtout connue comme ville de congrès et de voyages d’affaires, Ljubljana est devenue une destination de loisirs à part entière. Distinctions internationales pour sa durabilité, piétonnisation du centre, événements culturels et proximité des Alpes comme de la mer en font un point d’ancrage apprécié.
Sur le terrain immobilier, la capitale est désormais le marché le plus cher du pays. En 2024, un appartement ancien s’y vendait en médiane autour de 4 510 €/m², soit environ 55 % de plus que la moyenne nationale. Dans le segment premium, certains biens atteignent 8 000 €/m². Les maisons individuelles dépassent fréquemment les 400 000 €. Malgré une baisse du volume de ventes (–13 % pour les appartements en 2024), les prix continuent de grimper, soutenus par :
Le marché est porté par une forte demande de logements étudiants (plus de 3 600 étudiants étrangers à l’université), l’installation de cadres expatriés dans les secteurs du numérique et des services, le développement de grands projets de bureaux et de logements (Vilharia, Emonika, complexes résidentiels neufs), ainsi que par l’attrait pour les locations saisonnières en plein centre.
Le marché de la location longue durée y est extrêmement dynamique : Ljubljana concentre environ 40 % des transactions locatives de long terme du pays. Les studios et petits appartements de moins de 60 m² y sont dominants, avec des loyers moyens annoncés d’environ 700 € pour un studio, 1 100 € pour un T2, 1 550 € pour un T3. Les rendements bruts se situent couramment entre 3 et 6 %, voire un peu plus dans certains quartiers périphériques.
Piran, Portorož et la côte : quand la mer attire capitaux et résidences secondaires
Le littoral slovène est court, mais extrêmement convoité. Piran, Portorož, Koper, Izola ou Ankaran cumulent charme méditerranéen, accès à l’Adriatique et popularité croissante auprès de la clientèle internationale. Dans cette bande côtière, le tourisme agit comme un formidable accélérateur de valeur.
En 2023, Piran a accueilli plus de 591 000 touristes ; la région côtière affichait des taux d’occupation et des prix élevés. En 2024, le prix médian au mètre carré pour un appartement ancien dans la zone dite « Obala » atteignait 4 320 €, avec une progression de plus de 11 % sur un an. Les maisons se vendaient en médiane autour de 308 000 €, et, dans le très haut de gamme, un mètre carré pouvait se négocier à 6 000 € à Piran ou Koper.
Les investisseurs y recherchent souvent des biens à usage mixte : maison de vacances pour la famille, louée en courte durée le reste de l’année. Avec la montée en gamme du tourisme côtier et la proximité de l’Italie et de la Croatie, ces acquisitions sont particulièrement prisées par les acheteurs autrichiens, allemands ou italiens, mais aussi par des Slovènes aisés.
Dans ces communes, la montée des prix dépasse largement les capacités financières des résidents locaux, dont certains se retrouvent relégués vers l’arrière‑pays. Le phénomène est d’autant plus marqué que la Slovénie favorise historiquement la propriété occupante, avec une faible part de locataires de marché et un parc social peu développé.
Bled et la ceinture alpine : le poids du paysage sur le prix
Au nord‑ouest, la région de Gorenjska, avec le lac de Bled, Bohinj et le parc national du Triglav, est l’autre grand laboratoire de l’effet tourisme-immobilier. Bled, avec son île iconique et son château surplombant le lac, attire plus d’un demi‑million de visiteurs par an et est souvent présenté comme la carte postale du pays.
Prix médian au m² en 2024 pour un appartement ancien dans la zone alpine touristique du lac de Bled.
Le marché local est très diversifié : fermes traditionnelles rénovées, chalets, petites résidences modernes, villas contemporaines, projets de complexes hôteliers de luxe. Plusieurs opérations annoncées, comme un resort cinq étoiles combinant hôtel et appartements de prestige, témoignent de l’appétit des investisseurs pour ce type de destination.
Les revenus locatifs y sont particulièrement attractifs. Les propriétés adaptées à la location saisonnière (chalets, appartements bien situés, maisons de village rénovées) peuvent générer des rendements bruts annoncés de l’ordre de 5 à 8 %, voire jusqu’à 10 % dans les stations de ski les plus performantes, grâce à une double saison hiver/été.
Là encore, la municipalité et l’État cherchent à concilier cet engouement avec la préservation de l’environnement et l’accès au logement. Les projets majeurs doivent désormais s’inscrire dans une logique de construction durable, avec, par exemple, des exigences d’efficacité énergétique ou l’emploi de matériaux locaux.
Les locations de courte durée sous surveillance : un virage réglementaire majeur
Face à l’envolée des prix, à la pénurie de logements accessibles et à la transformation des centres urbains en vitrines touristiques, le gouvernement slovène a décidé de durcir nettement la régulation des locations de courte durée.
Après plusieurs années de débats et de rapports d’experts – dont une étude commandée au Manchester Metropolitan University sur l’impact des plateformes de type Airbnb –, le Parlement a adopté une réforme de la loi sur l’hôtellerie encadrant strictement l’usage touristique des appartements.
Le principe est désormais clair : un logement résidentiel doit d’abord servir à l’habitation permanente. Son utilisation comme hébergement touristique devient possible, mais dans un cadre très balisé.
Les principaux axes de la nouvelle réglementation peuvent se résumer ainsi :
| Volet réglementaire | Dispositif principal |
|---|---|
| Plafond national de jours loués | 60 jours/an pour les appartements en immeuble collectif, 150 jours en maisons 1–2 logts |
| Ajustements locaux | Les communes peuvent moduler ces plafonds (par ex. 30 à 90 jours en collectif, 30 à 180 en maison) |
| Communes en crise du logement | Possibilité d’abaisser à 30 jours ou de fixer des limites spécifiques plus strictes |
| Consentement des copropriétaires | Accord de 75 % des copropriétaires requis, plus accord de tous les voisins immédiats |
| Enregistrement national | Inscription obligatoire dans un registre d’hébergements, avec numéro d’identification |
| Catégorie « appartement touristique » | Si le logement est requalifié en établissement d’hébergement, pas de limite de jours mais changement d’usage et obligations accrues |
| Entrée en vigueur progressive | Règles de consentement appliquées dès 2026, limites de jours effectives en 2027 |
Ce dispositif va bien au‑delà de la simple déclaration à la police des voyageurs étrangers ou du versement de la taxe de séjour, déjà obligatoires. Il impose d’obtenir l’aval des autres copropriétaires, voire des voisins directs, ce qui revient dans la pratique à rendre plus difficile la transformation discrète d’un appartement en mini‑hôtel.
Un registre national sophistiqué croisera automatiquement les données des plateformes, du cadastre et du fisc. Le numéro d’hébergement pourra être suspendu en cas de dépassement des limites, et des sanctions financières significatives sont prévues pour les loueurs hors règle.
Les motivations affichées sont doubles : redonner de l’air au marché du logement résidentiel, et replacer les acteurs professionnels (hôtels, pensions, campings) dans un environnement concurrentiel plus équilibré. L’exécutif n’hésite d’ailleurs plus à affirmer que les locations de courte durée ont dérivé d’une activité d’appoint vers un véritable business commercial, sans toujours assumer les mêmes obligations que l’hôtellerie classique.
Les réactions du secteur ne se sont pas fait attendre. Elles dénoncent une atteinte au droit de propriété et au libre marché, et certains annoncent des recours constitutionnels. Elles alertent aussi sur le risque d’un effondrement de l’offre dans les petites destinations rurales qui dépendent largement des appartements privés pour héberger les touristes.
Associations de propriétaires et d’hébergeurs privés
L’équation est délicate, mais la Slovénie rejoint là une tendance européenne : Barcelone, Berlin, Amsterdam ou Florence ont déjà imposé des restrictions sévères sur les plateformes de location touristique, dans un contexte où les projections évoquent une possible croissance de 185 % du marché des locations de courte durée d’ici 2030 si elles restent sans encadrement.
Une politique du logement en rattrapage, dopée par la question touristique
L’autre volet de la réponse slovène passe par une politique du logement plus offensive. Car si le tourisme exacerbe les tensions, il ne crée pas à lui seul la crise. Celle‑ci trouve aussi ses racines dans la privatisation massive du parc social dans les années 1990, un parc locatif privé faible, des investissements en construction en retard par rapport à la demande, et un stock de bâtiments souvent énergivores.
Le gouvernement a donc mis sur la table plusieurs mesures structurantes :
Objectif de logements locatifs publics supplémentaires sur dix ans, visant à loger environ 150 000 personnes à loyers modérés.
Cette taxation patrimoniale est politiquement explosive. Une tentative similaire avait été censurée en 2013 par la Cour constitutionnelle, et le nouveau projet se heurte déjà à une opposition populaire forte, laissant planer des doutes sur son entrée en vigueur effective à court terme.
L’OCDE et la Commission européenne recommandent à la Slovénie de renforcer son parc de logements sociaux, de simplifier les procédures d’urbanisme et de permis de construire, et d’instaurer une fiscalité récurrente sur la propriété pour fluidifier le marché. Ces mesures intègrent explicitement la dimension touristique, notamment pour réguler le développement des résidences secondaires et des locations de vacances.
Tourisme « vert » et immobilier durable : un nouveau critère de valeur
Si les tensions sur le logement et les régulations dominent le débat, un autre mouvement de fond est en train de transformer le lien entre tourisme et immobilier slovènes : la montée en puissance de la durabilité comme critère de valeur.
La Slovénie s’est positionnée très tôt sur le créneau du « green tourism ». Le programme « Green Scheme of Slovenian Tourism », lancé en 2014, labellise aujourd’hui plus de 270 entités – plus de 60 destinations, 150 hébergements, ainsi que des restaurants, agences et parcs. En 2021, les destinations labellisées « Slovenia Green » concentraient près de 90 % des arrivées touristiques.
L’État a conditionné ses aides touristiques à des critères stricts de performance énergétique et environnementale. Pour en bénéficier, les projets doivent notamment : obtenir un certificat énergétique de classe B au minimum, détenir des labels écologiques internationaux pour les hébergements, et présenter une consommation énergétique inférieure d’au moins 20 % au standard des bâtiments quasi zéro énergie.
Cette politique coïncide avec une mutation de la demande. Les voyageurs sont de plus en plus nombreux à rechercher des hébergements écologiques, proches des parcs nationaux, intégrés dans le paysage, et les investisseurs immobiliers en tiennent compte. Les maisons de classe énergétique A ou B se vendent en moyenne 10 à 12 % plus cher que des biens comparables moins performants. On observe une montée en régime des projets intégrant panneaux solaires, domotique, matériaux locaux et solutions de chauffage renouvelable, y compris dans les stations de montagne.
Le gouvernement a prévu jusqu’en 2026 34 millions d’euros de subventions pour la rénovation énergétique des logements.
Le secteur privé suit. De nombreux nouveaux ensembles résidentiels prévoient l’intégration systématique d’équipements « smart home », un segment qui devrait concerner plus de 40 % des nouvelles constructions résidentielles d’ici 2026. Dans les zones touristiques, ces arguments « verts » ne servent pas seulement l’image, mais permettent aussi d’augmenter les tarifs nuitées et d’attirer une clientèle internationale prête à payer plus pour un séjour durable.
Un marché attractif pour les investisseurs, mais plus complexe et plus encadré
Pour les investisseurs étrangers, la Slovénie cumule plusieurs atouts : appartenance à l’Union européenne et à la zone euro, système juridique relativement transparent, fiscalité immobilière encore modérée (impôt sur les transferts à 2 % hors TVA, taxe foncière locale limitée, capital gains dégressifs jusqu’à l’exonération après 15 ou 20 ans), coût de la vie raisonnable, stabilité politique.
Les conditions d’achat sont très libérales : les citoyens de l’UE, de l’EEE et de l’OCDE peuvent acheter sans restriction. Pour les autres nationalités, les contraintes sont généralement limitées, sauf pour les terres agricoles ou les biens en zones sensibles. Une pratique courante consiste à créer une société à responsabilité limitée (d.o.o.) avec un capital minimum de 7 500 € pour faciliter l’investissement.
Les rendements locatifs restent compétitifs comparés à d’autres pays européens, notamment dans les zones touristiques :
| Secteur / localisation | Rendement locatif brut estimé |
|---|---|
| Centre de Ljubljana – appartements | 4 à 5 % |
| Périphérie de Ljubljana | 5 à 6 % |
| Logements étudiants (Maribor, Ljubljana, etc.) | 6 à 7,5 % |
| Locations de vacances – Bled / Alpes | 5 à 8 % |
| Propriétés côtières (Piran, Portorož, Koper) | 4 à 7 % |
| Stations de ski et resorts phares | Jusqu’à 10 % sur certaines opérations |
À cela s’ajoutent des perspectives d’appréciation encore favorables dans certains segments : plusieurs analyses évoquent des hausses potentielles annuelles de 4 à 7 % à Ljubljana, 5 à 8 % dans les Alpes, 5 à 7 % sur la côte, 3 à 5 % dans les grandes villes régionales.
Mais l’environnement devient indéniablement plus complexe. Les investisseurs doivent désormais composer avec :
L’investissement locatif est soumis à plusieurs contraintes majeures : des plafonds stricts sur les jours de location de courte durée, sous peine d’amputer la rentabilité ; des procédures administratives lourdes pour requalifier un logement en établissement touristique (changement d’usage, création d’une entité commerciale, conformité aux normes hôtelières) ; une fiscalité potentiellement alourdie par la taxe patrimoniale ; et une exigence croissante de performance énergétique pour accéder aux plateformes ou éviter des pénalités sur le marché.
Pour autant, la Slovénie reste dans de nombreux segments moins chère que la France, la Suisse ou l’Italie pour des paysages et des prestations comparables. C’est particulièrement vrai pour les marchés de niche des régions viticoles (Goriška Brda, Dolenjska), où les prix ont progressé d’environ 5 % en 2023 mais demeurent attractifs pour des biens de caractère, et où l’essor de l’œnotourisme – attendu en croissance annuelle à deux chiffres – promet des synergies intéressantes entre vignoble, tourisme et résidence.
Vers quel équilibre entre habitants et visiteurs ?
Au‑delà des chiffres, ce qui se joue en Slovénie est une question de modèle : comment accueillir plus de touristes, générer plus de valeur économique, moderniser le parc immobilier, tout en garantissant un droit au logement et en évitant la muséification des centres urbains ?
Plusieurs signaux indiquent que le pays cherche une voie médiane :
La stratégie touristique vise à augmenter la valeur ajoutée par visiteur (séjours plus longs, réduction de la saisonnalité, ciblage des segments à forte dépense) plutôt que le nombre de visiteurs. En immobilier, l’accent est mis sur le logement public locatif et la rénovation énergétique pour corriger les déséquilibres, malgré une offre encore insuffisante. Réglementairement, la limitation des locations de courte durée permet aux communes d’adapter les règles selon leurs réalités locales.
Reste une inconnue majeure : la capacité de l’État et des collectivités à faire respecter dans la durée ces nouvelles règles, face à des incitations financières puissantes et à une demande touristique qui ne faiblit pas. Les premières années d’application de la nouvelle loi sur l’hôtellerie permettront de mesurer si les logements reviennent effectivement sur le marché longue durée ou si les opérateurs contournent les contraintes via des requalifications commerciales ou des montages juridiques.
La Slovénie constitue un exemple pour les destinations cherchant à concilier développement touristique et droit au logement. Elle démontre qu’il est possible de promouvoir un tourisme ambitieux, axé sur le luxe vert (green boutiqueness) et des infrastructures modernes, tout en sachant imposer des limites lorsque la logique de marché menace la cohésion sociale. Sa stratégie nationale structurée lui permet de dire ‘stop’ pour préserver l’équilibre social.
Pour les habitants comme pour les investisseurs, cela signifie une chose : l’époque où l’on pouvait acheter un appartement à Bled ou à Piran et le louer librement à des visiteurs 12 mois sur 12 est révolue. Le futur du tourisme slovène se jouera autant dans les commissions d’urbanisme et les plans d’aménagement que sur les sentiers de randonnée et les plages. C’est dans ce dialogue permanent entre urbanisme, politique sociale et économie touristique que se décidera, durablement, le prix de la vue sur le lac ou sur l’Adriatique.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Slovénie pour rechercher du rendement locatif et une exposition à un marché émergent de l’UE. Budget alloué : 400 000 à 600 000 €, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Ljubljana, Maribor, Côte slovène), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une petite maison dans un quartier en croissance de Ljubljana ou près de la côte, combinant un rendement locatif brut cible de 6 à 7 % – « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux) d’environ 500 000 €. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation et prise en charge par un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou société slovène) et définition d’un plan de diversification patrimoniale dans le temps.
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