Comprendre les lois et régulations immobilières à connaître au Nigéria

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le marché immobilier nigérian attire depuis plusieurs années promoteurs, particuliers, entreprises et investisseurs étrangers. Mais derrière le dynamisme apparent de villes comme Lagos, Abuja ou Port Harcourt se cache un environnement juridique dense, parfois déroutant, où se mélangent règles fédérales, lois d’État, droit coutumier et régulations sectorielles. Ne pas les maîtriser, c’est s’exposer à des litiges, à la perte de son investissement, voire à des poursuites pénales.

Bon à savoir :

Avant tout engagement, il est crucial de comprendre qui contrôle le terrain, comment prouver la propriété, quels sont les droits des étrangers, quelles autorisations sont nécessaires pour construire, quelles taxes s’appliquent et quels recours existent en cas de litige. Ce guide offre une vision structurée des règles essentielles, sans se substituer à un conseil juridique professionnel.

Sommaire de l'article masquer

Le socle du droit foncier : la Land Use Act et la Constitution

Toute analyse immobilière au Nigéria commence par deux textes : la Constitution de 1999 et la Land Use Act de 1978. Cette dernière est à ce point fondamentale qu’elle est considérée comme enchâssée dans la Constitution, ce qui rend sa modification particulièrement difficile.

La Land Use Act a aboli la propriété foncière en pleine propriété (freehold) pour la remplacer par un système de bail à long terme (leasehold). Concrètement, toutes les terres situées sur le territoire d’un État sont « dévolues » au gouverneur, qui les détient en fiducie pour le bénéfice des citoyens. Les particuliers et les entreprises ne sont donc plus propriétaires absolus du sol, mais titulaires de droits d’occupation, généralement pour une durée maximale de 99 ans.

Ce cadre vise plusieurs objectifs historiques : unifier des régimes fonciers très disparates entre Nord et Sud, faciliter l’accès à la terre pour le développement, limiter la spéculation, et permettre à l’État d’acquérir plus aisément des terrains pour les infrastructures et les projets publics. En pratique, il a aussi introduit une forte centralisation et une large marge de manœuvre pour les gouverneurs.

Droits d’occupation et rôle du gouverneur

La Land Use Act distingue deux grandes catégories de droits :

Exemple :

Le droit foncier nigérian distingue principalement deux types de droits d’occupation. Le premier est le **statutory right of occupancy** (droit d’occupation statutaire), qui est accordé par le gouverneur et concerne surtout les zones urbaines. Le second est le **customary right of occupancy** (droit coutumier d’occupation), accordé par les gouvernements locaux et qui concerne principalement les zones rurales à vocation agricole ou résidentielle traditionnelle.

Les personnes qui détenaient déjà des droits fonciers valables avant 1978 sont réputées avoir reçu, par l’effet de la loi, un droit d’occupation correspondant (statutaire en zone urbaine, coutumier en zone rurale).

La preuve de ce droit statutaire passe par un document central : le Certificate of Occupancy (C of O), délivré par le gouverneur. Il indique notamment la destination de la parcelle (résidentielle, commerciale, industrielle, mixte) et comporte des clauses et obligations, telles que l’obligation de commencer la construction d’une structure permanente dans un certain délai (par exemple deux ans à Lagos).

Les gouverneurs conservent des prérogatives fortes :

– pouvoir de révocation d’un droit d’occupation pour « intérêt public supérieur » (routes, infrastructures, équipements collectifs, exploitation minière, etc.) ;

– faculté de retirer un droit en cas de manquement grave aux conditions du titre (non-paiement des redevances, violation de règles d’urbanisme) ;

– fixation des redevances foncières (ground rent) et approbation des transferts de droits.

Attention :

En cas d’acquisition forcée pour cause d’utilité publique, la compensation légale ne couvre que la valeur des « améliorations non amorties » (bâtiments, cultures), excluant la valeur intrinsèque du terrain, un point critiqué de longue date par les propriétaires et les communautés concernés.

Statutory vs customary tenure : un dualisme source de conflits

Le Nigéria maintient un double système :

– un régime statutaire, basé sur la Land Use Act et les lois étatiques, applicable surtout en milieu urbain ;

– un régime coutumier, basé sur les règles traditionnelles des communautés, en particulier sur les terres rurales.

Sous le régime coutumier, la terre appartient souvent à la communauté, au village ou à la famille, et le chef de famille ou de communauté en est le dépositaire. Les droits individuels se limitent à l’usage et à la jouissance de la parcelle allouée. Toute aliénation sans le consentement des autres membres est généralement invalide.

Ce chevauchement entre titres coutumiers et titres statutaires, souvent mal compris, explique une grande partie des litiges fonciers : ventes multiples d’une même parcelle, contestations d’autorité du chef de famille, revendications tardives de droits ancestraux, etc. D’où l’importance cruciale de la due diligence avant tout achat, même lorsqu’un document de type C of O est présenté.

Détenir, vendre ou hypothéquer un bien : consentements et enregistrement

Au Nigéria, la valeur d’un actif immobilier dépend autant du document de propriété que du respect des formalités d’enregistrement. Un acte non « parfait » (non enregistré ou sans consentement requis) peut être considéré comme inachevé, et exposer l’acquéreur à la perte de ses droits au profit d’un tiers plus diligent.

Le principe clé : le Governor’s Consent

L’article 22 de la Land Use Act est sans ambiguïté : le titulaire d’un droit statutaire d’occupation ne peut céder, hypothéquer, louer (au-delà de certaines durées) ou autrement aliéner son droit sans le consentement préalable du gouverneur. Ce principe vaut pour les Nigérians comme pour les étrangers.

En pratique, ce consentement est souvent sollicité après la signature de l’acte de cession et la remise de la possession. Le notaire n’est pas obligatoire, mais l’acte doit être rédigé par écrit, sous forme de deed (Deed of Assignment pour une vente, Deed of Lease/Sublease pour une location longue, Deed of Mortgage pour un prêt garanti).

L’absence de Governor’s Consent peut rendre la transaction nulle ou, au mieux, créer seulement un intérêt équitable difficile à opposer à un tiers qui, lui, aurait accompli toutes les formalités.

Jurisprudence (Savannah Bank v. Ajilo)

Dans certains cas, le C of O lui-même prévoit une clause interdisant toute aliénation dans les dix premières années sans offrir d’abord le bien à l’État. Vendre dans cette période entraîne fréquemment des frais supplémentaires (en pratique autour de 1,5 % de la valeur du bien) lors de l’enregistrement du transfert.

Qui doit consentir à une vente ou à un bail ?

Au-delà du gouverneur, d’autres acteurs doivent parfois donner leur aval pour que la cession soit valable :

Astuce :

Pour qu’une transaction immobilière soit valide, le consentement doit être obtenu de la personne ou de l’entité appropriée selon la situation : tous les co‑propriétaires ou détenteurs conjoints du titre ; le conjoint seulement s’il est co‑titulaire enregistré du bien (aucune exigence générale de « consentement du conjoint » en droit fédéral si celui-ci n’est pas sur le titre) ; pour une société, le conseil d’administration ou l’assemblée des actionnaires lorsqu’il s’agit d’une transaction majeure représentant 50 % ou plus de l’actif (le CAMA 2020 exige une approbation à 75 % des voix exprimées) ; le liquidateur dans le cas d’une société en liquidation ; pour une succession, l’ensemble des exécuteurs ou administrateurs désignés et dûment investis par le tribunal (grant of probate / letters of administration) ; lorsqu’il existe un droit de retour (reversion) en faveur d’un « over‑lord » ou head‑lessor, son accord selon les dispositions du bail principal.

Ignorer l’un de ces consentements expose à des actions en nullité, dommages-intérêts, voire à des poursuites en cas de manœuvres frauduleuses.

Perfection de titre : étapes et délais

Transformer un droit « équitable » né d’un contrat en un droit « légal » opposable à tous suppose de passer par trois étapes classiques, qu’on résume souvent par l’expression perfection of title :

1. Consentement du gouverneur (ou du ministre compétent pour certains terrains fédéraux, par exemple dans le FCT Abuja ou certaines zones d’Ikoyi). 2. Timbre fiscal (Stamp Duty) sur l’acte dans les délais prévus (souvent 30 jours), sous peine de pénalités. 3. Enregistrement de l’acte au Land Registry de l’État (dans certains États, la loi impose un délai de 60 jours).

Le tableau ci-dessous illustre, pour Lagos par exemple, la structure typique des frais liés à la perfection de titre, calculés en pourcentage de la valeur de marché du bien (FMV) :

Type de fraisPourcentage indicatif (Lagos)
Stamp Duty sur l’acte de cession~0,5 % de la FMV
Governor’s Consent~1,5 % de la FMV
Frais de registration au Land Registry~0,5 % de la FMV
Frais de levé de plan (survey fee étatique, cas particuliers)~5 % de la FMV (certains cas)

À ces montants s’ajoutent les honoraires d’avocat, les éventuelles commissions d’agents, ainsi que les arriérés de taxes foncières ou redevances qui doivent être apurés avant l’enregistrement. Sur de nombreuses transactions, l’ensemble des coûts de transfert peut aisément représenter entre 20 % et 30 % du prix d’achat, selon l’État et la complexité du dossier.

Investir en tant qu’étranger : possibilités et limites

Le Nigéria ne ferme pas son marché immobilier aux non‑nationaux, mais leur accès à la terre est encadré par l’arsenal fédéral et des lois étatiques spécifiques, en particulier à Lagos, principal hub économique du pays.

Statut des étrangers et lois d’acquisition par des « aliens »

La Constitution garantit à tout citoyen nigérian le droit d’acquérir et de détenir un bien immobilier n’importe où dans la fédération. Pour les non‑Nigérians, plusieurs textes organisent un régime plus restrictif.

Dans l’État de Lagos, l’Acquisition of Lands by Aliens Law (ALAL) impose aux étrangers – incluant les sociétés dont la majorité des actionnaires sont étrangers – d’obtenir le consentement écrit préalable du gouverneur pour acquérir un intérêt foncier. Des exceptions existent pour les droits de courte durée : l’obligation de consentement ne s’applique pas aux intérêts inférieurs à un an (et, dans certaines formulations, à moins de trois ans, renouvellement compris).

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Durée maximale, renouvellement inclus, de la concession immobilière qu’un non-Nigérian peut obtenir au Lagos selon la loi LASRERA.

Par ailleurs, un étranger qui a légalement acquis un droit ne peut pas le céder à un tiers sans l’avoir d’abord offert à l’État, ce qui réduit sa marge de manœuvre en sortie d’investissement.

Contourner la restriction via une société nigériane

L’une des voies les plus utilisées par les investisseurs internationaux consiste à créer une société enregistrée au Nigéria, qui devient alors, aux yeux du droit, un sujet équivalent à un citoyen pour l’acquisition de terres, dès lors que ses statuts le permettent.

Cadre légal pour les investisseurs étrangers au Nigéria

Principales dispositions de la Nigerian Investment Promotion Act (NIPA) de 1995 concernant l’investissement étranger.

Accès ouvert aux secteurs

La NIPA autorise les non-Nigérians à investir et à participer dans toute entreprise, sans limitation sectorielle générale, sous réserve des lois spécifiques (pétrole, sécurité, etc.).

Acquisition de terres

Une société enregistrée au Nigéria peut acquérir des terres comme une entité nationale, même si ses actionnaires sont majoritairement étrangers.

Cette structuration via une compagnie locale est néanmoins soumise à d’autres régulations : CAMA 2020 pour la gouvernance d’entreprise, obligations de déclaration auprès du Corporate Affairs Commission (CAC), règles anti‑blanchiment (SCUML), ainsi que, pour certains véhicules comme les Real Estate Investment Trusts (REITs), la supervision de la Securities and Exchange Commission (SEC).

Financement, titres et risques spécifiques aux étrangers

L’accès au crédit hypothécaire pour les non‑résidents demeure difficile : peu de banques octroient des prêts à des taux souvent élevés (18–22 % l’an) et exigent des apports importants, des preuves de revenus, un compte bancaire local et, dans certains cas, un permis de résidence valable.

Les risques pour les étrangers sont globalement les mêmes que pour les nationaux – titres douteux, double vente, conflits coutumiers – mais fortement aggravés par la distance, l’absence de connaissance du terrain et la rareté de l’assurance‑titre. D’où l’importance, plus encore que pour un local, de recourir à un cabinet d’avocats spécialisé, à un géomètre agréé et à un conseiller immobilier de confiance.

Régulation des acteurs et des projets : focus sur Lagos

Lagos concentre une grande partie des transactions immobilières du pays. L’État s’est doté d’un arsenal législatif dense, qui sert souvent de référence aux autres États.

LASRERA : encadrer agents, promoteurs et gestionnaires

La Lagos State Real Estate Regulatory Authority (LASRERA) a été créée pour enregistrer et superviser les intermédiaires (agents, courtiers, promoteurs, gestionnaires d’immeubles). Toute personne physique ou morale qui veut exercer cette activité à Lagos doit obtenir un permis annuel, sous peine d’amende pouvant atteindre au minimum 250 000 nairas pour un individu et 1 000 000 nairas pour une société.

Pour un agent individuel, les exigences incluent notamment :

– nationalité nigériane (ou permis de travail valide pour un étranger) ;

– majorité (au moins 18 ans) ;

– numéro d’enregistrement auprès de la Lagos State Residents Registration Agency (LASRRA) ;

– locaux professionnels situés à Lagos ;

– niveau minimal d’études (WASC, GCE, NECO) ;

– tenue de registres de transactions et compte client séparé ;

Tax Clearance Certificate sur trois ans ;

– enregistrement du nom commercial au CAC.

Les sociétés doivent prouver leur enregistrement au CAC, la régularité fiscale et, le cas échéant, les permis de travail pour les directeurs étrangers.

LASRERA fixe également des plafonds de commissions : un agent ne peut pas prélever plus de 10 % du loyer ou du prix de vente. Si plusieurs professionnels sont mandatés pour la même transaction, leurs commissions cumulées ne peuvent excéder 15 %.

Contrôles urbains et lutte contre les « Omo‑onile »

Lagos a aussi adopté le Lagos State Properties Protection Law (2016) pour s’attaquer aux pratiques des « Omo‑onile », ces groupes ou familles qui se présentent comme propriétaires coutumiers et multiplient les ventes du même terrain, les extorsions ou les violences sur les chantiers. Cette loi criminalise les ventes frauduleuses, l’occupation illégale, l’entrée par la force, les menaces et autres infractions liées à la terre, avec à la clé peines d’amende et d’emprisonnement.

Bon à savoir :

À Lagos, la Lagos State Physical Planning Permit Authority (LASPPPA) et la Lagos State Building Control Agency (LASBCA) sont chargées de faire respecter les permis de construire et les normes de sécurité. Elles disposent du pouvoir d’arrêter un chantier, d’imposer des amendes et même de démolir les bâtiments construits sans permis ou en violation grave des règles d’urbanisme.

L’effondrement régulier de bâtiments en construction, parfois meurtriers, a conduit les autorités à renforcer les contrôles de conformité à la National Building Code et aux règlements locaux.

Tenancy Law : encadrement des loyers et des relations bailleur‑locataire

Les rapports entre bailleurs et locataires sont régis par des lois spécifiques dans chaque État. À Lagos, la Tenancy Law 2011 joue un rôle pionnier. Elle s’applique à la plupart des locaux résidentiels et commerciaux, à l’exception de certaines zones haut de gamme (Ikoyi, Victoria Island, Ikeja GRA, Apapa) et de certains locaux institutionnels (résidences universitaires, hôpitaux, centres de soins, etc.).

Un de ses apports centraux concerne les loyers payés d’avance :

Attention :

La loi nigériane limite strictement le montant du loyer pouvant être exigé ou offert d’avance. Pour un locataire en place, un propriétaire ne peut demander plus de 6 mois de loyer pour un bail mensuel, ni plus d’un an pour un bail annuel. Pour un nouveau locataire, le plafond est d’un an de loyer maximum. Il est interdit pour toute partie (bailleur, agent ou locataire) de proposer ou d’accepter un montant supérieur. Le non-respect de ces règles constitue une infraction passible d’une amende de 100 000 nairas ou de trois mois d’emprisonnement.

La loi impose également au bailleur de délivrer un reçu de paiement du loyer, sous peine d’amende, et fixe des durées de préavis minimales avant résiliation selon le type de bail (hebdomadaire, mensuel, trimestriel, annuel). Souvent, en pratique, les contrats prévoient des durées de préavis adaptées (un mois, trois mois, six mois), mais le non‑respect des règles légales peut invalider un congé.

Les tentatives de réguler plus drastiquement les loyers, notamment via des projets de loi de plafonnement ou des limitations des avances de loyers dans le FCT Abuja et au Sénat fédéral, témoignent de la sensibilité sociale de la question dans un contexte de forte pression urbaine.

Le tableau ci‑dessous résume quelques grands principes communs aux lois de type Tenancy Law :

AspectPrincipes généraux (ex. Lagos)
Forme du bailÉcrit obligatoire au‑delà de 6–12 mois
Avance de loyer (nouveau locataire)Max. 1 an pour un bail annuel
Avance de loyer (locataire en place)6 mois (mensuel), 1 an (annuel)
Quit notice (locataire annuel)6 mois minimum, sauf clause contraire valable
Recours locataire contre hausse excessiveSaisine du tribunal pour révision
Recours bailleur pour impayésProcédure de congé + action en justice

Construire et développer : permis d’urbanisme et contrôle technique

Acheter un terrain ne donne pas carte blanche pour y construire n’importe quoi. Le Nigéria dispose d’un arsenal de lois d’urbanisme et d’environnement, au niveau fédéral comme au niveau des États, qui encadrent l’usage des sols et les projets immobiliers.

Permis de construire : une obligation générale

Le Nigerian Urban and Regional Planning Act de 1992, adapté localement par des lois d’urbanisme étatiques (par exemple la Lagos State Urban and Regional Planning and Development Law), impose l’obtention d’un development / planning permit avant tout développement physique en zone urbaine.

La notion de « développement » est large : elle couvre non seulement les immeubles, mais aussi les kiosques, étals, drains, structures sur ou sous le sol. Cette obligation vaut à la fois pour les nouvelles constructions et pour certaines rénovations lourdes ou changements d’usage.

La procédure standard prévoit : la mise en place de mesures claires et précises pour garantir l’efficacité des opérations.

Exemple :

Pour obtenir un permis de construire au Nigeria, le demandeur doit suivre une procédure en plusieurs étapes. Premièrement, il doit soumettre une demande d’information de planification pour vérifier le zonage, les usages autorisés et l’absence de réservation du terrain pour un projet public. Ensuite, il doit déposer un dossier complet comprenant le titre de propriété (comme un C of O ou un Deed of Assignment avec Governor’s Consent), un plan de levé (survey plan), ainsi que des plans architecturaux, structuraux, électriques et mécaniques préparés par des professionnels agréés (architectes ARCON, ingénieurs, urbanistes). Le paiement de divers frais (enregistrement, développement, sécurité, aménagement) est également requis. Enfin, selon le projet, des rapports spécifiques peuvent être exigés, tels qu’un Physical Planning Technical Report pour les grands projets, une Environmental Impact Assessment pour les projets à impact environnemental significatif, ou des rapports des services d’incendie ou de police pour les stations-service.

En théorie, les textes fixent un délai maximal de trois mois pour se prononcer sur une demande, certains États comme Lagos annonçant des objectifs de délivrance en dix jours ouvrables pour les dossiers complets. En pratique, retards et allers‑retours sont fréquents.

Un permis devient généralement caduc si les travaux ne démarrent pas dans un délai (par exemple deux ans), mais il est souvent possible de le revalider moyennant paiement.

Suivi de chantier, conformité et sanctions

Les autorités d’urbanisme et de contrôle des bâtiments organisent des inspections à des étapes clés : implantation, excavation, niveau du radier, linteaux, coffrage des dalles, toiture, puis réception finale. Le respect des normes du National Building Code et des règlements locaux est vérifié.

En cas d’irrégularités (absence de permis, dépassement de hauteur, emprise illégale sur une voirie, non‑respect des reculs, etc.), les agences peuvent :

– adresser un enforcement notice avec ordre d’arrêt des travaux (stop work order) ;

– imposer des amendes (par exemple jusqu’à 250 000 nairas à Lagos pour certains manquements) ou des travaux correctifs ;

– ordonner, en dernier ressort, la démolition de tout ou partie de l’ouvrage aux frais du propriétaire.

Il existe cependant des procédures de régularisation (« as‑built / regularization approvals ») pour des bâtiments déjà construits sans autorisation, moyennant paiement de fortes pénalités et sous réserve que la structure respecte, a posteriori, les normes essentielles (sécurité, reculs, zonage).

Des comités d’appel ou tribunaux spécialisés en matière d’urbanisme (aux niveaux fédéral et étatique) permettent de contester les décisions des agences, avant éventuellement de saisir la High Court.

Fiscalité immobilière : taxes sur les transactions et charges récurrentes

L’immobilier au Nigéria est soumis à une mosaïque de taxes fédérales et étatiques, qui a récemment été en partie remaniée par la Nigeria Tax Act 2025 (entrée en vigueur prévue en 2026). Comprendre cette fiscalité est indispensable pour calculer le coût réel d’une opération.

Taxes sur les transferts de propriété

Lors d’un achat ou d’une vente, plusieurs impositions entrent en jeu :

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Le taux maximal d’imposition sur les plus-values pour les particuliers, aligné sur les tranches de l’impôt sur le revenu à partir de 2025.

En pratique, la quasi‑totalité de ces taxes et frais sont assumés par l’acheteur, sauf négociation contraire. Des exonérations existent pour les restructurations intragroupe (sous conditions de durée de détention et de maintien), pour les actifs détenus par des startups « labellisées », ou pour les petits montants (moins de 10 millions de nairas pour certains droits de timbre).

Taxes récurrentes : charges foncières, loyer, revenus locatifs

Une fois propriétaire, plusieurs charges annuelles et récurrentes s’appliquent :

Bon à savoir :

Les propriétaires et investisseurs doivent anticiper plusieurs charges récurrentes. Outre le ‘Ground Rent’ stipulé dans le titre de propriété (C of O), la ‘Land Use Charge’ (ou Tenement Rate) est un impôt foncier annuel géré par les États et collectivités, calculé sur la valeur du bien (ex. : 0,76% pour les actifs commerciaux à Lagos selon la loi de 2018, avec déductions possibles). Des frais locaux comme les ‘Neighbourhood Improvement Charges’ et les ‘Business Premises Charges’ peuvent également s’appliquer pour l’exploitation d’une activité.

Les loyers versés par les locataires font l’objet d’une retenue à la source (Withholding Tax) de 10 % lorsque le locataire est une entreprise, retenue qui constitue un crédit d’impôt pour le bailleur. Les revenus locatifs sont imposés à l’impôt sur le revenu (personnes physiques) ou à l’impôt sur les sociétés (entreprises), avec des taux variant selon la taille de l’entreprise : 0 % pour les très petites sociétés (chiffre d’affaires inférieur à 25 millions de nairas), 20 % pour les entreprises moyennes (25–100 millions), 30 % au‑delà.

Des dispositifs spécifiques, tels que les régimes pour Real Estate Investment Companies (REICs) et REITs, offrent une fiscalité avantageuse : exonération d’impôt sur les sociétés sur les revenus locatifs ou dividendes distribués à au moins 75 % aux porteurs, exonération de certaines retenues à la source, etc., sous réserve de respecter les conditions posées par la SEC et les lois fiscales.

Le tableau suivant résume les principales taxes intervenant dans une transaction classique (hors réformes de 2025, pour simplifier) :

Type de taxe / fraisTaux indicatifSupport légal principal
Capital Gains Tax10 % du gain net (avant NTA 2025)Capital Gains Tax Act
Stamp Duty (acte de cession)0,075–1,5 % de la valeurStamp Duties Act, lois étatiques
Stamp Duty (hypothèque légale)0,375 % du montant du prêtStamp Duties Act
Consent + Registration fees2–4 % de la valeurLand Instrument Registration Laws étatiques
TVA sur la vente de terrain0 % (exonéré)Finance Act 2020
Retenue à la source sur loyer10 %Règles fiscales générales

Protection des consommateurs et rôle des régulateurs fédéraux

Le secteur immobilier ne se limite pas au foncier et à la construction : il mobilise des banques, des sociétés de crédit hypothécaire, des assureurs, des agences et des promoteurs. Plusieurs autorités fédérales interviennent pour encadrer les pratiques et protéger les consommateurs.

FCCPA : droits des consommateurs dans les transactions immobilières

Le Federal Competition and Consumer Protection Act (FCCPA) 2018 a remplacé l’ancienne loi sur le conseil de protection des consommateurs. Il définit et protège un large éventail de droits, applicables à toutes les activités commerciales sur le territoire, y compris les services immobiliers :

Bon à savoir :

La loi nigériane protège les consommateurs par plusieurs droits fondamentaux : droit à une information claire et à la transparence des prix (en monnaie locale, avec obligation d’honorer le prix affiché le plus bas), droit à une description loyale des produits (y compris d’occasion), liberté de choix des fournisseurs (sans ventes liées abusives), droit de retour et remboursement pour les biens non conformes. Elle interdit les clauses abusives, exige la mise en évidence des clauses limitant la responsabilité, et rend nulles les clauses excluant la responsabilité pour faute lourde ou privant le consommateur de ses droits fondamentaux.

En matière immobilière, ces principes se traduisent par l’obligation pour les promoteurs et agents de ne pas survendre des projets, de ne pas mentir sur l’état d’un bâtiment, de fournir des contrats lisibles, et de mettre en place des mécanismes de traitement des réclamations. Les consommateurs peuvent adresser leurs plaintes directement à l’entreprise, au régulateur sectoriel compétent (par exemple CBN pour une banque hypothécaire), à la Federal Competition and Consumer Protection Commission (FCCPC) ou aux tribunaux.

Les sanctions prévues par le FCCPA sont significatives : jusqu’à cinq ans d’emprisonnement ou 10 millions de nairas d’amende pour un particulier, et au minimum 100 millions de nairas ou 10 % du chiffre d’affaires pour une entreprise.

CBN et protection des emprunteurs hypothécaires

Le Central Bank of Nigeria (CBN) supervise les banques et établissements financiers, dont les Primary Mortgage Banks (PMBs). Son Consumer Protection Framework impose des normes minimales aux institutions qu’il régule :

Astuce :

Les consommateurs bénéficient de protections clés lors de la souscription d’un crédit. Ils ont droit à un traitement équitable et non discriminatoire, ainsi qu’à une information adéquate sur les produits, incluant leurs conditions, coûts et risques. Les prêteurs doivent appliquer des règles de **lending responsable**, notamment en évaluant la capacité de remboursement. En cas de litige, les plaintes sont gérées dans des délais stricts : réponse aux demandes en cinq jours ouvrables, et décision sur les demandes de dérogation en dix jours (au-delà, la dérogation est réputée accordée). Enfin, une **période de refroidissement** de trois jours ouvrables s’applique à certains contrats, permettant au consommateur de se rétracter sans pénalité.

Des amendes substantielles sont prévues pour non‑respect (par exemple 500 000 nairas par plainte non résolue et par semaine, 2 millions de nairas pour absence d’accusé de réception, pénalités quotidiennes pour faux rapports).

Pour un emprunt immobilier, ces règles renforcent la protection de l’acheteur face à un prêteur ou une banque hypothécaire, en particulier en matière de transparence des taux, de pénalités, de conditions de saisie et de recours.

Due diligence : la clé pour éviter les mauvaises surprises

Compte tenu de la complexité du cadre juridique et des risques fréquents (faux titres, ventes multiples, litiges familiaux, saisies, projets publics non annoncés), la vérification préalable est un passage obligé pour toute acquisition sérieuse.

Les principales vérifications à effectuer

Dans la pratique, les acheteurs mandatent un avocat spécialisé pour coordonner une série de contrôles :

Vérifications essentielles avant l’acquisition d’un terrain au Nigeria

Une série de contrôles juridiques, administratifs et physiques indispensables pour sécuriser une transaction immobilière et éviter les litiges futurs.

Recherche au Land Registry

Vérifier le propriétaire enregistré, la nature du titre (C of O, Deed of Assignment, etc.), les hypothèques, cautions, mesures conservatoires et le statut vis-à-vis des acquisitions gouvernementales.

Consultation du Surveyor-General

S’assurer que le plan de levé correspond physiquement au terrain et vérifier qu’il n’est pas réservé pour un projet d’utilité publique (route, équipement).

Vérification de la succession

Si le vendeur est un héritier, contrôler l’authenticité des lettres d’administration ou du grant of probate auprès du Probate Registry.

Recherche judiciaire

S’informer d’éventuelles procédures en cours sur le bien (litiges de limites, revendications, injonctions) ou impliquant le vendeur.

Recherche au CAC

Si le vendeur est une société : examiner sa situation juridique, ses administrateurs, les charges sur ses actifs et sa capacité statutaire à vendre.

Inspection physique et enquêtes

Vérifier l’occupation réelle (squatteurs, locataires), identifier des contestations coutumières et interroger les voisins sur l’historique du terrain.

Contrôle des permis d’urbanisme

S’assurer que les constructions disposent des autorisations, respectent les règles de zoning et qu’aucun ordre de démolition n’est en vigueur.

Le tableau ci‑dessous synthétise ces étapes :

Type de contrôleObjectif principalSource / Autorité
Recherche au Land RegistryPropriété, charges, statut du terrainBureau des terres de l’État
Vérification du survey planCohérence géométrique, empiétements, réservesBureau du Surveyor‑General
Recherche au Probate RegistryValidité des titres successorauxHaute Cour (section succession)
Recherche judiciaireLitiges, injonctions, revendicationsRegistre des tribunaux
Recherche au CACCapacité et charges de la société vendeuseCorporate Affairs Commission
Contrôle permis & C of OCompatibilité usage / zoning, autorisationsAutorités de planification et de construction
Inspection de terrain & voisinageOccupation réelle, conflits coutumiers, risquesObservation et entretiens informels

Clauses contractuelles essentielles

Même après une due diligence approfondie, le contrat lui‑même reste la meilleure protection de l’acheteur. Les spécialistes recommandent d’y inclure :

Astuce :

Pour sécuriser une transaction immobilière, il est crucial d’inclure dans l’acte de vente des garanties de titre (absence de charges non révélées, liberté de disposer du bien, assistance à la perfection de titre), des déclarations sur la conformité aux permis et réglementations de construction, ainsi qu’une clause d’indemnisation du vendeur en cas de vice de titre ou de fausse déclaration. Le contrat doit également prévoir un mécanisme précis de remédiation des défauts (délais pour réparer, possibilités de résiliation, pénalités), des dispositions relatives aux assurances (couverture incendie, responsabilité civile, assurance chantier pour les projets en construction) et un mode de règlement des différends (médiation, arbitrage, compétence territoriale des tribunaux).

En cas de manquement, l’acheteur peut généralement obtenir la résolution du contrat et des dommages‑intérêts. Lorsque les déclarations du vendeur atteignent le niveau de la fraude (mensonges délibérés sur le titre, la nature du bien ou les charges), des poursuites pénales peuvent s’ajouter.

Expropriation, environnement et responsabilité

L’État conserve toujours le pouvoir d’acquérir de force des terrains pour des raisons d’intérêt public, en vertu de la Land Use Act (article 28) et de la Constitution. Les propriétaires ont droit à une compensation promptement payée, mais les critères d’évaluation (valeur de remplacement des améliorations plutôt que valeur foncière totale) font fréquemment débat.

Bon à savoir :

La loi Environmental Impact Assessment Act de 1992 impose des études d’impact pour certains projets (grands lotissements, usines, infrastructures majeures). Elles doivent être déposées auprès du ministère fédéral de l’Environnement ou des autorités étatiques, et peuvent entraîner des prescriptions strictes sur la gestion des déchets, les risques de pollution et la protection des communautés locales.

Propriétaires, locataires et occupants ont, en outre, une responsabilité directe pour la salubrité de leurs locaux et peuvent être tenus responsables de pollutions ou contaminations, sauf lorsque ces dommages sont exclusivement imputables à un tiers sans contribution de leur part.

Conclusion : naviguer dans un système complexe mais structuré

Les lois et régulations immobilières à connaître au Nigéria forment un ensemble dense, parfois déroutant, mais loin d’être anarchique. Quelques idées forces se dégagent :

Bon à savoir :

Au Nigeria, la propriété du sol repose sur des droits d’occupation, avec l’État comme garant. Le cadre légal est défini par la Land Use Act et la Constitution, complété par des règlements étatiques spécifiques. Toute transaction importante nécessite le Governor’s Consent et l’enregistrement au Land Registry. Les investisseurs étrangers sont autorisés sous conditions (durées limitées, approbations) et ont intérêt à passer par une société locale. Le succès d’un projet dépend du respect strict des règles d’urbanisme, des permis et des normes techniques. La fiscalité immobilière évolue, avec une rationalisation mais un alourdissement sur les plus-values. Les consommateurs bénéficient de protections via le FCCPA, la banque centrale (CBN) et des autorités comme la LASRERA.

Dans ce contexte, la meilleure stratégie pour un investisseur – local ou étranger – consiste à considérer le droit non comme une contrainte après coup, mais comme une dimension centrale du projet, à intégrer dès les premières discussions. Travailler avec des professionnels aguerris, anticiper les délais administratifs, budgéter les taxes et frais réels, et ne jamais négliger la due diligence sont les conditions essentielles pour transformer l’intérêt pour l’immobilier nigérian en investissement sûr et pérenne.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel au Nigéria pour chercher du rendement locatif et une exposition au naira. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Lagos, Abuja, Port Harcourt), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel ou une maison individuelle dans un quartier en développement de Lagos ou d’Abuja, combinant un rendement locatif brut cible proche de 10 % – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux) d’environ 500 000 dollars.

La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou société locale) et définition d’un plan de diversification progressive. Ce type d’accompagnement permet de profiter des opportunités nigérianes tout en maîtrisant les risques juridiques, fiscaux et locatifs.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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