En quelques années, la Moldavie est passée du statut de « destination méconnue » à celui de pays cité par l’Organisation mondiale du tourisme parmi les destinations européennes à la croissance la plus rapide. Dans le même temps, le marché immobilier – surtout à Chișinău – a connu une envolée spectaculaire des prix, une tension inédite sur la location et une montée en puissance des investissements étrangers. À la croisée de ces deux dynamiques, une question s’impose : comment le développement du tourisme reconfigure‑t‑il le marché immobilier en Moldavie, dans un contexte où la Roumanie voisine sert de laboratoire grandeur nature pour mesurer les effets d’un boom touristique sur le logement et l’investissement?
Bien que le crédit bon marché, la pénurie d’offre et la spéculation restent les principaux moteurs des prix, le tourisme influence désormais certains segments : hôtellerie internationale, locations saisonnières, marché rural et projets mixtes (santé/loisirs). Il affecte aussi l’attractivité des quartiers, l’usage des logements et la perception des investisseurs locaux et étrangers sur le moyen terme.
Un marché immobilier moldave déjà sous tension
Avant même de parler tourisme, il faut comprendre la réalité d’un marché immobilier chauffé à blanc. Entre 2015 et 2023, le prix moyen des appartements à Chișinău a grimpé de près de 90 %, selon les analyses d’Acces Imobil. La hausse s’est accélérée récemment : en 2023, le mètre carré se négociait autour de 1 070 euros, avant de bondir à 1 540 euros fin 2024 puis à un record de 1 720 euros au premier trimestre 2025. Parallèlement, le nombre de logements finalisés a chuté de 67 % sur les neuf premiers mois de 2024, avec un effondrement de 74 % dans la région de la capitale.
Baisse des transactions d’appartements à Chișinău sur neuf mois en 2025, malgré des prix au sommet.
L’accessibilité s’est nettement dégradée. Alors qu’en 2020, un acheteur moyen devait consacrer l’équivalent de 8,7 années de salaire pour acquérir un appartement de 60 m², il lui faut désormais plus de dix ans (10,3 ans), avec un prix moyen passé d’environ 45 000 à plus de 100 000 euros. Un mètre carré nécessitait 1,7 salaire mensuel en 2020, contre 2,1 aujourd’hui. Autrement dit, la propriété se professionnalise : de plus en plus de ménages louent (15 % aujourd’hui contre 6 % il y a vingt ans), et l’immobilier devient un actif d’investissement à part entière.
Dans ce contexte, le développement touristique agit comme un accélérateur sur certains segments, mais aussi comme un révélateur des fragilités structurelles du marché.
Tourisme en Moldavie : une montée en puissance progressive
Les chiffres du tourisme montrent une trajectoire claire de rattrapage et de croissance. Après le choc de la pandémie, qui avait fait tomber le nombre de touristes arrivant en Moldavie à des niveaux historiquement bas (6 950 arrivées en 2020, contre un pic de 292 220 en 1992), le pays connaît un rebond impressionnant. Entre 2023 et 2024, les arrivées de visiteurs ont augmenté de plus de 50 %, pour atteindre 67 631 personnes. Et au‑delà du simple volume, les tendances récentes soulignent une dynamique structurelle.
En 2024, les structures d’hébergement collectif ont accueilli 474 200 touristes, soit une hausse de 21,1 % par rapport à 2023.
Les agences et tour‑opérateurs ont, eux, servi 480 700 visiteurs sur les neuf premiers mois de 2025 (+6,5 %), dont 65 800 touristes entrants (+28,8 %). Le reste correspond à un tourisme émetteur très dynamique : 336 500 Moldaves partis à l’étranger sur la même période, principalement vers la Turquie, la Bulgarie, l’Égypte, la Roumanie et la Grèce. Autrement dit, la Moldavie demeure à la fois pays d’émigration touristique et destination émergente, ce qui crée un double flux intéressant pour le marché immobilier : des Moldaves qui découvrent l’investissement locatif ailleurs et des étrangers qui commencent à tester le pays comme lieu de séjour et d’affaires.
Les activités touristiques ont généré 4,2 milliards de lei de janvier à septembre 2025, soit une hausse de 10,3 % sur un an.
Cette montée en puissance s’appuie sur un repositionnement stratégique du pays comme destination durable, viticole et rurale, avec un fort soutien de l’Union européenne, de l’UNDP, de la GSTC et de partenaires comme la Suisse, la Suède, le Royaume‑Uni, le Japon ou la Tchéquie. Ce cadre est déterminant pour comprendre les signaux envoyés aux investisseurs immobiliers.
Quand l’hôtellerie internationale redessine la carte immobilière de Chișinău
Le signe le plus spectaculaire de l’effet du tourisme sur l’immobilier moldave est sans doute l’entrée en scène des grandes chaînes hôtelières internationales. Plusieurs projets majeurs concentrés à Chișinău, dans des emplacements centraux, montrent que la capitale est désormais perçue comme un hub hôtelier prometteur à l’échelle régionale.
Parmi ces projets, trois complexes se détachent:
| Projet | Chaîne / Marque | Localisation | Type de projet | Investissement estimé |
|---|---|---|---|---|
| Hilton Garden Inn (reconstruction de l’Hôtel Dacia) | Hilton | Centre historique de Chișinău | Hôtel 4* dans bâtiment historique rénové | 10–12 M€ (5 M€ initiaux) |
| Complexe Moxy & Residence Inn + Medpark City Clinic | Marriott International & Medpark | Chișinău | Deux hôtels (jeune clientèle & longs séjours) + clinique de pointe | 40 M€ |
| Marriott by GGH | Marriott International | Centre-ville, proche institutions | Hôtel 209 chambres + commerces + salles de conférence, avec option résidentiel/bureaux 20 étages | Non communiqué (GOP visé 50 %, sortie 150 % ROIC) |
La transformation de l’historique Hôtel Dacia en Hilton Garden Inn est emblématique. Situé en plein cœur de la capitale, cet établissement se repositionne dans le segment « full service » pour une clientèle d’affaires et de loisirs internationale. La directrice de l’hôtel, Iulia Scurtu, insiste sur le signal envoyé : un service au standard Hilton, des emplois qualifiés, une montée en compétence du personnel local, et surtout une image de stabilité pour les investisseurs. La directrice de l’agence Invest Moldova, Natalia Bejan, y voit un jalon majeur, preuve que la Moldavie devient une « destination émergente à fort potentiel » et que le climat d’investissement s’améliore.
Le groupe Summa a déjà livré pour plus de 300 millions d’euros de projets en Moldavie depuis 1996.
Le projet Marriott porté par GGH illustre quant à lui la logique d’investissement purement financière, avec un objectif de profit brut d’exploitation de 50 %, un rendement annuel élevé et une sortie envisagée entre 150 % et 200 % du capital investi en cinq à sept ans. Ce type de produit financier suppose déjà un marché touristique suffisamment profond pour remplir 209 chambres, quatre restaurants, deux bars, des boutiques et des salles de conférence – autrement dit, un pari structurel sur la demande hôtelière et sur l’attractivité du centre‑ville.
Pour le marché immobilier, ces opérations ont plusieurs conséquences :
1. Elles font monter la valeur foncière et locative des quartiers centraux, où la concurrence entre bureaux, logements premium, commerces et hôtellerie s’intensifie. 2. Elles tirent vers le haut les standards de rénovation et de construction, en particulier sur le bâti existant (cas de l’Hôtel Dacia). 3. Elles créent des pôles d’activité intégrés (hôtellerie‑santé‑loisirs) qui reconfigurent l’usage du sol et influencent les décisions de zonage urbain. 4. Elles réduisent la perception de risque pays pour les investisseurs étrangers hésitants, en montrant que des acteurs comme Marriott ou Hilton jugent le marché suffisamment solide pour s’y engager à long terme.
On assiste ainsi, à Chișinău, à une « internationalisation » sélective du parc immobilier, centrée sur les actifs hôteliers et les immeubles mixtes, qui prépare le terrain à d’autres formes d’investissement touristique – à commencer par les locations de courte durée et l’hospitalité alternative.
Locations de courte durée : Chișinău, un marché en plein essor mais encore peu régulé
Autre indicateur du lien croissant entre tourisme et immobilier : le développement rapide des locations de courte durée, en particulier à Chișinău. Selon une analyse de marché réalisée à la fin de 2025, la capitale comptait alors environ 137–147 locations actives de type court séjour, dont une écrasante majorité d’appartements entiers.
Les principales caractéristiques du marché des locations de courte durée à Chișinău peuvent se résumer ainsi :
| Indicateur (Chișinău) | Valeur récente |
|---|---|
| Nombre de biens actifs | ~147 |
| Part d’appartements / condos | 97,8 % |
| Part de logements entiers | 97,8 % |
| Capacité moyenne par logement | 3,6 personnes |
| Part des logements 1 chambre | 63,5 % |
| Revenu moyen mensuel par bien | 470–730 $ (médiane ~728 $) |
| Revenu des 10 % meilleurs biens | > 1 340 $/mois |
| Taux d’occupation moyen | ~37 % |
| Prix moyen par nuit (ADR) | ~74 $ |
| Part de séjours longs (≥ 30 nuits min.) | 38,7 % |
| Part de voyageurs internationaux | 95 % |
| Nationalités dominantes | États‑Unis, Ukraine |
| Niveau de régulation | Faible (« Low ») |
Ce tableau montre plusieurs choses. D’abord, un marché déjà suffisamment structuré pour que des sociétés d’analyse comme AirROI le considèrent comme « en plein boom », avec des revenus attractifs pour les meilleurs biens et une demande largement internationale (95 % de voyageurs étrangers). Les quartiers les plus prisés correspondent aux secteurs centraux et bien desservis : Centru, Botanica, Rîșcani, Telecentru, Ciocana, Buiucani, ainsi que des zones en développement comme Durlesti ou Vattez, à proximité d’attractions comme le parc Ștefan cel Mare, le Musée national d’histoire, l’Opéra national ou la route des vins (Cricova notamment).
Les petites surfaces restent les plus rentables à l’achat pour la revente et la location, une tendance confirmée en Roumanie où les studios et T1 ont été pris d’assaut avant des changements fiscaux défavorables.
Agences immobilières comme Proimobil
Enfin, le fait que près de 40 % des annonces imposent un séjour minimum de 30 nuits et que l’occupation culmine en été, avec un tarif quotidien moyen légèrement plus élevé en juillet, montre qu’une partie de cette offre navigue entre location touristique et location de moyenne durée (expatriés, étudiants, travailleurs en mission, patients du tourisme médical lié aux cliniques privées comme Medpark, etc.). Le tourisme au sens strict se fond alors dans une économie résidentielle plus large, ce qui brouille la frontière entre logement et hébergement commercial.
Un encadrement encore minimal, mais des vents réglementaires en approche
À ce jour, la réglementation moldave des locations de courte durée reste limitée. À Chișinău, le niveau de régulation est qualifié de « faible », sans mécanisme strict de licences, de quotas ou de limitation de la durée de location, contrairement à ce que l’on observe dans de nombreuses villes européennes. Pourtant, la Moldavie ne pourra pas rester indifférente à un mouvement de fond : l’Union européenne a adopté en 2024 un règlement standardisant la collecte de données et la procédure d’enregistrement des meublés de tourisme, avec entrée en application en 2026 pour les États membres. Si la Moldavie n’est pas encore membre, son statut de candidate et la forte interconnexion avec les marchés roumain et européen placent ce sujet à l’agenda.
L’exemple de la Roumanie montre une volonté de durcir la régulation : des amendes de 10 000 à 40 000 lei pour les locations non déclarées, un partage mensuel obligatoire des données de revenus des plateformes avec le fisc, et un renforcement des exigences d’autorisation. À l’échelle européenne, des villes comme Barcelone, Amsterdam ou Paris ont déjà mis en place des mesures similaires, incluant des registres obligatoires, des plafonds de nuitées et le retrait massif des logements non conformes des plateformes de location.
Même si rien de tel n’est encore en vigueur en Moldavie, les investisseurs qui achètent des appartements uniquement pour du court séjour touristique doivent intégrer ce risque réglementaire à horizon de quelques années. Dans la pratique, cela renforce l’intérêt pour des actifs capables de pivoter aisément vers la location classique ou la colocation étudiante, tout en restant attractifs pour la clientèle touristique – typiquement, les petits appartements bien placés, proches des transports et des sites d’intérêt.
Le tourisme rural et viticole ouvre un nouveau front immobilier en dehors de Chișinău
Si la capitale concentre l’essentiel des investissements, c’est pourtant en dehors de Chișinău que le lien entre tourisme et immobilier est le plus visible, surtout dans les zones rurales et viticoles. Depuis quelques années, la Moldavie a fait le pari de l’agrotourisme, du tourisme vert et du patrimoine pour dynamiser des régions en déclin démographique, avec un soutien massif de l’UNDP et des bailleurs européens.
Trois micro‑clusters touristiques ont été créés : Cahul, Ungheni et Dubăsari, regroupant au total quelque 80 entités touristiques (pensions, producteurs, artisans, prestataires d’activités). Le cas du cluster « Heart of Nistru » à Dubăsari est parlant : parti de zéro visiteur en 2018, le micro‑territoire dépasse les 100 000 visiteurs en 2023 grâce à la mise en place d’une offre structurée et à une campagne de promotion d’envergure. Pour 2024, neuf nouveaux hébergements, cinq établissements gastronomiques et six services de loisirs doivent y être lancés.
Budget total en millions de dollars alloué par l’UNDP et ses partenaires pour financer plus de 45 pensions et 84 projets d’infrastructure dans 71 localités.
En parallèle, un programme public spécifique – le Programme de soutien au développement des PME dans le tourisme rural – apporte des subventions non remboursables pouvant couvrir jusqu’à 70 % des coûts d’investissement (plafond de 500 000 lei par bénéficiaire), pour un budget global d’environ 30 millions de lei sur trois ans. Au moins 50 entreprises doivent en bénéficier, avec 50 emplois créés et 100 maintenus, et quelque 40 millions de lei d’investissements induits.
Les dépenses éligibles ciblent précisément l’immobilier touristique rural : reconstruction et modernisation d’hébergements, structuration de restaurants et espaces de loisirs, accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, aménagement de chambres, mobilier, équipements, travaux dans le respect de l’architecture traditionnelle, installation de signalisation touristique ou renforcement du volet digital. En 2023, 48 entreprises avaient déjà signé des contrats de financement pour un montant cumulé de 17 millions de lei, avec un engagement d’investir plus de 35 millions de lei dans l’économie.
La communauté de Văleni, dans le micro‑cluster « Via Cahul », élue « Best Tourism Village » par l’OMT en 2023, illustre la nouvelle géographie immobilière. La restauration de maisons anciennes en pensions ou maisons d’hôtes (concept soutenu par « Casa Părintească ») y fait monter la valeur du patrimoine bâti, stimule la demande locale en matériaux et main‑d’œuvre, et attire des investisseurs de la diaspora moldave, démontrant ainsi une revalorisation sociale, économique et immobilière par le tourisme.
À moyen terme, ces micro‑clusters créent des niches immobilières spécifiques : gîtes viticoles autour des domaines de Cricova ou Mileștii Mici, maisons de campagne transformées en guest houses sur la route gastronomique transfrontalière Roumanie–Moldavie (2 400 km et 55 arrêts culinaires), petites structures de bien‑être près des stations thermales de Cahul, etc. Pour les investisseurs, ce sont des marchés plus petits et plus risqués que Chișinău, mais avec des rendements potentiels très élevés et un soutien public tangible.
Un lien de plus en plus assumé entre politique touristique et transformation du bâti
Le tournant stratégique de la Moldavie vers un tourisme durable et structuré redessine progressivement le cadre institutionnel qui régit l’usage du sol, la rénovation du patrimoine bâti et le développement d’infrastructures. Plusieurs éléments sont essentiels du point de vue immobilier.
D’abord, la signature d’un partenariat avec le Global Sustainable Tourism Council (GSTC) engage le pays à aligner ses standards sur des critères internationaux de durabilité. Cela inclut la gestion des ressources, la protection du patrimoine et l’intégration des communautés locales. En pratique, cela signifie que les projets touristiques immobiliers – qu’il s’agisse d’hôtels, de pensions ou de parcs de loisirs – sont de plus en plus évalués à l’aune de leur impact environnemental et social, ce qui peut limiter certaines formes de bétonisation débridée mais aussi valoriser les bâtiments réhabilités et les projets éco‑conçus.
Le gouvernement a intégré des mesures immobilières dans sa stratégie, comme le programme « Casa Părintească ». Celui-ci vise à restaurer de vieilles maisons villageoises pour les transformer en hébergements et en centres de tourisme rural. Couplé à des aides financières, ce programme change la donne économique pour les propriétaires : ils peuvent désormais choisir entre une vente classique à bas prix et une reconversion touristique, option qui offre une plus forte valeur ajoutée.
La stratégie « Chisinau – capitale touristique 2022‑2026 » va dans le même sens en milieu urbain. Élaborée par la municipalité avec ANTRIM et des experts, elle vise à transformer la ville en « noyau touristique » au‑delà de l’aéroport, en étendant la zone d’intérêt touristique au‑delà de l’hypercentre, en créant une identité visuelle spécifique (site visit.chisinau.md, trolleybus touristique, circuits thématiques) et en misant sur un allongement du séjour moyen (du simple city break à des séjours longs). En filigrane, cela oriente les politiques d’aménagement : réhabilitation de bâtiments et d’espaces publics, encouragement de l’ouverture de cafés, restaurants et hébergements dans des quartiers secondaires, mise en valeur de parcs et de musées. Autant de facteurs qui, historiquement, tirent la valeur immobilière vers le haut et accélèrent les processus de gentrification.
Les documents stratégiques nationaux (Stratégie touristique, Tourism 2028, Plan de Croissance 2025‑2027) prévoient l’amélioration des infrastructures (routes, signalisation, réseaux, centres d’information, connectivité numérique, liaisons transfrontalières). Ces investissements augmentent l’attractivité d’un territoire, ce qui peut influencer le prix du foncier, non seulement pour le tourisme mais aussi pour les résidences secondaires, les lotissements et les activités artisanales.
Romania, laboratoire voisin : trop de tourisme tue‑t‑il l’accessibilité au logement?
Pour comprendre où la Moldavie pourrait se diriger si le tourisme continue de croître rapidement, le regard vers la Roumanie est instructif. Dans ce pays, le marché immobilier des grandes villes a pratiquement doublé ses prix en six ans. Les consultants du cabinet Colliers anticipent même une nouvelle vague de hausse accélérée autour de 2026‑2027, à mesure que les conditions de financement s’assoupliront. À Bucarest, le nombre de permis de construire pour le logement a chuté de 45 % en trois ans, ce qui limite l’offre. Les taxes ont également contribué au choc : en 2025, la TVA sur les logements neufs est passée de 9 % à 21 %, provoquant un afflux d’acheteurs avant l’échéance, suivi d’une forte baisse de transactions (-14 % en 2024, -18 % au premier semestre 2025).
Un investisseur israélien a acquis 40 appartements en Moldavie, illustrant l’ampleur des achats d’investissement dans l’immobilier régional.
Le parallèle avec la Moldavie est doublement intéressant. D’une part, les spécialistes soulignent que le boom de prix à Chișinău n’est pas, à ce stade, une bulle purement spéculative : les loyers ont augmenté presque aussi vite que les prix d’achat, entraînant une progression des rendements bruts (environ 8,4 % dans le centre, près de 8,9 % à Rîșcani, 8 % à Botanica) et une cohérence entre valeur du bien et valeur locative. D’autre part, l’exemple roumain montre comment un marché peut devenir structurellement déséquilibré lorsque les projets sont bloqués, la fiscalité instable et la demande stimulée par le tourisme et l’investissement locatif.
En Moldavie, la démocratisation du crédit immobilier (taux moyens à 6,9 % fin 2024) a conduit à une forte hausse des achats financés par hypothèque : plus de 40 % à Chișinău en 2024 et plus de 65 % en 2025. Cependant, dans un contexte de baisse des permis de construire, le développement du tourisme, notamment via les locations de courte durée et les hôtels internationaux, pourrait réduire l’accessibilité au logement dans certaines zones, un phénomène déjà observé dans de nombreuses capitales européennes.
Entre opportunité et risque : quel avenir pour la relation tourisme‑immobilier en Moldavie?
Pour l’instant, l’impact direct du tourisme sur le marché immobilier moldave reste concentré sur quelques segments :
– les grandes opérations hôtelières et les complexes mixtes à Chișinău, qui revalorisent le centre et attirent d’autres investisseurs;
– le marché naissant des locations de courte durée, qui oriente une partie des petits appartements vers un usage touristique ou semi‑résidentiel;
– les projets d’agrotourisme et de tourisme rural, qui remettent en valeur le parc de maisons traditionnelles et engendrent de petites bulles de demande locale;
– les clusters touristiques et les routes thématiques (route du vin, route gastronomique transfrontalière) qui créent des micro‑marchés immobiliers autour de certains sites.
Mais plusieurs éléments laissent penser que ce lien va se renforcer :
Synthèse des principaux facteurs de croissance et d’attractivité pour les investisseurs, basée sur les données et tendances actuelles.
La Moldavie est parmi les 10 destinations européennes les plus performantes (OMT 2025), avec une hausse de 62% des arrivées internationales vs 2019. Projection : 247 000 touristes en 2028 (croissance annuelle moyenne de 3,2%).
Le cadre stratégique inclut ‘Tourism 2028’, une stratégie de durabilité (GSTC), un plan pour Chișinău et des aides aux PME rurales, visant à faire du tourisme un pilier du développement local.
Achat libre pour les non-résidents en zone urbaine, pas de plafond, fiscalité attractive (12% sur les loyers, taxe foncière faible, pas d’ISF) et programme de citoyenneté par investissement.
Un resserrement des règles sur les locations courtes-durée et projets touristiques est probable avec le rapprochement vers l’UE, inspiré de modèles comme la Roumanie, en réponse aux pressions sur le logement.
Dans ce contexte, la manière dont les autorités articuleront développement touristique, politique du logement et aménagement du territoire sera déterminante. Trois défis se dessinent clairement.
Préserver l’accessibilité au logement dans les zones touristiques
À Chișinău comme dans certaines localités rurales attractives, le risque est que les logements les plus centraux ou les maisons traditionnelles les plus séduisantes soient progressivement captés par les usages touristiques (hôtels, pensions, Airbnb, maisons d’hôtes), au détriment des résidents permanents. Le cas de nombreux centres historiques européens, vidés de leurs habitants, montre jusqu’où cette spirale peut aller.
La Moldavie, dont le volume de touristes reste encore modeste par rapport à son parc de logements, dispose d’une marge de manœuvre importante pour anticiper le développement touristique. Les autorités peuvent, par exemple, réserver certaines parties du parc immobilier à la résidence principale ou favoriser des modèles hybrides. Ces modèles, tels que le logement mixte, la cohabitation entre tourisme et résidents, ou l’instauration de quotas de nuitées, sont compatibles avec l’objectif de faire du pays une destination durable.
Assurer une montée en gamme sans dérive spéculative
L’arrivée de Hilton, Marriott ou Radisson Blu et la multiplication des projets de pensions ou de glamping risquent de créer un écart de plus en plus visible entre les biens rénovés aux standards internationaux et le reste du parc immobilier, souvent vétuste. Si cette montée en gamme reste cantonnée au segment touristique, l’effet de ruissellement sur le reste du bâti risque d’être limité. Si, au contraire, elle s’étend aux logements ordinaires via des rénovations massives, elle pourrait renchérir l’ensemble du marché, dans un pays où les salaires restent faibles et où l’exode de la population pèse sur la demande intérieure.
Les programmes publics peuvent orienter les investissements vers des projets à impact social (emplois, circuits courts, patrimoine) en subventionnant la préservation de l’authenticité et l’intégration locale. Cependant, la multiplication des achats massifs par des investisseurs étrangers illustre la frontière ténue entre investissement productif et spéculation pure.
Intégrer la Moldavie dans la régulation européenne des locations touristiques
Enfin, l’évolution du cadre européen sur les plateformes de location de courte durée et la pression croissante pour encadrer ces activités dans les grandes destinations touristiques posent une question stratégique : la Moldavie va‑t‑elle anticiper ces normes et construire un système de régulation propre, adapté à sa taille et à ses enjeux, ou se retrouver à devoir transposer dans l’urgence des règles élaborées ailleurs?
La réponse déterminera en grande partie le visage du marché immobilier touristique : un modèle relativement souple mais lisible, qui permet aux petits propriétaires de diversifier leurs revenus tout en protégeant les locataires de long terme, ou bien une zone grise où coexistent des projets structurés et un grand nombre d’activités informelles, avec des tensions récurrentes sur la fiscalité et l’urbanisme.
Conclusion : une fenêtre d’opportunité à manier avec prudence
L’impact du tourisme sur le marché immobilier en Moldavie est encore loin d’avoir atteint les proportions observées dans certaines métropoles européennes, mais les signes avant‑coureurs sont clairs. L’essor de la fréquentation, l’arrivée de grandes chaînes hôtelières, le dynamisme des locations de courte durée à Chișinău, le renouveau des maisons rurales grâce à l’agrotourisme et l’engagement des bailleurs internationaux dans des projets de clusters et d’infrastructures créent un environnement où l’immobilier devient un outil central de la stratégie touristique nationale.
Le développement touristique attire des capitaux, modernise le parc immobilier, crée des emplois locaux et revitalise des zones menacées de désertification. Cependant, dans un marché immobilier tendu où les prix ont fortement augmenté, il risque d’accentuer les inégalités d’accès au logement pour les ménages locaux et de créer de nouveaux déséquilibres.
Entre l’exemple roumain, où la spéculation immobilière et les blocages réglementaires ont rendu l’accès à la propriété extrêmement difficile, et celui des micro‑villages moldaves récompensés pour leur tourisme rural durable, la Moldavie dispose encore d’une fenêtre d’opportunité pour tracer une voie propre. À condition de considérer l’immobilier non comme une simple variable d’ajustement au service du tourisme, mais comme un bien commun à articuler soigneusement avec les ambitions de croissance, d’intégration européenne et de préservation de l’identité locale.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Moldavie pour chercher du rendement locatif et une exposition à une économie en développement. Budget alloué : 400 000 à 600 000 euros, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Chișinău, Bălți, zones périurbaines dynamiques), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel ou un petit ensemble d’appartements dans un quartier en croissance de Chișinău, combinant un rendement locatif brut cible de 8 à 10 % (« plus le rendement est grand, plus le risque est important ») et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 euros.
La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation et prise en charge par un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via société moldave) et définition d’un plan de diversification dans le temps. Ce type d’accompagnement permet à l’investisseur de profiter des opportunités du marché moldave tout en maîtrisant les risques juridiques, fiscaux et locatifs.
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