Depuis une dizaine d’années, la Colombie est passée du statut de “destination émergente” à celui de véritable poids lourd touristique en Amérique latine. Cette montée en puissance ne transforme pas seulement l’économie et l’image du pays : elle recompose en profondeur le marché immobilier, du centre historique de Cartagena aux quartiers branchés de Medellín, en passant par les tours modernes de Bogotá.
Derrière l’image paradisiaque, le tourisme de masse est un moteur majeur de la valorisation immobilière, générant des tensions sociales autour de l’accès à la terre et au logement.
Quand le tourisme devient moteur du marché immobilier
L’essor du tourisme en Colombie est spectaculaire. Le pays bat record sur record de fréquentation : plus de 6 millions de visiteurs internationaux récemment, une croissance annuelle du secteur touristique estimée entre 7 % et 9 %, et des recettes qui dépassent désormais celles de piliers traditionnels comme le café, les fleurs ou les bananes. Le tourisme est aujourd’hui la première source de devises hors secteur minier.
La valeur du marché immobilier colombien est évaluée à plus de 2 000 milliards de dollars.
Dans ce contexte, les destinations touristiques jouent un rôle de locomotive. Les grandes villes – Bogotá, Medellín, Cartagena, Cali, Barranquilla, Santa Marta – concentrent l’essentiel de la hausse de prix et de l’investissement. Le boom de la location de courte durée, dopé par les plateformes comme Airbnb ou Booking, agit comme un amplificateur : les rendements de ces locations peuvent être de 50 % à 150 % supérieurs à ceux d’une location longue durée classique, ce qui attire massivement le capital, local comme étranger.
Le poids économique des locations de courte durée
Airbnb estime que son activité génère plus de 10 000 milliards de pesos colombiens par an pour l’économie nationale, soit environ 2,6 milliards de dollars, et soutient plus de 200 000 emplois. Plus de 600 municipalités colombiennes dépendent de ce type d’hébergements pour compléter une offre hôtelière encore limitée.
Le nombre d’annonces actives de locations touristiques de courte durée en France en 2023, contre environ 73 000 en 2021.
On peut résumer cette montée en puissance dans le tableau suivant :
| Indicateur national locations courte durée | Point bas 2021 | Pic 2023 | Tendance |
|---|---|---|---|
| Nombre d’annonces actives | 73 090 | 123 640 | Forte hausse |
| ADR (tarif moyen par nuit) | 66 USD | 91 USD | Hausse graduelle |
| RevPAR (revenu / logement dispo) | 10 USD | 32 USD | x3,2 en 2 ans |
| Taux d’occupation maximal observé | 14 % | 35 % | Progression constante |
Cette croissance ne se contente pas de remplir les carnets de réservations : elle pèse sur les prix de vente, oriente les nouveaux projets immobiliers vers le “tourist rental friendly”, et rebat les cartes entre hôtels traditionnels et hôtes particuliers.
Comment les grandes villes se transforment sous la pression touristique
Si l’on veut comprendre l’impact du tourisme sur l’immobilier colombien, il faut regarder ville par ville. Chacune illustre un visage différent de ce phénomène, entre opportunités de rendement, envolée des prix et tensions sociales.
Medellín : capital des nomades digitaux et laboratoire de la gentrification
Medellín est devenue le symbole de la “nouvelle Colombie” : ville d’innovation, climat doux, meilleure sécurité, scène tech, coworkings à tous les coins de rue. C’est aussi l’un des épicentres du tourisme et de l’investissement immobilier.
Les quartiers d’El Poblado et Laureles cristallisent ces mutations. El Poblado, déjà aisé à l’origine, est aujourd’hui l’un des marchés les plus chers du pays, avec des prix au mètre carré couramment situés entre 1 500 et 2 500 dollars, voire plus dans les secteurs premium. La demande étrangère y est intense, portée par les nomades digitaux et un afflux de capital en dollars ou euros qui profite d’un peso déprécié d’environ 40 % face au dollar depuis 2015.
Dans les biens bien gérés, les meilleurs logements en courte durée affichent des taux d’occupation de 65% à 75%, avec des tarifs nocturnes de 55 à 100 dollars. Les rendements nets se situent souvent entre 6% et 10%, et peuvent dépasser ce seuil pour les produits haut de gamme spécialement conçus pour des plateformes comme Airbnb.
Dans Laureles, quartier plus résidentiel et “authentique” très prisé des étrangers, la pression est encore plus visible sur les loyers. Entre janvier et avril 2023, certains secteurs y ont vu les loyers bondir de 81 %. À El Poblado, la hausse atteint 33 % sur la même période. En trois ans, les prix de vente dans El Poblado auraient augmenté de l’ordre de 66 %, dopés par ce “Airbnb effect”.
On comprend mieux pourquoi Medellín connaît à la fois un boom touristique – environ 1,2 million de visiteurs étrangers sur une année récente, avec des pics à 136 000 visiteurs mensuels dans la seule Comuna 13 – et de fortes tensions sur le logement. La ville souffre d’un déficit estimé à plus de 50 000 logements, tandis qu’environ 11 % de la population n’a pas d’habitation stable.
Cartagena : le tourisme de luxe fait flamber la pierre
Cartagena est l’autre grande vitrine de la transformation immobilière portée par le tourisme. La ville caribéenne, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, cumule les superlatifs : hausse annuelle des prix de 10 à 12 %, forte demande internationale et valorisations spectaculaires dans le centre historique.
Dans la Ciudad Amurallada, la rareté des biens et le patrimoine unique ont entraîné une hausse des prix de 300% à 600% en quelques années. Les maisons coloniales, désormais évaluées entre 1 et 10 millions de dollars, sont principalement converties en hôtels-boutiques ou en locations de vacances de luxe.
Les quartiers de Bocagrande et Laguito, alignant tours modernes en front de mer, sont devenus un terrain de jeu classique pour l’investisseur touristique : un appartement d’une chambre proche de la plage tourne autour de 200 000 dollars, quand de grands logements en baie peuvent dépasser le million. Les rendements y sont doubles selon que l’on loue à l’année ou à la nuit : les baux traditionnels rapportent souvent 5–6 % brut, mais la courte durée permet régulièrement de franchir la barre des 12–15 %.
Tableau comparatif simplifié des grandes villes touristiques :
| Ville | Quartiers phares pour le tourisme | Prix typiques (1 chambre) | Rendements bruts courts séjours | Appréciation annuelle estimée |
|---|---|---|---|---|
| Medellín | El Poblado, Laureles | 75 000 – 250 000 USD | 12–15 % sur les meilleurs biens | 7–8 % (jusqu’à 10–15 % dans El Poblado) |
| Cartagena | Centre historique, Bocagrande | 90 000 – 350 000 USD (hors luxe) | 12–15 % fréquents | 10–12 % (record national) |
| Bogotá | Chapinero, La Candelaria, Usaquén | 65 000 – 200 000 USD | 5–8 % net en moyenne | 6–7 % |
Derrière ces chiffres flatteurs se cachent toutefois des conséquences lourdes pour les habitants. Dans le centre historique de Cartagena, la réglementation autorise essentiellement des usages liés au tourisme (hébergement, restauration, enseignement), réduisant progressivement la mixité résidentielle. De nombreux locaux quittent ces quartiers devenus inabordables, tandis que le tissu commercial se transforme pour servir quasi exclusivement les visiteurs.
Bogotá : stabilité, affaires… et pression des plateformes
La capitale offre un visage un peu différent. Bogotá n’est pas d’abord une ville de vacances, mais un hub économique et culturel, où se mêlent tourisme d’affaires, séjours urbains et long séjour pour expatriés.
Les quartiers de Chapinero, La Candelaria, Usaquén et Chicó sont très prisés des touristes et des cadres en déplacement. L’immobilier y présente un prix au mètre carré généralement compris entre 1 500 et 2 000 dollars, avec une appréciation annuelle de 6 à 7 %. Ces secteurs offrent également l’un des meilleurs rendements bruts du pays pour la location longue durée, avoisinant en moyenne 8 %.
Sur le marché des locations de courte durée, Bogotá se distingue par une forte régulation et un niveau élevé de formalisation : la quasi-totalité des annonces seraient déclarées. Les données issues de plateformes d’analyse montrent environ 12 000 annonces actives, des taux d’occupation proches de 56 % et un revenu annuel moyen de l’ordre de 6 000 dollars pour un logement type.
Le cas de Bogotá illustre comment un encadrement plus strict peut coexister avec un marché dynamique : les contraintes administratives imposent un niveau de professionnalisation plus élevé, mais sécurisent en même temps les investisseurs qui acceptent de jouer le jeu.
L’“Airbnb effect” : rendements records, loyers en hausse et touristification
La montée en puissance des plateformes de location saisonnière a des effets très concrets sur le marché immobilier colombien.
D’un côté, les chiffres de performance donnent le tournis : net yields annoncés entre 6 % et 10 % dans les meilleurs emplacements, rendements supérieurs de 50 % à 150 % à la location longue, taux d’occupation proches de 70–80 % dans les zones les plus touristiques, revenus bruts mensuels dépassant fréquemment 700 à 1 400 dollars pour un simple une chambre dans El Poblado.
De l’autre, le basculement massif de logements initialement loués à l’année vers la courte durée raréfie l’offre pour les habitants, fait grimper les loyers et accélère les phénomènes de gentrification et de “touristification”.
De la gentrification à la touristification
Dans Medellín, ce phénomène est particulièrement visible dans Laureles, El Poblado ou même la Comuna 13. Le processus est classique : arrivée de publics plus riches (touristes, expatriés, nomades digitaux), conversions d’appartements en locations de courte durée, arrivée de commerces et de services calibrés pour cette clientèle internationale, hausse des prix de l’immobilier, puis départ progressif des résidents les plus modestes.
Ce mouvement, décrit sous le terme de gentrification, prend une forme spécifique lorsque le moteur principal est le tourisme : on parle alors de touristification. Le quartier cesse progressivement d’être d’abord un lieu de vie pour les habitants pour devenir un décor pour visiteurs. À Cartagena, le centre historique est un cas d’école : les usages résidentiels se sont effacés au profit d’hôtels, bars, restaurants et locations de vacances.
Gentrification et touristification
Les chiffres de loyers confirment l’ampleur du choc pour les ménages locaux. Alors que le loyer moyen pour un une chambre en centre-ville colombien avoisine les 1,4 million de pesos (environ 350 dollars), on observe des valeurs bien supérieures dans les villes les plus touristiques : entre 2 et 4 millions de pesos à Cartagena, entre 400 et 700 dollars pour un une chambre en centre de Medellín, et 320–500 dollars à Bogotá.
Tableau comparatif des loyers mensuels estimés (une chambre, centre-ville) :
| Ville | Fourchette de loyer (COP) | Fourchette en USD approx. |
|---|---|---|
| Cali | 900 000 – 1 500 000 | 220 – 370 |
| Medellín | 1 100 000 – 3 000 000 | 270 – 730 |
| Bogotá | 1 100 000 – 3 500 000 | 270 – 857 |
| Cartagena | 2 000 000 – 4 000 000 | 490 – 978 |
Pour les ménages colombiens, dont les revenus sont en pesos et qui ne bénéficient pas de l’“arbitrage géographique” des nomades digitaux payés en dollars ou en euros, cette tension se traduit par une baisse d’accessibilité au logement, particulièrement dans les zones touristiques. Les affiches anti-nomades digitaux aperçues à El Poblado traduisent ce malaise grandissant.
Un déficit de logements aggravé par la demande touristique
Au niveau national, près de 26–27 % des ménages seraient touchés par un déficit de logement, soit environ 4,9 millions de foyers. Pour la première fois, la Colombie compte plus de locataires que de propriétaires : 7,3 millions de ménages locataires contre 7,1 millions de propriétaires.
Analyse des pressions exercées par la location touristique sur le marché immobilier résidentiel dans les villes attractives.
Chaque appartement converti en location touristique diminue d’autant le nombre de logements disponibles pour les résidents permanents.
Les villes touristiques subissent à la fois une forte demande résidentielle due à l’urbanisation (80% de la population en ville) et une pression touristique croissante.
L’offre est contrainte par des coûts de construction élevés et des freins réglementaires, amplifiant la tension sur le marché.
Nomades digitaux : un tourisme qui ne dit pas son nom
Le lancement officiel du visa de type “V” pour nomades digitaux a marqué un tournant. Ce dispositif, en vigueur depuis 2023, permet de rester jusqu’à deux ans en Colombie, sous réserve de justifier d’un revenu mensuel au moins trois fois supérieur au salaire minimum (environ 1 100 à 1 200 dollars) et d’une assurance santé adéquate.
Medellín est la principale bénéficiaire de cette politique : on estime qu’environ 15 000 nomades digitaux y vivent en permanence, avec un flux mensuel de plusieurs milliers d’arrivées. Leur durée moyenne de séjour, autour de 28 jours, les place à mi-chemin entre touriste et résident.
Pour le marché immobilier, l’impact est double :
Les expatriés influencent fortement le marché immobilier. En location, ils recherchent des quartiers sûrs et bien connectés (El Poblado, Laureles, Envigado, Chapinero, Zona Rosa), privilégient les logements meublés avec une bonne connexion internet via des plateformes saisonnières, et leurs loyers élevés tirent les prix à la hausse. En achat, certains deviennent investisseurs, attirés par les rendements et la plus-value, facilités par des visas d’investissement accessibles à partir d’environ 100 000 à 120 000 dollars.
Là encore, ce public renforce autant l’attractivité et la solvabilité du marché qu’il nourrit les dynamiques de gentrification et d’exclusion, surtout dans les quartiers centraux en vogue.
Un cadre légal en pleine recomposition
Face à l’explosion des locations touristiques, l’État colombien a progressivement construit un arsenal réglementaire, aujourd’hui en pleine phase de durcissement.
RNT, TRA, SIRE : la formalisation tous azimuts
Au cœur du système se trouve le Registro Nacional de Turismo (RNT). Toute activité d’hébergement à court terme doit y être inscrite, y compris les appartements loués via les plateformes. Sous l’impulsion de la loi 2068 de 2020 et d’autres textes (Loi 1558 de 2012, Loi 675 sur la propriété horizontale, Décret 1074 modifié par le Décret 1836 de 2021), le cadre a été drastiquement renforcé :
– obligation pour les hôtes d’obtenir un numéro RNT, de le mettre à jour annuellement et de le communiquer aux plateformes ;
– enregistrement systématique des clients via la Tarjeta de Registro de Alojamiento dans le SIAT ;
– inscription des étrangers dans le système SIRE géré par Migración Colombia ;
– souscription obligatoire d’une assurance responsabilité civile ;
– paiement d’une contribution parafiscale au tourisme (2,5 pour mille du chiffre d’affaires).
À Medellín, plus de la moitié des prestataires d’hébergement (environ 2 883) disposent d’un RNT actif, tandis qu’une part significative (près de 46 %) a suspendu ou annulé son enregistrement, souvent faute de pouvoir suivre le rythme des exigences ou de rester rentable.
Plateformes dans le viseur
Un décret spécifique, émanant du Ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme (MinCIT), vise désormais directement les plateformes comme Airbnb. L’esprit du texte est clair : passer d’un modèle déclaratif à un modèle de contrôle ex ante, où les plateformes deviennent co-responsables de la légalité des annonces.
Les principales obligations prévues incluent :
– vérification semestrielle du RNT de chaque hôte ;
– confirmation du respect des règles de zonage et des règlements de copropriété ;
– détection des annonces dupliquées ;
– interconnexion en temps réel avec la base de données gouvernementale ;
– dépôt d’un plan de conformité pour les plateformes étrangères.
Les sanctions peuvent être considérables : suspension d’annonces, amendes pouvant aller jusqu’à 2 000 fois le salaire minimum mensuel légal – soit autour de 2,6 milliards de pesos, près de 500 000 dollars – et jusqu’à 5 ans de suspension ou d’annulation du RNT.
Les acteurs du numérique, réunis au sein de la Chambre colombienne des technologies de l’information (CCIT), alertent sur un risque de “blackout numérique” si ces exigences, jugées parfois techniquement impossibles, sont appliquées sans période de transition.
Taxe touristique locale imposée par la ville de Cartagena sur les nuitées.
Copropriétés : sous-régulation locale, sur-régulation interne
Sous le régime de la propriété horizontale (Loi 675), les immeubles en copropriété ont la faculté d’interdire purement et simplement la location de moins de 30 jours, sauf mention expresse dans leur règlement. De nombreux immeubles résidentiels, confrontés aux nuisances et va-et-vient permanents liés aux locations touristiques, ont opté pour cette interdiction.
Résultat : les unités dont le règlement autorise explicitement la location courte durée se négocient avec une prime significative, estimée entre 10 % et 20 % par rapport à des biens comparables situés dans des copropriétés plus restrictives. La faculté de louer en courte durée devient elle-même un actif valorisable.
Tableau récapitulatif des principaux coûts et risques réglementaires pour un investisseur locatif touristique :
| Poste / risque | Fourchette / impact estimé |
|---|---|
| Coûts de conformité annuels (par bien) | 800 – 3 000 USD, > 5 000 USD pour le haut de gamme |
| Poids des charges d’exploitation | 30–45 % des revenus bruts |
| Impact fiscal et réglementaire sur la rentabilité | -10 à -30 % par an |
| Effet d’un plafonnement des nuitées | -20 à -50 % de revenus Airbnb possibles |
| Amendes pour absence de RNT / non-respect du zonage | jusqu’à 2 000 SMMLV (≈ 500 000 USD) |
| Suspension / annulation RNT | jusqu’à 5 ans |
Ce durcissement vise officiellement trois objectifs : lutter contre l’informalité, protéger le voisinage et contrer les dérapages liés au tourisme sexuel ou à l’exploitation de mineurs, dont certains cas ont défrayé la chronique à Medellín.
Tourisme, hôtels et concurrence avec les plateformes
La montée des locations de courte durée n’a pas seulement remodelé le résidentiel : elle a aussi rebattu les cartes dans l’hôtellerie. L’association hôtelière COTELCO fait état d’une baisse de 3,2 % du chiffre d’affaires du secteur en 2023, en partie attribuée à la concurrence des plateformes.
Le secteur hôtelier à Medellín est en forte expansion avec des dizaines d’ouvertures récentes, plus de 40 projets annoncés sur trois ans et une capacité d’environ 45 000 lits. Des chaînes internationales majeures (Hilton, Accor, Marriott, Four Seasons, NH, Wyndham) investissent massivement, attirées par des régimes fiscaux avantageux : un impôt sur les sociétés à 9% pendant 10 à 20 ans pour les nouveaux hôtels dans certaines municipalités et des exonérations partielles de TVA sur les matériaux.
Cette dualité – croissance des hôtels et essor des locations entre particuliers – façonne une offre hybride où chaque segment se spécialise :
– Les hôtels misent sur le MICE (tourisme d’affaires et congrès), le tout inclus, les séjours très courts, la clientèle corporate.
– Les locations touristiques captent les séjours plus longs, les familles, les groupes, les nomades digitaux et les voyageurs à la recherche d’une expérience “comme à la maison”.
Pour les investisseurs immobiliers, cette concurrence crée aussi des opportunités nouvelles : co-living, résidences de services, projets hybrides mêlant appartements, espaces de travail et services hôteliers, modèles “build-to-rent” orientés tourisme, etc.
Un marché dopé par l’investissement étranger
La dimension internationale est impossible à ignorer. Les investissements étrangers dans l’immobilier colombien ont bondi de l’ordre de 340 % depuis 2020. Au total, la Colombie a attiré environ 17,4 milliards de dollars d’IDE récemment, dont une part croissante dans les secteurs non énergétiques, y compris l’immobilier, le commerce, les restaurants et les hôtels.
Les acheteurs étrangers représentent entre 15 % et 20 % de la demande nationale globale, avec des pics à 35–40 % dans des marchés très touristiques comme Cartagena, 25–30 % à Medellín et 10–15 % à Bogotá. Les États-Unis, le Canada et plusieurs pays européens fournissent la majorité de ces acquéreurs.
Le prix maximum en dollars par mètre carré pour un bien immobilier à Buenos Aires, hors secteurs ultra premium.
Les différents visas d’investissement (M-Investissement autour de 100 000–120 000 dollars), résidence permanente à partir de 185 000 dollars environ et les règles de propriété très ouvertes – aucun plafond ni restriction spécifique pour les étrangers – renforcent encore l’attrait du pays comme destination de placement et de résidence secondaire, surtout dans les zones touristiques.
Tourisme durable, écotourisme et nouveaux territoires immobiliers
Tout le tourisme colombien ne se résume toutefois pas à la côte caraïbe et aux quartiers branchés de Medellín. Le gouvernement a fait du tourisme durable une priorité, avec une politique nationale de durabilité adoptée par décret et une série d’outils de certification (normes techniques NTS, accréditation ONAC, labels de destinations durables).
Des régions colombiennes telles que la côte Pacifique, l’Axe du café, la Sierra Nevada de Santa Marta, l’Amazonie et certaines zones post-conflit (comme Meta, Caquetá et Guainía) sont encouragées comme terrains d’expérimentation pour des projets d’écotourisme et de tourisme communautaire. Les investissements y sont plus modestes, mais la logique diffère : elle repose sur la participation active des communautés locales, la valorisation de l’environnement naturel et la limitation des impacts négatifs.
Pour l’immobilier, cela ouvre un autre front, plus discret mais réel : écolodges, petites structures de glamping, fincas accueillant des touristes, hébergements d’aventure ou d’observation de la nature. Ces segments restent loin des volumes de Cartagena ou Medellín, mais peuvent offrir des rendements intéressants (souvent entre 6 % et 8 % brut dans des villes comme Santa Marta ou Pereira) et une diversification géographique.
La question majeure est de savoir si la Colombie parviendra à étendre le “modèle Medellín–Cartagena” à ces régions sans reproduire les mêmes erreurs de sur-tourisme, de pollution ou de spéculation foncière qui poussent déjà certains habitants, par exemple dans des villages comme Salento, à quitter leurs terres devenues trop chères.
Vers un équilibre encore introuvable entre tourisme et droit au logement
L’impact du tourisme sur le marché immobilier colombien est ambivalent. D’un côté, les bénéfices sont évidents : valorisation patrimoniale, rendements locatifs supérieurs aux standards régionaux, influx massif de devises, modernisation du parc immobilier, multiplication d’initiatives dans le secteur des services, et création de centaines de milliers d’emplois.
De l’autre, les signaux d’alerte se multiplient : flambée des loyers dans certains quartiers, déficit de logements persistants, tensions sociales autour des nomades digitaux, dérives du tourisme sexuel et de la drogue, surenchère réglementaire risquant un blocage brutal de certains marchés, et fragilisation de l’accès au logement pour une fraction importante des ménages.
Les recettes touristiques pourraient atteindre jusqu’à 17 milliards de dollars dans les prochaines années.
Pour les autorités comme pour les acteurs du secteur, tout l’enjeu des prochaines années sera de transformer ce boom touristique en un moteur durable du marché immobilier, plutôt qu’en bombe sociale à retardement. Cela passera par au moins trois lignes de force :
Trois leviers sont essentiels : une régulation mieux calibrée pour éviter à la fois l’impunité des opérateurs informels et un ‘blackout numérique’ ; des politiques de logement ambitieuses pour produire une offre abordable dans les villes où les loyers sont tirés vers le haut par le tourisme ; et une diversification réelle des modèles touristiques, privilégiant dans certaines régions les projets communautaires, écologiques et de petite taille plutôt que la spéculation immobilière de masse.
Le marché immobilier colombien reste, à bien des égards, l’un des plus attractifs d’Amérique latine pour les investisseurs à la recherche de rendement et de plus-value. Mais cette attractivité, largement portée par le tourisme, a un prix : celui de la tension entre une économie qui se mondialise et des habitants qui, eux, n’ont pas la possibilité de changer de devise ni de quartier au gré des tendances.
La façon dont la Colombie arbitrera entre ces intérêts contradictoires dira beaucoup de la trajectoire que prendra le pays dans les années à venir : vitrine d’un tourisme rentable et inclusif… ou nouveau cas d’école d’un marché immobilier emporté par la vague touristique au détriment de ses propres citoyens.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Colombie afin de rechercher du rendement locatif et une exposition au peso colombien. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (Bogotá, Medellín, Carthagène), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement haut de gamme ou une maison de ville dans un quartier en forte croissance à Medellín ou Carthagène, combinant rendement locatif brut cible de 10 % – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via société locale) et définition d’un plan de diversification dans le temps.
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