Les lois et régulations immobilières à connaître au Porto Rico

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Acheter, louer ou développer un bien au Porto Rico, ce n’est pas seulement une histoire de coup de cœur face à une plage ou à un quartier vivant de San Juan. Derrière chaque appartement en condominio, chaque villa en bord de mer ou chaque projet de rénovation se cache un ensemble de règles très structurées, issues à la fois du droit civil d’inspiration espagnole et du droit fédéral américain. Comprendre ce cadre est indispensable pour sécuriser une transaction, exploiter un bien en location ou lancer un projet de développement.

Un système juridique hybride qui façonne l’immobilier

Le Porto Rico est un territoire des États‑Unis doté de sa propre Constitution et d’un système juridique mixte. Pour l’immobilier, cela se traduit par une combinaison de droit civil (héritage espagnol) et de concepts de common law importés du système américain, le tout sur fond de lois fédérales applicables sauf exception expresse.

Le texte central est le Code civil du Porto Rico (Acte n° 55‑2020), entré en vigueur fin 2020, qui encadre la propriété, les contrats, les successions et les droits réels. À ses côtés, la Loi sur le Registre de la Propriété (Acte n° 216‑2015) et son règlement de 2016 organisent l’inscription des droits immobiliers au Registro de la Propiedad. La Loi notariale encadre quant à elle la rédaction et la signature des actes publics.

Bon à savoir :

Selon la nature de l’actif immobilier, des textes de loi spécialisés s’appliquent, tels que les lois sur les condominiums, les condohôtels ou les multipropriétés (timeshares). De plus, sauf exclusion expresse, les lois fédérales américaines concernant la consommation, le crédit immobilier (ex: Truth-in-Lending Act) et l’environnement (ex: CERCLA, Clean Air Act, Clean Water Act) sont également applicables.

Dans ce cadre, un principe de droit civil domine : les conventions légalement formées tiennent lieu de loi entre les parties. Autrement dit, les contrats immobiliers – qu’il s’agisse d’un bail, d’une promesse de vente ou d’un contrat de construction – jouent un rôle central et seront appliqués strictement, tant qu’ils ne heurtent ni l’ordre public ni les bonnes mœurs.

Les formes de propriété et de droits réels

Au Porto Rico, plusieurs catégories de droits peuvent porter sur un même bien, avec des effets très différents pour l’investisseur ou l’occupant. Le droit de propriété « en pleine propriété » (fee simple) reste la forme la plus courante, mais loin d’être la seule.

On distingue notamment :

Exemple :

Le droit immobilier distingue plusieurs régimes de propriété et droits réels. La pleine propriété (« pleno dominio ») confère l’intégralité des attributs de la propriété. La copropriété indivise (« comunidad de bienes ») implique plusieurs propriétaires détenant chacun une quote-part abstraite. Le régime de condominium (« régimen de condominio »), courant en zones urbaines et littorales, combine la pleine propriété d’un lot privatif et la propriété commune des parties partagées. Le condohôtel en est une variante intégrant des programmes de location touristique. Parmi les autres droits figurent le bail (« arrendamiento »), l’usufruit (« usufructo »), le droit de superficie (« derecho de superficie »), les servitudes, ainsi que l’option d’achat et le droit de premier refus, fréquents dans les montages d’investissement.

En principe, sol et constructions sont juridiquement indissociables, par le jeu du droit d’accession : tout ce qui est construit sur un terrain en devient partie intégrante. Ce principe peut toutefois être contourné via un droit de superficie ou certaines clauses de bail long.

Qui peut détenir un bien immobilier ?

La propriété peut être enregistrée au nom d’une personne physique, d’une société (corporation, LLC, partnership), d’une fiducie (trust) ou d’une indivision. Le Porto Rico n’impose pas de restriction générale aux étrangers : citoyens américains comme non‑Américains peuvent acheter sans régime particulier, sous réserve des contraintes fédérales visant certaines catégories de personnes.

Attention :

La Constitution interdit à toute personne morale de détenir plus de 500 acres (environ 202 hectares) de terres à vocation agricole. Ce plafond est calculé en prenant en compte l’ensemble des filiales et entités sous contrôle commun. De plus, les sociétés ne peuvent posséder que les biens strictement nécessaires à la poursuite de leur objet social.

Transparence et trusts

Les structures de fiducie (trusts) sont reconnues : la propriété est alors inscrite au nom du trust, qui est le propriétaire légal, tandis que les bénéficiaires restent en arrière‑plan. Il n’existe pas d’obligation de publicité de l’ultime bénéficiaire au registre foncier. En revanche, chaque acte de vente ou d’hypothèque doit être passé devant notaire, lequel vérifie l’identité et les pouvoirs du signataire et les consigne dans l’acte.

Le Registre de la Propriété : clé de la sécurité juridique

Même si, techniquement, la validité d’un transfert de propriété n’est pas conditionnée à son inscription au Registre, dans la pratique l’enregistrement est quasi incontournable. Le Registre de la Propriété du Porto Rico fonctionne comme un système de publicité foncière officiel : un acte enregistré est opposable aux tiers de bonne foi, alors qu’un droit non inscrit reste fragile face à un acquéreur ou créancier postérieur dûment enregistré.

Astuce :

Les recherches foncières se font désormais en ligne via la plateforme « Karibe ». Toute personne peut s’y enregistrer pour accéder aux fiches des immeubles et vérifier l’état des inscriptions (propriétaire, hypothèques, servitudes, baux enregistrés, etc.) moyennant un coût modeste d’environ 10 dollars par consultation. Les copies électroniques des documents déposés sont consultables du dépôt jusqu’à 30 jours après leur inscription définitive.

Pour être enregistré, un droit réel (vente, hypothèque, droit de superficie, bail de longue durée, servitude, restriction de lotissement, etc.) doit être contenu dans un acte public signé devant un notario, avocat‑notaire licencié au Porto Rico. La preuve de dépôt au Registre est souvent exigée dans les opérations commerciales, notamment par les banques et les investisseurs institutionnels.

Principales tranches de frais d’enregistrement

Les coûts liés à l’enregistrement d’un acte (vente ou hypothèque) et aux timbres fiscaux sont significatifs et doivent être anticipés dans le plan de financement. À titre indicatif :

Type de fraisBase de calculBarème indicatif
Droits d’enregistrement (vente)Prix ou total des hypothèques, le plus élevé2 $ / 1 000 $ sur les 25 000 premiers $, puis 4 $ / 1 000 $ au‑delà + frais de dépôt autour de 15,50 $
Timbres fiscaux – acte originalMontant de la transaction2 $ pour les 1 000 premiers $, puis 1 $ / 1 000 $
Timbres fiscaux – copie pour le RegistreMontant de la transaction1 $ pour les 1 000 premiers $, puis 0,50 $ / 1 000 $
Honoraire notarial (transaction)Montant de la transaction≤ 10 000 $ : 150 $ ; 10 000–5 M$ : 0,5–1 % ; > 5 M$ : min. 25 000 $

Ces barèmes sont encadrés par le tarif notarial local : les pourcentages sont négociables dans une fourchette, mais restent réglementés.

Acheter un bien : du contrat à l’acte public

Pour un acheteur venu de l’extérieur, la procédure ressemble à une transaction américaine, mais avec l’empreinte forte du droit civil et du formalisme notarial.

Le processus type inclut généralement : l’évaluation des besoins, la planification des ressources, la mise en œuvre des solutions, le suivi et l’évaluation des résultats.

– Une lettre d’intention (LOI) non contraignante sur le prix et les grandes lignes de l’opération, mais souvent engageante sur la confidentialité et l’exclusivité

– Un contrat d’achat‑vente (Purchase and Sale Agreement) ou une option d’achat, qui fixe condition suspensive, prix, calendrier, répartition des coûts, garanties du vendeur, etc.

– Une période de due diligence, durant laquelle l’acheteur vérifie la situation juridique, urbanistique, environnementale et technique du bien

– La signature de l’escritura pública d’achat‑vente devant notaire, puis l’enregistrement au Registre

La due diligence : un passage obligé

Au Porto Rico, la prudence impose de vérifier bien plus que le seul titre de propriété. Les audits préalables portent en pratique sur plusieurs volets, souvent avec l’appui de professionnels locaux :

Domaine vérifiéPoints de vigilance principaux
Titre de propriété et chargesPropriétaire inscrit, hypothèques, servitudes, baux enregistrés, droits de superficie
Fiscalité locale (CRIM)Arriérés de taxes foncières, certificats de conformité fiscale, taxes municipales spéciales
Urbanisme / zonageClassification de zone, usages autorisés, densité, hauteurs, retraits, éventuelles dérogations
EnvironnementContaminations potentielles, zone inondable, présence de milieux sensibles, obligations de dépollution
Bâtiment / structureÉtat des structures, conformité au Puerto Rico Building Code, risques sismiques et cycloniques
Contrats en coursBaux, contrats de services, garanties constructeurs, litiges pendants

La responsabilité environnementale mérite une attention particulière. En cas de pollution historique, le droit local comme fédéral applique souvent une responsabilité conjointe et solidaire : propriétaire actuel, propriétaires passés, exploitants et certains prêteurs peuvent être tenus de financer la dépollution. D’où l’importance de réaliser un audit environnemental de type Phase I selon la norme ASTM E1527‑21, afin d’établir un « état zéro » et, le cas échéant, bénéficier de certaines protections.

Rôle central du notaire‑avocat

Au Porto Rico, les notaires sont obligatoirement des avocats licenciés. Ils rédigent les actes de vente, d’hypothèque, de constitution de droit de superficie, vérifient l’identité et les pouvoirs des signataires, s’assurent de la conformité formelle aux lois et se chargent du dépôt au Registre. Ils sont censés rester neutres entre vendeur et acheteur, ce qui n’empêche pas chaque partie de se faire assister par son propre conseil pour la négociation des contrats en amont.

Bon à savoir :

Dans une transaction, chaque partie supporte généralement ses propres honoraires d’avocat conseil. Les honoraires notariaux sont, en principe, à la charge du vendeur pour l’acte de vente et de l’emprunteur pour l’acte d’hypothèque. Cette répartition peut toutefois être modifiée par accord entre les parties.

Fiscalité immobilière : impôts fonciers, plus‑values et incitations

La fiscalité est l’un des champs où l’hybridation porto‑ricaine se manifeste le plus fortement. Le territoire constitue une juridiction fiscale distincte des États‑Unis, tout en restant soumis à certains mécanismes fédéraux, notamment pour les non‑résidents américains.

Taxes foncières locales

L’impôt foncier (Impuesto Predial) est prélevé au niveau municipal et collecté par le Centre de Perception des Revenus Municipaux (CRIM). Le taux varie selon les municipalités, en général entre 8,08 % et 11,83 %, mais ce pourcentage s’applique à une valeur cadastrale historisée, souvent basée sur un coût de remplacement daté (1957) réajusté en fonction des améliorations ou des transactions foncières.

Certaines communes, comme Dorado ou Isabela, ajoutent une taxe spéciale de transfert de propriété sur les ventes réalisées sur leur territoire. Ces surtaxes locales, parfois fluctuantes, doivent être intégrées aux projections de coût lors de l’acquisition ou de la revente.

Plus‑values et retenues pour les non‑résidents

En cas de cession d’un bien, la plus‑value est en principe soumise à un impôt d’environ 15 %, avec plusieurs dispositifs d’exonération (échanges de biens similaires, conversions forcées, transferts liés au divorce, etc.). Pour les sociétés étrangères non engagées dans un commerce ou une entreprise au Porto Rico, des retenues à la source s’appliquent :

29

Le taux d’imposition sur les revenus locatifs est de 29 %.

Le vendeur peut toutefois opter pour un traitement assimilé à un établissement stable, et être alors imposé selon les barèmes ordinaires de l’impôt sur les sociétés, jusqu’à 37,5 % sur le revenu net après charges.

Il n’existe pas de TVA sur les loyers ni sur les ventes immobilières, ce qui distingue le Porto Rico de nombreuses juridictions européennes.

Incitations fiscales et Act 60

Le Porto Rico a bâti une partie de son attractivité immobilière sur un arsenal d’incitations fiscales regroupées par l’Acte 60 (Incentives Code). Plusieurs chapitres intéressent directement les propriétaires et développeurs :

Incentivos Fiscales en Puerto Rico

Principales regímenes fiscales beneficiosos para empresas y nuevos residentes, con tipos reducidos y exenciones.

Exportación de Servicios

Tipo fijo del 4% sobre el beneficio neto de servicios prestados a clientes fuera del territorio. Incluye exención del 75% del impuesto sobre bienes inmuebles y reducción del 50% de la patente municipal para los activos utilizados en la actividad.

Turismo e Industria

Tipo del impuesto sobre beneficios reducido al 4% para actividades en estos sectores. Aplican exenciones parciales del impuesto sobre bienes inmuebles y de tasas municipales para los activos afectos a la actividad.

Residentes Inversores Individuales

Para personas que se conviertan en residentes fiscales: exención total del impuesto puertorriqueño sobre dividendos, intereses y plusvalías de valores generados tras la instalación. Las reglas evolucionarán progresivamente para nuevas solicitudes a partir de 2026.

Pour bénéficier de ces régimes, la loi impose des conditions strictes : résidence effective (présence physique d’au moins 183 jours par an au Porto Rico, « tax home » local, liens plus étroits avec l’île qu’avec tout autre territoire), obligations de dons annuels à des organismes caritatifs locaux, achat d’une résidence principale sur l’île dans un délai de deux ans après l’obtention du décret, etc.

Pour l’immobilier en particulier, certaines exonérations de taxe foncière (jusqu’à 75 % pour les structures d’export de services et pour des projets industriels ou touristiques) peuvent transformer profondément la rentabilité d’un projet, à condition d’obtenir un décret individuel de l’administration économique (DDEC) et de maintenir les engagements pendant toute la durée (souvent 15 ans renouvelables).

Urbanisme, zonage et permis de construire

Détenir un terrain ou un bâtiment ne suffit pas : encore faut‑il pouvoir l’utiliser ou le transformer conformément aux règles d’urbanisme et de construction. Au Porto Rico, l’architecture institutionnelle est dense : Junta de Planificación (Conseil de planification), Oficina de Gerencia de Permisos (OGPe), municipalités autonomes, agences environnementales, autorités des ressources naturelles (DRNA), entre autres.

Zonage et usages autorisés

Le Porto Rico est régi par un Plan d’Utilisation des Sols adopté par la Junta de Planificación et approuvé par le gouverneur, qui fixe les grandes catégories de sols (zones urbaines, rustiques, secteurs spéciaux, zones côtières, etc.). Ce plan est décliné en plans municipaux (Plan de Ordenación Territorial) et en un Règlement conjoint des permis qui détaille les règles par zone : usages autorisés (résidentiel, commercial, industriel, touristique, agricole, mixte), densité maximale, hauteurs, emprises, retraits, occupation au sol, etc.

Bon à savoir :

Le zonage à Porto Rico comprend des classes résidentielles (R‑1, R‑2, R‑3), commerciales (C), industrielles (I), mixtes (MU) et des secteurs spéciaux (E1 à E7, S1, M1 à M4, etc.), avec des règles spécifiques pour des quartiers comme le vieux San Juan, Condado ou Santurce. En zone côtière, un règlement conjoint impose des règles sur l’accès public aux plages, les distances minimales par rapport à la laisse de haute mer, les hauteurs des constructions et la protection des écosystèmes (mangroves, dunes, tortues marines).

Avant toute acquisition spéculative, il est recommandé de solliciter une « consulta de ubicación » auprès de l’OGPe via le portail unique d’affaires (Single Business Portal). Ce document confirme la classification de la parcelle, les usages permis et les principales contraintes (environnementales, patrimoniales, infrastructures). Il conditionne la faisabilité d’un projet résidentiel, touristique ou commercial.

Le Code du bâtiment porto‑ricain

Les constructions neuves et certaines rénovations importantes doivent respecter le Puerto Rico Building Code (PRBC), aujourd’hui basé sur les codes modèles de l’International Code Council (ICC). Après des versions de 1999 et 2011, le PRBC 2018 a été adopté avec une période de transition, puis rendu obligatoire pour tous les nouveaux projets.

Ce corpus intègre plusieurs volets : structures, électricité (NFPA 70), mécanique, plomberie, énergie (Energy Conservation Code), assainissement, piscines et spas, bâtiments existants. Il est fortement orienté vers la résilience :

Attention :

Les projets de construction à Porto Rico doivent intégrer des normes renforcées pour résister aux risques naturels majeurs : résistance aux ouragans (vents jusqu’à 185 mph selon ASCE/SEI 7‑16), dimensionnement parasismique adapté à la zone de forte activité, et gestion des risques d’inondation (surélévation, systèmes d’eaux pluviales, ouvertures conformes FEMA). L’intégration d’énergies renouvelables, de matériaux résistants à la corrosion et de standards d’efficacité énergétique est également encouragée.

Pour les bâtiments existants, un code spécifique encadre les travaux de réparation, de changement d’usage ou d’extension, avec des exigences adaptées. Dans les secteurs historiques comme le vieux San Juan, des règles patrimoniales s’ajoutent pour préserver l’intégrité architecturale : matériaux, façades, hauteurs, couleurs peuvent être strictement réglementés, et des permis particuliers sont nécessaires.

Le processus de permis

Toute opération significative (construction, urbanisation, démolition, changement d’usage, découpage parcellaire) transite désormais par le portail numérique unique, géré par l’OGPe ou, pour les municipalités autonomes, par leurs bureaux de permis.

Le schéma classique comprend : les éléments de base qui constituent l’architecture d’un système.

Bon à savoir :

Le processus comprend plusieurs étapes obligatoires : une pré‑concertation avec les autorités, la constitution d’un dossier technique complet, le dépôt d’une demande de permis consolidé ou de certificats séparés, un examen par les services compétents pouvant inclure des audiences publiques, la délivrance d’un permis conditionnel, des inspections périodiques sur chantier par un inspecteur indépendant, et enfin, la délivrance d’un certificat d’occupation (Single Permit) en fin de travaux pour autoriser la mise en service.

Les délais varient fortement selon la complexité du projet et la sensibilité du site. À titre d’ordre de grandeur, des maisons individuelles simples peuvent obtenir un permis en quelques mois, tandis que des projets en zone côtière ou historique peuvent nécessiter 18 à 36 mois de procédure.

Baux d’habitation et commerciaux : un cadre plutôt favorable aux bailleurs

Contrairement à certaines juridictions qui disposent d’un code locatif très détaillé, le Porto Rico ne s’appuie pas sur une grande loi unifiée « propriétaires‑locataires ». Les relations entre bailleurs et locataires relèvent principalement du droit commun des contrats tel que prévu par le Code civil, enrichi de quelques textes et de la jurisprudence. Globalement, le système est considéré comme plutôt « pro‑bailleur », même si les locataires bénéficient de garanties de base.

Formation et contenu du bail

Un bail peut être verbal ou écrit. Dans la pratique, tout bail un tant soit peu sérieux est contracté par écrit, ne serait‑ce que pour fixer le loyer, la durée, les charges et les responsabilités de chacun. En l’absence de précision sur la durée, la loi présume un bail d’un an, renouvelable par reconduction tacite tant qu’aucune partie ne notifie son intention de mettre fin au contrat.

Bon à savoir :

Les loyers et leurs modalités de paiement sont librement négociés, car il n’existe pas de contrôle généralisé des loyers. Certaines municipalités peuvent appliquer des règles locales, mais aucun plafonnement à grande échelle n’est en vigueur. Pour être valable, toute augmentation de loyer doit être notifiée par écrit avec un préavis raisonnable, généralement d’au moins 30 jours.

Sauf clause contraire, le locataire peut sous‑louer, et les baux peuvent être cédés ou sous‑loués avec l’accord du propriétaire. De nombreux contrats prévoient toutefois que toute cession ou sous‑location nécessite le consentement écrit du bailleur.

Obligations par défaut des parties

Le Code civil pose un ensemble d’obligations supplétives, applicables à défaut de stipulation contraire.

Côté bailleur, les devoirs principaux incluent :

Délivrer le bien dans un état propre à l’usage convenu

Réaliser et financer les travaux nécessaires à cet usage

Assurer, dans un délai raisonnable, les réparations indispensables

S’abstenir de modifications qui compromettraient l’usage convenu

Côté locataire, les obligations de base sont :

Respecter l’usage prévu au contrat et ne pas le modifier sans accord

Entretenir le bien, l’utiliser en bon père de famille et prendre en charge les petites réparations courantes

– Effectuer, en cas d’urgence, des réparations nécessaires aux frais du bailleur, en l’en informant

– Payer loyers et charges (eau, électricité, télécoms) dans les délais

– Informer le bailleur de toute atteinte ou dommage subi par le bien

– Laisser le bailleur inspecter les lieux à des horaires raisonnables, après préavis

Bon à savoir :

En cas de violation grave du contrat de location (comme un non-paiement répété du loyer, un changement d’usage des lieux, d’importantes dégradations ou un abandon du logement), le propriétaire a le droit de demander la résolution judiciaire du bail, une indemnisation pour les préjudices subis (dommages-intérêts) et l’expulsion du locataire.

Enregistrement des baux au Registre

Les baux sont des droits personnels et n’ont, en principe, d’effet qu’entre les parties. Toutefois, pour protéger un locataire ou rendre un bail opposable à un acquéreur ultérieur, il est possible – et parfois stratégique – de l’enregistrer au Registre de la Propriété.

Un bail d’une durée de six ans ou plus est, par exception, considérée comme grevant l’immeuble et peut être inscrit comme charge. Des baux de durée plus courte peuvent également être enregistrés si les parties en conviennent. Dans tous les cas, cela suppose de convertir le bail en acte public notarié et de payer timbres et droits d’enregistrement, calculés sur le loyer cumulé (généralement limité aux 15 premières années pour le calcul des droits).

Pour un investisseur achetant un immeuble loué, vérifier quels baux sont enregistrés est essentiel : un acquéreur d’un bien grevé d’un bail enregistré ne pourra pas opposer un congé anticipé au locataire sans respecter ce bail. À l’inverse, des baux non enregistrés peuvent être plus facilement renégociés ou résiliés à l’échéance.

Procédure d’expulsion

L’expulsion (« desahucio ») ne peut se faire par la force : changement de serrure, coupure de services, intimidation ou saisie unilatérale des biens du locataire sont illégaux. Le propriétaire doit passer par une procédure judiciaire simplifiée devant le Tribunal de Première Instance.

Bon à savoir :

Les délais de préavis à respecter ne sont pas uniformes et dépendent du motif invoqué pour la rupture du contrat de travail.

Non‑paiement de loyer : un délai de 10 jours calendaires pour régulariser, à partir d’un retard de 15 jours

Violation substantielle d’une clause du bail : sept jours de préavis

Vente du bien et intention de mettre fin au bail : préavis d’au moins 30 jours

En théorie, l’audience doit se tenir dans les dix jours suivant le dépôt de la demande, et la décision doit être rendue dans les dix jours suivant l’audience. En pratique, la durée totale est souvent de trois à six mois, voire plus en cas d’encombrement des tribunaux. Lorsque le locataire est un ménage résidentiel insolvable, le Département de la Famille doit être joint à la procédure et dispose de 20 jours, allongeant encore les délais.

Il n’existe pas de plafond légal sur les dommages et intérêts qu’un bailleur peut réclamer en cas de manquement, sous réserve de les prouver. Les parties peuvent aussi convenir de clauses pénales, raisonnablement proportionnées.

Hypothèques et financement : sécuriser le crédit sur l’immobilier

L’hypothèque est l’outil de sûreté par excellence au Porto Rico. Pour être valable, elle doit être consentie par acte public devant notaire et enregistrée au Registre. Sans inscription, l’hypothèque n’existe pas à l’égard des tiers et risque d’être inopposable dans une procédure collective.

Bon à savoir :

Une hypothèque reste inscrite sur la totalité du bien immobilier tant qu’elle n’est pas officiellement radiée, même après un remboursement partiel de la dette. La priorité entre les créanciers est déterminée par la date d’inscription au Registre, sauf pour les impôts fonciers en souffrance qui bénéficient d’un privilège légal de premier rang.

Coûts de constitution d’hypothèque

Les coûts d’enregistrement d’une hypothèque s’additionnent rapidement. À titre d’illustration simplifiée :

PosteBarème indicatif
Timbres fiscaux – acte hypothécaire2 $ pour les 1 000 premiers $, puis 1 $ / 1 000 $ au‑delà (acte original)
Timbres fiscaux – copie Registre1 $ pour les 1 000 premiers $, puis 0,50 $ / 1 000 $ (copie certifiée)
Timbre d’aide notariale1 $ pour l’original, 0,50 $ pour la copie
Timbres d’aide juridique0,0001 × montant de l’hypothèque (plus 10 % pour avances de frais)
Vouchers d’enregistrement50 $ pour les 25 000 premiers $, puis 4 $ / 1 000 $ supplémentaires + 15,50 $
Honoraire notarial (hypothèque)Même barème que pour les ventes : 150 $ jusqu’à 10 000 $, 0,5–1 % jusqu’à 5 M$

Les banques exigent en général, en plus de l’hypothèque immobilière, une sûreté sur les biens mobiliers (notamment les loyers) et des garanties personnelles. Il n’existe pas de règles locales de « financial assistance » comparables à certaines juridictions européennes : la question se traite plutôt au regard du risque de fraude aux créanciers (actes à titre gratuit, suretés consenties en période d’insolvabilité, etc.), susceptible d’être remise en cause en droit civil ou dans le cadre d’une procédure de faillite américaine.

Astuce :

L’exécution d’une hypothèque à Porto Rico se fait par voie judiciaire, soit devant les tribunaux locaux, soit devant le tribunal fédéral du district si les conditions de compétence sont réunies. Pour les résidences principales, un processus de médiation obligatoire doit précéder toute procédure de saisie. De plus, les prêteurs doivent être conscients d’un risque potentiel de responsabilité environnementale s’ils exercent un contrôle étroit sur un bien immobilier contaminé.

Environnement, zones côtières et responsabilité

Pour tout projet immobilier important, la couche environnementale est désormais incontournable. Plusieurs agences locales et fédérales interviennent : Département des Ressources Naturelles et Environnementales (DRNA), Environmental Quality Board (JCA), EPA fédérale, Corps of Engineers américain pour les milieux aquatiques, Fish & Wildlife Service pour la faune protégée, sans oublier les autorités municipales.

Les outils réglementaires comprennent :

Permis et autorisations environnementaux

Les principales procédures et documents requis pour assurer la conformité réglementaire des projets de construction et d’aménagement.

Études et déclarations d’impact

Les études d’impact environnemental (EIA) et les déclarations d’impact (EIS) sont nécessaires pour les projets à effet significatif, tels que les résorts, grands lotissements ou infrastructures.

Certificats d’exclusion

Les certificats d’exclusion catégorielle s’appliquent aux projets dont l’impact sur l’environnement est jugé négligeable.

Permis pour zones sensibles

Permis spécifiques requis pour les interventions en zone côtière, zones humides, mangroves, plages et dans la zone maritime‑terrestre.

Gestion des eaux pluviales

Permis NPDES pour les eaux pluviales, obligatoires pour tout chantier affectant une surface d’un acre (environ 4000 m²) ou plus.

Prévention des déversements

Plans de prévention des déversements (SPCC) pour les sites de stockage de volumes significatifs de carburant ou d’huile.

La responsabilité pour contamination est souvent solidaire et conjointe : propriétaires actuels et passés, exploitants, « arrangeurs » peuvent être poursuivis pour le coût de la dépollution. En l’absence de démonstration de son innocence (statut de « innocent landowner ») et sans audit préalable, un acquéreur risque d’hériter du passif environnemental. Les dirigeants et administrateurs peuvent, dans certains cas, voir leur responsabilité personnelle engagée.

Successions, indivision et contraintes d’héritage

Particularité majeure du droit civil porto‑ricain : le système de réserve héréditaire (« legítima »). Contrairement à la plupart des États américains, un propriétaire ne peut pas disposer librement de l’intégralité de ses biens à son décès. Une partie de la succession est obligatoirement réservée aux héritiers réservataires, principalement les descendants directs (enfants) et le conjoint survivant.

Bon à savoir :

Depuis la réforme du Code civil en 2020, en présence d’un testament valable, la succession est divisée en deux parts égales : 50% forment la part réservataire, réservée aux héritiers forçats, et les 50% restants constituent la quotité disponible, que le testateur peut librement attribuer. Exclure totalement un héritier réservataire est possible, mais uniquement pour des motifs graves, qui doivent être expressément mentionnés.

Si aucune disposition testamentaire n’existe, la succession suit un ordre légal : d’abord conjoint survivant et descendants en parts égales, puis, à défaut, ascendants (parents), puis collatéraux (frères, sœurs, neveux), et enfin, à défaut de famille, l’État.

Bon à savoir :

Lorsqu’un bien immobilier est transmis à plusieurs héritiers, il est placé en indivision jusqu’au partage de la succession. Pour le vendre, l’accord unanime de tous les héritiers est généralement requis. En cas de désaccord, un héritier peut saisir le tribunal pour demander un partage ou une vente judiciaire.

Pour les non‑résidents et les personnes disposant d’actifs tant au Porto Rico qu’aux États‑Unis continentaux, une planification successorale à double juridiction est souvent nécessaire, combinant testaments, trusts, LLCs ou fondations privées. En tout état de cause, les biens immobiliers situés au Porto Rico demeurent soumis aux règles de réserve locales, quel que soit le pays de résidence du défunt.

Expropriation et risques de prérogatives publiques

Comme tout État moderne, le Porto Rico peut exercer un pouvoir d’expropriation pour cause d’utilité publique, via divers organismes (Ministère des Transports et des Travaux publics, Agence de développement industriel, Département du Logement, etc.). Trois conditions structurent cette faculté :

Bon à savoir :

L’expropriation est encadrée par trois conditions principales : elle doit poursuivre un but public légitime (infrastructure, équipement collectif, projet d’intérêt général), être accompagnée du versement d’une juste indemnité déterminée par une expertise indépendante, et suivre des procédures strictes, incluant la possibilité pour le propriétaire de contester le montant de l’indemnité devant la juridiction de l’expropriation.

Une fois l’indemnité consignée au tribunal, la propriété est transférée de plein droit à l’entité expropriante, même si le contentieux sur l’évaluation se poursuit. Les baux peuvent être résiliés dans ce contexte, moyennant indemnisation adéquate.

Ce que cela signifie pour un investisseur ou un propriétaire

Pour un investisseur qui s’intéresse au Porto Rico – qu’il s’agisse d’un particulier attiré par les incitations fiscales, d’un fonds développant un condohôtel ou d’un promoteur visant des logements de standing –, la conséquence pratique de ce cadre juridique dense est double.

D’un côté, le système offre une forte sécurité des droits de propriété, une transparence via le Registre accessible en ligne, des lois stables et peu de restrictions sur la détention par des étrangers. Les incitations fiscales, lorsqu’elles sont bien maîtrisées, peuvent accroître nettement les rendements nets et rendre certains projets très compétitifs par rapport à d’autres marchés américains.

Attention :

La complexité normative rend crucial un accompagnement professionnel. Ignorer des règles comme la réserve héréditaire, négliger l’enregistrement d’un bail à long terme, contourner les obligations environnementales ou sous-estimer les contraintes de zonage en zone côtière peut transformer une opération en un contentieux long et coûteux.

Au Porto Rico, l’immobilier n’est pas une terre de coups rapides, mais un marché de dossiers bien construits, de titres bien vérifiés et de projets finement arrimés à un maillage serré de lois civiles, fiscales, urbanistiques et environnementales. Celui qui en maîtrise les règles – ou sait s’entourer de professionnels qui les maîtrisent – dispose d’un terrain de jeu robuste, où la sécurité juridique et le potentiel de valorisation peuvent s’allier sur le long terme.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel à Porto Rico pour chercher du rendement locatif et une exposition en dollars, tout en profitant du cadre fiscal spécifique du territoire américain. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs zones (San Juan, Condado, Dorado), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une maison de standing dans un quartier en développement touristique, combinant rendement locatif brut cible de 8 à 10 % – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et potentiel de valorisation à moyen terme, pour un ticket global (acquisition + frais + éventuels travaux légers) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via LLC), ainsi que la définition d’un plan de diversification dans le temps.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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