Longtemps plombé par la récession, l’exode démographique et les ouragans, le marché immobilier au Porto Rico vit depuis quelques années une mutation spectaculaire. Les prix résidentiels flambent, le luxe se déploie sur les côtes, les locations touristiques explosent, tandis que la population locale affronte une crise d’accessibilité au logement. À cela s’ajoutent des incitations fiscales uniques aux États‑Unis, qui attirent capitaux et nouveaux résidents à haut revenu.
Cet article propose un tour d’horizon approfondi des grandes tendances actuelles, en s’appuyant sur les données les plus récentes disponibles sur le marché immobilier au Porto Rico.
Un marché en plein boom après une décennie perdue
Pendant plus de dix ans, l’immobilier résidentiel au Porto Rico a été synonyme de chute libre. Entre le deuxième trimestre 2007 et le troisième trimestre 2018, les prix des maisons ont reculé de plus de 31 % en nominal (plus de 41 % en termes réels). On estime à près de 30 milliards de dollars la destruction de richesse liée à cet effondrement des valeurs.
À partir de 2020, la dynamique s’est retournée de façon brutale. Selon l’indice de prix de la Federal Housing Finance Agency (FHFA), l’année 2024 marque un changement d’échelle :
– sur un an, au quatrième trimestre 2024, l’indice « purchase‑only » ajusté des variations saisonnières bondit de 27,1 %, soit la plus forte hausse annuelle depuis le début des séries en 1995 ;
– en termes réels (corrigé de l’inflation), la progression atteint 24,7 % ;
– d’un trimestre à l’autre, les prix gagnent encore 4,58 % au quatrième trimestre 2024.
Taux de croissance trimestrielle record atteint par l’indice du logement au troisième trimestre 2024.
Au premier trimestre 2025, la tendance ne se dément pas : la valeur des logements progresse encore de 11,6 % sur un an, rythme supérieur à celui observé dans n’importe quel État américain.
Prix en hausse, volumes en baisse
Cette flambée se traduit nettement dans les prix de transaction. Le prix médian de vente au premier trimestre 2025 s’établit à 290 000 dollars, en hausse de 32 % sur un an. Un autre indicateur (rapport Stellar MLS de janvier 2025) évoque un médian autour de 275 000 dollars, soit +71 % sur un an, ce qui illustre l’ampleur du rattrapage après des années de marché déprimé. Malgré cela, les niveaux restent inférieurs à la médiane américaine, proche de 398 000 dollars.
Fait marquant : les montants totaux de ventes augmentent alors même que le nombre de transactions recule. Entre janvier et septembre 2024 :
– le nombre de maisons vendues diminue de 9,7 % sur un an, à 7 394 unités, après –4 % en 2023 et –17 % en 2022 ;
– mais la valeur totale des ventes progresse de 3,9 % à 1,65 milliard de dollars.
Seulement 530 logements neufs ont été vendus à Genève sur les neuf premiers mois de 2024, soit une baisse de 12,7 %.
Le marché reste par ailleurs relativement liquide dans les zones dynamiques. En janvier 2025, les biens se vendent en moyenne en 54 jours (Average Days on Market), en baisse de 4 % sur un an. Les mois d’inventaire (MOI) s’établissent autour de 9 mois, ce qui n’est pas un marché de pénurie absolue, mais indique une tension croissante certains segments.
Une valorisation globale en expansion
Les estimations de marché illustrent l’ampleur du phénomène : la valeur totale de l’immobilier au Porto Rico est évaluée autour de 346,11 milliards de dollars en 2025, dont environ 265,54 milliards pour le seul résidentiel. Les projections évoquent un taux de croissance annuel composé proche de 3,01 % jusqu’en 2029, ce qui porterait le marché à près de 389,68 milliards de dollars d’ici là.
La montée en gamme est encore plus spectaculaire dans le très haut de gamme : certains analystes estiment que la valeur des biens de luxe a progressé de 300 à 400 % en une décennie, avec des ventes record à 30, 37 voire près de 60 millions de dollars dans des enclaves comme Dorado Beach.
Le rôle clé de l’économie et des politiques publiques
La remontée de l’immobilier s’inscrit dans un environnement économique encore fragile, mais bien plus solide qu’au plus fort de la crise.
Une économie convalescente mais plus stable
Après une longue récession commencée fin 2006, marquée par une perte de près de 20 % des emplois, un endettement public de 70 milliards de dollars et 50 milliards de passifs de retraite, le Porto Rico a fini par restructurer sa dette en 2017. Depuis, la trajectoire est moins chaotique :
– contraction de 4,2 % du PIB en 2020, liée à la pandémie ;
– croissance de 0,4 % en 2021 ;
– rebond de 3,6 % en 2022 ;
– croissance marginale de 0,6 % en 2023 ;
– amélioration à 2,1 % en 2024, portée par la consommation intérieure et les exportations.
Pour 2025, les prévisions divergent : le FMI anticipe une légère contraction (–0,8 %), tandis que la Junta de Planificación table sur une croissance de l’ordre de 1,4 %. L’inflation reste contenue, à environ 1,6 % en 2024 et 1,4 % en février 2025, après un pic à 6 % en 2022.
Le marché du travail, lui, montre une amélioration structurelle : le chômage se stabilise autour de 5,3 % en mars 2025, contre plus de 16 % en 2010 ; pour la première fois en un demi‑siècle, le taux annuel est passé sous la barre des 6 % en 2024. Le secteur loisirs‑tourisme emploie à lui seul plus de 100 000 personnes fin 2024, un record.
Entre 2004 et 2018, la population de Porto Rico a diminué d’environ 17 % en raison d’une forte émigration vers le continent. Depuis 2019, cet exode ralentit et la population se stabilise. Aujourd’hui, il y a plus de Portoricains vivant sur le continent américain (environ 5,8 millions) que sur l’île (environ 3,2 millions).
L’impact des catastrophes naturelles et de la reconstruction
Hurricanes Irma et surtout Maria ont joué un rôle paradoxal. La tempête Maria, en septembre 2017, a causé près de 90 milliards de dollars de dégâts, détruit ou endommagé 357 492 logements (soit environ 23 % du parc) et tué près de 2 975 personnes. Les dégâts sur le parc résidentiel ont été considérables : plusieurs centaines de milliers de maisons nécessitaient réparations ou reconstruction.
En réaction, un flot de financements fédéraux s’est déversé sur l’île :
– 1,5 milliard de dollars de CDBG‑DR approuvés en 2018, dont 1 milliard pour le logement ;
– 8,2 milliards supplémentaires en 2019, dont 2,85 milliards pour le logement ;
– 10 milliards de dollars additionnels décidés en 2021 pour la reconstruction ;
– près de 947 millions issus de la loi bipartisane sur les infrastructures en 2022, ciblant routes, ponts, transports, ports et eau potable.
Ces enveloppes financent des programmes de réparation, de reconstruction, de relogement et de mitigation, tout en stimulant le secteur de la construction. Les ventes de ciment, par exemple, ont bondi de 7 % au début 2025, après un léger repli en 2024, signe d’une reprise progressive de l’activité bâtiment.
L’ouragan a révélé que de nombreux logements sont informels (construits sans permis, parfois sur des terrains publics), souvent sans titre de propriété clair ni assurance. Cette situation complique l’accès à l’aide fédérale, freine le refinancement et pèse sur la valorisation des biens.
Les incitations fiscales : un accélérateur massif de la demande
Le facteur le plus commenté dans le renouveau immobilier reste sans doute la fiscalité. L’« Incentives Code » connu sous le nom d’Act 60 (qui regroupe les anciennes lois 20 et 22) offre un arsenal d’avantages quasi unique dans la sphère américaine :
– pour les entreprises exportatrices de services : taux d’impôt sur les sociétés réduit à 4 % (voire 3 % dans certains cas), exemptions sur les dividendes, exonérations partielles de taxe foncière ;
– pour les « Resident Individual Investors » : exonération totale des impôts locaux sur les intérêts, dividendes et plus‑values d’origine portoricaine ; en pratique, ces revenus échappent aussi à l’impôt fédéral américain grâce au statut territorial de l’île ;
– pour les nouveaux résidents : absence de droits de succession et de donation, 0 % de taxe sur les plus‑values latentes accumulées avant le déménagement (l’exit tax fédérale de 23,8 % n’est pas due si la résidence portoricaine est qualifiée).
Ces bénéfices ne sont pas sans contreparties. Pour bénéficier du régime individuel, il faut :
Pour bénéficier de l’exonération fiscale à Porto Rico, vous devez remplir quatre conditions principales : résider au moins 183 jours par an sur l’île et y établir le centre de vos intérêts, ne pas avoir été résident portoricain au cours des dix années précédant la demande, acheter une résidence sur l’île dans les deux ans suivant l’approbation et en faire votre domicile principal, et enfin, faire un don annuel d’au moins 10 000 dollars à une organisation caritative locale.
Entre 2012 et 2017, les anciennes lois 20 et 22 auraient permis la création d’environ 33 000 emplois et attiré plus de 2 000 familles, principalement aisées, venues du continent. Au total, plusieurs milliers de décrets ont été octroyés. L’effet sur l’immobilier est direct : ces nouveaux résidents doivent acheter, souvent dans le haut de gamme, et disposent d’une capacité financière très supérieure au revenu médian local (autour de 25 000 dollars par an, avec plus de 40 % des habitants sous le seuil de pauvreté).
En 2025, le gouvernement propose de prolonger Act 60 jusqu’en 2055, avec une nuance importante : à partir de 2026, les nouveaux arrivants seraient taxés à 4 % sur leurs revenus passifs, contre 0 % actuellement. Ceux qui obtiennent leur décret avant fin 2025 resteraient protégés par les anciennes règles, ce qui alimente un sentiment d’urgence sur le marché.
Le tableau suivant résume quelques grands paramètres fiscaux liés à Act 60 et au cadre portoricain :
| Dispositif / Impôt | Taux ou règle principale |
|---|---|
| Impôt sur les sociétés (export) | 4 % (3 % possible dans certains cas) |
| Impôt sur revenus passifs Act 60 | 0 % jusqu’en 2025 (projet de 4 % pour les nouveaux après 2025) |
| Plus‑values résidents Act 60 | 0 % sur gains portoricains post‑résidence |
| Taxe foncière résidentielle | 0,803 % à 1,183 % de la valeur assessée (inférieure au marché) |
| Exo taxe foncière (entreprises) | 75 % d’exonération pour les sociétés sous décret |
| Droits succession / donation | Aucun impôt local |
| Zone d’opportunité fédérale | Plus de 95 % du territoire éligible |
Ces paramètres ont fait du Porto Rico une sorte de « laboratoire » de concurrence fiscale au sein de l’espace américain, avec des effets puissants sur l’immobilier, en particulier dans les quartiers prisés des nouveaux arrivants.
Une offre qui peine à suivre : pénurie, coûts et parc informel
À la différence d’autres métropoles en croissance, le Porto Rico souffre d’un déficit structurel d’offre de logements formels et d’un parc existant largement dégradé ou inoccupé.
Un rythme de construction très insuffisant
Les chiffres de la construction résidentielle parlent d’eux‑mêmes. Sur la première moitié de 2024, 2 133 permis de construire pour des logements ont été délivrés, un niveau identique à l’année précédente après deux années de recul (–3,2 % en 2022, –18,2 % en 2023). Rapporté à une base mensuelle, l’île ne produit plus que 65 à 75 unités neuves par mois, contre 12 000 à 15 000 maisons individuelles autorisées chaque année au milieu des années 2000.
Certains experts estiment le déficit de logements à près de 300 000 unités, alors que l’offre neuve chute drastiquement.
Les coûts de construction se sont envolés :
– bâtir une maison neuve coûte en moyenne autour de 300 dollars par pied carré, soit une hausse de 40 à 50 % en quatre ans ;
– pour le segment luxe, la fourchette grimpe entre 500 et 1 000 dollars le pied carré.
Entre la hausse mondiale des matériaux, les contraintes de transport imposées par le Jones Act (qui renchérit le fret maritime d’environ 30 % et aurait un coût global estimé à 1,4 milliard de dollars par an pour l’île), la pénurie de main‑d’œuvre qualifiée, les normes parasismiques et anti‑cycloniques renforcées et les « impact fees » locaux, nombre de promoteurs jugent l’équation impossible pour des projets abordables. Résultat : beaucoup de nouveaux programmes se situent très au‑dessus de 800 000 dollars, loin de la capacité de la majorité des ménages.
Un parc vacant mais difficilement mobilisable
Les apparences peuvent tromper : sur environ 1,6 million de logements pour 1,2 million de ménages, on pourrait croire à un excédent. Pourtant, au moins 20 % des unités seraient inhabitables, endommagées ou en mauvais état, certains travaux évoquant jusqu’à 30 %. Déjà avant Maria, on comptait environ 18 % de résidences vacantes ; une étude de 2017 mentionnait près de 300 000 logements vides non mis sur le marché, et 30 % du parc abandonné ou inutilisé.
Des milliers de logements, appelés « zombie homes », sont bloqués à cause de problèmes de succession (« heir’s property ») ou de titres de propriété incomplets. Ces biens, souvent hérités sans enregistrement officiel, ne peuvent pas être hypothéqués, sont difficiles à vendre et inéligibles à certaines aides publiques, ce qui contribue à la dégradation urbaine.
Pour les collectivités locales et les agences fédérales (HUD, COR3), la remise en circulation de ce parc passif constitue un enjeu majeur : réhabilitation, clarification foncière, mécanismes de fiducies foncières communautaires ou partenariats public‑privé pourraient permettre de transformer ces friches en logements décents, plutôt que d’étendre encore l’urbanisation sur des terrains vierges.
Le tableau suivant synthétise quelques indicateurs clés sur l’offre :
| Indicateur | Valeur récente / estimation |
|---|---|
| Permis de construire (S1 2024) | 2 133 unités, stable sur un an |
| Production neuve mensuelle | 65–75 logements environ |
| Pic historique (années 2000) | 12 000–15 000 maisons individuelles par an |
| Part du parc informel | Environ 50 % des logements |
| Logements sur terrains publics | ~48 000 unités |
| Logements vacants hors marché | ~300 000 (estimation 2017) |
| Logements endommagés par Maria | 357 492 unités (~23 % du parc) |
Une crise d’accessibilité pour les ménages locaux
L’un des paradoxes du boom immobilier au Porto Rico tient au décalage immense entre le pouvoir d’achat local et les nouveaux seuils de prix. Avec un revenu médian des ménages autour de 25 000 dollars (et des données Census plus anciennes autour de 22 000 dollars), la capacité d’endettement reste très limitée. Des analyses montrent que les familles portoricaines ne disposent que d’environ 61 % du revenu requis pour se qualifier à un prêt hypothécaire standard.
C’est la part du revenu que de nombreux acquéreurs consacrent au logement, dépassant largement les standards de soutenabilité.
Tandis que les quartiers de Dorado, Condado ou Rio Grande voient affluer des acheteurs capables de débourser plusieurs millions de dollars, d’autres municipalités cumulent parc dégradé, faible création d’emplois et départ des jeunes actifs, avec pour toile de fond une pauvreté dépassant 40 % de la population.
En parallèle du marché de la propriété, la location – longue durée comme courte durée – connaît sa propre révolution, portée par la montée en puissance des plateformes de réservation et l’essor du tourisme.
Une destination touristique en surperformance
Le Porto Rico bat record sur record en matière de fréquentation :
– 6,6 millions de passagers sont arrivés à l’aéroport Luis Muñoz Marín en 2024, soit 8 % de plus qu’en 2023 et 41 % au‑dessus du niveau de 2019 ;
– plus de 1,4 million de croisiéristes ont fait escale au port de San Juan en 2024, en hausse d’environ 10 % ;
– près de 7,3 millions de nuitées en hébergement marchand ont été réservées en 2024 (+7 %), générant 1,95 milliard de dollars de revenus hôteliers (+9 %) ;
– environ 93 % des visiteurs viennent de juridictions américaines, ce qui réduit la sensibilité aux chocs internationaux.
Le tourisme représente plus de 100 000 emplois à La Réunion, contribuant à environ 7 % du PIB de l’île.
Sans surprise, cet afflux de visiteurs nourrit un véritable « boom » des locations de courte durée.
L’explosion des locations de courte durée
En moins d’une décennie, le marché des locations saisonnières a changé de dimension. On recense plus de 25 000 locations de courte durée actives en 2023, contre seulement 1 000 environ en 2014. Les plateformes comme Airbnb et Vrbo structurent désormais un segment clé de l’offre, aux côtés des hôtels et paradores traditionnels.
Lors d’une conférence sectorielle début 2025, il a été indiqué que :
– 5,7 millions de nuitées étaient proposées à la location de courte durée en 2024 (+10 % sur un an) ;
– plus de 3 millions de nuitées ont effectivement été réservées ;
– la région métropolitaine (San Juan, Condado, Isla Verde, etc.) concentre 38 % des nuitées disponibles, l’ouest (Rincón, Aguadilla, Isabela…) 26 %, l’est (Fajardo, Río Grande, Humacao…) 19 %.
Les rendements bruts annoncés sont attractifs, surtout dans les zones touristiques :
Rendement locatif résidentiel moyen national au premier trimestre 2025.
Les loyers moyens reflètent cette tension. À San Juan, au premier trimestre 2025 :
– Un appartement d’une chambre se loue en moyenne 2 600 dollars par mois ;
– Deux chambres : 3 800 dollars ;
– Trois chambres : 4 500 dollars ;
– Quatre chambres et plus : 6 500 dollars.
À l’échelle de l’île, le loyer médian se situe autour de 2 250–2 500 dollars, soit environ 13 % de plus que la moyenne nationale américaine selon certaines estimations, alors que le revenu médian portoricain reste nettement inférieur.
Effets mesurés sur les prix et la gentrification
Plusieurs travaux quantifient l’impact des locations touristiques sur le marché résidentiel. Une analyse statistique montre qu’une hausse de 10 % de la part de logements consacrés à la location de vacances dans un secteur de recensement se traduit, l’année suivante, par :
– une augmentation moyenne de 7 % du loyer médian ;
– une hausse de 23 % du prix médian des maisons ;
– un léger accroissement (0,1 %) du volume de transactions.
L’essor des plateformes comme Airbnb est étroitement lié à la hausse des prix de l’immobilier, notamment dans les quartiers touristiques. À San Juan, les zones de Condado, Viejo San Juan, Ocean Park et Miramar illustrent cette cohabitation entre hôtels, locations saisonnières et résidences de luxe. Sur la côte ouest, Rincón se transforme en opportunité d’investissement prisée des surfeurs et télétravailleurs, renforçant cette dynamique.
Ce dynamisme attise toutefois les critiques. Des ONG comme Hispanic Federation parlent de « financerisation du logement » : accumulation de biens par des investisseurs extérieurs, hausse des valeurs foncières, pressions à l’éviction pour les résidents de longue date. L’organisation propose notamment d’augmenter la taxe de séjour sur les locations touristiques (de 7 % actuellement à une fourchette de 9–11 %) et d’obliger les hôtes à se déclarer comme entreprises.
Le tableau ci‑dessous résume quelques indicateurs clés du marché locatif :
| Indicateur | Valeur récente / estimation |
|---|---|
| Rendement locatif moyen (Q1 2025) | 5,26 % (8,42 % un an plus tôt) |
| Vacance locative | ~12,3 % (contre 10 % en 2010) |
| Nbre de locations courte durée (2023) | > 25 000 (vs ~1 000 en 2014) |
| Nuits STR disponibles (2024) | 5,7 millions |
| Nuits STR réservées (2024) | > 3 millions |
| Loyer moyen 1 ch. à San Juan | 2 600 $/mois (Q1 2025) |
| Élasticité prix aux STR | +7 % loyers, +23 % prix pour +10 % STR dans un secteur |
Luxe, géographie et nouveaux pôles d’investissement
Si la hausse des prix est générale, elle est particulièrement marquée dans certains territoires et segments, qui concentrent une large part de l’investissement domestique et étranger.
Les pôles phares : San Juan, Dorado, Río Grande, Palmas del Mar, Rincón
Plusieurs zones sortent du lot par leur dynamisme et leurs rendements attendus.
San Juan métropolitain La capitale et son agglomération concentrent environ 75 % du PIB de l’île. Des quartiers comme Condado, Miramar, Isla Verde, Ocean Park et le Vieux San Juan combinent :
– valeur patrimoniale (centre historique, front de mer) ;
– forte demande touristique ;
– arrivée massive de résidents Act 60.
Les prix y atteignent des sommets : à Condado, le prix de mise en vente médian frôle 1,8 million de dollars, avec des valeurs au pied carré pouvant dépasser 700 dollars. Les grands projets de résidences de marque (The Icon, Vanderbilt Residences, Le Parc, CW Tower, etc.) y multiplient les unités à plus de 1,5–3,5 millions, tandis que des penthouses se négocient au‑delà de 8 millions, certains records dépassant 13 millions.
À l’ouest de San Juan, Dorado est au cœur des relocalisations via l’Act 60. Le resort Dorado Beach, un Ritz‑Carlton Reserve, propose des villas et résidences privées, avec des prix allant d’environ 5 millions de dollars à des records avoisinant les 60 millions. Ce marché est principalement animé par des ultra‑riches, des familles et des fonds privés.
Río Grande et Bahía Beach À l’est de San Juan, le corridor côtier autour de Río Grande abrite des complexes ultra‑luxe comme St. Regis Bahía Beach (appelé à passer sous bannière Four Seasons), où les résidences se négocient entre 3 et 12 millions de dollars. Cet axe combine nature (proximité de la forêt tropicale d’El Yunque), golf et accès relativement rapide à la capitale.
Palmas del Mar (Humacao) Plus au sud‑est, Palmas del Mar propose un modèle de communauté intégrée : golf, marina, écoles, restaurants, villas et condos. Les tickets d’entrée vont d’environ 600 000 à 1,5 million de dollars pour les produits les plus recherchés, avec des rendements locatifs saisonniers autour de 6–8 %.
Station de surf à l’atmosphère détendue, attirant télétravailleurs, surfeurs et investisseurs pour son potentiel d’appréciation.
Ambiance détendue de station de surf, populaire auprès des télétravailleurs et des surfeurs.
Positionné comme un ‘cool investment play’ avec un potentiel d’appréciation supérieur.
Relativement abordables, allant de 500 000 à 1,2 million de dollars pour les biens les mieux situés.
Le tableau suivant synthétise des zones présentées comme particulièrement prometteuses pour un investissement d’environ 1 million de dollars :
| Zone | Positionnement | Ticket d’entrée typique |
|---|---|---|
| Dorado | « Billionaire Coastline » ultra‑luxe | 5 M$ et plus |
| Condado (San Juan) | Luxe urbain, front de mer, forte demande | 800 K$ – 2 M$ (condos) |
| Palmas del Mar | Resort intégré, potentiel de valorisation | 600 K$ – 1,5 M$ |
| Río Grande | Ultra‑luxe nature, resorts 5* | 1,5 M$ – 4 M$ et plus |
| Rincón | Marché « cool », surf & télétravail | 500 K$ – 1,2 M$ |
Les méga‑projets : Esencia, Moncayo et l’ère des résidences de marque
Autre signe de la montée en gamme : la multiplication de méga‑développements intégrant hôtels de luxe, résidences de marque, golfs, centres équestres et écoles internationales. Ces projets visent clairement une clientèle internationale de très haut niveau.
Parmi les plus emblématiques :
– Esencia à Cabo Rojo (sud‑ouest), porté par les frères Reuben, prévoit plus de 2 000 acres aménagés, un plan maître de 2 milliards de dollars, des résidences de marque Aman, Mandarin Oriental et Rosewood, deux parcours de golf, un centre équestre et une école K‑12 bilingue, avec un plafonnement du bâti à environ 23 % de la superficie ;
– Moncayo sur la côte est, plus de 1 100 acres, un hôtel Auberge, des villas et résidences privées commençant autour de 12–15 millions de dollars, un golf de 18 trous, un practice course, une ferme organique de 150 acres et un club de plage.
Ces initiatives s’ajoutent à l’extension de Dorado Beach, au développement des Vanderbilt Residences à Condado ou encore aux projets d’éco‑luxe à Vieques. Toutes contribuent à ancrer l’idée que le Porto Rico a effectué un « saut quantique vers le luxe ».
Financement, risques et stratégies d’investissement
Pour les investisseurs – qu’ils soient locaux ou venus du continent –, le Porto Rico représente un terrain d’opportunités, mais aussi de complexité.
Un marché du crédit prudent, des transactions très « cash »
Le volume de prêts hypothécaires résidentiels reste modeste au regard de l’économie : environ 10,97 milliards de dollars au troisième trimestre 2024, soit 9,1 % du PIB, très en‑deçà des niveaux de nombreux États américains. Ce volume est d’ailleurs nettement inférieur au pic de 17,22 milliards observé en 2014.
Plusieurs facteurs expliquent cette prudence :
– héritage de la crise bancaire des années 2000‑2010, marquée par une forte montée des prêts non performants ;
– forte proportion de logements informels, difficilement finançables ;
– profil de risque perçu comme plus élevé (catastrophes naturelles, fragilité économique), ce qui pousse certains établissements à se retirer ou à exiger des conditions plus strictes.
Taux des crédits immobiliers sur 30 ans aux États-Unis pour les non-résidents début 2025, soit environ 0,5 à 1 point de plus qu’en Europe.
De ce fait, une part importante des transactions – environ 35 % – se fait au comptant, contre 20 % il y a une dizaine d’années. Les acheteurs les plus fortunés, qu’il s’agisse de résidents Act 60 ou de family offices, privilégient souvent ce mode d’acquisition, ce qui renforce la compétition face aux ménages locaux dépendants du crédit.
Risques structurels : ouragans, infrastructures, énergie
L’attrait du Porto Rico ne doit pas occulter plusieurs risques majeurs :
L’investissement immobilier à Porto Rico présente des défis spécifiques : une exposition récurrente aux ouragans valorisant la résilience des constructions, des infrastructures fragiles comme un réseau électrique coûteux et peu fiable, des primes d’assurance élevées en zone côtière, et un environnement réglementaire distinct (droit civil) qui allonge les délais de transaction et ajoute des frais supplémentaires.
Pour les investisseurs, la due diligence doit systématiquement inclure l’analyse du zonage, la conformité aux normes anti‑cycloniques, la vérification des titres et l’évaluation des coûts d’assurance et d’énergie à long terme.
Stratégies gagnantes : réhabilitation, mixité, durabilité
Face à ces contraintes, certaines orientations d’investissement se détachent :
Secteurs porteurs et niches stratégiques pour des projets à forte valeur ajoutée, soutenus par un cadre fiscal et régional avantageux.
Transformation d’immeubles anciens ou vacants en logements, bureaux flexibles, commerces ou hébergements touristiques, facilitée par les subventions CDBG‑DR, crédits d’impôts patrimoniaux et le statut de Zone d’Opportunité.
Combinaison de logements, commerces, bureaux et espaces de loisirs pour maximiser la rentabilité des fonciers rares et répondre à la demande de quartiers marchables, notamment dans les grandes villes.
Croissance portée par l’e‑commerce, le rôle de plaque tournante régionale, la relocalisation pharmaceutique et le télétravail, pour l’immobilier industriel, médical et les espaces de coworking.
Projets intégrant énergies renouvelables, gestion de l’eau et matériaux durables, permettant de capter une clientèle sensible au climat, de justifier une prime et de réduire les charges d’exploitation.
Vers 2026 : marché charnière ou dernière fenêtre de tir ?
Plusieurs signaux laissent penser que 2026 pourrait constituer un tournant pour le marché immobilier au Porto Rico.
D’un côté, les fondamentaux actuels plaident pour la poursuite de la hausse, mais à un rythme plus modéré :
– l’offre neuve reste très limitée face à un déficit estimé de centaines de milliers de logements ;
– la demande reste soutenue par le tourisme, l’effet Act 60, le retour de certains Portoricains du continent et la tendance au télétravail ;
– le marché portoricain demeure sous‑valorisé de 40 à 60 % par rapport à d’autres marchés côtiers américains comme Miami ou Orlando, selon certains analystes, ce qui laisse un potentiel de rattrapage.
Les modèles prédictifs indiquent une poursuite de la hausse des prix médians en 2026, bien qu’à un rythme plus modéré que les fortes augmentations de +22 % et +27 % enregistrées en 2024. Les grandes zones touristiques, telles que San Juan, Condado, Dorado, Rincón, Palmas del Mar et Río Grande, devraient rester très prisées, que ce soit pour l’acquisition d’une résidence principale ou pour un investissement locatif.
D’un autre côté, plusieurs forces de rappel se dessinent :
La hausse des taux d’intérêt post-Covid a déjà ralenti la demande de crédit, avec des volumes de prêts toujours inférieurs aux niveaux d’avant-crise. De plus, le gouvernement prévoit d’augmenter la fiscalité sur les revenus passifs des nouveaux bénéficiaires de l’Act 60 à partir de 2026, ce qui pourrait en réduire l’attrait pour certains profils. Enfin, l’accessibilité au logement devient un enjeu politique sensible, avec des pressions pour réguler les locations touristiques, densifier les zones urbaines et limiter certaines spéculations.
Plusieurs observateurs estiment que lorsque le robinet du crédit s’ouvrira davantage – si les banques locales se montrent moins frileuses et que les conditions macroéconomiques se stabilisent – l’afflux simultané de demande « gelée » et d’offre retenue pourrait entraîner un nouveau coup d’accélérateur sur les prix. Certains vont jusqu’à considérer que 2026 pourrait être « la dernière chance d’acheter bon marché » avant un alignement plus complet sur les valeurs de marchés comparables.
Conclusion : un marché à fort potentiel, mais profondément dual
Les tendances actuelles du marché immobilier au Porto Rico dessinent un paysage contrasté.
D’un côté, l’île apparaît comme une « opportunité exceptionnelle » : prix encore inférieurs à ceux de nombreuses destinations côtières américaines, régime fiscal ultra compétitif, boom du tourisme, stabilité monétaire et réglementaire liée au statut de territoire américain, montée en puissance de projets de luxe et de résidences de marque, vaste programme de reconstruction financé par Washington.
De l’autre, les fragilités restent lourdes : pauvreté élevée, salaires médians faibles, parc de logements informel, déficit d’offre abordable, risques climatiques, infrastructures énergétiques faillibles, et un fossé qui se creuse entre nouveaux arrivants aisés et résidents locaux.
Pour investir à Porto Rico, il est crucial d’intégrer la complexité du territoire. Cela implique de comprendre la mosaïque des sous‑marchés (San Juan métropolitain, Dorado, ouest surf, sud industriel, îles de Vieques et Culebra), d’évaluer finement les risques réglementaires et climatiques, et d’identifier des stratégies créatrices de valeur qui évitent d’aggraver les tensions sociales. Privilégiez des approches comme la réhabilitation, la densification maîtrisée, la mixité fonctionnelle et les partenariats public‑privé.
Le Porto Rico n’est plus ce marché marginal et déprimé qu’il était encore au milieu des années 2010. C’est désormais un laboratoire où se croisent capital international, politiques fiscales agressives, reconstruction post‑catastrophe et quête de durabilité. Ceux qui sauront lire ces tendances avec lucidité – plutôt qu’avec l’enthousiasme aveugle d’une simple « ruée vers l’or » – disposeront d’un avantage décisif pour naviguer dans la prochaine phase de ce cycle immobilier hors norme.
Cas pratique : un investisseur français qui diversifie à Porto Rico
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel à Porto Rico pour rechercher du rendement locatif et une exposition en dollars, tout en profitant du cadre fiscal spécifique de ce territoire américain. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs zones (San Juan, Condado, Dorado), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une maison dans un quartier dynamique et touristique, combinant rendement locatif brut cible de 8–10 % – en gardant à l’esprit que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent, avocat, fiscaliste), choix de la structure (propriété directe ou via LLC) et définition d’un plan de diversification dans le temps, afin de maîtriser les risques juridiques, fiscaux et locatifs.
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