Alors que la Barbade cherche à se positionner comme petit État insulaire “intelligent”, résilient et neutre en carbone, l’urbanisme devient l’un des principaux leviers de transformation économique et sociale. Derrière les plages de cartes postales, une refonte profonde des villes, des infrastructures, des logements et des espaces côtiers est en marche, portée par une série de projets structurant et par un cadre de planification beaucoup plus ambitieux qu’auparavant.
La Barbade entreprend une transformation urbaine pour moderniser ses centres vieillissants, les rendre plus résilients face aux chocs climatiques, plus inclusifs socialement et plus attractifs pour les investisseurs privés. Cette démarche concerne plusieurs localités, dont Bridgetown, Speightstown, Oistins et Warrens, ainsi que les corridors côtiers vulnérables à l’érosion.
Un nouveau cap avec le Plan de Développement Physique amendé
Le socle de cette transformation est le Physical Development Plan (PDP) amendé en 2023. Ce document, débattu au Parlement et piloté par le bureau du Premier ministre et le ministère en charge de l’aménagement, fixe le cadre de développement spatial pour la décennie à venir.
Le nouveau Plan Directeur du Paysage (PDP) ne se contente pas d’ajuster les anciens plans. Il introduit une nouvelle approche, centrée sur l’efficacité du sol et des finances publiques, l’adaptation au climat, l’équité sociale, la sécurité et la conservation des ressources irremplaçables comme le littoral, les paysages ruraux et le patrimoine culturel.
Le document couvre l’ensemble du territoire, mais désigne explicitement plusieurs pôles urbains où les interventions seront prioritaires : Bridgetown, Speightstown, Holetown, Oistins, Bathsheba, Six Roads, Belleplaine, Wildey et Warrens. L’idée est de structurer ces localités comme de véritables “centres régionaux” reliés par un système de transport modernisé, avec des fonctions complémentaires plutôt que concurrentes.
Plus de 20 000 lots sont actuellement vacants dans le pays, illustrant un étalement urbain problématique.
Ces chiffres ont poussé les autorités à changer de paradigme : plutôt que d’ouvrir toujours plus de terrains vierges à la construction, le PDP mise sur la densification raisonnée, la reconversion des friches et la réhabilitation des quartiers existants. C’est tout l’objet des “Strategic Reinvestment Areas”, ces zones urbaines sous-utilisées qui doivent devenir les moteurs d’une nouvelle phase de développement.
Bridgetown, laboratoire d’un renouveau urbain
Capitale, centre administratif et vitrine touristique, Bridgetown est au cœur de ce mouvement. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO avec sa garnison historique, la ville conjugue des atouts considérables et des fragilités marquées : infrastructures vieillissantes, congestion routière, vulnérabilité à la montée des eaux, déséquilibre entre espaces touristiques rénovés et zones populaires en déclin.
La renaissance du front de mer : le projet Pierhead
Parmi les projets phares, la transformation du waterfront autour de Carlisle Bay retient particulièrement l’attention. Le “Pierhead” est présenté comme un projet de réhabilitation emblématique, destiné à faire revivre une portion historique du littoral bridgetonien.
Sur environ cinq acres, un projet immobilier prévoit une communauté résidentielle moderne, des espaces de loisirs et un ensemble commercial avec vue sur la baie. La première phase, centrée sur ‘The Steel Building’, comprend 39 résidences d’une à trois chambres, toutes orientées vers la mer. Environ 75 % de ces unités sont déjà réservées, démontrant un fort intérêt du marché pour ce type d’actifs urbains à fort potentiel locatif.
L’ensemble du développement comprendra aussi 35 espaces dédiés à la restauration, aux commerces et aux activités culturelles, ainsi qu’une série d’équipements : sécurité 24h/24, poste d’amarrage pour yachts, centre de fitness et accès à une plage avec beach club situé à la pointe de Carlisle Bay. Le groupe Altman Real Estate, par la voix de son président Paul Altman, insiste sur la dimension “mixte” du projet, combinant habitat, tourisme haut de gamme et animation urbaine.
Le tableau ci-dessous résume les principales caractéristiques de cette opération :
| Élément | Détail principal |
|---|---|
| Localisation | Front de mer de Bridgetown, sur Carlisle Bay |
| Superficie du site | Environ 5 acres |
| Première phase | Immeuble “The Steel Building” |
| Nombre de résidences | 39 unités (1, 2 et 3 chambres) |
| État des réservations | Environ 75 % des unités de la première phase réservées |
| Espaces commerciaux | 35 lots pour restaurants, commerces et activités culturelles |
| Services prévus | Sécurité 24h/24, marina, centre de fitness, accès plage, beach club |
| Phasage | Projet en trois phases, première phase en construction |
Ce projet ne se déploie pas en vase clos. Il s’inscrit dans un ensemble plus vaste d’initiatives visant à reconfigurer les abords du port, à renforcer les liaisons piétonnes et à améliorer les liens entre le centre-ville, la marina du Careenage et les quartiers environnants. Dans cette stratégie, la valorisation de la façade maritime n’est pas seulement un impératif touristique, mais aussi un moyen d’augmenter la résilience face aux risques côtiers.
Vers un “fossil fuel-free zone” au centre de l’île
La capitale est également au centre de l’ambition gouvernementale de faire de la Barbade une économie neutre en carbone et alimentée à 100 % par les renouvelables à l’horizon 2030. Pour Bridgetown, cela se traduit par des politiques volontaristes : incitations fiscales pour l’installation de panneaux solaires sur les bâtiments publics, soutien aux toitures photovoltaïques privées, voire interdiction de certains plastiques à usage unique dans la restauration et la distribution.
Le « Bridgetown Greening Project » intègre une approche paysagère et écologique au développement urbain. Il comprend la création de parcs, de jardins publics et d’infrastructures pour piétons et cyclistes. Pour une gestion durable des eaux pluviales, le projet utilise des revêtements perméables et des jardins de pluie. En parallèle, la ville met en œuvre des programmes de recyclage et de compostage, et étudie des solutions de valorisation énergétique des déchets (« waste-to-energy ») dans une logique d’économie circulaire.
Modernisation du port : un nouveau terminal vraquier en PPP
Autre axe stratégique, le Port of Bridgetown fait l’objet d’une étude de faisabilité pour la construction d’un nouveau poste à quai et d’une installation de manutention de vrac. Ce projet, monté sous forme de partenariat public-privé, s’appuie sur un diagnostic détaillé réalisé avec le soutien de la Banque interaméricaine de développement (BID) et du Global Infrastructure Facility.
Étude stratégique pour renforcer les capacités portuaires et positionner le site comme hub logistique régional, traitant plus de 90% des importations du pays.
Plus d’un million de tonnes de marchandises et environ 90 000 EVP (conteneurs de 20 pieds) par an.
Analyse de l’adéquation de la solution technique et de la viabilité commerciale du projet d’extension.
Étude de l’accessibilité financière et de la gouvernance nécessaire à la mise en œuvre du projet.
Évaluation des conséquences sociales et environnementales de l’extension des capacités portuaires.
L’objectif est double : améliorer la productivité et réduire les coûts logistiques pour l’économie barbadienne, tout en attirant des flux supplémentaires à l’échelle caribéenne. Dans un contexte où l’endettement public dépasse 120 % du PIB, le recours aux PPP est perçu comme un outil incontournable, même si un rapport Infrascope pointe encore de fortes marges de progrès du pays en matière de préparation de projets de ce type.
Des centres urbains secondaires à requalifier : Speightstown, Holetown, Oistins, Warrens…
Au-delà de la capitale, le Plan de Développement Physique cible plusieurs pôles secondaires pour jouer un rôle de “contrepoids” et réduire la pression sur Bridgetown.
Speightstown et Holetown, déjà identifiées depuis plusieurs années dans les programmes de réhabilitation urbaine liés au tourisme, doivent poursuivre leur mutation, avec une meilleure intégration des fonctions commerciales, résidentielles et de loisirs. Oistins, connu pour son marché aux poissons et ses animations nocturnes, fait l’objet de projets d’amélioration du front de mer, financés notamment par un prêt de la BID pour le développement touristique.
Parallèlement, des quartiers comme Warrens et Wildey, qui ont connu une croissance rapide comme hubs de bureaux et de commerces en périphérie, vont bénéficier de ‘master plans’ spécifiques. La priorité est ici de passer d’ensembles monofonctionnels dominés par la voiture à de véritables ‘communautés complètes’, où logements, services, espaces verts et transports collectifs forment un tout cohérent.
Ministère de l’Aménagement du Territoire ou Autorité Urbaine
Le tableau suivant illustre quelques grandes lignes de ces orientations territoriales :
| Localité / zone | Rôle dans le PDP et axes de transformation principaux |
|---|---|
| Bridgetown | Capitale, hub administratif et touristique, réhabilitation du front de mer, smart city |
| Speightstown | Pôle historique du nord, réhabilitation urbaine et renforcement du rôle touristique |
| Holetown | Centre touristique de la côte ouest, plan directeur pour mieux structurer la croissance |
| Oistins | Village de pêcheurs urbain, amélioration du waterfront et des équipements publics |
| Warrens | Hub de bureaux/commerces, recomposition en quartier mixte et mieux desservi |
| Wildey | Nœud routier et tertiaire, restructuration et meilleure intégration des mobilités |
| Bathsheba, Belleplaine… | Centres de l’Est plus ruraux, développement équilibré et renforcé des services |
| Six Roads | Carrefour stratégique, structuration en centre régional multifonctionnel |
Ces interventions urbaines sont soutenues par un important programme d’investissements publics estimé à 11,6 milliards de dollars US d’ici 2035, dont plus de 6,6 milliards sont considérés comme des opportunités pour le secteur privé. L’État devra mobiliser environ 5 milliards en dix ans, avec à la clé un gain potentiel de 350 millions de recettes fiscales supplémentaires.
La question du logement constitue l’un des volets les plus sensibles de cette transformation urbaine. La Barbade doit à la fois répondre à une forte demande de logements abordables, renouveler un parc vieillissant et renforcer la résilience de l’habitat face aux menaces climatiques.
HOPE et NHC : produire des quartiers accessibles et résilients
La création de Home Ownership Providing Energy Inc. (HOPE), entreprise commerciale détenue à 100 % par l’État, illustre cette volonté de lier politique de l’habitat et transition énergétique. HOPE développe des lotissements résidentiels composés de maisons de deux à trois chambres, conçues pour résister aux ouragans, sur la base de plans ouverts modernes.
Son modèle économique repose sur une subvention de la composante foncière : en réduisant le prix du terrain, l’organisme est capable de proposer des habitations à des tarifs nettement inférieurs au marché. Les prix de référence sur l’île tournent généralement autour de 200 à 300 dollars par pied carré pour la construction, auxquels s’ajoutent des coûts de terrain pouvant aller de 30 000 dollars à plusieurs centaines de milliers, plus 10 à 15 % de charges diverses (permis, assurances, inspections). Dans ce contexte, réussir à sortir des unités en dessous de 150 000 ou 200 000 dollars pour les ménages modestes constitue un enjeu majeur.
Le programme de Sergeant’s Village, dans la paroisse de Christ Church, donne un aperçu concret de cette approche. Sur un terrain d’environ 7 000 m², huit duplex ont été érigés, avec un projet de quatre maisons individuelles supplémentaires, pour loger vingt familles à faibles revenus. Une résolution parlementaire a été nécessaire pour corriger un problème de transfert foncier et permettre de finaliser l’opération. L’objectif affiché est de livrer des unités accessibles, tout en respectant les normes de résistance et les contraintes de raccordement aux réseaux (eau, assainissement, électricité).
Les habitations sont dotées de systèmes photovoltaïques installés gratuitement sur les toitures pour une durée de 20 ans, avec une durée de vie estimée entre 25 et 30 ans par les fabricants. HOPE gère un processus de candidature en ligne, puis accompagne les ménages dans la constitution de dossiers de prêt auprès de banques commerciales et de coopératives de crédit, même si l’entreprise n’intervient pas dans les décisions d’octroi.
La National Housing Corporation (NHC) privilégie désormais la construction de petits immeubles, de quadruplex et de duplex, plutôt que des maisons individuelles. Cette approche vise à optimiser l’utilisation du foncier et des infrastructures existantes.
Rénovation, assainissement, résilience : l’appui de la BID et d’autres bailleurs
Au-delà de la production neuve, un vaste programme d’amélioration de l’habitat existe, notamment soutenu par un prêt de 30 millions de dollars US de la Banque interaméricaine de développement. Il cible en priorité les quatre premiers déciles de revenus, soit les ménages les plus défavorisés.
Les actions vont du renforcement structurel contre les vents extrêmes au remplacement des latrines à fosse, l’un des objectifs étant d’éliminer progressivement ce type d’installation sur tout le territoire au profit de sanitaires connectés aux réseaux d’égouts ou à des fosses septiques conformes. Dans le Grand Bridgetown, des projets spécifiques visent à raccorder des logements au système d’assainissement existant ou à construire des cuves reliées au réseau.
Le programme inclut l’installation de citernes individuelles avec pompes et batteries pour garantir l’accès à l’eau lors des coupures. Il encourage également des travaux d’amélioration énergétique, comme l’isolation, la ventilation naturelle et les panneaux solaires, en cohérence avec les objectifs nationaux de neutralité carbone.
L’ampleur des investissements prévus est considérable : environ 185 millions de dollars doivent être injectés dans les programmes de renouvellement urbain et de modernisation des polycliniques, avec un recours important au financement externe. Un prêt de 68,4 millions de dollars est ainsi négocié avec le Fonds saoudien pour le développement pour les projets urbains, sur 20 ans avec cinq années de grâce et un taux d’intérêt annuel de 3,5 %. Un autre prêt, de 117 millions, est recherché pour la rénovation de cliniques, dont sept seront réhabilitées et deux nouvelles structures spécialisées construites à Warrens (St. Michael) et à Christ Church.
Le tableau ci-dessous rassemble quelques éléments clés de ce volet logement et services :
| Composante | Indicateurs ou cibles principales |
|---|---|
| Production de nouveaux logements | Objectif annoncé de 10 000 logements résilients à terme |
| Renforcement de l’existant | 30 000 maisons à faible revenu à équiper de sangles anti-ouragan |
| Programme HOPE | Maisons 2–3 chambres, subvention foncière, toitures photovoltaïques |
| Projet Sergeant’s Village | 8 duplex + 4 maisons individuelles, 20 familles, prix < 150k–200k USD |
| Prêt BID logement | 30 millions USD pour amélioration de quartiers et résilience de l’habitat |
| Investissements urbains/ santé | 185 millions USD (urbanisme + polycliniques) |
| Prêt Fonds saoudien | 68,4 millions USD, 20 ans, 5 ans de grâce, 3,5 % d’intérêt annuel |
Cette politique de l’habitat s’inscrit dans un cadre réglementaire renforcé. La Barbade dispose d’un code du bâtiment national, d’une norme d’efficacité énergétique pour les bâtiments et adopte progressivement le code régional caribéen d’efficacité énergétique, inspiré des standards internationaux. La Barbados National Standards Institution (BNSI) et la Building Standards Authority jouent un rôle clé dans la définition et l’application de ces règles.
Transport et mobilité : l’arrivée massive des bus électriques
L’autre grande pièce du puzzle urbain concerne les transports. Longtemps caractérisé par une offre de bus publics vieillissante et un poids considérable de la voiture individuelle, le système barbadien est entré dans une phase de mutation rapide.
Vers une Autorité unique de transport de masse
Depuis 2020, un plan de transformation du réseau a été lancé. Il prévoit la fusion du Transport Board, qui exploite les bus publics, et de la Transport Authority, chargée de la régulation, au sein d’une Mass Transit Authority appelée à voir le jour à court terme. Le but est de simplifier la gouvernance, de réduire les chevauchements de compétences et d’améliorer la fiabilité du service.
Cette restructuration est accompagnée d’une réflexion sur l’organisation des lignes, la desserte des quartiers périphériques et la mise en place d’un système spécifique pour le transport scolaire. Un appel à propositions pour un service dédié aux élèves doit d’ailleurs être lancé, afin de libérer de la capacité sur les lignes régulières.
Une flotte électrique en rapide expansion
Symbole le plus visible de cette modernisation, la flotte de bus est en train d’être massivement électrifiée. Après l’acquisition de 59 bus électriques pour un montant de 22,5 millions de dollars, dont 6 ont été perdus dans des accidents, la Barbade a bénéficié en 2025 d’un don de 30 bus supplémentaires de la part de la République populaire de Chine, accompagné de pièces détachées et de 30 bornes de recharge rapide en courant continu (DC).
Fin 2025, la flotte totale de bus compte 121 véhicules, dont la vaste majorité est électrique, faisant du pays le détenteur de la plus grande flotte de bus électriques de la Caraïbe.
Alors que les derniers bus diesel avaient été acquis en 2006, le gouvernement a annoncé son intention de retirer l’ensemble des véhicules thermiques restants d’ici la fin du prochain exercice budgétaire. En milieu d’année 2025, il n’en restait plus qu’une dizaine en circulation, utilisés avec parcimonie faute de pièces détachées.
Le tableau ci-dessous récapitule l’évolution récente de la flotte :
| Année / événement | Nombre de bus électriques concernés | Coût estimé / financement |
|---|---|---|
| Acquisition initiale | 59 | 22,5 M USD (investissement gouvernemental) |
| Pertes d’accidents | -6 | Réduction nette à 53 véhicules |
| Don de la Chine (2025) | +30 | Don en nature (bus + pièces + chargeurs) |
| Achat supplémentaire (décembre 2025) | +35 | ~21 M USD |
| Total flotte (fin 2025) | 121 (majoritairement électriques) | ~58 M USD investis depuis 2018 |
Infrastructures de recharge et nouveaux services
La montée en puissance de l’électrique ne va pas sans défis. Les premières séries de bus étaient équipées pour la recharge en courant alternatif, alors que les modèles récents nécessitent des bornes DC plus puissantes. Des retards d’approvisionnement en équipements électriques haute capacité ont freiné le déploiement complet des nouvelles unités.
Des générateurs industriels alimentent temporairement les bornes de recharge en attendant l’installation de stations dédiées, prévue fin 2025. Les bus BYD bénéficieront d’un suivi technique et d’un entretien assurés par un bureau local de la marque.
À bord, les nouveaux véhicules sont équipés de Wi-Fi, de systèmes de paiement sans espèces, de valideurs de titres, de caméras et d’affichages lumineux adaptés aux personnes malentendantes. Le réseau est progressivement étendu vers des zones jusqu’ici mal desservies, notamment dans le Scotland District et au centre de l’île, via des lignes directes ou des dessertes en navette.
Ces avancées répondent à un double objectif : offrir une alternative crédible à la voiture individuelle, et réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur transport, l’un des plus émetteurs. Elles s’inscrivent aussi dans la vision d’une “smart nation”, où les données (positions des bus, fréquentation, usages) alimentent des outils d’optimisation en temps réel.
Ville intelligente : Wi‑Fi, paiements numériques et data
Pour accompagner ces mutations physiques, la Barbade déploie une stratégie de transformation numérique qui touche directement les territoires urbains.
Le corridor Wi‑Fi de Bridgetown et les services “smart”
Sous l’impulsion du ministère de l’Innovation, de la Science et de la Technologie et de l’entité GovTech Barbados, un projet de “Smart Bridgetown” est en cours. Sa première phase prévoit l’installation d’un corridor Wi‑Fi dans la ville, avec l’appui de Cisco et de son partenaire local Productive Business Solutions. La couverture sans fil doit permettre une meilleure connectivité pour les habitants, les visiteurs et les services publics.
Autour d’un socle numérique, plusieurs services se développent : expériences touristiques interactives, participation citoyenne, stationnement intelligent, informations en temps réel sur les transports et solutions de mobilité géolocalisées. Par exemple, l’application BeepBus permet un suivi en temps réel de certaines lignes de bus, et les données de Caribbean Transit Solutions servent à cartographier les zones aux routes dégradées pour prioriser les interventions.
Monnaie numérique et paiements dématérialisés
Sur le front financier, une expérimentation de réseau de paiements numériques – souvent évoquée sous le nom de programme pilote mMoney – a été lancée avec la fintech barbadienne Bitt, la Banque centrale et la Financial Services Commission. L’idée est de permettre des paiements électroniques fluides pour les services publics, les transports, le commerce de détail et même certains services municipaux.
La transition vers le paiement dématérialisé ne se limite pas à un aspect pratique. Elle a également pour but d’accroître la transparence des transactions, de réduire le poids de l’économie informelle et de permettre l’implémentation de systèmes avancés comme la tarification dynamique ou les récompenses financières pour des comportements écologiques (mobilité durable, réduction des déchets, efficacité énergétique).
Gouvernance des grands projets : un tableau de bord numérique
Pour mieux suivre l’exécution d’un portefeuille d’investissements publics toujours plus complexe, le ministère des Finances développe un “Digital Dashboard” de pilotage des projets. L’outil doit permettre de visualiser l’état d’avancement des chantiers, d’identifier rapidement les blocages administratifs ou techniques et d’améliorer la coordination entre les différentes agences.
Cette approche est cohérente avec l’ambition plus large de mettre en place des services publics numériques simples, sécurisés et accessibles, au cœur de l’initiative “Smart Barbados”. Le but est de réduire les frictions bureaucratiques pour les citoyens comme pour les investisseurs, et d’accélérer la mise en œuvre du Plan de Développement Physique.
Côtes urbaines et “Roofs to Reefs” : protéger la ville par la mer
Une part significative de la population et des infrastructures critiques de la Barbade est concentrée le long du couloir côtier sud et ouest. Autoroutes, hôpitaux, hôtels, port en eau profonde, usines de dessalement : tous sont exposés à l’érosion, aux submersions marines et à l’augmentation de la fréquence des événements climatiques extrêmes.
Un programme intégré pour les zones côtières
C’est dans ce contexte qu’a été lancé le Climate Resilient and Sustainable Integrated Coastal Zone Management Programme (CRS-ICZM), doté d’un prêt de 50 millions de dollars US de la BID. Ce programme, piloté par la Coastal Zone Management Unit (CZMU) et le ministère de l’Environnement, s’appuie sur une longue tradition d’initiatives : programmes d’infrastructures côtières dès 1994, évaluation des risques depuis 2008, plan intégré de gestion côtière 2020–2030.
La couverture corallienne sur le récif de plateau est passée de 37 % à 23 % en dix ans.
Cinq sites sensibles en travaux
Le programme CRS-ICZM cible cinq tronçons prioritaires, dont plusieurs sont directement imbriqués dans des zones urbanisées : Clinketts (St. Lucy), Sand Street (St. Peter), Retreat to Mullins (St. Peter), Oistins Bay et le corridor St. Lawrence Gap – Rockley Beach (Christ Church).
Dans ce dernier, un linéaire d’environ 1,9 km, incluant Rockley Beach, Worthing Beach et Sandy Beach, fait l’objet d’un projet de raccordement des plages fragmentées, d’amélioration de l’accessibilité publique – y compris pour les personnes handicapées – et de renforcement de la protection du rivage via des ouvrages hybrides. À Oistins, un tronçon de 500 mètres entre le marché aux poissons Berinda Cox et Miami Beach doit bénéficier de travaux de drainage, de lutte contre les inondations côtières et de requalification des friches.
Les solutions envisagées combinent apport de sable (nourrissement de plage), brise-lames au large, épis, murs de protection, revêtements en enrochements et cheminements piétons de type boardwalk, à l’image du Richard Haynes Boardwalk, déjà cité comme exemple de réussite alliant défense côtière et attractivité touristique.
Le budget du programme est structuré comme suit :
| Composante du CRS-ICZM | Budget estimé | Objectif principal |
|---|---|---|
| Composante I – Infrastructures côtières | 47,75 M USD | Réduire l’érosion et les inondations, améliorer la valeur socio-économique |
| Composante II – Renforcement des capacités | 1,5 M USD | Améliorer la gouvernance et le pilotage de la gestion intégrée du littoral |
| Coûts administratifs | 0,75 M USD | Gestion, suivi, rapports |
| Total | 50 M USD | Résilience côtière multi-sites |
Les bénéfices attendus sont à la fois physiques, environnementaux et sociaux : plages plus larges pour les loisirs, augmentation de l’habitat de ponte des tortues marines, eaux plus calmes pour la baignade, réduction des inondations, déplacements piétons plus sûrs, enrichissement du paysage urbain côtier. On estime à environ 670 000 le nombre de personnes (résidents et touristes) qui profiteront directement chaque année de ces améliorations.
Un fil conducteur : “Roofs to Reefs”
Ces interventions s’insèrent dans une vision d’ensemble portée par le programme “Roofs to Reefs”, qui vise à relier les politiques de résilience du sommet des toits – par exemple la gestion des eaux de pluie, les toitures solaires, l’efficacité énergétique – jusqu’aux récifs coralliens, en passant par le réseau d’assainissement, les bassins versants et les infrastructures vertes.
Les choix d’aménagement à l’intérieur des terres (formes d’habitat, revêtements, systèmes de drainage) impactent directement la qualité des eaux côtières et l’état des récifs. Une planification urbaine adaptée sert ainsi d’outil pour l’adaptation au changement climatique et la protection des écosystèmes marins, renforçant la sécurité et l’attractivité des villes côtières.
Tourisme, patrimoine et réhabilitation urbaine
La transformation des villes barbadiennes ne peut être comprise sans prendre en compte le poids du tourisme. Ce secteur représente près de 40 % de l’activité économique totale (effets directs et indirects), plus de 60 % des exportations, environ 39 % de l’emploi et plus de 80 % des recettes en devises.
Programmes de réhabilitation dans les villes côtières
Depuis plusieurs années, un Urban Rehabilitation Programme piloté par Barbados Tourism Investment Inc. (BTI) vise à redonner vie à des secteurs urbains clés : Bridgetown, Speightstown, St. Lawrence Gap et Oistins. BTI, agence publique spécialisée dans le développement d’infrastructures touristiques, est également chargée de projets comme le Visitor Centre dans l’ancien bâtiment de l’Old Town Hall à Bridgetown, la mise en valeur d’un itinéraire touristique urbain dans la capitale ou encore l’amélioration du Musée national à la Garnison.
Montant du prêt de la BID pour un programme d’aménagement côtier visant à améliorer l’attractivité et l’accessibilité des fronts de mer.
Entre diversification et appropriation locale
Ces projets urbains à vocation touristique s’accompagnent d’une réflexion plus large sur le “Visitor Economy” barbadian. Le pays cherche à sortir d’un modèle centré quasi exclusivement sur le triptyque “sun, sea and sand”, à destination prioritaire des marchés britanniques et nord-américains, pour diversifier à la fois les produits (tourisme patrimonial, sportif, gastronomique, de foi, de congrès) et les clientèles (économies émergentes, diaspora, segments spécialisés).
Près de 80 % des visiteurs se disent prêts à payer une redevance environnementale pour la gestion durable des ressources côtières.
Il subsiste pourtant un débat sur la juste répartition des bénéfices. Pendant longtemps, de larges pans de la population ont eu le sentiment d’être marginalisés dans le développement touristique, peu associés aux décisions et insuffisamment bénéficiaires des retombées. Les nouvelles orientations insistent davantage sur l’intégration des communautés locales, la participation citoyenne dans la planification, et la recherche de liens plus étroits avec les agriculteurs, les artisans, les PME locales.
Un urbanisme sous contrainte, mais en mouvement
La Barbade aborde cette nouvelle phase de développement urbain avec des atouts indéniables : un cadre de planification parmi les plus avancés de la région, une vision claire de transition énergétique et climatique, des partenariats solides avec des institutions comme la BID, le Fonds saoudien pour le développement ou des acteurs privés globaux, une volonté politique affirmée par la Première ministre Mia Mottley de faire du pays un modèle de résilience.
L’endettement public limite les marges de manœuvre, exigeant des arbitrages précis et des PPP de qualité, malgré une faible préparation du pays pour ces projets. Parallèlement, la pression climatique intense sur le littoral impose d’intégrer systématiquement la résilience dans l’aménagement pour éviter des coûts exponentiels futurs.
La démographie vieillissante – la part des plus de 65 ans devrait passer de 11 % à 25 % d’ici 2050 – pose un autre défi : penser des villes adaptées au vieillissement, accessibles, sûres, avec des services de santé renforcés (d’où le programme massif de rénovation de polycliniques et la construction de nouvelles structures spécialisées).
L’urbanisme de la Barbade combine désormais modernité technologique, adaptation climatique et inclusion sociale en une stratégie unifiée. Cette approche se concrétise par des projets comme des logements sociaux équipés de toitures solaires, des bus électriques, des aménagements côtiers protecteurs, et le développement de centres urbains secondaires, visant à la fois la résilience et la prospérité.
Les prochaines années diront si le pays parvient à tenir le rythme qu’il s’est fixé. Une chose est sûre : les projets de développement urbain à venir à la Barbade façonneront bien plus que la silhouette de ses villes. Ils redéfiniront la façon dont l’île habite son territoire, dialogue avec son océan et prépare son avenir dans un monde en plein basculement.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel à la Barbade pour rechercher du rendement locatif saisonnier et une exposition en dollars américains. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs zones (Saint James, Christ Church, Speightstown), la stratégie retenue a consisté à cibler une villa ou un appartement en résidence sécurisée près des plages et des pôles touristiques, combinant un rendement locatif brut cible de 8 à 10 % – plus le rendement est élevé, plus le risque est important – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + ameublement + petits travaux) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, comptable/fiscaliste), choix de la structure (achat en direct ou via société locale) et plan de diversification patrimoniale dans le temps.
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