Longtemps perçue comme un pays rural, la Bolivie est désormais un territoire de villes. En quelques décennies, le centre de gravité démographique et économique s’est déplacé vers les métropoles, les villes intermédiaires et les périphéries en pleine expansion. Cette transition urbaine, rapide et souvent chaotique, oblige l’État, les municipalités et leurs partenaires internationaux à repenser en profondeur la manière de construire la ville.
Près de 70 % de la population bolivienne vit déjà en milieu urbain aujourd’hui.
Une urbanisation accélérée qui bouscule le modèle bolivien
La dynamique d’urbanisation bolivienne s’est véritablement emballée à partir des années 1980. Depuis, les recensements se succèdent et confirment la tendance : la ville est devenue le cadre de vie dominant.
Les données issues des différents diagnostics nationaux permettent de prendre la mesure du phénomène.
| Indicateur démographique et urbain | Valeur ou tendance |
|---|---|
| Part de la population vivant en ville (aujourd’hui) | 67,5–70 % |
| Projection de population urbaine d’ici 2030 | 75–80 % |
| Croissance annuelle moyenne entre villes | 5,4 % |
| Croissance globale de la population | 2,2 % |
| Poids des grandes aires métropolitaines (La Paz, El Alto, Cochabamba, Santa Cruz) | Principaux pôles démographiques et économiques |
La métropolisation s’organise autour de quelques grands ensembles : La Paz–El Alto, Santa Cruz de la Sierra, Cochabamba, mais aussi des villes intermédiaires comme Sucre ou Tarija. Les vingt municipalités qui composent les régions métropolitaines de La Paz, Cochabamba et Santa Cruz concentrent à elles seules près de la moitié de la population du pays.
Cette croissance urbaine accélérée génère plusieurs problèmes majeurs : développement de quartiers informels, inégalité d’accès aux services essentiels, étalement urbain consommateur d’espace, division sociale et territoriale, et augmentation des risques climatiques.
Les chiffres synthétisent une partie des défis.
| Principaux défis urbains identifiés | Description |
|---|---|
| Accès aux services de base | Difficultés d’accès à l’eau, à l’assainissement, au transport public et aux espaces publics de qualité |
| Habitat et foncier | Pression sur le foncier, informalité, forte demande de logements et sur-occupation des logements existants |
| Risques climatiques | Inondations, glissements de terrain, vagues de chaleur urbaines, vulnérabilité de 20 % de la population vivant dans des zones à très haut risque |
| Inégalités socio-spatiales | Forte ségrégation entre quartiers formels et informels, entre hauts plateaux et vallées intra-urbaines |
| Gouvernance urbaine | Capacités techniques limitées, données publiques peu ouvertes, coordination institutionnelle encore fragile |
Face à cette réalité, la Bolivie a engagé plusieurs chantiers structurants : une politique nationale des villes, des programmes de résilience urbaine, de grands projets de transport et, plus récemment, des opérations ambitieuses de type « smart city » comme Nueva Santa Cruz.
Un cadre national : la Politique de Villes et la montée de la résilience urbaine
Pour la première fois, l’État s’est doté d’une véritable politique urbaine nationale, connue sous le nom de « Politique de Villes ». Élaborée avec l’appui d’ONU-Habitat et de la coopération suédoise, elle fournit un cadre stratégique pour guider la croissance des villes boliviennes.
Cette politique poursuit trois objectifs majeurs : orienter le développement urbain sur le long terme, diversifier l’économie au-delà des secteurs extractifs, et réduire les inégalités en intégrant la durabilité environnementale. Sa mise en œuvre repose principalement sur les municipalités, avec la mobilisation conjointe de la société civile, du monde académique et du secteur privé.
Parallèlement, la Bolivie s’est engagée dans un programme de résilience urbaine soutenu par la Banque mondiale et le Secrétariat d’État à l’économie de Suisse (SECO). Ce programme, qui concerne en priorité La Paz et Santa Cruz de la Sierra, repose sur une approche multisectorielle où gestion des risques de catastrophe, planification urbaine et action climatique sont pensées ensemble.
Les actions déployées dans ce cadre donnent un avant-goût des projets à venir :
Initiatives clés pour renforcer la résilience urbaine face aux risques climatiques, combinant planification, alertes et financements.
Élaboration de cartes de risques pour les inondations, les vagues de chaleur urbaines et les glissements de terrain.
Mise en place de systèmes d’alerte, opérationnels à La Paz et en préparation à Santa Cruz.
Conception de plans municipaux combinant atténuation et adaptation, et identification de financements verts.
Création d’un guide pour encadrer de manière inclusive l’amélioration des zones vulnérables.
Cette montée en compétence institutionnelle est décisive, car elle conditionne la qualité des grands projets urbains annoncés ou en cours de négociation, qu’il s’agisse d’infrastructures de transport, de programmes de logements ou de reconquête d’espaces publics.
La Paz : vers une métropole intelligente, résiliente et plus inclusive
La Paz incarne à la fois les atouts et les limites du développement urbain bolivien. Capitale administrative perchée à 3 650 mètres d’altitude, la ville s’étend dans un canyon où la topographie accentue les inégalités : les populations les plus aisées se concentrent dans les vallées plus tempérées du sud, tandis que les quartiers populaires escaladent les pentes instables.
Dans ce contexte complexe, la municipalité a engagé plusieurs programmes qui préfigurent les futurs projets urbains de la ville.
La Paz 24/7 et l’agenda de « ville intelligente »
Le Plan municipal « La Paz 24/7 » place au premier plan l’idée de ville intelligente à économie innovante et attractive. Un délégué municipal « Smart City », des cycles de débats associant universités, ONG, organisations de coopération et services municipaux ont permis de définir six dimensions prioritaires : population intelligente, économie intelligente, mobilité intelligente, qualité de vie intelligente, gouvernement intelligent et environnement intelligent.
Au-delà du discours, quelques réalisations servent de laboratoire pour les prochaines étapes :
Pour renforcer la transparence et l’efficacité, il est recommandé de publier quotidiennement des indicateurs budgétaires et des cartes (cadastre, planimétrie, risques), même si ces données sont davantage ‘publiques’ que strictement ‘ouvertes’. Parallèlement, il convient d’intensifier l’usage des outils numériques pour la cartographie des risques et le suivi des chantiers, et de développer des projets pilotes en faveur de la mobilité douce.
Le Plan 2040 « La Paz que voulons » fixe un horizon de long terme qui intègre ces différents volets : mobilité intégrée (avec l’articulation au réseau de transport par câble Mi Teleférico), résilience climatique, rénovation de quartiers et gouvernance plus participative.
Barrios de Verdad : le précédent qui inspire de nouveaux projets
Parmi les initiatives urbaines les plus citées en Amérique latine, le programme Barrios de Verdad (Quartiers de vérité) occupe une place centrale. Pensé comme un programme de requalification intégrale des quartiers populaires, il a déjà permis d’améliorer les conditions de vie de plus de 12 500 familles et plus de 10 000 enfants à La Paz, en touchant au total 100 quartiers.
Les résultats les plus tangibles portent sur : les améliorations significatives dans divers domaines, la satisfaction des clients et l’efficacité opérationnelle.
– l’accès aux services de base, avec une amélioration significative de la connexion à l’eau, à l’assainissement et à l’électricité ;
– la mobilité, avec une réduction du temps de trajet moyen jusqu’à l’arrêt de bus le plus proche, passé de 19 à 7 minutes dans les quartiers bénéficiaires ;
– la sécurité et la valeur foncière, les propriétés ayant, selon certaines estimations, doublé de valeur après les interventions ;
– la participation, avec la mise en avant des femmes et des organisations de quartier dans la conception des projets.
| Impacts clés de Barrios de Verdad à La Paz | Chiffres disponibles |
|---|---|
| Familles bénéficiaires | > 12 500 |
| Enfants bénéficiaires | > 10 300 |
| Quartiers améliorés | 100 |
| Réduction temps d’accès au bus | de 19 à 7 minutes |
| Bénéficiaires femmes (ensemble du projet urbain national) | ≈ 40 000 |
Fort de ces acquis, La Paz prévoit de poursuivre et d’étendre ce type de programme, notamment dans les zones à risque de glissements et d’inondations. Des échanges d’expériences avec Guatemala et Quito montrent que la capitale bolivienne se positionne désormais comme une référence régionale en matière de réhabilitation de quartiers populaires.
Résilience climatique : cartes de risques, alertes et solutions fondées sur la nature
Les événements récents rappellent à quel point le territoire paceño reste fragile. Entre la fin de l’année 2023 et le début de 2024, inondations et glissements de terrain ont touché 317 des 366 municipalités boliviennes, affectant plus de 230 000 personnes. Une part importante de la population, estimée à 20 %, vit dans des zones extrêmement vulnérables, qui concentrent plus de 20 % du PIB national.
À La Paz, ville déjà exposée aux glissements du fait de sa topographie, les projets à venir s’appuient sur plusieurs outils mis en place dans le cadre du programme de résilience urbaine :
Initiatives mises en place pour atténuer les risques de glissements de terrain et d’inondations dans la ville.
Cartes de vulnérabilité identifiant les zones menacées par les glissements de terrain et les crues.
L’application « Alertas La Paz » diffuse les prévisions météo, les alertes de danger et permet aux habitants de signaler des risques dans leur quartier.
Mise en œuvre de techniques de stabilisation des pentes utilisant la nature, pour compléter les ouvrages de génie civil traditionnels.
Renforcement et amélioration d’un système d’alerte précoce déjà existant pour une réactivité accrue.
Ces dispositifs ne sont pas de simples instruments techniques : ils guident la planification des futurs investissements urbains, qu’il s’agisse de nouveaux lotissements, de l’implantation d’équipements ou du tracé d’infrastructures.
Des financements internationaux ciblés sur la résilience urbaine
Les financements extérieurs jouent un rôle décisif pour transformer ces orientations en réalisations concrètes. Un prêt de 70 millions de dollars de la Banque mondiale, négocié entre 2018 et 2020, bénéficie à La Paz et à Santa Cruz de la Sierra pour réduire leur vulnérabilité climatique et améliorer les conditions de vie de plus de 167 000 habitants de quartiers à faibles revenus.
La répartition de ce financement illustre la place de La Paz dans les projets à venir.
| Projet de résilience urbaine financé par la Banque mondiale | Montants et villes concernées |
|---|---|
| Prêt total (association IDA) | 70 M USD |
| Part pour La Paz (GAMLP) | 20 M USD (échéance 18 ans, 6 ans de grâce) |
| Part pour Santa Cruz de la Sierra (GAMSC) | 50 M USD (échéance 15 ans, 5 ans de grâce) |
Pour La Paz, ces ressources doivent financer des infrastructures résistantes aux phénomènes hydrométéorologiques, l’amélioration de quartiers et d’espaces publics, ainsi que des mesures de mobilité durable. Combinées aux prêts de la Banque interaméricaine de développement (BID) destinés à soutenir de nouveaux espaces publics, notamment un corridor linéaire entre La Paz et El Alto, elles préfigurent une nouvelle génération de projets urbains articulant qualité de vie et résilience.
El Alto : mobilité, accès aux services et intégration métropolitaine
Sur le plateau qui domine La Paz, El Alto illustre une autre facette de l’urbanisation bolivienne : celle d’une ville populaire en très forte croissance, forgée par les migrations internes. À plus de 4 000 mètres d’altitude, cette agglomération d’un million d’habitants doit composer avec des ressources limitées et une pression permanente sur les services publics.
Nombre d’habitants ayant bénéficié des aménagements d’infrastructures urbaines, dont plus de 100 000 femmes.
L’intégration plus forte d’El Alto au reste de la métropole passera aussi par la connexion avec le futur parc linéaire entre les deux villes, financé par la BID. Ce corridor de 18,2 kilomètres, qui inclura une piste cyclable et reliera une trentaine de quartiers, doit favoriser les déplacements actifs et offrir une colonne vertébrale verte à l’aire métropolitaine.
Santa Cruz de la Sierra : d’“engin économique” national à vitrine de la smart city
Santa Cruz de la Sierra est souvent décrite comme le moteur économique de la Bolivie. Son aire métropolitaine, une des plus dynamiques d’Amérique latine, compte déjà près de deux millions d’habitants et continue de croître rapidement. Portée par l’agriculture, l’agro-industrie, les services et la logistique, la ville attire migrants, investisseurs et sièges de grandes entreprises.
Mais cette prospérité s’accompagne de défis urbains : congestion, pression sur les réseaux d’assainissement, vulnérabilité face aux inondations et vagues de chaleur urbaines. Les projets de développement à venir combinent ainsi deux registres : une ville plus résiliente et une ville plus intelligente, avec en figure de proue le projet Nueva Santa Cruz.
Nueva Santa Cruz : une « smart city » géante aux portes de la métropole
À une quinzaine de minutes de Santa Cruz de la Sierra, dans la zone nord, le groupe d’affaires La Fuente mène ce qui est présenté comme le plus vaste et le plus moderne projet urbain du pays : Nueva Santa Cruz. Conçu avec l’appui de la Korea Land and Housing Corporation, agence publique sud-coréenne spécialisée dans l’urbanisme, ce projet ambitionne de créer une ville intelligente, technologique, verte et à fiscalité allégée.
Les chiffres donnent l’échelle de cette opération.
| Caractéristiques principales de Nueva Santa Cruz | Données disponibles |
|---|---|
| Superficie totale du projet | 6 000 hectares |
| Investissement total | 2,5 milliards USD |
| Population cible | 370 000 habitants |
| Entreprises attendues | 10 000 |
| Part des espaces verts | > 50 % de la surface |
| Répartition fonctionnelle | 3 000 ha résidentiels, 2 300 ha d’infrastructures urbaines et espaces verts, 700 ha d’espaces commerciaux et d’affaires |
La vision affichée est celle d’un centre névralgique commercial, touristique, entrepreneurial et financier à l’échelle latino-américaine. Pour y parvenir, Nueva Santa Cruz intègre plusieurs composantes majeures :
Le projet urbain intègre plusieurs pôles spécialisés : un parc scientifique avec une « ville de la science », des centres de recherche et des campus (dont le futur siège de l’École militaire d’ingénierie) ; un parc d’affaires pour grandes entreprises et PME, complété par un parc industriel léger ; un quartier footballistique avec une cité sportive, un stade moderne et l’académie du Club Bolívar ; ainsi que des équipements de vie comme un Country Club, des écoles modernes et un grand hôpital de quatrième niveau construit par la Sécurité sociale militaire.
Au cœur de ce dispositif se trouve le projet « Key Point of the Americas », Centre international de commerce, d’affaires et de développement immobilier sur 473 hectares. Ce pôle ambitionne de devenir le plus grand centre commercial à ciel ouvert d’Amérique du Sud, avec plus de 200 000 m² de surfaces commerciales, une promenade piétonne de 7,3 kilomètres, un boulevard gastronomique et de divertissement, un parc à thème, un parc aquatique et un bioparc dédié à la conservation.
La conception du projet intègre des considérations essentielles liées à la mobilité et à l’environnement, en faisant des éléments centraux de sa planification.
– construction de viaducs modernes, de larges avenues et d’un réseau de pistes cyclables thématiques de 30 kilomètres ;
– prévision de quatre voies par sens sur certaines avenues, avec un terre-plein central réservé à un tramway ou un train rapide, ainsi que des pistes cyclables bilatérales ;
– mise en place d’un système intelligent de collecte des déchets, supervisé par des dispositifs numériques ;
– intégration de vastes espaces verts et d’un centre d’arborisation chargé de préserver et de multiplier les essences natives ;
– création d’un parc éolien pour la production d’énergie renouvelable, d’un réseau ferré connectant la Bolivie au Brésil et à l’Argentine, et d’un hub de fret intelligent ;
– déploiement généralisé de bornes de recharge pour véhicules électriques et de fibres optiques pour garantir une connectivité haut débit.
Le défi pour Nueva Santa Cruz est de devenir une ville pleinement intégrée à sa métropole, avec des transports collectifs de qualité et accessible à toutes les catégories sociales, et non une enclave réservée aux classes moyennes supérieures et aux investisseurs.
Résilience et infrastructures de base : l’autre face des projets
Parallèlement à ce projet de smart city, Santa Cruz de la Sierra s’engage dans un important programme de renforcement de sa résilience climatique et de ses infrastructures de base. Dans le cadre du programme de résilience urbaine piloté par la Banque mondiale et SECO, la ville s’est dotée de cartes de risques pour les inondations et les vagues de chaleur, et a formalisé un Système institutionnel de gestion des risques et des catastrophes avec des protocoles d’urgence. Un système d’alerte précoce est également envisagé.
La Banque mondiale a déjà soutenu la connexion de plus de 34 000 habitants au réseau d’égouts, tandis que des financements récents doivent permettre, à Santa Cruz, de :
– construire un collecteur de drainage sur le huitième anneau, près du centre de ravitaillement Abasto ;
– développer un réseau de pistes cyclables et réhabiliter des espaces publics ;
– revitaliser le cordon écologique et édifier un Parc métropolitain le long du fleuve Piraí ;
– rénover le centre historique.
Ces projets visent à maîtriser les risques d’inondation, à limiter l’îlot de chaleur urbain, à offrir davantage d’espaces verts et à encourager des modes de déplacement actifs dans une ville dominée par la voiture.
Cochabamba : patrimoine, mobilité ferroviaire et adaptation climatique
Située entre La Paz et Santa Cruz, Cochabamba occupe une place stratégique dans l’armature urbaine bolivienne. Ville de vallée aux conditions climatiques plus clémentes, elle subit pourtant de plein fouet les effets combinés de l’urbanisation rapide et du dérèglement climatique.
Revitaliser le centre historique sans le muséifier
Le centre historique de Cochabamba, autour de la Plaza 14 de Septiembre, fait l’objet de réflexions et de projets de revitalisation depuis plusieurs décennies. L’un des projets emblématiques récents a été la réhabilitation de la façade sud de la place en 2015, souvent citée comme un exemple réussi de reconquête d’espace public.
Près de 100 immeubles patrimoniaux inventoriés sont mis en péril par les problématiques urbaines identifiées.
– la piétonnisation de plusieurs rues structurantes (Esteban Arze, 25 de Mayo, Sucre) afin de les connecter aux passages existants et à la place principale ;
– la réaffectation du marché « 27 de Mayo », avec un déplacement et une extension, dont un niveau supérieur consacré à la gastronomie ;
– l’amélioration des services de base, l’enfouissement ou la rationalisation des câbles aériens et la mise en place de murs végétalisés sur les bâtiments non patrimoniaux.
Ces orientations s’inscrivent dans une tradition de régulation des centres anciens datant des années 1960–1990 et s’appuient sur le précédent de projets cofinancés par la Banque Interaméricaine de Développement (BID) dans d’autres villes latino-américaines pour la reconquête de leurs centres historiques.
Mi Tren et les infrastructures d’avenir
Cochabamba abrite aussi le premier réseau de train léger électrique du pays, Mi Tren, dont la construction a débuté en 2017 et l’exploitation en 2022 après plusieurs retards. Ce système doit relier différents districts de l’aire métropolitaine et stimuler la requalification urbaine le long de ses corridors.
Combiné aux projets d’adaptation climatique – notamment la gestion des bassins versants et la prévention des coulées de boue, dans un contexte marqué par des événements comme la crue dévastatrice de Tiquipaya – Mi Tren peut devenir la colonne vertébrale d’une ville plus compacte, mieux desservie et moins dépendante des modes motorisés individuels.
Sucre, La Paz–El Alto et les grands parcs linéaires : la ville par les espaces publics
Les projets à venir ne se résument pas aux seules infrastructures lourdes ou aux smart cities privées. Dans plusieurs villes, l’accent est mis sur la création de réseaux d’espaces publics, de parcs et de corridors verts pour améliorer la qualité de vie, réduire les temperatures urbaines et offrir des alternatives de mobilité active.
Un parc linéaire de 18 km entre La Paz et El Alto
La BID a approuvé un prêt de 30 millions de dollars pour financer un programme de développement urbain durable dans l’aire métropolitaine La Paz–El Alto. Pièce maîtresse de ce programme, la construction d’un corridor naturel de 18,2 kilomètres – un parc linéaire avec piste cyclable – doit relier El Alto au centre de La Paz et connecter une trentaine de quartiers.
Ce linéaire, au-delà de son aspect paysager et récréatif, est conçu pour favoriser la mobilité durable et renforcer la cohésion territoriale. Il relie des secteurs souvent enclavés par la topographie et l’urbanisation informelle, permettant ainsi de remailler la métropole et d’encourager les déplacements à vélo et à pied.
Sucre : espace public, mobilité douce et éclairage intelligent
À Sucre, capitale constitutionnelle et ville patrimoniale classée au patrimoine mondial, la BID finance un projet de 43 millions de dollars orienté vers un développement urbain intégré, efficace et bas carbone. Les priorités sont clairement affichées :
La ville dispose actuellement de seulement 0,64 m² d’espace public par habitant.
Là encore, le renforcement des capacités municipales en matière de planification et de gestion urbaine est au cœur du projet, gage de sa pérennité.
Mi Teleférico et les nouveaux transports : l’urbanisme par les câbles et les rails
Impossible d’évoquer les projets urbains boliviens sans mentionner Mi Teleférico, le plus vaste réseau de transport par câble urbain au monde. Ce système aérien qui relie La Paz à El Alto est devenu en quelques années un symbole international d’innovation en matière de mobilité dans les villes de montagne.
Au-delà de l’existant, les projets d’extension de Mi Teleférico et de réplication partielle du modèle dans d’autres villes constituent l’un des axes forts du développement urbain à venir.
Étendre le réseau et connecter les quartiers pauvres
Le plan directeur de Mi Teleférico prévoit un réseau de plus de 30 kilomètres de lignes et 30 stations, avec 11 lignes au total. Une partie importante de ces extensions est conçue pour mieux desservir les quartiers périphériques défavorisés.
Montant en millions de dollars du programme financé par la BID pour prolonger la ligne Café de 1,2 km à La Paz.
– l’intégration de panneaux solaires photovoltaïques sur les stations pour réduire la facture énergétique et l’empreinte carbone ;
– l’amélioration des systèmes de billettique et de gestion (cartes intelligentes, paiements électroniques) ;
– des actions ciblées vers les populations vulnérables, notamment les personnes à mobilité réduite, pour consolider le caractère inclusif du réseau.
| Données clés sur l’extension de Mi Teleférico | Valeur |
|---|---|
| Longueur de l’extension de la ligne Café | 1,2 km |
| Bénéficiaires estimés (aire métropolitaine) | 2,2 millions d’usagers |
| Bénéficiaires directs Las Villas – Pampahasi | 69 000 habitants |
| Montant du prêt BID | 62 M USD (remboursement 21,5 ans, 8 ans de grâce) |
À Oruro, un téléphérique touristique de 800 mètres relie déjà la ville au sanctuaire de la Virgen del Socavón, et des projets sont étudiés pour la ville de Sucre. Combinés à des systèmes de bus structurants comme PumaKatari à La Paz ou Wayna Bus à El Alto, et à des projets de pistes cyclables, ces réseaux dessinent un futur urbain plus multimodal.
Helvetas, programmes multi-villes et « laboratoires » urbains
Aux côtés des grandes banques multilatérales, des ONG internationales comme Helvetas jouent un rôle croissant dans la transformation urbaine bolivienne. L’organisation déploie un « modèle de ville résiliente » dans 13 municipalités, avec une panoplie de projets complémentaires.
Parmi ceux-ci, plusieurs ont un impact direct sur les futures trajectoires urbaines :
Présentation des projets innovants développés pour répondre aux enjeux urbains et environnementaux.
Teste des modèles de gestion circulaire des déchets solides et a développé un outil de mesure des émissions évitées, validé par le ministère de l’Environnement et de l’Eau.
Travaille sur la planification urbaine intégrale et la résilience dans des villes moyennes. A lancé un Laboratoire d’innovation urbaine et un « Ideathon » à Sucre réunissant 80 jeunes.
Centré sur la conception d’espaces publics intégrant des solutions fondées sur la nature.
Stimule l’entrepreneuriat des jeunes et a déjà bénéficié à plus de 1 000 d’entre eux.
Ces initiatives, souvent pilotes et expérimentales, inspirent les municipalités et alimentent la Politique de Villes nationale en exemples concrets. Elles préfigurent aussi des futures générations de projets urbains plus finement adaptés aux réalités locales, associant innovation sociale, nature en ville et économie circulaire.
Une Bolivie urbaine face au climat : tension entre vulnérabilité et ambition
Derrière l’effervescence des projets se dessine une tension structurante : celle d’un pays qui, tout en restant l’un des plus pauvres du continent, doit absorber une urbanisation intense sous la menace directe du changement climatique.
Quelques chiffres résument l’ampleur des risques :
| Indicateurs de vulnérabilité climatique | Valeurs ou constats |
|---|---|
| Municipalités touchées par les inondations et glissements (fin 2023 – début 2024) | 317 sur 366 |
| Personnes affectées | > 230 000 |
| Part de la population vivant dans des zones à très haut risque | 20 % |
| Part de la population située en zone à fort risque d’inondation | 43 % |
| Contribution de ces zones à la richesse nationale | > 20 % du PIB |
Les projections nationales insistent sur la diminution de la disponibilité en eau dans l’Altiplano, la fonte accélérée des glaciers andins, la plus grande variabilité des précipitations et l’augmentation des événements extrêmes. Les villes comme La Paz et El Alto, fortement dépendantes des ressources en eau de montagne, sont en première ligne.
Les réponses esquissées dans les projets urbains à venir – qu’il s’agisse des parcs linéaires, des cartes de risques, des systèmes d’alerte, de la requalification de quartiers ou de la reconquête des rives de rivières urbaines – témoignent d’une prise de conscience réelle. Mais elles posent aussi la question de l’échelle : comment passer de projets pilotes et de programmes ponctuels à une transformation systémique de l’urbanisation bolivienne ?
Projets urbains en Bolivie
Données, gouvernance et participation : les conditions d’un tournant urbain
La réussite des projets de développement urbain en Bolivie dépendra en grande partie de facteurs moins visibles que les infrastructures elles-mêmes. Trois dimensions apparaissent décisives.
Classement du pays sur 94 dans l’Index mondial des données ouvertes 2016/2017
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Bolivie pour rechercher du rendement locatif et une exposition à la monnaie locale. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (La Paz, Santa Cruz de la Sierra, Cochabamba), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel ou un ensemble d’appartements dans un quartier en croissance de Santa Cruz, combinant un rendement locatif brut cible de 10 % (« plus le rendement est grand, plus le risque est important ») et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 dollars.
La mission a inclus : sélection de la ville et du quartier, mise en relation et prise en charge par un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou via société locale) et définition d’un plan de diversification dans le temps. Ce type d’accompagnement permet à l’investisseur de bénéficier des opportunités du marché bolivien tout en maîtrisant les risques (juridiques, fiscaux, locatifs) et en intégrant cet actif dans une stratégie patrimoniale globale.
Vous recherchez de l'immobilier rentable : contactez-nous pour des offres sur mesure.
Décharge de responsabilité : Les informations fournies sur ce site web sont présentées à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas des conseils financiers, juridiques ou professionnels. Nous vous encourageons à consulter des experts qualifiés avant de prendre des décisions d'investissement, immobilières ou d'expatriation. Bien que nous nous efforcions de maintenir des informations à jour et précises, nous ne garantissons pas l'exhaustivité, l'exactitude ou l'actualité des contenus proposés. L'investissement et l'expatriation comportant des risques, nous déclinons toute responsabilité pour les pertes ou dommages éventuels découlant de l'utilisation de ce site. Votre utilisation de ce site confirme votre acceptation de ces conditions et votre compréhension des risques associés.
Découvrez mes dernières interventions dans la presse écrite, où j'aborde divers sujets.