Comprendre les lois et régulations immobilières à connaître en Bolivie

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Acheter, louer ou développer un bien en Bolivie ne se limite pas à signer un contrat de vente ou un bail. Le pays s’est doté, au fil des réformes constitutionnelles, des lois foncières et des codes municipaux, d’un cadre juridique dense qui encadre la propriété, l’usage des sols, la construction, la location et les investissements étrangers. Pour un particulier comme pour un investisseur, ignorer ces règles revient à prendre un risque juridique majeur.

Cet article propose un panorama complet, mais accessible, des principales lois et régulations immobilières à connaître en Bolivie, en s’appuyant exclusivement sur les informations du rapport de recherche fourni.

Le socle juridique de la propriété immobilière en Bolivie

Le système juridique bolivien repose sur le droit civil, fortement influencé par la tradition espagnole. La propriété immobilière est encadrée par plusieurs niveaux de normes qui se superposent.

La Constitution de 2009 occupe le sommet de la hiérarchie. Elle reconnaît le droit de propriété, mais insiste sur sa fonction sociale et économique. La terre ne peut pas être un simple objet de spéculation : elle doit remplir une fonction productive ou sociale. La Constitution fixe par exemple un plafond de 5 000 hectares pour les futurs grands domaines et permet l’expropriation des latifundios improductifs ou reposant sur des formes de servitude.

Bon à savoir :

Le Code civil de 1975 est la base du droit de propriété privé, définissant les catégories de biens et encadrant les contrats. Il est complété par des lois spécialisées sur la réforme agraire (INRA), les territoires autochtones, la fiscalité (loi n° 843), les services financiers (loi n° 393) et la promotion des investissements (loi n° 516).

La gestion et l’enregistrement de la propriété foncière sont assurés par l’Oficina de Derechos Reales (Office des Droits Réels). Sans inscription au registre foncier, la propriété n’est pas pleinement opposable : la preuve de propriété passe par l’« escritura pública » (acte public) signée chez notaire et portée au registre.

Exemple :

L’exemple du Code d’Urbanisme et des Travaux de la municipalité de Santa Cruz de la Sierra illustre le rôle clé des municipalités en matière de zonage, de plans d’urbanisme et de permis de construire. Il démontre la sophistication croissante des règles locales, qui s’appuient sur des instruments comme le Plan d’Occupation du Territoire (PLOT).

Propriété urbaine, foncier rural et territoires indigènes

La Bolivie distingue clairement les terrains urbains et ruraux, soumis à des régimes différents, auxquels s’ajoutent les terres communautaires indigènes protégées.

En milieu urbain, les règles sont largement municipales : zonage (résidentiel, commercial, industriel), densité autorisée, hauteur des bâtiments, recul obligatoire par rapport à la rue, pourcentage de surface constructible (F.O.T.) et indice d’exploitation (I.A.) encadrent la forme urbaine. Les municipalités exigent des permis pour les lotissements, les constructions, les ouvertures de voies, ou encore la régularisation des quartiers informels.

Attention :

En milieu rural, la propriété de la terre est régie par des principes de productivité, de fonction socioéconomique (FES) et de respect des plafonds de surface. L’INRA est l’institution clé chargée de la titulation, de la régularisation des droits existants (saneamiento) et de la redistribution des terres publiques ou illégalement détenues.

À côté de la propriété privée individuelle, le pays reconnaît des catégories spécifiques :

Type de propriété ruraleCaractéristiques principalesPossibilité de confiscation
Solar campesinoPetite exploitation de subsistance, indivisibleNon confisquable
Pequeña propiedadPetite propriété familiale, travail surtout familial, production de subsistanceNon confisquable
Mediana propiedadPropriété moyenne avec main-d’œuvre salariée, production marchandeConfiscable si non productive
Empresa agropecuariaGrande entreprise agricole/élevage, technologie moderneConfiscable si non productive
Propiedad comunariaPropriété communale ruraleInaliénable, non vendable, non confisquable
Tierras Comunitarias de Origen / TIOCTerritoires indigènes collectifs, autogérésInaliénables, indivisibles, non hypothécables, exonérées d’impôts

Les territoires indigènes (TCO, aujourd’hui TIOC) bénéficient d’une protection constitutionnelle forte : titres collectifs, autonomie de gestion, droits sur les ressources renouvelables et part des bénéfices des ressources non renouvelables. À l’intérieur de ces territoires, l’usage des sols est régi par les usages et coutumes des communautés.

Ce que peuvent (et ne peuvent pas) faire les étrangers

La Bolivie autorise l’acquisition de biens immobiliers par des étrangers, mais avec des limites très claires liées à la souveraineté et à la sécurité nationale.

Sur le principe, la Constitution permet aux étrangers de posséder et occuper des biens immobiliers et même de détenir des actions dans des sociétés immobilières. Cependant, deux interdictions constitutionnelles majeures s’appliquent :

Restriction pour étrangersBase juridiqueContenu
Achat de terres de l’ÉtatConstitution, art. 396Interdiction absolue d’acquérir des terres domaniales
Propriété en zone frontalièreConstitution, art. 262Interdiction de posséder des biens à moins de 50 km des frontières internationales

À ces deux verrous s’ajoute, dans la pratique, une interdiction d’acheter directement des terres rurales : un étranger ne peut acquérir de foncier agricole qu’en devenant citoyen bolivien, ou par l’intermédiaire d’une société bolivienne dont l’objet est productif (agriculture, élevage, industrie). Même dans ce cas, l’usage doit être productif et conforme à la fonction socioéconomique exigée par la Constitution.

10000

Plafond de surface autorisé pour l’achat de lots urbains par des étrangers en Bolivie, exprimé en mètres carrés.

Les touristes, eux, ne peuvent pas acheter : un simple visa de tourisme ne suffit pas pour accéder légalement à la propriété. L’obtention d’un statut de résident temporaire et d’une carte d’étranger est une condition préalable à toute acquisition.

Astuce :

Bien que la loi bolivienne ne limite pas explicitement l’octroi de crédits immobiliers aux sociétés étrangères, les établissements financiers locaux appliquent généralement des critères d’évaluation plus stricts et exigent davantage de garanties. Toute opération de crédit doit impérativement se conformer à la loi n° 393 sur les services financiers et à une réglementation contre le blanchiment d’argent particulièrement rigoureuse.

Comment se prouve la propriété : titres, notaires et registres

Le cœur du système bolivien de propriété immobilière, c’est l’Oficina de Derechos Reales. Toute transaction immobilière valable aboutit à une inscription dans ce registre, qui confère la pleine opposabilité du droit de propriété.

Le processus suit un schéma relativement standard : les parties signent un contrat de vente (minuta ou contrat de compraventa) qui détaille l’objet vendu, le prix, les modalités de paiement et les obligations de chacun. Ce contrat est ensuite élevé en « escritura pública » devant notaire. Le notaire, acteur central du système, vérifie l’identité des parties, la validité des documents, l’absence de contradictions apparentes, et formalise l’acte authentique.

Bon à savoir :

Après la signature de l’escritura, celle-ci doit être présentée à l’Oficina de Derechos Reales pour inscription. Cette formalité est cruciale car c’est elle qui rend juridiquement effectif le transfert de propriété. Sans cette inscription, l’acheteur ne bénéficie pas d’une protection légale complète et reste très vulnérable en cas de litige sur le bien.

La transparence est le maître mot : le registre foncier est public, ce qui rend difficile la confidentialité des propriétaires. Un minimum d’anonymat peut néanmoins être recherché en logeant les actifs dans une société ou une structure juridique spécifique, mais le bénéficiaire effectif devra de toute façon être identifié dans le cadre des règles anti-blanchiment.

Pour sécuriser une transaction, il est indispensable de consulter le Folio Real du bien (fiche officielle indiquant propriétaire, superficie, charges, hypothèques, etc.) et l’Informe Rápido (rapport rapide sur la situation du titre). Cette vérification fait partie intégrante du « saneamiento » des chaînes de titres, d’autant plus importante dans un pays où les conflits de propriété et les ventes multiples d’un même bien ne sont pas rares.

Acheter un bien : taxes, frais et anti-blanchiment

Tout achat immobilier en Bolivie déclenche un ensemble de coûts fiscaux et parafiscaux, en plus du prix de vente.

La principale taxe de transaction est l’Impôt sur les Transferts (ITP ou Impuesto a las Transferencias). Son taux standard est de 3 % de la valeur du bien, calculée non pas sur le prix déclaré dans le contrat, mais sur la valeur cadastrale officielle, lorsqu’elle est plus élevée. Cette taxe est généralement à la charge de l’acheteur et doit être payée dans un délai court après la signature du contrat préliminaire de vente. En cas de renoncement à l’achat, la taxe déjà versée n’est pas remboursée.

À cette taxe s’ajoutent :

Frais liés à l’achat d’un bien immobilier en Espagne

Découvrez les principaux coûts et honoraires à prévoir lors de l’acquisition d’une propriété.

Frais de notaire

Pour la rédaction et l’authentification de l’acte de vente (escritura).

Frais d’inscription au registre

Pour l’inscription de la propriété au Registre des Droits Réels (Registro de la Propiedad).

Honoraires juridiques

Pour les services d’un avocat ou d’un conseil juridique spécialisé.

Commission d’agence

Généralement entre 3% et 5% du prix de vente, le plus souvent à la charge du vendeur.

En cumulant ITP, notaire, enregistrement et honoraires, le coût total de transaction se situe habituellement entre 4 % et 9 % du prix d’achat.

Le dispositif anti-blanchiment encadre particulièrement les transactions immobilières. La loi de services financiers n° 393, le décret suprême n° 4904 (qui crée l’Unité d’Investigations Financières – UIF) et la résolution UIF/25/2023 imposent aux banques, mais aussi à certains acteurs non financiers, d’identifier les bénéficiaires effectifs et de signaler les opérations suspectes. L’achat d’un bien ne peut donc pas se faire en restant dans l’ombre : les flux financiers doivent être traçables et justifiés.

Être propriétaire : impôts fonciers et autres charges

Une fois propriétaire, on entre dans la fiscalité récurrente, principalement l’impôt annuel sur la propriété immobilière, appelé Impuesto a la Propiedad de Bienes Inmuebles (IPBI). Cet impôt est calculé sur la base de la valeur cadastrale du bien – qui peut être très différente de la valeur de marché – et ses taux varient selon la nature urbaine ou rurale du bien et la politique de chaque municipalité.

Les taux fréquemment cités sont :

Type de bienBase de calculFourchette de taux indicatifs
UrbainValeur cadastraleEnviron 0,35 % à 1,5 %
RuralValeur cadastraleEnviron 0,3 % à 0,9 %

Les municipalités peuvent moduler les taux de manière progressive en fonction de la valeur du bien. L’impôt est généralement dû en début d’année, mais les propriétaires disposent de la quasi-totalité de l’année suivante pour acquitter le montant restant dû. Des réductions significatives (jusqu’à 20 % ou 30 %) sont souvent proposées pour paiement anticipé, tandis que des pénalités de même ordre sanctionnent les retards.

Bon à savoir :

Le paiement des obligations fiscales peut être effectué en agence bancaire, en ligne ou par un représentant légal. Pour les investisseurs étrangers, il est essentiel de disposer de la carte d’étranger délivrée par l’État ainsi que d’un NIT (Numéro d’Identification Fiscale) pour procéder à ces paiements.

En complément, la Bolivie a instauré un Impôt sur les Grandes Fortunes pour les patrimoines dépassant 30 millions de bolivianos, avec des taux progressifs de 1,4 % à 2,4 %, ainsi qu’un impôt sur les transactions financières (ITF) de 0,30 % sur certaines opérations bancaires. Ces dispositifs peuvent concerner indirectement les gros patrimoines immobiliers ou les flux financiers liés à l’investissement.

Louer un bien : droits des propriétaires, protections des locataires et fiscalité

La location de biens immobiliers en Bolivie obéit à un régime hybride, mêlant Code civil, lois spécifiques et, pour le logement, une législation spéciale ancienne mais toujours en vigueur, la Ley del Inquilinato de 1959.

Cette loi définit le logement comme une maison, un appartement, une chambre ou un logement utilisé comme résidence. Les locaux purement commerciaux, industriels ou professionnels sont en principe soumis au libre jeu contractuel, sauf lorsqu’il s’agit de petites boutiques où l’artisan vit et travaille, qui sont alors assimilées à des logements.

Les baux peuvent être verbaux ou écrits, mais l’écrit est fortement recommandé. À défaut, les reçus de paiement de loyer servent de preuve. Les contrats sont en principe onéreux, bilatéraux et temporaires. Les durées maximales prévues varient selon les sources : certains textes mentionnent 5 ans pour l’habitation et 10 ans pour le commerce, d’autres un plafond général de 10 ans. En l’absence de durée, le contrat est souvent interprété comme annuel ou, à défaut, transformé en bail mensuel tacite.

Bon à savoir :

La loi limite le montant du loyer annuel à 10% de la nouvelle valeur cadastrale pour les biens soumis à la Ley del Inquilinato. Dans certaines villes comme La Paz, les augmentations ne sont autorisées qu’une fois par an et doivent être notifiées par écrit au moins 90 jours à l’avance.

Du côté du propriétaire, plusieurs obligations s’imposent : livrer un logement habitable, respecter les normes d’hygiène et de sécurité, assurer les grosses réparations structurelles (réseaux d’eau et d’assainissement, installations électriques, structure), délivrer des quittances de loyer, garantir la jouissance paisible du bien (notamment en s’abstenant de couper l’eau ou l’électricité pour faire pression sur le locataire). Les augmentations de loyer, les dépôts de garantie (souvent 1 à 3 mois) et les visites doivent respecter la loi : préavis raisonnable (souvent au moins 24 heures pour l’accès au logement), restitution du dépôt dans un délai d’environ 30 jours, déduction limitée aux impayés et aux dégradations anormales.

Bon à savoir :

Les locataires disposent de droits essentiels : droit à un logement décent, au respect de leur vie privée et à la non-discrimination. Ils peuvent résilier le bail sous certaines conditions, et demander ou effectuer des réparations aux frais du propriétaire en cas de carence. La sous-location est interdite sans accord écrit. Sont nulles les clauses permettant au propriétaire de changer les serrures ou d’expulser sans décision de justice, ainsi que les contrats mêlant bail et anticrèse (mise en gage avec jouissance).

En cas de conflit grave (impayés, dégradation, usage illicite), l’expulsion doit suivre une procédure judiciaire. Une action en expulsion est introduite devant les juges civils, sur une procédure accélérée, avec des délais légaux pour quitter les lieux une fois le jugement définitif (de l’ordre de 30 à 90 jours selon le type de logement). Des organes spécialisés comme les Comisarías de Vivienda peuvent intervenir, infliger des amendes, et leurs décisions sont susceptibles de recours devant les maires municipaux.

Sur le plan fiscal, les loyers sont imposables. Pour un propriétaire résident, la charge fiscale courante sur les loyers est de l’ordre de 16 % du revenu locatif, se décomposant en TVA (13 %) et impôt sur les transactions (3 %). Pour les non-résidents, les loyers sont imposés au taux de l’impôt sur les sociétés (25 %), mais la base imposable étant présumée à 50 % du loyer brut, le taux effectif est de 12,5 % du loyer. Cette retenue est, en pratique, effectuée par le locataire. La TVA continue de s’appliquer sur la moitié nette des loyers, ce qui renforce l’importance d’une bonne structuration fiscale des investissements locatifs.

Plus-values, successions et transferts gratuits

La vente d’un bien immobilier produisant une plus-value génère une imposition spécifique, particulièrement pour les non-résidents. Les gains en capital sont imposés, pour ces derniers, au taux de 25 % (taux de l’impôt sur les sociétés), mais, comme pour les loyers, la base imposable est présumée égale à 50 % du gain brut, ce qui aboutit à une imposition effective de 12,5 % sur la plus-value brute.

Bon à savoir :

Les donations et successions sont soumises à l’impôt sur les transferts gratuits de biens (TGB), avec des taux variables selon le lien de parenté (ex. : ~1% pour la ligne directe, 10% pour les frères et sœurs, 20% pour les autres). Cet impôt est calculé sur la valeur fiscale du bien. Par ailleurs, le Code civil protège les héritiers réservataires (notamment les enfants), qui ont droit à une part minimale de la succession, indépendamment des volontés testamentaires.

Même si la Bolivie n’applique pas d’impôt national uniforme sur les successions au sens de certains pays, la combinaison des droits de mutation onéreux (3 % ITP), des droits sur les transferts gratuits et de la fiscalité locale sur la propriété représente un ensemble à ne pas négliger dans la planification patrimoniale.

Zoning, permis de construire et urbanisme : l’exemple de Santa Cruz

Au niveau municipal, les règlements d’urbanisme structurent l’usage des sols et la morphologie des villes. La municipalité de Santa Cruz de la Sierra a, par exemple, adopté un Code d’Urbanisme et des Travaux très détaillé, qui s’applique à un vaste périmètre urbain et encadre :

L’usage du sol (résidentiel, commercial, industriel, équipement collectif, espaces verts).

Le lotissement et le remembrement des parcelles.

– L’ouverture et l’élargissement des voiries.

– Les volumes constructibles (hauteur, densité).

– Les retraits obligatoires (ligne municipale, ligne de construction, recul de façade).

– La préservation du patrimoine bâti et naturel.

Ce code, structuré en volumes (procédures administratives, règlements urbanistiques, etc.), est d’ordre public : il s’impose à tous, riverains comme promoteurs. Son application est confiée à une Oficina Técnica municipale, épaulée par des conseils techniques et une commission permanente chargée des mises à jour périodiques.

Bon à savoir :

Le système d’urbanisme définit des notions essentielles comme la zone urbaine, la zone urbanisable, le condominium (avec parties communes et privatives en propriété horizontale), la construction clandestine (sans permis) et la construction en infraction (non conforme). Il précise aussi les concepts de parcelle, zonage, équipements primaires/tertiaires (écoles, hôpitaux…), unités de voisinage et districts. Chaque projet doit respecter des indices réglementaires : le F.O.T. (taux d’occupation au sol) et l’I.A. (indice d’exploitation), qui déterminent la surface maximale constructible.

Pour déposer un projet, il faut produire des titres à jour, un certificat alodial récent, les plans approuvés, et recourir à des professionnels habilités : architectes pour les projets architecturaux et urbanistiques, ingénieurs pour les projets techniques, géomètres pour les levés topographiques. Ces professionnels sont les représentants légaux du projet devant les autorités.

Les constructions réalisées sans permis ou en infraction sont passibles de sanctions, de mises en conformité imposées, voire de démolition partielle. Le code prévoit des procédures de régularisation, mais elles sont coûteuses et souvent longues, d’où l’importance d’un contrôle préalable rigoureux pour toute opération immobilière.

Protection des consommateurs et contrats immobiliers : le décret suprême 4732

L’une des évolutions marquantes du droit bolivien récent est la prise en compte de la protection des consommateurs dans le secteur immobilier, notamment pour les ventes sur plan, les réserves de propriété ou les préventes.

Le décret suprême n° 4732, pris en 2022 dans le cadre de la loi n° 453 sur les droits des usagers et consommateurs, vise précisément à encadrer les pratiques abusives dans les contrats de vente future, vente avec réserve de propriété ou autres formes de prévente immobilière (terrains, logements, places de parking, locaux commerciaux, dépôts, lots funéraires, etc.).

Pour qu’un contrat soit certifié conforme, il doit contenir une série de mentions obligatoires, parmi lesquelles :

Attention :

Un contrat de vente de terrain doit impérativement inclure : l’identification complète du propriétaire et du promoteur ; les documents prouvant la propriété et la libre disposition du bien ; une clause de cession des droits pour l’acheteur ; l’obligation de remise du titre de propriété après paiement ; l’interdiction de modifier unilatéralement le prix ; un calendrier précis des travaux ; une description détaillée de la surface et des charges ; les plans et permis de construire autorisés ; et, pour les copropriétés, les pourcentages des parties communes.

Le même décret dresse la liste de pratiques commerciales abusives à sanctionner, comme :

Attention :

Les pratiques à risque dans la promotion immobilière incluent : la conclusion de contrats non certifiés, la commercialisation de projets sans pouvoir de disposition dûment accrédité, le non-respect des délais de livraison et des caractéristiques techniques promises, l’exigence de frais non prévus au contrat, la modification unilatérale de l’usage des zones communes, et la vente de projets sans autorisation municipale.

Pour un acheteur, ces règles sont une protection précieuse, mais encore faut-il les connaître et les faire valoir. Avant de s’engager dans un projet en prévente, il est donc indispensable d’exiger la documentation complète, de vérifier les autorisations municipales et de s’assurer que le contrat respecte les exigences du décret 4732.

Fiscalité spécifique des investisseurs étrangers et obligations de conformité

Sur le plan fiscal, la Bolivie applique en principe les mêmes règles aux Boliviens et aux étrangers. Les non-résidents sont imposés sur leurs revenus de source bolivienne, ce qui inclut les loyers et les plus-values immobilières. Le taux de l’impôt sur les sociétés (25 %) sert de référence pour l’imposition des revenus des non-résidents, avec, comme on l’a vu, une base imposable souvent présumée (50 % du revenu brut), ce qui ramène le taux effectif à 12,5 %.

Bon à savoir :

Pour être en règle, un étranger doit obtenir un NIT (Numéro d’Identification Fiscale), présenter une pièce d’identité de résident (temporaire ou permanent), puis ouvrir un compte auprès du Servicio de Impuestos Nacionales (SIN). Ce compte permet de télédéclarer et payer les impôts, notamment la TVA, l’Impôt sur les Transferts pour les transactions, et l’Impôt sur les Loyers. Sans cette procédure, il est très difficile de louer un bien légalement, de percevoir des loyers ou de régulariser les taxes foncières.

Les règles de conformité dépassent le seul domaine fiscal. Les réglementations environnementales (loi n° 1333, EIA obligatoires pour les projets impactants), les lois sur la biodiversité, les forêts, les aires protégées et les droits de la nature (loi n° 071 sur la Madre Tierra) peuvent aussi s’imposer selon le type de projet. Un lotissement en zone de forêt primaire, une exploitation agro-industrielle ou un projet touristique en bordure de parc national ne se traitent pas comme un simple achat d’appartement en ville.

Marché, risques et nécessité d’un accompagnement local

Le marché immobilier bolivien connaît un développement rapide dans les grandes villes comme Santa Cruz de la Sierra, La Paz ou Cochabamba, avec une offre importante d’appartements et de maisons, souvent à des prix inférieurs à ceux d’autres pays sud-américains. Des quartiers entiers sont en construction, et des agences internationales comme ReMax ou Century 21 se sont implantées avec des dizaines de franchises.

Attention :

Le dynamisme du marché immobilier est contrebalancé par des risques majeurs : régularisation défaillante des titres, conflits de droits (particuliers, communautés, État), occupation illégale, usucapion, constructions clandestines, spéculation, lenteur et perception de partialité de la justice, bureaucratie pesante, et un secteur d’intermédiation très peu régulé où plus de 95 % des agents opèrent sans autorisation requise.

Dans ce contexte, l’investissement immobilier en Bolivie ne s’improvise pas. Les recommandations récurrentes des études spécialisées convergent :

Recourir à des avocats locaux expérimentés, de préférence plusieurs en parallèle pour croiser les avis.

– Vérifier systématiquement les titres auprès de Derechos Reales et les autorisations auprès des municipalités.

– Refuser de signer ou payer sans avoir vu les documents originaux (folio real, escritura, certificats cadastraux, quittances de taxes).

– Se méfier des promesses de rendement rapide ou des ventes « urgentes ».

Prévoir du temps : un achat peut prendre de un à six mois, avec plus de cent démarches à accomplir.

– Être présent physiquement pour les grandes étapes ou déléguer via une procuration soigneusement encadrée.

En résumé

Le droit immobilier bolivien est le produit d’une histoire faite de réformes agraires, de reconnaissance des droits indigènes, de décentralisation municipale et d’une volonté récente de mieux protéger les consommateurs. Il en résulte un paysage juridique complexe où se croisent Constitution, Code civil, lois foncières, fiscalité, urbanisme, droit du logement et régulations sectorielles.

Astuce :

Pour investir ou acquérir un bien en Bolivie, trois exigences sont fondamentales : comprendre les grandes lignes du cadre légal (notamment les restrictions aux frontières, sur les terres rurales et dans les zones indigènes), respecter scrupuleusement les procédures d’enregistrement et de fiscalité, et s’entourer de professionnels fiables pour naviguer dans un système à la fois riche, protecteur et parfois déroutant.

Dans un pays où la terre est au cœur de la citoyenneté, de l’identité et des tensions sociales, aborder l’immobilier sans maîtriser les lois et régulations en vigueur n’est pas seulement imprudent : c’est s’exposer à voir son investissement remis en cause, quelquefois des années après l’achat. En Bolivie plus qu’ailleurs, le droit n’est pas un simple arrière-plan, il fait partie intégrante de toute stratégie immobilière durable.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Bolivie pour rechercher du rendement locatif et une exposition à une économie émergente. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (La Paz, Santa Cruz de la Sierra, Cochabamba), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel ou un petit ensemble de logements dans un quartier en développement de Santa Cruz, combinant un rendement locatif brut cible d’environ 10 % – en rappelant que « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure d’investissement (propriété directe, société locale) et planification d’une diversification progressive.

Ce type d’accompagnement permet à l’investisseur de capter les opportunités du marché bolivien tout en maîtrisant les risques juridiques, fiscaux et locatifs, et en intégrant cet actif dans une stratégie patrimoniale globale.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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