Derrière l’image d’un pays encore discret sur la carte des investisseurs, le marché immobilier en Bolivie est en train de se transformer en profondeur. Croissance régulière des prix, urbanisation accélérée, montée d’une classe moyenne urbaine, essor du tourisme, percée du télétravail, début de vague “verte” dans la construction : le secteur bouge, mais sans les emballements spéculatifs observés ailleurs en Amérique latine.
Cet article analyse les dynamiques actuelles du marché, incluant l’évolution des prix, les moteurs économiques et les préférences des ménages. Il présente également les opportunités d’investissement, les risques associés, et souligne la progression de la construction durable, le tout basé sur les données d’un rapport de recherche spécifique.
Un marché petit, mais en croissance régulière
Le marché immobilier en Bolivie est qualifié de “petit” à l’échelle régionale, mais il se distingue par une croissance remarquablement stable sur le long terme. Les chiffres montrent que de 2010 à 2019, les prix des logements dans les quartiers résidentiels et commerciaux les plus prisés sont passés d’environ 40 dollars par pied carré à près de 110 dollars, soit une multiplication par 2,5 en une décennie. Cette progression a été portée par un environnement économique porteur, une forte urbanisation et une demande soutenue.
La trajectoire récente se découpe clairement en quatre grandes phases :
| Période | Contexte dominant | Appréciation annuelle moyenne |
|---|---|---|
| 2010–2014 | Boom urbain, forte demande | 8–12 % |
| 2015–2019 | Croissance modérée, extension aux villes secondaires | 5–7 % |
| 2020–2022 | Choc pandémique, contraction puis reprise | 1–3 % |
| 2023–présent | Rebond post-Covid, retour à la stabilité | 5–8 % |
La pandémie de Covid-19 a marqué la rupture : en 2020, les prix de vente des logements ont reculé d’environ 10 %, tandis que les loyers chutaient d’environ 30 %. L’année suivante, les prix de vente ont regagné autour de 5 %, amorçant une phase de reprise. En 2022, le marché est considéré comme stabilisé, les prix de vente étant revenus au niveau de fin 2019, même si les loyers restaient légèrement en dessous de leur pic pré-pandémique.
C’est l’appréciation moyenne annuelle attendue du marché jusqu’en 2028, marquant un retour à une croissance stable.
Des fondamentaux macroéconomiques encore porteurs
Pour comprendre la solidité du marché immobilier en Bolivie, il faut regarder les fondamentaux macroéconomiques mis en avant par les analystes. Le pays compte environ 12,1 millions d’habitants, dont 70 % vivent déjà en zone urbaine. Cette urbanisation avancée ne signifie pas que le mouvement est terminé : l’exode rural se poursuit, notamment vers les grandes villes comme Santa Cruz, El Alto, La Paz et Cochabamba.
Le produit intérieur brut de la Bolivie avoisine 43 milliards de dollars en 2024.
Le cadre général reste celui d’une économie en transition, traditionnellement dépendante du gaz, des minerais et de l’agriculture, mais qui se diversifie progressivement vers les services, le tourisme et les infrastructures. La montée d’une classe moyenne urbaine, dotée de revenus en hausse et de nouvelles attentes en matière de confort, de localisation et d’équipements, est un moteur central de la demande immobilière.
Cet environnement a, jusqu’ici, donné au marché une image de “refuge” relativement stable dans un contexte latino-américain souvent plus volatil. Un rapport académique de référence sur la période 2009–2012 n’a par exemple trouvé aucune preuve de bulle spéculative, les prix apparaissant cohérents avec des variables réelles comme le PIB par habitant, les taux d’intérêt hypothécaires et les coûts de construction.
Rapport académique de référence (2009–2012)
Le marché immobilier en Bolivie est loin d’être homogène. Les villes principales, les quartiers haut de gamme et les destinations touristiques affichent des dynamiques et des niveaux de prix très différents.
Les trois grands pôles urbains
Les centres nerveux du marché résidentiel et commercial sont La Paz, Santa Cruz et Cochabamba.
À La Paz, notamment dans la Zona Sur (quartiers comme Calacoto et San Miguel), les appartements de standing se négocient, selon les données d’avril 2025, entre 1 400 et 1 800 dollars le mètre carré. Les secteurs de Sopocachi et Miraflores se situent un cran en dessous, entre 1 000 et 1 400 dollars/m² pour des appartements de gamme intermédiaire. Le centre-ville, plus orienté vers le commerce, affiche des prix pour les surfaces commerciales entre 1 200 et 1 600 dollars/m².
À Santa Cruz, le prix maximum au mètre carré pour des biens immobiliers de luxe dans les quartiers d’Equipetrol et Norte.
À Cochabamba, les quartiers de Cala Cala et La Recoleta, très recherchés, offrent des appartements de standing moyen entre 900 et 1 300 dollars/m², tandis que des zones plus périphériques comme Tiquipaya et Sacaba se caractérisent par des maisons entre 700 et 1 000 dollars/m².
Un résumé de ces fourchettes met en évidence l’écart entre les grands pôles urbains et les villes secondaires.
| Ville / Quartier | Type de bien | Prix indicatif (USD/m²) |
|---|---|---|
| La Paz – Zona Sur (Calacoto…) | Appartements luxe | 1 400 – 1 800 |
| La Paz – Sopocachi / Miraflores | Appartements milieu de gamme | 1 000 – 1 400 |
| Santa Cruz – Equipetrol / Norte | Appartements / maisons luxe | 1 500 – 2 000 |
| Santa Cruz – Urubó | Maisons / villas résidentielles | 800 – 1 200 |
| Cochabamba – Cala Cala… | Appartements milieu de gamme | 900 – 1 300 |
| Sucre – Centre historique | Bâtiments coloniaux | 800 – 1 200 |
| Copacabana (Titicaca) | Biens touristiques | 500 – 800 |
Les marchés secondaires comme Sucre, Tarija ou Copacabana offrent des tickets d’entrée plus accessibles. Les bâtiments coloniaux du centre de Sucre se négocient autour de 800 à 1 200 dollars/m². À Tarija, les maisons avec terrain en zone urbaine valent généralement entre 600 et 900 dollars/m². Sur les rives du lac Titicaca, à Copacabana, les biens orientés vers le tourisme se situent entre 500 et 800 dollars/m².
Les régions émergentes : tourisme et “retreats”
Au-delà des capitales régionales, plusieurs localités touristiques connaissent une visibilité croissante. Rurrenabaque, porte d’entrée de l’Amazonie bolivienne, Uyuni, adossée aux célèbres salines, et Samaipata, bourgade de montagne prisée des expatriés, sont citées comme zones à fort potentiel. Ces marchés secondaires offrent, selon les estimations, des prix d’entrée inférieurs de 30 à 50 % à ceux des grandes villes, mais avec des perspectives de rendement parfois supérieures, notamment pour la location de courte durée.
Les données sur les locations de type Airbnb à Uyuni illustrent le décalage de rentabilité avec les grandes villes. Avec seulement une quarantaine de logements en location courte durée, la ville affiche un revenu mensuel moyen par bien nettement supérieur. Cette performance s’explique par des tarifs journaliers élevés, directement liés à la forte concentration de la demande touristique sur ce site.
Prix, loyers et rendement : un marché plutôt rémunérateur
Les indicateurs de rendement locatif et d’appréciation du capital placent la Bolivie dans une position avantageuse par rapport aux marchés latino-américains plus matures.
Les rendements bruts attendus varient selon le segment :
| Segment de marché | Rendement locatif brut attendu |
|---|---|
| Appartements résidentiels urbains | 6–8 % |
| Villas et maisons de luxe | 4–6 % |
| Immeubles commerciaux | 7–10 % |
| Biens touristiques (saisonnier) | 8–12 % |
| Logements étudiants | 7–9 % |
| Projets coloniaux rénovés | 5–9 % |
Ces niveaux, combinés à une appréciation attendue des prix comprise entre 4 et 8 % par an dans les grandes villes, aboutissent à des scénarios de rendement total significatifs sur cinq ans. Les modèles historiques montrent qu’un bien urbain voit typiquement sa valeur multipliée par environ 1,5 sur une période quinquennale (fourchette 1,3x à 1,7x).
Les données agrégées en bolivianos donnent un aperçu de la réalité quotidienne des loyers dans les grandes villes.
| Type de logement | Loyer mensuel moyen (BOB) | Fourchette observée (BOB) |
|---|---|---|
| 1 chambre – centre-ville | 2 484,62 | 1 500 – 5 000 |
| 1 chambre – hors centre | 1 747,41 | 1 200 – 2 800 |
| 3 chambres – centre-ville | 4 557,21 | 3 000 – 8 000 |
| 3 chambres – hors centre | 3 091,88 | 2 000 – 8 289,18 |
Les ratios prix/loyer et les rendements calculés confirment que le résidentiel locatif en centre-ville offre un rendement brut moyen proche de 7 %, légèrement supérieur à celui des zones périphériques. Le rapport prix/revenus en revanche reste élevé : l’indice “price to income” avoisine 11,7 à 12, ce qui signifie qu’il faut en moyenne plus de onze années de revenu net pour acheter un logement type, un indicateur de tension pour les ménages, malgré des prix encore abordables à l’échelle régionale.
Les moteurs de la demande : urbanisation, classe moyenne et nouvelles préférences
Plusieurs forces structurelles se combinent pour nourrir la demande immobilière.
La première est démographique. La population urbaine croît rapidement, alimentée par des flux migratoires internes soutenus. Des villes comme Santa Cruz et El Alto absorbent une part importante de cette migration, ce qui crée une pression continue sur le foncier, y compris en périphérie, et soutient les prix des maisons et des terrains.
L’essor d’une classe moyenne urbaine, aspirant à un meilleur confort résidentiel, tire la demande vers le haut. Les acheteurs privilégient désormais les logements offrant des équipements modernes, une bonne connexion aux centres commerciaux et aux écoles, ainsi que des espaces verts et des installations de loisirs. Cette évolution bénéficie particulièrement aux appartements bien situés, aux lotissements fermés et aux résidences avec services.
Une troisième tendance forte est la préférence croissante pour la vie en ville. La recherche de proximité avec l’emploi, les services, les transports et les équipements pousse les ménages vers les centres urbains ou des quartiers périphériques bien desservis. Cette urbanité désirée explique l’essor des projets à usage mixte, qui combinent logements, commerces et bureaux au sein d’un même ensemble.
Enfin, l’accélération du télétravail pendant la pandémie a introduit un nouveau critère dans les choix résidentiels : la possibilité de travailler confortablement depuis son domicile. Les logements disposant d’une pièce supplémentaire, d’un bon éclairage naturel, de connexions internet fiables et d’un environnement calme sont davantage prisés, en particulier dans les quartiers résidentiels de qualité.
Télétravail et recomposition de la demande : gain pour le résidentiel, frein pour le bureau
Le choc du Covid-19 n’a pas seulement provoqué une correction temporaire des prix. Il a aussi servi de catalyseur pour une réorganisation durable de la demande entre segments.
Les études indiquent que la généralisation du travail virtuel et à distance a été accélérée d’environ cinq ans. Cette avancée rapide a des effets contrastés. Du côté des bureaux, les loyers ont retrouvé en 2023 à peine leur niveau de 2019, mais les perspectives de croissance sont désormais modestes. Les surfaces de bureaux classiques et les locaux d’entreprises perdent en dynamique, pénalisés par une demande structurellement plus faible.
La flexibilité géographique accrue des actifs favorise une demande pour des logements plus spacieux, situés dans des quartiers résidentiels ou premium offrant une bonne qualité de vie et des services. Les biens adaptés au télétravail, avec un espace bureau, devraient connaître une plus forte appréciation des prix que la moyenne du marché.
Cette redistribution de la demande se reflète aussi dans les stratégies d’investissement. Les opportunités identifiées incluent les appartements d’une chambre de petite superficie (400–600 pieds carrés) dans les quartiers premium comme Equipetrol à Santa Cruz, Calacoto à La Paz ou Cala Cala à Cochabamba, très recherchés pour la location de longue durée ou de courte durée avec de bons rendements.
Investir en périphérie des grandes villes : Santa Cruz et El Alto en ligne de mire
L’un des traits marquants du marché immobilier en Bolivie est le potentiel de valorisation des zones périphériques des villes à forte croissance. Santa Cruz et El Alto, en particulier, concentrent une grande partie de la croissance démographique et de l’urbanisation.
Les terrains et petites maisons situés en périphérie des agglomérations sont des cibles d’investissement intéressantes pour les investisseurs patients. Les prix y sont souvent plus abordables que dans les quartiers centraux. La valeur de ces biens bénéficie d’une progression soutenue, portée par l’arrivée continue de nouveaux habitants et le développement des infrastructures locales (routes, transports, services).
Les données sur le foncier urbain illustrent le différentiel interne aux villes :
| Localisation (lot urbain ~400 m²) | Prix moyen estimé (USD) | Fourchette indicative (USD) |
|---|---|---|
| Périphérie de ville moyenne | 10 000 | 4 000 – 30 000 |
| Quartier “moyen” en zone urbaine | 120 000 | 50 000 – 200 000 |
| Zone exclusive / commerciale | 320 000 | 200 000 – 500 000 |
Ce gradient de prix, combiné à la rareté progressive du foncier bien situé, explique pourquoi les modèles d’estimation prévoient une appréciation annuelle de 6 à 8 % dans les zones premium de Santa Cruz et de 8 à 12 % dans certains quartiers émergents sur un horizon de cinq ans.
Marché locatif et tourisme : le boom des locations de courte durée
Le tourisme, en plein développement, joue un rôle clé dans les tendances récentes du marché immobilier en Bolivie, en particulier dans les grandes villes et les destinations emblématiques comme Uyuni ou le lac Titicaca.
Les locations Airbnb offrent une rentabilité supérieure à la location traditionnelle dans les grandes villes boliviennes, mais avec une forte saisonnalité et une gestion plus exigeante. Cette prime de rentabilité devrait se normaliser vers 2025, avec la maturation du marché.
Les données de performance des locations de courte durée montrent que des villes secondaires comme Uyuni ou Samaipata peuvent offrir des revenus moyens par bien mensuels supérieurs à ceux des grandes métropoles, grâce à un positionnement touristique de niche et à une concurrence plus limitée. Ce constat conforte l’idée que les marchés émergents peuvent générer des rendements plus élevés, mais au prix d’une liquidité plus faible et d’une dépendance accrue aux flux touristiques.
Cadre légal et conditions d’accès pour les investisseurs étrangers
Le cadre juridique bolivien encadre la propriété privée tout en insistant sur sa “fonction sociale”, mais il reste relativement ouvert aux investisseurs étrangers sur le segment urbain. Les personnes physiques et les sociétés étrangères peuvent acheter des biens immobiliers en ville sans limitation sur le nombre de propriétés détenues, à condition de respecter certaines règles.
Il est interdit aux étrangers d’acheter des biens dans une bande de 50 km le long des frontières internationales pour des raisons de sécurité nationale. De plus, ils ne peuvent pas acquérir directement des terrains ruraux, notamment à vocation agricole, sauf via une société bolivienne dédiée à une activité productive ou après l’obtention de la citoyenneté bolivienne.
Pour toute transaction, un numéro d’identification fiscale bolivien (NIT) est indispensable, de même que la présentation d’un passeport valide, de la preuve de fonds et des documents relatifs au bien (titre de propriété, certificats d’impôts payés, autorisations municipales). Les structures de détention les plus courantes sont la propriété directe, la détention par une société locale (souvent une SRL) et les régimes de copropriété type “propiedad horizontal”.
Le délai de constitution d’une société à responsabilité limitée avec participation étrangère a été réduit à environ 20 jours ouvrables depuis début 2023.
Les visas liés à l’investissement complètent ce dispositif. Un visa investisseur, à partir de 50 000 dollars investis dans une activité en Bolivie (y compris une société immobilière), ouvre une voie vers la résidence permanente après plusieurs années. Des visas spécifiques existent également pour les personnes achetant un bien dans le cadre d’un projet économique, tout comme un visa de retraite avec des seuils de revenus mensuels relativement modestes (300–500 dollars). La simple propriété d’un bien immobilier ne confère pas automatiquement un statut de résident, mais renforce les dossiers de demande.
Processus de transaction, coûts et financement
Acheter un bien immobilier en Bolivie implique un processus en plusieurs étapes, généralement étalé sur 30 à 90 jours. Après la négociation informelle, les parties signent souvent une promesse de vente (Promesa de Compraventa), assortie d’un dépôt de 10 à 30 % du prix. Suit la rédaction d’un contrat de vente notarié, la préparation de l’acte public (Escritura Pública) et l’inscription au registre de la propriété.
Les coûts de transaction pour l’acheteur représentent généralement entre 5 et 8 % du prix d’achat d’un bien.
Le financement constitue l’un des principaux obstacles pour les étrangers. Le marché hypothécaire pour les non-résidents est décrit comme extrêmement limité. La plupart des achats étrangers se font donc au comptant, parfois complétés par des mécanismes de financement vendeur (avec un apport de 30 à 50 % et des taux d’intérêt de 10 à 15 %). Pour les résidents, les banques exigent généralement un apport d’au moins 20 % et une antériorité bancaire locale de 1 à 2 ans, avec des taux d’intérêt hypothécaires oscillant entre 8 et 13 %.
Les indicateurs montrent que le remboursement d’un prêt immobilier dépasse 100% du revenu pour les ménages, avec un indice d’accessibilité au crédit inférieur à 1. Malgré des prix au mètre carré compétitifs régionalement, la capacité de financement reste difficile, ce qui maintient une forte demande pour la location.
Un marché sans MLS et très fragmenté : information et risques
Une des spécificités du marché immobilier en Bolivie est l’absence de système de type MLS (Multiple Listing Service) couvrant l’ensemble du territoire. Il n’existe pas d’équivalent de plateformes centralisées offrant une vision exhaustive des offres et des transactions réalisées. L’information est donc fortement asymétrique : une même propriété peut être affichée à des prix très différents selon les intermédiaires, et les données sur les transactions passées sont difficiles d’accès pour le grand public.
C’est le nombre approximatif d’annonces immobilières gérées en permanence par les grandes enseignes internationales dans le secteur.
Cette fragmentation augmente les risques pour l’acheteur, en particulier étranger. L’absence d’assurance titre, la complexité de certains historiques fonciers, la persistance de constructions informelles et les écarts entre valeur fiscale et valeur de marché sont autant de sources potentielles de litiges. Les recommandations convergent : faire réaliser une vérification de titre approfondie, contrôler la situation fiscale du bien, vérifier la conformité urbanistique, et se faire accompagner par un avocat local spécialisé réduisent significativement ces risques.
La vague verte : construction durable et immeubles écologiques
Au-delà de la dynamique purement financière, le marché immobilier en Bolivie est traversé par une tendance lourde qui touche toute la région : la montée de la construction durable. Le secteur du bâtiment étant responsable, à l’échelle mondiale, de près de 39 % des émissions d’empreinte carbone liées à l’énergie et aux procédés, la pression pour verdir les projets est forte.
En Bolivie, plusieurs signaux montrent que cette transformation est en cours, même si elle reste encore minoritaire. Une étude de la plateforme InfoCasas évoque environ 15 % de projets immobiliers catalogués comme “éco-responsables” sur son portail. La demande est particulièrement portée par un public jeune, en grande partie issu de la génération Millennial, qui s’intéresse de plus en plus aux bâtiments économes en énergie, intégrant les énergies renouvelables, les matériaux durables et des espaces verts.
La part des bâtiments ‘verts’ en Amérique latine pourrait passer d’environ 20% à plus de 40% des réalisations en quelques années.
Les moteurs de cette évolution ne sont pas uniquement environnementaux. Les arguments économiques pèsent lourd : baisse des factures d’énergie et d’eau, meilleure qualité de l’air intérieur et confort accru pour les occupants. De nombreuses études montrent que le surcoût initial de certains équipements (fenêtres à haute performance, systèmes intelligents de gestion de l’eau, matériaux durables) peut être amorti en trois à cinq ans grâce aux économies réalisées.
La Bolivie développe des cadres spécifiques pour la construction durable : un règlement municipal incitatif est en vigueur à Santa Cruz depuis 2020, une norme nationale est en cours d’élaboration avec l’IBNORCA, et le programme financé par l’UE ‘Bolivia construye más verde’ promeut les matériaux verts, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.
Des partenariats ont été noués entre la chambre départementale de la construction de Santa Cruz (CADECOCRUZ) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) afin de renforcer la formation et de faciliter l’accès à des financements internationaux pour les projets verts. Parallèlement, le Green Building Council Bolivia travaille depuis plus d’une décennie à la diffusion de certifications internationales comme LEED ou EDGE, et plusieurs projets emblématiques à Santa Cruz (immeubles de grande hauteur, apart-hôtels, résidences) visent ou ont obtenu ces labels.
Même si ces réalisations restent marginales par rapport au volume total de construction, elles indiquent une tendance nette : les promoteurs qui intègrent dès à présent des critères de durabilité – efficacité énergétique, matériaux biosourcés, gestion de l’eau, confort sanitaire – se positionnent sur un segment en croissance, avec un avantage de valorisation à moyen terme.
Risques, déséquilibres récents et vigilance nécessaire
Il serait trompeur de présenter le marché immobilier en Bolivie comme un eldorado sans risque. Le rapport de recherche insiste au contraire sur plusieurs vulnérabilités.
Sur le plan macroéconomique, la fin du boom des matières premières a obligé le pays à soutenir la croissance par une politique de dépenses publiques élevées et un recours accru au crédit domestique, ce qui a gonflé la dette publique. La pandémie a aggravé ces déséquilibres, avec un recul du PIB et une remontée de la pauvreté. Les évaluations les plus récentes évoquent des déficits budgétaires importants, une montée de l’inflation à des niveaux à deux chiffres et une contraction possible de l’activité en 2025–2026. Cette situation limite les marges de manœuvre de l’État pour stimuler l’économie en cas de choc supplémentaire.
L’investissement immobilier local présente plusieurs risques microéconomiques : incertitudes politiques et réglementaires, titres fonciers parfois fragiles, difficultés d’accès aux infrastructures de base (eau, électricité, internet), procédures administratives lentes et complexes, absence d’assurance titre et prévalence d’intermédiaires informels. De plus, le marché est peu liquide : la vente d’un bien peut prendre en moyenne de trois à six mois, selon son type et son emplacement.
Pour les investisseurs étrangers, la prudence est de mise. Les recommandations incluent le choix d’emplacements bénéficiant d’une bonne traçabilité des titres (quartiers établis des grandes villes), la réalisation d’audits techniques et juridiques complets, l’utilisation de structures juridiques adaptées (société locale pour des investissements de plus grande ampleur), ainsi qu’une approche de financement conservatrice, en limitant l’endettement local.
Perspectives : continuité plus que rupture
Malgré ces défis, les perspectives générales restent orientées vers une poursuite de la croissance, sans emballement. Les scénarios rassemblés par les analystes prévoient, hors choc extrême, un maintien de la tendance à l’appréciation régulière des biens résidentiels et des surfaces commerciales dans les villes les plus dynamiques, en particulier Santa Cruz, La Paz et Cochabamba, ainsi que dans les destinations touristiques importantes.
Les prévisions d’appréciation sur cinq ans illustrent cette continuité :
| Zone / Segment | Appréciation annuelle prévue (5 ans) |
|---|---|
| La Paz – Zona Sur | 4–6 % |
| Santa Cruz – quartiers premium | 6–8 % |
| Cochabamba (zones recherchées) | 5–7 % |
| Destinations touristiques majeures | 7–9 % |
| Quartiers émergents | 8–12 % |
| Districts commerciaux | 5–7 % |
La transformation numérique du secteur, avec le développement des visites virtuelles, des outils d’estimation automatique (AVM) et de la gestion connectée des bâtiments, devrait également gagner du terrain, même si l’adoption de l’intelligence artificielle dans l’immobilier en Bolivie reste encore balbutiante par rapport aux standards globaux.
Les politiques de durabilité, les partenariats internationaux et les incitations locales favorisent une augmentation des constructions écologiques, notamment dans les grands projets urbains et les segments de marché moyen et haut de gamme.
En somme, les tendances actuelles du marché immobilier en Bolivie dessinent un paysage fait de stabilité relative, d’opportunités réelles mais sélectives, et de risques non négligeables nécessitant une approche informée. Pour les investisseurs capables de s’orienter dans un environnement où l’information est imparfaite et les processus sont plus lourds que dans les pays développés, le marché offre une combinaison encore rare en Amérique latine : rendements locatifs attractifs, potentiel d’appréciation à moyen terme et entrée possible sur des marchés urbains et touristiques en pleine recomposition.
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel en Bolivie pour rechercher du rendement locatif et une exposition en monnaie locale et en dollars (via certains loyers indexés ou contrats en devise). Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.
Après analyse de plusieurs marchés (La Paz, Santa Cruz de la Sierra, Cochabamba), la stratégie retenue a consisté à cibler un immeuble résidentiel de petite taille ou un ensemble d’appartements dans un quartier en croissance de Santa Cruz, combinant un rendement locatif brut cible de 10 % – « plus le rendement est grand, plus le risque est important » – et un potentiel de valorisation à moyen terme, pour un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, spécialiste fiscal et notaire), choix de la structure d’investissement (propriété directe ou société locale) et définition d’un plan de diversification progressive adapté au contexte bolivien.
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