Comparaison des prix immobiliers entre les villes au Nigéria

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le Nigéria abrite la plus grande économie d’Afrique et l’un des marchés immobiliers les plus actifs du continent. Derrière cette dynamique, on retrouve un cocktail explosif : une population estimée à plus de 220 millions d’habitants, une urbanisation galopante, un déficit de logements évalué entre 22 et 28 millions d’unités, et une monnaie fragilisée qui renchérit les coûts de construction. Dans ce contexte, les prix de l’immobilier flambent, mais pas de la même façon selon les villes.

Bon à savoir :

Les prix varient considérablement entre les grandes villes comme Lagos, Abuja, Port Harcourt, Ibadan, Enugu, Kano et Uyo, chacune ayant sa propre dynamique de marché, ses moteurs de croissance et son profil de risque. Pour un acheteur ou un investisseur, il est crucial d’analyser les niveaux de prix actuels, les perspectives d’appréciation et les rendements locatifs pour identifier les meilleures opportunités.

Un marché national en tension permanente

Sur l’ensemble du pays, le marché immobilier pèse lourd. Les estimations évoquent une valorisation globale autour de 2,61 billions de dollars, avec un segment résidentiel évalué à plus de 2,25 trillions de nairas. Le secteur est devenu le troisième contributeur de l’économie nigériane, devant le pétrole et le gaz dans certaines statistiques récentes. En un trimestre récent, l’immobilier a généré plus de 16 000 milliards de nairas de valeur ajoutée et progressé d’environ 5 % selon le Bureau national des statistiques.

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Les prix de l’immobilier au Nigeria ont augmenté d’environ 300 % en nairas au cours des dix dernières années.

Ce déséquilibre structurel se nourrit d’une démographie extrêmement jeune (âge médian inférieur à 19 ans), d’un exode rural massif (plus de la moitié de la population vit désormais en ville, avec environ 700 000 nouveaux citadins chaque année) et d’un marché du crédit très coûteux. Les taux directeurs de la Banque centrale tournent autour de 27,5 %, les crédits immobiliers sont généralement facturés entre 15 % et 25 % d’intérêt, voire plus, et la pénétration hypothécaire reste inférieure à 1 %. Autrement dit, l’achat se fait souvent au comptant ou avec un levier financier limité, ce qui renforce le rôle de l’investissement locatif et des capitaux issus de la diaspora.

Exemple :

Chaque année, les Nigérians vivant à l’étranger envoient plus de 20 milliards de dollars de remises vers leur pays. Une part significative de ces fonds est investie dans l’immobilier. Ce phénomène est particulièrement marqué sur les marchés haut de gamme à Lagos, où jusqu’à 70 % des investissements proviennent de la diaspora. Ce pouvoir d’achat en devises étrangères compense partiellement les effets de la dévaluation du naira, mais contribue également à alimenter la tension sur les prix des biens les plus prisés.

Lagos, capitale économique et marché le plus cher

Lagos est de loin le marché le plus médiatisé et le plus scruté du pays. Mégapole de plus de 20 millions d’habitants, elle concentre à elle seule environ 61,6 % de la demande immobilière nationale et près d’un tiers des transactions. La ville a vu ses prix bondir d’environ 39,5 % sur une période de douze mois récente, avec une croissance du secteur immobilier de 50 % entre 2021 et 2023.

Niveaux de prix et écarts entre quartiers

En moyenne, le prix d’un bien à Lagos se situe autour de 50 millions de nairas si l’on considère toutes catégories confondues, mais des données de marché récentes évoquent plutôt une moyenne d’environ 125 millions de nairas pour les biens en vente, en hausse de près de 28 % sur un an. Les extrêmes sont vertigineux : certaines maisons se négocient largement au‑delà du milliard, quand des biens très modestes peuvent encore se trouver pour quelques centaines de milliers de nairas dans des zones très périphériques.

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Prix moyen au mètre carré d’un terrain à Banana Island, Lagos, illustrant les disparités immobilières intra-urbaines.

Le tableau ci‑dessous illustre les ordres de grandeur pour les quartiers phares de Lagos :

Zone de LagosType de prix présentéNiveau indicatif
IkoyiTerrain (600–1 000 m²)400 M – >1 milliard ₦
Victoria IslandTerrain (600–1 000 m²)300 M – 800 M ₦
Banana IslandTerrain (m²)moyenne ≈ 1,2 M ₦, jusqu’à 3,5 M ₦
Lekki Phase 1Terrain (m²)env. 800 000 – 1,5 M ₦ (moyenne ≈ 950 000 ₦)
Yaba (centre‑ville « mainland »)Appartement (m², prime secondaire)env. 600 000 ₦
Ikorodu, Epe (périphérie)Terrain (m²)5 000 – 50 000 ₦
BadagryTerrain (m²)3 000 – 20 000 ₦

Dans les segments résidentiels, un appartement de trois chambres sur le « mainland » (Yaba, Surulere) se trouve souvent entre 45 et 85 millions de nairas, tandis que le même type de bien sur l’« island » (Lekki Phase 1, Oniru) grimpe volontiers entre 120 et 250 millions. Un duplex de quatre chambres à Ajah ou Gbagada se négocie fréquemment entre 95 et 160 millions, alors qu’un produit équivalent dans les beaux quartiers d’Ikoyi ou Victoria Island varie plutôt entre 450 millions et plus d’un milliard.

L’effet des infrastructures sur la flambée des prix

L’une des caractéristiques majeures du marché lagosien est la sensibilité aux projets d’infrastructures. Le corridor Lekki–Epe concentre une partie de la spéculation, dopé par le port en eau profonde de Lekki, la zone franche, la raffinerie Dangote, ainsi que par un futur aéroport international et la construction de la route côtière Lagos–Calabar. Cette dernière a déjà fait grimper les valeurs de 25 % à 40 % dans un rayon de cinq kilomètres du tracé, tandis que les terrains à Ibeju‑Lekki et Epe enregistraient des hausses d’environ 35 % sur un an.

Attention :

Le projet du ‘Fourth Mainland Bridge’ redessine les anticipations du marché, notamment dans les zones d’Ikorodu et d’Ajah. Dans des secteurs précis comme Baiyeku ou Langbasa, les analystes prévoient une hausse prochaine des valeurs immobilières de l’ordre de 50 % à mesure que la connexion routière se matérialisera.

Rendements locatifs et marché de la location

Lagos est aussi la capitale du marché locatif. Plus de 80 % des résidents sont locataires, et le poids du logement dans le budget des ménages peut monter jusqu’à 70 % des revenus. Les loyers ont bondi de 10 % à près de 40 % sur une année récente dans certaines zones, tirés par la rareté de l’offre abordable et par l’inflation des coûts de construction (le sac de ciment ayant plus que doublé, l’acier ayant renchéri de près de 140 %).

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Les rendements bruts moyens de l’immobilier à Lagos oscillent entre 6 % et 10 %, avec des pics pour les petits appartements.

Le segment des locations de courte durée est particulièrement dynamique. Les revenus générés nationalement par les appartements en courte durée ont avoisiné 13 millions de dollars pour le seul mois de décembre 2024, et Lagos concentre une large partie de ce marché. Des taux d’occupation autour de 40–45 % et des loyers journaliers élevés permettent parfois d’atteindre des rendements bruts de 10–15 %, voire davantage pour des produits très bien gérés. C’est ce qui vaut à Lagos la réputation de « Cash Flow King » pour les investisseurs locatifs.

Abuja, un marché cher mais plus stable

Si Lagos représente la frénésie commerciale, Abuja incarne plutôt la stabilité institutionnelle. Capitale politique du pays, la ville est structurée autour d’un plan directeur où l’infrastructure précède souvent l’urbanisation, notamment dans les quartiers centraux. La demande repose largement sur les fonctionnaires fédéraux, les diplomates, les organisations internationales et une classe moyenne supérieure en expansion.

Niveaux de prix et hiérarchie des quartiers

En moyenne, une maison à Abuja se négocie autour de 182 millions de nairas, avec des écarts très importants entre les quartiers diplomatiques et les zones périphériques. Certains calculs suggèrent même que, pris globalement, les prix d’Abuja dépassent de près de 27 % ceux de Lagos si l’on compare les moyennes dans les quartiers bien développés.

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Le prix moyen d’une maison de cinq chambres dans le quartier prestigieux de Maitama à Abuja est d’environ 1,2 milliard de nairas.

Plus à l’ouest, des quartiers comme Gwarinpa ou Jahi offrent des tickets d’entrée beaucoup plus accessibles. Un duplex de quatre chambres à Gwarinpa se situe souvent autour de 320 millions en moyenne (entre 180 et 650 millions selon les prestations), tandis qu’un appartement de trois chambres y vaut généralement environ 180 millions. À Kubwa, une maison de quatre chambres se trouve encore autour de 180 millions, et un deux‑pièces autour de 95 millions.

Le tableau suivant résume quelques repères de prix par typologie dans la capitale :

Quartier d’AbujaType de bienPrix moyen indicatif
MaitamaMaison 5 chambres détachée≈ 1,2 milliard ₦
MaitamaAppartement 3 chambres≈ 650 M ₦
AsokoroMaison 5 chambres détachée≈ 950 M ₦
AsokoroAppartement 3 chambres≈ 480 M ₦
Wuse IIAppartement 3 chambres≈ 420 M ₦
GwarinpaDuplex 4 chambres détaché≈ 320 M ₦
Gwarinpa/JahiBungalow standard 3 chambres≈ 75 M ₦
KubwaMaison 4 chambres détachée≈ 180 M ₦
LugbeAppartement 2 chambres≈ 75 M ₦

À l’échelle de la ville, le prix moyen au mètre carré dans les zones prime d’Abuja avoisine 1,3 million de nairas pour les appartements et 1 million pour les maisons. Dans les quartiers les plus exclusifs comme certains tronçons de Maitama ou Asokoro, le mètre carré peut se situer entre 3 et 3,3 millions. À l’inverse, les secteurs plus abordables comme Gwarinpa ou Lugbe oscillent autour de 800 000 à 1,38 million par mètre carré.

Croissance des prix et rôle de l’État

Abuja enregistre depuis plusieurs années une progression annuelle des prix comprise entre 8 % et 10 %. Entre 2024 et 2025, cette tendance s’est confirmée, et les projections à court terme évoquent encore 8–10 % de hausse annuelle. Dans certains sous‑marchés en forte expansion comme Katampe, Dakibiyu ou Kaura, les anticipations sont même plus élevées : entre 13 % et 18 % de croissance attendue sur une année.

Astuce :

L’Administration du Territoire de la capitale fédérale (FCTA) est un moteur clé du développement via l’investissement public. Elle consacre une très large part de son budget, évalué à 1,7 billion de nairas, aux projets d’infrastructure. Dans un exercice récent, plus de 70 % de ce budget a été alloué à des travaux tels que la construction et l’amélioration des routes, des voiries, des extensions vers les villes satellites, de l’accès à l’aéroport, ainsi que des réseaux électriques et hydrauliques.

Contrairement à Lagos où l’anarchie foncière et les « Omo Onile » compliquent la sécurisation des titres, Abuja bénéficie d’un régime foncier plus centralisé via l’autorité de la capitale et un cadastre numérisé (AGIS). Cette structure réduit les risques de fraude, même si le coût d’acquisition reste très élevé.

Rente locative et profil du marché

Côté loyers, Abuja offre en moyenne des rendements bruts de 5–8 %, ce qui reste compétitif dans une optique de placement « bon père de famille ». Les appartements de deux chambres se louent souvent entre 1,2 et 1,8 million de nairas par an, un trois‑pièces entre 3 et 4 millions dans les quartiers huppés, et les grandes maisons détachées dépassent régulièrement les 10 millions de nairas annuels dans Maitama ou Asokoro.

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Le loyer annuel moyen d’une maison de cinq chambres à Maitama, Abuja, selon les analyses de 2026 pour les locations de prestige.

Les frais d’entrée pour les locataires, comprenant commission d’agence (environ 10 % du loyer), honoraires juridiques (5–10 %) et dépôt de garantie (5–10 %), peuvent majorer de 25–35 % le coût de la première année. Pour les propriétaires, les charges d’entretien, de gestion et de services réduisent de 2 à 4 points les rendements nets par rapport aux rendements bruts.

Port Harcourt, hub pétrolier aux prix intermédiaires

Port Harcourt, capitale de l’État de Rivers, est le principal centre pétrolier du Nigéria. Son PIB dépasse les 21 milliards de dollars, et la ville attire un large éventail de cadres du secteur oil & gas, d’expatriés et, de plus en plus, de start‑ups technologiques. Le marché y est décrit comme « booming, lucratif et compétitif ».

Prix des biens et typologie de l’offre

Les prix se situent en moyenne autour de 55 millions de nairas pour une maison, avec une fourchette globale allant d’environ 30 à 80 millions selon les quartiers et la qualité des biens. Dans des zones recherchées comme le Government Residential Area (GRA) ou Trans Amadi, la barre est nettement plus haute : une maison de quatre chambres dans le quartier d’Eliozu, par exemple, se vend autour de 195 millions de nairas pour une parcelle de 480 m².

Bon à savoir :

Les annonces dans la ville présentent des prix très variés, allant de quelques millions de nairas pour un terrain ou une petite maison, à plusieurs centaines de millions pour des duplex avec piscine ou des immeubles à usage mixte. Certains actifs industriels très spécifiques, comme les fermes de stockage pétrolier, peuvent même atteindre plusieurs dizaines de milliards de nairas.

Une synthèse des niveaux de prix courants à Port Harcourt apparaît dans le tableau suivant :

ÉlémentIndication de prix
Maison moyenne≈ 55 M ₦
Intervalle courant30 M – 80 M ₦
Duplex 4 ch. à Eliozu≈ 195 M ₦
Terrains résidentiels≈ 3,5 M – 40 M ₦ selon localisation
Biens les moins chers≈ 1 M ₦
Biens très haut de gammejusqu’à 800 M ₦ pour des propriétés d’exception

Les loyers suivent cette segmentation. En moyenne, un appartement d’une chambre à Port Harcourt se loue entre 400 000 et 1 million de nairas par an, un deux‑pièces entre 600 000 et 2,5 millions, un trois‑pièces entre 1 et 5 millions, et une grande maison ou villa de quatre chambres entre 5 et 15 millions dans les quartiers les plus cotés. GRA et Trans Amadi concentrent la clientèle fortunée, nationale comme étrangère, souvent liée aux majors pétrolières.

Rendements et dynamique locative

Les rendements bruts à Port Harcourt se situent généralement entre 5 % et 8 %. La demande locative est portée par les entreprises du pétrole et du gaz, leurs sous‑traitants, ainsi que par des activités commerciales en croissance. Dans les meilleures adresses, les appartements en location de courte durée peuvent générer des rendements ponctuels très élevés : certains calculs laissent entrevoir jusqu’à 18 % de rendement brut pour des logements en courte durée à GRA, profitant de séjours professionnels fréquents et de tarifs journaliers élevés.

Bon à savoir :

Le marché des locations courtes durées a progressé de plus de 46%, stimulant l’intérêt pour les appartements meublés et résidences de services. Cependant, les investisseurs doivent anticiper des défis majeurs : inflation, dépréciation du naira, commissions d’agents pouvant atteindre 20% du loyer annuel, congestion routière, coupures d’électricité, risques d’inondation et déficits d’infrastructures dans certaines zones.

Ibadan, alternative abordable avec fort potentiel

Ibadan, capitale de l’État d’Oyo, est la plus grande ville du pays en superficie. Située à environ 120 kilomètres de Lagos, elle bénéficie désormais d’une connexion renforcée grâce à l’autoroute Lagos–Ibadan modernisée et à la ligne de chemin de fer qui relie les deux métropoles en un peu plus de deux heures. Son marché immobilier gagne rapidement en importance, avec une part estimée à près de 7 % de la demande nationale.

Niveaux de prix nettement inférieurs à Lagos

Dans Ibadan, les prix restent très loin des sommets lagosiens. Une maison moyenne se négocie autour de 35 millions de nairas, tandis qu’un bungalow de trois chambres peut encore s’acquérir entre 15 et 25 millions dans de nombreux quartiers résidentiels. Les terrains s’échangent en général entre 20 et 40 millions la parcelle dans les secteurs prisés comme New Bodija, ce qui représente un différentiel considérable par rapport à Lagos.

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Un terrain de standing à Lagos peut coûter près de quatre fois plus cher qu’un terrain équivalent à Ibadan.

Les données au mètre carré renforcent ce constat : dans les quartiers premium d’Ibadan (Bodija, Jericho, Agodi GRA, Kolapo Ishola GRA), le prix au mètre carré pour les maisons varie en général entre 250 000 et 400 000 nairas, et pour les appartements entre 300 000 et 500 000. Ces niveaux restent très en deçà des 800 000 à 1,5 million observés dans les zones secondaires de Lagos, et encore plus loin des 1,3 à près de 3,7 millions au mètre carré des quartiers les plus chers de Lagos ou Abuja.

Le tableau suivant donne un aperçu comparatif entre Ibadan et Lagos sur des produits de taille similaire :

Type / ZoneIbadan (ordre de grandeur)Lagos (zone comparable)
Parcelle bien située20–40 M ₦ (New Bodija)≈ 150 M ₦ (Yaba)
Bungalow 3 chambres15–25 M ₦45–85 M ₦ (Yaba/Surulere)
Maison moyenne≈ 35 M ₦≈ 50 M ₦ (moyenne Lagos tous marchés)
Prix maison (m², zone premium)250 000–400 000 ₦600 000–1 000 000 ₦ (zones secondaires)

Rendements locatifs et attractivité croissante

En dépit de ces prix encore modérés, Ibadan enregistre une croissance annuelle des valeurs d’environ 8 % et des rendements locatifs pouvant atteindre 7–10 % selon les quartiers et les typologies. Les deux‑pièces se louent autour de 480 000 nairas par an en moyenne, avec un plafond proche du million dans les emplacements les plus recherchés. Les studios et mini‑flats restent autour de 150 000 à 200 000 nairas par an, ce qui attire une population étudiante et de jeunes actifs.

Bon à savoir :

Une combinaison de faibles coûts d’entrée et d’une rentabilité correcte attire les investisseurs. Un mouvement émerge où des ménages profitent des infrastructures de transport pour travailler à Lagos tout en résidant à Ibadan, une ville au coût de la vie plus bas.

Ibadan profite d’une vague d’investissements publics dans les routes, le périphérique (« Ibadan Circular Road » de 110 km), la modernisation de l’aéroport et le développement d’un port sec intérieur à Moniya. Le gouvernement d’Oyo a également simplifié les procédures foncières, annonçant la délivrance de certificats d’occupation en trois mois seulement. Cette relative fluidité administrative réduit certaines des incertitudes rencontrées à Lagos.

Enugu, Uyo, Kano et les autres villes émergentes

Au‑delà du trio Lagos–Abuja–Port Harcourt et du pôle en montée Ibadan, plusieurs villes secondaires se positionnent comme des marchés attractifs, chacun avec son profil prix‑rendement.

Enugu, un marché en hausse modérée

Enugu affiche un prix moyen d’environ 40 millions de nairas pour une maison, avec des valeurs généralement comprises entre 15 et 25 millions pour certains biens et jusqu’à 25 millions pour les produits les plus recherchés dans les quartiers urbains. Les zones comme Independence Layout, New Haven ou GRA concentrent la demande haut de gamme et des valeurs qui montent progressivement.

Les rendements locatifs se situent souvent dans une fourchette de 7–10 % pour les produits bien positionnés, et les prix ont progressé d’environ 7 % sur une année récente, avec une perspective d’accélération vers 8–10 % dans les prochaines années.

Uyo, capitale abordable du Sud

À Uyo, capitale de l’État d’Akwa Ibom, les prix résidentiels restent pour l’instant relativement bas, sur une fourchette de 10 à 20 millions de nairas pour beaucoup de biens. Les quartiers comme Ewet Housing et Shelter Afrique sont cités comme offrant un bon rapport qualité/prix. Les rendements locatifs y sont comparables à ceux d’Enugu pour les logements modestes, et la ville bénéficie d’investissements infrastructurels qui améliorent son accessibilité.

Kano et les villes du Nord : prix encore contenus

Kano, grande métropole commerciale du Nord, présente des niveaux de prix nettement plus bas que Lagos ou Abuja. Les valeurs au mètre carré pour des maisons se situent généralement entre 200 000 et 350 000 nairas, et entre 200 000 et 400 000 pour les appartements dans les secteurs urbains. Des quartiers comme Nassarawa GRA et Tarauni offrent des opportunités pour des budgets beaucoup plus limités. Les rendements locatifs restent raisonnables (souvent 5–6 %), mais la croissance des prix est plus lente, autour de 5–7 % par an, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et une demande plus modérée sur le segment haut de gamme.

Autres pôles en montée : Abeokuta, Asaba, Benin City, etc.

Abeokuta et le corridor Ogun–Lagos (Mowe, Ibafo, Sagamu) connaissent une croissance rapide des prix, profitant de l’étalement urbain de Lagos et de l’amélioration des axes de transport. Les terrains à Mowe ou Ibafo restent encore abordables, mais les hausses annuelles peuvent atteindre 12–18 %, un rythme supérieur à celui de nombreuses capitales régionales.

Astuce :

Les villes comme Asaba, Benin City et Owerri offrent des opportunités immobilières avec des prix moyens inférieurs à ceux de Lagos et Abuja. Leur potentiel de croissance est soutenu par l’urbanisation, l’expansion de la classe moyenne et les projets d’infrastructure en cours. Ces marchés présentent généralement des tickets d’entrée plus faibles et des rendements parfois comparables aux grands centres, mais avec une liquidité moindre.

Le tableau suivant résume de manière simplifiée quelques ordres de grandeur des prix moyens de maisons dans plusieurs grandes villes :

VillePrix moyen indicatif d’une maisonTendance de marché
Lagos≈ 50 M ₦ (moyenne large)Forte hausse, marché tendu
Abuja≈ 182 M ₦Hausse régulière
Port Harcourt≈ 55 M ₦Croissance modérée
Ibadan≈ 35 M ₦Marché émergent, en hausse
Enugu≈ 40 M ₦Hausse constante
Kano10–40 M ₦ (large fourchette)Croissance lente à stable

Comparer les rendements locatifs entre les villes

Au‑delà des prix d’achat, les investisseurs comparent les villes à l’aune des rendements locatifs. Sur ce plan, les données montrent une image nuancée.

Lagos et Abuja affichent en moyenne des rendements bruts de 6–8 %, avec des pointes plus élevées pour des typologies ou des localisations spécifiques. Lagos, grâce à son énorme base locative et à l’essor des locations de courte durée, offre souvent les meilleures perspectives en termes de flux de trésorerie, au prix d’une volatilité plus forte et d’un risque réglementaire plus élevé sur certaines activités (short‑lets, par exemple).

Bon à savoir :

Contrairement à Lagos, le marché immobilier d’Abuja est considéré comme plus institutionnel. Il repose sur une clientèle solide composée de grands employeurs, d’ambassades et d’organisations internationales, qui signent généralement des baux de longue durée. Cette structure assure des revenus locatifs sécurisés. Bien que les rendements puissent y être légèrement inférieurs, ils sont réputés plus stables et prévisibles.

Les villes émergentes comme Ibadan, Enugu ou Uyo attirent les investisseurs par leurs rendements supérieurs, souvent compris entre 7 et 10 %. Les prix d’achat sont bas, et les loyers, même modestes, suffisent à générer des taux de rendement bruts élevés. Toutefois, la liquidité de ces marchés reste inférieure à celle de Lagos ou Abuja, et la capacité à revendre rapidement à bon prix dépend fortement de l’évolution locale des infrastructures et de l’économie.

Le tableau suivant donne une vue d’ensemble simplifiée des rendements bruts typiques :

Ville / SegmentRendement locatif brut indicatif
Lagos (global)6–10 %
Abuja (global)5–8 %
Lagos – mini‑flats / studios8–10 %
Lagos – short‑lets (bien gérés)10–15 % (parfois plus)
Port Harcourt5–8 %
Ibadan8–10 %
Enugu, Uyo7–10 % (selon zones)
Kano et autres grandes villes du Nord5–6 %

Le rôle clé de l’infrastructure dans les écarts de prix

Dans toutes ces villes, un facteur ressort systématiquement pour expliquer les différentiels de prix : l’infrastructure. Les études menées sur divers marchés nigérians montrent une corrélation très forte entre la qualité des infrastructures et la valeur immobilière. Une recherche réalisée à Lagos concluait que plus de 99 % des variations des loyers en zones de faible, moyenne et forte densité pouvaient être attribuées à la qualité des routes, de l’électricité, de la gestion des déchets, de l’éclairage public et des équipements collectifs (écoles, hôpitaux, etc.).

Bon à savoir :

Les grands projets d’infrastructure (ferroviaires, autoroutiers, portuaires) comme la ligne Lagos–Ibadan ou le port de Lekki transforment le marché immobilier nigérian. La pratique du « land banking », qui consiste à acheter des terrains en périphérie avant l’arrivée des infrastructures, a généré des plus-values de 20 à 50 % sur 3 à 5 ans dans des zones telles qu’Epe, Ibeju‑Lekki ou Kuje.

Cette logique se retrouve à plus petite échelle dans des villes comme Abeokuta, où les programmes d’infrastructures urbaines ont fait bondir les loyers de trois‑pièces dans certains lotissements – parfois de 1 million à 3 millions de nairas en quelques années – ou à Ibadan, où la modernisation de grands axes routiers et la perspective du périphérique ont revalorisé des secteurs auparavant peu demandés.

Coûts cachés, financement et risques transversaux

Comparer les prix bruts entre les villes ne suffit pas pour juger de l’accessibilité réelle. À l’achat, les frais annexes peuvent ajouter 20 à 30 % à la facture : honoraires juridiques (5–10 % du prix), commission d’agence (environ 5 %), droits de timbre (0,75–1,5 % selon les États), frais d’enregistrement (3–5 %), obtention du consentement du gouverneur (jusqu’à 8–15 % de la valeur à Lagos), frais de levé topographique, contributions communautaires (« Omo Onile » dans le Sud) et taxes diverses.

Exemple :

L’acquisition d’un terrain à Lagos pour 20 millions de nairas a engendré plus de 5 millions de nairas de frais supplémentaires, soit une majoration de plus de 26 %. Cet exemple illustre la variabilité significative des coûts entre les différents États, ce qui rend les comparaisons superficielles de prix au mètre carré particulièrement trompeuses et délicates.

Le financement constitue un autre facteur de différenciation. Les taux hypothécaires, entre 15 % et 25 % pour la plupart des banques commerciales, voire davantage dans certains cas, rendent peu rentable l’investissement fortement levierisé, au profit des acheteurs au comptant ou utilisant les rares produits subventionnés (comme ceux de la Federal Mortgage Bank à 6 %). La durée de remboursement sur 10 à 25 ans, combinée à ces taux, pèse lourd sur les mensualités et limite l’accès à la propriété dans presque toutes les villes.

Attention :

Les fraudes (titres falsifiés, ventes multiples, litiges) affecteraient jusqu’à 73 % des transactions. Des États comme Lagos, Ogun, Rivers, Anambra et le FCT adoptent des titres numériques pour y remédier, mais la vigilance est requise sur tout le territoire, quel que soit le type de bien.

Comment se positionner face aux écarts de prix entre villes ?

À l’issue de ce panorama, plusieurs grandes lignes de force se dégagent dans la comparaison des prix entre les villes nigérianes.

Lagos domine par le niveau absolu des prix, surtout sur l’« island » et dans les quartiers ultra‑primes. Son marché offre des potentiels d’appréciation rapides (10–15 % par an dans de nombreux cas) et des rendements locatifs solides, particulièrement sur les petites surfaces et la courte durée. En échange, les risques y sont plus prononcés : volatilité accrue, problèmes fonciers, sur‑offre ponctuelle dans l’ultra‑luxe, pression réglementaire possible sur certains segments.

Bon à savoir :

Malgré des prix élevés dans le centre, le marché d’Abuja est stable, avec une demande locative soutenue par les institutions d’État et diplomatiques. La gouvernance foncière est mieux structurée. Les prix augmentent régulièrement de 8 à 10 % par an, et les meilleurs rendements se trouvent souvent dans les quartiers intermédiaires comme Gwarinpa, Lugbe ou Kubwa.

Port Harcourt occupe une position intermédiaire, avec des prix moyens plus proches d’Ibadan ou Enugu que de Lagos ou Abuja mais des poches très chères dans les GRA et Trans Amadi. La dépendance à l’industrie pétrolière en fait un marché potentiellement plus cyclique et sensible aux chocs exogènes, mais les loyers peuvent y être très rémunérateurs pour des biens bien situés.

Astuce :

Les villes comme Ibadan, Enugu, Uyo et Kano proposent des biens immobiliers d’entrée de gamme plus accessibles, avec des rendements parfois supérieurs à ceux des grandes métropoles. Cependant, leur liquidité et leur profil de risque sont fortement tributaires des infrastructures existantes ou en projet. Pour un investisseur patient, la stratégie de « land banking » dans ces zones, particulièrement le long des corridors autoroutiers et ferroviaires en développement, peut s’avérer très rentable sur un horizon de cinq à dix ans.

Dans un pays où la demande de logements dépasse largement l’offre, où l’urbanisation ne faiblit pas et où l’État mise massivement sur les infrastructures, une constante semble se dessiner : les prix immobiliers dans les principales villes devraient continuer d’augmenter, à des rythmes différents selon les marchés locaux, mais rarement à la baisse sur la durée. La vraie question pour un acheteur ou un investisseur au Nigéria n’est donc pas tant de savoir si l’immobilier va monter, mais plutôt dans quelle ville, à quel prix d’entrée et avec quel niveau de risque il est prêt à se positionner.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Cas pratique : un investisseur français qui diversifie au Nigéria
Un chef d’entreprise français d’environ 50 ans, avec un patrimoine financier déjà bien structuré en Europe, souhaitait diversifier une partie de son capital dans l’immobilier résidentiel au Nigéria pour rechercher du rendement locatif et une exposition au naira et au marché africain anglophone. Budget alloué : 400 000 à 600 000 dollars, sans recours au crédit.

Après analyse de plusieurs marchés (Lagos, Abuja, Port Harcourt), la stratégie retenue a consisté à cibler un appartement ou une maison individuelle dans un quartier sécurisé et en forte croissance (Lekki, Victoria Island, Jabi), combinant rendement locatif brut cible de 10 % – « plus le rendement est grand, plus le risque est important » et potentiel de valorisation à moyen terme, avec un ticket global (acquisition + frais + travaux légers) d’environ 500 000 dollars. La mission a inclus : sélection du marché et du quartier, mise en relation avec un réseau local (agent immobilier, avocat, fiscaliste), choix de la structure la plus adaptée (propriété directe ou SPV locale) et définition d’un plan de diversification dans le temps, afin de maîtriser les risques juridiques, fiscaux et locatifs.

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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