Voyager au Venezuela ou s’y déplacer au quotidien ne ressemble plus vraiment à ce que l’on imagine d’un réseau de transports « classique ». Entre crise économique, insécurité, pénurie de pièces détachées et initiatives technologiques locales, le système a été profondément transformé. Ce guide pratique vise à donner une vision claire, concrète et nuancée de ce qui fonctionne encore, de ce qui s’est effondré et des solutions alternatives apparues sur le terrain.
Ce guide ne vise pas à encourager le voyage, les déplacements étant déconseillés par la plupart des gouvernements. Il s’adresse aux personnes déjà sur place ou contraintes de s’y rendre, en expliquant les modes de déplacement actuels des Vénézuéliens, les principaux risques à connaître et les options de transport encore utilisables.
Comprendre le contexte : un système en crise profonde
Avant d’entrer dans le détail des bus, métros, taxis ou applis, il faut garder en tête le cadre général. Le Venezuela traverse depuis des années une crise économique et politique majeure, qui se traduit directement dans les transports : hyperinflation, pénuries de carburant et de pièces, coupures d’électricité, insécurité élevée, infrastructures non entretenues.
C’est la part estimée des moyens de transport publics nationaux non opérationnels dès 2019.
Les conséquences sont très concrètes : de nombreux habitants ne peuvent plus se payer les trajets pour aller travailler ou n’ont simplement pas de véhicule disponible. Beaucoup marchent de longues distances ou renoncent à certains déplacements. Dans ce contexte, les transports en commun qui fonctionnent encore deviennent des lignes de vie saturées, mal entretenues, mais indispensables.
Un mélange public-privé devenu chaotique
Historiquement, plus de 95 % de l’offre de transport urbain reposait sur des opérateurs privés : bus classiques, minibus appelés « por puestos », jeeps pour les quartiers de colline. L’État gérait surtout les métros, quelques réseaux de bus structurés (Metrobús, BusCaracas, certains BRT régionaux) et quelques lignes ferroviaires.
Les autorités contrôlent les tarifs, empêchant les opérateurs privés de compenser la hausse des coûts, tandis que ces derniers font face à des pénuries de pièces et de carburant, paralysant les flottes et entraînant improvisation et négociations permanentes.
Pour l’usager, cela signifie une réalité très contrastée selon les villes, les lignes et même les horaires. Certaines liaisons fonctionnent encore relativement bien, d’autres sont à l’arrêt ou remplacées par des solutions improvisées – parfois très dangereuses.
Sécurité et mobilité : des déplacements à haut risque
Tout déplacement au Venezuela suppose de prendre au sérieux la question sécuritaire. La criminalité violente est très élevée, les enlèvements, vols à main armée, carjackings ou attaques de bus sont régulièrement signalés. Les autorités de plusieurs pays déconseillent tout usage des transports publics, en particulier les bus urbains et interurbains, les taxis de rue et certaines stations de métro.
Les routes présentent de multiples risques : chaussées dégradées, éclairage insuffisant, véhicules mal entretenus, conducteurs agressifs ou en état d’ivresse. Soyez particulièrement vigilant face aux barrages illégaux tenus par des bandits. Des faux checkpoints, imitant la police ou la Garde nationale, sont également signalés sur certains axes, en particulier près de la frontière colombienne.
Les recommandations qui reviennent le plus souvent sont claires : éviter de se déplacer la nuit, privilégier les trajets de jour, limiter les correspondances, rester sur les axes principaux, et utiliser autant que possible des services identifiés, réservés à l’avance, ou recommandés par des locaux de confiance.
Le métro de Caracas : colonne vertébrale à bout de souffle
Paradoxalement, au milieu de ce paysage dégradé, le système de métro de Caracas reste l’un des rares outils de transport de masse encore largement utilisés, malgré des problèmes très lourds de maintenance, de capacité et de sécurité.
Un réseau essentiel mais fragilisé
Le Metro de Caracas, inauguré en 1983, est l’ossature des déplacements dans la capitale. Avec ses lignes souterraines et aériennes, il relie les principaux pôles économiques, administratifs et universitaires, et permet d’éviter les embouteillages devenus légendaires dans la ville. On estime qu’avant l’aggravation de la crise, il transportait jusqu’à deux millions de passagers par jour.
Le réseau comprend plusieurs lignes principales (1, 2, 3, 4) et une extension vers Los Teques, assimilée à une ligne supplémentaire. Le nombre exact de stations et de kilomètres varie selon les sources et selon les tronçons en service, mais on parle d’une cinquantaine de stations pour une soixantaine de kilomètres environ.
Cependant, le système est gravement touché par le sous-financement et le manque d’entretien :
Une grande partie du parc de trains est hors service, avec parfois moins de 15 % des rames totales en circulation. Le réseau est fréquemment sujet à des pannes électriques, des retards et des interruptions de service. De plus, des coupures de courant nationales peuvent paralyser totalement le métro pendant plusieurs jours.
Dans ce contexte, les autorités ont cessé de faire payer les passagers à partir de 2018. Officiellement pour « évaluer les flux de voyageurs », officieusement parce qu’il n’y avait plus de devises pour importer le papier des tickets. Les portiques ont été ouverts, rendant le métro de facto gratuit.
Comment l’utiliser concrètement
Pour un usager étranger ou vénézuélien, le métro reste souvent le moyen le plus rapide et le moins cher de traverser Caracas, à condition de respecter quelques règles de prudence.
Le fonctionnement général est celui d’un métro classique : lignes numérotées et colorées, stations identifiées clairement, correspondances dans certains nœuds (Plaza Venezuela, Zona Rental, El Silencio, etc.). Les horaires indicatifs vont en général de 5h30 à 23h en semaine, avec des amplitudes légèrement réduites le week-end.
Les recommandations pratiques sont les suivantes :
Pour voyager en toute sécurité, privilégiez les déplacements en pleine journée, entre la fin de la pointe du matin et le début de l’après-midi. Évitez les heures de pointe, où les rames sont bondées et les risques de vol plus élevés. Gardez votre sac devant vous, limitez les objets de valeur visibles, et évitez d’utiliser votre téléphone dans les rames et sur les quais encombrés. Enfin, renseignez-vous localement sur les stations à éviter ou les tronçons les plus problématiques, certaines étant réputées plus sensibles.
Même affaibli, le métro offre un niveau de structuration et de prévisibilité que n’offre plus le réseau de bus classique. Il reste la colonne vertébrale des déplacements urbains à Caracas.
Un réseau de bus intégré mais amputé
Le métro gère aussi un réseau de bus complémentaires, Metrobús, qui relie les stations aux quartiers non desservis par le rail. On y trouve une vingtaine de lignes urbaines et quelques lignes suburbaines, en théorie intégrées au système tarifaire.
En pratique, cette offre est elle aussi affectée par la crise : manque de véhicules, pannes, itinéraires réduits ou aléatoires, fermetures lors des manifestations. Lors de grandes protestations en 2017, près d’une vingtaine de lignes Metrobús ont par exemple été suspendues dans la même journée.
Il faut donc voir Metrobús comme un bonus quand il fonctionne, mais pas comme une garantie de desserte.
Bus urbains et interurbains : du maillage dense au parcours du combattant
En dehors des métros, le cœur du transport public au Venezuela, ce sont les bus. Ou plutôt ce qu’il en reste. Il existe deux grandes familles : les bus urbains / régionaux, et les cars interurbains de longue distance.
Bus urbains et « por puestos » : très bon marché mais très risqués
Dans les villes, la desserte repose sur :
– des bus classiques (souvent très anciens, mal entretenus, voire hors normes de sécurité) ;
– des minibus ou vans appelés « por puestos » (ou encore « carritos ») qui empruntent des itinéraires fixes mais avec des horaires très souples.
Ces moyens restent extrêmement bon marché, notamment parce que les tarifs restent administrés et que la population n’a souvent pas les moyens de supporter des hausses. Les ajustements tarifaires officiels sont publiés au Journal officiel, mais n’ont pas suivi l’hyperinflation. Le résultat est paradoxal : des prix nominaux ridicules en bolivars, mais en pratique, des difficultés énormes pour les exploitants, et un recours massif au dollar sur les trajets plus longs ou dans les régions frontalières.
D’un point de vue sécurité, les bus urbains sont l’un des modes les plus problématiques :
Principaux dangers et problèmes d’accessibilité rencontrés dans le réseau de transport
Les vols à la tire sont fréquents, nécessitant une vigilance accrue de la part des voyageurs.
Des attaques de bus par des groupes armés sont recensées sur certains itinéraires spécifiques.
Absence quasi totale de dispositifs comme des rampes ou des espaces dédiés aux fauteuils roulants.
Surpopulation des véhicules, particulièrement dangereuse dans les zones mal desservies.
Pour un voyageur étranger, plusieurs sources recommandent explicitement d’éviter ce moyen de transport autant que possible, surtout la nuit. Les habitants, eux, n’ont souvent pas le choix.
Les « perreras » : la solution de désespoir
Là où les bus ont totalement disparu, un substitut s’est imposé : des camions ouverts, plateaux ou pick-ups transformés en navettes improvisées, baptisés « perreras » (littéralement « cages à chiens »). Les gens montent à l’arrière, souvent debout, sans barres d’appui adéquates ni protections latérales.
Ces véhicules ne respectent aucun standard de sécurité et sont à l’origine de nombreux accidents. Un rapport présenté à l’Assemblée nationale a attribué au moins 55 morts et 275 blessés à l’usage de ces camions, avec des incidents quasi quotidiens.
Malgré cela, certains maires ou gouverneurs ont institutionnalisé ces solutions, en délivrant des licences spéciales à des véhicules privés ou en utilisant même des camions de police et de l’armée pour transporter des passagers.
Cars longue distance : encore fonctionnels sur les grands axes
Le tableau est un peu différent pour les bus interurbains reliant les grandes villes. Là, quelques entreprises plus structurées continuent d’opérer des lignes capables de transporter voyageurs et touristes, avec des niveaux de confort très variables. On trouve encore des opérateurs relativement fiables sur les principaux axes, par exemple :
– Caracas – Mérida (environ 12 à 14 heures) ;
– Caracas – Maracaibo (10 à 12 heures) ;
– Caracas – Valencia (4 à 6 heures) ;
– Caracas – Ciudad Bolívar (10 à 12 heures).
Certaines compagnies comme Aeroexpresos Ejecutivos, Expresos Occidente, Expresos Los Llanos ou Rodovias de Venezuela sont considérées comme plus sérieuses que la moyenne. Elles proposent parfois des bus climatisés, des sièges inclinables et même un service Wi-Fi.
Les tarifs de ces liaisons, exprimés en dollars, sont sans commune mesure avec les prix des bus urbains en bolivars. À titre indicatif, des exemples de prix recensés donnent :
| Trajet longue distance | Durée approximative | Fourchette de prix (USD) |
|---|---|---|
| Caracas – Mérida | 12–14 h | 30–40 $ |
| Caracas – Maracaibo | 10–12 h | 30–40 $ |
| Caracas – Valencia | 4–6 h | 15–20 $ |
| Caracas – Ciudad Bolívar | 10–12 h | 30–40 $ |
Ces prix restent attractifs pour un touriste, mais peuvent être inabordables pour beaucoup de Vénézuéliens dont le salaire minimum officiel ne dépasse pas quelques dizaines de dollars par mois.
Sur le plan sécuritaire, les bus de nuit sont jugés particulièrement risqués, en raison des barrages illégaux et des bandes armées sur les axes interurbains. Plusieurs sources déconseillent de voyager de nuit, malgré les avantages économiques (gain d’une nuit d’hôtel). Les contrôles policiers et de Garde nationale sont fréquents et parfois source de harcèlement ou de demandes de « contributions » informelles.
Taxis, mototaxis et VTC locaux : du taxi informel aux applis type Uber
Face au chaos du réseau de bus et à l’insécurité générale, beaucoup d’habitants des grandes villes se tournent vers des solutions plus individualisées : taxis sous licence, véhicules privés avec chauffeur et surtout applications de type Uber créées localement.
Taxis classiques : à utiliser avec beaucoup de précautions
Les taxis « traditionnels » sont omniprésents dans les grandes villes. Dans la théorie, les taxis officiels sont repérables à leur plaque jaune ou à leur appartenance à une ligne connue. En pratique, la frontière entre taxi légal et voiture particulière travaillant au noir est floue.
Plusieurs problèmes reviennent de façon récurrente :
– taxis non officiels hélés dans la rue, utilisés comme prétexte pour des vols ou enlèvements express ;
– absence de compteur et de tarif prévisible : les prix se négocient avant la course, en dollars ou bolivars, selon les zones ;
– surtarification à l’égard des étrangers, particulièrement à la sortie des aéroports ou des terminaux routiers.
Il est vivement conseillé de ne jamais héler un taxi au hasard dans la rue, surtout la nuit. Mieux vaut :
Pour vos déplacements en taxi, privilégiez la sécurité en demandant à la réception de votre hôtel de commander un véhicule, en utilisant une compagnie ou une centrale radio clairement identifiée, ou en ayant recours à une application de VTC, une option de plus en plus répandue.
Les mototaxis, très présents dans les petites et moyennes villes, sont encore plus risqués. La conduite est souvent téméraire, le passager n’a quasiment aucune protection, et les vols à l’arraché sont facilités. Elles sont généralement déconseillées, particulièrement pour un visiteur étranger.
Les applis locales : Yummy Rides, Ridery, Nekso et consorts
L’un des paradoxes vénézuéliens est l’essor d’applications de mobilité modernes dans un pays en crise chronique. Des entreprises locales ont développé des services proches d’Uber ou Bolt, adaptés au contexte du pays.
Parmi les plus connues :
– Yummy Rides, dérivée de l’appli de livraison Yummy ;
– Ridery, très présente à Caracas, Valencia, Maracay, Barquisimeto et Nueva Esparta ;
– Nekso, pionnière de l’agrégation de radios-taxis ;
– Lyberi, orientée notamment vers les transferts touristiques ;
– Otro Taxi & Delivery, qui combine transport de passagers, livraisons, déménagement, dépannages et même ambulances ;
– Taxis del Pueblo Venezuela ou Vamos, autres acteurs plus récents.
Ces plateformes ont plusieurs points communs :
Principales fonctionnalités et options offertes par l’application de transport pour une expérience utilisateur complète et flexible
Enregistrement des chauffeurs avec vérification minimale des documents requis pour garantir fiabilité et conformité.
Suivi en temps réel de la position des véhicules pour une meilleure planification et sécurité des trajets.
Estimation du coût du trajet à l’avance via l’application, sans surprise pour l’utilisateur.
Paiement accepté en dollars cash, devises électroniques (Zelle), cartes internationales ou systèmes locaux (Pago Móvil).
Pour l’usager, l’intérêt principal est double : la relative traçabilité (on connaît l’identité du chauffeur et le trajet est enregistré) et la possibilité de régler sans cash dans un pays où la pénurie de billets, en bolivars comme en dollars, complique la vie quotidienne.
Les applis les plus abouties, comme Yummy Rides ou Ridery, proposent plusieurs gammes de véhicule (standard, exécutif, parfois moto ou livraison) et un système d’évaluation mutuelle entre chauffeur et passager. Certaines intègrent une « wallet » interne rechargeable, pratique pour gérer la monnaie ou payer à l’avance.
Ce n’est pas une garantie absolue de sécurité – le contexte d’insécurité globale subsiste – mais pour beaucoup de Vénézuéliens, ces applis constituent aujourd’hui l’option la plus rassurante pour circuler en ville.
Comparaison pratique : taxi de rue vs VTC local
Le tableau ci-dessous synthétise, de façon générale, les différences perçues entre taxi de rue traditionnel et trajet via application dans les grandes villes.
| Critère | Taxi de rue « au hasard » | Appli type Yummy / Ridery |
|---|---|---|
| Identification du chauffeur | Souvent minimale | Profil, plaque, note visibles |
| Tarification | Négociée, opaque, variable | Calculée à l’avance |
| Paiement | Essentiellement cash | Cash + Zelle + cartes (selon applis) |
| Traçabilité du trajet | Aucune | Géolocalisation en temps réel |
| Risques de vol/enlèvement | Plus élevés selon de nombreux témoignages | Réduits mais non nuls |
| Usage conseillé pour un étranger | Déconseillé, surtout la nuit | Option privilégiée en ville |
Dans la pratique, un grand nombre d’habitants ayant les moyens d’un smartphone et d’une connexion data privilégient désormais ces plateformes pour leurs déplacements importants (aéroport, travail, rendez-vous professionnels).
Avion, ferries et câbles : les autres maillons de la chaîne
Pour les longues distances, surtout vers les zones touristiques emblématiques (Los Roques, Canaima, Mérida, Isla Margarita, etc.), l’avion reste souvent le seul moyen réaliste. Mais là aussi, l’offre est réduite et les risques existent.
Vols intérieurs : indispensables mais à manier avec prudence
Le Venezuela disposait autrefois d’un réseau dense de liaisons domestiques, soutenu par plusieurs compagnies nationales. Aujourd’hui, un nombre limité de transporteurs assure encore les vols essentiels, notamment :
– Conviasa ;
– Laser Airlines ;
– Avior Airlines ;
– Rutaca Airlines ;
– quelques opérateurs plus petits sur les routes touristiques (par exemple vers Canaima).
Beaucoup de grandes compagnies internationales ont suspendu ou réduit leurs vols vers Caracas, ce qui complique l’arrivée dans le pays. L’accès à certains sites naturels (chutes d’Angel à Canaima, archipel de Los Roques) se fait désormais presque exclusivement par ces vols intérieurs.
D’un point de vue sécurité, les standards sont jugés variables. Plusieurs accidents sérieux, y compris mortels, ont été recensés sur des routes touristiques. Il est recommandé de privilégier des compagnies connues, opérant des avions multimoteurs relativement récents, et d’éviter les vols de nuit quand c’est possible.
Il est souvent impossible de réserver des billets depuis l’étranger avec une carte bancaire internationale en raison des contrôles de change et des restrictions financières. Les billets sont fréquemment vendus aux guichets des aéroports ou via des agences locales, avec un paiement en dollars en espèces.
Aéroports et accès : un point noir majeur
L’aéroport international Simón Bolívar (Maiquetía), qui dessert Caracas, concentre un grand nombre de témoignages d’agressions, vols et enlèvements, sur place comme sur la route qui relie le terminal à la capitale. Plusieurs rapports décrivent :
– des faux chauffeurs de taxi se faisant passer pour des officiels ;
– des agressions armées sur l’autoroute Caracas – La Guaira, notamment la nuit ;
– des vols dans les parkings ou sur les quais des terminaux.
La plupart des recommandations insistent sur deux points :
– n’utiliser que des transferts pré-réservés, via un hôtel fiable ou un prestataire connu ;
– éviter absolument les trajets nocturnes vers ou depuis l’aéroport.
Pour un voyageur, le schéma le plus prudent consiste à organiser à l’avance un chauffeur recommandé, éventuellement via une appli de type Ridery ou Yummy si l’on maîtrise bien le contexte, et à se déplacer de jour seulement.
Le pays dispose aussi d’un réseau fluvial important – notamment autour de l’Orénoque et du lac de Maracaibo – et d’une liaison ferry historique entre Puerto La Cruz et l’île de Margarita. Une compagnie comme Conferry a longtemps assuré cette traversée en 8 à 9 heures.
La crise a réduit l’offre et compliqué la maintenance des navires. Les ports et marinas, notamment à Margarita et Puerto La Cruz, offrent un faible niveau de sécurité, et la piraterie au large reste un problème sérieux, avec des cas de violences contre des plaisanciers et équipages étrangers.
Pour un touriste, les déplacements par la mer ou les rivières doivent donc être soigneusement encadrés par des opérateurs connus dans le milieu et recommandés par des locaux, en évitant absolument les mouillages isolés.
Téléphériques et systèmes aériens
Enfin, certaines villes disposent de moyens aériens intégrés aux transports, à cheval entre l’outil de mobilité et l’attraction touristique. Le téléphérique de Mérida, longtemps le plus haut du monde, a été rénové et rouvert, permettant de relier la ville aux sommets andins. À Caracas, le Metrocable dessert certains quartiers en hauteur.
Ces systèmes, lorsqu’ils fonctionnent, offrent des alternatives intéressantes pour éviter les routes encombrées et parfois dangereuses. Leur usage reste néanmoins soumis aux aléas des coupures d’électricité et au financement limité de leur maintenance.
Accessibilité, handicap et fragilités : un environnement peu adapté
Le cadre légal vénézuélien interdit en théorie la discrimination envers les personnes handicapées. Dans la pratique, ces dispositions sont très peu appliquées. Les transports en commun, qu’ils soient urbains ou interurbains, sont globalement très mal adaptés :
Les transports publics présentent de graves lacunes d’accessibilité : absence de rampes dans les bus, rareté des taxis adaptés, infrastructures dégradées sans ascenseurs ni balisage, et quasi-absence de services de soutien comme les interprètes en langue des signes.
L’accessibilité est un peu meilleure dans la capitale que dans le reste du pays, mais demeure loin des standards internationaux. Pour une personne à mobilité réduite, les options réalistes se limitent souvent à des transferts privés pré-réservés, à des déplacements accompagnés et à une forte anticipation logistique.
Payer ses déplacements : entre bolivars, dollars et solutions de fortune
La question du paiement est centrale dans ce « guide pratique ». Au Venezuela, la monnaie officielle, le bolivar, s’est effondrée avec l’hyperinflation. Les salaires, les tarifs officiels des bus urbains ou du métro s’expriment encore en bolivars, mais la plupart des dépenses significatives (billets de bus longue distance, taxis, vols intérieurs, transferts privés) sont désormais libellées en dollars.
Quelques repères utiles :
Le tarif officiel minimal des transports urbains, bien qu’augmenté à plusieurs reprises, ne représente plus que quelques centimes de dollar en valeur réelle. Pour les trajets interurbains, notamment dans les zones frontalières, les paiements se font parfois directement en dollars américains ou en pesos colombiens. Enfin, il est important de prévoir du liquide, car les cartes de paiement internationales (Visa, Mastercard, AMEX) sont souvent refusées ou ne fonctionnent pas dans les terminaux.
En pratique, la plupart des usagers jonglent entre :
– des billets de dollars (en insistant sur les petites coupures propres, 1 et 5 $) ;
– des paiements électroniques via Zelle, très répandu dans les classes moyennes urbaines ;
– l’application locale Pago Móvil, qui exige un compte bancaire vénézuélien ;
– les rares retraits d’espèces en bolivars aux distributeurs, avec de faibles plafonds et des taux défavorables.
Pour les transports du quotidien, beaucoup de bus urbains ne peuvent être payés qu’en bolivars ou en petite monnaie. Pour les trajets plus coûteux (bus interurbains, taxis, VTC, vols), les dollars liquides sont essentiels.
Conseils pratiques synthétiques pour se déplacer
Dans un environnement aussi complexe, il est tentant de se perdre dans les détails. On peut résumer quelques grandes lignes de conduite, sans prétendre à l’exhaustivité.
En ville (notamment à Caracas)
– Privilégier le métro pour les trajets principaux, en journée, en évitant les pics d’affluence.
– Utiliser des applis de VTC (Yummy Rides, Ridery, etc.) lorsqu’on doit se déplacer vers des zones non desservies par le métro, ou pour les trajets aéroport/hôtel.
– Éviter les bus urbains et minibus surchargés autant que possible, en particulier après la tombée de la nuit.
– Renoncer aux mototaxis, très exposées au risque d’accident et de vol.
– Garder sur soi une photocopie de son passeport, et non l’original, pour les contrôles éventuels.
Entre les villes
– Se renseigner localement, par l’intermédiaire de contacts fiables, sur les compagnies de bus encore opérationnelles et les horaires réellement assurés.
– Préférer les trajets de jour pour réduire les risques liés aux attaques de bus et aux barrages illégaux.
– Sur les très longues distances ou les zones isolées (Canaima, Los Roques, Amazonie), considérer que l’avion est souvent le seul moyen réaliste, malgré ses limites.
– Ne jamais se rendre spontanément dans les zones frontalières, particulièrement avec la Colombie et le Guyana, sans impératif absolu et sans interlocuteurs locaux extrêmement fiables.
Argent et organisation
– Préparer son budget transports en dollars cash, sous forme de petites coupures neuves.
– Tester les applis de paiement électronique (Zelle notamment) si l’on dispose d’un compte compatible.
– Anticiper les coupures d’électricité ou d’internet : télécharger à l’avance cartes hors ligne, reçus de réservation, numéros d’urgence, captures d’écran d’itinéraires.
– Prévoir une marge de temps importante pour tout déplacement (embouteillages, pannes de bus, files d’attente pour le carburant, contrôles policiers, coupures d’électricité).
Ce que disent les chiffres : un aperçu chiffré de la dégradation
Les données rassemblées par des institutions professionnelles, des experts et des organisations internationales donnent une idée de l’ampleur de la crise des transports au Venezuela.
| Indicateur | Valeur ou tendance |
|---|---|
| Part du réseau public hors service | Jusqu’à 80 % au niveau national (2019) |
| Taux de bus inopérants (certaines régions) | > 90 % |
| Âge moyen du parc de véhicules | Environ 22 ans |
| Besoin estimé de nouveaux bus | 4 000 à 6 000 unités |
| Investissement nécessaire pour remettre les infrastructures à niveau | ≈ 10 milliards $ sur 2–3 ans |
| Part des émissions de CO₂ liées au transport | Environ 24 % des émissions nationales |
| Coût économique des accidents de la route | ≈ 4,3 % du PIB |
Ces chiffres ne sont pas que des lignes dans un tableau : derrière eux se cachent des millions de personnes qui passent des heures à attendre un bus qui ne vient pas, qui marchent des kilomètres pour aller travailler ou qui se serrent dans des camions ouverts au péril de leur vie.
Un secteur en quête de solutions, entre initiatives locales et projets inachevés
Malgré la situation dramatique, des tentatives existent pour remédier, au moins partiellement, au chaos.
Le gouvernement a ainsi mis en avant la création d’une usine d’assemblage de bus avec un constructeur chinois, censée produire plusieurs milliers de vélocités par an. Quelques centaines d’unités auraient bien été assemblées, mais les enquêtes de l’opposition et des images aériennes montrant des « cimetières de bus » laissent penser que ce plan n’a pas tenu ses promesses.
Des projets ambitieux d’extension de métros et de lignes ferrées ont été lancés à Caracas et dans d’autres villes, parfois en coopération avec des entreprises étrangères. Nombre d’entre eux sont à l’arrêt, inachevés ou très en retard, faute de financements et sur fond de scandales de corruption.
Projets d’infrastructure au Venezuela
À l’échelle locale, certains maires et gouverneurs improvisent : création de nouvelles lignes de bus sous bannière municipale, recours à des licences spéciales pour des voitures particulières, lancement de marques très médiatisées de transport (comme les bus « Transdracula » dans un État côtier).
De leur côté, les entrepreneurs privés misent sur la technologie : applis de taxi, plateformes de données ouvertes sur les horaires de bus, intégration de la billettique numérique. Ces initiatives restent limitées par l’instabilité économique, la faiblesse des infrastructures (Internet, électricité) et l’absence de cadre clair pour les partenariats public-privé.
Conclusion : se déplacer au Venezuela, entre résilience et risques permanents
Les transports en commun au Venezuela ne peuvent plus être décrits comme un système organisé, prévisible, standardisé. Il s’agit plutôt d’une mosaïque de solutions plus ou moins improvisées, portées par des acteurs publics exsangues, des opérateurs privés en survie et une population qui fait preuve d’une créativité impressionnante pour continuer à se déplacer.
Pour quelqu’un qui doit s’y aventurer, l’essentiel est de comprendre cette réalité :
Le métro de Caracas reste une artère vitale. Les bus urbains sont nombreux mais dangereux et dégradés. Les cars longue distance circulent sur les grands axes dans un environnement sécuritaire fragile. Les taxis de rue nécessitent une extrême prudence, les applications locales offrant plus de garanties. Les vols intérieurs sont parfois incontournables, mais contraints par des problèmes de sécurité, de disponibilité et de paiement.
Les Vénézuéliens continuent de prendre ces transports parce qu’ils n’ont pas le choix, en combinant marche, bus, métro, camion ou VTC dans la même journée. Ce guide ne peut pas supprimer les risques, mais il peut aider à les identifier, à comprendre comment les habitants s’adaptent, et à faire des choix de mobilité un peu plus éclairés dans un contexte où chaque déplacement est devenu un enjeu en soi.
Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en maintenant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour l’accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.
Après analyse de plusieurs destinations attractives (Portugal, Uruguay, Venezuela, Panama), la stratégie retenue a consisté à cibler le Venezuela pour la fiscalité avantageuse sur certains revenus étrangers, la possibilité de structurer ses flux via des comptes offshore en devises fortes, et un coût de la vie très inférieur à celui de la France (Caracas ~40–50 % moins cher que Paris selon le style de vie). La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention d’un permis de résidence via investissement ou revenus passifs, détachement CNAS/CPAM, ouverture de comptes en devises à l’étranger, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, immigration, notaire) et intégration patrimoniale (analyse et restructuration internationale si nécessaire).
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