Le marché du travail au Venezuela : quelles réalités et quelles opportunités pour les expatriés ?

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Le marché du travail au Venezuela est l’un des plus paradoxaux de la région. D’un côté, le pays traverse une crise économique, sociale et sécuritaire considérée comme la plus grave de l’histoire récente de l’Amérique latine, marquée par l’hyperinflation, la pauvreté de masse et un effondrement des services publics. De l’autre, certains secteurs – en particulier le pétrole, les ONG internationales et le travail à distance en devises – continuent d’attirer des entreprises et quelques profils d’expatriés très spécifiques, prêts à accepter des conditions aussi complexes que potentiellement rémunératrices.

Bon à savoir :

Le Venezuela présente un paradoxe économique majeur : bien qu’environ 80 % de la population vive sous le seuil de pauvreté et que près de 7,7 millions de personnes aient émigré, le pays détient les plus grandes réserves de pétrole au monde et dispose d’un vivier de talents qualifiés, souvent sous-payés. Pour un expatrié, la réflexion doit donc porter sur les conditions de travail, les secteurs porteurs et l’évaluation des risques, plutôt que sur la simple disponibilité de l’emploi.

Un contexte économique et social profondément dégradé

L’économie vénézuélienne a subi depuis plus d’une décennie une contraction sans équivalent en temps de paix dans l’hémisphère occidental. Le PIB réel s’est effondré de plus de 75 % en quelques années, la monnaie locale a été laminée par l’hyperinflation, et le pays a basculé dans une forme de dollarisation de fait, où le bolívar souverain (VES) cohabite avec le dollar américain, devenu étalon des salaires et des prix.

24,8

Score de liberté économique du pays, le plaçant au bas du classement mondial.

Cette situation a provoqué un exode massif de main-d’œuvre qualifiée. Plus de 7,5 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays depuis 2015, soit environ 22,5 % de la population. Entre 2012 et 2017, 22 000 médecins ont émigré, tout comme plus de 167 000 enseignants. Cet exode a créé des pénuries de compétences dans de nombreux secteurs, tout en fragilisant davantage l’éducation, la santé et l’administration.

Structure du marché du travail : formel, informel et télétravail

Le marché du travail au Venezuela repose sur un mélange de secteurs publics, d’entreprises d’État, d’activités privées et d’une économie informelle très étendue. Le secteur public représentait un peu moins d’un quart de l’emploi en 2020, mais il offre désormais des salaires dérisoires, insuffisants pour couvrir les besoins de base. Être employé formel ne garantit plus un niveau de vie acceptable, ce qui pousse de nombreux fonctionnaires à cumuler petits boulots ou à se tourner vers l’économie parallèle.

580000

Le nombre d’entreprises actives a chuté d’environ 830 000 au début des années 2000 à moins de 250 000 aujourd’hui.

Dans ce paysage, une dynamique fait figure d’exception : le télétravail international. De nombreux professionnels vénézuéliens – développeurs, graphistes, spécialistes du marketing digital, assistants virtuels, traducteurs, support client – se sont tournés vers des missions pour des entreprises basées en Amérique du Nord, en Europe ou ailleurs en Amérique latine. Payés en dollars, souvent via des plateformes spécialisées ou des dispositifs de type Employer of Record (EOR), ils échappent en partie au marasme salarial local.

Temps de travail et cadre légal

En théorie, le droit du travail fixe une semaine de 40 heures, réparties en cinq jours de 8 heures. Pour les mineurs, la durée maximale est de 30 heures hebdomadaires. Les heures supplémentaires sont rémunérées avec une majoration standard de 50 % par rapport au salaire horaire, même si la pratique peut varier. Le cycle de paie est généralement mensuel, avec un 13e mois (aguinaldo) obligatoire versé en fin d’année.

Attention :

Bien que la législation prévoie des congés annuels progressifs (de 15 à 30 jours), un congé maternité de 182 jours et un congé maladie pouvant durer un an, leur effectivité est limitée par la faiblesse des salaires et les dysfonctionnements du système de sécurité sociale.

Salaires locaux : un fossé entre chiffres officiels et réalité en devises

L’un des points les plus déroutants pour un expatrié est l’écart gigantesque entre les salaires locaux exprimés en bolívars ou en dollars et le coût de la vie dans l’“économie parallèle” dollarisée dans laquelle évoluent les classes moyennes et les étrangers.

Les chiffres disponibles donnent un ordre de grandeur :

Indicateur salarial (nationaux)Montant estimé
Salaire minimum officiel mensuel5–10 USD (équivalent en VES)
Salaire moyen mensuel (global)180–350 USD (2026 estimé)
Salaire moyen net courant≈ 211–326 USD selon les sources
Revenu effectif d’un fonctionnaire (avec primes)30–60 USD
Salaire moyen à Caracas250–450 USD
Salaire moyen en zones rurales100–200 USD

La structure des revenus est profondément inégalitaire. Le salaire médian annuel se situe autour de 1,46 million de VES, avec 25 % de la population gagnant moins de 838 100 VES et 25 % plus de 3,93 millions de VES. Les écarts se creusent avec l’expérience et le niveau de formation : deux à cinq ans d’expérience peuvent ajouter 35 % au salaire de base, plus 20 % au-delà de dix ans, puis encore 15 % après quinze ans. Les diplômes apportent des surcotes importantes, jusqu’à +30 % pour un master par rapport à une licence.

50 à 70

Pourcentage d’économie sur les coûts salariaux potentielle pour une entreprise étrangère en embauchant des talents vénézuéliens, notamment en télétravail.

Salaires par secteurs clés

Les disparités sont encore plus flagrantes lorsqu’on observe les rémunérations par secteur et type d’employeur. Les fonctions payées en devises, dans le pétrole, les multinationales ou le travail à distance, se situent largement au‑dessus des moyennes nationales.

Secteur / Poste (local, 2026)Fourchette mensuelle (USD)
Ingénieurs pétroliers500–1 200
Techniciens de champs pétrolifères350–700
Géologues600–1 100
Supervis. maintenance (pétrole / industrie)400–800
Médecins (hôpitaux publics)100–250
Médecins (cliniques privées)400–900
Spécialistes médicaux privés700–1 500
Infirmiers diplômés150–350
Enseignants primaire (public/privé local)60–130
Enseignants secondaire100–200
Enseignants public (cas recensés 2024)≈ 50–120 (souvent moins en pratique)
Développeurs logiciels (IT local / remote)600–1 500
Designers graphiques400–1 000
Marketeurs digitaux500–1 200
Assistants virtuels300–700

Ce tableau montre que trois groupes se détachent :

Exemple :

Les salariés du secteur public, payés en bolívars avec parfois des primes, restent sous le seuil de subsistance. Les employés du privé local dans des secteurs comme l’éducation perçoivent généralement 100 à 300 dollars par mois, un montant suffisant pour un ménage local frugal mais insuffisant pour un mode de vie d’expatrié. En revanche, les professionnels travaillant pour des multinationales, des entreprises pétrolières ou en télétravail pour l’étranger peuvent gagner plus de 600 à 1 500 dollars mensuels, voire davantage pour les postes très qualifiés ou les freelances internationaux.

À l’autre extrémité du spectre, certaines offres de télétravail ciblant des résidents au Venezuela affichent des rémunérations typiques de marchés développés. Des annonces pour des postes de media buyer senior, de commerciaux d’agence ou de gestionnaires de campagnes Google Ads mentionnent des salaires mensuels allant de 3 500 à 10 000 dollars, voire jusqu’à 15 000 dollars dans des cas exceptionnels. Ces rémunérations concernent toutefois des profils expérimentés, travaillant à distance pour des sociétés étrangères sans lien structurel avec l’économie vénézuélienne.

Coût de la vie : abordable en théorie, complexe en pratique

Une autre clé pour comprendre les opportunités d’expatriation est le coût de la vie. Officiellement, le Venezuela apparaît comme un pays peu coûteux en dollars : le niveau général des prix le classe parmi les États “bon marché” d’Amérique latine et du monde. Mais cette vision occulte les distorsions liées à la dollarisation, aux pénuries et aux coûts spécifiques auxquels sont confrontés les expatriés.

La vie reste ‘théoriquement’ moins chère qu’à Bogotá, São Paulo ou Mexico. Dans la pratique, il doit toutefois évoluer dans un sous‑marché dollarisé, avec des loyers sécurisés, des cliniques privées, des écoles internationales, des transports sûrs et des services spécialisés, où les tarifs s’alignent souvent sur ceux de métropoles régionales.

Pour un étranger percevant un salaire en dollars

Les estimations disponibles sont éclairantes.

Profil d’expatrié à Caracas (budget mensuel)Fourchette estimée (USD)
Personne seule (niveau de sécurité élevé)1 176–1 489
Estimation détaillée personne seule (ex.)≈ 1 382
Famille de quatre personnes2 751–3 214 (hors école internationale haut de gamme)
Famille de quatre avec école internationale≈ 6 930
“Digital nomad” haut de gamme≈ 4 334
Expat (moyen)≈ 912
Local moyen (dépenses mensuelles)≈ 478

Le principal poste de dépense pour un expatrié est le logement sécurisé. Les quartiers de l’est de Caracas – Las Mercedes, Altamira, Los Palos Grandes, La Castellana, El Rosal – concentrent l’essentiel de l’offre destinée aux étrangers et aux classes aisées. On y trouve des immeubles avec vigiles 24h/24, contrôle d’accès, caméras, générateurs de secours et réservoirs d’eau. Les loyers typiques en dollars sont les suivants :

Type de logement à CaracasLoyer mensuel (USD)
Studio meublé de base300–500
1 chambre centre-ville361–524
1 chambre hors centre359–373
2 chambres (quartier sécurisé)≈ 1 200
3 chambres centre-ville921–979
3 chambres hors centre (quartiers prisés)651–850

À ces loyers s’ajoutent des charges non négligeables : électricité privée (générateurs), réservoirs d’eau, gardiennage, abonnements Internet plus fiables que la moyenne. Des “coûts cachés” (sécurité, stock de cash, redondance énergétique) peuvent représenter 20 à 30 % du budget total.

15000-20000

Le coût annuel par enfant d’une école américaine ou britannique à Caracas, illustrant les tarifs internationaux des services pour expatriés.

Pour un expatrié salarié en bolívars ou à un salaire “local” de 200 à 300 dollars, ce monde est quasiment inaccessible. En revanche, pour un cadre payé 2 000 à 3 000 dollars ou pour un travailleur à distance gagnant plusieurs milliers de dollars mensuels, le rapport coût de la vie / revenu peut devenir très avantageux, surtout par rapport à d’autres grandes villes.

Opportunités de travail pour les expatriés : très ciblées et très encadrées

Face à cette réalité contrastée, les analyses convergent sur un point : une expatriation “classique” au Venezuela n’est pas recommandée pour la grande majorité des profils. Les principaux gouvernements occidentaux (États‑Unis, Royaume‑Uni, Canada, etc.) déconseillent d’ailleurs formellement tout voyage dans le pays, en raison d’un niveau de criminalité extrême, de risques d’enlèvement, d’arrestations arbitraires, d’infrastructures défaillantes et d’une quasi‑impossibilité d’obtenir une assistance consulaire efficace.

Dans ce contexte, les opportunités pour les étrangers se concentrent sur quelques niches bien précises, généralement dans un cadre très structuré :

Opportunités professionnelles à l’international

Principaux secteurs et types de postes accessibles pour des carrières à l’étranger, basés sur des missions spécifiques et des contrats internationaux.

Secteur ONG & Agences Onusiennes

Missions dans l’humanitaire, la santé, la sécurité alimentaire, la protection sociale ou les droits humains.

Industrie Pétrolière & Gazière

Postes d’expatriés au sein de grandes compagnies étrangères opérant en partenariat avec PDVSA ou via des accords bilatéraux.

Diplomatie & Coopération

Fonctions diplomatiques ou postes techniques rattachés à des ambassades, consulats, institutions multilatérales ou projets de coopération.

Enseignement International

Enseignement dans des écoles internationales ou postes d’enseignants de langues étrangères (anglais, français) dans des établissements privés haut de gamme.

Consultance & Conseil Expert

Missions ponctuelles de conseil en ingénierie, finance, droit, télécoms ou infrastructures, encadrées par des contrats internationaux.

Profils d’expatriés réellement concernés

Les avis concordent: seuls les professionnels bénéficiant d’un package d’expatriation complet devraient envisager une mission au Venezuela. Concrètement, cela suppose :

Un salaire en devise forte (dollar ou euro), versé sur un compte à l’étranger.

Un logement sécurisé intégralement pris en charge ou largement subventionné.

– Une assurance santé internationale incluant évacuation médicale.

– Des dispositifs de sécurité dédiés (transport sécurisé, protocole d’évacuation, accompagnement de sûreté).

– Un accompagnement administratif, notamment pour les visas, permis de travail et autorisations diverses.

Astuce :

Ces conditions sont principalement offertes par des organisations humanitaires internationales, quelques compagnies pétrolières encore présentes, et certaines représentations diplomatiques. En dehors de ces cadres, le risque de se retrouver confronté à des difficultés de paiement, à des problèmes de sécurité ou à des blocages administratifs est très élevé.

Sectors d’emploi possibles pour les étrangers

Les principaux créneaux d’embauche d’expatriés se situent dans les secteurs suivants :

Énergie et ingénierie : ingénieurs pétroliers, géologues, spécialistes en maintenance industrielle, experts en remise à niveau d’infrastructures énergétiques.

Organisations humanitaires et ONG : coordinateurs de programmes, logisticiens, experts santé publique, spécialistes en protection, responsables de sécurité, administrateurs de projets.

Éducation internationale : enseignants certifiés de systèmes éducatifs étrangers (américain, britannique, IB), directeurs pédagogiques, coordinateurs linguistiques.

Langues et formation : professeurs d’anglais langue étrangère, formateurs en entreprise pour cadres locaux, intervenants en universités privées.

Tech et télétravail : expatriés déjà installés dans le pays mais travaillant pour des entreprises étrangères, sans lien avec le marché local, en développement logiciel, design, marketing digital, gestion de communauté, support client.

Dans nombre de ces cas (notamment le télétravail), l’expatriation consiste en réalité à “vivre” au Venezuela tout en travaillant complètement à l’international, en utilisant le pays comme base à coût relativement faible, à condition d’accepter les contraintes d’infrastructure et de sécurité.

Télétravail et travail à distance : une fenêtre d’opportunités… surtout pour les Vénézuéliens

Le télétravail mérite un focus particulier, car il est devenu un véritable “sauve‑vie” pour des centaines de milliers de Vénézuéliens, et un levier d’optimisation de coûts pour les entreprises étrangères. La diffusion des connexions haut débit (même si la qualité reste très variable), l’appropriation des outils collaboratifs et la pression pour gagner en devises ont contribué à structurer un marché du travail à distance très dynamique.

Bon à savoir :

Des plateformes spécialisées recensent plusieurs centaines d’offres d’emploi entièrement à distance pour des candidats basés au Venezuela. Les postes couvrent des métiers techniques (développeurs, ingénieurs cloud), du marketing (SEO, publicité en ligne), de la gestion (chefs de projet, commerciaux B2B) et des services (support client, traduction). Les recruteurs sont principalement des entreprises nord-américaines ou européennes, mais aussi latino-américaines, opérant dans des secteurs variés comme le SaaS, l’e-commerce, le marketing digital, la fintech et le conseil.

Les salaires proposés dans ce cadre n’ont plus grand‑chose à voir avec les rémunérations locales. Des offres de junior crypto analyst & trader débutent autour de 48 000 à 60 000 dollars par an, des postes de media buyer senior ou de commercial d’agence affichent 3 500 à 10 000 dollars mensuels, des chefs de projet IT ou opérations tournent entre 1 500 et 3 000 dollars, tandis que des assistants virtuels débutent autour de 1 200 dollars mensuels. Ce sont des grilles proches de marchés développés, qui expliquent l’appétit grandissant des talents vénézuéliens pour ce type de carrière.

Bon à savoir :

Pour un développeur étranger, les opportunités professionnelles au Venezuela ne sont pas spécifiques au pays. Un candidat européen ou nord-américain peut postuler aux mêmes postes à distance. Le choix de s’installer à Caracas ou ailleurs repose donc sur un arbitrage personnel, prenant en compte le coût de la vie, le climat, la culture locale et le niveau de risque sécuritaire.

Cadre juridique, fiscalité et contributions sociales

Travailler au Venezuela, même dans un cadre d’expatriation sécurisée, implique de naviguer dans un environnement réglementaire à la fois rigide sur le papier et fragilisé par la crise en pratique.

Impôts sur le revenu et TVA

Les résidents fiscaux – personnes ayant passé plus de 183 jours dans le pays sur une année – sont imposés sur leurs revenus mondiaux, selon un barème progressif allant de 6 % à 34 %. Les non‑résidents ne sont, en principe, taxés que sur leurs revenus de source vénézuélienne. Le problème majeur réside dans la pertinence des tranches de revenus, libellées en bolívars et très vite dépassées par l’inflation. L’administration fiscale, le SENIAT, peine à suivre les réalités économiques, mais demeure exigeante en matière de formalités.

Attention :

La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) est généralement fixée à 16 %. Cependant, son application effective dépend fortement du secteur économique : elle est répercutée par les commerces formels, mais largement non collectée dans le secteur informel, et certains produits essentiels bénéficient de taux réduits ou d’exemptions.

Cotisations sociales et coût employeur

Pour les entreprises qui salarient localement (y compris via des EOR), le coût total dépasse significativement le salaire brut. Les contributions obligatoires comprennent :

Cotisation obligatoire (employeur)Taux indicatif
Sécurité sociale9–11 %
Régime des prestations d’emploi2 %
Régime de logement2 %
Formation professionnelle (INCES)2 %
Prévention des risques (LOPCYMAT)0,75–10 %

Au total, ces charges ajoutent en général 20 à 25 % au salaire brut local. L’employeur doit en outre financer l’aguinaldo (13e mois) et les congés payés. Pour un expatrié rattaché à un contrat local, ces contributions peuvent être intégralement assumées par une entité de portage ou un Employer of Record, ce qui simplifie la conformité tout en offrant une couverture sociale minimale.

Visa de travail et autorisations

Obtenir un droit de travailler légalement au Venezuela n’est ni simple ni rapide. Le principal titre est le visa de “Transeúnte Laboral” (TR‑L), délivré généralement pour un an et renouvelable. Il repose sur un contrat de travail avec un employeur dûment enregistré dans le pays, qui doit justifier de l’absence de candidats vénézuéliens pour le poste (test de marché du travail), fournir toutes ses pièces administratives (registre, RIF, etc.) et convaincre le ministère du Travail et celui de l’Intérieur de la légitimité de la demande.

Astuce :

Les candidats doivent constituer un dossier exhaustif comprenant : un passeport valide, les contrats pertinents, les diplômes légalisés et apostillés, un extrait de casier judiciaire, un certificat médical, un CV détaillé, ainsi que les actes d’état civil traduits en espagnol par un traducteur assermenté et des photos d’identité. La demande s’effectue généralement auprès du consulat vénézuélien du pays de résidence. Après l’arrivée, le titulaire du visa doit impérativement s’enregistrer auprès du SAIME et obtenir une cédula d’identité locale.

Les délais d’instruction se situent entre 3 et 6 semaines pour le permis de travail, plus 2 à 4 semaines pour la délivrance du visa, sans compter les lenteurs administratives. En pratique, la procédure peut prendre plusieurs mois. Des visas de “Transeúnte de Negocios” existent pour les déplacements d’affaires de courte durée, et un visa d’investisseur (“Transeúnte Inversionista”) est théoriquement possible pour les personnes injectant des capitaux significatifs, mais le climat des affaires (contrôles de change, risque de nationalisation, insécurité juridique) décourage la plupart des investisseurs individuels.

Système bancaire et gestion des devises : un casse‑tête permanent

Pour les expatriés comme pour les entreprises étrangères, le système financier vénézuélien est l’un des principaux facteurs de risque opérationnel. Les années d’hyperinflation, de contrôles de change stricts et de sanctions internationales ont laissé une architecture bancaire fragile, peu fiable et largement déconnectée du reste du monde.

Attention :

Les banques locales imposent des plafonds de retrait quotidiens en bolívars très bas, les transferts internationaux peuvent être bloqués ou soumis à autorisations, et les comptes en dollars ne sont ni systématiques ni garantis. L’usage des cartes étrangères est limité, et les distributeurs automatiques, souvent hors service, ne distribuent principalement que des bolívars.

Dans ce contexte, les expatriés s’appuient presque exclusivement sur des comptes à l’étranger (États‑Unis, Europe, pays voisins comme la Colombie ou le Panama), et sur des réserves de cash en dollars. Les billets de 20, 50 et 100 dollars sont les plus utilisés, mais faire la monnaie sur de grosses coupures peut devenir un problème pratique. Les considérations de sécurité imposent en outre de limiter les quantités de cash transportées au quotidien. Certaines organisations vont jusqu’à organiser des “convoys” sécurisés pour transporter les salaires en espèces vers leurs bases opérationnelles.

Bon à savoir :

Pour les expatriés, il est recommandé de négocier le versement intégral du salaire hors du pays, de diversifier les sources de liquidités (compte principal, compte de secours, espèces, et éventuellement un compte dans un pays tiers) et de documenter chaque transaction. Les citoyens américains doivent également savoir qu’ils sont soumis aux obligations de déclaration FATCA et FBAR, et ce, même avec des relations bancaires locales limitées.

Sécurité, santé et qualité de vie : la face sombre de l’équation

Au‑delà des chiffres économiques, la question déterminante pour nombre de candidats à l’expatriation est celle de la sécurité personnelle et de l’accès à la santé. Sur ces deux fronts, le bilan est particulièrement préoccupant.

Attention :

Le pays présente l’un des taux d’homicides les plus élevés au monde en temps de paix, avoisinant 89 pour 100 000 habitants. Caracas est souvent considérée comme la ville la plus meurtrière hors des zones de guerre. Les crimes violents comme les enlèvements, braquages, carjackings et « kidnappings express » sont fréquents, dans un contexte de forces de l’ordre sous-équipées et parfois impliquées dans ces activités criminelles.

Les gouvernements occidentaux déconseillent tous les voyages, en signalant notamment le risque d’arrestations arbitraires et de détentions prolongées, y compris pour des étrangers, sans accès consulaire fiable. Certains secteurs du territoire, notamment à proximité des frontières, sont infiltrés par des groupes armés, narcotrafiquants et organisations criminelles.

Astuce :

Le système de santé vénézuélien a subi un effondrement spectaculaire. Les hôpitaux publics souffrent de graves pénuries : manque de médicaments, d’équipements et même d’eau courante. Des maladies comme le paludisme et d’autres pathologies infectieuses, auparavant contrôlées, connaissent une forte recrudescence. Cette situation est aggravée par l’émigration de plus de la moitié des médecins et d’une partie importante du personnel infirmier. Seules les cliniques privées de Caracas maintiennent des standards plus élevés, mais elles facturent en dollars et exigent souvent un paiement anticipé. Pour tout expatrié, il est considéré comme indispensable de souscrire une assurance santé internationale incluant une clause d’évacuation médicale.

Ce contexte impose une organisation de vie très particulière : limitation des déplacements, surtout de nuit ; usage de transports privés ou de taxis de confiance ; choix de quartiers résidentielles sécurisés ; constitution de stocks d’eau, de nourriture et de médicaments ; plans d’évacuation et protocoles d’urgence.

Faut‑il envisager le Venezuela comme destination d’expatriation ?

Pour un lecteur étranger, la synthèse peut sembler brutale : le Venezuela n’est pas, aujourd’hui, une destination “classique” pour qui cherche simplement un nouveau défi professionnel à l’international. Les risques sécuritaires, les défaillances des services essentiels, la fragilité institutionnelle et les mises en garde officielles des gouvernements sont des éléments à prendre au sérieux.

Cependant, cela ne signifie pas qu’aucune opportunité n’existe :

Opportunités professionnelles au Venezuela

Un aperçu des principaux profils professionnels pouvant trouver des opportunités spécifiques au Venezuela, malgré le contexte complexe du pays.

Professionnels humanitaires

Demande forte en coordination, santé publique, nutrition, protection et logistique. Postes avec packages d’expatriation structurés.

Experts techniques de haut niveau

Missions dans le pétrole, l’énergie, les infrastructures et l’ingénierie. Rémunération attractive avec de grandes compagnies ou consortiums.

Enseignants internationaux expérimentés

Postes dans les écoles étrangères de Caracas. Salaires en devises, logements sécurisés et avantages divers.

Travailleurs à distance autonomes

Rapport coût de la vie / revenu potentiellement intéressant pour freelances ou salariés en remote, malgré un risque et des contraintes logistiques élevés.

Dans tous les cas, une règle s’impose : ne jamais envisager le pays sans un dispositif solide de rémunération en devise forte, de soutien logistique, de sécurité et d’assurance santé. Les expatriés isolés, sans structure d’accueil robuste, se retrouvent extrêmement vulnérables.

Pour les entreprises étrangères : un vivier de talents à fort levier… si l’on maîtrise les risques

Pour les sociétés étrangères, la réflexion est un peu différente. Le Venezuela combine plusieurs caractéristiques rares :

Un niveau de salaires locaux extrêmement bas en comparaison internationale.

Un important réservoir de talents qualifiés, notamment en ingénierie, IT, médecine, pédagogie et fonctions support, souvent sous‑employés et désireux de travailler pour l’international.

– Une culture professionnelle marquée par la résilience, l’adaptabilité et la capacité à gérer la contrainte.

50 à 70

Pourcentage d’économies sur les coûts salariaux qu’une entreprise nord-américaine ou européenne peut réaliser en recrutant des professionnels vénézuéliens à distance par rapport à un recrutement local aux États-Unis.

Les principaux défis se situent sur le terrain de la conformité et de la logistique : exclusion du pays du système SWIFT, instabilité réglementaire, complexité des visas pour des contrats locaux, risques géopolitiques et réputationnels liés aux sanctions. Dans cette optique, beaucoup d’entreprises optent pour des solutions d’Employer of Record ou de portage international, qui externalisent la gestion juridique, fiscale et sociale et limitent l’exposition directe au risque pays.

Conclusion : un marché à manier avec une extrême prudence

Le marché du travail au Venezuela est l’un des plus contrastés et les plus sensibles de la région. Effondrement des salaires locaux, hyperinflation, pauvreté de masse, exode des compétences, insécurité et crise humanitaire y côtoient un potentiel énergétique colossal, une main‑d’œuvre éduquée et une scène de télétravail en plein essor.

Attention :

Pour les expatriés, les seules trajectoires raisonnables passent aujourd’hui par des missions très encadrées, dans des structures capables d’offrir rémunération en devise forte, garanties de sécurité, logement sécurisé et couverture médicale internationale. Toute autre forme d’installation ‘à l’aventure’ est hautement risquée.

Pour les entreprises, en revanche, le pays représente à la fois un défi et une opportunité : défi en raison du contexte politique, sécuritaire et réglementaire ; opportunité en raison du vivier de talents et des coûts salariaux extrêmement compétitifs pour des collaborations à distance. La clé, là encore, est de s’appuyer sur des intermédiaires solides, des montages juridiques robustes et une évaluation lucide des risques.

En définitive, le Venezuela demeure un marché du travail à part : ni fermé, ni véritablement ouvert, mais accessible seulement à ceux qui acceptent de le regarder sans illusions et d’y entrer avec toutes les précautions nécessaires.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, disposant d’un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale vers le Venezuela afin d’optimiser sa charge imposable, profiter d’opportunités immobilières locales en devise faible et garder un lien fort avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal, formalités migratoires, installation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations (Portugal, Panama, Uruguay, Venezuela), la stratégie retenue a consisté à cibler le Venezuela pour son coût de vie très bas, la possibilité de structurer les revenus en devises fortes (USD/EUR) via banques internationales, et un marché immobilier offrant de fortes décotes à Caracas et sur la côte. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax, conventions fiscales FR‑VE), obtention du titre de séjour, sécurisation sanitaire et assurance privée, transfert de résidence bancaire vers des établissements adaptés aux résidents vénézuéliens, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours hors de France, centre d’intérêts économiques), mise en relation avec un réseau local (avocat, immigration, agent immobilier bilingue) et stratégie patrimoniale globale, pour réduire la pression fiscale tout en maîtrisant les risques (instabilité, contrôles français, sécurité).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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