Gérer le mal du pays au Venezuela : s’ancrer, se soigner, rester relié

Publié le et rédigé par Cyril Jarnias

Quitter son pays est déjà une épreuve. Mais vivre le mal du pays alors qu’on se trouve au Venezuela, en pleine crise économique et sociale, est une expérience à part. Beaucoup de gens associent la nostalgie de la maison au fait d’émigrer. Or, pour des millions de Vénézuéliens, rester au pays signifie aussi vivre une forme de déracinement intérieur : familles éclatées entre plusieurs pays, quartiers vidés, services publics qui s’effondrent, impossibilité de retrouver la vie « d’avant ». On peut se sentir étranger… chez soi.

Bon à savoir :

Cet article propose des pistes concrètes pour recréer un sentiment de foyer et de stabilité, en s’appuyant sur des recherches récentes concernant la diaspora vénézuélienne, la santé mentale, les réseaux de soutien et les outils numériques, sans minimiser la crise actuelle.

Comprendre le mal du pays dans un pays en crise

Le mal du pays est souvent défini comme la souffrance liée à l’éloignement de ce qui est familier : la famille, les lieux, les routines, les saveurs, la langue, les sons de la rue. Chez les migrants, de nombreuses études montrent que cette nostalgie s’accompagne fréquemment d’anxiété, de tristesse, de troubles du sommeil ou de l’appétit, parfois de symptômes proches de la dépression.

Mais au Venezuela, un phénomène particulier apparaît : on peut ressentir un mal du pays sans quitter le pays. La crise a profondément transformé villes et campagnes. Dans certains quartiers de Caracas, par exemple, on estime que la moitié des appartements ou maisons sont vides, conséquence directe de l’exode massif. Les prix de l’immobilier se sont effondrés, les infrastructures publiques se dégradent, les coupures d’électricité et d’eau rythment le quotidien, la criminalité et la méfiance limitent l’usage des espaces publics. Beaucoup parlent d’une « ville de fiefs » protégés par murs, grilles et postes de contrôle.

Autrement dit, même si l’on n’a pas pris l’avion ou traversé une frontière, on a perdu son pays tel qu’on le connaissait. Pour certains, la maison familiale est désormais occupée par des proches partis à l’étranger ou transformée en commerce. Pour d’autres, la moitié du cercle familial vit en Colombie, au Pérou, en Espagne ou aux États‑Unis. Il devient alors facile de se sentir coincé entre un passé idéalisé et un présent instable.

Diaspora vénézuélienne

Le mal du pays, dans ce contexte, peut ressembler à une sorte de deuil culturel : on regrette l’ancienne normalité, les voisins d’avant, les rues animées, la vie culturelle qui s’est éteinte, tout en faisant face à une réalité où 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec des pénuries de nourriture, de médicaments et des services publics défaillants. La nostalgie se mélange alors à l’angoisse, à la colère et à la fatigue chronique.

Quand la nostalgie devient un signal d’alerte

Les psychologues qui étudient les réfugiés et migrants parlent de « deuil migratoire » ou de « deuil culturel ». Les symptômes sont proches de ceux décrits pour le mal du pays : tristesse, rumination sur le passé, sentiment de ne plus appartenir à nulle part, isolement, insomnie, douleurs physiques sans cause médicale évidente. Au sein de la diaspora vénézuélienne, diverses études montrent des taux élevés d’anxiété, de dépression et de stress post‑traumatique. À l’intérieur du pays, le tableau n’est pas meilleur : les données de l’Observatoire vénézuélien de la violence indiquent une hausse importante des suicides pendant la pandémie, dans un contexte de crise multiple.

Attention :

Le mal du pays devient préoccupant lorsqu’il persiste et affecte significativement le bien-être quotidien, nécessitant une attention particulière.

dure plusieurs mois sans amélioration ;

empêche de travailler, d’étudier ou de s’occuper de sa famille ;

s’accompagne d’idées de mort, d’automutilation ou de désespoir profond.

Cela ne signifie pas que l’on est « fou » ou « faible », mais que l’accumulation de pertes (matérielles, affectives, symboliques) dépasse nos ressources du moment. Dans ce cas, chercher de l’aide est un acte de courage, pas un aveu d’échec.

S’appuyer sur la famille et les réseaux proches

Une étude menée auprès de familles vénézuéliennes relocalisées au Brésil dans le cadre du programme d’« intérioration » montre que la famille nucléaire reste la principale source de soutien. Les chercheurs ont cartographié les réseaux de ces foyers à l’aide de génogrammes et d’écomaps. Résultat : le noyau familial (parents, enfants, parfois grands‑mères) constitue le pilier émotionnel, tandis que les réseaux formels (école, église, ONG) restent périphériques.

Exemple :

Au Venezuela, la structure familiale étroite, centrée sur le rôle clé des grands-mères, constitue un atout pour résister aux difficultés. Elles assurent une aide pratique (garde des enfants, cuisine, soins) et transmettent la culture (recettes, histoires, rites). Cependant, certaines, restées au pays tandis que leur famille a émigré, éprouvent un sentiment d’isolement et de vulnérabilité, notamment face à des difficultés d’accès aux soins ou à l’information.

La cohésion de couple ressort aussi comme facteur protecteur important. Dans l’étude brésilienne, les familles où le couple reste soudé affrontent mieux les difficultés, même quand personne ne travaille dans son domaine de formation et que la frustration professionnelle est forte. À l’inverse, une séparation conjugale fragilise tout l’équilibre émotionnel.

Le message est clair : pour gérer le mal du pays au Venezuela, renforcer les liens familiaux existants est central, quitte à les réinventer.

Transformer la maison en refuge émotionnel

Quand tout vacille à l’extérieur – services publics, sécurité, possibilités de mobilité –, la maison peut devenir un ancrage essentiel. Cela ne demande pas forcément beaucoup d’argent, mais plutôt de l’intention.

Quelques leviers simples, inspirés de ce que rapportent des migrants et des personnes restées au pays :

Astuce :

Pour maintenir un lien avec le Venezuela, il est conseillé de créer un espace de mémoire partagé au sein du foyer, comme un mur décoré de photos de proches, de paysages emblématiques (les Andes, les Llanos, la mer des Caraïbes) et d’objets symboliques (image de la Divina Pastora, vieux billet bolivarien, maillot d’équipe locale). Instaurez également des rituels familiaux hebdomadaires : un repas spécial le dimanche, une soirée musicale évoquant des souvenirs heureux, ou un moment de déconnexion pour des échanges authentiques. Enfin, impliquez activement les enfants dans la transmission culturelle en leur apprenant des chansons, des jeux de rue, des expressions typiques et en cuisinant avec eux, faisant ainsi de la maison un lieu d’éducation culturelle, à l’image du rôle joué par les écoles et les grands-parents dans d’autres contextes, comme au Brésil.

Ainsi, au lieu de subir la nostalgie, on lui donne une place contenue, ritualisée, qui permet de la partager plutôt que de l’affronter seul.

Quand une partie de la famille est déjà partie : rester relié sans se perdre

Une caractéristique majeure de la crise vénézuélienne est la dispersion familiale. Des enquêtes montrent qu’environ un foyer sur cinq a vu au moins un membre émigrer récemment. Pour ceux qui restent au Venezuela, chaque appel vidéo peut réactiver le mal du pays… alors même que ces contacts sont indispensables au soutien moral et souvent financier.

Les recherches sur les jeunes migrants vénézuéliens montrent que l’usage quotidien des outils numériques pour parler à la fois avec des amis dans le pays d’accueil et au Venezuela est associé à une meilleure santé mentale. Autrement dit, le problème n’est pas la connexion en soi, mais le déséquilibre : rester mentalement bloqué dans un ailleurs inaccessible, ou au contraire se couper brutalement de ses proches.

Au Venezuela, malgré un accès inégal, les chiffres récents indiquent :

Indicateur (Venezuela, 2025)Valeur estimée
Utilisateurs d’Internet17,5–17,6 millions (≈ 61,6 % de la population)
Connexions mobiles actives22,5 millions (≈ 79 % de la population)
Utilisateurs de réseaux sociaux15,1 à 16,6 millions (≈ 53–58 % de la population)
Vitesse médiane mobile (débit descendant)~14,7 à 25,4 Mbps
Vitesse médiane fixe (débit descendant)~72,4 à 92,1 Mbps

Ces données masquent de fortes disparités : dans de nombreuses zones rurales, les débits réels sont bien inférieurs, les coupures fréquentes, et une partie des foyers n’a pas d’accès à domicile. Mais elles montrent tout de même que les outils numériques peuvent servir de pont entre ceux qui sont partis et ceux qui restent.

Trouver l’équilibre entre contact et ancrage local

Les études sur le mal du pays insistent : rester en lien avec ses proches réduit l’isolement, mais trop de temps passé à regarder ce qui se passe ailleurs (photos de supermarchés remplis, de rues sûres, de salaires stables) peut amplifier le sentiment de manque et d’injustice.

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Nombre de repères utiles présentés dans l’article pour faciliter la compréhension du sujet

– Planifier des moments précis de communication (par exemple, un ou deux créneaux par semaine pour des appels vidéo familiaux) plutôt que de rester en attente permanente de messages.

– Utiliser WhatsApp, Facebook Messenger, Zoom ou Google Meet non seulement pour « se plaindre » – ce qui est légitime –, mais aussi pour partager des petites victoires locales : un gâteau réussi malgré les coupures de gaz, un projet de quartier, une décoration fabriquée avec du matériel de récupération, une photo d’un coucher de soleil sur les collines de Caracas.

– Se fixer des limites de temps sur les réseaux sociaux, surtout quand on sent que défiler les vies apparemment plus faciles des autres fait monter l’amertume. Plusieurs guides recommandent de réduire l’usage à des créneaux définis, puis de revenir à des activités physiques ou sociales hors ligne.

– Profiter des groupes de discussion (Facebook, WhatsApp, Telegram) pour obtenir des informations pratiques (où trouver tel médicament, quel quartier a moins de coupures d’eau, quelles organisations offrent un soutien psychologique gratuit), et pas uniquement pour ruminer collectivement.

Le but est de transformer les outils numériques en ressource, pas en rappel permanent de ce qui manque.

Objectif de la transformation numérique

S’appuyer sur les réseaux de soutien formels et informels

Construire et entretenir un réseau de soutien est l’un des moyens les plus efficaces de réduire l’isolement, facteur clé du mal du pays. Les recherches sur les migrants vénézuéliens, en Amérique latine comme aux États‑Unis, montrent que la qualité du réseau social – et pas seulement sa taille – influence fortement la santé mentale.

Un guide général sur les réseaux de soutien souligne plusieurs fonctions :

soutien émotionnel (écoute, empathie, réassurance) ;

aide pratique (informations sur les démarches, l’accès au système de santé, la recherche d’emploi) ;

opportunités professionnelles (recommandations, formations, projets communs) ;

sentiment d’appartenance à une communauté.

Au Venezuela, malgré la crise, ce type de réseau peut se tisser à plusieurs niveaux.

Famille, voisins, communauté locale

Une étude sur des familles vénézuéliennes relocalisées au Brésil montre que, outre la famille, les écoles, les églises et les organisations de la société civile forment le noyau de soutien formel. Transposé au contexte vénézuélien, cela signifie que :

Ressources communautaires en temps de crise

En période de difficulté, plusieurs acteurs locaux peuvent offrir un soutien précieux aux familles. Voici quelques points d’entrée clés pour trouver de l’aide, des informations ou un réseau de soutien.

L’enseignant de votre enfant

Peut servir de relais vers des informations officielles ou des programmes d’aide spécifiques pour les familles.

La paroisse locale

Offre souvent une écoute, des groupes de parole et une entraide matérielle, quelle que soit la confession.

Les associations de quartier

Jouent un rôle crucial pour partager des ressources pendant les pénuries ou organiser la sécurité collective.

On parle peu de ces initiatives dans les médias, mais les études sur la diaspora montrent qu’une grande partie de la résilience vénézuélienne vient de ce tissu associatif spontané, souvent porté par des femmes : cuisines collectives, entraide pour les démarches administratives, gardes d’enfants partagées.

Organisations spécialisées en santé mentale et en exil

Plusieurs organisations créées par des Vénézuéliens à l’étranger ou au pays se sont spécialisées dans l’accompagnement psychologique et social des personnes affectées par la crise, qu’elles aient migré ou non.

Par exemple :

Bon à savoir :

L’Alliance Vénézuélienne de Soutien Communautaire à New York offre un accompagnement psychologique adapté culturellement et linguistiquement pour les demandeurs d’asile et leurs familles, en se concentrant sur la thérapie, le sentiment de communauté et les traumatismes liés à l’exil. Par ailleurs, le réseau Psicodiáspora, composé de psychologues vénézuéliens à l’étranger, propose des contenus et consultations en ligne pour aborder le deuil migratoire et le stress chronique, un soutien qui bénéficie également aux familles restées au Venezuela.

Ces exemples montrent qu’il existe désormais une expertise vénézuélienne de la crise, qui aide à nommer ce que beaucoup ressentent sans savoir l’exprimer. Comprendre que la tristesse ou la fatigue ne viennent pas d’un « défaut personnel », mais d’un contexte extrême, fait déjà partie de la guérison.

Le rôle central de la culture, de la cuisine et des rituels

Dans les récits d’exil, ce qui revient le plus souvent pour atténuer le mal du pays, c’est la cuisine. À Buenos Aires, une cheffe vénézuélienne a par exemple lancé des repas itinérants où elle servait la pisca andina de sa mère, des arepas à la crème fumée, des quesadillas à la confiture de mûre. Au fil du temps, cette soupe andine est devenue un plat partagé dans une cantine communautaire, nourrissant des centaines de personnes. En Allemagne, un étudiant en ingénierie raconte que cuisiner des arepas, des hallacas et des cachapas l’aide à se sentir chez lui, tout en faisant découvrir sa culture à ses amis.

Pour ceux qui vivent au Venezuela, la situation est paradoxale : les plats emblématiques existent physiquement, mais les ingrédients manquent parfois ou deviennent inabordables. L’arepa, par exemple, longtemps symbole d’abondance et de modernité grâce à la farine pré‑cuite, est devenue difficile à préparer pour de nombreuses familles pauvres.

C’est justement là que la créativité culturelle se révèle un antidote au mal du pays :

– certains réapprennent les méthodes traditionnelles de préparation du maïs (nixtamalisation, pilage manuel), quand la farine industrielle manque ;

– des cuisinières de quartier montent de petites entreprises informelles (vente de cachapas, de pasteles, de plats régionaux), recréant autour de la nourriture des micro‑communautés de soutien ;

– des groupes se réunissent pour préparer ensemble des hallacas à Noël, même avec des substituts d’ingrédients, perpétuant le rituel de famille élargie malgré l’exode.

Comment utiliser la culture pour apaiser la nostalgie

Les conseils donnés à des étudiants internationaux ou des expatriés ailleurs dans le monde s’appliquent aussi au Venezuela, avec des ajustements :

Bon à savoir :

Cuisiner des plats symboliques, même de façon simplifiée, permet de créer un lien entre les différentes époques de la vie. Partager ces plats avec son entourage favorise la création de nouveaux souvenirs et évite de rester prisonnier de la nostalgie. Maintenir les fêtes et traditions, même dans l’adversité, renforce l’estime de soi et le sentiment d’appartenance, comme le montrent des programmes d’intégration culturelle.

Ce qui compte n’est pas la « pureté » de la tradition, mais le sentiment de continuité : se dire « même si tout a changé, quelque chose de moi, de ma famille, de mon pays survit ici et maintenant ».

Prendre soin de sa santé mentale dans un système fragilisé

Les chiffres sont sans appel : dans plusieurs études, entre un tiers et près des deux tiers des Vénézuéliens migrants présentent des symptômes d’anxiété ou de dépression. À l’intérieur du pays, les spécialistes observent également une montée des troubles psychiques, dans un contexte où le système de santé est exsangue.

En Colombie, par exemple, le budget dédié à la santé mentale est tombé à 0,3 % du budget de la santé. Au Venezuela, la pénurie de professionnels, de médicaments et d’infrastructures rend l’accès au soin psychologique complexe, surtout en dehors de Caracas.

Pourtant, des lignes d’écoute et initiatives de prévention existent encore :

un numéro national de prévention du suicide, opéré par le ministère de la Santé, accessible 24 h/24 ;

– une ligne gérée par l’Association vénézuélienne de prévention du suicide, ainsi que des campagnes de sensibilisation (« No estás solo ») en partenariat avec l’OMS et l’OPS.

Même si la couverture n’est pas parfaite, ces ressources peuvent constituer un premier sas d’expression pour ceux qui n’osent pas parler à leur entourage.

Stratégies de coping identifiées par la recherche

Des recherches menées auprès de migrants vénézuéliens en Amérique latine ont identifié plusieurs types de stratégies de gestion du stress, fondées sur le modèle de Lazarus et Folkman. On peut les adapter au contexte vénézuélien actuel :

Stratégies d’ajustement et ressources culturelles

Présentation des principales stratégies de coping et des ressources culturelles spécifiques favorisant un meilleur ajustement face aux difficultés.

Stratégies centrées sur le problème

Planification, recherche active de solutions, apprentissage de nouvelles compétences, organisation du budget et recherche d’informations fiables. Ce sont les stratégies les plus utilisées et les plus associées à un meilleur ajustement.

Stratégies centrées sur les émotions

Parler de ses ressentis avec des proches, chercher du soutien social, exprimer ses émotions de manière constructive (écriture, art, prière, participation à des groupes de paroles).

Ressources culturelles spécifiques

La notion de *pa’lante* (aller de l’avant), le recours à la religion ou à la spiritualité (prières, célébrations), et le *desahogo* (se « vider » en parlant à une personne de confiance).

En revanche, les stratégies de fuite ou de déni (alcoolisation, isolement, violences) aggravent le mal du pays à moyen terme, même si elles donnent une illusion de soulagement immédiat.

Quand et comment chercher une aide professionnelle

Dans un contexte de pénurie, il est illusoire de penser que tout le monde pourra bénéficier d’une psychothérapie individuelle. Mais plusieurs pistes existent :

Astuce :

Pour accéder à une aide psychologique sans frais excessifs, plusieurs pistes sont à explorer. Il est recommandé de se renseigner auprès d’ONG locales ou internationales proposant des ateliers de gestion du stress, des groupes de parole ou des consultations gratuites ou à faible coût. Solliciter les universités disposant de facultés de psychologie peut être utile, car elles ont parfois des cliniques universitaires ou des programmes supervisés de stage offrant des suivis à moindre coût. Il est également conseillé de demander à son réseau s’il connaît des psychologues ou psychiatres offrant des séances en ligne à tarif social, y compris depuis l’étranger, certains membres de la diaspora revenant aider à distance. Enfin, en cas de détresse écrasante, utiliser, si disponible, des lignes d’écoute téléphonique peut apporter un premier soutien immédiat.

Les études menées en Colombie et en Équateur sur l’intégration d’interventions psychologiques brèves dans des programmes économiques montrent qu’il est possible d’obtenir des effets positifs avec des interventions de groupe de quelques semaines, centrées sur la régulation des émotions, les compétences interpersonnelles et la résolution de problèmes.

Cela ne remplace pas un système de santé robuste, mais offre des modèles concrets pour des initiatives locales au Venezuela : groupes de paroles organisés par des associations de quartier, ateliers animés par des volontaires formés, entraide structurée entre mères de famille, etc.

Utiliser le numérique comme « corde de rappel » émotionnelle

Même si l’infrastructure reste fragile (coupures d’électricité, débits faibles hors des grandes villes), les rapports numériques récents montrent que le Venezuela n’est pas déconnecté : plus de 60 % de la population utilise Internet, les réseaux sociaux couvrent plus de la moitié des habitants, et les connexions mobiles progressent.

Des études menées auprès de migrants vénézuéliens en transit (notamment au Honduras, en Colombie, au Costa Rica, au Pérou) révèlent l’importance énorme du smartphone :

Usage des réseaux sociaux chez des migrants vénézuéliens en routePourcentage
Utilisent un smartphone pendant le trajet97 %
Se servent des réseaux pour rester en contact avec proches96 %
Utilisent WhatsApp pour obtenir des informations93 %
Consultent les réseaux pour infos sur le trajet ou le pays de destination50 %
Rencontrent des obstacles d’accès (coût des données, manque de connexion)61 %

Même si ces chiffres concernent surtout ceux qui quittent le pays, ils montrent à quel point le numérique est devenu une bouée de sauvetage émotionnelle. Pour ceux qui vivent au Venezuela, les outils sont les mêmes – WhatsApp, Facebook, Instagram, TikTok –, mais les usages peuvent être orientés vers la réduction du mal du pays :

Astuce :

Pour nourrir le lien avec la famille restée au Venezuela, il est bénéfique de créer des groupes familiaux inter-pays dédiés à l’échange de photos de la vie quotidienne, évitant de se focaliser uniquement sur les drames ou les pénuries. Enrichissez ces échanges en partageant des recettes, des playlists musicales ou des souvenirs audio comme le son de la pluie sur le toit en saison des pluies ou le bruit caractéristique des vendeurs de rue. Enfin, participez à des communautés en ligne vénézuéliennes (forums, groupes Facebook, comptes Instagram) qui privilégient des contenus positifs, informatifs et solidaires, plutôt que des espaces exclusivement centrés sur le conflit politique ou les polémiques.

Bien sûr, la prudence reste de mise : la désinformation est très présente, y compris sur les routes migratoires. Mais des initiatives comme Voices of Venezuela, qui gèrent des lignes d’assistance et un réseau de plus de 70 organisations en Colombie, démontrent qu’il est possible d’utiliser l’intelligence artificielle et les messageries pour orienter les gens vers des ressources fiables. À terme, ce type de modèle pourrait inspirer des projets similaires au Venezuela pour soutenir ceux qui restent, et pas seulement ceux qui partent.

Recréer du sens et un projet malgré l’incertitude

Une dimension souvent négligée du mal du pays est la perte de projet. Quand on ne sait pas si on va rester, partir, avoir un salaire le mois prochain, envoyer les enfants à l’école, il devient difficile de se projeter au‑delà de la survie immédiate. Pourtant, la recherche sur la résilience montre que définir des objectifs réalistes, même modestes, protège la santé mentale.

Exemple :

Dans les études menées auprès de migrants vénézuéliens au Pérou et en Colombie, une large majorité exprime sa croyance en un avenir positif dans le pays d’accueil, malgré des conditions difficiles telles que le chômage, la discrimination et la précarité. Ce constat contraste avec la confiance souvent plus fragile observée au Venezuela. L’exemple illustre qu’il est possible de construire des micro‑projets pour soutenir cette résilience et cette projection vers l’avenir.

améliorer une compétence utile (couture, réparation, cuisine, bureautique) via des tutoriels en ligne quand la connexion le permet ;

– s’engager dans une activité de quartier (réparer un terrain de jeu, organiser une petite bibliothèque partagée, prendre part à une huerta urbaine) ;

– soutenir un proche – au pays ou à l’étranger – en l’aidant à gérer ses papiers, à chercher des informations fiables, ou en l’écoutant simplement.

Exemple :

Des programmes pilotes en Équateur ont démontré que l’association d’un soutien économique et d’un soutien psychologique renforce la résilience des participants. Un dispositif d’insertion socio‑économique intégrant des techniques de gestion du stress et d’organisation de la vie quotidienne a permis aux bénéficiaires de mieux se maintenir dans le programme et de se sentir plus capables d’agir.

Au Venezuela, transposer ce modèle, même de façon artisanale, peut déjà aider : une association de quartier qui propose à la fois des ateliers de cuisine pour vendre des produits locaux et des moments d’échange sur la santé mentale crée du sens à deux niveaux – survie matérielle et reconnaissance émotionnelle.

Ne pas minimiser la souffrance, mais la replacer dans un cadre plus large

Les experts vénézuéliens de la santé mentale, comme la psychologue sociale Yorelis Acosta ou la clinicienne Cristal Palacios, insistent sur un point : la crise que traverse le pays est traumatique à l’échelle collective. Elle cumule les caractéristiques d’un événement catastrophique : effondrement économique massif, pénurie chronique de biens essentiels, violence élevée, coupures d’électricité prolongées, pandémie gérée dans un système déjà à genoux.

Bon à savoir :

Dans le contexte vénézuélien, ressentir le mal du pays (regret du passé, sentiment d’exil intérieur) est une réaction normale face à un bouleversement extrême. Les études montrent que nommer ces émotions (anxiété, tristesse, deuil, colère) et les inscrire dans un récit collectif partagé par des millions de personnes permet de réduire la culpabilité et la honte.

Cela ouvre aussi la voie à une forme de solidarité : comprendre que le mal du pays au Venezuela est partagé, qu’il touche le voisin qui a perdu ses enfants partis en Europe, la grand‑mère qui rêve de retourner dans le village de son enfance mais n’a plus de bus, l’adolescent qui n’a jamais connu le pays « prospère » dont parlent ses parents.

Reconnaître ce vécu, c’est la première étape pour en faire quelque chose : tisser des liens, inventer des réponses locales, exiger des politiques publiques qui intègrent la santé mentale, valoriser les initiatives de soutien qui émergent malgré tout.

En guise de fil rouge : rester relié sans se dissoudre

Gérer le mal du pays au Venezuela ne consiste pas à renoncer à ce qu’on a perdu, ni à s’illusionner sur le présent. Il s’agit plutôt de trouver un équilibre fragile, souvent à réajuster, entre plusieurs dimensions :

Bon à savoir :

Pour préserver son équilibre, il est conseillé de : préserver ses racines (langue, rituels, cuisine, récits) ; s’ancrer dans le présent en s’impliquant dans des actions possibles localement ; utiliser les liens avec la diaspora pour le soutien et les ressources, sans se laisser submerger par les comparaisons ; et reconnaître la souffrance tout en s’autorisant à chercher des moments de joie, d’humour et de beauté.

Les recherches sur les Vénézuéliens à l’étranger montrent une diaspora étonnamment active : réseaux de femmes comme Venezolanas Globales qui organisent ateliers et entraide dans 13 villes du monde, plateformes comme Virtual Venezuela en Espagne qui centralisent offres d’emploi, cours, psychothérapie en ligne, ou encore organisations en Colombie qui ont accompagné plus d’un million de migrants via des lignes d’assistance.

Bon à savoir :

Les expériences de la diaspora démontrent qu’une capacité d’organisation, de créativité et de solidarité persiste. S’inspirer de ces modèles et adapter leurs principes – comme l’entraide, l’accès à une information fiable, la création d’espaces de parole et la valorisation de la culture – peut aider à atténuer le sentiment de mal du pays, même lorsque l’on vit à l’étranger.

Le chemin ne sera pas linéaire. Il comportera des rechutes, des jours de rage, des nuits de larmes, des moments de doute sur la décision de partir ou de rester. Mais, comme le résument de nombreux récits de Vénézuéliens interrogés dans les études récentes, « pa’lante » n’est pas seulement un slogan : c’est une stratégie de survie, une manière de continuer à avancer sans oublier d’où l’on vient ni ceux avec qui l’on marche.

Pourquoi il est préférable de me contacter ? Voilà un exemple concret :

Un retraité de 62 ans, avec un patrimoine financier supérieur à un million d’euros bien structuré en Europe, souhaitait changer de résidence fiscale pour optimiser sa charge imposable et diversifier ses investissements, tout en gardant un lien avec la France. Budget alloué : 10 000 euros pour un accompagnement complet (conseil fiscal international, formalités administratives, délocalisation et structuration patrimoniale), sans vente forcée d’actifs.

Après analyse de plusieurs destinations attractives (Venezuela, Panama, Portugal, République dominicaine), la stratégie retenue a consisté à cibler le Venezuela pour son coût de vie très bas, certaines opportunités de rendement élevé (immobilier, devises, économie réelle) et la possibilité d’isoler une partie de ses revenus en devises fortes via des structures adaptées. La mission a inclus : audit fiscal pré‑expatriation (exit tax ou non, report d’imposition), obtention de la résidence locale, organisation d’une couverture santé internationale, transfert de la résidence bancaire hors de France, plan de rupture des liens fiscaux français (183 jours/an hors de France, centre d’intérêts économiques…), mise en relation avec un réseau local bilingue (avocat, fiscaliste, family office) et intégration patrimoniale globale (analyse des risques pays, diversification géographique et monétaire).

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A propos de l'auteur
Cyril Jarnias

Expert en gestion de patrimoine internationale depuis plus de 20 ans, j’accompagne mes clients dans la diversification stratégique de leur patrimoine à l’étranger, un impératif face à l’instabilité géopolitique et fiscale mondiale. Au-delà de la recherche de revenus et d’optimisation fiscale, ma mission est d’apporter des solutions concrètes, sécurisées et personnalisées. Je conseille également sur la création de sociétés à l’étranger pour renforcer l’activité professionnelle et réduire la fiscalité globale. L’expatriation, souvent liée à ces enjeux patrimoniaux et entrepreneuriaux, fait partie intégrante de mon accompagnement sur mesure.

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